PREMIÈRE LEÇON
Recueillie par M. Anatole Chauffard, interne du service.
Messieurs, en commençant aujourd’hui nos réunions de chaque année , je veux vous dire, tout d’abord et en deux mots, quel est le but que je me propose : vous faire voir le plus de choses possible ; vous donner, sous une forme aussi brève, aussi précise que je le pourrai, des notions complètes et pratiques sur les différentes affections de la peau ; mettre enfin à votre disposition toutes les ressources que peut vous offrir eet hôpital si riche, soit dans mon service, soit dans notre admirable musée pathologique, tel sera le but continuel de mes efforts; j’espère qu’ils seront couronnés de succès, et que vous ne regretterez pas les matinées que vous aurez consacrées à l’hôpital Saint-Louis.
Mais aujourd’hui, avant de commencer l’étude analytique et isolée des différentes affections cutanées, je voudrais grouper sous vos yeux, comme dans un vaste tableau d’ensemble, les diverses parties de la dermatologie, je voudrais vous faire juges de l’étendue et de l’importance de nos études.
Et d’abord , Messieurs , qu’est - ce que la dermatologie ? et mérite-t-elle que vous en fassiez une étude spéciale? A cela, bien des médecins vous répondront, d’un air dédaigneux et superbe : « La dermatologie ne mérite qu’une place de second ordre, ce n’est qu’une Spécialité. » Eh bien, Messieurs, permettez-moi de protester hautement contre une si grande erreur. Non, la dermatologie n’est pas une spécialité; c’est, au contraire, une branche importante de notre science médicale, et, pour vous en convaincre, vous n’avez qu’à remonter à la cause des différentes affections de la peau et à en rechercher l’origine. Les unes, vous le verrez, relèvent de, causes locales, d’irritations., superficielles ou profondes, de la peau, par des conditions variables de profession, de climat, d’habitudes, par l’invasion de parasites animaux ou végétaux; mais les autres, et ce sont les plus nombreuses, relèvent de causes internes, de troubles de la santé générale. C’est ce que je voudrais vous démontrer
FEUILLETON
Quelle singulière et triste coïncidence! Trousseau, prédécesseur d’Adolphe Gubler dans la chaire de thérapeutique et de matière médicale, meurt d’un cancer de l’estomac, et son successeur succombe également aux suites de cette affreuse maladie! Né en avril 1821, Gubler entrait dans sa cinquante-neuvième année. Ses études médicales avaient été fortes et brillantes ; il avait conquis, par le concours, l’externat, l’internat, les fonctions de chef de clinique, de médecin des hôpitaux, d’agrégé à la Faculté, et nul doute que le concours ne l’eût conduit à l’obtention d’une chaire magistrale, si ce mode d’élection n’eût été aboli. L’originalité de ses travaux et le succès de son enseignement libre le désignèrent à la Faculté pour la chaire de thérapeutique, que M. G. Sée abandonnait pour une chaire de clinique. Mais ses leçons du matin à l’hôpital Beaujon, qu’il n’a jamais voulu quitter, avaient pour ses élèves le même attrait et étaient aussi suivies que celles qu’il donnait, le soir, dans le grand amphithéâtre de la Faculté.
Adolphe Gubler avait surtout suivi la direction de deux grands maîtres, Trousseau et Rayer. Du premier, il avait hérité la spontanéité, l’originalité, l’enthousiasme, la facilité d’entraînement vers les idées nouvelles, une généreuse tendance à l’encouragement et à la protection ; du second, il avait acquis et conservé l’esprit de curiosité scientifique insatiable, l’ardeur de la découverte, la recherche des faits nouveaux, mais aussi un sens critique qui venait tempérer l’impression trop vive des choses nouvelles.