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DEUX FAITS D’OSTÉITE MULTI-KPIPHYSAIRE (DE CROISSANCE

Paris, le U avril 1879.

Monsieur et bien cher rédacteur en chef.

Voulez-vous me permettre de vous signaler, d’une façon sommaire, deux faits observés par moi en ville, qui me semblent tout au moins avoir un certain intérêt d’actualité à côté de ceux que M. le docteur Lannelongue a relatés dans le savant mémoire (sur l 'ostéo-my élite) lu par lui à l’Académie, et ceux que M. le professeur Gosselin persiste, envers et contre tous (et je crois avec assez de raison), à baptiser du nom à' ostéite épiphysaire?

Si vous m’octroyez cette permission, je commence, vous promettant d’être bref :

Premier fait. — L’enfant d’un de mes confrères, le docteur C..., est âgé de 12 ans; petit, assez chétif, il fait de la gymnastique depuis longtemps, et avec assez peu de ménagement. Un jour de l’année dernière, il rentre le soir de sa pension, si fatigué et si courbaturé, que son

citiæ juxta libertatem. C’est Tacite qui l’a dit. Cette hiérarchie créée pour l’ordre des citadins comprenait des charges de secrétaire, soit à Venise, soit à l’étranger, et le sommet ambitionné de cette hiérarchie était la charge de secrétaire du redoutable conseil des Dix et en première ligne celle de chancelier de la République. Cette charge, qui était la plus élevée de celles que pouvait ambitionner un citadin, donnait beaucoup de prérogatives, beaucoup d’influence et était assez noblement récompensée. Le traitement qui s’y trouvait attaché montait à près de dix mille ducats.

Le médecin découragé de son art ou celui qui préférait, à cause de la fortune de sa maison, ne plus suivre le chemin parfois si aride de la pratique, avait donc une carrière dont chaque échelon lui permettait d’utiliser les talents qu’il avait acquis. Était-il secrétaire du conseil des Dix? Quelle précieuse marque de confiance lui avait été donnée en le choisissant pour cet emploi! Devenait-il chancelier de la République? Il n’était plus séparé des grands, et quoique citadin et n’en perdant pas le rang, il vivait en quelque sorte entouré et honoré comme un des plus illustres membres du gouvernement de la République. Il y avait deux doges : le doge des patriciens et le doge des citadins. Quand il était employé à l’extérieur comme secrétaire d’ambassade, ou même comme chargé d’affaires, quel rang, quelle influence il en recevait ! C’était lui, l’homme instruit, l’homme que sa capacité avait marqué pour cette fonction, qui donnait le conseil,^ qui tenait la plume dans ces dépêches si remarquables de la diplomatie vénitienne, qu’on les cite de nos jours comme des modèles de pénétration, des modèles de haute raison politique, que les diplomates contemporains seraient heureux de pouvoir imiter au point de perfection où ces dépêches ont été portées.

.. - connais pas de nom de médecin, je ne pourrais pas en citer un qui ait appartenu à Une de ces charges, chancelier de la République ou chargé de diplomatie h l’étranger. Mais

père est inquiet, et m’appelle parce que cet enfant se plaint surlonl d’une douleur vive du genou droit qui l’empêche de se tenir debout. Je crois tout d’abord à un léger rhumatisme; cependant, aucune rougeur, aucune tuméfaction n’existe au niveau de l’articulation, et je m’aperçois que la douleur provoquée par la pression ne siège qu’à l’endroit des épiphyses tibiale et fémorale; explorant, comme terme de comparaison, l’autre genou, je reconnais une douleur identique au niveau des épiphyses correspondantes; enfin, portant successivement mon examen sur les extrémités ou saillies osseuses de chaque pièce du squelette, je constate une sensibilité bien nette, bien accusée à la pression, et parfois très-marquée de toutes ou presque toutes les épiphyses des os du corps : os de l’avant-bras, métacarpiens et phalanges; humérus, scapulum, maxillaires, os de la face, rachis, os innommés, membre inférieur, métatarsiens et phalanges des orteils, présentent une vive sensibilité à chaque pression exercée par mes doigts sur l’épiphyse adjacente.

Toutefois, le maximum de la douleur siégeait sur les épiphyses appartenant aux os du genou.

Le repos, l’usage du bromure de potassium à l’intérieur (1 gr. par jour), puis celui de bains alcalins, permirent à cet enfant de reprendre ses études à la pension, mais tout en conservant encore ces douleurs, qui peu à peu s’atténuèrent et finirent par disparaître au bout de trois ou quatre mois ; aucune fièvre, aucun symptôme inflammatoire, aucune tendance à la suppuration.

Deuxieme fait. — Un jeune élève de 15 ans du collège R... est bien constitué, fort et trapu, et, malgré cette vigoureuse constitution, fait de la gymnastique à outrance. Un jour de cette année, il entre à l’infirmerie, se plaignant d’une douleur au genou gauche. Je crois d’abord, encore ici, à une affection simplement rhumatismale, sans épanchement synovial toutefois, et avec un peu de ténosite du tendon rotulien qui crépite sous les doigts par les mouvements articulaires ; mais, me rappelant alors le cas précédent que je viens d’esquisser brièvement, j’explore les épiphyses et je constate également une douleur bien marquée non-seulement au niveau des épiphyses du genou, dont il s’est plaint de prime abord, mais sur un très-grand nombre d'épiphyses d’autres os (membres supérieur et inférieur, scapulum, os iliaque, maxillaire inférieur, colonne vertébrale, etc.); toutefois, ces douleurs étaient moins généralisées que dans le cas précédent.

Repos complet au lit. Les bains sulfureux que je prescrivis ne parurent pas amender les souffrances, bien au contraire, et furent supprimés. Un appareil ouaté compressif appliqué autour du membre inférieur gauche calma les douleurs plus spécialement accentuées au niveau des épiphyses du genou. L’usage du bromure de potassium (1 gr. par jour) fut institué et est même encore continué depuis deux mois avec assez de succès, car le jeune homme a quitté le collège pour habiter la campagne, et les nouvelles que j’en ai reçues sont très-satisfaisantes.

je n’oublie pas que les médecins étaient les premiers des citadins, qu’ils en formaient le premier rang, et celui par conséquent qui devait réunir, pour le savoir, le plus de titres au choix de la Sérénissime Seigneurie. Je crois donc que je ne fais pas une vaine supposition en attribuant à ces bridants élèves de l’Université de Padoue, des rédactions de dépêches qui font encore l’étonnement et l’admiration de ceux qui les lisent. L’ambassadeur était surtout nommé pour l’illustration de son nom, le secrétaire pour sa capacité et pour son mérite ; il faut regarder au-dessous pour découvrir celui qui tenait la plume des dépêches et était le véritable ambassadeur. Pourquoi n’y pas reconnaître la présence d’un médecin?

(A suivre.) Dr Éd. Carrière.

Le Congrès de météorologie de Rome. — Le Congrès de météorologie de Rome a ouvert ses séances, hier lundi, par un discours de M. Depretis, président du conseil. L’orateur a retracé un tableau des conquêtes que la météorologie a faites, grâce à l’initiative de Le Verrier, et il s’est efforcé d’indiquer les progrès qui lui restent encore à faire pour remplir le magnifique programme qui lui a été tracé.

C’est le délégué français qui, naturellement, a été appelé à répondre à un discours si flatteur pour notre nation.

M. Cantini, délégué de l’Italie, a été nommé président.

Les deux vice-présidents ont été le délégué de la Suisse et le délégué de la Russie.

Le délégué des Etats-Unis n’est point encore arrivé, mais tous les États de l’Europe sont représentés, La Bavière a même un délégué distinct de celui de l’empire allemand*

L’UMOIN MÉDICALE.

Je vous livre ces deux faits tels que je lea ai observés, mon cher rédacteur en chef, et pour ce qu’ils valent; mais, sans discuter ici le point de départ précis du mal (moelle souspériostique, moelle interstitielle, périoste, épiphyses) sur lequel, du reste, nos savants académiciens n’ont pas paru encore s’entendra parfaitement jusqu’à ce jour, je ne puis guère m’empêcher, en me plaçant uniquement au point de vue clinique, de les rapprocher d’une façon complète de cette forme à laquelle M. le professeur Gosselin a donné la dénomination fort judicieuse et très-significative d 'ostéite épiphysaire des adolescents.; mais, de plus, dans nies deux cas, je vois une sorte de généralisation de l’état morbide. Ce n’est plus une seule épiphyse qui est le siège d’une douleur vive, ce sont presque toutes les épiphyses du squelette dont on révçjlle la sensibilité par une pression exercée à leur niveau. M. Lannelongue, dans son remarquable mémoire, cite plusieurs exemples dans lesquels sept à huit épiphyses étaient simultanément douloureuses, mais où la généralisation ne semblait pas aussi accentuée que dans les rniens.

C’est là, à notre avis, une nouvelle variété clinique d’ostéite épiphysaire à laquelle nous ne saurions mieux faire que de donner le nom d’psTÉiTE poly ou iviDLTirÉPiPHYSAiRE de croissance ou des adolescents.

Ces douleurs doivent être évidemment attribuées à une modification toute particulière apportée dans l’organisme et spécialement dans le squelette entier par la croissance du, jeune individu, modification qui fait naître en lui une aptitude favorable à l’exagératiop du travail physiologique de nutrition des os, et par cela même au développement possible d’une inflammation quelconque ; cette dernière peut être très-intense, devenir même suppurative quand on a ^flaire à Vostéite mono-épipliysaire, mais elLe semble, au contraire, être apyrétique et rester à l’état latent pour le cas d 'ostéite multi-êpiphysaire, comme dans les deux faits que je viens de vous soumettre.

Maintenant diverses causes, principalement celles d’excitation, président à cette suractivité nutritive des os; c’est ainsi qu’on la voit se produire de préférence chez les individus surmenés. La gymnastique, qui sans doute est un excellent exercice, mais dont il faut bien se garder d’abuser, semble avoir été, dans les deux exemples qui me sont personnels, la cause déterminante de la maladie.

Le repos, l’expectation, la compression ouatée, pour les points les plus douloureux et les mieux accessibles, sont les moyens bien simples qu’il suffit d’employer, car les bains excitants, tels que les sulfureux, ne m’ont pas. réussi dans la première de mes observations. Quant au bromure de potassium, bien qu’il m’ait paru avoir produit quelques effets dans les deux cas, comme anti-congestif, je n’ose lui attribuer plus d’influence qu’il n’en a en réalité. Il nous faut, en effet, des cas en bien plus grand nombre pour conclure, et j’espère que la connaissance des deux miens en fera surgir d’autres ; aussi faisons-nous appel aux praticiens <jui, comme médecins ou chirurgiens, se trouvent en rapport avec des établissements hospitaliers d’enfants ou d’adolescents, des écoles communales ou commerciales, des collèges et des pensions.

Très-sûrement cette osléit e, multi-èpiphysaire a été déjà observée, mais sa véritable nature a échappé; les douleurs, qui . en sopt presque l’unique symptôme,' ont été regardées comme de simplès rhumatismes ou mis sur le compte, d’un peu de fatigue, et n’ont pas été attribuées, comme elles doivent l’être réellement, à l'ostéite de croissance.

Tèls sont les deux cas que j’ai désiré vous communiquer, Monsieur, et cher rédacteur en chef. Faites-en ce que bon vous semblera» et croyez,^. mes sentiments les plus dévoués et les plus affectueux.

Dr Gillette, chirurgien de Bicêtre.

Séance du 15 avril 1879.— Présidence de M. II. Roger.

La correspondance pon officielle comprend :

1° Up trayail manuscrit de M* le docteur Laroarch, intitulé : Alâmucénosie ou maladie, des batteurs engrange. ! ..

2° Une lettre de M. de Masquart, accompagnant l’envoi d’une brochure intitulée : Congres séricicole international de Montpellier.

3° Divers plis cachetés.

M. le Président annonce que MM. Filhol, de Toulouse, Lficàdi'e, dû Havre, et Seox, de

Marseille, assistent à la séance, <

L’union médicale.

M. Tarnier présente, au nom de M. le docteur Siredey, médecin de l’hôpital Lariboisière, l’article Péritonite, extrait du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.

M. Gavarret présente, de la part de M. le docteur Badal, professeur d’ophthalmologie à la Facpllé de médecine de Bordeaux, un volume intitulé : Clinique ophtalmologique.

M. Henri Bouley présente au nom de son fils, M. Paul Bouley, une thèse intitulée : De C ostéomalacie, citée avec éloges par M. Verneuil dans la dernière séance.

M. Bouley rappelle que , dans cette, séance , il avait fait des réserves à propos de la théorie émise par M. Colin sur l’étiologie de la fragilité des os chez les ruminants atteints d’ostéoclastie. M. Colin avait affirmé que les os de ces animaux contenaient un excès de sels calcaires et que cet excès provenait de la, prédominance des mêmes sels, pendant les années' de sécheresse, dans les végétaux dont ces animaux ,sè. nourrissent. Or, les analyses rapportées, dans le travail de M. Paul Bouley démontrent que les assertions de M. Colin sont inexactes, et que les os malades contiennent une proportion, notablement moins considérable de sels calcaires que les os sains.

M. Colin répond que M. Paul Bouley n’a pas relaté, dans sa thèse, toutes les analyses qui ont été faites sur ce sujet. D’ailleurs, son travail ne se rapporte qu’à l’ostéomalacie, et non à l’ostéoclastie. Or, cette, dernière maladie, qui s’obseryp chez les ruminants dans le? pays calcaires, pendant les années sèches, se caractérise par un état de dureté et de fragilité tout à la fois du système, osseux, qui fait que les os de ces animaux se cassent comme du verre, et qui est dû à l’excès de sels calcaires dans leur composition.

M. Depàül relève la confusion qui lÛi paraît être faite, dans cette' discussion, entre l’ostéoclàstie et l’ostéomalacie, qui sont dés maladies entièrement différentes, puisque, dans fune, il y a prédominance, et, dansTautré, 'insuffisance des sels calcaires dans le tissu osselix.

M. Planchon, au nom d’une commission dont il fait partie avec M. Pldoux, lit un rapport sur un mémoire de Bonpland, intitulé : Du Melalenea paraguariensis et de son action thérapeutique, ; i ■;

« Ce mémoire, dit M. le rapporteur, est signé d’un nom illustre, d’Aimé Bonpland, l’ami et le, compagnon de Humboldt, dans le voyage en Amérique qu,i; a été un des événements scientifiques du commencement de ce siècle. Bonpland, après avoir produit ses remarquables tçayaux.deifjqtanique, avait eu, l’idée fie revoir certaines parties de l’Amérique du Sud. Ayant, en 1821, pénétré sur le territoire du Paraguay, . ^lors sourpis à la. domination du dictateur Francia, il fut retenu pendant quatre années, malgré toutes les ' sqjliciiatipns des différents gouvernements européens. Lorsque, au bout de ce temps, Çolivar obtint .enfin pour lui la liberté, Bonpland s’était fait aux mœurs du pays, il s’y était créé une famille et s’établi^ dès lors sur la frontière du Paraguay, en territoire brésilien, mais à portée des populations au milieu desquelles il s’était fait un renom et une popularité, Botapiste et médecin., consvtité de tous côtés par les malades, qui accouraient de fort loin pour recevoir ses conseils, il eut toutes les facilités possibles pour étudier la flore du pays, et, particulièrement /la ma|iè'rè médicale. Ayant trouvé dans le Paraguay line plante analogue, sinon idendique, au }leldlenca des Moluques, il eut lfidée de vérifier les propriétés qttribuéjes , à cétte espèce par les médecins allemapds.;Çju. siècle derniçr. Il en retira l’essence, une résine de là consistance du miel ; il fit, avec les feuilles et les fleurs, une teinture, et constata Pâctiqh' sudorifique de ces divers produits. L’appliquant ensuite au traitement de diverses maladies, rhumatismes, goutte, syphilis, fièvre jaune et choléra, il crut pouvoir conclure de ses observations1 à, l’efficacité du Melalenea paraguariensis t dans cfi? diverses affections. . '

Tput en laissant à l’auteur la responsabilité de ses opinions, M.‘ le rapporteur propbse de déposer honorablement son, travail dans les archives, et d’adresser une lettre de remércîments aux enfants de notre illustré compatriote, qui ont bien voulu en faire hommage à l’Académie;

Les conclusions du rapport de M. Planchon sont adoptées sans discussion.

M. Armand Moreau communique, à l’occasion du procès-verbal de la dernière séance, uné note en réponse aux remarques présentées par M. Colin aq sujet du mémoire lu par M. Moreau dans celte séance.

Dans ce mémoire, après avoir rappelé lés résultats depuis longtemps acquis à la science, au sujet de l’action des sels purgatifs,: M. Moreau décrivait une expérience nouvelle qui consiste à ingérer un sel purgatif dans une anse intestinale, et à attendre, quelque temps après cette ingestion, pour placer dans cètte anse un sel, le cyanure jaune de pptassium et de feu, qui sert de témoin de l’absorption. L’expérience montre qu’alors il n’y a pas d’absorption, tandis

que les liquides fournis par la sécrétion et l’exhalation de la membrane muqueuse continuent à affluer.

Ce résultat est contraire à l’idée qu’il se fait un double échange entre la solution saline d’une part, et, d’autre part, la partie aqueuse du sang; ce résultat est contraire, par conséquent, à la théorie de l’endosmose conçue comme supposant un double échange. Tout le mémoire de M. Moreau se réduit à ce point, et le fait nouveau peut être ainsi défini : La présence de sels tels que le sulfate de soude et de magnésie donne lieu à une absorption qui cesse bientôt, tandis que la formation des liquides par sécrétion et exhalation continue. M. Colin objecte que la membrane muqueuse n’est plus dans de bonnes conditions pour absorber et que les lésions survenues sont la cause de l’absence d’absorption.

Poué combattre cette affirmation sans preuve, M. Moreau se borne à dire que si la muqueuse n’absorbe pas, elle est cependant toujours capable d’absorber; il le démontre par une expérience dans laquelle, après avoir successivement injecté dans une anse intestinale d’un chien une solution de sulfate de magnésie ordinaire, puis une solution de cyanure de potassium, il retrouve ce dernier sel dans les urines de l’animal. D’où il conclut que l’absorption peut avoir lieu, même dans les conditions où M. Colin prétend que celle absorption ne pourrait se faire.

M. Colin répond que M. Moreau est aujourd’hui de son avis, puisque la note nouvelle que son collègue vient de lire a pour but de montrer que l’absorption peut se faire dans la muqueuse intestinale en même temps que la sécrétion et l’exhalation provoquées par le contact d’une solution saline injectée dans l’intestin. C’èsl précisément ce que M. Colin soutenait, dans la dernière séance, contre M. Moreau, dont la première note, différente de celle d’aujourd’hui, avait pour but de montrer qu’il ne peut y avoir en même temps, dans l’intestin, un double courant d’absorption et d’exhalation. M. Colin rappelle qu’il a fait, il y a vingt ans, des expériences semblables à celle de M. Moreau, expérience qui ne présente, par conséquent, rien de nouveau, et à laquelle il a déjà reproché de ne pas remplir les conditions d’une expérience bien faite.

M. Chatin, au nom d’une commission dont il fait partie avec MM. Béclard et Hérard, lit un rapport sur bn mémoire de M. le docteur Heckel, pharmacien de première classe, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, ayant pour titre : De L'influencé des solanées vireûses en général, et de la belladone en particulier.

M. Heckel, dans ce mémoire, a voulu élucider, par l’expérimentation, les conditions dans lesquelles se réalise l’immuhité constatée, mais jusqu’ici inexpliquée, dont jouissent certains vertébrés à l’égard des poisons de ces plantes, ainsi que les phénomènes qui l’accompagnent. Le fait, pour ce qui concerne les rongeurs en général, et surtout le lapin et le cobaye, est connu depuis longtemps relativement à la belladone. M. Heckel a étendu l’expérimentation à plusieurs variétés du rat commun, et l’a fait porter non-seulement sur Yatropa belladona, mais encore, sur les hyoscyamus niger et albus, ainsi que sur les datura stramonium et talula.

Fort des résultats qu’il a obtenus, il se croit autorisé à affirmer que le lapin et le cobaye peuvent facilement être alimentés avec les feuilles et même avec les racines des solanées toxiques précitées sans en souffrir, et cela , pendant un temps très-prolongé ; que le rat supporte fort bien l’introduction des mêmes végétaux dans son régime ordinaire.

Pour ce qui est du lapin et du cobaye, l’immunité est telle, que M. Heckel a pu élever plusieurs générations et les faire reproduire en ne les nourrissant absolument, durant toute la belle saison, que de jusquiame, de belladone et de datura frais, et, durant l’hiver, de son mêlé par moitié avec de la poudre de feuilles ou de racines.

M. Heckel adopte la conclusion émise par M. Bouchardat dans son Traité de matière mèdicgle, savoir : que les soignées vireûses agissent avec d’autant moins d’énergie sur les animaux que ceux-ci s’éloignent davantage de l’homme, conclusion à laquelle arrivait M. Chatin lui-même, il y a bientôt quarante ans, dans ses recherchés physiologiques sur les animaux et les végétaux au moyen de l’àcide arsénieux.

M. Heckel a, déplus, recherché jusqu’à quelle dose les alcaloïdes des solanées peuvent être donnés aux rongeurs sans qu’aucun symptôme accuse leur présence, à quel moment leur ingestion est accusée et, enfin, ce que deviennent les alcaloïdes, suivant la proportion qui en a été introduite dans l’économie. Les expériences nombreuses auxquelles il s’est livré l’ont à cette conclusion que, chez les animaux réfractaires aux solanées vireûses, la quantité d alcaloïde introduite par l’alimentation, toujours assez, faible, est détruite dans le torrent circu atoire à mesure qu’elle est absorbée, et que l'élimination se fait.

™a^.Aie«ora>P?0rteur ProPose ! i* d’adresser des remerclments à l’auteur 1 2* de renvoyer son mémoire U la commission^ correspondants nationaux. (Adopté.)

M. Colin dit qu’il a eu occasion de faire des expériences analogues sur des lapins qu’il a nourris avec un mélange de luzerne et de morelle. Il n’a pas vu se manifester le moindre accident chez ces animaux, même chez les individus les plus jeunes.

M. Colin inclinerait à expliquer le privilège d’immunité que possèdent les rongeurs relativement à l’influence toxique des solanées vireuses, par ce fait que les alcaloïdes végétaux sont généralement peu solubles et ont besoin, pour être transformés en substances solubles, de l’action des acides du suc gastrique.. Or, chez les . rongeurs, les aliments séjournent à peine dans l’estomac et passent très-rapidement dans l’intestin, d’où suit que les principes toxiques végétaux contenus dans ces aliments ne sont pas observés ou le sont avec une lenteur extrême et sont éliminés au fur et à mesure de leur absorption.

M. Chatin répond que les alcaloïdes végétaux se trouvent généralement, dans la nature, combinés avec des acides qui favorisent leur dissolution. Il ne pense pas que l’immunité dont jouissent les rongeurs à l’égard des solanées vireuses soit due à la rapidité avec laquelle ces substances sont entraînées dans le tube digestif sans être absorbées, car alors on devrait les retrouver dans les résidus de l’alimentation, ce qui n’est pas, ainsique le démontrent les résultats négatifs des recherches de M. Heckel. M. Chatin continue donc à considérer les rongeurs comme étant, par la nature de leur organisation, réfractaires à l’empoisonnement par les substances atropiques.

Il serait curieux de rechercher, par des expériences multipliées sur la série animale, jusqu’à quel point le degré d’élévation des espèces dans l’échelle zoologique influe sur leur aptitude à être influencées par l’action toxique de ces substances. De telles recherches devraient tenter un expérimentateur aussi habile et aussi actif que M. Colin.

— La séance est levée à cinq heures.

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