III. — Diphthérie
i° Évolution. — Loi des épidémies annuelles. — Études des courbes multi-annuelles. — Abaissement après le paroxysme, — 2® Statistique de la ville. — 3° Statistique des hôpitaux.
La diphthérie, qui a toujours été la plus meurtrière des maladies populaires, à
(1) Suite. — Voir le numéro du 3 mai.
longtemps à s’annoncer, car bientôt apparurent les signes avant-coureurs des événements qui devaient clore la longue et curieuse histoire de celte République italienne.
L’homme qui donna l’impulsionà la renaissance des lettres, après que l’imprimerie eut pénétré dans Venise, fut un imprimeur qui, en même temps, était un savant. Je n’ai pas encore tracé son nom, mais qui ne l’a pas deviné parmi ceux qui ont pu se faire quelque idée de l’histoire de Venise? C’est d 'Aide Manuce dont je rappelle la mémoire, d 'Aide, le premier du nom et de la dynastie qui continua son œuvre. Je ne parlerai pas beaucoup de médecine et de médecins dans les détails qui vont suivre. Mon excuse sera valable. Je crois qu’il n’est pas déplacé de faire l’histoire du mouvement intellectuel d’un pays, même lorsqu’il semble étranger à la spécialité à laquelle on s’attache. Tout se lie sans se confondre dans les choses de l’esprit. Puis qu’on a représenté la diversité des connaissances par les branches d’un arbre, il faut bien que ces branches se rattachent à un tronc commun.
L’imprimerie fut introduite à Venise en 1469, et le premier ouvrage qui sortit de cette première imprimerie fut le volume des lettres familières de Cicéron, Ciceronis epislolæ familiares. Ce premier pas fut un signal auquel on obéit avec empressement, un empressement qui était de l’enthousiasme. Je possède, des années 1483 et I486, deux exemplaires de l'Imitation de Jésus-Christ, l’un, le plus ancien, imprimé par Pierre Loslein de Langencen ; l’autre, imprimé aux frais de François des Remèdes. J’imagine que la signature du second livre appartient à un médecin; l’exemplaire n’est pas marqué « heureusement imprimé, féliciter impressum », mais imprimé aux frais de la personne qui porte un nom derrière lequel se montre discrètement la profession du signataire. Ce médecin supposé aurait-il été un protecteur, un Mécène aidant de ses deniers un imprimeur hors de privilège, mais non clandestib, car, en ce cas, la République eût avisé? Celte interprétation ne me parait pas invraisemblable.
nombre égal de malades, a pris, depuis un certain nombre d’années, à Paris et dans d’autres régions du pays, une fréquence jusque-là tout à fait inconnue. A Paris, la mortalité par diphthérie a aujourd’hui le pas sur celle de toutes les autres affections communes : ainsi, tandis que, durant le premier trimestre de 1879, la variole compte 151 décès, la fièvre typhoïde 320, la diphthérie se chiffre par décès. Cette aggravation, survenant dans une affection devant laquelle la thérapeutique reste si imparfaite, constitue un fait épidémiologique d’une grande importance; elle n’est ni incidente, ni accidentelle, ni momentanée, ni imprévue, comme semblent toujours le penser quelques médecins ; elle s’est produite progressivement, lentement, j’en ai dénoncé le début, chiffré le progrès, sans attirer grande attention. Je crois néanmoins avoir déterminé la loi saisonnière invariable de l’affection, et je m’efforce de déduire, des résultats déjà obtenus, quelques données d’une réelle précision pour L’étude des épidémies multi-annuelles, de manière à faire en quelque sorte la prédiction des temps diphthéritiques, à la manière dont on peut aujourd’hui faire, plus ou moins longtemps à l’avance, mais souvent en temps utile, la prédiction des temps atmosphériques à l’aide de données scientifiques régulières.
Que l’année diphthéritique soit féconde ou stérile, que l’épidémie annuelle soit grave ou bénigne, la maladie n’en reste pas moins soumise à la loi d’évolution saisonnière, dont voici la formule simple et invariable :
Chaque année , l'épidémie permanente de diphthérie atteint Je point le plus déclive de sa courbe dans le troisième trimestre , se relève durant le quatrième , atteint son paroxysme durant le premier , et décline de nouveau durant le second. On peut donc toujours, opérant bien entendu à titre général, ainsi que je l’ai fait sans cesse depuis plusieurs années, et non pas seulement à titre particulier, annoncer le temps épidémique moyen du trimestre suivant ; mais de plus, on peut encore, en comparant les courbes de plusieurs années successives, établir de fortes présomptions pour un espace de temps beaucoup plus considérable, et discerner si la courbe que la maladie parcourt à travers les années est ascendante ou descendante. En signalant, dans mon dernier Rapport, la diminution de la diphthérie pendant l’année 1878, j’avais pu dire qu’il ne s’agissait pas seulement d’un de ces affaissements passagers que présentent les courbes épidémiques, alors même qu’on les observe dans leur partie ascendante, et cela par ce seul fait, pour moi démonstratif, que la mortalité par diphthérie du quatrième trimestre, — laquelle doit être normalement supérieure, — était restée sensiblement égale à celle du trimestre
Aide Manuce, s’entourant d’une société qui prit sou nom, pourvut aux rectifications et à la nette impression de tous les manuscrits qui passèrent sous sa presse. Depuis la naissance de l’imprimerie, le caractère employé était la gothique, qui a longtemps conservé le cachet de l’enfance à l’art qui s’est si grandement perfectionné. Aide, vers la fin du siècle, inventa {'italique ou le cursif, connu sous le nom d’impression aldine. Il inventa mieux. Avant lui, les livres étaient de lourds in-Zi° ou in-folio qu’il fallait manœuvrer de force pour parvenir à les placer sur un pupitre. Il remplaça ces pesants formats, saps les supprimer entièrement, par les formats portatifs et aisés à la main, de l’in-8* et de l’in-12. C’est ainsi qu’il rendit l’élude agréable et même facile. On n’emporte pas dans les champs, pour lire, assis sur l’herbe, et non loin des bords de l’eau, ces masses dont la pesanteur va jusqu’à défier les forces de l’homme ; mais dans cette forme qui rend le livre si léger, si commode, si portatif, quelle satisfaction de parcourir la campagne avec l’ami de son choix, avec le livre aimé de sa bibliothèque! Les salles sombres et sévères où l’on rassemblait les livres abritaient le pédantisme. Quand il fut possible d’en sortir en emportant avec soi le livre, objet de ses préférences, on trouva dans l’étude, au milieu des cultures et du paysage, des impressions propres à donner plus de clarté aux idées et plus de facilité pour les exprimer. Dans un tableau, pour que les personnages y paraissent animés, il faut qu’ils soient pénétrés d’air et de lumière. La vie d’études, hors de l’ombre et du silence des bibliothèques, produisit ce même effet dans les œuvres comme dans les idées. Celles-ci furent pénétrées d’air et de lumière, et une voie plus large et plus aisée les porta plus avant dans les esprits.
Ce fut vers ce temps de l’établissement de l’imprimerie que naquit, à Venise, la Gazette, fondation dont on a eu le tort d’en faire honneur au médecin Théophraste Renaudot, qui n’aurait été qu’un imitateur. Ces premières feuilles publiques étaient marquées, en tète, de l’image
UUNION MÉDICALE.
précédent, ce qui aurait constitué une exception a une loi que je considère comme absolue.
Voici la vérification de ces propositions : de 365 deces, chiffre de la mortalité diphthéritique du quatrième trimestre de 1878, le coefficient mortuaire s’est élevé pendant le premier trimestre de 1879 à 529 ; cela est la loi, la règle ne comportant pas d’exception, que la mortalité diphthéritique du premier trimestre est supérieure à celle du quatrième; et cependant, malgré cette ascension saisonnière, la courbe épidémique multi-annuelle est en réalité fortement abaissée, puisque le premier trimestre de 1878 comptait 703 décès diphthéritiques, tandis que le premier trimestre de 1879 n’en inscrit que 529. Ce sont là des résultats mathématiquement acquis, et dont l’application généralisée permettra de donner à l’épidémiologie, dans toutes ses parties, une précision qui lui a toujours manqué.
Diphthérie à Paris
par arrondissement et par mois.
Ier TRIMESTRE 1878
te
la.
en
Popincc
Totaux
Janvier. ....
Février .
Mars .
Totaux. . . .
Ier TRIMESTRE 1879
Janvier .
Février .
tx
Mars .
Totaux. . . .
Statistique des hôpitaux
Avant de donner la statistique du croup dans les hôpitaux, et de transcrire les
d’une pie, ma gazza, oiseau parleur et rapace, sans compter ses autres défauts. Telle est l’origine de leur nom et du nom de leur multiple descendance. Si Manuce eût été le créateur de la Gazette, et la première source de ce déluge qui nous a submergés, je doute qu’il en fût sorti un rayon de plus pour sa gloire. Il a fait mieux que cela. J’ai eu dans mes mains l'Enfer du Dante, de l’année 1515 ; je ne l’ai pas tenu assez ferme, puisque j’ai eu le malheur de le laisser échapper. Le Virgile de 1501 ne m’est parvenu qu’à l’état d’infirme, ayant subi des amputations qui avaient emporté une grande partie du texte, ce qui n’empêchait pas la beauté typographique de l’œuvre de se révéler. Plus heureux, j’ai acquis le Catulle, le Tibulle et le Properce, de 1502, dans un état de conservation tel, qu’on pourrait le prendre pour un livre récemment sorti de la presse du grand imprimeur vénitien. Mais le monument le plus important que je possède, et que j’ai sous les yeux en écrivant, c’est la Grammaire, en beau romain, dont Aide est l’auteur, et qui porte la marque imprimée en rouge de l’industrie dont il fut l’un des maîtres, une ancre surmontée d'un dauphin enroulé. Voilà les œuvres qui glorifient autrement Aide Manuce que l’invention des papiers-journaux marqués en tête de l’image de la pie, pour préparer sans doute le lecteur aux surprises qu’il doit y trouver. Aide dura plus de vingt ans après la fin du xve siècle. Il commença seul d’abord, puis il se réunit à André, son beau-père. Après sa mort, les livres s’imprimèrent apud Aldi filios, comme il est écrit sur le dernier feuillet de chaque volume.
Le goût des lettres ne lut pas perdu dans la famille d’Alde Manuce. Un médecin du nom de Nicolas Manuci ou Manuzzi fut l’un des donateurs les plus généreux de la bibliothèque de Saint-Marc, après ce cardinal Bessarion dont le nom est inscrit le premier sur la glorieuse liste des hommes qui ont contribué à la formation de cette collection magnifique. La lettre qu u a ressa au Sénat à cette occasion est arrivée jusqu’à nous. La donation date de 1468.
communications que nous avons reçues sur la diphthérie, nous nous faisons un devoir de rendre hommage à la mémoire de M. Abbadie-Tourné, interne des hôpitaux dans le service de M. Labric, à l’hôpital des Enfants-Malades, qui a succombé à la diphthérie contractée en prodiguant ses soins aux malades ; nous avons voulu inscrire ici son nom, et écrire à la suite : Mort au champ d’honneur! M. Josias, son successeur immédiat, a été pris également d’angine; mais il est aujourd’hui, grâce à Dieu, complètement rétabli. En pensant à tous ceux que nous avons vus depuis vingt- cinq ans mourir ainsi de cette mort glorieuse mais horrible, nous nous demandons si il n’y a vraiment rien d’autre à faire que de se résigner toujours, et s’il faut, avec M. Rochard, repousser absolument toute tentative de préservation. Assurément nous ne proposons pas aux élèves des hôpitaux de porter un masque pour approcher les enfants atteints de diphthérie, mais nous croyons qu’ils feraient chose sage de prendre quelques mesures de préservation : usage de gargarismes phéniqués, par exemple, au sortir des salles de diphthérie ou des séances d’autopsie, plus dangereuses encore que le séjour dans les salles, ou toute autre mesure appropriée qui pourra être jugée utile et pratique. C’est l’idée seulement que nous voulons indiquer, et non les détails de ses applications.
Croup
dans les hôpitaux de Paris
I" TRIMESTRE 1879 et moy. eorresp, de 9 années antérieures
Ier trim. de 9 années antérieures (moyennes)
Mouvement
Pécès
Mouvement
Décès
Janvier. . . .
Février . . . . .
Mars .
Totaux .
Hôpital Sainte-Eugénie. — M. Bergeron : « Dans une salle commune de mon service, il s’est développé un cas de croup chez un enfant convalescent de rougeole. Comment est survenue ici la diphthérie? A-t-elle été transmise par l’interne que le service de la garde ou l’assistance pour la trachéotomie conduisent forcément au pavillon d’isolement? Ou bien s’est -elle
« Je regarderais tous mes soins comme insuffisants, écrit le cardinal, si je ne parvenais à ce que des livres rassemblés par moi avec tant de peine, fussent placés de manière qu’à ma
mort ils né pussent être ni aliénés ni dispersés, mais établis dans un lieu sûr et commode,
afin de servir aux savants grecs et latins. De toutes les villes d’Italie, votre illustre et florissante cité m’a paru le mieux répondre à mon projet. » A cette lettre, dont je ne cite qu’une partie, et à la donation qu’elle annonçait et qui fut réalisée, remonte la date de l’existence de la collection du palais de Saint-Marc comme établissement public. Désormais, la bibliothèque n’était plus une collection à l’usage exclusif du doge et de la Seigneurie; elle appartenait à tout le monde, nobles et citadins, curieux de livres et chercheurs d’idées. Tout Grec et tout Lalin pouvait aller y feuilleter les nombreux manuscrits qui y formaient un si précieux assemblage. L’imprimerie continua à enrichir la bibliothèque, à partir du milieu du xv* siècle, époque mémorable qui la vit naître et qui précéda de peu d’années son établissement à Venise. Ce ne fut pas au profit d’un art, l’art de la miniature, qui avait produit tant de belles
œuvres. On miniaturait, dans les impressions de luxe, les initiales placées en tête des cha¬
pitres. C’était à peu près tout ; le pinceau ne s’appliquait plus aux grands sujets. Malgré l’importance de la double contribution formée, d’une part, par les manuscrits et, de l’autre, par la presse, la Mardana (c’est ainsi que se nomma la bibliothèque du palais ducal) n’est pas devenue une collection remarquable pour le nombre, car elle n’a jamais atteint cent mille numéros, mais elle a mérité d’être classée au plus haut pour la rareté, la beauté et même la richesse des œuvres dont elle s’est toujours montrée la vigilante gardienne.
Le plus beau joyau de la bibliothèque, auquel aucun autre livre ne peut être comparé, est le Bréviaire du cardinal Dominique Grimani. On attribue les merveilleuses miniatures exécutées avec une rare finesse à Hemling le Hollandais, à la tête de collaborateurs réunis pour tra-
produite sous l’iufluenee de la constitution épidémique régnante, comme elle aurait pu se montrer, ou plutôt comme elle se montre partout ailleurs? G’est ce que je ne saurais décider. Mais ce que je tiens à constater, c’est que ce cas intérieur a été unique , et si vous vous reportez aux statistiques des années précédentes, vous reconnaîtrez, avec non moins de satisfaction que moi, que nous avons fait une bonne campagne en demandant sans relâche l’isolement. »
Hôpital des Enfants-Malades. — M. Archambault : « Pendant le premier trimestre de 1879, c’est, comme toujours, la diphthérie qui a été la maladie grave par excellence, et qui, au point de vue de la contagion dans les salles, a donné les résultats les plus dignes de fixer l’attention. Voici le relevé dressé par M. Gaucher, interne du service :
16 cas d’angine diphthéritique sans croup, ayant donné 7 décès, et 20 croups dont 1, non opéré, s’est terminé par la mort, tandis que les 19 autres opérés ont fourni 12 décès et 7 guérisons, proportion très-heureuse de 1 succès sur un peu moins de 3 opérations; mais ce sur quoi je veux surtout appeler votre attention, c’est le nombre vraiment effrayant des cas de diphthérie développés à l’intérieur de l’hôpital, puisqu’ils ont été au nombre de 18, c’est-àdire juste la moitié du nombre total, c’est-à-dire que, sur 36 malades, il nous en est venu 18 du dehors, et que les 18 autres ont contracté la maladie à* l’hôpital, où ils étaient venus se réfugier pour une maladie toute autre! Voici quelques détails recueillis par M. Gaucher, qui a rédigé les observations au complet :
Dans notre salle Sainte-Geneviève (30 lits), nous avons eu 12 cas de diphthérie développés à l’intérieur, lesquels donnent : guérisons, 3; morts, 7; emportés par la famille, 2; mais ce sont surtout certains détails qui montrent bien l’urgence qu’il y a de séparer, autant que possible, les maladies ordinaires de la diphthérie, qui devient de plus en plus commune. En voici quelques-uns :
B... (A.), âgée de 6 ans 1/2, fille très-bien portante, entrée le 19 février pour une chorée simple, sans aucune complication. Elle contracte une angine diphthéritique qui apparaît le 26 février; le 28, croup; trachéotomie le 1" mars, morte le 3. Il est probable que, si celte enfant ne fût pas entrée à l’hôpital, rien de semblable n’aurait eu lieu.
P... (L.), 12 ans, très-bien constituée, entre le 22 février pour une fièvre typhoïde. Le 6 mars, elle était déjà convalescente quand se montre une bronchite, avec voix et toux croupales. Le 8 mars, elle rend une fausse membrane représentant toute la trachée et un arbre bronchique ramifié. Morte le 9. A l’autopsie, laryngite et bronchite diphthéritiques. Sans la diphthérie, cette jeune fille serait aujourd’hui guérie probablement.
Hub... (L.), 2 ans, entre le 28 février pour une bronchite légère avec diarrhée. Le 13 mars, symptômes d’un croup d’emblée. Est emportée mourante par sa mère.
W... (E.), 2 ans 1/2, entre le 7 mars pour la diarrhée. Croup d’emblée le 16 mars. Trachéotomie le 17; rejet de fausses membranes. Est emportée par sa mère le 19.
vailler à un œuvre aussi importante. U y a peu d’années, un habile photographe vénitien, du nom de Perini, obtint l’autorisation de reproduire ces belles, ces inimitables miniatures. L’ouvrage périrait qu’il resterait encore de quoi le faire revivre. Je citerai, de plus, un Evangile grec du vme ou du ix“ siècle, et un manuscrit de Y Iliade d’Homère illustré de miniature exécutées à la manière de Giotto. Mais ce qui fixe surtout l’attention, c’est un manuscrit en date de 1A15, traitant des simples, De simplicibus, par Benoît Rinio, enrichi de A52 figures de plantes exécutées par André Amadio, célèbre miniaturiste vénitien. Les naturalistes, les médecins feuillettent ce manuscrit avec un sentiment de curiosité et surtout d’admiration pour une exécution si délicate e.t si vraie qu’elle traduit merveilleusement la nature. Je ne passerai pas aux incunables de la fin et du milieu du xvi* siècle, je ne citerai pas non plus les livres, des livres précieux fournis par l’impression. Qu’on me permette cependant de saluer en passant la production des Aides, formant une troupe nombreuse dont aucun membre n’est absent. Daremberg, d’érudite mémoire, ne manqua pas de trouver dans la Martienne, manuscrits et livres qui l’aidèrent à collationner et à rétablir les textes des vieux auteurs qu’il éditait. Quand je fis sa rencontre à Venise, il avait pour compagnon de voyage l’Aide Manuce de la librairie médicale française, J.-B. Baillière, qui devait bien cette visite à son illustre prédécesseur.
Vers le même temps, fut mise en vente la bibliothèque de Louis Manin, le doge qui vit les derniers jours de la République. Après tant d’années, il était surprenant d’en apprendre la dation et très-intéressant de savoir comment elle était composée. J’allai au palais Manin, situé dans le voisinage du Rialto, et dont la façade terne et insignifiante n’accuse aucune mur* 6U^’ J aV*’S toujours cru l’édifice inhabité, car on n’y voyait ni gardien pour vous intro- ’ m ces s,§nes dans la vie extérieure du logis qui se manifeste tout au moins par l’ou-
Je m’arrête après ces citations, qui gont suffisantes pour montrer comment des enfants exempts de tout état diathésique, atteints de maladies communes aisément curables, sont enlevés parce qu’ils se sont trouvés exposés à la contagion en raison de la promiscuité qui existe dans nos salles.
Dans la salle des garçons, il n’y a eu que 6 cas intérieurs qui ont donné lieu à 4 décès. Voici un exemple de la manière dont se passent souvent les choses :
M. X..., 2 ans, bel enfant, entre le 8 janvier avec une bronchite simple et une hémiplégie faciale à frigore. Le 19 janvier, rougeole dont il guérit 14 février, angine diphthéritique, suivie de croup le lendemain. Trachéotomie le 15 février ; mort le 16.
Je sais aussi bien, sinon mieux que personne, que, dans un hôpital, et surtout dans un hôpital d’enfants, il y aura toujours quelques faits de cette nature; mais ils sont si communs avec l’organisation actuelle, qu’il y a lieu de croire qu’elle y est pour beaucoup, et qu’il est urgent d’essayer autrement, dût-on avoir une déception, ce qui n’est pas probable. »
Hôpital des Enfants-Malades. — M. Labric : « Il n’y a encore, à l’hôpital dès Enfants, aucun isolement pour diphthérie, rougeole ou scarlatine; la variole seule est traitée dans une salle spéciale.
Il y a eu dans le service, pendant le premier trimestre 1879 : 1° 24 angines couenneuses graves, 19 décès, 5 guérisons.
Sur ces 24 cas, 3 se sont développés dans la salle, 1 est venu du service des chroniques.
2“ 7 angines couenneuses bénignes, 7 guérisons.
3* Croup : 18 cas, 1 n’a pas été opéré, il a guéri; 17 ont été opérés et, sur ces 17, 10 sont morls, 7 ont guéri. Aucun de ces cas ne s’est déclaré dans la salle ; 1 seul venait de chirurgie. »