‹ L'union des provinces de l'Amérique britannique du Nord [microforme]Chapitre 3 sur 16 · LE TS · texte numérisé non relu

LE TS

seuls un empire, dans la crainte d’être envahis "et de périr, nous rechercherons des alliances.

» Nulle alliance, il est vrai, ne pourrait nous donner de garanties complètes ; mais il ne faut pas oublier que, placés dans une position tout exceptionnelle en Amérique, dominés par la force et circonscrits dans le cercle étroit de la fatalité, nous ne pourrions choisir qu'entre des alliances plus ou moins périlleuses.

» Nulle alliance ne serait parfaitement sans danger ; mais la moins à craindre serait l'alliance des Provinces, parce qu'assez forte pour la protection extérieure, elle le serait moins, au dedans, pour l'oppression. »

Ces réflexions semblent avoir acquis, par le temps et par les événements, un caractère presque prophétique. L'annexion, à l’heure qu'il est, ce serait l’enrôlement de nos agriculteurs, de nosartisans, pour une guerre de sang c:i les ferait périr dans les marais fétides du Sud ; ce serait des taxes écrasantes sur la propriété foncière, le commerce et les industries ; ce serait un impôt de plus de cinq cents millions de piastres dont nous aurions à payer annuellement plus d’un vingtième ; ce serait une dette de trois milliards de piastres, dont il nous faudrait trouver, chaque année, l'intérêt, et la perspective d'une dette plus énorme et d'impôts plus écrasantes encore.

Mais, en supposant que nous n'’eussions pas peur de cette effrayante perspective, comment nous trouverious-nous, nous, Canadiens-Français, dans cette alliance avec une nation de trente millions de républicains, si dittérents de nous, nonseulement par la langue, mais encore par les mœurs et le sentiment ; nous, si conservateurs et si monarchiques, dans nos instincts et nos aspirations ?

Loin de nous la pensée de mettre en doute la fidélité de la population britannique des Canadas au gouvernement de l'Empire; mais, si, comme nous, elle peut et doit, un jour, aspirer à devenir nation, nous pouvons dire, en prenant notre opinion dans la ‘Taison des choses, qu'ils seraient plus

prêts que nous pour l'annexion, parce qu'ils parlent i: même langue, professent la même religion et possèdent essentie:lement les mêmes institutious sociales qne les habitants de l'Union Américaine. Il ne resterait plus, pour eux, à considérer, dans le choix à faire, que la question matérielle des profits et pertes: le plus ou le moins de commerce et le plus ou le moins d'impôts. Cette vérité vient de recevoir son application, d’abord dans le projet de constitution lui-même, ou vous voyez que les exceptions n’affectent que le Bas-Canada, et, dans les discours prononcés par M. Tilley, dans le Nouveau- Brunswick, où il dit, franchement, et sans détour, que, pour eux, il n'y a, dans l'examen du projet de confédération, qu'une seule question, la question pécuniaire: le Nouveau-Brunswick, dans l'Union, paiera-t-il plus, paiera-t-il moins, recevra-t-il plus, recevra-t-il moins, sera-t-il plus, sera-t-il moins imposé qu'aujourd'hui? Et c’est de cette manière aussi que sa presse et ses hommes publics l’ont acceptée de*ses mains pour la discuter, l’accepter ou la repousser.

Mais, pour nous, quelle différence! Si déjà nous nous sentons mal à l'aise dans une alliance où nous comptons encore pour plus d’un tiers, comment nous trouverions-nous au milieu d’un peuple de trente millions ? Quel rôle y jouerions-nous, nous parlons toujours au point de l'autonomie nationale et de tout ce qui la constitue ? Les annexionnistes de 1849 ne nous l’ont jamais dit, bien qu'ils le sussent ; mais la réponse est facile.

Pour eux, composés pour la plupart de marchands banqueroutiers et de républicains, le mot d'autonomie n'avait pas de signification. Les premiers demendaient à l'annexion la prospérité commerciale, qu'ils avaient perdue, et, les autres, les institutions démocratiques, dans la forme républicaine. Les premiers en perdirent l'idée et presque le souvenir dans la prospérité des années qui suivirent, et, les autres, sans cesser d’être ce qu'ils étaient, en 1849, et sans s'occuper davantage de la pensée de conservation qui préoccupe un mil-

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lion de leurs compatriotes, cherchent, cependant, par tactique, à nous effrayer sur le sort qui nous attend, nous Canadiens- Français, dans la confédération des provinces de l'Amérique Britannique du Nord.

Ils savaient bien, comme nous, la position de la Louisiane dans l'Union Américaine, de cette Louisiane fondée par nos ancêtres ; ils savaient que le premier mouvement des maîtres fut de chasser la langue française du Parlement, des tribunaux judiciaires et des documents publics ! Il n’y a pas longtemps de cela ; il n’y a pas longtemps que cette colonie française constitue l’un des Etats de l'Union Américaine, et, cependant, la langue française en disparaît rapidement, st bien des familles qui portent des noms français, nous en avons vues, ne savent même plus parler la langue de leurs ancêtres !

Or, la transubstantiation, l'envahissement et l'absorption étaient beaucoup plus difficiles là qu'ils nele seraient ici, là où le climat effraie et éloigne l’immigration; qu'ici, dans le Nord, vers lequel se porte, comme en caravanes continuelles, le flot de population qui se dirige vers l'Amérique de toutes les rives européennes. Dans cet ordre de chose, combien de temps serions-nous Français ? Combien de temps garderionsnous cette autonomie, qui nous est chère, et continueriousnous à dire, nous Français: « Nos institutions, notre langue et nos lois, » inscrites en pages tantôt glorieuses, tantôt sanglantes et lugubres, mais toujours visibles, au frontispice de notre histoire ?

Non, nous ne pouvons pas rester toujours dans l'état colonial! Oui, nous voulons être, un jour, nation, et, puisque c'est là notre destinée nécessaire et le but de nos aspirations, nous aimons mieux la condition politique dont nous sero..s un élément vital et toujours existant, que d’être jetés, comme une goutte d’eau perdue dans l'océan, au milieu d'un peuple immense où nous perdrions, en quelques années, notre langue, nos lois et jusqu'au souvenir de nos glorieuses origines.

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