‹ L'Union médicaleChapitre 123 sur 176 · TRIMESTRE · texte numérisé non relu

TRIMESTRE

de

Statistique comparée

11 ann. antérieures

des Hôpitaui et Hospices civils de Paris

Janvier

Février

Mars

Totaux

(Moyennes)

I” Ttimestrb de 1879

Mouv

Décès

Mouv

Décès

Moiiv

Décès

Mouv

Décès

Mouv

Décès

Phthisie pulmonaire (*).

Pneumonies (*) .

Bronchites (3) .

Pleurésies (4) .

(1) Les chiffres relatifs à la phthisie pulmonaire sont destinés à l’étude des variations de mortalité de cette affection comparée à elle-même aux diverses époques, mais non à la comparaison de la mortalité de la phthisie avec celle des autres affections des voies respiratoires; la mortalité de la phthisie pulmonaire, affection chronique, malheureusement immuable, ne peut pas être mise en parallèle avec celle des affections aiguës, curables.

(2) La mortalité de la pneumonie, dans les hôpitaux, est toujours élevée de plus d’un tiers au-dessus de la mortalité réelle de la maladie ; la population nosocomiale, affaiblie par l’alcoolisme et par mille autres causes, résiste mal aux phlegmasies pulmonaires; d’autre part, notre statistique est surchargée par le fait du grand nombre de vieillards atteints d’affections diverses au cours desquelles survient une pneumonie ultime, et qui ne sont apportés dans nos salles que pour y mourir. Il faut savoir enfin que, si un malade atteint d’une affection chronique même mortelle succombe à une pneumonie manifeste, il sera compté, dans nos relevés, non à l’affection chronique, mais à l’affection intercurrente qui a été la cause directe de la mort.

Toutefois, cela n’est pas une raison pour condamner la statistique brute, laquelle est absolument indispensable; il ne saurait être question, en effet, dans l’état actuel de la science, et avec les moyens d’enquête dont nous disposons, de faire pour chaque maladie une statistique par catégories d’espèces, de formes, de variétés, etc.; cela ne peut être qu’une œuvre particulière. En fait, les pneumonies (nos tableaux portent pneumonies et non pneumonie), dans toute l’acception et dans toutes les acceptions de ce mot, représentent un redoutable instrument de mortalité nosocomiale, que la statistique des hôpitaux doit absolument indiquer. Tous les médecins qui auront bien voulu prendre la peine de nous lire attentivement sauront à merveille que la mortalité des pneumonies n’est pas la mortalité de la pneumonie franche, et que le coefficient mortuaire de cette affection, incessamment variable

total des données scientifiques. On y reconnaît ce goût incurable de l’école pour les généralités et cette inexplicable tendance à étudier des faits psychologiques avec le seul secours de

la conscience. Tout au contraire, M. Taine s’est adressé aux physiologistes . »

Depuis, la psychologie a fait du chemin, ainsi qu’on peut le voir dans le passage suivant, que je lis dans un feuilleton scientifique et qui mérite d’être recueilli : « Pour la localisation des phénomènes intellectuels de l’ordre le plus élevé, on n’a jusqu’ici atteint aucune précision suffisante, ces phénomènes étant eux-mêmes d’une nature mal définie.... Elle est dès maintenant assez bien envisagée pour que les psychologistes de nos jours soient absolument différents de ceux dont Broussais parlait avec mépris. La plupart d’entre eux, tous ceux du moins dont les connaissances ne sont pas trop au-dessous de l’état de la science, prennent la physiologie cérébrale comme base de leurs recherches. Et c’est sans les choquer que Herzen ( Physiologie de la volonté, 1 vol. in-8% Bibl. phil.) a pu caractériser la pensée d’une façon qui eût autrefois soulevé la réprobation. « Vous voulez, dit-il, que je vous montre la pensée sur l’objectif d’un « microscope? Montrez-moi donc, à votre tour, de la chaleur et de l’électricité. Donnez-moi « un morceau de chaleur et d’électricité, et je vous donnerai un litre de pensée. » Les caractères prêtés à la pensée par les spiritualistes ne sont qu’un trait de ressemblance de plus entre celle force et les autres forces physiques : « Toutes sont inétendues et inaccessibles aux sens ; « toutes se font connaître à nous par leurs effets seuls. » L’électricité, bien qu’invisible dans la pile, n’en est pas moins une fonction de cet appareil. Si les activités elles-mêmes, dont nous percevons les effets, échappent à nos instruments, c’est que les mouvements moléculaires qui les constituent, comme ceux qui constituent la chaleur, la lumière, sont trop ténus pour tomber sous nos sens. Que la pensée nous soit présente, cela n’est pas une raison pour qu’elle diffère des autres activités. Toutes nos sensations sont subjeçtives en même temps qu’objectives. »

La fièvre catarrhale bronchique et broncho-pulmonaire , ou grippe , a pu être observée dans toute sa netteté, mais non cependant avec l’intensité et la gravité des épidémies autrefois, décrites : Voici particulièrement, d’après l’observation de M. Hayem, à l’hôpital Saint-Antoine, un résumé de ses caractères principaux durant la période actuelle : bronchite moyenne ; toux quinteuse et pénible ; phénomènes de catarrhe gastro-intestinal; pleurodynie fréquente persistant chez plusieurs malades après la cessation de la fièvre et le retour de l’appétit; durée de l’affection un peu prolongée, près de trois semaines en moyenne; quelques manifestations pulmonaires et pleurales, telles que pleurésies à évolution abortive; points d’hépatisation avec douleur intercostale violente sans phénomènes généraux intenses.

D’autre part, les malheureux phthisiques , poussés vers l’hôpital par la rigueur de la saison et l’aggravation de leurs souffrances, encombrent toutes les consultations publiques, d’autant plus accumulés qu’il leur faut souvent de nombreux assauts avant de forcer l’entrée de l’hôpital, et affluent dans tous les services. De toutes parts nous arrivent de tristes détails sur ce$ misères : M. Laboulbène nous signale le grand nombre de phthisiques qui encombrent ses salles; il constate que l’ouverture de l’hôpital Laëennec n’a pas diminué l’affluence de ces pauvres malades. M. Hayem déclare que la tuberculose pulmonaire avec complications phlegmasiques diverses a été d’une fréquence désolante, malgré le voisinage de l’hôpital Tenon et l’ouverture de l’hôpital Laënnec, et il se pose cette questionna laquelle j’ai déjà depuis longtemps répondu dans ces Rapports, de savoir si la phthisie pulmonaire ne fait pas plus de ravages aujourd’hui qu’autrefois, dans la population pauvre de Paris. Mêmes remarques pour les hôpitaux de l’enfance : M. Bergeron ne se rappelle pas avoir vu dans ses salles, en même temps, un aussi grand nombre de phthisies confirmées, c’est-à-dire avec cavernes ou cavernules; il en a reçu 17 cas :

selon la constitution médicale ou saisonnière, varie ensuite à l’infini, selon les conditions pathogéniques, la forme, le siège, l’état de simplicité ou de complication, la nature protopathique ou secondaire, etc., puis encore sous toutes les influences d’âge, de sexe, etc. La fixation de la moyenne mortuaire véritable de chacune de ces espèces, formes, ou variétés de pneumonie, ne peut être établie que par une série de statistiques personnelles.

(3) Le nombre considérable d’affections diverses,- qui sont réunies sous la dénomination très-imparfaite de bronchites, ne laisse à ces chiffres qu’une valeur générale et relative.

(à) La statistique de la pleurésie est une des plus précises que nous puissions fournir.

Nous avons vu plus haut que M. Taine est l’ennemi éclairé des entités. En effet, dans son étude sur le mécanisme de la connaissance, on voit avec quelle conviction, et c’était là un mérite tout nouveau, il s’efforce de repousser toute explication de ce genre, donnant ainsi la main aux doctrines si magistralement exposées par M. le docteur-Gavarret, dans ses récentes conférences sur le rôle des agents physiques dans les phénomènes de la vie , et revendiquant hautement la mission de faire sortir la psychologie du domaine des abstractions pures, c’està-dire des fantaisies de l’imagination, pour l’appuyer sur l’observation et l’étude des phénomènes. Cette mission réclame impérieusement des connaissances scientifiques immenses, variées, profondes; et, dans l’application de ces connaissances, une grande sagacité et une grande prudence!

La publication de M. Taine est à sa troisième édition. C’est un jugement. Cela veut dire aussi qu’elle a eu et qu’elle a encore de nombreux lecteurs, qu’elle est bien connue, et qu’il n’y a pas lieu de rappeler ses grandes divisions, d’énumérer ses divers chapitres, et d’exposer d’une manière méthodique la distribution des sujets traités, les doctrines, etc., etc.

Un mot cependant sur le fond de ce grand travail; je le prends textuellement à l’auteur

(L II, p. U) : « . Nos idées sont des signes, c’est-à-dire des sensations ou des images

d’une certaine espèce. Nos images sont des sensations répétées, survivantes, spontanément renaissantes, c’est-à-dire des sensations d’une certaine espèce. Nos sensations proprement dites sont des sensations totalas, composées de sensations plus simples, celles-ci de même, et ainsi de suite. On peut donc, faute d’un meilleur nom, dire, avec Gondillac, que l’événement inténeur primordial qui constitue nos connaissances est la sensation. »

/isi-L 01T’ efvisa8eajlt la sensation sous toutes ses faces, il la soumet à l’analyse la plus aeiai lee, la plus érudite, la plus consciencieuse. « M. Taine, dit M. Ribot, dans une phrase

9 malades ont succombé, 2 ont été emportés par les parents à la période ultime, 6 sont encore dans les salles.

IL — Affections rhumatismales.

Hôpital Saint- Antoine. — M. Hayem : Rhumatisme articulaire aigu à forme généralement bénigne et à durée courte, moins de quinze jours le plus ordinairement; endocardite dans la moitié des cas. Deux séries de malades traitées parallèlement, d’une part par le sulfate de quinine et le bi-carbonate de soude, d’autre part par le salicylate de soude, ont marché parallèlement aussi sous le rapport de la durée, mais le salicylate a, évidemment, produit une diminution plus rapide des douleurs.

Hôpital Sainte-Eugénie. — M. Bergeron : « Le rhumatisme articulaire aigu a été peu fréquent, et, dans tous les cas, l’action sédative du salicylate de soude a été manifeste. Un cas curieux d’affection rhumatismale a été celui d’une petite fille de 5 ans, dont toutes les gaines tendideuses des fléchisseurs et des extenseurs des doigts sont devenues le siège d’une tuméfaction œdémalo-phlegmoneuse avec douleurs atroces à la pression, qui m’ont fait craindre pendant plusieurs jours d’avoir affaire à une ostéo-périostite des épiphyses radiales et cubitales, en même temps qu’à une synovite tendineuse. La maladie a envahi passagèrement les articulations tarsiennes du pied droit et l’articulation tibio-tarsienne du côté gauche ; le cœur n’a pas été atteint. La maladie a été très-longue et l’empâtement des gaines a été assez considérable et assez dur pour me donner des appréhensions au sujet de la liberté des mouvements. Aujourd’hui mes appréhensions à cet égard sont dissipées ; mais, depuis cinq jours, sans aucune localisation autre que quelques râles discrets sous les clavicules, l’enfant présente une courbe, en plateau absolu, à 40° et 1A0 pulsations; je crains une granulic.

Chorée. Si les affections rhumatismales aiguës ont été rares, par contre la chorée a été fréquente, surtout chez les filles (10 sur 12 cas). En général assez bénins, ces cas ont paru sensiblement modifiés par les préparations arsenicales ; l’acide arsénieux a été mal supporté par la plupart des enfants ; l’arséniate de soude, au contraire, a pu être impunément administré pendant plus longtemps. » (A suivre.)

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 21 avril 1879. — Présidence de M. Daubrée.

M. le Secrétaire perpétuel mentionne, à la correspondance, une note de M. Lichtenstein sur les cochenilles, qui, depuis Réaumur, n’ont guère été étudiées, et dont on ne connaît que très-

caractéristique {toc. cit.), représente la décomposition analytique de l’individu sentant et pensant. »

Si du fond nous passons au style, nous n’avons pas à marchander nos éloges. Il est généralement correct, élégant, précis, et presque toujours très-clair. Il y a des pages d’une véritable éloquence. Il y a aussi des pages charmantes ; en voici un échantillon.. A l’occasion de la renaissance des images, « il y a des jours, dit l’auteur, où, sans le vouloir, nous repassons en esprit un morceau de notre vie, telle journée de voyage, telle soirée d’Opéra, telle conversation intéressante ; nous nous sentons ramenés d’une manière fixe à l’ancien état; les idées qui essayent de se jeter à la traverse sont mal venues; elles sont chassées, ou s’arrêtent sur le seuil. Si au premier moment quelque lacune se rencontre dans notre souvenir, elle finit le plus souvent par se combler d’elle-même; un détail oublié surgit à l’improviste.

« Je me rappelle en ce moment une soirée passée à Laveno, sur le lac Majeur, et, à mesure que j’insiste, je revois mon dîner d’auberge, la grosse nappe toute blanche, la jolie servante effarée ; puis, un peu après, le sentier tortueux parmi les thyms et les lavandes, le lac d’un gris bleuâtre sous une enveloppe moite de vapeur, les plaques de lumière, les traînées scintillantes, les broderies d’argent qu’un rayon égaré semait çà et là sur la nappe unie, le bruissement imperceptible des petits flots qui venaient mourir sur la grève, et les clochettes des vaches qui tintaient çà et là dans le silence. Tous les points éminents dans le groupe des sensations que j’ai eues alors reparaissent l’un après l’autre ou ensemble.

« Si maintenant, prenant un de ces points, j’examine comment il émerge, je trouve que c’est lorsqu'il a déjà commencé à émerger. Par exemple, quand, après avoir revu la ligne serpentine du sentier, je m’imagine tournant la tête à gauche, je revois le lac ardoisé et sa broderie de paillettes luisantes, au delà les montagnes en pyramides qui descendent toutes vertes

imparfaitement les mœurs, fort compliquées d’ailleurs, - et un mémoire de M. Raoul Pictet, de Genève sur les longueurs des oscillations moléculaires d’un corps soumis à l’influence de la chaleur.' Les nombreuses expériences que M. Pictet a instituées à ce sujet lui ont permis d’arriver à formuler la loi suivante, à savoir : que la longueur d’oscillation des molécules à la température de la fusion est sensiblement la même pour tous les solides. En multipliant la longueur d’oscillation moléculaire par la température, on obtient pour produit un nombre constant. « C’est la première fois, dit M. Dumas, qu’on arrive à des résultats aussi nets, et il est plus que probable que la loi découverte par M. Raoul Pictet prendra une grande extension, car les expériences qui viennent d’être faites sur les solides en fusion seront bientôt appliquées par le savant genevois aux liquides et à leur vaporisation. »

M. le général Morin donne lecture d’un rapport sur le mémoire de M. Dausse, ingénieur des ponts et chaussées, relatif à l’endiguement du Tibre dans l’intérieur de Rome. Les conclusions de ce rapport, favorables au mémoire, mais qui réservent formellement les critiques adressées aux ingénieurs et au gouvernement italien, sont mises aux voix et adoptées par l’Académie.

L’ordre du jour appelle la nomination, au scrutin secret, des deux candidats qui doivent figurer sur la liste de présentation des candidats à la chaire de botanique, vacante au Muséum par suite de la mort de M. Brongniart. On ne peut inscrire qu’un seul nom sur les bulletins. Au premier tour, sur 53 votants, majorité 27, M. Van Tieghem obtient 37 suffrages; M. Max. Cornu, 15 ; il y a un bulletin blanc. Au second tour, M. Max. Cornu obtient, sur Z|7 votants, 43 suffrages ; il y a 4 bulletins blancs.

En conséquence, la liste de présentation de l’Académie, conforme à la liste qu’avait proposée la section dans le comité secret de la dernière séance, est la suivante :

En première ligne, M. Van Tieghem ; — en deuxième ligne, M. Max. Cornu.

Des deux concurrents, le premier est membre de l’Académie des sciences ; l’autre, aidenaturaliste au Jardin des Plantes, était préparateur du cours de M. Brongniart. Il est frère de M. Cornu, professeur à l’École polytechnique, membre de l’Académie des sciences. On se demande s’il restera préparateur du cours dont il vient de disputer la chaire 4M. VanThieghem, le futur titulaire. M. Max. Cornu s’est signalé, ces années dernières, par le zèle qu’il a apporté à l’étude de toutes les questions afférentes au phylloxéra, et par l’ardeur avec laquelle il a épousé toutes les idées de M. Dumas à ce sujet. On considère son échec comme devant être particulièrement sensible à M. Dumas. U faut reconnaître qu’il avait affaire à forte partie. Non content de son titre de membre titulaire de l’Académie des sciences, qui est, en ces circonstances, un coefficient considérable, M. Van Tieghem avait pris soin, il y a quelques semaines, de mettre dans son jeu l'école de M. Pasteur, en combattant les vues de M. Trécul sur les amylobacters et en confessant ouvertement sa foi aux doctrines du panspermisme.

M. Chevreul a mis de nouveau sous les yeux de ses collègues un grand nombre de tableaux et d’appareils qui lui servent à rendre manifestes les phénomènes du contraste simultané des

jusque dans l’eau ; en effet, le bord extrême de la côte confine au lac, la surface uniforme est rayée de franges brillantes, l’autre côté de l’eau rejoint les verdures et les coteaux qui montent; ainsi, la fin de chaque image coïncide avec le commencement de l’autre, et partant, l’autre entre en résurrection quand la première disparaît. Pareillement, le chuchotement des petits flots et le tintement des clochettes me reviennent lorsque mes images visuelles sont celles du flot et de la rive ; un commencement de son imaginaire accompagnait déjà les formes colorées imaginaires; il se dégage, et nous le sentons se reproduire avec toutes ses nuances

et jusqu’au bout. La renaissance partielle aboutit à la renaissance totale . »

Voilà une démonstration sous la forme d’un tableau plein de grâce et de fraîcheur.

Je pourrais m’étendre longuement sur les mérites de l’œuvre de M. Taine. Or, une œuvre de celle valeur demande, non pas à être louée, mais à être appréciée, c’est-à-dire discutée. Une des choses qui viennent le plus vivement heurter la pensée à la lecture de la publication qui nous occupe, c’est la discussion de l’auteur sur l’existence ou la non-existence de la matière! Bain, Stuart-Mill, Berkeley, pensent que les corps ne sont « qu’un pur néant, érigé par une illusion de l’esprit humain en substances et en choses du dehors. » M. Taine, qui appartient à cette école célèbre, professe-t-il, lui aussi, la négation de la matière ? La réponse à celte question ne ressort pas tout de suite et d’une manière nette de la lecture du texte.

« Les corps, dit M. Taine, ne sont que des possibilités de sensations. » ( Passim .) — • . . . Les noms de force et de substance, de moi et de matière ne désignent que des entités metapliysiques, il n’y a rien de réel dans la nature, sauf des trames d’événements liés entre m,* !! ,’ I1 n y a rien de PIus en nous-mêmes ni en autre chose. » (II, 5.) — « De

tance matérielfpU«[a,nCefSp.iAiluelle est un faDlôrae créé Par Ia conscience, de même la subsest un fantôme créé par les sens. Les corps n’étant que des mobiles moteurs.

Supplément.

couleurs. Il est parvenu à trouver et à montrer même la complémentaire du noir, lequel passait pour être l’absence de toute couleur. Cette complémentaire est l’orangé, qui est aussi la complémentaire du bleu. Mais, comme le disait un vieux teinturier des Gobelins qui datait de Louis XV, et qu’a connu M. Chevreul : « Le noir est un peu foncé et le bleu un peu clair. » C’est la seule différence qui les sépare. Bien entendu qu’il ne s’agit ici que du noir artificiel. Quant au vrai noir, au noir des trous, il n’a pas de complémentaire.

M. Chevreul, disons-nous, a connu des teinturiers de Louis XV. Il a, en effet, 93 ou 94 ans, et c’est merveille de voir la vigueur qui règne en tous ses mouvements, d’entendre sa voix forte et retentissante, d’être témoin de l’intérêt qu’il prend aux choses, et de l’enthousiasme avec lequel il parle de ses découvertes et de celles des autres.

Les hommes qui ont la rare fortune de se conserver intacts et jeunes à un âge aussi avancé, rendraient à l’hygiène le plus grand service en faisant connaître, dans les plus minutieux détails, leurs habitudes et leur genre de vie. C’est un vœu que nous avons déjà formulé, et que nous émettrons jusqu’à ce qu’il soit entendu et exaucé. — M. L.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE PARIS

Séance du 11 janvier 1879. — Présidence de M. Géry.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

M. Géry, avant de quitter le fauteuil de la présidence, s’exprime en ces termes Mes chers collègues,

Grâce à voire sympathie et à votre bienveillance, me voici arrivé sans peur et, je l’espère, sans reproche, aii terme de ma présidence : je n’ai donc qu’à vous remercier une dernière fois de l’insigne honneur que vous m’avez -fait en m’appelant à diriger vos travaux pendant l’année 1878.

Notre très-zélé et très-dévoué secrétaire général vous les rappellera, dans son compte rendu de fin d’année, mieux que je ne saurais le faire aujourd’hui. — « Mais, ce que je peux vous dire, c’est que je marquerai, si vous le voulez bien, d’un caillou blanc l’année de ma présidence : J’aurai eu, en effet, l’heureuse fortune de voir notre Société reconnue d’utilité publique ; j’ai signé les diplômes de dix jeunes et savants confrères, auxquels je souhaite de nouveau la bienvenue... et l’assiduité à nos séances. — Et enfin, chose rare, nous n’avons à déplorer aucune perte parmi nous : titulaires, honoraires et correspondants, nous nous retrouvons tous au 31 décembre 1878. — Puisse-t-il en être ainsi au 31 décembre 1879, et puisse letrès-aimé collègue auquel je vais céder le sceptre présidentiel pouvoir en dire autant en quittant le fauteuil î

Je transmets mes pouvoirs à des mains expertes et amies ; je n’ai plus à vous faire l’éloge de notre très-sympathique secrétaire général ; votre trésorier et votre archiviste sont les col-

il n’y a rien de réel en eux que leurs mouvements; à cela se ramènent tous les événements physiques. Mais le mouvement, considéré directement en lui-même et non plus indirectement par la perception extérieure, se ramène à une suite continue de sensations infiniment simplifiées et réduites. Ainsi, les événements physiques ne sont qu’une forme rudimentaire des événements moraux, et nous arrivons à concevoir le corps sur le modèle de l’esprit. » (1, 10.)

« . Toutes les propriétés sensibles des corps, y compris l’étendue, par suite la forme,

la situation et le reste des qualités tangibles, ne sont, en dernière analyse, que le pouvoir de provoquer des sensations. Ceci nous conduit à une nouvelle vue de la nature des corps; un corps est un faisceau de ces pouvoirs qu’on vient de décrire. Mais qu’est-ce qu’un de ces pouvoirs? Cette rose peut provoquer telle sensation d’odeur; cela signifie que, si l’on est à portée, cette sensation d’odeur s’éveillera. Cette table peut provoquer telle forte sensation de résistance; cela signifie que, si elle est pressée parla main, une forte sensation de résistance s’éveillera. Un pouvoir n’est donc rien d’intrinsèque et de personnel à l’objet auquel on l’attribue. Nous entendons simplement par ce mol que tels effets sont possibles, futurs, prochains, nécessaires à telles conditions. Nous entendons simplement, dans le cas présent, que telles sensations sont possibles, futures, prochaines, nécessaires à telles conditions. Par conséquent, un faisceau de pouvoirs n’est rien ; par conséquent, un corps, c’est-à-dire un faisceau de pouvoirs, n’est rien davantage. » (II, 90.) — « Sous le nom de forces, les possibilités permanentes se ramènent sans difficulté à ce que nous nommons matière et corps. Nous ne répugnons pas à admettre que le monde dans lequel nous sommes plongés soit un système de forces ; du moins telle est la conception des plus profonds physiciens. Des forces diverses qui, sous diverses conditions, provoquent en nous des sensations diverses : voilà les corps par rapport à nous et à tout être analogue à nous. » (II, 105.)

lègues les plus dévoués à la Société... et les plus soucieux de vos intérêts pécuniaires et intellectuels • vous avez choisi deux secrétaires jeunes, savants et zélés : je descends donc de ce fauteuil’ fier de l’avoir occupé pendant une année si heureuse, mais très-fier aussi d’y instaler un nouveau bureau, entre les mains duquel les destinées de la Société ne péricliteront pas. — Et avant de reprendre parmi vous, mes chers collègues, le modeste rang dont votre estime et votre sympathie m’avaient momentanément tiré, laissez-moi vous dire encore que je n’oublierai jamais le grand honneur que vous m’avez fait en m’appelant à vous présider.

M. géry invite M. Blondeau, président pour l’année 1879, à prendre possession du fauteuil présidentiel.

Après lui, M. le vice-président Collineau, M. le secrétaire général de Beauvais, M. le secrétaire annuel Boucheron, prennent place au bureau.

Présidence de M. Blondeau.

M. Blondeau remplace M. Géry au fauteuil de la présidence et adresse à ses collègues les paroles suivantes :

Messieurs et chers collègues,

Tout flatté que je suis de l’honneur que vous m’avez fait en m’appelant à présider vos séances, je suis encore plus touché de votre affectueuse sympathie qui m’a valu cet honneur.

La bonne camaraderie qui n’a jamais cessé de régner parmi nous me rendra d’ailleurs cette tâche aussi douce que facile. Je ferai tous mes efforts pour m’en rendre digne. Pour cela, je n’aurai qu’à chercher à suivre l’exemple et la tradition que m’ont laissés mes honorables prédécesseurs.

En montant au fauteuil, je ne saurais mieux inaugurer mes fonctions qu’en me faisant l’interprète de vos sentiments auprès de notre excellent camarade auquel je succède aujourd’hui, notre ami le docteur Géry, à qui la Société va, j’en suis certain, voter des remercîments.

La Société accueille avec une approbation unanime le vœu exprimé par M. le Président.

M. de Beauvais, secrétaire général, demande la parole pour répondre à M. Géry.

Messieurs,

J’ai le regret d’être dans l’impossibilité de répondre à la promesse de notre cher président M. Géry, et de vous rendre compte aujourd’hui, suivant l’usage traditionnel, des travaux de l’année qui vient de s’écouler.

Des retards, indépendants de ma volonté, dans la publication de nos procès-verbaux, m’ont empêché de remplir, en temps utile, cet important devoir. Je puis néanmoins, par anticipation, vous affirmer que l’année 1878 a été digne de ses aînées , et qu’elle marquera dans l’histoire de notre Société. Pour mon compte, je ne saurais trop vous remercier, chers collègues, du zèle et de l’èmpressement que vous avez mis à répondre à mon pressant appel. Les

Jusqu’à présent, la réponse est clairement affirmative, et même sans réserves exprimées. M. Taine est avec Bain, Stuart-Mill et Berkeley, pour la négation de la matière.

Mais avant d’aller plus loin, il importe de relever une double erreur dans les propositions qui précèdent. C’est par une singulière distraction que l’auteur a pu avancer qu’il n’y a rien de réel dans les corps que leurs mouvements. Le mouvement n’est point dans les corps, pas plus que la chaleur ou la couleur. Considérer le mouvement en lui-même indépendamment de quelque chose à quoi il soit communiqué, c’est en faire un agent immatériel, une entité. D’un autre côté, je ne pense pas que les physiciens soient disposés à admettre que le monde dans lequel nous sommes plongés est un système de forces. A cette supposition, je répondrai, avec M. le professeur Gavarret : « Conçoit-on ce que pourrait être une force séparée du corps qui lui sert de support ! » Et avec Newton : « Virtus sine subtantiâ subsistere non

potest ! » Ce serait le cas de rappeler ici le vieil adage : ex nihilo nihil .

Mais l’auteur ne tarde pas à modifier l’opinion qu’il vient d’exposer d’une manière si catégorique : « Des possibilités, dit-il, et des nécessités de sensations, à cela se réduisent les pouvoirs, partant les propriétés, partant la substance même des corps. — Cette conclusion semble paradoxale . Pour lever cette difficulté, considérons l’un après l’autre les princi¬

paux caractères de ces possibilités et de ces nécessités, et nous verrons qu’elles ont tous ceux

de la substance . Elles sont permanentes . Elles sont indépendantes de moi et de tous

les individus sensibles qui ont vécu, vivent et vivront . Ce sont là les caractères essentiels

de la substance ; partant, rien d’étonnant si nous nommons ces possibilités des substances d si elles jouent le rôle prépondérant dans notre esprit. » (II, 92.)

Plus loin, la pensée de l’auteur s’accentue davantage. Chose curieuse I les philosophes qui amrment seneusement que les corps en dehors de nous sont un pur néant, n’hésitent pas

ordres du jour ont été largement remplis par des travaux tout à la fois intéressants et originaux.

Je termine en vous priant de me continuer cette bienveillante sympathie, qui m’est aussi précieuse que nécessaire. Permeltez-moi de vous en exprimer ici, publiquement, ma profonde gratitude.

La correspondance manuscrite comprend une lettre de remercîments de M. Cyr, nommé membre titulaire.

La correspondance imprimée renferme : Le Progrès médical. — L” Année médicale de Caen et du Calvados. — Le Journal des sages-femmes. — La Tempérance, bulletin de la Société française de tempérance. — Une lettre de la Société académique de Brest, annonçant un concours sur ce sujet : Contribution de la Bretagne, soit par ses établissements officiels, soit par ses travaux particuliers, au mouvement scientifique qui a eu lieu en France, depuis l’année 1830, dans la physique, la chimie, l’histoire naturelle, la médecine. — Le discours de M. Delasiauve, prononcé à la distribution des prix, à l’école des enfants de la Salpêtrière, division des aliénés.

M. Antonin Martin fait, en quelques mots, l’histoire d’une malade de 59 ans, gastralgique, ayant présenté une tumeur épigastrique douloureuse, dure, mamelonnée, avec vomissements grisâtres, apepsie, amaigrissement et dépérissement progressif; teinte jaune paille de la peau ; pas de symptômes de carcinome utérin, hépatique ou autre. Tout faisait craindre un cancer de l’estomac.

Un vomitif détermina l’expulsion, par la bouche, de plusieurs corps blanchâtres, ovoïdes, allongés, mous, que la malade et les personnes qui l’entouraient voulaient absolument considérer comme des escargots ingérés depuis plusieurs mois.

M. Marcet jette un coup d’œil sur les matières vomies, et reconnaît immédiatement qu’il s’agit de tranches d’oranges macérées dans le suc gastrique.

M. Antonin Martin croit, en effet, se souvenir que sa malade avait mangé des oranges vers la fin de septembre, et qu’ainsi ces tranches d’oranges étaient restées environ trois mois dans l’estomac, sans subir d’altération bien marquée de la part des sucs digestifs.

Aujourd’hui la tumeur a disparu, mais il y a persistance des troubles gastralgiques et des vomissements de matières grisâtres semblables à des fragments d’albumine coagulée. Pour la malade, ce sont toujours des fragments d’escargots, La situation est meilleure, la teinte de la peau redevient normale et l’embonpoint reparaît.

M. de Beauvais se rappelle un fait analogue. Une dame, d’une quarantaine d’années, d’un tempérament nerveux, sujette à des accidents, hystériformes et à une gastro-entéralgie opiniâtre avec dyspepsie, présentait depuis plusieurs mois, dans la fosse iliaque gauche, une

cependant à admettre l’existence effective de notre matière à nous et de celle des autres êtres vivants, ce qui implique, pour le dire en passant, l’ignorance la plus complète des sciences naturelles ou leur application la plus inintelligente! Or, M. Taine, dans une discussion qui toutefois porte l’empreinte philosophique de son école, s’est attaché à démontrer que les raisons qui nous font reconnaître la réalité des corps semblables au nôtre s’appliquent aussi de tous points aux autres corps. Voilà donc l'existence effective de la matière établie. Mais quelle est la nature des raisons auxquelles il vient d’être fait allusion? Ici, je ne saurais rien faire de mieux que de reproduire l’analyse très-digne d’attention que M. Ribot ( loc . cit.) a

faite de la discussion de M. Taine. « . Le monde extérieur, les corps, ne sont pour

Stuart-Mill que des possibilités de sensations . Nous donnons à ce fantôme métaphysique le

nom de matière . M. Taine adopte la conclusion de Stuart-Mill, mais en y faisant une

addition qui implique toute la différence de l’idéalisme au réalisme : Si tous les êtres sentants disparaissaient, ne resterait-il rien du monde extérieur? Un corps quelconque, une pierre, n’a-t-il aucune réalité intrinsèque? M. Taine lui en accorde une; il pose tout corps comme une série d’événements, en face de cette autre série qui chez l’être sentant constitue la conscience. Le corps est un groupe de mobiles moteurs. Les sectateurs de Berkeley euxmêmes ne font pas de difficulté pour considérer comme une réalité tout sujet sentant autre que nous, animal ou homme ; ils le considèrent non-seulement comme un faisceau de possibilités permanentes de sensations, mais aussi comme une série de sensations, d’images et d’idées plus ou moins analogues aux nôtres, qui en font une chose effective existant au même titre que nous. Nous pouvons, par induction et analogie, conférer à la pierre cette existence indépendante que nous avons donnée à Ranimai et à nos semblables, après avoir, par des éliminations préalables, retranché de cette existence indépendante ainsi posée hors de nous,

tumeur arrondie, de la grosseur du poing, simulant un kyste de l’ovaire. Elle rendit un jour, à la suite d’un lavement purgatif, une certaine quantité de matières bizarres, transparentes, comme gélatineuses. On les recueillit avec soin dans un flacon, et on les soumit à un examen complet. On fut fort surpris de constater que cette évacuation singulière était composée uniquement de débris d’oranges incomplètement digérées. La malade, interrogée sur l’époque à laquelle elle avait mangé de ces fruits, se souvint que six semaines avant, vers le jour de l’An, il lui avait été fait présent d’une caisse d’oranges, et qu’elle en avait alors absorbé la plus grande partie avec avidité.

M. de Ranse cite le cas d’une jeune fille à qui l’on donnait à sucer des tranches d’oranges. Elle les avait avalées tout entières et les avait rendues intactes. S’il s’en était accumulé plusieurs tranches dans un point du tube digestif, une tumeur aurait parfaitement pu se produire.

M. Marcet fait remarquer que l’intérêt des communications de MM. Antonin Martin et de Beauvais réside surtout dans la durée prolongée du séjour des tranches d’oranges dans le tube digestif.

M. Rougon fait la communication suivante : Coup de feu h la région fessi'ere droite ; fracture du petit trochanter; déchirure de la veine fémorale par la pointe du fragment; mort par hémorrhagie.

Nous vous présentons la pièce anatomo-pathologique confirmative de cette observation. Il est bien entendu que la fracture dont il s’agit n’a été reconnue que post mortem.

Un soldat prussien est porté à l’ambulance du Palais de Justice, après un des engagements sous Paris, bataille de Champigny. Le blessé présente une plaie par armes à feu, avec ouverture d’entrée et de sortie. L’ouverture d’entrée est au-dessus et en dehors de la région trochanlérienne ; l’ouverture de sortie occupe la région antérieure et externe de la cuisse, à 7 centimètres au-dessous du pli de l’aine et à A centimètres en dehors de la ligne représentant le trajet des vaisseaux.

* Le blessé se maintient dans le décUbitum dorsal, la cuisse et la jambe étendues, reposant sur la face postérieure. La mensuration ne dénote ni allongement ni raccourcissement du membre. Il y a impuissance relative du membre, en ce sens que les mouvements d’abduction et de rotation en dehors de la cuisse sont impossibles pour le blessé et très- douloureux lorsque ces mouvements sont imprimés au membre par l’exploration : les mouvements de flexion de la cuisse sous le bassin sont impossibles, à cause de la vive douleur qu’ils réveillent. Il survient un peu de gonflement inflammatoire qui se dissipe, et il s’établit de la suppuration par ces deux ouvertures; l’état général est satisfaisant. Le blessé était dans cette situation depuis dix jours, lorsque, vers dix heures du matin, le onzième jour de son entrée, en faisant un effort pour renverser le membre en dehors, avec l’aide d’un infirmier, il poussa un cri aigu et

tout ce qui est nôtre. Or, cette élimination opérée, ce qui reste de la pierre, c’est « une « série d’états successifs compris entre un moment initial et un moment final, et définis par « leur ordre réciproque que nous nommons le mouvement pur. » En sortè que si tous les êtres sentants venaient à disparaître, la pierre resterait un ensemble de mobiles moteurs, un groupe distinct de tendances au mouvement, et de mouvements en train de s’accomplir. (II, 111 et suiv.)

« U est aussi impossible, continue M. Ribot, de détruire l’idéalisme par des raisonnements que d’y croire sincèrement en pratique. Ces mobiles moteurs, ce minimum de réalité auquel M. Taine réduit les corps, se ramènent en fin de compte pour nous à des états de conscience. U n’en peut être autrement et l’auteur en convient. De sorte que par là l’idéalisme reprend ses avantages et reste inexpugnable en théorie. Nous sommes donc ici en pleine métaphysique . »

Ces considérations nous donnent peut-être la clef des contradictions qui apparaissent dans

une œuvre où, avant la profession de foi sur l’existence réelle de la matière, l’auteur, indépendamment des citations réunies plus haut, avait écrit : « . En somme, les entités

verbales ne subsistent plus qu’aux deux extrémités de la science, dans la psychologie par la notion du moi et de ses facultés, dans les préliminaires de la physique par la notion de la matière et de ses forces primitives. » (I, 3A7.) Il semble que l’auteur fasse des efforts pour échapper à l’idéalisme absolu, et qu’il ne puisse y parvenir complètement.

En résumé, je serais tenté de lui dire : J’appelle matière l’ensemble des causes qui provoquen ZSrTf°ü5' et ^en affirme l’existence indiscutable ; et pour exprimer mon ignoré110 Ha “tanl; c^erc^ par les philosophes, je dis simplement ne pas connaître 1 essence matière. Vous, prétendant aller plus loin, vous dites : « La matière n’existe

s’affaissa. L’infirmier s’aperçoit d’un écoulement abondant de sang par l’ouverture de la plaie; dix minutes après, le blessé expirait.

L’aulopsie est faite quinze heures après le décès : les caillots sont examinés; la dissection montre la gaine des vaisseaux fémoraux ouverte à sa paroi postérieure, la veine fémorale déchirée sur sa paroi postérieure, et, près de cette déchirure, une pointe très-aiguë du petit trochanter qui est détachée du fémur. Les parois de la veine fémorale sont saines ; pas de traces d’inflammation ; la déchirure est récente. Le corps du fémur ne présente point de fissure.

En résumé, celte fracture du petit trochanter n’a pu être déterminée que par le projectile, et il est curieux de voir cette action limitée à cette petite tubérosité.

M. Forget demande comment a succombé le malade atteint de blessure de la région supérieure de la cuisse.

M. Roogon : Il est mort par hémorrhagie veineuse.

M. Forget : A-t-on pu, dans l’autopsie, pratiquée peu de temps après la mort, établir la topographie exacte du trajet de la balle et la configuration de la plaie veineuse? Quant au mécanisme de la lésion de la veine, si l’exécution d’un violent mouvement de rotation de la cuisse en dehors a provoqué l’accident mortel, il est probable que le psoas, en se contractant fortement, a dû arracher le petit trochanter, et que le fragment osseux aigu, en se portant vers les vaisseaux, a perforé la veine fémorale.

M. Rougon : C’est bien, en effet, par ce mécanisme que la perforation a été produite: détachement du petit trochanter fracturé, qui s’est porté en avant par la contraction du psoas, et pénétration de l’os dans la paroi postérieure de la veine.

M. Làdreit de la Charrière rend compte d’une brochure, adressée à la Société par M. le docteur Bonnafont, Sur la responsabilité légale des sourds-muets; il présente et traduit à ses collègues une lettre curieuse écrite, ou pour mieux dire pointée, par une jeune fille âgée de 8 ans, sourde, muette et aveugle, placée depuis trois ans, par les soins de la Société centrale d’assistance et d’éducation pour les sourds-muets en France, chez les religieuses de la Sagesse, à Larnay.

Cet intéressant rapport a été publié, sous forme de lettre à M. le docteur Bonnafont, dans le n° 1 des Annales des maladies de l'oreille et du larynx, rédigées par MM. Krishaber et Ladreit de la Charrière (année 1879; mars).

M. Delasiauve : Ce qui est remarquable dans la lettre de cette enfant, sourde, muette et aveugle, c’est l’orthographe. On n’y trouve, en effet, presque pas de fautes. Ceci tient à la nature des exercices auxquels sont constamment astreints les enfants. Chaque mot leur est toujours présenté avec son orthographe exacte. Les associations vocales des syllabes n’existent

pas; ce qu’on appelle ainsi n’est qu’une possibilité de sensations. » Mais quand vous parlez ainsi, et quand, pour résoudre certaines difficultés, vous ajoutez une épithète : « Possibilité permanente de sensation », que faites-vous autre chose, sinon revenir par une voie détournée à Ventilé même, que vous avez niée tout à l’heure?

Il existe une étroite affinité entre, celte notion beaucoup trop vague de l’existence de la matière et la théorie de l'hallucination, qui occupe une place si importante dans la philosophie de M. Taine. Cette théorie pourrait être l’objet d’une longue et intéressante discussion ; dans ce feuilleton, je ne puis que l’indiquer.

M. Taine établit que « l’on peut définir notre état d’esprit pendant la veille et la santé comme une série d’hallucinations qui n’aboutissent pas. » Ces derniers mots ne paraissent pas très-clairs. « L’image, dit-il, comme la sensation qu’elle répète, est, de sa nature, hallucinatoire. Ainsi l’hallucination, qui semble une monstruosité, est la trame même de notre vie mentale. » Par exemple, si nous nous promenons dans la rue, nous avons en nous les mêmes fantômes qu’aurait un halluciné dans sa chambre. Ces fantômes sont, pour nous comme pour lui, des maisons, des pavés, des voitures, etc. Seulement, dans notre cas, des objets et des événements extérieurs correspondent à nos fantômes, et dans le sien , cette correspondance manque ! « Ainsi, notre perception extérieure est un rêve du dedans qui se trouve en harmonie avec les choses du dehors; et, au lieu de dire que l’hallucination est une perception extérieure fausse, il faut dire que la perception extérieure est une hallucination vraie. » Quel est « le procédé qu’emploie la nature pour faire jaillir en nous nos premières et principales sources de connaissances? En deux mots, elle crée des illusions et des rectifications

d’illusion, des hallucinations et des répressions d’hallucination . Notre jugement, toujours

faux en soi, est presque toujours vrai par contre-coup et concordance, .... La loi qui a fini

L’UNÎON MÉDICALE.

pas pour eux et n’interviennent pas pour modifier l’aspect des mots. La nécessité de renm duire constamment les signes graphiques des mots conduit à la connaissance précise de c* signes. C’est là ce qui explique la régularité de l’écriture.

M. Ladreit de la Charrière : Cette observation est exacte. Les sourds-muets ne font nas de fautes d’orthographe. Le mol ne représente rien pour eux, s’il n’a pas son orthographe complète. Comme on les instruit en leur montrant, d’une part, l’objet; de l’autre, sa représentation en signes, il faut que tous les signes soient reproduits pour rappeler l’idéë de: l’objet.

Les seules fautes d’orthographe sont les fautes de participes et les fautes dans les accords des verbes.

. L’orthographe pour les sourds-muets n’est qu’une image, et cette image doit être complète pour représenter l’objet.

M. de ranse : Quel procédé d’instruction a été employé pour cette enfant sourde, muette et aveugle?

M. Ladreit de la Charrière : On a utilisé le fonctionnement des sens de l’odorat et du toucher, qui étaient chez elle d’une délicatesse extrême. Ainsi, une des dames qui s’intéressent à l’enfant, l’ayant un jour prise dans sa voiture, l’avait conduite chez un pâtissier et lui avait fait manger quelques gâteaux. A un mois de distance, la même dame s’étant trouvée en présence de l’enfant, celle-ci la reconnut à l’odorat, se précipita vers elle, et s’attacha à ses vêtements pour retourner chez le pâtissier. L’enfant n’avait alors que 3 ou A ans.

A chaque objet touché et senti, on attachait des types destinés à en donner la représentation graphique, et peu à peu le nom des choses se gravait dans l’esprit en même temps que la connaissance même des objets.

M. Marcet : Le rapport de notre honorable collègue, M. Ladreit de la Charrière, est, à coup sûr, fort remarquable. L’exemple de cette jeune fille, sourde, muette et aveugle, qui, à l’âge de 9 ans, a pu écrire, avec ses caractères particuliers, la lettre dont nous avons eu l’original et la traduction sous les yeiix, nous montre les merveilleux résultats auxquels peut atteindre l’éducation spéciale donnée à ces pauvres déshérités de la nature.

Je me demande, toutefois, si la lecture de ce rapport a suffi pour entraîner la conviction des membres de celte Société, et si nous pouvons accepter, sans réserves, la conclusion de l’auteur, qui admet la « responsabilité légale » des sourds-muets.

Je ne saurais, quant à moi, conclure ainsi de ce que je viens d’entendre. Après nous avoir fait connaître le cas remarquable de la petite fille sourde et aveugle, notre savant collègue nous apprend que des sourds-muets peuvent devenir d’habiles, ouvriers, gagnant honorablement léur vie; voire même des artistes de quelque mérite dont les productions sont annuellement reçues au Salon. Qu’est-ce que cela prouve? Cela prouve simplement que çes individua-

par susciter en nous l’illusion amène hors de nous la condition. Mécanisme admirable qui nous trompe pour nous instruire et nous conduit par l’erreur à la vérité. » Et ailleurs : « . La nature nous trompe pour nous instruire. De même que, dans la perception exté¬

rieure, nous avons vu de simples fantômes internes être pris pour des objets externes, mais, par une adaptation admirable, correspondre à la présence de véritables objets externes; de même, dans la mémoire, nous voyons de simples images actuelles être prises pour des sensations passées, mais, par un mécanisme aussi beau, correspondre à la présence antérieure de sensations véritables'. »

Si ce mécanisme existe, il n’est certainement ni admirable, ni beau; il est étrange. La nature aurait pu adopter des procédés plus simples. Mais qu’est-ce que cette nature qui crée des mécanismes si compliqués ? N’est-ce point là. encore une entité?

C’est surtout en philosophie qu’il est nécessaire d’éviter avec le plus grand soin de détourner les mots de leur véritable sens. Le Dictionnaire de l’Académie française donne au mot hallucination une signification entièrement inexacte. Voici ce qu’on y trouve : « Hallucination : Erreur, illusion d’une personne qui croit avoir des perceptions qu’elle n’a pas réellement. » Cette définition est absurde. Elle est à peine améliorée par la nouvelle rédaction adoptée dans la récente édition du Dictionnaire de l’Académie : « Erreur, illusion d’une personne dont les perceptions ne sont pas conformes à la réalité. » La vraie définition est celle que Littré a donnée dans son Dictionnaire : « Hallucination : Perception de sensations sans aucun objet extérieur qui les fasse naître. » On voit tout de suite la différence énorme qui séparé cette définition des deux précédentes.

ppeler hallucinations les sensations produites par les corps extérieurs, c’est revenir à la négation de la matière. ’

ütés ont un cerveau bien constitué, bien organisé, et susceptible, à l’égal de celui des bien entendants, d’une culture intellectuelle et morale. Mais, cette culture, la leur donnez-vous? pouvez-vous la leur donner ?

Vous faites des ouvriers habiles, c’est vrai ! vous faites des peintres de mérite, j’en conviens ! Mais ces mêmes ouvriers, ces mêmes peintres, à qui vous êtes parvenu à inculquer cette instruction spéciale, presque toute d’imitation, possèdent-ils ces notions générales, ces connaissances variées et infinies, que doit acquérir l’enfant pour devenir homme , tout cet ensemble d’idées sociales, de conceptions pratiques qui constituent l’ éducation plutôt que l’instruction, et qui arrivent au cerveau d’une manière lente, insensible et progressive par le canal des sens toujours en éveil?

Là est, en somme, toute la question, et le rapport est loin d’y répondre d’une façon affirmative. J’y vois, ce qui est aisé à comprendre, que l’instruction des sourds-muets est difficile. Tout en devenant plus doux et plus disciplinés par un séjour à l’hospice, ils n’en gardent pas moins des habitudes d’imprévoyance, de paresse et d’ivrognerie. Ils ont « une crédulité et une confiance qui va jusqu’à la naïveté », avec une étonnante facilité d’avouer leurs fautes ou leurs crimes. N’y a-t-il pas là des traits caractéristiques de l’enfance?

Les sourds-muets revendiquent hautement leur responsabilité légale, et notre estimable Collègue se fait leur défenseur et leur éloquent interprète. C’est peut-être d’un louable et généreux sentiment. Je suis moins assuré qu’une vérité scientifique bien établie serve de base à une telle conviction.

M. Rougon appuie les réserves que M. Marcet vient de développer, et qui se rapprochent des conclusions émises dans le mémoire de M. le docteur Bonnafont.

M. Ladreit de la Charrière : L’ivrognerie, la naïveté,, la confiance ne comportent pas l’absence de la responsabilité. D’autre part, je vous ai signalé un exemple frappant d’intelligence vive. C’est le sommet de l’échelle, au bas sont les idiots, en passant par tous les degrés intermédiaires. Si l’intelligence du sourd-muet est suffisante, ne le frappez pas d’ostracisme seulement à cause de son infirmité. Depuis douze ans que je m’occupe de l’établissement d’éducation des sourds-muets, on n’a refusé que trois fois des enfants pour insuffisance d’intelligence. Sans doute, en général, leur intelligence est moins vive, mais son développement est assez grand pour entraîner la responsabilité.

La responsabilité des sourds-muets doit donc être envisagée individuellement, et non d’une manière générale. Ils rentrent dans la loi commune et ne doivent pas être considérés comme irresponsables de leurs actes parce qu’ils sont sourds-muets.

M. Géry : En refusant aux sourds-muets la responsabilité légale, M. Bonnafont est obligé de leur nier l’intelligence. Je ne puis, quant à moi, qu’appuyer les conclusions de M. Ladreit de la Charrière. J’ai connu, aux bains de mer, un sourd-muet des plus intelligents. C’est un

Il y a certainement de la poésie dans cette idée de la nature qui, dans sa sollicitude, nous trompe pour nous éclairer; mais l’œuvre de M. Taine nous présente d’autres images édifiées sur une base moins fugitive, et non moins originales.

Ainsi, s’emparant des découvertes contemporaines sur la cellule : « De même, dit l’auteurt que le corps vivant est un polypier de cellules mutuellement dépendantes, de même l’espri, agissant est un polypier d’images mutuellement dépendantes, et l’unité, dans l’un comme dans l’autre, n’est qu’une harmonie et un effet. » Considérant que la cellule est l’élément fondamental des centres nerveux et que l’observation a démontré qu’en général l’intelligence est en raison directe du volume du cerveau ; « Plus l’écorce cérébrale, continue-t-il, est étendue, plus elle a d’éléments capables de se mettre en action les uds les autres. Plus elle a d’éléments capables de se mettre en action les uns les autres, plus elle est un instrument délicat de répétition. Le cerveau est donc le répétiteur des centres sensitifs; tel est son emploi; et il l’exécute d’autant mieux qu’il est lui-même composé de répétiteurs plus nombreux. » Car : «... Pour les sens et l’imagination, la sensation, la perception, bref la pensée, n’est qu’une vibration des cellules cérébrales, une danse de molécules.... » Et ailleurs : «Un flux et un faisceau de sensations et d’impulsions, qui, vus par une autre face, sont aussi un flux et un faisceau de vibrations nerveuses, voilà l’esprit. »

On ne peut nier que ces images soient ingénieuses, pittoresques; mais les physiologistes reculeraient devant une telle hardiesse d’expression.

M. Ribot (toc. cit.) a très-bien caractérisé en deux mots le Traité de C intelligence : « Trois points, dit-il, le distinguent des ouvrages de psychologie publiés en France, jusqu’-alors : l’étude des phénomènes substituée à celle des facultés et des entités; l’emploi des matériaux physiologiques, totalement oubliés depuis Cabanis et Broussais ; l’analyse idéologique. Par celle-ci,

matelot très-habile dans sa profession. Il conduit admirablement sa barque, et sait jeter se? filets dans la perfection. On le préfère même à ses camarades pour son adresse et sa discr ■ tion forcée. Il a les mêmes défauts, il est voleur, buveur, etc.; mais il a trop bien connais' sance de ce qu’il fait pour ne pas porter la responsabilité de ses actes.

— La séance est levée à cinq heures et demie.

Le secrétaire annuel , Dr Boucheron.

SOCIÉTÉ MÉDICO-PRATIQUE

Séance du 22 janvier 1876. — Présidence de MM. Collineaü et Archambault.

Sommaire. — Installation du bureau. — Nomination de deux membres titulaires. — Tumeurs ganglionnaires du cou traitées et guéries par les injections intra-parenchymateuses d’acide acétique"

Discussion.

M. Collineaü prononce l’allocution suivante :

Messieurs ,

Il y a un an, vous m’avez donné une marque de haute estime en m’appelant à la direction de vos travaux.

Mon mandat, en ce jour, prend fin. Au terme de mes fonctions , je vous exprime ma vive gratitude pour le concours unanime que vous n’avez cessé de me prêter.

Un souvenir à nos morts, Messieurs, avant tout. Cette année dernière, deux de nos collègues des plus sympathiques nous ont été enlevés; l’un, à qui vous veniez de conférer le titre de membre honoraire, et dont le dévouement à la science n’était pas près de se refroidir ; l’autre, frappé dans ses affections les plus intimes et comme foudroyé, à l’aurore d’une carrière qui promettait de ne pas rester sans éclat.

Ni la mémoire d’Amussat, ni la mémoire de Deleau ne s’effaceront de notre souvenir.

La somme de travail qui s’est réalisée à Paris, durant le cours de l’année 1878 est, en vérité, incalculable. Ce puissant effort vers le progrès laissera d’impérissables traces, assurément. Tous, tant que nous sommes, nous nous y sommes trouvés mêlés.

Notre activité s’est employée, notre initiative personnelle s’est développée au profit de l’œuvre mémorable qui de jour en jour grandissait.

Tous nous avons pris part à cette lutte pacifique et féconde à laquelle la République française avait convié l’humanité.

Est- ce à dire que nous ayons, pour cela, perdu de vue l’objectif de nos modestes et habituelles préoccupations? — Point . Vous vous êtes surpassés, voilà tout.

Grâce aux intéressantes communications, aux mémoires originaux qui ont servi de thème à vos discussions, l’animation de nos séances n’a pas un seul instant langui. Au contraire, jamais, peut-être, vos ordres du jour n’ont été plus diversifiés.

Loin de moi la pensée de déflorer, par une analyse nécessairement tronquée, le substantiel

par l’analyse des idées et des signes, M. Taine reprend la tradition de Locke et de Condillac. Pour lui, analyser c’est traduire, c’est apercevoir tous les signes des faits distincts; l’analyse est pour la conscience, instrument trop grossier, ce que le microscope est pour l’œil nu. »

C’est bien; et l’on doit., à coup sûr, lui savoir gré d’avoir largement ouvert celte voie chez nous ; mais, entraîné par le louable désir de fonder la psychologie sur une base scientifique, on peut lui reprocher d’avoir accepté sans critique les données de la science contemporaine, et de n’avoir pas toujours séparé les doctrines solidement assises des doctrines hypothétiques. De plus, on peut surprendre dans son œuvre une certaine incompétence à juger la valeur des faits scientifiques en général. Utilisant des matériaux qu’il semble n’avoir pas suffisamment mûris, il s’est élancé avec l’ardeur du néophyte. Plus avancé que les philosophes purs, il est en retard sur les physiologistes. J’admets, avec lui, que la psychologie doit être un produit légitime de la science; mais je ne crois pas que la saine interprétation des faits nous mène à une doctrine qui n’est, en définitive, qu’un dérivé de l’idéalisme absolu.

L’article qui précède ne peut malheureusement pas fournir les éléments d’une appréciation complète de l’œuvre de M. Taine, si pleine de faits, si riche de détails. Mais cette œuvre a une grande notoriété. L’hommage que son auteur a rendu à la physiologie et à la pathologie, en y cherchant son plus solide appui, la recommande à l’attention des membres éclairés du Corps médical.

G. Richklot père.

compte rendu dont c’est à votre secrétaire général que reviendra, en temps et lieu, le soin. Labsez-moi seulement constater un fait. La Société médico-pratique était, lorsque vous m’avez fait l’honneur de la présider, en florissante prospérité. Cette prospérité n’a fait que grandir. S’il m’est permis aujourd’hui d’appeler au bureau, sous d’aussi heureux auspices, mes affectionnés successeurs, je le dois, Messieurs, et à la constance de votre ardeur scientifique, et à votre fermeté à maintenir, en toute occasion, bien hautes, nos confraternelles et vieilles traditions.

C’était une coutume chez les Gaulois que de jeter les yeux, — une campagne s’ouvrant, — sur l’un d’entre ceux qui paraissaient les plus résolus. Celui-là, on l’élisait chef. U allait en avant. C’était le guide. D’un pas alerte, tout le monde marchait. La campagne close, il donnait l’accolade au guide que ses compagnons s’étaient de nouveau choisi, on l’acclamait, et il se sentait fier de reprendre son poste de simple soldat.

La coutume gauloise avait du bon. Elle est à méditer ; elle comporte un enseignement. Elle a eu, en tout état de cause, cette heureuse fortune de se répercuter jusqu’à nous.

Chose curieuse! C’est au sein de nos Compagnies scientifiques que, de génération en génération, d’année en année, elle se perpétue .

La campagne est close, Messieurs; je mets en pratique l’antique coutume des Gaulois :

J’invite à s’asseoir au fauteuil de la présidence, notre excellent et digne collègue Archambault;

J’appelle au bureau, à titre de vice-président, notre ami à tous, notre distingué collègue Reliquet.

A l’un et à l’autre, je souhaite la bienvenue ; et, plein de confiance, je rentre dans le rang.

M. Archambault adresse à ses collègues quelques paroles dans lesquelles il les remercie de l’avoir appelé à la présidence, et les engage tous à travailler avec lui à la prospérité de la Société.

Ces deux allocutions sont accueillies par les témoignages unanimes de la plus vive sympathie.

M. le docteur Apostoli fait, au nom d’une commission composée de MM. Thorens, Rougon et Apostoli, un rapport sur la candidature de M. le docteur de Frénoy.

A propos de ce rapport, M. Reliquet ajoute que M. Frénoy a publié un mémoire très-intéressant sur la Précession des Équinoxes, travail qui, malgré la nature un peu technique du sujet, est traité de façon à pouvoir être compris des gens du monde. — Sur la demande de M. Reliquet, la Société décide que mention sera faite de ce travail au procès-verbal.

M. Frénoy est nommé membre titulaire de la Société.

M. Prat, au nom d’une commission composée de MM. Cyr, Geneste et Prat, lit un rapport favorable sur la candidature de M. le docteur Fligel.

M. Fligel est nommé membre titulaire de la Société.

M. le Secrétaire annuel, au nom de M. le docteur Voelker, empêché, donne lecture du travail suivant :

Tumeurs ganglionnaires du cou traitées et guéries par les injections intra-parenchymateuses d’acide acétique.

J’ai l’honneur de soumettre à la Société médico-pratique deux faits cliniques qui m’ont paru intéressants au double point de vue du résultat obtenu et de l’innocuité du moyen thérapeutique employé.

Il s’agit, dans les deux cas, d’une tumeur fibro-ganglionnaire du cou, heureusement traitée par les injections d’acide acétique. Le procédé n’est pas nouveau. Mais peut-être jugerez-vous qu’il y aurait lieu de vulgariser ce mode de traitement, d’ailleurs depuis longtemps déjà préconisé par M. Luton (de Reims). Quand on se trouve en présence de tumeurs volumineuses avoisinant les troncs vasculaires et le grand sympathique, il y a lieu de mûrement réfléchir avant d’en conseiller l’énucléation, surtout si l’on a en main le moyen simple et inoffensif dont j’ai pu me servir dans les deux cas que voici :

Le premier en date (il est ici présent et vous pourrez l’examiner tout à l’heure) est celui du jeune A. P..., demeurant avec ses parents, 27, rue de Berlin, à Paris. D’un tempérament délicat, d’une constitution médiocre, cet enfant, âgé de 7 ans et demi, était cependant vif, pétulant, et, en somme, bien portant jusqu’au moment où lui survint l’affection qui me l’amena.

Vers le mois de mars 1877, ses parents, inquiets du développement d’un des ganglions de la région droite du cou, consultèrent pour lui le médecin de la famille. L’usage de frictions iodurées et bromo-hydrargyriques, de cataplasmes ou d’onctions diverses n’ayant donné aucun

résultat, ou prit, vers le mois de juillet, l’avis de M. le professeur B..., qui, soupçonnant déià la présence du pus dans la tumeur, conseilla l’application d’un séton dans son épaisseur, c séton ne donna lieu qu’à un écoulement de sang ; et, bientôt après, le ganglion, parut subir une. sensible augmentation de volume et de dureté. A dater de ce moment, les mouvement de latéralité de la tète devinrent difficiles ; elle s’inclina visiblement du côté gauche. La fluc! tuation dans la tumeur ne s’y manifestait guère. Le séton avait été enlevé, et Jes orifices que traversait le drain se fermaient peu à peu. — Le docteur M..., consulté alors, conseilla un régime tonique, le quinquina, l’huile de foie de morue et des topiques locaux. Une nouvelle période de deux mois s’écoula sans plus de résultats : la tumeur augmentait toujours en volume et en dureté.

On se décida enfin à consulter M. le professeur R... et M. de Saint-G..., qui furent d’avis de pratiquer l’énucléation de la tumeur flbro-ganglionnaire que cet enfant portait à la région latérale droite du cou.

C’est alors que l’enfant me fut conduit à ma clinique, où, après un sérieux examen fait en présence de mes confrères R... et S..., je proposai le traitement par les injections d’acide acétique.

La tumeur, dont je joins ici le dessin, mesure 12 centimètres sur 10 dans ses deux diamè¬

tres, au 1er novembre 1877. Elle est ovoïde et s’étend obliquement de l’apophyse masloïde vers la fourchette sternale. Elle est légèrement bilobéé par la veine jugulaire qui contourne sa face convexe et va se perdre près de l’oreille. Un réseau veineux, développé, bleuit sa surface et y forme des saillies sensibles, surtout quand l’enfant crie ou s’impatiente. Cette tumeur est indolente; elle est dure et donne, dans son ensemble, la sensation d’un corps fibreux. Un point cependant paraît ramolli au niveau des anciennes ouvertures du séton, dont les cicatrices sont évidentes. Il y a un sentiment de fluctuation profonde, très-difficile à apprécier. Du reste, pas de changement de coloration à la peau, pas d’adhérences ailleurs que sous lès traces du séton.

1er novembre 1877. Je me décide donc, séance tenante, et j’injecte, dans l’épaisseur même ue la tumeur, à l’aide d’une seringue de Pravaz, 20 gouttes d’une solution concentrée d’aûiae acétique cristallisé.

dur t?°aile™ent san§uin est nul; la douleur est vive. L’aiguille a difficilement pénétré ce tissu astique, et il faut un certain effort pour la retirer; de la ouate et une mentonnière

constituent tout le pansement.

3 novembre. Deux jours après, ou me ramène l’enfant Une rougeur assez vive colore Ja tumeur ; une traînée blanchâtre, qui part du point où j’ai fait l’injection et descend le long du cou, indique que quelques gouttes de la solution ont suivi la sortie de la canule et ont laissé la trace, sur la peau, de leur causticité. Je fais néanmoins une deuxième injection, dans les mêmes conditions, sur un autre point de la tumeur. Même pansement.

fl novembre. Troisième injection sur un autre point.

3 décembre. La rougeur diffuse s’est localisée sur les anciennes cicatrices du séton; la douleur provoquée par les injections se continue demi-heure ou une heure après cette petite opération. Il n’y a pas de changement de volume; l’enfant est toujours gêné par ce corps volumineux qui, jouant le rôle de coin, le force à s’incliner à gauche et à regarder de côté, Nouvelle injection de U 0 gouttes de la même solution.

7 décembre. La douleur a été plus vive et plus persistante. Un petit suintement séreux s’est fait à travers une ouverture de l’ancien séton ; malgré cet écoulement, le volume n’a pas diminué. Nouvelle injection.

ili décembre. Traces de brûlures vives, occasionnées par l’issue du liquide caustique à travers l’orifice qui reste permanent. Malgré cela, nouvelle injection sur , d’autres points de la tumeur, en ayant soin de tamponner et de boucher ainsi l’orifice du séton, par lequel s’écoule la solution pendant l’injection.

La tumeur a diminué de 2 centimètres dans son grand diamètre, et de 1 centimètre dans son diamètre transversal.

15 janvier 1878. Les injections ont été régulièrement faites deux fois par semaine; la douleur est toujours vive, surtout lorsque le liquide s’écoule le long du cou de l’enfant, et cautérise ainsi ces parties. Mais la tumeur a sensiblement diminué de volume ; elle ne mesure plus que 8 centimètres de long sur 5 de large. On distingue nettement aujourd’hui la présence d’un lobe supérieur, placé en arrière du lobule de l’oreille, et dont la dureté est moindre que celle de la portion inférieure de la tumeur. On n’a plus la sensation d’une partie ramollie; et cependant il n’est sorti ni pus ni autre liquide pouvant suffisamment expliquer cette diminution de volume.

30 janvier. Le mouvement rétrograde de la tumeur ne s’est pas ralenti. Tous les trois ou quatre jours, les injections d’acide acétique ont été régulièrement faites à l’aide de la seringue de Pravaz. Des deux orifices laissés par le séton, et dont l’un se trouvait absolument caché par la saillie de la tumeur, il ne reste que la cicatrice; il n’y a plus de suintement. Ce

qui reste de la tumeur est profondément situé et avoisine la carotide; on n’aperçoit plus la veine jugulaire externe, même dans les efforts violents de l’enfant. Cependant, tout n’est pas fini- il reste encore, profondément cachée, une production éliminable. Il n’v a plus de douleur* l’enfant est amaigri; on le soumet au régime tonique déjà prescrit.

5 février. On fait une dernière injection , plutôt par acquit de conscience que par nécessité. Il n’y a, pour ainsi dire, plus trace de ce qui a existé. La tète et le regard de l’enfant sont redressés. La quantité d’acide acétique employée en solution n’a pas dépassé 30 gr. Il n’y a pas eu la moindre complication; et la résolution, lente d’abord, s’est faite ensuite progressivement, sans arrêt, mais sans recul. Le dessin reproduit à la page précédente nous donne une idée assez exacte de l’état actuel du petit opéré.

La seconde observation que j’ai l’honneur de résumer ici a pour sujet un enfant de 3 ans 1/2, Édouard R..., pâle, lymphatique, de bonne constitution cependant. Depuis un an, il portait une volumineuse tumeur au côté droit du cou. Convaincus qu’il ne s’agissait là que d’un engorgement strumeux, les parents avaient, sur des conseils divers, épuisé la série des sirops, des pommades, des fondants usités en pareils cas. La tumeur ne diminuait point et ne paraissait nullement devoir se terminer, pas même par ramollissement et par suppuration. Comme dans le premier fait, la tête, repoussée du côté opposé, s’inclinait sensiblement à gauche, et l’enfant regardait de côté.

C’est dans ces conditions qu’il me fut présenté.

En l’examinant, je trouvai une très-grande ressemblance avec la tumeur précédemment traitée. Également placée à droite du cou, elle avait la même direction; elle était moins saillante et plus aplatie, mesurait 11 centimètres de long sur 9 de large. Non adhérente à la peau, elle n’était cependant pas mobile, en raison de la profondeur à laquelle elle pénétrait : elle semblait faire coin dans l’épaisseur du cou, où elle paraissait plantée. Elle donnait à la main qui l’explorait la sensation d’un corps dur, mais élastique sur certains points; elle ne trahissait aucune douleur et n’offrait aucun changement de coloration de la peau.

Le 8 août 1878, je pratiquai, avec la seringue ordinaire de Pravaz, une première injection de 10 gouttes de solution concentrée d’acide acétique cristallisé.

Les io, 17, 20 août, je renouvelai, sans résultat, l’injection de cette même quantité de liquide ; je provoquai seulement une douleur assez vive pour que l’enfant redoutât la petite opération.

Le 24 août, une rougeur assez vive ayant suivi l’application de la seringue, je remis au 29 pour une nouvelle injection, que je répétai le 31 août et le 3 septembre.

Mais la rougeur avait fait des progrès; elle s’était même compliquée d’inflammation locale et de ramollissement partiel de la tumeur.

Aussi, le 5 septembre, je jugeai prudent de placer un séton qui pût donner issue à la portion liquide qui s’était formée ; il s’écoula, en effet, un peu de pus, mal lié, odorant, qui eût pu contenir dans une demi-cuillerée à café.

Le 7 septembre, je pratiquai une nouvelle injection sur un autre point, et je la renouvelai le 10.

10 septembre. L’écoulement purulent à travers le séton continuait cependant; mais il était peu abondant, et devenait de plus en plus liquide.

Je continuai à suivre l’enfant tous les trois jours, jusqu’à la fin du mois, me contentant d’observer la diminution croissante du volume de la tumeur. La résolution s’opérait lentement, mais franchement, et d’une manière régulièrement graduée.

Le 2 octobre, un arrêt semblait vouloir se produire. Sans s’èlre positivement oblitéré, l’orifice du séton laissait suinter à peine de liquide; il paraissait que la tumeur dût arrêter là son mouvement de résorption.

Une nouvelle et dernière injection d’acide acétique accéléra définitivement la résolution de cette tumeur. Lentement sans doute, mais sûrement, sans douleur, sans accident aucun, elle disparut : le 31 octobre, il n’y avait plus trace de tumeur ganglionnaire.

J’ai revu le petit enfant il y a quelques jours seulement : plus rien n’a reparu; et, sous l’influence d’un régime tonique, reconstituant, antistrumeux, le jeune Édouard R... a repris une santé qui paraît devoir s’établir vigoureuse et bien équilibrée.

J’ai l’honneur de soumettre à la Société le dessin grossièrement figuré de la tumeur au moment de la première injection ; je regrette vivement de n’avoir pu dessiner l’enfant après la guérison, d’autant qu’il ne reste d’autre trace de sa tumeur que la cicatrice à peine visible de son séton.

Ce dernier cas a présenté cette particularité, qu’il a suffi de neuf injections d’acide acétique pour amener assez rapidement à néant, et, en résumé, sans accident sérieux, une volumineuse tumeur du cou chez un enfant de 3 ans 1/2.

Cette tumeur, de date ancienne, pouvait mécaniquement apporter une grande gêne dans les fonctions des muscles du cou. Mais elle pouvait aussi devenir une cause sérieuse d’épuisement par la suppuration longue et douloureuse qu’eût pu amener son ramollissement.

Sans chercher ailleurs les bénéfices d’une autre opération, qui n’eût pas été sans difficulté ni sans danger, il me semble qu’il y a lieu de se féliciter d’avoir eu à sa libre disposition un procédé aussi sûr et aussi innocent que celui des injections intra-parenchymateuses d’acide acétique. Ce sont deux nouveaux faits à ajouter à ceux déjà nombreux du professeur Lulon, qui militent favorablement en faveur de sa méthode.

Mais, désireux avant tout de m’éclairer quand même et davantage sur ces faits, je serais heureux de solliciter, à leur propos, les observations de la Société.

Le malade qui fait l’objet de l’observation n° 1 est ensuite présenté à la Société, qui constate la parfaite guérison de la tumeur.

A propos de cette communication, M. Cazalis demande si on a essayé ce procédé à l’hôpital.

M. Archambault a vu employer ce procédé chez un de ses clients pour un engorgement ganglionnaire sur le diagnostic duquel on n’élait pas tout à fait fixé. M. Luton est venu de Reims pour l’opérer. U s’est produit, consécutivement à l’opération, une inflammation telle, avec suppuration, que le malade en est mort. M. Luton a eu des résultats assez remarquables, mais M. Archambault déclare n’avoir jamais vu de cas comparable au premier des deux rapportés par M. Voelker. Le second est moins probant que le premier, à cause de la suppuration sous l’influence de laquelle la guérison se produit souvent.

M. Chateau dit que ce fait de guérison de tumeur par injection n’est pas nouveau. Déclat a traité des tumeurs par des injections d’acide phénique; il aurait même réussi, paraît-il, dans des cas de tumeurs de la langue. En pareil cas, il opérait ses injections en contournant la tumeur, comme faisait Maisonneuve avec ses flèches. Quant au second fait de M. Voelker, M. Château s’associe pleinement aux réserves formulées par M. Archambault.

M. Reliquet est heureux que la discussion se soit un peu engagée sur cette communication dont on n’a pas assez fait ressortir l’intérêt. Il fait remarquer que M. Voelker ne cherche pas à faire tomber la tumeur par cautérisation, ni de la faire fondre par suppuration, mais bien à en provoquer la résolution à l’aide de ces injections. Le réel progrès consiste à faire disparaître la tumeur sans qu’il en reste des traces, et c’est là le point qu’il convient de mettre en relief. On a proposé, pour être injectés, d’autres liquides que celui employé par

M. Voelker; ainsi le chloruré de zinc en solution réussit très-bien pour les loupes; tnais même dans ces cas, il y a une eschare à éliminer, tandis que, dans ceu* de M. Voelker il ne reste rien, le tissu est complètement résorbé.

M. Cazalis fait remarquer que Mackensie a beaucoup employé ce procédé des injections • dans certains cas, on emploie la teinture d’iode. Pour que l’opération réussisse bien, il nè doit pas y avoir d’inflammation.

— La séance est levée à cinq heures trois quarts.

FORMULAIRE

Pilules et solution contre l’eczéma. — Guiêout.

Arséniate de soude . . o g1 05 centigr.

Extrait de gentiane . 5 grammes.

F. s. a. 50 pilules, qui Contiennent chacune 1 milligramme d’arséniate de soude.

Six par jour, deux à chacun des trois repas; quelquefois neuf par jour, trois à chaque repas, plus rarement douze par jour. — Ou bien :

Arséniate de soude . »... O g1 10 centigr.

Eau distillée. . . . 500 grammes.

Faites dissoudre.

Chaque cuillerée à soupe contient 2 milligrammes d’arséniate de soüde. On en donne une à chacun des trois repas, quelquefois une et demie, rarement deux, pour atteindre la dose de 12 milligrammes d’arséniate de soude, qu’on ne dépasse jamais.

Dans le cas d’eczéma herpétique chronique d’emblée, ou quand l’état aigu a été atteint sous l’inflüéncc d’un traitement local émollient, et d’une médication interne tèmpérante, purgative et diurétique, suffisamment prolongée. — Si le malade est anémié et cachectique, on lui prescrit en outre les préparations de fer et de quinquina. — N. O.

Ephémérides médicales. — 3 Mai 1666.

Pierre Hommets meurt à Paris et est enterré à Saint-Merry. Docteur régent de la Faculté de Paris, il entra dans la famille de Guy Patin, en donnant sa fille Magdeleine au second fils de ce dernier, au cher Carolus. Notre Patin ne parle de lui qu’avec honneur et affection. « Le bon M. Hommets est mort le sixième jour de sa maladie; nous l’avons fait ouvrir, et nous lui avons trouvé le poumon adhérent aux côtes, tout purulent et presque creux..... » (Lettre à Falconnet, U mai 1666.) — A. Ch.

Faculté de médecine de Paris. — La Faculté de médecine de Paris a procédé, jeudi dernier, à l’élection du professeur de pathologie générale qui doit succéder à M. Chauffard. Les membres du jury étaient au nombre de 32 ; — majorité 17. Les votes se sont répartis de

la manière suivante :

M. le docteur Bouchard . 17 voix.

M. le docteur Hayem . 13

M. le docteur Maurice Raynaud. . . 2 ,

Administration générale de l’Assistance publique a Paris. — Concotirs public pour la nomination à trois places de médecin au Dureau central d’admission dans les hôpitaux et hospices civils de Paris.

Ce concours sera ouvert le mercredi lx juin 1879, à quatre heures, à l’Hôtël-Dieu.

MM. les docteurs qui voudront concourir -se feront inscrire au secrétariat général de l’administration de l’Assistance publique, de midi à trois heures, et y déposeront leurs titres. — Le registre d’inscription des candidats sera ouvert le samedi 3 mai 1879, et sera clos définitivement le lundi 19 mai 1879, à trois heures.

Le numéro de ce jour contient un Supplément de huit pages.

Le gérant, RiCHELOT.

Paris. — Tynoçraphle Félix M/uiteste et C«i me des Deux -Pirtes-Salat-SruiVeiif, 22.

Mardi 6 Mai 1879

GASTRO-STOMIE

CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE LA GASTRO-STOMIE î DES CAUSES DE SUCCÈS ET D’INSUCCÈS A LA SUITE DE CETTE OPÉRATION (*) ;

Par le docteur L.-H. Petit, sous-bibliothécaire à la Faculté de médecine.

Rétrécissement infranchissable de C œsophage. — Gastrostomie. — Guérison. — Survie huit mois. (Observation inédite.)

Femme S..., de W..., dans le Mecklembourg-Schwérin , âgée de 37 ans, petite et de constitution délicate, sans enfants, de nature un peu hystérique, fut atteinte, à l’âge de 25 ans, de diphthérile, paraît-il ; dès l’été de 1872, elle entra dans notre hôpital pour se faire soigner pour un rétrécissement de l’œsophage survenu peu après l’affection diphthéritique. Le rétrécissement siégeait au niveau du larynx et on en eut assez facilement raison à l’aide de bougies. La malade continua à se sonder pendant tout l’hiver, après quoi la maladie parut complètement guérie. Au printemps de l’année 1877, nouvelles difficultés de déglutition, et, immédiatement après les repas, accès de vomissements. Cet état de Choses alla en s’aggravant graduellement, et, finalement, la malade se trouva à peu près incapable de rien déglutir. Les aliments paraissaient s'arrêter au-devant et tout -près de l'estomac. Le 15 décembre 1877, la malade fut admise à la clinique.

A la première exploration de l’œsophage, on constate, au niveau du larynx, un léger rétrécissement, qu’il est possible de franchir à l’aide d’une sonde de moyen calibre. En continuant l’exploration, on arrive sur un deuxième rélrécissemént situé immédiatement aü-devant du cardia, à une distance de 31 centimètres des dents incisives. Celui-ci est infranchissable; ni les sondes fixes élastiques, ni les bougies en baleine ne peuvent le traverser; la malade se plaint de violentes douleurs dans la poitrine et dans le dos après chaque tentative de cathétérisme. La déglutition devint encore plus pénible pendant les jours qui suivirent, et bientôt il fut douteux que rien pût encore arriver dans l’estomac. Les liquides avalés étaient rejetés mêlés de mucosités et de salive, et avec de violents efforts de vomissement et de régurgitation. Le liquide rejeté ne renferme pas de suc gastrique; la quantité de liquide rejetée à chaque accès est de 60 à 120 centimètres cubes. Quand l’œsophage est distendu de liquide, la respiration devient un peu dyspnéique, et, à l’inspiration, on perçoit très-distinctement un bruit strident (stridor) ; si la malade se couche, elle est prise d’un accès de toux, et le contenu de l’œsophage est rejeté par les efforts de toux et de régurgitation. Il faut donc admettre qu’au-dessus du rétrécissement existe une dilatation pouvant contenir 120 centimètres cubes

(1) Suite. — Voir les numéros des 19, 24 avril et leI mai.

FEUILLETON

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