‹ L'union des provinces de l'Amérique britannique du Nord [microforme]Chapitre 4 sur 16 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

« 5° Pourquoi l’Union (une ou fédérale) de toutes les Provinces de l'Amérique Britannique du Nord ? »

Nous avons déjà établi que nos difficultés leceles arrêtaient complètement la machine politiqueet nous imposaient deschangements constitutionnels ; qu’une force majeure nous poussait vers l’annexion ou l'union des provinces ; que notre intérêt, nos goûts, nos mœurs, le caractère de nos institutions et l'instinct de conservation nous faisaient pencher pour la dernière, et que bientôt, pour suivre la loi universelle qui, depuis le commencement du monde, avait présidé aux destinées des colonies, il nous fallait nous préparer à prendre place, bon gré, mal gré, au banquet des nations. Mais nous n'avions pas encore dit pourquoi, colonie d’un grand empire, nous avions besoin de tant nous hâter de secouer le joug maternel et de prendre si tôt l’essor vers l'inconnu, et si l’union des Provinces Britanniques Nord-Américaines était la combinaison la plus propre à nous conduire au but indiqué, en un mot, s’il y a, dans cette union, les éléments géographiques, maritimes et commerciaux d’un grand peuple et d’un grand pays. Voilà la question complexe que nous avons à traiter dans cet article.

En 1858, nous nous prononcions contre toute union possible, contre l’Union féderale, comme contre l’union unitaire, parce qu’alors, forts dans le Parlement, où nous avions écrasé toutes les oppositions et fait taire, pour un temps au moins, le cri du Haut-Canada, en faverr de la représentation basée sur la population, nous pensions pouvoir rester, à perpétuité, dans nos conditions actuelles d'existence politique ; parce que nous espérions que l’immigration, se portant de notre côlé, rétablirait l'équilibre, ou à peu près, entre les populations des deux Canadas ; parce que nous croyions que les provinces atlantiques, pauvres et sans ressnurces, rechercheraient l’Union pour se refaire à l’aide de notre revenu ; parce que nous ne pensions

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pas que la protection de l’Empire nous manquerait si tôt ou même jamais ; parce que nous n'avions pas compris, avant la guerre américaine, tout le danger que nous courrions à rester isolés ; parce que nous ne songions pas, qu’un jour, l'Angleterre, sentant elle-même approcher pour nous l'heure de l’émancipation et commençant à trouver trop lourd le fardeau de la tutelle, nous dirait de nous préparer pour la solennelle transition ; parce que nous ne voyions pas dans l’Union d’avantages commerciaux que nous ne possédions déjà, et, enfin, parce que nous la craignions pour nos intérêts religieux et nationaux et le salut de nos institutions. Seulement, ainsique nous l’avons vu dans notre dernier article, dans le choix nécessaire entre l’annexion et l’Union des Provinces, nous nous prononcions, sans hésiter alors, comme aujourd’hui, pour la dernière.

Nous avons besoin de nous hâter pour n'être pas pris par surprise et parce qu’il est sage de nous organiser et de nous constituer complètement et solidement en corps de nation pour le jour où la mère-patrie nous dira de marcher seuls. Il serait trop tard d’y penser dans la crise.

Nous sommes loin de souhaiter cette séparation et nous désirons en éloigner l’époque le plus possible, parce que le joug maternel a été doux, depuis longues années, et que nous avons besoin de beaucoup de temps, de réflexion et de travail pour nous y préparer ; mais, puisqu'elle est providentiellement écrite, quelle force pour nous, quand elle viendra, si nous sommes un peuple de six ou huit millions et que nous puissions montrer au monde étonné, comme titre d'admission dans la famille des nations, un mouvement commercial de deux cent cinquante à trois cent millions de piastres !

Nous jouerons, au Nord, le rôle du Mexique au Sud, et, comme contrepoids, comme appoint sérieux d'équilibre dans la balance où se pèseront les destinées de l'Amérique du Nord, nous aurons le bon vouloir, la protection et même, au besoin, l'appui matériel des grandes puissances européennes.

Ne l’oublions pas, c’est presque toujours du Nord que sont

sortis les conquérants du monde; ce sont les peuples du Nord qui ont conquis la Chine, l’Iude et l'Asie tout entière ; ce sont les peuples robustes du nord de l’Europe, qui ont envahi, de proche en proche, et écrasé l'empire romain! Mais tout cela n’est possible, ct l’existence même nationale ne l’est que pour un peuple fortement constitué par l’union compacte de tous ses éléments de grandeur et d’avenir. Séparés, nous serions sûr d’être envahis et écrasés les uns après les autres.

On ne donne pas la main à ceux qui sont trop faibles pour s’aider eux-mêmes, parce qu’on ne veut pas périr avec eux ; c’est également l’histoire des individus et des peuples.

Nous sommes convaincus, aujourd’hui, que nos difficultés intérieures nous poussaient, malgré nous, vers un nouvel ordre de choses ; qu’au bout d'une résistance prolongée, nous eussions trouvé un sort moins propice ; que nous avions à opter entre l'annexion aux Etats-Unis et l’union des provinces ; que celle-ci est préférable à la première ; que les provinces atlantiques prospèrent autant que nous et que leur alliance ne serait pas un fardeau pour nos budgets et un ver rongeur dans notre revenu ; que la mair. maternelle de l’Empire nous manquera certainement, un jour, et qu’ainsi nous avons besoin de nous préparer pour l'émancipation nationale. Mais nous n’avons pas encore regardé la question de l’un de ses côtés les plus importants, le commerce, cette grande, quelques-uns diraient, cette unique source de la fortune et de la prospérité publiques, puisqu'il embrasse tout dans ses flancs immenses : l’agriculture, les industries et les arts.

Nous écrivions en 1858 : « Quels seraient, pour le Canada, les avantages commerciaux de l'union législative (une ou fédérale) de toutes les provinces britanniques ?

» Il est autant de l'intérêt des provinces atlantiques de rechercher notre commerce qu’il est de notre intérêt de rechercher le leur. L'union politique, on le sait, ne changerait, en cela, rien à la condition des choses. Et, dans tous les cas, ces provinces ne peuvent pas nous traiter plus mal que les

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nations étrangères, plus mal que les Etats-Umis, nos seuls concurrents sur leurs marchés étroits.

» Lorsque les communications de terre et de mer, entre elles et nous, serontcomplétées, nous serons dans une position, particulièrement favorable, pour y lutter avec nos produits contre toute concurrence possible.

» Si le but de ces provinces, en demandant l'union, (elles ne la demandent pas) est uniquement commercial, —et il ne peut pas être autre dans notre condition coloniale, —pourquoi, n’avoir pas plutôt recours à la liberté des échanges qui peut s’effectuer sans changements constitutionnels organiques, sans l'intervention du parlement impérial, si pleine de danger, et par le seul fait des législatures actuelles ?

» La liberté des échanges, au point de vue commercial, est égale à la fusion politique absolue ; elle produit précisément les mêmes effets sans avoir les mêmes inconvénients et les mêmes dangers, et sans demander les mêmes sacrifices. »

Nous sommes encore du même avis, en ce qui regarde l’effet de l'union sur notre commerce intercolonial. « La liberté des échanges, » serait encore pour nous, «au point de vue du commerce intérieur, égale à la fusion politique absolue ; » mais, celle-ci, des chiffres irrécusables nous le démontrent, ne demanderait pas les sacrifices que nous appréhendions alors. Six ans de méditation et d’une rude expérience, au milieu des luttes sociales, des passions, des haînes et des entraves de tous les noms, nous ont appris bien des choses que nous ne pouvions pas savoir alors. Six ans, c’est beaucoup dans la vie des peuples du Nouveau-Monde ; six ans pour eux, c’est plus qu’un siècle pour ceux de l’Ancien-Monde.

Si nous marchons vers des destinées manifestes, impérieuses, ayant, pour ainsi dire, le mors aux dents, et se lançant impétueusement dans l’arëne, la sagesse ne nous commande-t-elle pas de les diriger au moins dans la route qui les conduit au salut ? Et si, avec cela, l’union politique ne coûte pas plus cher que la simple union commerciale et la liberté des:

échanges, pourquoi reculer, pourquoi tenir à une opinion dont les causes et les motifs ont disparu ?

Les budgets réunis de ces Provinces ne s’aideront peut-être pas, mais aussi ils ne se nuiront pas. L'union politique ne fera pas plus que la liberté des échanges, pour notre commerce intérieur, mais elle est nécessaire à la protection et au développement de notre commerce extérieur ; nous devons donc la vouloir si nous tenons à occuper une place respectable parmi les nations.

Quels sont, en effet, les éléments d’un grand peuple? C’est un grand territoire, propre à la culture et riche autrement, par ses minérais et la diversité de ses sources de richesse ; c’est une vaste navigation intérieure, qui vous facilite le moyen de porter à l'étranger vos produits et d’en rapporter les siens à bon marché ; c’est un immense littoral océanique et des havres nombreux et profonds que vous puissiez approcher, tous les jours de l’année, et qui permettent un grand commerce et un grand développement de ces armées de mer et de ces batteries flottantes, sans lesquelles vous ne pouvez exercer, au loin, aucune influence morale ou matérielle, ni y porter, en sûreté, vos produits.

Or, le Haut et le Bas-Canada, réunis, possèdent-ils, à euxseuls, tous ceséléments réunis ? ls ont un sol fertile, vaste et capable de nourrir un grand:peuple ; ils ont déjà une populaavn de près de trois millions d’âmes et qui se double en vingtcinq ans ; ils ont.une immense navigation intérieurc, des canaux et des chemins de fer sur une vaste échelle ; ils ont déjà un commerce qui produit l’étonnement.et l'admiration de l'étranger. Mais leurs mers intérieures, leurs canaux et leurs hâvres sont fermés, à la navigationet au commerce, durant cinq mois de l’année. Ils ne sauraient donc, en restant seuls, être jamais un peuple maritime et commercial. 11 faut donc qu’ils agrandissent encore leur territoire et qu'ils possèdent des hâvres.sur l’océan, afin que, pour les flottes comme pour le ‘commerce, ils aient des marins. 1l faut donc qu’ils s’allient

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les provinces atlantiques et qu’ils fassent, avec elles, un tout compact, dans une union ayant pour base l'équité, la protection et la force communes.

Nous avons nos mines de cuivre et de fer ; mais nous n'’avons pas de charbon. Or, le bassin houillier du Nouveau- Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse est dix fois grand comme celui de l'Angleterre ; et, sans charbon, comment mettre nos usines en mouvement et alimenter nos flottes, lorsque nous en aurons ?

La Nouvelle-Ecosse et l'Ile de Terreneuve possèdent des hâvres assez profonds et assez vastes pour abriter, à l'aise et en tout temps, les flottes de toutes les nations. Terreneuve, la plus vaste station de pêche du monde, est le point de l'Amérique le plus rapproché de l’Europe ; ce serait donc, aux confins de l’océan, avec ses ports ouverts, tous les jours de l’année, notre premier boulevard, notre station militaire la plus avancée et notre premier arsenal maritime. (C’était à ce point de vue surtout qu’il était important de la faire entrer dans l’Union, même au prix d’un sacrifice pécuniaire.

Avec Terreneive, le Cap-Breton, Halifax et les petites îles situées dans le Canal Saint-Paul et à l'embouchure du détroit de Belle-Isle, et les hâvres qui s’y trouvent, nous commanderons l’entrée du golfe Saint-Laurent, dans toutes les saisons de l’année, et nous pourrons le fermer au besoin à toutes les nations.

La nature semble avoir combiné, exprès pour la nation qui doit naître à l’existence, tous ces moyens de défense, de prospérilé et de grandeur.

Si on allait nous dire que notre esprit vogue, loin de la réalité, dans le pays de l'imagination, des théories et des espérances, nous leur répondrions : N’avons-nous pas déjà un peuple de quatre millions, un commerce extérieur de #137,500,- 000, une navigation océanique, représentée par près de cinq millions, et un cabotage de près de six millions de tonneaux ? Quelles sont donc les nations qui ont commencé ainsi, et, à

part deux ou trois, quelles sont celles, aujourd’hui, qui peuvent montrer un pareil bilan de prospérité et donner, pour l'avenir, de pareilles garanties de force et de viabilité ?

« 6 Laquelle doit-on préférer ? L'Union une ou fédérale ? »

Voilà une question difficile à résoudre. Elle ne le serait pas, si l’on pouvait faire une constitution comme l’on fait un livre; si la pratique était aussi facile que la théorie; si, quand l’on veut former un grand peuple, l’on n’avait pas à opérer sur des éléments déjà existants, sur des mœurs, des affections et des institutions sociales et politiques pleines de sève et de vie et qui tiennent à se perpétuer ; si, à cause de cela, toutes les constitutions écrites n'étaient pas des compromis, c’est-à-dire des concessions réciproques, faites par les parties intéressées, et que la première question, qui se présenterait, n’était pas si l'on pourra faire un tout parfait, mais un tout quelconque, où les éléments composants puissent se trouver juxla-posés, sans se nuire, sans se heurter, sans se détruire, et où ils peuvent vivre ensemble avec leurs différences ou même leurs oppositions; sinous n'avions pas sans cesse devant les yeux l’histoire de l'Autriche, de la Hongrie et de l'Italie Aulique, de la Russie, de la Pologne et de la Circassie, de la Hollande et de la Belgique, des Etats-Unis et du Sud, de l'Angleterre et de l'Irlande, notre.histoire enfin.

La Pologne, à qui l’on nie son être, est une plaie hideuse et frémissante dans le flanc du géant moscovite ; elle pourrait bien lui être fatale, un jour, quand auront été comptés, dans la balance de Dieu, les jours de l'oppression. L’Autriche comprend, maintenant, quoiqu’un peu tard, qu'on n’efface pas, avec des édits, la langue, les institutions et les instincts d'un peuple, et qu’il est plus sage, au contraire, de leur tendre une main protectrice et paternelle. Elle sauvera probablement la Hon-

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grie par sa politique nouvelle, si large et si intelligente ; mais que deviendra la Vénitie, toute écumante de haine, sous le souffle et l’étreinte révolutionnaires ?

La Hollande, pour n'avoir pas compris les leçons de la sagesse et méconnu la tolérance, perdit, en un jour, avec la Belgique, les quatre-septièmes de sa population et de son terriloire : et l’avenir n’a pas encore dit le sort réservé à la constitution des Etais de l'Amérique du Nord, créée au milieu de grandes difficultés et avec des éléments qui devaient s’harmoniser difficilement ensemble pour constituer un tout durable.

Si l’Union une avait été possible, c’est-à-dire si nous y eussions trouvé toute la protection que nous demandons pour nos institutions, et si toutes les autres provinces, qui doivent entrer dans l'alliance, y avaient consenti, nous avouons, sans hésiter, que nous eussions penché de préférence vers cette forme constitutionnelle, car plus un peuple a de cohésion, plus ses éléments s’harmonisent et s’unifient, plus il est sûr de vivre, de prospérer et de grandir.

A cet égard, nous n'avons jamais changé d’opinion et nous disions, en 1858 :

» L'union, avec l'unité législative, vue de certains côtés,

serait bien la plus logique. Elle le serait au point de vue :

1° du budget ; 2° du système colonial; 3° des contrepoids et de l'équilibre américains ; et 4° des résultats immédiats de l'union sous toutes ses formes.

» Elle le serait au point de vue du budget, car c’est à peine si ce gouvernement et cette législature, pour toutes les provinces, coûteraient plus cher que le seul gouvernement et la seule législature actuels du Canada, tandis que la confédération obligerait à l'entretien de sept gouvernements et de sept législatures distinctes.

» Elle le serait au point de vue du système colonial, parce que, dans ce système, il n’y a rien que pourrait faire la législature fédérale et que ne puisse pas faire chacune des législatures actuelles ; rien non plus qui puisse donner à ce Congrès

de provinces les attributs imprescriptibles de la législature impériale.

» Elle le serait au point de vue des contrepoids et de l’équilibre américains, parce que, dans l'unité, résident la centralisation et l’indissolubilité ; parce que la centralisation et l’indissolubilité sont deux grandes forces, deux grands principes de vie nationale, l’un d'initiative, l’autre de résistance, l’un d'action, l’autre de cohésion. C’est l’unité seule, l'initiative et la résistance seules, dans l'unité, qui nous sauveraient, dans l'avenir, des griffes de l'aigle. (C’est dans son administration centralisatrice, c’est dans l’unité et l’indissolubilité nationales que la France puisait cette prodigieuse faculté de se retremper dans les désastres et de sortir, chaque fois, plus formidable, de ces combats de géants que lui livrait l'Europe pour la faire périr. Tout état constitué comme les Etats-Unis d'Amérique périrait en Europe plus facilement qu'a péri la Pologne, ou serait, comme les états de la confédération germanique, à la remorque tantôt de l’une tantôt de l’autre des grandes puissances qui ont l'unité pour principe d’être. La constitution de la Pologne renfermait un principe de faiblesse, un principe dissolvant ; aussi Ja Pologne a péri. Les Etats-Unis contiennent aussi un principe de faiblesse, un germe puissant de dissolution ; ils ne périront pas, à la condition, toutefois, de rester les plus puissants et les plus fortement constitués de tous les peuples du Nouveau-Monde, »

Mais quelques-unes des provinces, et le Bas-Canada n’est pas la seule, «la repousseraient, parce qu’elles voudraient exister de la vie locale et qu’une législature unique, quelque fût son principe d’être, ne sauvegarderait pas les intérêts sectionnaires qui ne veulent pas périr et quiseraient livrés, sans contrôle, au caprice et au mauvais vouloir des majorités étrangères, »

Que nous reste-t-il donc à faire? c’est de tirer de la situation le meilleur parti possible; c’est d’édifier la constitution la plus parfaite possible avec les éléments que nous possédons, en

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Jature im- les faisant harmoniser ensemble, au lieu d’essayer de les anéantir et de les mettre, pour ainsi dire, à la refonte; c’est, ot de l'é- 1 en les respectant, d'approcher le plus possible de l’unité, de la La contra- centralisation et de l'indissolubililé ; C’est, en un mot, d'éviter one lin: les erreurs fatales qui ont fini par amener la crise actuelle | principes dans l’Union américaine.

ance, l’un Quand nous écrivions ainsi sur les Etats-Unis, en 1858, l'initiative | quand nous disions « qu’ils contenaient un principe de faiblesse ent, dans un germe puissant de dissolution, » nous ne nous attendions inistration | guère qu'il s’écoulerait à peine deux ans et demi avant d’être nationales témoin des terribles et sanglantes conséquences de ce prinretremper cipe fatal de dissolution dont nous venons de parler. idable, de Déjà, ils sont scindés en deux et se font, depuis trois ans et r la faire demi, une guerre d’extermination. En supposant que, à la ’Amérique suite de celle guerre acharnée, où auront péri deux millions

ne, OU Se- 1e, à la rendes puisonstitution n principe is contien-

d'hommes et qui aura promené la dévastation et la ruine sur un territoire si vaste et naguère si heureux, on réussisse à écraser le Sud, est-ce que l’on peut espérer le conserver? On le conservera, peut-être, mais plus difficilement que la Russie ne conserve la Pologne, qu’elle tient à la gorge dans les serres de ses deux aigles sanguinaires. Déjà, en d’autres lieux de

ant de dis- l'Union l’on voitpoindre l'esprit d'indépendance qui, soyez-en itefois, de sûrs, produira ses fruits, quand les armées, qui couvrent la és de tous surface de l'immense république, seront rentrées dans leurs

foyers.

La constitution des Etats-Unis, comme on le sait, est mixte de sa nature ; elle est le produit d’un compromis des partisans de l'unité nationale et de ceux'de l'indépendance des états. Les auteurs de cette constitution firent tout ce qu'ils purent pour la constituer sur d’autres bases, mais le principe de la souveraineté des états se dressait devant eux comme un obstacle insurmontable, et l’organisation nationale düt, en conséquence, procéder de la délégation qui lui posa des bornes et l'innocula du poison dont les effets désastreux aujourd’hui étonnent ot affligent le monde.

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Si donc, nous le pouvons, n’imitons pas cet exemple, et, bien que nous soyons obligés, nous aussi, de renoncer à l’idée d’une constitution parfaitement unitaire, faisons-la, au moins aussi une que possible, pourvu que, à l'abri de cette unité, nous trouvions protection pour les choses que nous voulons conserver.

La délégation des pouvoirs législatifs et administratifs ne doit venir ni d’en bas, ni d'en haut, dans la constitution nouvelle. Mais les attributs des diverses législatures et des divers gouvernements doivent être parfaitement distincts les uns des autres et donnés concurremment par le même pouvoir, le parlement impérial, afin qu’arrivant le jour où nous prendrons place parmi les nations, nous nous trouvions tels que nous voudrons être alors.

Nous acceptons la confédération, au lieu de l’Union une, non par choix, mais par nécessité, mais parce que nous ne pouvons pas faire autrement que de la vouloir nous-mêmes, dans notre intérêt. Ceci résout cette autre question que nous

nous posions en 1858 : « Quel est le but d’un gouvernement fédéral dans l’état de colonie et de sujétion législative au Parlement impérial ? »

Cette question, nous la posions ainsi, d’abord, parce que nous ne sentions pas alors la force irrésistible qui nous poussait vers des changements constitutionnels, et, ensuite, parce que nous ne réfléchissions pas qu’un jour viendrait, jour de notre émancipation coloniale, où ce gouvernement général, qui n’est pas nécessaire aujourd’hui, dans notre état de dépendance, remplacerait pour nous celui de la mère-patrie.

En supposant même que nous fussions maîtres de nous arrêter en chemin, durant quelque temps encore, ce n’est pas pour aujourd’hui que nous édifions, c’est pour l’avenir, et peutêtre pour un avenir très-prochain, et, à ce point de vue, le gouvernement et le parlement fédéraux ont pleinement leur raison d’être. Ils ne l’auraient pas, en dehors de cette considération, à moins d’être une nécessité matérielle et présente.

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Et, cette force majeure, qui pourrait nier, dans le fait, qu’elle existe si, par elle, l’on comprend cette nécessité qui nous oblige, dans un temps très-court, à accepter un changement quelconque, à choisir, aujourd’hui, entre deux ou trois modes d'existence coloniale, et, demain, entre deux principes de vie nationale.

« 7e Où se trouverait le plus de protection pour le catholicisme, la nationalité française et généralement les institutions et les intérêts matériels du Bas- Canada? Dans le projet de constitution de la convention de Québec? dans l’Union fédérale des deux Canadas? ou dans l’Union actuelle ?»

En 1858, nous disions:

« Quel rôle jouerait l'élément religieux dans l'union (une ou

fédérale) de toutes les provinces?

« Si nous posons ainsi la question, ce n’est pas seulement parce qu’on l’a posée ainsi ailleurs, mais parce que nous croyons qu'il est nécessaire de la regarder aussi de ce côté, le moins approchable et le plus périlleux de tous.

« L'élément religieux est le plus volcanique de tous les éléments sociaux ; il fait éruption au moment où vous vous y attendez le moins et sa lave brûlante ne se refroidit souvent que dans le sang des victimes qu’elle fait.

« Le rôle que jouera l’élément religieux dans l'Union pourra donc être très-considérable ou presque nul, suivant les circonstances, suivant les causes qui peuvent agir sur lui. On est paisibles, on est amis, on est frères, on est chrétiens, on est inertes même; mais, au moment le moins prévu, une étincelle jetée, par mégarde peut-être, sur l'édifice social, toujours si combustible, y allume un incendie qui ne s'éteint plus. Alors on a besoin de regarder autour de soi, non pour démolir, à Dieu ne plaise, mais pour ne pas se laisser envelopper par l'élément destructeur.

«Il est donc évident que, dans l'intérêt de la société, l’élé-

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