‹ L'Union médicaleChapitre 13 sur 176 · DB LA MALFORMATION DES DENTS COMME SYMPTOME DE LA SYPHILIS CHEZ LES · texte numérisé non relu

DB LA MALFORMATION DES DENTS COMME SYMPTOME DE LA SYPHILIS CHEZ LES

enfants,

Par le docteur R. Blàche.

Il existe une malformation des dents que l’on rencontre chez certains sujets en puissance de syphilis constitutionnelle ou héréditaire. Quoique ces signes, d’après flutchinson, qui, le premier, s’est occupé de cette question, se rencontrent plus souvent chez les adultes, il ne m’a été donné de les bien observer que chez les enfants, pour lesquels ils constituent un signe protognomonique de maladie vénérienne. Il y a déjà longtemps que, à l’hôpital des Enfants, j’avais remarqué la forme et l’aspect particuliers de certains enfants d’un tempérament cachectique, et que je croyais pouvoir attribuer uniquement à la scrofule, lorsque, il y a quelques années, on m’amena un enfant de 5 ans, ayant eu la syphilis infantile, et présentant, du côté de la dentition, les caractères spéciaux que j’attribuais autrefois uniquement à la scrofule et que, depuis mes recherches, il m’a été donné de pouvoir ranger dans les manifestations de la syphilis.

Voici, d’après mes observations, les caractères dè ces malformations spécifiques : Les incisives sont inégales, plus petites, d’aspect gris jaunâtre, pointues ou ébréchées; au lieu d’être plates, elles sont souvent rondes et toujours espacées les unes des autres, ayant plus ou moins perdu leur forme habituelle par une mue précoce due à la perte de l’émail.

Les canines et les molaires sont également modifiées dans leur forme et leur texture, mais à un degré moindre.

En général, la malformation syphilitique des dents existe aux incisives supérieures et aux inférieures ; parfois, elle n’atteint que les supérieures ; mais, sur les cas qu’il m’a été donné d’observer, les dents inférieures m’ont paru plus souvent atteintes. Les filles dominaient dans le nombre de mes observations, et le plus jeune âge des enfants qu’il m’ait été donné de voir était 18 mois.

Quant aux antécédents syphilitiques des parents, je dois dire que toutes les fois qu’il m’a été possible de porter mon investigation d’une façon précisé sur ce point, mes prévisions ont été confirmées.

FEUILLETON

Les Médecins sous la République de Venise

l’université de padoue.

Lorsque je visitai l’Université de Padoue, je fus frappé, dès mon entrée dans la première cour, d’une singulière décoration qui occupait une partie des parois des portiques. Elle était formée, cette décoration, par des armoiries gravées sur bois et relevées de couleurs ; elles avaient été fixées en hommage sur le mur par les élèves qui, de siècle en siècle, s’étaient succédé au pied des chaires. Pour ceux qui savent lire les hiéroglyphes du blason, il y avait là le souvenir des plus grandes familles de l’État et des diverses contrées de l’Europe. Cette manière de dire son nom me paraît préférable à ces signatures personnelles dont les orgueils de bas étage souillent les murailles de nos monuments. Il me semble qu’il y a quelque grandeur dans le sentiment qui a attaché ces armoiries sur ces vieux murs. S’il y a de la gloire, disent-elles au visiteur, s’il y a de la gloire dans ma maison, je l’abaisse devant la gloire plus grande de cette Université, qui m’a départi le savoir et m’a fourni le moyen de ne pas déchoir de mes ancêtres.

Le nombre des armoiries laissées par les élèves ne peut donner l’idée du nombre des étUf diants qui se pressaient au pied des chaires occupées par les professeurs. Vers (e milieu du Tome XXVII. — Troisième série. 9

C’est ainsi que le père du premier enfant qu’il m’a été donné de voir, ne m’a pas caché que, pendant plus de deux ans, il avait présenté des accidents syphilitiques.

Une dame de mes clientes s’étonnait d’avoir fait successivement trois fausses couches, à six mois, avant d’avoir eu l’enfant qu’elle me présentait.

Chez un enfant de 18 mois, que j’ai pu voir dernièrement à la consultation de M. Archambault, à l’hôpital des Enfants, et présentant un type bien net de la malformation syphilitique des dents incisives, la mère, âgée de 40 ans, disait avoir eu, à 24 ans, « un bouton de longue durée aux parties et des engorgements aux glandes de l’aine. » Sur six grossesses, elle fit deux fausses couches vers 6 ou 7 mois. Les autres enfants, nés souvent avant terme, moururent, l’un à 9 jours, les autres en très-bas âge; la dernière, âgée de 18 mois, paraissant un peu idiote, n’offrait cependant d’autre trace de vérole que ses dents.

La difficulté qu’on éprouve souvent à avoir des renseignements précis sur les antécédents des parents et sur la nature des maladies présentées par les enfants, au début de la vie, restreint évidemment le nombre et la valeur des observations que l’on pourrait invoquer. D’ailleurs, les malformations des dents sont loin d’être fréquentes, même chez les enfants ayant eu la syphilis infantile, et il n’est pas rare, au contraire, de rencontrer sur les dents des érosions, vestiges de maladies générales ou locales, laissant une trace indélébile. C’est précisément sur l’érosion ou altération des dents permanentes à la suite des maladies de l'enfance , que M. le docteur Costanie a fait, en 1874, une thèse intéressante et bien étudiée. Mais il n’y est pas question des dents de la première dentition, et la critique même de l’opinion d’Hutchinson y est sérieusement faite.

Préoccupé de cette question, j’ai cru devoir demander à deux de nos confrères leur avis sur la valeur des symptômes que je signale ici. M. Alfred Fournier, dont l’autorité en matière syphilitique est incontestable, a bien voulu me déclarer qu’il ne doutait pas de l’origine syphilitique de certaines dents plutôt informes que malformées, présentant ce caractère d’inégalité et se trouvant espacées les unes des autres; que d’ailleurs les cas étaient rares, mais que, s’il ne lui avait pas été donné d’en voir des exemples chez l’enfant, il avait pu du moins les constater parfois chez l’adulte.

M. le docteur Delestre, qui, chaque semaine, visite, comme dentiste, les deux hôpitaux d’enfants de Paris, a pu me donner des renseignements plus précis et, sans nier la rareté du fait qui nous occupe, m’a dit avoir observé quelques cas

dernier siècle, avant la chute de la République, le nombre des élèves avait décru jusqu’à 500, tandis que, dans les temps les plus favorisés, il était monté jusqu’à 18 mille. Tout aussitôt après la conquête, le gouvernement de la métropole avait tout fait pour les y attirer. Les sujets vénitiens ne pouvaient aller étudier ailleurs ; cela leur était absolument interdit, et au nom d’une législation qui savait se faire craindre. Mais les étrangers étaient acccueillis, à quelque nationalité qu’ils appartinssent. Le gouvernement vénitien ne s’était pas montré moins habile pour le recrutement du corps professoral. Chaque branche d’enseignement était pourvue de sa chaire, mais chaque chaire comptait deux professeurs, à celte condition que l’un devait être du pays, c’est-à-dire vénitien ou des lieux annexés par la conquête, tandis que l’autre avait appartenu à l’une des Universités florissantes de l’Italie ou du dehors , ou s’était signalé par quelque renommée ou quelque heureuse découverte. C’est ainsi que l’Université compta parmi ses maîtres Bernouilli et Galilée, et qu’elle dota d’une chaire une victime de la politique ombrageuse du cardinal Mazarin, le fils de Guy-Patin, dédommagement qui ne consola pas le père de l’exil de son bien-aimé Carolus. L’État ajoutait à toutes ces mesures, parfaitement bien conçues, un moyen d’attraction des renommées du temps, qui, à aucune époque, n’a manqué son effet ; il savait honorer les professeurs, il les payait généreusement.

La République était riche, fort riche. Ses conquêtes en Orient et ses assimilations d'Etats* de terre ferme avaient fait affluer les ducats d’or dans ses coffres; elle s’en montrait le trèsjudicieux, le très-habile dispensateur. Son gouvernement, qui. n’était rien moins que dodulaire et qui se composait d’une aristocratie très-lettrée, savait transformer cet or en riches monuments et en établissements d’utilité publique. Il ne savait pas moins le faire servir à faire prospérer le savoir dans les rangs de la population, pour en tirer des ressources annlicables à la prospérité de l’Etat. Pendant le cours du dernier siècle, 4 l'époque où brillait ’en-

où la double origine syphilitique des enfants lui était connue, et avoir constaté les phénomènes suivants :

« Les dents avaient perdu toute transparence; elles étaient devenues comme schisteuses, en écailles d’huîtres, c’est-à-dire qu’elles semblaient composées de couches lamelleuses superposées, verdâtres. Les couches étaient d’autant plus épaisses ou en plus grand nombre que l’on se rapprochait du collet de la dent. Les dents étaient en outre plus étroites et plus détruites au bord libre qu’au collet, ce qui donnait la disposition qu’Hutchinson a, je crois, appelé la « forme en tourne-vis ». Ces dents sont rebelles à tout traitement; elles finissent par se détruire en s’émiettant, et il ne reste plus que des racines dont la surface libre est complètement molle et sont une source permanente d’irritation buccale. »

Voici une observation que mon confrère et ami, le docteur Archambault, a bien voulu me communiquer, et qui confirme de la façon la plus précise les opinions que je viens d’émettre plus haut :

Il y a douze ans, je fus demandé chez une personne dont je pourrais donner le nom et l’adresse. Il s’agissait de donner mon avis pour une petite fille de 3 mois 1/2 qui, depuis quelques semaines, portait sur la peau des taches dont l’aspect avait attiré toute l’attention du médecin de la famille, et j’étais demandé pour confirmer ou infirmer l’opinion que s’était faite mon confrère de la nature syphilitique de l’affection cutanée. Quelques instants d’examen me suffirent pour acquérir la certitude que l’enfant était bien une petite syphilitique; ce que je prouverai à vos lecteurs en disant qu’il y avait autour de la vulve et de l’anus des plaques muqueuses type et, sur d’autres points de la peau, la même lésion sous forme de syphilides papuleuses, etc. Il n’y a pas lieu d’insister par d’autres détails.

Voici une question que je m’adressai et que je mentionne, bien qu’elle n’ait pas trait au point que vous cherchez à élucider. D’où venait ou de qui venait la syphilis de cette enfant?

D’abord, était-elle héréditaire? Oui, car elle s’était révélée à l’âge où, chez les enfants, se montrent habituellement les manifestations de la syphilis héréditaire; et ces manifestations étaient ce qu’elles sont le plus habituellement en pareil cas. L’enfant n’avait d’ailleurs pu, depuis sa naissance, être exposée à acquérir la syphilis.

Étant héréditaire, la maladie devait-elle être attribuée au père? Il n’avait aucune

seignement de Morgagni, les professeurs de l’Université recevaient jusqu’à 8,500 livres par an. Les jeunes, les suppléants, comme on les nommerait aujourd’hui , étaient honorés à un chiffre beaucoup plus bas. Mais les maîtres étaient largement et dignement traités. Or, on sait ce que valait l’argent à cette époque où il n’était pas encore descendu au niveau qu’il a pris de nos jours, par suite de l’élévation progressive des salaires. 8,000 fr., d’il y a cent ans, en valent 30 mille aujourd’hui.

Mais il y avait un revers à cette brillante médaille. L’Université ne se distinguait pas seulement par d’éminents professeurs, elle était gouvernée par de puissants maîtres. Ces maîtres, qui étaient pris dans les rangs des procurateurs de Saint-Marc, l’un des titres les plus élevés de la République, étaient chargés des réformes de l’enseignement et surtout de veiller à la discipline, et ils n’y épargnaient rien. Les Riformatori dello studio di Padou, tel est le titre que portaient ces personnages, avaient mission d’exercer une surveillance active sur les livres et même sur les leçons des professeurs; il ne devait rien s’y trouver, pas même une trace, une tendance qui marquât une opposition à l’esprit du gouvernement. La République s’était conservée en force et en prospérité jusqu’au commencement du xvi* siècle, et ce fut grâce à des moyens qui sacrifiaient tout à la raison d’État qu’il lui fut donné de vivre une longue vie.

Malgré la pression de ressorts aussi durs, l’Université de Padoue continua de grandir en gloire sous le gouvernement généreux, mais brutal, de la République; elle eut ses fastes, qui ont été célébrés par plus d’un écrivain. Un de ses professeurs, contemporain de Morgagni, Jacques Facciolati, auteur d’un dictionnaire, très-estimé en son temps, a publié un livre intitulé : Fasti gymnasii patavini, où se peut lire l’histoire des services que ce gymnase, puisque c’est le nom que Facciolati lui donne, a rendus aux lettres et aux sciences, et particulièrement à la civilisation spéciale de Venise, qui mériterait certainement une histoire à part. Padoue,

manifestation syphilitique actuelle, et rien de ce qu’il disait n'indiquait quà aucune époque, il en eût eu une quelconque.

La syphilis venait de la mère, et voici comment je pus m’en convaincre. La mère, interrogée avec soin, m’apprit que, avant d’être mariée, il y avait environ deux ans, elle avait souffert beaucoup, et surtout la nuit, d’une grosseur, située à l’olécrâne. Deux médecins, dont un professeur de l’Ecole, Béhier, lui avaient, à cette époque, fait prendre de l’iodure de potassium, qui l’avait guérie.

Quant à ce qui avait précédé l’apparition de la tumeur olécranienne, je ne pus rien savoir, malgré la bonne volonté et la sincérité qui furent mises à me répondre ; d’où je conclus que l’accident primitif avait passé inaperçu, et que les accidents secondaires avaient dû être très-minimes.

Pendant la gestation, la tumeur à l’olécrâne reparut et fut traitée encore avec un plein succès par l’iodure de potassium, associé cette fois à un peu debi-iodure de mercure.

Que résulte-t-il de cette enquête, si ce n’est que la maladie de l’enfant devait être attribuée à celle de sa mère? Et, de cette conclusion inattaquable, il en résulte une autre, c’est qu’une femme atteinte de syphilis arrivée depuis longtemps aux manifestations tertiaires , peut infecter son enfant, chez lequel la syphilis née de ces accidents tertiaires se manifestera par des accidents secondaires. Particularité opposée aux lois ordinaires de l’évolution syphilitique, et dont l’existence avait été niée en même temps que l’on niait la possibilité de la transmission quelconque de la syphilis arrivée aux accidents tertiaires. La syphilis échappe à ces réglementations faites trop à la hâte et tout arbitraires.

La mère fut traitée par le sirop de Gibert (sirop de bi-iodure de mercure ioduré), et bien qu’elle allaitât son enfant, on donna à celle-ci de la liqueur de Van Swieten par 10 gouttes d’abord, trois fois par jour, et qui fut portée graduellement à 30 gouttes (édit 4 milligr. 1/2 de sublimé):

La mère guérit, l’enfant également. Cette dernière avait, pendant toute sa première enfance, et a aujourd’hui encore le développement des enfants de son âge, mais elle a toujours été pâle et très-anémique. Les dents de la première dentition furent mauvaises, cariées. Vers l’âge de 8 ans, elle eut des douleurs articulaires assez vives, sans fièvre, avec exacerbation nocturne. La famille vit là des douleurs de croissance ; en était-ce? J’y vis autre chose et donnai de l’iodure de potassium qui les fit disparaître comme par enchantement.

avant de devenir un des joyaux de la couronne ducale, si on peut appeler couronne la singulière coiffure que portait le chef de l’État, Padoue était déjà considérée, pour l’honneur qu’elle accordait au culte des lettres, comme Y Athènes de l’Italie. Eh bien, elle nourrit de son savoir les fils de la République, et ajouta largement de sa renommée à celle de cette cité conquérante qui sut si bien se faire une grande destinée.

Au nombre des noms qui illustrent de leur blason les murailles universitaires, paraissent au premier rang ceux des membres de l’aristocratie vénitienne. Obligés par la loi à ne poursuivre leurs études qu’à l’Université de Padoue, qui était désormais l’Université nationale, ils y allaient élèves pour en sortir avocats. Dans une République, parler est une grande affaire, et, bien parler, c’est posséder l’art de s’ouvrir le chemin des honneurs et de la fortune. On n’est pas estimé par son poids, mais par le bruit qu’on sait rendre. Le grand Conseil était, en effet, pour l’aristocratie, un lieu de lutte oratoire où les discours s’entrechoquaient et où chacun se passionnait à montrer le parti qu’il savait tirer de son esprit et de sa langue. Il en résultait pour tout membre une place plus ou moins élevée dans le grand nombre que s’était réservé l’aristocratie pour elle-même. Il y a eu même, dans l’Université de Padoue, des professeurs de droit tirés de cette classe qui ne portaient pas les noms les moins illustres.

Quand la médecine était étudiée par quelques-uns des membres de cette aristocratie, c’était moins pour apprendre à la pratiquer que par une curiosité scientifique qui se comprendra dans une corporation où ont brillé tant de lumières. Le nombre des savants qui se livraient à cette culture n’était pas peu grand, soit à cause du but lui-même que pour la renommée des professeurs qui remplissaient les principales chaires. Ce serait ici le lieu de feuilleter les Fastes où se trouve énumérée avec complaisance cette lignée formée de tant de hautes personnalités! U faudrait pour cela écrire l’histoire de l’Université depuis l’origine, lorsque je n’ai pas d’autre

A 1,2 ans, il y a quelques mois, il survint chez l’enfant une exostose à la face antérieure du tibia et du premier métatarsien du même côté, avec douleurs nocturnes. L’iodure de potassium a eu raison de ces accidents.

Chez cette enfant, et c’est ici le point qui vous intéresse, la syphilis n’était donc nullement éteinte quand se fit la seconde dentition, et si, chez elle, la denture présente quelque chose de très-spécial, on est, je crois, autorisé à penser à le rapporter à la syphilis, qui est le trait spécial personnel de sa constitution. Eh bien, la denture présente, en effet, chez elle, des caractères très-particuliers que je vais essayer de décrire. Les quatre incisives de la mâchoire supérieure sont notablement plus ouvertes qu’elles ne devraient être, surtout les deux médianes. Il en résulte qu’en regardant l’arcade dentaire dans son ensemble on aperçoit, à la partie antérieure, une sorte de grande échancrure, limitée à droite et à gauche par les deux canines, et les autres dents dont la ligne de terminaison inférieure descend plus bas que celle des incisives. De plus, les deux iricisivès médianes, qui sont les plus courtes, sont aussi beaucoup moins larges qu’elles ne devraient être, et il en résulte qu’elles, sont séparées l’une de l’autre et des deux incisives latérales, par un espace assez considérable. À ce niveau, les derits sent écartées les unes des autres d’une manière insolite, ce qui donne à la bouche un aspect disgracieux et vieillot. Ces dents n’ont pas la forme régulièrement aplatie d’avant en arrière des incisives ordinaires. Au point où elles sortent de la gencive, elles sont plus épaisses que partout ailleurs, et, comme elles sont plus larges, elles paraissent arrondies ; leur épaisseur va en diminuant de haut en bas, et, dans l’ensemble, chaque dehï ressemble à un coin. Sur leur face antérieure, on voit des sortes de cannelures, c’està-dire des parties saillantes allant, d’une manière un peu sinueuse, de l'a racine au bord tranchant de la dent et séparées par des espaces déprimés, dés sortes de petites rigoles. Le i>ord tranchant de l’qfgâne a une dlsppsitioi) en .séi,e ou irrégulièrement dentelée ; les saillants des. dentelures paraissant la continuation des parties saillantes qui sont à la face antérieure de la dent.

Tous ces caractères réunis donnent à la denture un aspect très-particulier que je ne pourrais plus constater, instruit que je suis par cette observation, sans avoir la pensée de les rapporter à l’existence de la syphilis, ce que j’ai déjà fait, sans me tromper, pour d’autres faits où le rapport de la cause à l’effet était moins facile à établir. Il y a lieu de croire, d’après les observations déjà publiées etree que j’ai observé, comme vous, que les caractères signalés sont tout à fait spéciaux à la

but que d’en toucher quelques points. Je me bornerai donc à signaler quelques grandes figures, avec le regret de m’intéfdire d’entrer plus avant dans les détails.

Trois hommes parmi les médecins, trois hommes qui ont laissé un nom immortel, enseignèrent dans FÛniversité de Padoue. Fallope n’était pas seulement un médecin ; ii possédait encore une grande variété de connaissances, de telle sorte qu’il était un des savants hommes de son temps. A l’époque où il vivait, et longtemps après, on ne s’arrêtait à une science qu’après avoir cultivé celles qui s’y rattachaient de près ou de loin. On n’était pas spécialiste, on était plutôt encyclopédiste. Michel-Ange était mécanicien et ingénieur, ce qui ne l’empêchait pas, au contraire, de tenir magistralement le ciseau et même le pinceau. Fallope avait étudié la philosophie, l’astronomie et d’autres sciences; il avait beàucbup voyagé, non pour rêver devant les grands spectacles de la nature, mais pour travailler à l’enrichissement, à la culture de son esprit. Le terme de ses voyages fut Padoue, bd il attira autour de lui un nombre prodigieux d’élèves pour suivre ses leçons d’anatbmiè, que nul en Europe (c’est-à-dire dans le monde) n’était plus capable que lui de donner, àdr les bancs dè ces écoliers, empressés de s’instruire sous un tel maître, Se trouvait celui qui devait être son successeur.

Ce disciple qui devait recueillir la succession de Fallope et occuper aVec éclat la chaire qüe le maître n’avait abandonnée qu’à sa mort, survenue en 1563, se nommait Jérôme Fabricius. Qui le connaît soüs ce nom obscur? Qui découvre sous ce voile le nom que ce maître a illustré? Ce ne sont certes pas les médecins contemporains, qui prennent peu de souci de l’histoire de leur science, estimant qu’elle n’a pas de droits à réclamer. Ce Fabricius, c’est Fabrice d’Aquapendente, nom qui a sa place dans les grandes bibliothèques comme dans la mémoire des érudits. On doit au professeur de l’üniversilé de Padoue, entre autres découvertes, celle des valvules dos veines; on lui doit aussi l’exemple d’un beau caractère. Hippocrate refusait

syphilis, et deviendront un jour suffisants pour autoriser à eux seuls à dire qu’une personne qui les présentera est atteinte de syphilis.

THÉRAPEUTIQUE

SECOND RAPPORT PAIT A LA SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE SUR LA MÉTALLOSCOPIE ET LA MÉTALLOTHÉRAPIE DU DOCTEUR BURQ,

Au nom d’une commission composée de MM. Charcot, Luys et Dumontpallier , rapporteur.

A une époque antérieure (1) nous avons publié in extenso, dans I’Union Médicale, le premier rapport de la commission de biologie sur la métalloscopie du docteur Burq. Les savants membres de la commission ont continué leurs expériences dans le service du professeur Charcot, et, le 10 avril 1878, M. Dumontpallier a lu, devant la Société de biologie, un second rapport où sont exposées de nouvelles expériences qui ont confirmé les premiers résultats obtenus. Déplus, dans ce second rapport, la commission a étudié l’action thérapeutique de différents métaux appliqués aur la peau ou donnés à l’intérieur, dans le but de vérifier la loi posée par le docteur Burq et ainsi formulée par son auteur : « L’aptitude métallique externe « étant connue, le même métal, administré à l’intérieur, doit déterminer les mêmes résultats « que son application externe. »

Nous regrettons que l’étendue de ce second rapport ne nous permette pas de le publier en entier, mais nous essayerons, par cette analyse, de montrer les faits principaux qui ressortent de cette nouvelle étude.

Chez les malades sur la peau desquelles l’un des métaux, or, argent, cuivre, avait ramené la sensibilité et la force musculaire, les mêmes métaux donnés à l'intérieur à doses trèsfaibles sous forme de pilules, de solution aqueuse ou contenus dans une eau minérale naturelle, comme l’eau de Saint-Christau, n’ont pas tardé à déterminer le retour de la sensibilité , de la force musculaire et un état général satisfaisant, ainsi qu’en témoignant le rétablissement de la menstruation, depuis longtemps irrégulière ou supprimée, la disparition de la leucorrhée, et, chez plusieurs des malades, un embonpoint très-appréciable.

Il était donc permis de conclure après plusieurs mois d’expériences que, pendant l’administration des métaux indiqués par l’application externe, la santé avait été notablement améliorée et que la sensibilité générale et spéciale, et la force musculaire, avaient été recouvrées.

Ces observations étaient la confirmation des faits avancés depuis bien longtemps par le docteur Burq. Mais un fait nouveau fut découvert par la commission, c’est que les mêmes

(1) Voyez Union Médicale, mai et juin 1877.

les présents d’Artaxerce; Facrice n’en repoussait aucun de ses nombreux admirateurs, mais il ne s’en embarrassait pas et les traitait comme des objets de nul usage. Sa récompense, à lui, c’était la science, pour les trésors qu’il savait en tirer. Les témoignages de reconnaissance qui lui venaient de toutes parts étaient relégués dans un cabinet, avec cette inscription sur la porte d’entrée : Lucri neglecti lucrum. Ce désintéressement, joint à un tel dévouement à l’étude, qu’il resta fidèla à sa chaire pendant quarante ans, lui fit décerner par le Sénat de la République une rente de 100 écus d’or. La récompense était bien méritée.

La chaire de Fabrice d’Aquapendente ne devait pas rester longtemps en veuvage. Un homme bien digne de ses prédécesseurs était là; ce savant, c’était Morgagni, le créateur de l’anatomie pathologique, qui eut le bonheur de trouver, pour son œuvre la plus importante, un titre heureux qui devait faire la fortune du livre : De sedibus et causis morbirum. Tous les mystères delà médecine qui se dérobaient aux yeux du médecin étaient donc éclaircis dans ce travail, il ne fallait pas aller trop loin et devancer l’avenir. Le livre de Morgagni ouvrait aux investigateurs une carrière nouvelle , et la part assez grosse de l’erreur n’empêche pas que la vérité n’y trouve largement la sienne. Morgagni tirait de l’anatomie des arguments en faveur de la foi, au lieu d’en tirer des arguments contraires, comme on l’imagine de nos jours. U était croyant et ardent dans sa croyance, ne comprenant pas que le scepticisme fût autre chose qu’un instrument brutal de dissolution. Il mourut en 1771 ■ la lignée des grandes illustrations médicales de l’Université de Padoue s’arrête à ce dernier héritier.

Venise nous dira de quelle influence fut cette grande École pour la formation de son Cor os médical. K

(A suivre.)

D' Éd. Carrière.

L’union médicale

malades, guéries en apparence par l’administration interne des métaux, pouvaient perdre de nouveau tous les avantages obtenus, si l’on applique les mêmes métaux à la surface de la peau. On déterminait alors une anesthésie et une amyosthénie de retour ou post métallique dont la durée était mesurée par la durée de l’application externe des métaux. Ces phénomènes de retour se produisaient toujours dans un ordre déterminé et disparaissaient dans un ordre inverse à leur production ; alors l’application externe des métaux étant supprimée, les malades recouvraient l’état de guérison apparente. Est-il besoin d’ajouter que les contreépreuves étaient pratiquées sur les mêmes malades, et cela à l’insu de ces dernières, pour assurer la valeur des résultats obtenus. De ce second ordre d’expériences, il ressortait que les malades, incomplètement guéries, restaient impressionnables à l’application externe des métaux, et que, dans ce procédé expérimental de la réapplication externe des métaux, on avait un moyen de constater l’insuffisance de la durée du traitement Pourrait-on conclure que toutes les fois qu’il y a anesthésie et amyosthénie de retour ou post métallique la guérison est incomplète ? L’indication serait donc, dans ces circonstances, de continuer le traitement jusqu’à cessation de l’anesthésie et de l’amyosthénie de retour.

Nous devons citer le texte même du rapport où la sage réserve du rapporteur témoigne à la fois du soin avec lequel ont été conduits les travaux de la commission, et de l’expérience médicale des savants qui ont pris part à ces travaux :

« Le fait dominant sur lequel nous appelons l’attention, c’est que votre commission a cons- « taté que chez des malades hystériques, l’aptitude métallique externe avait fourni l’indica- « tion du métal qu’il convenait d’administrer à Y intérieur pour obtenir des résultats théra- « peutiques que l’on peut considérer comme ayant été favorables. En sera-t-il toujours ainsi? « L’avenir seul jugera; mais votre commission, sans se départir d’une sage réserve, croit que « les mêmes résultats seront obtenus par d’autres observateurs, à la condition de se placer « dans les mêmes conditions expérimentales. De semblables expériences demandent beaucoup « de temps, beaucoup de patience, et par cela même ne seront pas d’une vulgarisation facile « et rapide ; mais la voie est ouverte, des observateurs patients et sagaces s’y engageront, et « lorsque les faits constatés par votre commission auront reçu la sanction de faits nouveaux, « la thérapeutique de l’hystérie aura fait un notable progrès. Toutefois, il convient de ne pas « se faire d’illusions : l’hystérie est une maladie générale dont on peut modifier lesmanifes- « tâtions par bien des méthodes et des procédés thérapeutiques, et la métallothérapie, quelque « fondées que soient ses promesses, ne pourra vraisemblablement obtenir de résultats durables « que par une intervention prolongée et souvent répétée. »

Dans différents chapitres du même rapport, la commission a étudié : l’action de l’électricité sur l’anesthésie et l’amyosthénie du retour, — l’influence de la superposition des plaques neutres sur les plaques actives , — les conditions d’arrêt des phénomènes par l’application d’un métal neutre en un point centripète, c’est-à-dire situé au-dessus des régions où était appliqué le métal actif. Ce sont là des expériences très-intéressantes et qui ont fourni au rapporteur de la commission les éléments d’une théorie des phénomènes métalloscopiques. Mais notre compte rendu ne peut disposer de l’espace nécessaire à un exposé d’expériences qui devrait être rapporté in extenso. Nous devons seulement faire remarquer que tous les faits relatés dans cés expériences ont une réelle importance physiologique.

Nous terminerons notre analyse en faisant remarquer que si le premier rapport avait choisi pour base scientifique l’action comparée de l’électricité et des métaux appliqués à la surface du corps, et avait demandé à la thermométrie lécontrôle des faits métalloscopiques, le second rapport a trouvé une nouvelle confirmation des faits du premier et du second rapport dans les phénomènes si curieux et si positifs de l’achromatopsie. En effet, la perte complète ou incomplète de la perception des couleurs a été toujours modifiée par l’application externe des métaux sur les régions temporale et sus-orbitaire dans des conditions et suivant un ordre tels, que toute cause d’erreur, due à l’interprétation des observations ou à la supercherie des malades, est absolument impossible. La perception des couleurs a lieu dans un ordre qui n’est point celui des couleurs du prisme, la gamme chromatique est spéciale et est ainsi marquée du centre à la périphérie du champ visuel : violet, vert, rouge, orange, jaune et bleu. Chez quelques malades, le rouge prend la place du bleu.

L’achromatopsie morbide ou expérimentale se produit toujours du centre à la périphérie et l’action thérapeutique se produit toujours de la périphérie au centre. Une malade dont l’achromatopsie est incomplète a conservé le bleu ou le rouge, et lorsquelle recouvre les couleurs périphériques, elle verra les couleurs orange et vert avant de recouvrer le violet. De même si, expérimentalement, on lui fait perdre la perception des couleurs, c’est le violet qu’elle cessera de voir d’abord, puis, successivement, le vert, le rouge, l’orange, le jaune et le bleu. Si bien que, chez une malade qui ne perçoit ni le bleu ni le rouge, l’achromatopsie est complète.

U n’est pas besoin d’insister plus longuement pour faire ressortir toute la valeur de ces expériences sur l’organe de la vue, lesquelles, par leur certitude, prêtent un contrôle absolu aux expériences de même ordre pratiquées sur la sensibilité générale ou sur les sensibilités spéciales. Nous savons que M. Dumontpallier continue à étudier l’action locale et générale des métaux sur des malades de son service à l’hôpital de la Pitié, et que plusieurs observations nouvelles sont venues confirmer les observations de la Salpêtrière.

La métallothérapie du docteur Burq est donc entrée dans une voie de démonstration scientifique, et I’ünion Médicale, qui a toujours ouvert ses colonnes aux chercheurs, aux inventeurs, est heureuse de constaier que justice enfin a été rendue à un confrère auquel on n’avait pas épargné des critiques peu bienveillantes. Nous pouvons donc dire le Burquisme existe, quoi que prétendent certains confrères d’Angleterre ; mais il convient, en terminant cette analyse, de faire remarquer que l’étude de la métallothérapie du docteur Burq a été l’occasion de recherches intéressantes sur l’action de la température dans l’hydrothérapie et sur l’action de l’électricité, des aimants, des électro-aimants chez les hystériques.

Quant à la commission, elle a fait œuvre utile et honnête en ouvrant la voie à des recherches nouvelles et en ne craignant pas de s’engager dans une entreprise quelque peu périlleuse. Aux yeux d’un grand nombre de médecins et de savants, la cause du Burquisme avait été entendue et était perdue. Les membres de la commission ont prouvé que, scientifiquement exposée, la cause de la métallothérapie pouvait être gagnée. — A. L.

ACADEMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE PARIS

Séance du 27 juillet 1878. — Présidence de M. Blondeau, vice-président.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. f La correspondance imprimée comprend : Le Progrès médical. — Le Sud médical. — Les Annales des maladies de l’oreille et du larynx. — Le Bulletin de la Société médico-pratique de Paris. — La Revue médicale de Toulouse. — Le Traité élémentaire de chirurgie gynécologique , par M. le docteur A. Le Blond.

La correspondance manuscrite se compose d’une lettre de M. le docteur Armaingaud , de Bordeaux, adressant des remercîments à la Société pour sa nomination au titre de membre correspondant.

M. le président Géry est nommé délégué pour assister aux séances du Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, selon le vœu exprimé dans une lettre de M. le président Frémy.

A propos du procès-verbal, M. Gillette dit que l’examen histologique a démontré l’existence, en grande quantité, de crochets d’échinocoques dans le kyste qu’il a présenté à la dernière séance. La plaie, bourrée de charpie, a suppuré, et le malade n’a pas eu d’accidents; voilà pour le point clinique. Il ne reste plus maintenant que la plaie des tissus externes, ce qui permet de considérer ce sujet comme guéri.

L’ordre du jour appelle la lecture du rapport de M. Reliqüet sur la candidature de M. 1 docteur Jules Besnier au titre de membre titulaire.

Messieurs, au nom de la commission composée de MM. Charrier, Antonin Martin et Reliquel rapporteur, je viens vous parler de M. le docteur Jules Besnier, qui, dans une de nos der mères séances, nous a lu à l’appui de sa candidature au titre de membre titulaire un nié moire intitule : Étude sur le phlegmon sous-péritonéal; de son diagnostic d’avec la péri tonite suppurèe, et de sa complication par les épanchements gazeux dans le foyer purulent.

IL s agit d un fait extrêmement intéressant que je dois vous rappeler en quelques lignes :

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SB2ÉS?- gW* def,è,re’ de constipation, de douleurs abdominales três-vivei symptômes, généraux qui s accompagnent bientôt de nausées, de vomissements de dvsnrie d douleur dans le testicule droit, de ténesme anal. Le v&p^sS un baSneLSd Sn énorme, sa sonorité générale est complète. Le malade, immobile sur le dos a les cuisse d’eite,,sl0" des

abïïamî dSèTusl>Mr te .ïlSf p'“s P““dînl ««s survient uneévacualio

abondante de pus par le rectum; mais rien n’est modifié dans l’état du malade. Dés le léiidl

main, le ballonnement augmente, la respiration est compromise. L’étoüffétnèht ëét tel que le malade peut à peine parler. On craint l'asphyxie. Une ponction est pratiquée à la limite du flanc droit et de l'hypochondre par M. Lannelongue, avec la canule n° 3 de l'aspirateur Dieulafoy. Il s’échappe d’abord beaucoup de gaz, puis du pus semblable à celui évacué par l’anus. Le ventre s’affaisse presque complètement, La canule est laissée en place. Pour évacuer le pus, on est obligé de comprimer tout l’abdomen, en ramenant les mains des points extrêmes du flanc et de l’hypochondre gauches vers la canule.

Après quelques jours, on remplace la canule par uiie sonde en gomme, qui pénètre successivement jusqu’à 30 centimètres de profondeur, se dirigeant vers la fosse iliaque gauche. Par cette sonde, on fait des lavages, d’abord avec de l’eau tiède, puis avec de l’eau phéniquée, puis avec de l’eau chargée de teinture d’iode en petite quantité. Toujours, pour faire sortir le liquide injecté, on est obligé de comprimer l’abdomen.

Après trois semaines, la poche purulente se limite à la fosse iliaque gauche. Un long trocart ihtroduit à droite par l’ouverture suit la face postérieure de la paroi abdominale et arrive dans la fosse iliaque gauche, où Une contre-ouverture est faite. A partir de ce fait, tout marche rapidement vers la guérison complète.

Fallait-il voir dans ce fait un de ces cas de péritonite suppurée et guérie , cas rares, mais qui n’èn existent pas moins, surtout chez les enfants, d’après les observations de Duparque, Rilliet et Barthez, Barrier, West, etc. ; ou bien un phlegmon sous-péritonêàl étendu pour ainsi dire à toute la paroi abdominale, comme on en cite quelques exemples?

C’est ce que l’auteur examine dans une discussion sévère, et j’ajouterài pleine d’érudition et de sens critique. Après avoir fait ressortir tout ce que présente d’exceptionnel le fait qu’il a cité, il fait appel aux travaux les plus importants publiés, soit sur la péritonite aiguë idiopathique des enfants, qui peut guérir par évacuation du pus à travers l'ombilic, soit sur les phlegmons sous-péritonéaux de là paroi antérieure de l’abdomen ou de la Cavité péritonéale de Retzius; et il établit un véritable parallèle très-complet entre ces deux ordres d’affections, en passant en revue leurs causes, leurs symptômes et leurs différents modes de terminaison.

Malgré l’absence de matité, d’adhérence à la peau, de fluctuation; malgré un ballonnement du ventre excessif, et une sonorité exagérée et générale; malgré les nausées, les vomissements, les douleurs de ventre trèS-vives et superficielles de son malade; en un mot, malgré toute l’apparence extérieure d’une péritonite, cette étude le conduit à admettre qu’il s’agit d’un phlegmon sous-péritonéal, développé au voisinage de la vësriè (phlegmon péri -vésical)' et compliqué d’un épanchement gazeux très-abondant, qui est venu de bonne heure masquer les symptômes propres à cette affection.

Une dysurie intense et persistante, une douleur testiculaire très-vive, l’évacuation du pus par le rectum, le flot gazeux d’un côté à l’autre dé l’abdomen, tels sont les seuls symptômes positifs sur lesquels il appuie ce diagnostic. Aussi, pour le justifier plus complètement, cite-t-il un fait analogue, emprunté à M. Duplay, suivi d’autopsie, et qui est pour ainsi dire la démonstration anatomo-pathologique de ce qui s’est passé chez son malade.

L’observation de M. Besnier méritait, comme vous le voyez, la peine d’être discutée, car, en somme, il s’agit d’un cas de phlegmon sous-péritonéal présentant des symptômes qui se rencontrent daPs la péritonite suppurée. Nous sommes cependant de l’avis de l’auteur; mais, pour préciser davantage, nous ajouterons qu’il s’agit , dans le fait en question, non pas d’un phlegmon péri-vésical à proprement parler, mais bien d’un phlegmon rétro-vésical et périintestinal qui s’est étendu sous le péritoine.

Le malade a eu, en effet, non-seulement de la dysurie, mais encore de la constipation et, plus tard, un ténesme anal très-persistant; et cet ordre de symptômes .indique bien què l’inflammation avoisinait aussi bien l’intestin que la vessie ; l’évacuation du pus par le rectum en est encore une preuve de plus. Quoi qu’il en soit, ce fait est extrêmement intéressant, car il nous montre, à côté des cas de phlegmons péri-vésicaux qui s’irradient le long du canal déférent et le long dès uretères, dont je vous ai parlé dernièrement, que le phlegmon primitivement localisé dans un point de la cavité de Retzius peut s’étendre à toute la paroi antérieure de l’abdomen en décollant le péritoine.

Après avoir discuté le diagnostic, M. Besnier examine l’origine des gaz si abondants qui sont venus, chez son malade, compliquer le phlegmon et en modifier si profondément la physionomie. Il éliminé successivement la perforation intestinale, la décomposition du pus, et il conclut à une exosmose gaz'euse qui se serait faite de l’intestin dans le foyer purulent.

Les rapports de voisinage de l’abcès avec les anses intestinales eh une certaine étendue, la guérison de son malade, justifient cette manière de voir. Il cite, du reste, quelques cas de phlegmons sous-périlonéaux, compliqués d’épanchements gazeux, et guéris, dans lesquels il admet également qu’il s’est fait une exosmose gazeuse analogue, pour lui, à celle qui s’est produite chez son malade.

Il insiste en même temps sur l’importance qu’il y a, pour le diagnostic, d être prévenu de la possibilité de la présence de gaz dans ces vastes abcès sous-péritonéaux. Il met en relief certains symptômes que son malade a présentés, et qui peuvent éclairer dans les cas difficiles, à savoir : la distension uniforme en peau de tambour des parois du ventre, c’est-à-dire l’absence de toute saillie intestinale, malgré une résonnance et une sonorité exagérées; un flot gazeux perçu dans les régions sonores par la percussion pratiquée d’un côté à l’autre; enfin, l'affaissement complet du ventre à la suite d’une seule ponction ; ce sont là, en effet, des signes qui dénotent que les gaz ne siègent pas dans les anses intestinales, mais dans une poche purulente adjacente.

L’auteur termine son travail par quelques remarques sur le traitement qui a été suivi chez son malade, et qui a amené une guérison pour ainsi dire inespérée. Il insiste surtout sur les lavages à l’eau simple d’abord, puis additionnée d’acide phénique et de teinture d’iode, lavages qui ont été abondants et multipliés chaque jour, et ont pu tarir la suppuration. Une seule contre-ouverture a été pratiquée à la fosse iliaque gauche, et elle l’a été tardivement. Nous pourrions peut-être reprocher à l’auteur que cette contre-ouverture n’ait pas été faite plus tôt; mais, en face de la guérison, M. Besnier pourrait nous répondre que ce reproche vient à contre-temps.

M. Jules Besnier a un passé scientifique que vous n’ignorez pas. Vous connaissez la valeur

de chacun de ses travaux ; je vais les analyser rapidement.

A. — Dans l’ordre thérapeutique :

De l'emploi du bromure de potassium dans l’êpilepsie, paru en 1865, et qui est le premier mémoire où les bons effets du bromure de potassium sur l’épilepsie sont nettement établis, et où l’administration de ce médicament à doses progressives et prolongées est conseillée.

Les travaux de Voisin, de Martin-Damourette et Pelvet, de Legrand du Saulle, ne viennent qu’après, et ne font que confirmer en tous points les conclusions de M. Besnier.

De l'emploi du chloral hydraté comme adjuvant de l’opium dans un cas de menace d’avortement, où l’auteur signale les effets du chloral sur les contractions utérines, et le considère comme un adjuvant précieux de l’opium, ce qui s’est depuis trouvé confirmé par l’usage journalier que l’on fait du chloral dans les menaces d’avortement.

Dans un deuxième mémoire sur le même sujet, l’auteur étudie son administration dans l’éclampsie des femmes enceintes, sans commencement de travail.

De l'emploi du vésicatoire dans la pleurésie aiguë, où l’auteur, frappé de la tendance générale qu’on avait à ponctionner toutes les pleurésies, fait en faveur du vésicatoire un véritable plaidoyer. U montre que, pour obtenir tous les effets que peut donner ce moyen de traitement, il faut l’employer dès le début de la maladie, malgré la fièvre, et ne pas attendre que l’épanchement ait acquis des proportions considérables, contre lesquelles le vésicatoire est impuissant.

B. — Dans l’ordre pathologique, outre sa thèse sur le choléra épidémique, considéré dans ses formes et son traitement ; un mémoire sur le mode et le rôle de l’asphyxie chez les cholériques, où l’auteur apporte des matériaux nouveaux et importants à l’étude du choléra, M. Besnier a publié récemment un très-important travail : Contribution a l'étude des hématocèles péri-utérines, et notamment de l'hématocèle par néo-membranes pelviennes.

Dans ce travail, l’auteur démontre, en s’appuyant sur des preuves cliniques nombreuses et sur des considérations anatomo-pathologiques générales, que les hématocèles communes, celles qui guérissent, et qui diffèrent à tant d’égards dès hématocèles par grossesses extra-utérines, par rupture de l’ovaire, de la trompe, etc., ne sont autres que des pelvi-péritonites devenues accidentellement ou secondairement hémorrhagiques; autrement dit, des pachypéritonites hémorrhagiques analogues aux pachyméningites hémorrhagiques.

Ces affections, comme il le dit, jusque-là bâtardes, oscillant entre les hémorrhagies par diapédèse (reflux du sang par les trompes) et les grossesses extra-utérines, se trouvent ainsi rangées parmi les inflammations des membranes séreuses, et rentrent ainsi dans le cadre ordinaire de la pathologie.

Ajoutons que c’est à la plume de notre confrère que nous devons les Leçons cliniques sur

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? et en le nntmS 6 *!otre,confrère en 1 inscrivant sur la liste de nos futurs titulaires; 2 et en le nommant membre de notre Société.

séaLnce.C°nClUSin0S dU rapp0r‘ 80Dt adoptées’ et le scrulin d’élection est renvoyé à la prochaine

(A suivre.)

Le secrétaire annuel, D‘ J. Kqugoh.

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