‹ L'union des provinces de l'Amérique britannique du Nord [microforme]Chapitre 5 sur 16 · SAS · texte numérisé non relu

SAS

ment religieux, à cause de ses dangers, àe devrait point jouer de rôle politique : ici nous voulons parler des passions, des haines religieuses, travaillant en sens opposés la constitution pour y trouver le triomphe et la domination, et non de la foi, sans laquelle le peuple serait bien malheureux, puisque, privé de l'espoir, ce seul fortifiant pour l'être qui pense, il:n’apercevrait, au terme de ses misères, que Je néant et la nuit.

«Mais, à côté de ce qui est désirable, à côté de la raison, qui semble conseiller à l'élément religieux de ne point jouer de rôle dans la constitution, il y a les sociétés telles qu’elles sont, avec leurs ingrédients constitutifs indestructibles, avec leurs passions, avec leurs croyances, avec leurs préjugés, avec leurs opinions aussi multipliées que les étoiles du ciel.

» La raison dit une chose, la pratique en dit une autre ; l'expérience, dont les lugubres enseignements n’ont manqué à aucun pays : Voilà pourquoi, on le comprend maintenant, il est nécessaire de regarder l'union des provinces du côté de ses influences religieuses.

» L'élément religieux ne sera pas dans la lettre, mais il sera dans l'esprit de la constitution ; il se déteindra, bon gré, mal gré, sur la législation et sur l’administration, et, comme dans les combinaisons chimiques, l’ingrédient le plus fort dominera, quoiqu’on fasse pour en paralyser l'effet.

» La constitution des Etats-Unis dit bien qu'on n'’exigera pas de test religieux comme condition d'éligibilité aux emplois publics ; et cependant ses rouages sont tout huilés de protestantisme.

» Peu de temps après la conquête du Canada, les colonies anglaises de l'Amérique, aujourd’hui les Etats-Unis, invitaient, dans une pétition, la mère-patrie à priver les Canadiens- Français de la religion de leurs pères. Franklin lui-même avait signé ce document, si imbibé de fanatisme et d’intolérance,; mais, quand ces colonies se révoltèrent, en invitant le Canada à faire comme elles, celles-ci, pour l’entrainer, lui offrirent la liberté religieuse !

rait point jouer passions, des la constitution t non de la foi, puisque, privé ense, il-n’aperet la nuit.

té de la raison, e point jouer de es qu’elles sont, bles, avec leurs préjugés, avec du ciel.

\ dit une autre ; n'ont manqué à 1 maintenant, il inces du côté de

tre, mais il sera ra, bon gré, mal et, comme dans

s fort dominera,

qu'on n'exigera ilité aux emplois uilés de protes-

da, les colonies Unis, invitaient, les Canadiensanklin lui-même isme et d'intolét, en invitant le l'entraîner, lui

» Elles la consignèrent ensuite dans leur constitution comme

elles y consignèrent le droit au Canada de faire partie de leur

confédération : ces deux pensées furent corollaires l’une de l’autre ; mais l'expérience a prouvé que cette formule, si large et si généreuse, n'a pas effacé, dans la pratique, le sentiment qui avait d'abord fait parler Franklin.

«Ainsi, quoi qu'on fasse, l’élénent religieux jouera son rôle dans la constitution, et on ne doit pas s'étonner si, nous rappelant l’acharnement avec lequel nos institutions religieuses et catholiques sont systématiquement attaquées dans notre législature actuelle, nous nous demandons, dans le sentiment de la crainte : quelles seront, dans l’Union de toutes les provinces, les forces numériques respectives du catholicisme et du protestantisme ? »

Ce sont encore là nos sentiments, tels que nous les écririons aujourd’hui, car ils ont pour point d’appui l'expérience de tous les siècles et de tous les pays.

Qui donc ignore le rôle qu'a joué, surtout l'élément religieux, daus l’histoire sainte, à partir de la période égyptienne ; dans Rome où le paganisme et le christianisme se livrèrent des combats acharnés qui durèrent près de trois siècles et demi , au septième siècle, dans les mains du terrible et rusé Mahomet ; au huitième, dans le vaste empire de Charlemagne ; au douzième el au treizième, en France, dans les guerres contre les Albigeois,et dans les croisades européennes contre l’islamisme ; au seizième, dans la Réformation qui, partant de l'Allemagne, envahit laScandinavie, une partie de la Suisse, l’Angleterre et l’'Ecosse, et le rôle qu’il joue encore de nos jours, en Chine, aux Indes, dans une partie de la Turquie, en Russie, en Pologne, en Angleterre et en frlande ?

C’est donc l’histoire du genre humain tout entier, et, mettre de côté, par un sentiment de délicatesse mal inspiré, cet aspect si important de la question, ce sert singulièrement méconnaître les obligations et la responsabilité du publiciste et de l'homme d’étal.

mA

Du reste, la pensée qui nous préoccupe en ce moment, comme catholiques, remplit au même degré, les esprits protestants. Tous comprennent le rôle important que l'élément religieux peut jouer dans la constitution, et chacun demande à celle-ci, pour sa foi, la plus grande somme de protection possible. Ce

n’est donc pas l’égoïsme et l'intolérance qui font parler une re- À

ligion en particulier, mais l'instinct de conservation qui les

pousse toutes à rechercher un abri sûr, contre le hasard des À

tempêtes, sous le toit constitutionnel.

Le même instinct fait parler et agir les nationalités, qui se

demandent, dans l'inquiétude, si elles pourront se trouver à É

l'aise, vivre et se développer librement dans le nouvel ordre de choses.

La question que nous avons posée, en tête de cet article, s'offre à nous sous deux aspects, en ce qui regarde deux des modes d’être constitutionnels nommés : l’aspect de l’organisation générale et celui des constitutions locales. 11 faut donc se demander quelle protection auront, dans la constitution générale, la religion et la nationalité des Canadiens-Français, quelle protection elles auront dans les organisations locales, et quelle serait la formule législative et gouvernementale qui les protégerait davantage.

Avons-nous, pour le catholicisme et la nationalité française, plus de protection dans la constitution actuelle que nous n’en aurions dans la confédération de toutes les Provinces ou dans celle des deux Canadas seulement ? Voilà une question trèscomplexe et qui demande un sérieux examen.

Dans les conditions actuelles du mélange des catholiques et des protestants, sur les divers points des Provinces, le catholicisme, loin d'y être le plus fort, n'exerce même pas, dans notre législature, une influence proportionnelle à sa force numérique. Ainsi, le catholicisme, qui compte 1,200,865 âmes

dans l’Union, n’est représenté, dans la chambre basse, que par À 52 voix, tandis que le protestantisme, qui en compte 1,305,890, |

y est représenté par 78 voix. Si les représentations des deux

vinc

| cepe

des

tecti

gran drior

majo chos les n que (

Nc avail tion

| satio:

nous et la géné!

donn reste avoir

> moment, comme sprits protestants.

élément religieux

-mande à celle-ci, À

ion possible. Ce

ont parler une re- À

iservation qui les

tre le hasard des À

ationalités, qui se

ront se trouver à £

is le nouvel ordre

ite de cet article, regarde deux des aspect de l’organiales. Il faut donc la constitution géadiens-Français, nisations locales, vernementale qui

onalité française, [le que nous n’en rovinces ou dans ne question très-

des catholiques et vinces, le cathomême pas, dans lle à sa force nu- 1,200,865 âmes

pmpte 1,305,890, ntations des deux

re basse, que par À

religions y étaient proportionnelles à leurs nombres respectifs, elles devraient être comme suit : députés catholiques, 621 ; protestants, 674.

Le Haut-Canada qui, suivant le recensement de 1861, renferme 258,051 catholiques, n’éit, cependant, que 2 députés catholiques.

Les nombres des races, étant encore plus disproportionnés que ceux des reïigions, puisqu'ils sont : Français, 883,568 ; Anglologues et autres, 1,623,187, on sent que la race française ne trouve pas une protection considérable dans l'acte constitutionnel de 1840, et qu'elle n’a pas tort de rechercher un autre ordre de choses qui l’abrite davantage contre les chances des conflits possibles.

La confédération des deux Canadas ou de toutes les Provinces, en nous donnant une constitution locale qui sauverait,

à cependant, les privilèges, les droits acquis et les institutions

des minorités, nous offrirait certainement une mesure de pro- ! tection, comme catholiques et comme Français, autrement grande que l’Union actuelle, puisque, de minorité nous deviendrions et resterions, à toujours, la majorité nationale et la majorité religieuse. Mais nous ne voudrions pas d’un ordre de choses qui ne protégerait pas, au même degré, les minorités et les majorités dans tout ce qui les constitue ; rien n’est durable que ce qui est fondé sur la justice.

Nous avons dit, au commencement de cet article, qu'il y avail deux aspects, sous lesquels l’on pouvait envisager la question : l'aspect de l’organisation générale et celui des organi- | sations locales. Nous venons d'examiner l’aspect local ; il ne nous reste plus qu’à dire comment ces deux choses, la religion et la nationalité, se trouveraient protégées dans la constitution générale.

Il est évident, tout d’abord, que la constitution locale, étant donnée au Bas-Canada, précisément pour les abriter, avec le reste de nos institutions, etla constitution générale, ne devant avoir, en conséquence, aucune action sur elles, la confédé-

ration ne saurait les mettre en danger d’une manière quelconque. Ily a plus, c'est que la langue française, la seule chose qui pouvait être en péril, en dehors de l’organisation locale, a : trouvé, par le projet, dans la constitution générale, la même protection, les mêmes droits et la même égalité que dans l'Union actuelle.

Au point de vue de ces protections, la confédération des deux Canadas eût pu être aussi bonne que la confédération de toutes les Provinces de l'Amérique Britannique du Nord, mais pas meilleure ; tandis qu'elle n'aurait pas offert les mêmes avantages, sous tous les autres rapports, et, qu'avec elle nous ne nous fussions pas trouvés placés dans des circonstances aussi favorables pour le moment où nous aurons à aller prendre notre place parmi les nations.

Si nous parlons avec autant d’insistance de ces questions si pleines de délicatesse, c'est parce qu’il y a des doutes et des craintes dans le sentiment public à leur endroit, et qu'elles s'imposent impérieusement à l'examen, si nous tenons au succès de l’unité de l'Amérique Anglaise. Qu’on ne se méprenne donc

pas sur nos intentions: nous ne demandons ni l'exclusion des pro autres races et des autres religions, ni des priviléges pour les &.. des nôtres. Ce que-nous voulons uniquement, c’est que celles-ci bé ne périssent pas. il a

C'est demander peu, ce nous semble, pour une race qui a syn légué tant de sang, tant de gloire, tant de liberté au Nouveau- la j Monde : c'est trop peu du moins pour qu'ailleurs on ait droit mo de s’en aigrir ou de s’en inquiéter ! Aussi, disons-le, la con- pot vention de Québec, pratique dans son but, juste et libérale D out dans ses intentions, a tout d’abord compris ce qu’elle devait sar

faire et l’a fait sans hésiter, sans tirailler, sans murmurer et À | sans se laisser prier.

Maintenant, si nous abordons la question des intérêts ma- son tériels et si, ainsi que nous croyons l'avoir démontré, plus de d'une fois dans le cours de ces écrits, nous n'avions que le ent

choix entre deux alternatives, en dehors de l'annexion aux

uière quelcon- , la seule chose sation locale, a érale, la même alité que dans

nfédéralion des onfédération de > du Nord, mais fert les mêmes u’avec elle nous s circonstances aurons à aller

ces questions si les doutes et des roit, et qu'elles tenons au succès e méprenne donc i l'exclusion des iviléges pour les est que celles-ci

une race qui a rté au Nouveaueurs on ait droit ons-le, la conuste et libérale e qu’elle devait s murmurer et

des intérêts madémontré, plus n'avions que le

l'annexion aux

Ecosse, à

Etats-Unis

: la confédération des deux Canadas et celle de toutes ies colonies de l'Amérique du Nord, il ne nous reste plus qu’à nous demander dans quelle de ces deux conditions d’être politique se trouve le plus ‘de protection pour ces intérêts qui sont l’objet unique du débat, à l'heure qu'il est, en Haut-Canada, au Nouveau-Brunswick, dans la Nouvelle- Terreneuve et dans l'Île du Prince-Edouard. Ici, nous sommes plus à l’aise, car la question matérielle regarde indistinctement, et au même degré, toutes les races du Bas-

Jusqu'à ne nous l'avouons, nous étions mr favorable à la confédération des deux Canadas qu’à l’autre plus grande, parce qu’alors nous n'avions pas de visées nationales et que nous croyions y trouver plus de protection pour les intérêts du Bas-Canada. Nous agissions comme si nous avions eu affaire à des ennemis actuels ou probables, et, en bonne tactique, nous voulions avoir à combattre le moins d'ennemis possible; mais, depuis, nos rapports constants, durant les jours de la convention, avec les hommes d'Etat éminents des provinces atlantiques, ont fait disparaître de notre esprit bien

. des appréhensions et bien des motifs de résistance.

“Un sentiment d'équité présidait à toutes les paroles comme il a présidé à toutes les délibérations de la convention. Les sympathies paraissaient y être pour le Bas-Canada, bien que la justice y fùt pour tous. Est-ce parce que nous sommes les moins forts numériquement et que l'instinct de conservation portait les plus faibles à se tenir serrés les uns contre les autres, dans un but de protection, contre la force envahissante du plus fort ?

Qu'on Île comprenne bien, il ne peut y avoir ici que la question des intérêts matériels dans l’Union, puisque les autres sont abrités par les constituticns locales. Or, dans le projet de confédération, quant à ces intérêts, nous tenons la balance entre les parties contractantes. Un journal du Haut-Canada l'a si bien compris, qu'il a fait un calcul pour établir que, dans

ne

trente ans, cette dernière province serait plus populeuse que tout le reste de la confédération réunie et dominerait ainsi la position.

Il oubliait une chose bien importante, c’est que, en supposant, ce qui est faux historiquement, que la population du Haut- Canada pût continuer à se doubler en vingt ans et que sa représentation fût, en 1894, dans la chambre basse de l’Union, plus considérable que celle de toutes les autres provinces réunies, il n’en est pas moins vrai que la Chambre haute, l'égale en pouvoirs et le contre-poids de l’autre, aura voix délibérative et votera comme elle, au congrès national. Or, dans cette Chambre, le Haut-Canada n'aura jamais plus de 24 voix, tandis que nous en aurons 24 comme lui et que toutes les

provinces réunies, moins le Haut-Canada, y compteront 52 voix.

Ainsi donc, si le Haut-Canada doit avoir, un jour, la prépondérance numérique, en bas, il ne pourra jamais l’avoir en haut, où les rapports des nombres demeureront, à toujours,

ce qu’ils sont, actuellement, dans la constitution.

Il est donc de toute évidence que nous serions mieux au point de vue des intérêts matériels dans la confédération de toutes les provinces que nous ne le serions dans celle des deux Canadas seulement, puisque, dans cette dernière, nous serions 24 contre 24 et qu'une seule voix, en se transposant, pourrait placer la majorité du Conseil du côté de la majorité de la Chambre basse et donner ainsi la prépondérance au Haut- Canada. Dans la confédération de toutes les provinces, il faudrait en déplacer 28, pour lui donner cette prépondérance. Ainsi il n’existe aucun danger pour nous de ce côté.

Du reste, nulle circonstance, nulle cause ne pourrait réunir, enune seule masse compacte, toutes les unités représentatives du Haut-Canada, soit dans l’une soit dans l'autre Chambre, car, l'expérience nous l'enseigne à toutes les pages de notre histoire, il existera toujours des partis politiques et ces partis agiront toujours à peu près en dehors ‘es distinctions territo-

populeuse que inerait ainsi la

, en supposant, tion du Hautans et que sa sse de l'Union, res provinces nambre haute, , aura voix déonal. Or, dans lus de 24 voix, que toutes les compteront 92

n jour, la préa l'avoir en

{, à toujours, n.

ions mieux au bnfédération de s celle des deux e, nous serions osant, pourrait majorité de la ance au Hants provinces, il brépondérance.

ôté.

pourrait réunir, eprésentatives tre Chambre,

es et ces partis

pages de notre

ctions territo-

riales. De plus, les intérêts matériels ne reconnaissent pas toujours les divisions territoriales, et les circonscriptions commerciales se confondent rarement avec les bornes géographiques ; c’est ce que nous voyons pour ie Canada central et le district de l'Outaouais, dont les intérêts commerciaux et industriels sont presque identiquement les mêmes que ceux du Bas- Canada. Qui contestera aussi, la carte de l'Amérique du Nord à la main, que les intérêts matériels des provinces atlantiques ne se rapprochent pas plus des nôtres que de ceux du Haut-Canada ?

Nous pouvons donc dire, sans hésiter, que la confédération de toutes les provinces vaut mieux, pour nous, que celle des deux Canadas seulement.

Que faut-il conclure de toutes ces considérations, que l'harmonie naîtra ue la nécessité, pour les faibles comme pour les forts, et le sentiment de la situation produira le sentiment de la justice entre tous les éléments de la société politique nouvelle ?

Nous terminons, par cet article, nos observations genérales, et dans le suivant nous entamerons la question des détails.

Page 1