‹ L'Union médicaleChapitre 114 sur 176 · I. — Pensions nouvelles · texte numérisé non relu

I. — Pensions nouvelles

La Commission des pensions viagères ar reçu, pour l’exercice de 1879, 18 dossiers comprenant 10 demandes de pensions nouvelles et 8 demandes d’augmentation de pension.

La somme accordée parle Conseil général représente un revenu annuel de 4,300 francs, par conséquent de 300 francs plus élevé que celui voté l’année dernière.

Les demandes, vous le savez, sont aussi plus nombreuses. La Commission a donc dû tenir compte de cette circonstance en fixant la quotité des pensions ; c’est pour cette raison qu’elle n’a pas cru devoir encore se départir de la règle qui s’est imposée à elle jusqu’ici, de n’élever qu’exceptionnellement au-dessus de 300 francs le taux des nouvelles pensions.

A-t-elle rencontré dans les demandes quelqu’une de ces situations toutes spéciales auxquelles il faut répondre par des sacrifices particuliers? En aucune façon. Les confrères pour lesquels la pension est sollicitée lui ont paru réunir tous, à peu près au même degré, les conditions d’âge, d’infirmités et de dénûment. Ces infortunes égales créant à chacun des droits égaux, il ne pouvait être fait d’avantages à aucun d’eux sans léser les intérêts des autres. Nous vous proposons donc de fixer a 300 francs le chiffre de la pension attribuée aux diverses demandes qui vous ont été adressées.

f Nous ferons cependant une exception, en vous demandant de porter à 400 francs la pension d’un vénérable confrère de la Société de la Loire et de la Haute-Loire. Son grand âge et sa triste situation le recommandent particulièrement à votre commisération.

'C est un docteur en médecine âgé de 85 ans. Il y a trois ans, nous avons eu le regret de l ajourner parce qu’une autre pension était accordée, celle année-là, à la même Société. Depuis

celte époque, la Société de la Loire a pourvu à ses besoins; ses infirmités se sont se aggravées.

A ses 85 ans, il faut ajouter une cécité presque complète et un affaiblissement notable des facultés intellectuelles. C’en est assez pour justifier, je pense, la sorte de faveur dont il va être l’objet.

Les 9 autres pensionnaires à 300 francs ne sont guère moins dignes d’intérêt. Le tableau des propositions vous montre que 5 sont septuagénaires et 4 sexagénaires; 3 sont docteurs et 5 officiers de santé. Aucun d’eux n’est dans des conditions de santé qui lui permettent de satisfaire aux exigences professionnelles.

Parcourez la colonne des infirmités : à côté de chaque nom, vous voyez accolées soit une affection cérébrale, hémorrhagie ou ramollissement, avec l’hémiplégie qui en est la conséquence, et un trouble plus ou moins marqué des facultés intellectuelles et des sens; soit une maladie de cœur remontant souvent à une époque ancienne et finissant par empêcher l’exercice de la profession, en raison de l’anhélation qu’elle détermine.

N’y a-t-il pas là une intéressante remarque à faire sur la manière dont on finit dans notre laborieuse carrière? Les infirmités, quand nous atteignons l’âge des infirmités, nous viennent du cerveau ou du cœur, c’est-à-dire des deux organes sur lesquels retentissent principalement les fatigues de l’esprit et du corps. Dans quelle profession trouve-t-on, je vous le demande, pareil abus de l’activité physique, les incessantes préoccupations du médecin en face des difficiles problèmes qui se posent devant lui, la sollicitude enfin que lui inspirent les soufrances qu’il a constamment sous les yeux?

Si la part des infirmités est grande, bien minime est celle des ressources. Pour presque tous, vous voyez cette note :

« Dénûment presque absolu, pas ou peu de clientèle. »

Souvent les ressources ont été nulles pendant toute la partie active de la carrière; mais il a fallu vivre, élever des enfants, pourvoir à leur établissement avec les maigres profits d’une clientèle de campagne.

Quelques-uns ont joui d’une certaine aisance, mais des infirmités précoces, l’abandon des clients, ont épuisé bientôt des économies, péniblement amassées. Tel est le cas d’un pauvre confrère, absolument perclus et depuis longtemps dans un dénûment extrême. Croyez-vous qu’il va, dans sa détresse, faire valoir ses droits et réclamer un secours de sa Société? Non. Il faut que sa femme ait épuisé son dernier sou et que ses amis prennent l’initiative d’une demande de pension pour qu’il soit aujourd’hui porté sur notre liste.

Cette réserve, nous la rencontrons chez quelques-uns de nos plus malheureux sociétaires. Il semblerait qu’en faisant appel à la Caisse des pensions, ils craignent de prélever sur cette Caisse une somme qui pourrait avoir une meilleure destination. Ne reconnaissez-vous pas là la délicatesse et les sentiments élevés que nous sommes heureusement habitués à rencontrer chez ceux qui, à tous les degrés, honorent notre titre professionnel ?

IL — Augmentations de pension.

La Commission des pensions viagères a cru satisfaire aux sentiments maintes fois exprimés dans nos Assemblées générales, en faisant une part importante aux augmentations de pension.

L’amélioration de notre situation financière, le retour à la Caisse des pensions des sommes aliénées, rendues disponibles par le décès des titulaires, vous créent des ressources qui permettent, dès à présent, de relever sensiblement le taux de la pension allouée à quelquesuns de nos Sociétaires.

Pour répondre aux huit demandas d’augmentation de pension, la Commission a prélevé une somme de 1,200 francs de rente sur les 4,300 francs votés par le Conseil général, ce qui lui a permis de donner à quatre pensionnés une augmentation de 200 francs; aux quatre autres, une augmentation de 100 francs.

Cette différence dans la répartition est justifiée par les conditions où se trouvent ces anciens pensionnaires. Si vous jetez les yeux sur le tableau des propositions qui vous sont faites, vous verrez que les augmentations de 200 francs sont attribuées à 3 octogénaires, tous trois docteurs en médecine, et que le quatrième, officier de santé, est lui-même presque octogénaire, — 78 ans, — complètement aveugle et affligé d’infirmités résultant d’une chute récente dans laquelle il s’est cassé les deux jambes et blessé à la tête, accident dont il a cependant guéri, non sans avoir sa convalescence traversée encore par une violente attaque de goutte!

Ajoutons que, sur les quatre, trois sont aveugles et le quatrième hémiplégique de vieille date.

Celle augmentation de 200 francs élève deux de ces pensions à 500 francs, et deux à 600 francs. Ce ne serait encore là qu’une médiocre ressource, si ces intéressants vieillards ne recevaient pas quelques secours de leurs Sociétés. Espérons que celles-ci continueront à avoir égard à une situation si lamentable, et que celte légère élévation du chiffre de la pension ne tes privera pas du secours qui leur était accordé.

En résumé, le Conseil général met à la disposition de l’Assemblée générale, pour l’exerci de 1879, une rente de A, 300 francs que votre Commission vous propose de répartir ainsH

1 pension nouvelle de 400 fr . . . « . 400 fr.

9 — de 300 fr . 2,700

4 augmentations de pension de 200 fr . . . . 800

4 — — de 100 fr 400

4,300 fr.

Ce qui porte le nombre de nos pensionnés à 57, et établit le chiffre des pensions ait

qu’il suit :

6 pensions à 600 fr . 3,600 fr.

5 — à 500 fr . 2,600

10 — à 400 fr . 4,000

36 ' — à 300 fr . 10,800

soit 57 pensions pour un total de.. . 20,900 fr.

Vous avez entendu tout à l’heure la partie du rapport de notre habile trésorier relative à la Caisse des pensions. On y voit qu’en dehors des 331,004 francs déposés comme fonds de retraites à la Caisse de la vieillesse, nous avons en fonds disponibles, tant à la Caisse des dépôts et consignations qu’entre les mains du Trésorier, une somme de 230,652 fr. 09 c., c’est-à-dire plus du double de ce qui nous est nécessaire pour faire face aux besoins du présent exercice. A cela, il faut ajouter encore 931 francs de rentes constituées par divers donateurs.

C’est donc, Messieurs, une situation prospère qui annonce non-seulement le fonctionnement régulier de la Caisse des pensions viagères, mais qui vous garantit ainsi la possibilité d’améliorer bientôt, dans des proportions notables, la position de nos pensionnaires.

Pour atteindre ce but, j’ai à peine besoin de stimuler votre zèle. Sociétés locales et sociétaires, tous concourent avec une noble émulation au succès de cette Œuvre de charité confraternelle. Devant les faits et l’éloquence des chiffres, les préventions qui l’avaient accueillie à sa naissance se sont dissipées, et il n’est personne aujourd’hui, dans le Corps médical, qui ne soit disposé à lui reconnaître ce que les pouvoirs publics n’ont pas voulu ou n’ont pas pu lui accorder : l’utilité publique !

Dans le numéro de mardi dernier, nous avons rendu compte du banquet qui a terminé cette première journée.

Deuxième séance

Lundi 21 avril 1879. — Présidence de M. Henri Roger.

La séance est ouverte à deux heures.

Sur la proposition de M. le Président, le procès-verbal de la dernière Assemblée générale, imprimé dans V Annuaire de 1878, est voté à l’unanimité,

Sur la proposition de M. le Président , l’Assemblée approuve à L’unanimité les comptes du trésorier.

M. le Président demande à l’Assemblée générale de ratifier l’allocation annuelle de 1,200 francs, votée en faveur de Mmc veuve A, Tardieu par le Conseil général.

A l’unanimité, cette allocation est accordée.

M. Bucquoy continue sa communication sur la délivrance des pensions viagères.

(Suit l’augmeutation de pensions aux pensionnés.)

Sur la proposition de M. le Président , l’Assemblée vote des remercîments à M. Bucquoy, rapporteur de la Commission des pensions.

Le scrutin ouvert au commencement, pour la nomination de huit membres du Conseil général, donne les résultats suivants :

62 votants : MM. Dufay obtient 61 voix, Contour 60, Fauvel 62, Ilérard 62, Moreau ( de Tours) 60, Bancel 62, Brouardel 62, Notta 60.

Eu conséquence, MM. Dufay, Contour, Fauvel, I-lérard, Moreau (de Tours), Bancel, Brouarüel, JNolta, sont nommés membres du Conseil général.

Le scrutin pour la nomination d’un vice-secrétaire donne le résultat suivant : M. A. Chereau obtient 72 voix.

M. A. Chereau est nommé vice-seerétaire.

Le scrutin pour la nomination des membres de la Commission chargée d’examiner et de elasser les demandes de pensions viagères pour l’année 1880, donne les résultats suivants :

59 votants : MM. Bucquoy obtient 59 voix, Dufay 59, Pénard 59, Durand-Fardel 58, Gosselin 58, Bancel 56.

En conséquence, MM. Bucquoy, Dufay, Pénard, Durand-Fardel, Gosselin, Bancel, sont nommés membres de la Commission des pensions.

M. le Président demande îi l’Assemblée générale de voter ta proposition suivante, relative à la reconnaissance d’utilité publique de l’Association générale :

Résolution. — Les tentatives infructueuses, faites depuis l’an dernier, par le Conseil général pour faire obtenir à l’Association d’être reconnue comme établissement d’utilité publique, ayant démontré que, pour atteindre ce but, l’Association aurait à modifier complètement se* Statuts et à faire des sacrifices auxquels il lui est impossible de consentir, l’ Assemblée approuve le Conseil général d’avoir ajourné toute démarche tendant à rechercher pour l’Association la reconnaissance d’utilité publique.

M. Pamard (Vaucluse) : Il est bien entendu qu’il s’agit d’une question d’ajournement, et que le Conseil général reste armé, afin de reprendre la question lorsqu’il jugera le moment opportun.

M. Bigourdan (Eure) ne veut pas que l’autonomie soit dissoute.

M. Gallàrd fait remarquer que la délibération du Conseil général, que M. le Président propose de voter, comporte la possibilité de reprendre la question ultérieurement, dans le cas, où un nouvel état de choses laisserait entrevoir un résultat favorable.

M. Lunier pense qu’il est peu probable qu’avant longtemps cette question de reconnaissance d’utilité publique puisse être reprise avec chance de succès.

La résolution, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité.

M. Helbronner, membre du Conseil judiciaire, lit un rapport sur le vœu émis par M. Ludoger-Forlmorel, relatif au droit des inspecteurs de pharmacies, herboristeries et épi— ceries, nommés par arrêté préfectoral, de visiter les pharmacies tenues par des religieuses.

M. Simonin : Nous avons fait pendant onze ans les fondions d’inspecteur de la pharmacie. Nous avons toujours fait l’inspection des officines tenues par les religieuses. A-t-on le même droit dans ces officines que dans les autres? Je ne le crois pas. On a droit d’exiger que tous les médicaments, désignés par astérisques au Codex, soient tenus dans les officines, mais pas ce droit dans les officines tenues par les religieuses.

M. Bigourdan : La loi est la même pour tous. L’inspection doit seulement constater s’il y a tel ou tel médicament. D’ailleurs, si les pharmacies tenues par les sœurs sont inspectées, c’est qu’on leur reconnaît le droit d’exister.

M. Helbronner : Dans les Côtes-du-Nord, Morbihan, Finistère, l’autorisation a été refusée par les préfets de pénétrer dans des pharmacies tenues par des religieuses. Donc, ce qui est vrai pour l’Est ne l’est pas pour l’Ouest; il faut donc revenir à la loi. La jurisprudence ■ne reconnaît pas ce droit aux sœurs, mais la tolérance fait qu’elles ne seront pas inquiétées par les autorités locales.

M. Lecadre : Au Havre, les sœurs obéissent au pharmacien; on devrait exiger que, dans toutes les administrations destinées à délivrer des secours, des médicaments, un pharmacien fût attaché à l’établissement. En outre, il serait bon que tous les médicaments se trouvassent dans les officines.

M. Lunier : Il serait dangereux qu’on prît l’habitude d'inspecter les officines non reconnues, à moins d’être autorisé par l’administration.

M. A. Cazin, de Boulogne, propose de voler des remerciements à M. Helbronner pour son remarquable rapport.

Vœux. — . M. Guibert (Côtes-du-Nord), comme conclusion du rapport de M. Helbronner, propose, avec MM. Closmadeuc (Morbihan), Laënnec (Loire-Inférieure), Doisneau (Mayenne), le vœu suivant :

Les soussignés, au nom des Sociétés locales qu’ils représentent, émettent le vœu que le Conseil général de l’Association attire la bienveillante attention du ministre de la justice

sur l’organisation de la pharmacie illégale dans les départements bretons, et l’invite, à cette occasion, à vouloir bien donner aux procureurs de la République l’instruction de poursuivre d’office tout fait d’exercice illégal de la pharmacie, même par les corporations religieuses, après avoir rappelé les délinquants au respect de la loi.

M. Mougeot (Aube) : Lorsque les religieuses voudront exercer, elles exerceront sous le couvert d’un médecin ou d’un pharmacien.

M. Bigourdan : Dans notre Société, nous ayons renoncé à poursuivre l’exercice illégal de la médecine, car nous n’arrivions à aucun résultat. Je ne crois pas que nous obtenions un meilleur résultat en poursuivant l’exercice illégal de la pharmacie par les religieuses.

Ce vœu est pris en considération et renvoyé au Conseil général.

M. Seux (Bouches-du-Rhône) émet le vœu que le Conseil général, en s’occupant de l’exercice illégal de la pharmacie dans les pharmacies religieuses, veuille bien s’occuper aussi de l’exercice illégal de la médecine dans les mêmes pharmacies.

Renvoyé au Conseil général.

M. Boutequoy (Châlillon-sur-Seine) demande que les délégués se réunissent le lundi, une heure avant la séance, à l’administration de l’Assistance publique, et non au siège de l’Associalion générale, 7, rue d’Aumale. Celte proposion est acceptée.

M. Lande (Gironde), propose qu’un projet d’association d’assurance mutuelle entre médecins, étudié par la Société de la Gironde, soit renvoyé à l’examen du Conseil général.

Ce projet, dont un exemplaire a été remis à chaque délégué, est pris en considération et renvoyé à l’élude du Conseil général.

M. Lenglet (Marne) demande que les rapporls lus à l’Assemblée générales soient communiqués aux Sociétés quelque temps avant les séances de l’Assemblée générale.

M. Bigourdan : Le délégué de la Marne, connaissant les vœux, pourra les faire discuter par sa Société avant la prochaine Assemblée.

M. Mie : Celte proposition a été refusée l’année dernière par l’Assemblée générale.

’ Cette proposition n’est pas prise en considération.

En levant la séance, M. le Président remercie MM. les Présidents et délégués des Sociétés

locales de leur concours assidus et bienveillant.

Le secrétaire, L. Martineau.

CLINiaUE MÉDICALE

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