Tome XXVII. — Troisième série
deux membres inférieurs, principalement les cuisses) ; respiration suspirieuse et lente; par instants la malade « oublie de respirer. »
A ce moment le doute n’était plus possible. Et cependant l’intelligence et la parole étaient restées parfaitement intactes, et cet état grave ne se trahissait encore que par des phénomènes superficiels, minimes, insignifiants. Bien plus, il parut y avoir une rémission passagère, un temps d’arrêt dans les progrès de la maladie. Mais notre pronostic demeura irrévocable.
L’événement ne tarda pas à lui donner raison de la façon la plus complète. Quelques jours après l’entrée de la malade à l’hôpital, la scène change brusquement, et la dernière phase de la méningite commence avec tout un cortège de symptômes caractéristiques : accélération considérable du pouls, prolapsus de la paupière supérieure gauche, subdélirium. Nous sommes bien loin, vous le voyez, de la lenteur du début : maintenant les accidents se précipitent et amènent en trente heures la terminaison fatale. Il y avait alors six jours que nous observions notre malade, vingt-deux jours qu’elle avait présenté les premiers symptômes de sa méningite.
Chez elle, la première période était passée presque inaperçue : céphalalgie assez modérée; vomissements; pas de constipation ; or, ce sont là, vous le savez, les trois phénomènes initiaux de la méningite. Il semble qu’à la période d’état il ait manqué un grand nombre de symptômes des plus importants. Lisez les travaux récents sur la question. On vous parlera de convulsions générales ou partielles, d’hémiplégie, d’hémianesthésie, et même d’attitude spéciale du corps. Rien de pareil chez notre malade : la seule paralysie que nous ayons constatée, c’est celle du moteur oculaire commun, et quant aux troubles intellectuels, ils n’ont pas été mieux marqués : pas d’aphasie; pas de coma; pas même de délire, si ce n’est à la période terminale. N’allez pas croire que notre cas soit exceptionnel, ou qu’il s’agisse d’une méningite ébauchée, d’une maladie « fruste » dont l’évolution ait été incomplète ou avortée. Ce serait une grave erreur. Les convulsions générales ont manqué; mais elles ne sont pas un symptôme constant ni même fréquent. Pour vous citer des chiffres, M. Dreyfous ne les a notées que 4 fois sur 21 observations personnelles.
Ce que je dis des convulsions générales, je pourrais presque le répéter à propos des convulsions partielles, du mâchonnement, du grincement des dents, de la paralysie faciale, car si vous attendiez la production de ces phénomènes pour vous prononcer, vous risqueriez, dans bien des cas, de ne jamais faire le diagnostic. Bien
« Reçu docteur en médecine en 1821, il fut presque aussitôt chargé de la rédaction de la Nouvelle bibliothèque médicale, dans laquelle il inséra un grand nombre de mémoires originaux et de morceaux de critique qui eurent un certain éclat dans la Presse. Nommé en 1825 secrétaire général de l’Athénée de médecine, il a pu voir, grâce à son zèle, cette compagnie s’élever au plus haut rang des Sociétés savantes qui ont précédé la fondation de l’Académie de médecine. Appelé en 183â, par les suffrages du Corps médical de Paris, à la haute et importante mission de rapporteur de la commission d’organisation médicale , instituée sous la présidence d’Orflla pour éclairer le gouvernement sur les besoins de l’administration de l’enseignement et de la pratique de la médecine, M. Jolly dut être flatté d’un pareil témoignage d’estime et de confiance. Décoré en août 1833, à la suite de travaux d’hygiène sollicités par l’administration en vue de l’assainissement de la ville de Paris, sur la présentation et par le vote du Conseil supérieur de salubrité de la Seine, il est mort officier de la Légion d’honneur.
„ Élu en janvier 1839 membre de l’Académie de médecine (section de thérapeutique et d’histoire naturelle médicale), M. Jolly a pris part aux plus graves discussions soulevées à la tribune de cette assemblée, notamment sur les questions de haute hygiène, de pathologie et de thérapeutique. Il a fait partie de toutes les commissions permanentes de l’Académie, soit comme secrétaire, soit comme président. Comme rapporteur de la commission des épidémies, il a donné l’exemple d’un zèle, d’un talent d’exposition et d’un esprit d’appréciation qui lui ont mérité les plus justes éloges de l’administration elle-même.
« La liste de ses travaux est trop considérable pour que nous la donnions ici; nous dirons seulement que M. Paul Jolly a touché à toutes les questions de l’art de guérir : hygiène et statistique médicale, pathologie médicale et thérapeutique, philosophie médicale, administration et police de la médecine, etc. Il a publié, en outre, un grand nombre de travaux ata-
des méningites suivent leur cours sans frapper ni le nerf masticateur, ni le facial. Dans la thèse récente de M. Dreyfous on trouve étudiées avec soin l’hémianesthésie, l’anesthésie, l’hyperesthésie. Ce sont là des phénomènes exceptionnels, et dont l’absence ne doit pas vous étonner. Vous n’avez pas observé non plus chez notre malade le cri hydrencéphaliquequi serait caractéristique, et sur lequel mon illustre prédécesseur Trousseau a beaucoup et peut-être trop insisté. Chez l’adulte, ce cri est bien rare ; chez l’enfant, c’est un signe variable et incertain : vous observerez tantôt un cri perçant initial, tout à fait exceptionnel, tantôt le cri plaintif prolongé, bien décrit et seul décrit par Coindet, mais qui manquera dans la majorité des cas. La rotation de la tête avec ou sans déviation conjuguée des yeux, certaines attitudes assez bizarres (décubitus latéral dit « en chien de fusil », altitude cérébelleuse, etc.), dont vous trouvez la description dans le travail de M. Dreyfous, tout cela, Messieurs, n’est que rareté, curiosité pathologique, et n’a par conséquent qu’une valeur relative séméiologique.
Car mon but est de vous indiquer et de vous expliquer les seuls signes qui appartiennent à la méningite : c’est de vous présenter le classement des symptômes basé sur la clinique que j’appellerai physiologique, sans compliquer la question de détails ardus, et sans avoir la prétention d’élever un monument complet, achevé.
C’est à Robert Whytt que revient l’honneur d’avoir, le premier, établi un ordre chronologique dans l’étude des symptômes. Il a admis une première période dont la durée, variable de quelques jours à quelques semaines, est caractérisée par une fièvre subaiguë; une deuxième, marquée par la lenteur et l’irrégularité du pouls; et une troisième, remarquable par une accélération considérable du pouls et du cœur.
Telles sont ces trois périodes nettement scindées; à côté de ces modifications si importantes de la circulation viennent se grouper d’autres phénomènes d’un ordre secondaire et dont l’étude ne nous arrêtera pas longtemps. Retenez bien cette division; car, à part la première phase dont l’existence est contestable, les deux autres sont absolument dessinées d’après nature. Vous allez en juger vous-mêmes.
Tous les auteurs décrivent aussi une période prémonitoire quelquefois très-longue, dont les principaux symptômes sont les suivants :
lo Des troubles nutritifs : le malade dépérit; l’amaigrissement est général; mais souvent il respecte le visage.
démiques et littéraires. Toujours et dans les genres les plus divers, il se distingua par la nouveauté des vues, par une rigoureuse exactitude scientifique et des qualités littéraires de premier ordre. Les gens du monde peuvent s’en convaincre en lisant ses derniers livres sur le tabac, l’alcool et l’hygiène morale.
« Comme son illustre ami Cruveilliier, dont la fille avait épousé son fils, mort il y a quelques années vice-président du tribunal civil de la Seine, M. Paul Jolly avait réalisé le vœu d’Hoffmann qui veut que le médecin soit le chrétien, medicus sit chrislianus, et donné un démenti de plus à cette opinion généralement répandue qui fait de la plupart des médecins des athées et des matérialistes. Chrétien fervent et convaincu, M. Jolly était cependant le plus indulgent des hommes pour tous ceux qui ne partageaient pas sa foi; j’en ai eu plusieurs fois la preuve.
« Ai-je besoin de dire que sa charité était sans bornes et que les pauvres étaient ses premiers clients? A Paris, comme dans sa jolie propriété de La Chaussée, sa porte était toujours ouverte aux malheureux, à qui il prodiguait les soins de son art et qu’il aidait de sa bourse, malgré les soins que réclamait de lui une riche et nombreuse clientèle.
« J’en appelle à tous ceux qui l’ont connu : vit-on jamais ami plus sûr, plus fidèle et plus dévoué? Comme je le disais il y a quelques années en parlant de Cruveilhier, c’était un des caractères de M. Paul Jolly de ne s’être pas seulement distingué par l’intelligence, mais aussi par l’exquise délicatesse de ses sentiments. C’était une nature honnête et pure en toutes choses. Il n’est personne qui l’ait approché sans lui rendre cette justice. Dans la vie publique comme dans la vie privée, il était droit, simple et bon, sans effort, par la seule impulsion de son heureuse nature. Ces rares qualités du cœur ne l’abandonnèrent pas à ses derniers moments, cor ullimum moriens; le cœur est le dernier des organes qui meurt, disent les mé-
2° Des modifications du caractère, de l’intelligence, et des forces : l’enfant devient triste, perd son entrain et ses facultés.
Faut-il admettre que ces premiers phénomènes soient dus à la production de granulations tuberculeuses disséminées dans tous les organes? Rien n’est moins prouvé; j’amais l’examen anatomique n’a démontré la corrélation de ces prodromes vagues avec la production de la granulie. J’ajoute que ces symptômes initiaux ne sont pas caractéristiques et qu’ils peuvent manquer. La méningite éclate le plus souvent d’emblée, et d’ailleurs, en présence même des troubles que je viens d’indiquer, il serait bien téméraire d’affirmer l’existence d’une méningite.
Je crois vous avoir démontré que cette série de phénomènes ne constitue qu’une préface de la maladie. Celle-ci commence avec et par les troubles circulatoires ; encore doit-on confondre la première et la deuxième période de Whytt : en effet, la fièvre existe à peine, et le mal se dessine surtout par le ralentissement, qui dure 15 à 20 jours. Pendant tout ce temps il se produit une série de troubles morbides des plus variés qui pourront se multiplier presque à l’infini, mais parmi lesquels il faut signaler le ralentissement de la respiration et les troubles vaso-moteurs : ce sont là les phénomènes les plus importants.
Au bout de 15 à 20 jours s’ouvre la période seconde et terminale. Les battements du cœur s’accélèrent : les différents troubles vaso-moteurs prennent alors le caractère paralytique, et en moins de deux, trois jours, la scène pathologique se termine par la mort.
Ainsi donc, Messieurs, l’observation clinique nous montre la constance et la haute valeur séméiologique de ces troubles de la circulation. Il n’y a pas de méningite sans ce ralentissement plus ou moins considérable du pouls et les modifications de la circulation capillaire. Voilà ce que nous apprend l’étude des malades.
(A suivre dans un prochain numéro.)
decins. Ses yeux à demi voilés par les ombres de la mort, sa main défaillante et glacée me ratlestaient encore à sa dernière heure. »
Après avoir rappelé l’énergie et la sincérité des convictions religieuses de M. Jolly, M. Decaisne ajoute en terminant :
« Ce fut cette morale qui dirigea cette longue existence pure et sans tache, toute d’honneur, de probité, de charité et de dévouement à la science, et qui restera l’exemple de la génération médicale de nos jours, le précieux héritage et le juste orgueil d’une famille entourée de l’estime et du respect publics. »
Dr E. Decaisne.
Les éléphants ennemis de la télégraphie. — D’après un rapport officiel de Sumatra, les communications télégraphiques sont souvent interrompues dans cette île par les éléphants. Pendant les trois années de 1875 à 1878, ce fait s’est reproduit soixante fois, ayant toujours la même cause.'En voici un exemple :
Le 25 mai 1876, la ligne du Mnara-Dura-Lahat a été complètement détruite sur une trèsgrande étendue, et l’on a retrouvé les fils et les poteaux cachés dans des buissons de bambous. Toutes les réparations qu’on a exécutées ensuite le jour ont été régulièrement détruites la nuit, et cela a duré pendant trois nuits'consécutives.
Outre l’hostilité systématique des éléphants, les tigres, qui sont en grand nombre, les ours et les buffles rendent très-difficile et très-dangereuse toute surveillance active sur les lignes télégraphiques, dans les lieux où elles traversent les jungles. Les singes, grands et petits, ont air de considérer les lignes télégraphiques comme n’ayant d’autre but que de servir à leurs exercices gymnastiques ; ils se balancent aux fils et les brisent.
THÉRAPEUTIQUE