‹ L'Union médicaleChapitre 124 sur 176 · TOUIOURS LE SOMMEIL · texte numérisé non relu

TOUIOURS LE SOMMEIL

A Monsieur le docteur A. Ferrand, médecin de l’hôpital Laënnec.

La question du sommeil vous intéresse, mon Cher confrère; vous la trouvez aussi pleine d’attraits que d’écueils. Rien n’est plus étrange, en effet, que cette alternance de deux modes si différents d’exister, que ce dédoublement de la vie, rien, si ce n’est pourtant la placide indifférence avec laquelle nous nous habituons à cette incompréhensible manière d’être. Mais quoi! il le faut bien, car de quelque côté que nous nous tournions, nous ne voyons pas clair bien loin, et comme nous sommes, comme nous vivons, comme nous nous mouvons dans l’inconnu, nous ne tenons guère à une obscurité de plus ou de moins. Si je ne savais votre peu de tendresse pour les positivistes et pour leur langage, je dirais volontiers avec eux que « l’inconnu » est un terme inexact qui n’exprime pas suffisamment l’âpre réalité des choses, et que notre destinée est limitée, du côté du départ et du côté de l’arrivée, par l’incognoscible. Mais je veux me garder, au moment que je vous demande de vouloir bien m’écouter, de tout ce qui pourrait sonner mal à vos oreilles. C’est le moins. Laissons donc l’école et la langue positivistes, et causons, si cela vous agrée, sans prévention et sans prétention, d’une matière qui nous attire et nous embarrasse tous deux, et beaucoup d’autres avec nous. Aussi bien, le sujet par lui-même prête si fort à la rêverie et à la divagation, qu’il faut se raidir pour ne point se laisser glisser sur ces pentes, et qu’on doit s’efforcer de dire le plus simplement possible ce qu’on veut dire.

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