‹ L'Union médicaleChapitre 125 sur 176 · Tome XXVIL — Troisième série · texte numérisé non relu

Tome XXVIL — Troisième série

de liquide, qui, distendue, comprime la trachée, et, dans la position horizontale, laisse s’écouler une partie de son contenu dans les poumons.

Le cou, exploré à gauche et extérieurement, ne présente rien d’anormal, ce qui tendrait 4 faire croire à l’existence d’un diverticulum œsophagien. Malgré l’alimentation artificielle par le rectum (d’après la méthode de Leube), la malade baisse de plus en plus. Deux ans auparavant elle pesait, disait-elle, avec ses habits, U 8 kilos. Toutes les tentatives ultérieures pour franchir le rétrécissement échouant, on propose à la malade de pratiquer la gastrotomie, et elle ne larde pas à y consentir, après avoir vu le garçon jadis soumis à celte opération.

L’opération fut pratiquée le 10 janvier 1878, et, dans ses détails essentiels, de la même manière que la précédente. Pour bien reconnaître l’estomac, on attire, comme dans celle-ci l’épiploon à travers la plaie et l’on recherche ses rapports avec la grande courbure de l’estomac. La paroi antérieure de cet organe est fixée à l’aide de quinze points de suture (au fil de soie), puis on l’ouvre. Il est complètement vide. Dans l’ouverture, on place un drain d’un calibre de 1 centimètre cube environ. La plaie est pansée avec un peu de ouate salicylée. Pas de vomissement pendant l’opération.

Quelques heures après, régurgitations douloureuses, dont on se débarrasse en donnant un peu d’opium dans un lavement. Tout se passe bien d’ailleurs. L’abdomen reste insensible et affaissé; pas de symptômes du côté du péritoine. Température la plus élevée (les 11 et 12 janvier), 37°, 8. La plaie est attirée avec force vers l’intérieur, et le petit entonnoir qui en résulte renferme ordinairement un peu de suc gastrique légèrement coloré par la bile. Il se produit par la suite une gangrène cutanée superficielle de quelques centimètres carrés dans fé\ voisinage immédiat de la fistule. Pour affaiblir le plus possible l’action locale du suc gastrique, on enlève la ouate et on couvre la plaie avec un petit linge huilé, qu’on renouvelle fréquemment. Le deuxième jour, on place un drain plus gros et s’appliquant plus hermétiquement, et on commence par introduire dans l’estomac, au moyen d’un entonnoir, du lait par 150 à 200 grammes. A partir du 13 janvier, on donne à la malade 250 grammes de lait toutes les trois heures.

ik janvier 1878. Léger ictère des conjonctives.

16 janvier. On est obligé de remplacer le drain par un autre un peu plus gros, le premier ne s’appliquant plus assez hermétiquement sur les bords de la plaie et l’ulcération cutanée s’étant agrandie.

20 janvier. Diarrhée. L’eschare gangréneuse est tombée et remplacée par des granulations de bonne apparence.

22 janvier. La malade prend des forces, malgré des selles diarrhéiques assez fréquentes et accompagnées de ténesme. Elle est encore assez souvent en proie à des régurgitations pénibles, dues probablement à l’accumulation de la salive dans la dilatation œsophagienne.

27 janvier. La diarrhée a cessé. On fait une première tentative pour traverser le rétrécissement œsophagien avec des bougies introduites par l’estomac. Un fragment long d’environ

Pour revenir au ton qui convient à cet entretien, je vous prie de me permettre une observation. Ce n’est point une critique. Je n’en ai aucune à vous adresser, et ce sont tout au plus des doutes ou des hypothèses que je désire vous soumettre. Dans votre feuilleton du 6 mars, p. 371, vous dites : « M. Naville pense que, dans le sommeil, pendant que l’alimentation est suspendue, l’assimilation, au moyen de laquelle les divers organes puisent leur nourriture spéciale dans le suc nourricier commun, devient plus active. Qui dort dîne est un vieux proverbe qui trouve là son affirmation. Rien n’est plus exact à la lettre, aussi bien que le complément de l’adage : Qui s'éveille n'a pas dîné. Le fait me paraît être incontestable et bien observé. »

Je crois, comme vous, mon cher confrère, que le fait est bien observé, mais il me semble que l’explication qu’en donne M. Naville et que vous paraissez accepter est quelque peu contradictoire. Si l’assimilation devient plus active pendant le sommeil, si les divers organes ont pris dans le réservoir commun la nourriture qui leur convient, comment se fait-il qu’on éprouve la sensation de n’avoir pas dîné lorsqu’on s’éveille? La sensation serait fausse, car, en réalité, on aurait bien et tranquillement dîné. Ne vaut-il pas mieux interpréter l’adage : Qui dort dîne, dans le sens que lui donne le vulgaire, à savoir que le sommeil fait oublier la faim, qu’il la calme; mais que la faim se fait de nouveau sentir aussitôt que cesse le sommeil?

Vous ajoutez avec M. Naville : « Dans l’état de sommeil, les fonctions de relation se suspendent, tandis que les actes les plus intimes des fonctions de nutrition prennent un essor exceptionnel, » Que les fonctions de nutrition s’exercent pendant le sommeil, c’est incontestable; mais qu’elles s’exercent avec une énergie exceptionnelle, c’est-à-dire plus grande que pendant la veille, j’avoue que j’aurais été désireux de savoir sur quoi s’appuie une

20 centim. d’ime sonde œsophagienne d’un calibre de h millim. peut être introduit de 15 centim. en haut et à gauche. A ce niveau, obstacle infranchissable. Une bougie du plus fin numéro, introduite dans la lumière du fragment de sonde, traverse l’obstacle; la malade prétend sentir la b*ugie dans la poitrine, et, en la retirant, on voit apparaître dans la fistule stomacale quelques gouttes du lait avalé par la bouche, ce qui n’arrivait pas auparavant. La malade se plaint, après le cathétérisme, de douleurs violentes dans la poitrine et dans l’épaule gauche.

h février. Deuxième tentative de cathétérisme ; cette fois encore, une bougie mince semble passer.

6 février. Nouvelle tentative, même résultat. Une teûtative faite aveG des bougies plus grosses, avec des sondes métalliques et des bougies en baleine, échoue.

8 février. La malade essaye pour la première fois de se servir, pour manger, d’un tube (œsophage artificiel), comme celui dont se sert l’enfant opéré. Mais elle n’y réussit point, parce que, vu le mauvais état de ses dents, elle ne peut convenablement broyer ses aliments, et n’est pas capable, comme l’enfant en question, de faire passer à volonté les aliments avalés dans le tube. Toutes ces tentatives provoquaient chez la malade des efforts de régurgitation violents, et elle dut revenir à son ancienne manière de se nourrir, c’est-à-dire introduire le bol alimentaire, composé de viande finement hachée, de lait et de pain, et d’autres aliments de celte nature, dans l’entonnoir, qui communique avec le drain par l’intermédiaire d’un tube d’environ UO centimètres de long, à travers lequel le bol descend par la simple action de la pesanteur.

16 février. Poids : 35,75 kilogr. La malade se lève.

26 février. Régurgitations de plus en plus pénibles depuis quelque temps.

11 mars. Poids î 35 kilogr.

21 mars. On engage la malade à introduire plusieurs fois par jour, par la bouche, une sonde œsophagienne; cette manœuvre provoque, par action réflexe, des efforts de vomissements, et le contenu de l’ectasie œsophagienne est aisément rejeté. La malade ne tarde pas à éprouver un soulagement notable; les régurgitations pénibles ne reviennent plus et la nuit est assez calme, si, avant de s’endormir, la malade a pris la précaution de provoquer l’évacuation de la dilatation de l’œsophage.

8 avril. Poids : 36 kilogr.

17 avril. Le drain ne s’adapte plus hermétiquement ; on augmente son diamètre extérieur en enroulant tout autour des lames fines de caoutchouc (préservatifs), et l’adaptation redevient hermétique. Les cathétérismes répétés, dans tout cet intervalle, au moyen de bougies, n’ont amené aucun résultat appréciable. Souvent même on n’a pu arriver jusque dans le rétrécissement, parce que la bougie se fléchit facilement en arrivant sur l’obstacle. Le chloral et la morphine sont sans action sur la perméabilité de la stricture. Toute tentative d’y pénétrer par le haut est restée sans résultat.

telle opinion. Le phénomène de l’hivernage ne me paraît guère compatible avec une suractivité de la nutrition. (Si l’hivernage n’est pas le sommeil, il s’en rapproche à coup sûr beaucoup.)

J’aurais été surtout désireux de connaître (et je regrette que vous ne l’ayez pas dit) en quoi consiste le rôle du fluide éthéré, et comment les rapports des animaux avec cet éther, — que Lamé tenait pour démontré, — rendent compte du sommeil et de la ‘veille. Permettez-moi d’ouvrir ici une longue parenthèse.

Lamé, que j’ai eu l’occasion de voir et d’entendre souvent, — moins souvent, toutefois, que je ne l’eusse voulu, — était, à certains égards, de tous les savants de notre temps, la figure la plus intéressante à étudier. Physicien éminent, d’un méthodisme extrême, d’une orthodoxie absolue quant aux résultats acquis, il était, en même temps, tourmenté du besoin impérieux d’aller au delà. C’est, pensez-vous, le caractère commun des vrais savants, et la condition nécessaire de toute recherche. Oui, mais Lamé ne poursuivait pas seulement l’inconnu immédiat, celui qu’on touche, en quelque sorte, qu’on prévoit, et qui sera la conquête de demain; il voulait pénétrer jusqu’au fond des choses. Laissez-moi rendre plus nette ma pensée à l’aide d’un exemple. Parmi les questions scientifiques à l’ordre du jour, une de celles qui occupent le plus les physiciens, en raison de son importance pratique, est l’éclairage électrique. Le problème actuellement posé, et qui sera, — tout le monde le pressent, — bientôt résolu, ce que j’appelle l’inconnu immédiat, c’est la division du courant, c’est la possibilité de multiplier à volonté les points lumineux sur la longueur du fil qui relie les pôles d’une même pile. Voilà ce qu’il s’agit de trouver d’abord; voilà le pas qu’il faut franchir au delà des limites où l’on est aujourd’hui parvenu. La plupart des savants s’en tiennent là ; mettant au-dessus de tout la sûreté de la marche, ils mesurent prudemment leurs enjambées, et ne considèrent que le

27 avril. La malade quitte Phôpital sur son désir formel. Son état' s’est considérablement amélioré, mais elle a encore très-mauvaise mine.

17! juin 1878. La malade rentre à l’hospice, parce que le drain ne s’adapte plus exactement à la fistule. Son état n’a cessé de s’améliorer, et elle a beaucoup gagné en embonpoint. Son poids est de 42,5 kilogr.

12 juillet. La malade sort de nOUVeau, lé drain étant derechef bien adapté. Gn lui donne quelques lames de caoutchouc, pour lui permettre d’épaissir au besoin son drain. La malade né supporte pas d’obturateur en Corne (cânule conique avec rebord)', tel que celui que porte l’enfant gastro-stomisé. De nouvelles tentatives, faites pour introduire des bougies par en bas, sont restées infructueuses.

A la fin d’août ou au commencement de septembre 1878, je reçus la nouvelle que la malad!e venait de mourir, dans son village natal, d’une maladie fébrile. Malheureusement le médecin, qui ne l’avait vue qu’une fois, ne put m’en apprendre davantage. Pas d’autopsie.

Je suis néanmoins convaincu, d’après l’examen de la malade et la marche du rétrécissement, qu’il n’était ni cancéreux ni syphilitique, mais purement cicatriciel.

Dans ce cas, sauf quelques phénomènes de gastro-entérite et d’irritation superficielle des bords de ïa plaie, ci’aitleurs passagers, tout s’est bien passé. II est à regretter que l’autopsie n’ait pas été faite, afin de donner un peu plus de précision au diagnostic et de permettre de rechercher les causes de la mort, dans lesquelles, toutefois l’opération n’a été pour rien.

Tumeur cancéreuse de la •paroi postérieure du pharynx; évidement apres trachéotomie préalable. Progrès de la tumeur; gastro-stomie, puis seconde trachéotomie; prolongation de la vie pendant six mois, par M. C. Studsgaard, chirurgien de l’hôpital de la commune, à Copenhague.

Jenny Hansen, graveuse en taille-douce, célibataire, 41 ans, admise à l’hôpital communal dé Copenhague le 13 février 1878. Pas dé prédisposition héréditaire évidente. Bonne santé jusqu’au début de la maladie actuelle, il y a un an; alors, gêne douloureuse de la déglutition, au niveau du cartilage thyroïde, de plus en plus prononcée, avec sensation d’une tumeur obstruant lé canal. Lé passage du bol alimentaire est devenu’ impossible pendant le mois dernier; la malade se nourrit exclusivement de liquidés’ avalés par petites gorgées, car autrement les régurgitations sont inévitables; elle est amaigrie, mais ses- forcés fui permettent encore de Vaquer à ses affaires.

Quelques ganglions indolents à la région sous-maxillaire des deux côtés ; du reste, rien d’anormal ni à l’inspection ni à la palpation du cou. Â farde du laryngoscope, on découvre le commencement d’une tumeur arrondie à la partie postérieure de l’œsophage qu’on peut

terrain rapproché où devra sè poser leur pied après que le pas précédent aura été irrévocablement conquis. Pour eux, à chaque; jour sa tâche. On ne peut qtie lès louer. Le chemin qu’ils tracent ainsi, lentement, est solide, et personne n’hésite à les y suivre. C’est évidemment la bdïmé voie. Mais il en est quelques-uns qui, tout en restant dans les rangs, et s’y faisant remarquer par une discipliné irréprochable, s’efforcent, en outre, de trouver la raison éloignée des phénomènes, leur cause générale. Dans l’espèce, le but qu’ils visent est la découverte de la nature même de l’électricité, estimant que le jour ou cette découverte sera faite, tous les problèmes partiels seront résolus du même coup.

Lamé était de ces derniers; il a cru qu’on trouverait dans l'éther, non-seulement la raison des manifestations de fordre. électrique, mais de toutes les manifestations de l’tmivers. Cette synthèse immense le dominait, le possédait tout entier; il en était devenu, en quelque sorte, l’apôtre; au besoin, il en eût été te confesseur et le martyr. Je ne pouvais l’entendre sans que l’idée me vînt qu’il s’agissait là d’une foi religieuse dans le sens le plus large de l’expression. Je me demandais ce qu’il adviendrait si les hommes, en qui se prononcent les facultés de cet ordre, au lieu de les appliquer à des objets hors de Ce monde, les faisaient servir au développement de l’intelligence humaine et de la science proprement dite. Mais ce sont là des matières délicates, en la discussion desquelles je ne veux point m’engager. Je ferme donc ma parenthèse, et laissant l’éther, ainsi que les autres hypothèses que vous avez énumérées à propos du sommeil, je viens, un peu lard, à l’objet de ma lettre.

Vous avez, mon cher confrère, passé en revue toutes les suppositions que l’on peut faire pour exp iquer le sommeil, sauf une cependant, et c’est précisément sur celle-là que j’aurais S°LoM‘n P71rJ0tre °plnion- Je pai entendu émettre par Un de mes bons amis, qui n’est pas médecin, et c est grand dommage. Je vous dirai son nom, si son idée vous paraît digne d’exa-

atteindre tout juste avec le doigt, et qui donne l’impression d’un excroissance à surface molle. L’introduction d’une sonde est très-difficile; elle passe seulement à un endroit bien limité, et la plus volumineuse qui puisse franchir le rétrécissement correspond au n° 28 de la filière française; comme elle est toujours tachée de sang après l’exploration, on pense que la tumeur est ulcérée ou excoriée.

15 janvier. Pharyngotomie sous-hyoïdienne, d’après le procédé de Malgaigne et de Langenbeck, après trachéotomie préalable, dans le but de faire l’ablation de la tumeur. Le larynx fut porté en avant à l’aide d’une anse de fil passée à travers l’épiglotte ; l’œsophage au niveau du cricoîde n’admettait que la pulpe du petit doigt; à gauche de la ligne médiane, au niveau de la tumeur, ulcère de la muqueuse à bords flottants.

L’extirpation étant jugée impossible, la tumeur fut évidée avec une cuillère tranchante et le passage rétabli ; le doigt touchait facilement la face inférieure du néoplasme. Hémorrhagie insignifiante ; la plaie extérieure fut fermée par quelques sutures à nœuds.

Les jours suivants, alimentation par la sonde œsophagienne.

Le 22 février, la malade mangeait sans trop de gêne et la canule trachéale fut extraite.

Le 8 mars, la plaie trachéale est cicatrisée, la plaie transversale fermée et recouverte de granulations superficielles ; la malade a mangé du veau à la tortue, ce qui indique qu’elle peut avaler des bols alimentaires assez volumineux.

Le 18 mars, la gêne de la déglutition reparaît.

9 avril. Le mauvais état général de la malade, épuisée par l’insuffisance de l’alimentation, et la difficulté d’introduire des sondes, réclament impérieusement du secours; l’amaigrissement a fait des progrès rapides, et les tentatives de déglutition provoquent des accès de toux et la régurgitation par la bouche et le nez.

Gastro-stomie d’après le procédé de M. Verneuil. 11 n’y eut ensuite aucune manifestation morbide; la température ne s’éleva pas au delà de 37°, 5. Pas de vomissements. Les quatre premiers jours, l’alimentation se fit au moyen de deux à trois lavements dans les vingt-quatre heures, contenant chacun : Filet de bœuf cru, 150 gram. ; pancréas de bœuf, 50 gram,, haché menu avec 100 gram. d’eau.

Peu de temps après chaque lavement, la faim cessait et la soif fut efficacement combattue en faisant sucer à la malade des morceaux de glace.

13 avril. On commence à introduire dans l’estomac du lait et des œufs frais, à l’aide d’une grosse sonde.

19 avril. Tous les fils sont enlevés. Une canule de caoutchouc durci, avec une plaque ovalaire extérieure et un tube arrondi, fut appliquée et maintenue en place par une bande élastique faisant le tour du corps. A la canule s’adaptait une sonde de caoutchouc élastique par laquelle la nourriture passait ; plus tard, on appliqua à l’extrémité extérieure de la sonde une embouchure par laquelle la malade faisait passer le manger et le boire après les avoir préparés comme à l’ordinaire. Bientôt elle put se lever et son état s’améliora.

men, et s’il ne voit pas d’inconvénient à ce que je le présente au public. Pour lui, le sommeil appartient aux phénomènes de l’ordre électrique ; c’est le temps pendant lequel les piles orga* niques se rechargent. Quand les torpilles, les gymnotes, les silures, etc., ont fait sentir coup sur coup plusieurs secousses, leur faculté électrique semble épuisée, on peut les toucher impunément. Il faut un certain temps pour que leurs batteries soient armées de nouveau. Le sommeil serait quelque chose d’analogue à cette intermittence. Pendant la veille, les êtres vivants dépensent, sous différentes formes, une quantité d’électricité en rapport avec leur organisation. La fatigue alors se fait sentir, ainsi que le besoin de dormir, c’est-à-dire qu’alors s’impose la nécessité du repos pendant lequel se reconstituera l’électricité perdue. Il y a là, si je ne me trompe, un point de vue nouveau, et un sujet intéressant d’études et d’expériences variées.

Voilà le lièvre levé; mais, pour aujourd’hui, j’abandonne la chasse, et je vous prie d’agréer les sentiments confraternels de votre tout dévoué. — • M. L.

La peste en Russie. — On écrit au Golos, à la date du 15-27 avril, que l’épidémie qui a sévi à Astrakan et ses environs a complètement disparu pour le moment. On affirme même que le danger a été fortement exagéré, ainsi qu’il suit des chiffres officiels, recueillis par les autorités et les médecins russes et étrangers. A Vetlianka, le foyer de la maladie, 375 personnes sont mortes dans l’espace de deux mois; dans les campagnes environnantes, on n’a constaté que des cas isolés, bien qu’ils présentassent tous les symptômes de la terrible maladie.

Par ordre du gouverneur de la province, 82 maisons ont été brûlées. Tout le mobilier de .ces maisons, ainsi que les vêtements, ont été également brûlés en présence des autorités.

19 mai. Douleurs au cou ; l’imperméabililé de l’œsophage est complète, même pour l’eau. Parfois la* malade se plaignait d’excoriations autour de la fistule; elles se sont à présent cicatrisées, après l’excision de 1 centimètre de la muqueuse.

28 juin. La tumeur s’est accrue considérablement; on peut la voir en déprimant la base de la langue; la respiration est devenue si gênée que l’application de la canule trachéale est urgente. On pratique la trachéotomie.

16 juillet. Émaciation croissante; la malade perd, tous les quatorze jours, quelques centaines de grammes de son poids; mais les forces se sont relevées après la trachéotomie, de sorte qu’elle passe plusieurs heures dans le jardin de l’hôpital ; elle réclame instamment l’extirpation de la tumeur, du reste tout à fait impossible.

Pour la contenter, M. Studsgaard fit pendant le mois d’août l’extirpation d’un ganglion cervical hypertrophié, et situé au voisinage de la plaie trachéale.

Le 12 septembre, M. Studsgaard, de passage à Paris, nous apprit que son opérée vivait encore, mais qu’elle était dans un élat fort précaire.

Morte d’épuisement le 9 octobre.

Autopsie. — Pneumonie lobulaire disséminée; noyau cancéreux à la base du poumon gauche. Ulcération cancéreuse du pharynx et de la première partie de l’œsophage.

Ganglions cervicaux dégénérés.

Ulcération simple et hémorrhoïdes à la partie inférieure du rectum.

Les autres viscères étaient intacts, très-anémiques et excessivement petits ; un des reins ne pesait que 100 grammes; la rate 75 grammes.

Ce fait est un bel exemple de la résistance des malades aux opérations multiples lorsqu’ils n’ont pas d’altérations viscérales. Il est très-probable que les organes thoraciques et abdominaux étaient exempts de toute altération au moment de l’évidement de la tumeur pharyngienne et de la gastro-stomie, puisque, plusieurs mois après, on ne trouva d’éléments cancéreux que dans les ganglions les plus voisins du mal, et dans un point très-limité du poumon.

Dans l’observation suivante, que nous devons encore à l’extrême obligeance de M. Trendelenburg, les lésions des organes internes étaient très-multipliées, et l’opéré dans un très-mauvais état général au moment où la gastro-stomie fut pratiquée. Aussi ne survécut-il qu’une douzaine de jours.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE

Séance du 30 avril 1879. —Présidence de M. Tahnier.

Sommaire. — Rapport sur un travail relatif à un nouveau mode de traitement des tumeurs blanches — Suite de la discussion sur l’ostéo-myélite.

M. Marc Sée, au nom d’une commission dont il fait partie avec MM. Maurice Perrin et Delens, lit un rapport sur un travail de M. le docteur Suchard, relatif à un nouveau mode de traitement des tumeurs blanches.

Ce traitement, si nos lecteurs veulent bien se le rappeler, consisterait, d’après la note lue par M. Suchard dans la séance du 16 avril, en un pansement constitué de la manière suivante : Après une friction préalable du siège de la maladie à l’aide d’une éponge ou d’un linge rude imbibé d’alcool camphré, friction poussée jusqu’à la rubéfaction de la peau, on applique sur l’articulation malade : 1* une pièce de tint enduite d’une couche épaisse de pommade composée d’onguent mercuriel double camphré et de cérat de savon ; 2* par dessus la pièce de lint, des bandelettes de diachylon soigneusement imbriquées les unes sur les autres ; 3° par dessus les bandelettes de diachylon, quatre morceaux de cuir flexible et résistant disposés, en forme d’attelles, en avant, en arrière et latéralement ; 4° enfin une bande roulée qui maintient le tout. Ce pansement est renouvelé tous les huit jours ou tous les quinze jours, suivant qu’il en est besoin. Il réunit, suivant l’auteur, l’action médicamenteuse altérante et résolutive due à la présence de l’onguent mercuriel combinée avec la compression et l'immobilisation des surfaces articulaires; c’est un véritable pansement par occlusion, jouissant en outre de propriétés antiseptiques, grâce à la préparation mercurielle dont l’action parasiticide est incontestable.

Un certain nombre de malades, 9 en tout, appartenant au service de M. de Saint-Germain,

à l’hôpital des Enfants, ont été traités par M. Suchard à l’aide de ce pansement. Us étaient tous atteints de tumeurs blanches suppurées, fongueuses, accompagnées de fistules donnant lieu à une suppuration plus ou moins abondante, avec dépérissement plus ou moins marqué de la santé générale. Sur ces 9 malades, l\ avaient quitté le service dans un état d’amélioration très-notable, au moment où la commission s’est présentée pour faire son enquête. Les 5 malades restant en cours de traitement qui ont été présentés à la commission, sont des enfants âgés de 3 à 12 ans, atteints d’arthrite suppurée avec ulcérations fongueuses, nécroses et fistules donnant lieu à une suppuration intarissable.

U a suffi de deux ou trois mois de traitement avec le pansement de M. Suchard, sans autre médication interne qu’un peu d’huile de foie de morue, pour amener une amélioration considérable de l’état local et de l’étal général des malades ; il est vrai que chez aucun d’eux la guérion n’est actuellement complète, vu le peu de temps depuis lequel ils sont soumis à ce traitement ; mais l’amélioration considérable survenue dans ce court intervalle de temps permet d’espérer la guérison complète et définitive. Tous les petits malades, d’ailleurs, marchent dans les salles ou dans les cours et les jardins de l’établissement, à l’aide de béquilles.

Quand on cherche à se rendre compte de la cause à laquelle est due la remarquable efficacité de ce pansement, il semble qu’on ne peut pas l’attribuer à un seul des éléments de ce pansement, pris à part, comme, par exemple, l’immobilisation, mais à l’ensemble de ces éléments, tels que la compression, l’immobilisation, l’action résolutive du mercure, enfin les effets antiseptiques résultant de l’occlusion et des propriétés parasiticides de l’agent mercuriel. A ce dernier point de vue, il y a lieu de noter la quantité relativement minime du pus que l’on trouve dans le pansement et le défaut d’odeur de ce liquide.

Quoi qu’il en soit, il paraît, en résumé, ressortir des faits précédents, que le pansement de M. Suchard donne de bons résultats, et qu’il y a lieu d’engager les chirurgiens à l’employer avec confiance dans le traitement des tumeurs blanches, et, en particulier, des tumeurs blanches suppurées.

M. Desprès pense que le traitement préconisé par M. Suchard, qui, du reste, ne contient rien de nouveau, agit seulement par l’immobilisation des surfaees articulaires; l’immobilisation, ainsi qu’il a eu maintes fois occasion de l’observer, suffit à la guérison, lorsque les malades sont exempts de tubercules. Mais il faut un an, dix-huit mois, parfois deux ou trois ans pour que la guérison soit complète. L’enthousiasme de M. Suchard pour ce pansement paraît donc prématuré à M. Desprès, et il pense qu’on peut obtenir les mêmes résultats par tout moyen capable de réaliser l’immobilisation aussi parfaite que possible.

M. Verneuil partage complètement l’avis de M. Desprès. Il rappelle que Le Sauvage (de Caen) obtenait des résultats non moins merveilleux que ceux de M. Suchard par la compression pure et simple avec des bandelettes de diachylon, sans intervention du mercure. Plus tard, Bonnet (de Lyon) a employé avec succès la cautérisation jointe à l’immobilisation dans le pansement ouaté et les attelles de carton. Puis est venu l’appareil de Burgraève. Après un abandon plus ou moins prolongé, on revient aujourd’hui au pansement ouaté. M. Verneuil l’a souvent employé dans les arthrites en pleine suppuration ; il a vu la fièvre tomber, du jour au lendemain, sous l’influence de ce pansement, et une amélioration sensible se faire dans l’état général et dans Fêlai local. Cette amélioration peut, être d’ailleurs obtenue par des moyens très-différents; elle est due aux bons effets de l’occlusion et de l’immobilisation. M. Verneuil pense qu’il y a lieu d’attendre avant de se prononcer sur la valeur du pansement préconisé par M. Suchard peut-être avec un peu trop d’enthousiasme et de crédule illusion.

M. de Saint-Germain est d’avis, comme MM. Desprès et Verneuil, qu’il eût mieux valu attendre, pour communiquer les résultats de l’essai de ce pansement, que ces résultats fussent complets ; mais, ces réserves faites, il ne peut s’empêcher de reconnaître que ces résultats, tout incomplets qu’ils sont, ont été extrêmement remarquables, puisqu’ils ont été obtenus sur des enfants atteints de tumeurs blanches arrivées à un degré exceptionnel de gravité, qui avaient été inutilement traités par l’immobilisation, et qui semblaient n’avoir plus d’autre ressource que l’amputation du membre. Au reste, ces enfants, en traitement dans son service, seront suivis avec attention et présentés, s’il y a lieu, à la Société de chirurgie.

M. Marc Sée, sans partager l’enthousiasme de M. Suchard pour le pansement dont il s’agit, et dont le véritable auteur est un chirurgien américain du nom de Scott, a été frappé, comme M. de Saint-Germain, de l’amélioration obtenue chez les enfants ainsi traités, et que, à son avis, la seule immobilisation eût été impuissante à produire. Il pense néanmoins qu’il y a lieu d’attendre les résultats de l’observation ultérieure pour juger définitivement ce traitement.

Suite de la discussion sur l’ostéo-my élite. — Dans la dernière séance, M. Berger a communiqué une observation très-intéressante d’abcès sous-périostique survenu brusquement chez un enfant, sans cause traumatique, et que tout d’abord il a cru être un exemple d’ostéite épiphysaire aiguë. L’enfant avait de la lièvre, de la rougeur à la peau, avec tuméfaction œdé-

mateuse accompagnée de fluctuation au niveau de l’épiphyse du tibia; tout ce travail inflammatoire s’était accompli en moins de soixante-douze heures. D’après le conseil de M. Gosselin, appelé en consultation, une incision de 8 à 10 centimètres de long fut pratiquée sur la tuméfaction. Elle donna issue à une cuillerée de pus environ ; au fond de l’incision, le périoste, décollé, avait été divisé dans toute l’étendue de son décollement et laissait l’o3 à nu. Le pansement* antiseptique fut appliqué. La fièvre tomba rapidement, la rougeur et la tuméfaction disparurent, et il se fit une réunion pour ainsi dire immédiate des lèvres de l'incision, par conséquent sans l’élimination de séquestre à laquelle il semblait que l’on devait s’attendre, étant donnée la présomption de l’existence d’une ostéite épiphysaire,

M. Berger pense donc qu’il s’est agi, dans ce cas, d’un abcès sous-périostique provenant de l’inflammation pure et simple du feuillet externe ou fibreux du périoste, et qu’il n’y a pas eu d’ostéite, puisqu’il n’y a pas eu de nécrose osseuse. Il en conclut que l’on a eu tort de supprimer les distinctions posées autrefois par M. Ghassaignac, et de vouloir tout confondre aujourd’hui sous la dénomination générale d’ostéo-myélite.

M. Yerneuil, tout en considérant comme illusoires, au point de vue clinique, les distinctions établies par M. Ghassaignac, entre les ostéites, voudrait que l’on conservât, au point de vue de l’anatomie pathologique, un certain nombre de variétés telles que l’abcès sous-périostique, l’ostéo-myélite centrale diaphysaire, l’ostéo-méylite spongieuse, l’ostéite épiphysaire et l’inflammation des cartilages de conjugaison; il faudrait ensuite rechercher les signes pathognomoniques qui différencient entre elles ces différentes formes, surtout les trois premières, qui sont de beaucoup les plus communes.

M. Trélat ne voit pas que le cas de M. Berger ait aucun rapport avec la question de l’ostéomyélite encore pendante devant l’Académie de médecine. Il s’agit simplement, dans ce cas, d’une périostite aiguë terminée par suppuration, et dans laquelle l’ostéite ou l’ostémo-myélite, comme on voudra, n’a joué aucun rôle, ce qui explique pourquoi il n’y a pas eu de nécrose, Si M. Trélat est un de ceux qui veulent, sous la dénomination d’ostéo-myélite, la fusion des nombreuses variétés établies autrefois dans l’ostéite, il ne voudrait pas cependant de confusion, et il désire que, dans cette question, le terrain de la clinique reste distinct de celui de l’histologie. C’est pourquoi, tout en rattachant toutes les variétés d’ostéite à l’ostéomyélite, il admet les variétés sous-périostale, endostale, interstitielle , épiphysaire, juxlà épiphysaire, etc.

M. Lannelongue dit que M. Trélat réduit à de trop minimes proportions le fait intéressant communiqué par M. Berger. Pour lui, en dépit de l’étiquette mise par M. Berger sur cette observation, il croit devoir la considérer comme un cas d’ostéite ou d’ostéo-myélite terminée par un abcès sous-périostique. La bénignité de ce cas, bénignité due à la sagacité du chirurgien et à sa prompte intervention, n’enlève rien à l’extrême gravité de la maladie considérée dans ses conditions ordinaires. Il résulte, en effet, des relevés auxquels s’est livré M. Lannelongue que, sur 100 cas, 70 se sont terminés par la mort. Sur les 30 cas de guérison, h seulement ont eu lieu sans exfoliation osseuse. Quelle que soit la réserve avec laquelle doivent être acceptés ces résultats statistiques, il n’en résulte pas moins de l’ensemble des faits, que l’ostéo-myélite est une affection des plus graves, se terminant le plus ordinairement par la mort. Or, tontes les fois que l’examen de' l’os, même dans les cas d’abeès sous-périostique ou de périostite phlegmoneuse, a été fait avec soin, c’est-à-dire en fendant l’os, qu’il soit long, court ou plat, on a toujours constaté, dans ces cas, du pus dans l’épaisseur même du tissu osseux. L’existence du pus dans l’intérieur de l’os est donc la règle constante, absolue ; c’est la loi.

De ce résultat des relevés anatomo-pathologiques combiné avec celui des autres relevés statistiques établissant le caractère d’extrême gravité de la maladie, M. Lannelongue a cru devoir tirer cette conséquence thérapeutique, savoir, la nécessité de l’intervention chirurgicale hâtive, ne se bornant pas à la simple incision de la partie malade, mais y joignant la trépanation de l’os. Depuis que M. Lannelongue a adopté cette pratique, il a obtenu des résultats de beaucoup supérieurs à ceux qu’il obtenait auparavant, et il a guéri beaucoup plus de malades. Depuis le commencement de cette année, la proportion des guérisons obtenues par cette méthode a été de 3 sur 5. La trépanation hâtive est surtout indiquée dans l’ostéomyélite des enfants et des adolescents, c’est-à-dire développée pendant la période d’accroissem&nt des os.

M. Vemeuil déclare qn’il ne peut laisser passer sans protestation la double assertion de M. Lannelongue, l’une que, sur 100 cas d’ostéo-myélite, il y a eu 70 morts, et l’autre que, dans tous es cas où l’os malade a été examiné avec attention, on a trouvé du pus dans son intéîeur, ou m. Lannelongue conclut à la nécessité de la trépanation hâtive dans la théraîules'osseus CGUe a^ec*ion> afin d’aller chercher le pus jusque dans les profondeurs des cel-

Or, M. Verneuil a observé un grand nombre de cas dans lesquels la simple incision s’est montrée parfaitement efficace et a suffi pour guérir les malades atteints d’ostéite non-douteuse. Dans une série de 13 cas, en particulier, il a obtenu 8 guérisons sans trépanation ; c’est l’inverse de la proportion indiquée par M. Lannelongue.

La vérité est, suivant M. Verneuil, que l’on n’est pas encore fixé avec certitude ni sur les formes diverses de la maladie ni sur les moyens thérapeutiques à leur opposer. Il ne demande pas mieux que de faire la trépanation, mais au moins faut-il que M. Lannelongue veuille bien préciser les cas dans lesquels cette opération est réellement indiquée.

M. Tillaux pense avec MM. Verneuil, Berger, Marjolin, etc., qu’il y a des distinctions à établir entre les divers cas de la maladie désignée sous les noms d’abcès sous-périoslique, d’ostéite épiphysaire, d’ostéo-myélite, etc., cas divers auxquels conviennent des moyens thérapeutiques différents, aux uns l’incision simple, aux autres la trépanation, etc. Donc, au lieu de chercher à fondre entre elles toutes ces variétés, il serait beaucoup plus rationnel, à son avis, de chercher à en préciser les signes différentiels pour arriver ainsi à la détermination des indications thérapeutiques.

Dr A. Tartivel,

M. A. de l’établis, hydrothérapique de Bellevm*

MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE

DYSPNÉE NERVEUSE 1)ES NÉPHRITES. — ÉTAT DES GAZ CHEZ LES URÉMIQUES , par le docteur E. Ortille. Lille, 1878.

Ce travail se compose de deux parties : l’une clinique, et l’autre expérimentale.

Dans la première, l’auteur cite un certain nombre d’observations de « dyspnées nerveuses foudroyantes ». Parmi elles, nous pouvons citer l’observation XIII, qui se termine ainsi : « Ni les révulsifs, ni les solanées vireuses, ne réussissent contre les paroxysmes de dyspnée ; seule, l’injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine amenait souvent une détente remarquable dans les phénomènes dyspnéiques ». (Ce qui confirme une fois de plus l’action eupnéique de la morphine.)

Les expériences sur les animaux et les observations cliniques conduisent l’auteur aux conclusions suivantes :

La proportion des gaz ordinaires du sang n’est pas notablement changée ; l’oxygène, loin de diminuer, paraît, au contraire, augmenter. Le sang n’a pas les caractères du sang asphyxique; sa capacité respiratoire n’est pas sensiblement diminuée, et si, dans ces conditions, la dyspnée survient, elle ne peut être attribuée à une modification dans la quantité des gaz du sang. L’ammoniaque, que l’on trouve parfois dans le liquide sanguin, s’est formé dans le tube digestif.

« Rien n’autorise à rapporter les symptômes de l’urémie à la rétention de tel ou tel produit dans le sang (urée, acide urique, carbonate d’ammoniaque, etc.). Ce fait, que les nombreux produits de désassimilation des tissus ont perdu leur voie normale d’élimination et restent par conséquent, en grande partie, dans le sang et les tissus eux-mêmes, nous paraît suffisant pour expliquer l’état de déchéance et de misère organique dans lequel tombent alors tous les tissus. Le terme d’empoisonnement urémique est impropre, mal justifié au point de vue physiologique. L’urémie n’est pas un empoisonnement, mais une cachexie. » — II. H.

HYGIÈNE

Par M. le docteur X. Blanchin.

Le vin a par lui-même des propriétés si éminentes dans l’hygiène, qu’il est tout rationnel que la thérapeutique lui ait fait sa part dans le régime qui accompagne le traitement des maladies, et notamment des maladies atoniques ou par faiblesse.

De très-bonne heure, en effet, nous voyons les vins employés en médecine, et, lorsqu’on a songé à y dissoudre ou à y incorporer quelque substance médicale aromatique ou autre , on les voit faire à eux seuls tout le traitement des malades.

De notre temps, il- a passé un système qui les a complètement exclus non pas seulement de la thérapeutique, mais encore de la diète de toutes les maladies. La doctrine antiphlogistique de Broussais, fondée sur ce que les organes étaient toujours trop riches de chaleur et de forces, les remplaça absolument par de l’eau, qu’il fallait encore adoucir avec quelque mucilage.

L’UNIOÎN MÉDICALE.

Nous avons bien changé tout cela. Sont-ce les organismes qui sont devenus pauvres de sang et d’énergie depuis cinquante ans, ou bien serait-ce que les médecins modernes seraient dans l’erreur? Le fait est que, de nos jours, non-seulement la thérapeutique est devenue corroborante mais l’hygiène elle-même qui concourt à la cure doit être restaurante dans tous ses éléments. Beaucoup de médecins donnent du vin pour tisane, et le malade ne s’en trouve pas mal.

Nous ne discuterons pas la question de ce changement subi par l’opinion médicale. Seulement, Broussais serait bien étonné de voir les bons résultats que la clinique obtient en usant largement de ce qu’il interdisait d’une manière absolue.

Bref, les vins sont entrés dans la thérapeutique et y jouent un rôle dont il serait difficile de nier les bons effets. Aussi, répondant à ce besoin actuel, jamais les vins médicinaux n’avaient autant préoccupé l’art pharmaceutique. C’est à qui en composera tous les jours de nouveaux; ils sont déjà très-nombreux, et tous se consomment de l’avis ou par ordonnance des médecins.

Ces vins pharmaceutiques, si on les considère dans leur composition, outre certaines propriétés qui visent tel organe ou telle affection, ont une intention cotnmune. Ils sont faits généralement pour l’estomac, pour donner de l’appétit et pour servir ensuite à la bonne digestion des aliments. Ces vins sont qualifiés stomachiques, digestifs, etc., etc. U y en a pour choisir et pour varier.

Tout en rendant justice aux savantes préparations de ces vins, il faut louer les médecins qui, pour répondre au même besoin, ont eu la bonne idée de trouver dans la nature ce que d’autres ont cherché à réaliser par l’art.

N’y aurait-il pas, disons-nous, des vins naturels, c’est-à-dire produits de toute pièce par la vigne, qui auraient les mêmes propriétés que les vins préparés au laboratoire, pour subvenir aux indications médicales dont il s’agit ?

Celle question suppose, ce que la science ne saurait contester, à savoir : que tout ce qui est fait pour entrer dans l’alimentation doit être de préférence pris dans la nature, l’art ne faisant jamais si bien les choses qui sont utilisées par les fonctions d’assimilation.

C’est de cette simple question qu’est sorti le vin de Saint-Raphaël, que les cliniques hospitalières ont adopté depuis plus de trente ans, et qu’aucun des vins artificiels d’invention nouvelle n’avait pu remplacer. Ce que l’on cherchait donc était découvert depuis longtemps, et c’est la clinique elle-même qui l’avait trouvé à l’usage.

Maintenant, quelles sont les vertus spéciales du vin de Saint-Raphaël? D’abord, il est naturel; ensuite, il remplit l’objet qu’on s’en propose sur le malade et le convalescent : il fortifie l’organisme; enfin, il fait du bien.

Lorsqu’on a voulu se rendre raison de ces propriétés efficaces, la chimie s’est mise en devoir d’analyse pour savoir ce qui distinguait la composition du vin de Saint-Raphaël parmi tous les autres, et l’on a trouvé que, de tous les vins de liqueur, c’était celui qui était le plus riche en tannin, et l’on sait que le tannin est ce principe immédiat qui, avec l’alcool, fait la partie la plus active que les médecins demandent aux vins réellement stomachiques et digestifs.

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