‹ L'Union médicaleChapitre 144 sur 176 · LA BIBLIOTHÈQUE DU DOCTEUR MUNARET · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHÈQUE DU DOCTEUR MUNARET

Qui va se vendre les 26 et 27 mai, à 7 heures précises du soir, h la maison Silvestbe, rue des Bons-Enfants, n° 28.

J’ai entre les mains le catalogue de la bibliothèque du docteur Munarel, qui va se vendre prochainement aux enchères dans une des salles de la maison Silvestre, de la rue des Bons- Enfants. Le titre du catalogue dit bien le contenu de cette collection de livres composée patiemment par un homme de goût et de talent. Il annonce, en effet, que cette bibliothèque compte des livres rares et curieux, et rien n’est plus vrai, car elle contient des éditions, difficiles à trouver, des xve et xvi* siècles, d’anciennes éditions lyonnaises portant la signature de Jean de Tournes, qui était le prince des éditeurs de cette studieuse cité, et, de plus, des raretés sur divers sujets bien faites pour faire désirer aux bibliophiles de les obtenir, même à des prix élevés.

La médecine est représentée naturellement par le plus grand nombre de livres. Mais Munaret ne s’est pas départi, dans leur choix, de son goût éclairé pour les bonnes éditions, dont la plupart portent la date de la seconde moitié du xv' siècle ou des commencements du siècle suivant. Je citerai quelques-uns de ces livres, qui se distinguent par leur rareté et par la rédaction piquante de leur titre : Les secrets miracles de nature et divers enseignements de "plusieurs choses, par raison probable et artiste expliqués en deux livres par Levin Lemme, médecin a Lyon ; Jean Frellon; 1566. A la suite .je lis un titre qui est bien fait pour Tome XXVII. — Troisième série. 75

CLINIQUE MÉDICALE

LEUCORRHÉE (<)j

Par le docteur L. Martineau, médecin de l’hôpital de Lourcine.

Séméiologie. — Ayant établi la signification de la leucorrhée et ayant montré que la leucorrhée est toujours symptomatique, qu’elle n’est jamais essentielle, il me reste à en étudier sa séméiologie, car, s’il est vrai que ce symptôme reconnaît toujours pour cause une inflammation de la muqueuse utérine, il est important pour le médecin, de savoir si cette inflammalion est primitive ou consécutive à une lésion néoplasique de l’utérus, à un corps fibreux, à des polypes utérins, à un cancer. 11 est important pour lui de savoir s’il s’agit bien d’une leucorrhée et non d’une fausse leucorrhée, d’un, écoulement blanc résultant soit d’une lésion de la vulve ou du vagin, soit d’une décomposition de débris placentaires, ou de la décomposition de caillots sanguins retenus dans la cavité utérine, soit enfin d’abcès péri-utérins ouverts dans l’utérus, dans le vagin, ou du liquide ovarique évacué par la trompe dans la cavité utérine.

Afin d’élucider ces différents points je vais passer en revue les caractères physiques et chimiques de ce symptôme, car ce sont eux qui me permettront d’établir sa valeur pronostique et qui me conduiront par cela même à poser les indications thérapeutiques que ce symptôme réclame.

Au début de cette étude, j’ai déjà fait connaître les caractères physiques, chimiques et microscopiques de la leucorrhée utérine, je les rappelle succinctement. La leucorrhée est constituée par un mucus tantôt tenace, glutineux, homogène, adhérant aux orifices glandulaires, formant un bouchon qui obstrue l’orifice externe, très-difficile à détacher (mucus du col); tantôt simplement gluant, filant, ressemblant à du blanc d’œuf, se détachant facilement à l’aide du pinceau (mucus du corps); tantôt enfin, et c’est ce qui arrive le plus souvent, possédant des caractères mixtes qui le rapprochent plus ou moins du mucus du col ou du corps, selon la prédominance de l’inflammation sur telle ou telle partie de l’organe. Ce liquide conserve quelquefois sa transparence parfaite, comme on l’observe dans quelques cas de métrite chronique; mais le plus souvent il est uniformément

(1) Suite. — Voir le numéro du 17 mai.

tenter quelque amateur de recueillir l’ouvrage pour sa bibliothèque. Ce tilre, le voici : Le médecin et le chirurgien des pauvres qui enseigne le moyen de guérir les maladies par des remèdes faciles à trouver dans le pays, par un docteur ; Paris, 1672. Un livre d’hygiène de l’année 1606 mérite l’attention par le nom de l’auteur, Joseph Du Chesne, sieur de la Violette, médecin ordinaire du roi, et par une dédicace de l’auteur à Henri de Bourbon, prince de Condé. Voici comment il est intitulé : Le pourctrait de la sanlé, où est au vif représentée la reigle universelle de bien sainement et longuement vivre. Assurément, c’est un des plus anciens et des plus curieux livres d’hygiène écrits en français; la règle, pour durer et bien se porter, y est représentée au vif, c’est-à-dire avec tout l’appareil des indications que pouvaient donner la science et l’expérience de ce temps-là. Un numéro m’a frappé, le numéro lhk. C’est le Recueil des receptes choisies, expérimentées et approuvées par Mme Fouquet ; Villefranche, P. Giransaigne, 1675. Ce livre a appartenu à Charles Nodier, et a été recueilli par M. Yemeniz, de Lyon, dont l’admirable bibliothèque fut vendue il y a quelques années avec l’éclat qui lui était dû pour le choix merveilleux de raretés qu’elle renfermait. Le nom de Mme Fouquet apparaît dans le titre du livre que je viens de citer. Cette dame est la femme du surintendant dont la disgrâce fut un des grands événements du temps. C’était une trèsbonne femme, qui restait étrangère au luxe et aux habitudes mondaines de son mari. Elle avait la passion du bien et des œuvres de charité, et y joignait celle de collectionner des recettes pour en faire jouir ses malades, avantage qui pouvait se rencontrer quelquefois. Les noms de Nodier et de Yemeniz, qui avaient acquis le livre, montrent combien la possession en ét ait estimée.

La collection de Munaret renferme en outre beaucoup de livres de médecine ou traitant de sciences accessoires, voire même de médecine familière ou populaire, portant la marque de

blanc-grisâtre, ou strié de blanc et de jaune. Dans ce dernier cas, les traînées opaques peuvent n’exister qu’à la surface ou sur quelques points ; elles se détachent alors sur le fond, qui reste limpide. Ces traînées opaques, ces stries sont dues à la présence de cellules épithéliales détachées et entraînées par le mucus, ou à la présence de globules de pus sécrété à la surface de la muqueuse utérine. Dans certaines circonstances, il est complètement opaque, blanchâtre ou jaunâtre, plus ou moins purulent, selon le degré et la nature de l’inflammation. Dans quelques cas, même, il est complètement purulent (métrite blennorrhagique) ; il perd alors sa viscosité, il devient plus ou moins fluide. Ce liquide possède une réaction alcaline, une odeur fade quelquefois nauséeuse, putride, surtout lorsqu’il est retenu pendant un certain temps dans la cavité utérine (hydrométrie), qu’il s’y décompose et qu’il en sort mélangé de bulles de gaz. Le liquide leucorrhéique est souvent strié de sang. Aran et M. Gallard considèrent cette striation comme un signe caractéristique de la métrite interne ; ils lui attribuent la même valeui qu’au crachat rouillé de la pneumonie.

Le microscope révèle dans le mucus ainsi altéré des cellules épithéliales cylindriques, à cils vibratiles, ou pavimenteuses selon son origine (corps ou col), mais altérées, déformées, ayant subi une dégénérescence graisseuse; il y révèle, en outre, la présence des corpuscules de pus, des globules de sang. Ces caractères du mucus leucorrhéique utérin altéré par l’inflammation sont souvent reconnaissables à la simple vue. Le mucus utérin parcourt le vagin sans se mêler aux sécrétions vaginales et vient sourdre à la vulve, au niveau de la fourchette, où il est facile à reconnaître et à distinguer des sécrétions vulvaires. Mais, souvent, par suite de son mélange avec le mucus vaginal qui est acide, comme on le sait, le mucus utérin s’altère au contact du liquide vaginal et vulvaire, il perd une partie de ses caractères, mais jamais au point d’en méconnaître la véritable origine. Il suffit, du reste, d’introduire le spéculum, pour retrouver tous les caractères précédents dans le mucus qui sort par l’orifice du col en s’écoulant le plus souvent en nappe sur la lèvre postérieure; ce mucus est quelquefois tellement tenace et adhérent qu’il ne sort même pas lorsqu’on presse le col avec l’extrémité de l’instrument. Cette sécrétion utérine, leucorrhéique, est plus ou moins abondante selon la prédominance de l’inflammation sur le parenchyme ou sur la muqueuse utérine; si l’inflammation prédomine sur le parenchyme, elle est peu abondante ; elle l’est parfois si peu qu’elle passe inaperçue ; toutefois ce fait n’est que passager, parce

la Sphère ou la sigoature des Elzeviers, ces Hollandais habiles dans l’art de l'imprimerie qui nous ont donné des éditions de nos prosateurs dont la supériorité et l’excellence prennent chaque jour un nouveau lustre. Assurément ces livres trouveront des amateurs empressés pour les acquérir. Aujourd’hui ils deviennent si rares! Ceux qui ont de ces exemplaire les gardent soigneusement. Il faut que tout amateur attende la fortune d’une vente pour que son zèle se retrempe et qu’il accoure demander aux enchères le livre qu’il a vainement espéré jusque-là.

Munaret, qui avait le goût des arts aussi marqué que celui de la science, n’avait pas négligé de rassembler dans sa collection les livres à gravures. Il y en a un que j’aurais le désir d’avoir, non pas seulement parce qu’il est rare, c’est sa moindre qualité, mais pour les nombreuses figures qu’il contient. C’est un Horace. En voici le titre : Op. Horatii Flacci emblemata, imaginibus in a? s incisis, notisque illuslrata studio Ottonis Væni; Antverpiæ, offici. Hier. Verdussen, 1607, in à. L’exemplaire renferme 213 figures de la grandeur des pages. C’est à rechercher, c’est tentant. Je ne résiste pas au désir de citer un autre livre qui aura bien son prix; il est intitulé comme suit : Insignium aliquot virorum icônes, imprimé à Lyon par jean de Tournes en 1559; reliure en maroquin vert par Niédrée, ouvrage comprenant 145 portraits de savants. Assurément c’est un beau livre à avoir et qui ferait l’un des joyaux de la richesse d’une grande bibliothèque.

Les noms des imprimeurs d’un livre, comme ceux des hommes qui en ont été successivement les possesseurs, lui font une histoire et lui donnent un prix. Nodier et Yemeniz ont ajouté une plus haute valeur aux livres de leurs bibliothèques. C’est depuis le premier que les Elzeviers ont été plus recherchés, car il avait rassemblé une notable collection d’exemplaires sortis des presses de ces illustres éditeurs. Munaret ajoute par son nom, par sa science, par

que la muqueuse participe toujours, à un moment donné, à l’inflammation du parenchyme; si l’inflammation prédomine sur la muqueuse, la sécrétion leucorrhéique est plus abondante, elle l’est tellement parfois que le liquide utérin remplit ' le vagin et s’échappe par flot de la vulve. Dans ce cas, il détermine l’irritation l’inflammation des muqueuses vaginale et vulvaire (d’où vaginite et vulvite consécutives). La face interne des cuisses est de même irritée, la peau est rouge érythémateuse; les malades éprouvent une cuisson très-désagréable. L’irritation’ ainsi produite sur ces différentes parties par le mucus utérin altéré, suffit souvent pour appeler sur elles une manifestation de la maladie constitutionnelle; c’est ainsi qu’il est assez commun de constater, lorsque la malade est atteinte d’une maladie générale scrofuleuse, arthritique, herpétique ou syphilitique, soit un herpès vulvaire, soit un eczéma, soit enfin une syphilide hypertrophique ulcéreuse

Le plus souvent, la sortie du liquide n’est pas continue; elle est intermittente, et il n’est pas besoin pour cela qu’il existe un rétrécissement des orifices, la viscosité, la ténacité du liquide suffisent pour le retenir dans la cavité utérine, d’où il ne sort que par son propre poids, ou lorsqu’il est chassé par les contractions utérines. Ces contractions utérines qui produisent l’expulsion du liquide de la cavité utérine se traduisent pour la malade par des coliques, des tranchées utérines, quelquefois fort douloureuses ; à ce moment le mucus, chassé de l’utérus, tombe dans le vagin, sur la vulve, et vient mouiller la malade, à un tel point qu’elle croit à l’apparition de ses règles. Ce liquide empèse fortement le linge et forme des taches plus ou moins rondes, peu larges, nullement circonscrites, d’une épaisseur considérable.

La leucorrhée, appréciable par la malade, n’éxiste parfois que pendant les quelques jours qui précèdent et qui suivent l’époque menstruelle ; d’autres fois elle persiste pendant la période intercalaire ; dans ce dernier cas, elle augmente presque toujours aux approches de chaque menstruation ; lorsque cetle-ci est terminée, elle demeure abondante pendant quelques jours encore, puis elle diminue, sans disparaître, pour augmenter de nouveau aux approches de l’époque menstruelle suivante. Cette augmentation de l'écoulement leucorrhéique pendant l'époque menstruelle, pendant les jours qui la précèdent et qui la suivent, est en rapport avec la congestion menstruelle qui, par l’atïïux du sang, apporte toujours un nouvel aliment à l’inflammation utérine, à la métrite. Dans certains cas, les règles ne se produisent pas.; elles sont remplacées par la leucorrhée. Il semble, ainsi que le dit M. Courly,

son goût pour les raretés et le bonheur qui lui a été donné d’y réussir, une valeur plus grande aux livres rares et curieux à plus d’un titre qui forment sa collection. Elle va se vendre, et certainement les acheteurs ne lui manqueront pas.

Dr Éd. Carrière.

Faculté de médecine de Paris. — M. Valmont (Félix-Marie-Louis), né à Barentin (Seine-Inférieure) le 19 mai 1852, docteur en médecine, est nommé préparateur du laboratoire de pharmacologie à la Faculté de médecine de Paris, en remplacement de M. Hardy, démissionnaire.

— M, de Beurmann (Charles-Lucien), né à Strasbourg le 12 juin 1851, est nommé chef du laboratoire de clinique médicale à l’hôpital de La Pitié (emploi nouveau).

— M, Guignard (Jean-Louis-Léon), né à Mont-sous- Yaudrey (Jura) le 13 avril 1852, est nommé chef des travaux chimiques du laboratoire de clinique médicale. à l’hôpital delà Pitié (emploi nouveau).

Faculté de médecine de Lyon. — M. Hortolès est nommé préparateur d’anatomie générale à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lyon, en remplacement de M. Bard, démissionnaire.

M. Jacquin (César-Antoine-Adrien), né à Saint-Julien (Jura) le 15 décembre 1850, pharmacien de première classe, est nommé chef des travaux chimiques du laboratoire de clinique médicale à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lyon, en remplacement de M. Cazeneuve, appelé à d’autres fonctions.

que la fluxion périodique de cet organe soit insuffisante pour arriver jusqu’à l’hémorrhagie; elle aboutit à un simple flux muqueux, séro-muqueux, muco-sanguinolent ou muco-purulent, qui lui donne satisfaction. » Tyler Smith regarde alors la leucorrhée comme suppléant la sécrétion mensuelle. Cette opinion n’est pas juste. L’inflammation utérine qui a produit une cessation des règles, produit et augmente par cela même la sécrétion leucorrhéique. Ces cas s’observent surtout dans la métrite scrofuleuse, dans la métrite chlorotique, chez les jeunes filles et chez les femmes non déflorées.

La leucorrhée utérine se présente dans deux circonstances bien différentes: tantôt elle apparaît dans le cours d’une métrite aiguë, subaiguë, tantôt elle se montre dans le cours de la métrite chronique. Il n’est donc pas étonnant qu’on observe, en même temps que ce symptôme, ceux qui indiquent l’apparifion et l’existence de ces formes anatomiques de la métrite. En effet, dans le premier cas, on constate les douleurs hypogastriques, lombaires et pelviennes, la pesanteur pelvienne, la chaleur hypogastrique ou vaginale, les troubles de la menstruation, dysménorrhée, aménorrhée ou métrorrhagie, les troubles sympathiques divers et variés, troubles digestifs, nerveux, nutritifs, qui caractérisent la métrite aiguë ou subaiguë. De plus, le toucher vaginal et l’examen au spéculum révèlent les lésions anatomiques de cette forme de la métrite aiguë ou subaiguë. Dans le second cas, c’est-à-dire dans la métrite chronique, les symptômes, ainsi que je l’ai dit, sont parfois tellement atténués, tellement effacés, qu’ils passent pour ainsi dire inaperçus de la malade; la leucorrhée seule existe. C’est à peine si ce flux pathologique s’accompagne d’une légère douleur hypogastrique et lombaire, d’une légère pesanteur pelvienne. On observe ces faits notamment chez l’enfant, chez la jeune fille, avant l’instauration menstruelle; on peut les observer aussi chez la femme vierge et déflorée, comme chez celle qui a eu plusieurs enfants. De cette absence de tout symptôme douloureux, il résulte que les parents ne se préoccupent nullement de ce symptôme, qu’ils le regardent comme normal ou a peu près, et qu’ils s’en remettent au temps ou à la première menstruation pour guérir ce phénomène morbide qu’ils désignent sous le nom d e pdles couleurs. La femme menstruée, déflorée, ne porte pas à la présence de ce phénomène une plus grande attention; elle espère qu’il n’en résultera aucune maladie; aussi reste-t-elle souvent pendant de longues années sans en parler à son médecin. La femme mariée, comme les parents, est du reste malheureusement entretenue dans cette funeste erreur par les médecins eux-mêmes qui, n’attachant aucune importance à la leucorrhée, l’ont considérée à tort, jusqu’à ce jour, comme n’ayant, la plupart du temps, aucune valeur séméiologique. J’espère qu’il n’en sera plus ainsi; car, si les médecins veulent bien observer ce qui se passe en pareil cas, ils verront, ainsi que je l’observe constamment, l’instauration menstruelle chez la jeuue fille, les rapports sexuels, la grossesse chez la femme, augmenter la leucorrhée, de nouveaux phénomènes morbides apparaître, indiquant une nouvelle poussée inflammatoire qui se traduit par les symptôme^ ordinaires de la métrite. Donc ces fonctions physiologiques qui devaient produire la guérison, n’ont fait qu’aggraver l’affection qui, existant pour ainsi dire à l’état latent, ne se révélait que par un seul symptôme, la leucorrhée. Que de fois n’ai-je pas vu de jeunes femmes, après le mariage, être considérées comme atteintes d’une métrite récente, alors que celle-ci existait depuis plusieurs années, s’étant déclarée soit au moment de l’instauration menstruelle, soit avant!

Si ces faits, surtout chez les enfants, chez les jeunes filles, sont l’occasion de nombreuses méprises, c’est que, avant l’instauration, les phénomènes sympathiques qui accompagnent ordinairement la métrite, tels que l'affaiblissement des forces, les troubles digestifs, le faciès particulier, les yeux excavés, la pâleur des tissus, la décoloration des muqueuses, au lieu d’être attribués à la métrite, se révélant par la leucorrhée, sont considérés comme étant le résultat de cet écoulement blanc ou de mauvaises habitudes. Que le médecin ne s’arrête pas à une observation superficielle ; qu’il examine les organes génitaux externes, qu’il se rende un

compte exact du liquide qui baigne ces organes, et il verra que ce liquide provient de la matrice; il constatera que celle-ci est tuméfiée, douloureuse à la pression abdominale, et il saura dès lors à quoi rapporter les phénomènes sympathiques ; il ne se contentera plus de ces quelques mots : Ce n’est rien; l’enfant a les pâles couleurs; il faut lui donner des toniques. Le diagnostic de la cause étant fait, il prescrira un traitement approprié qui ne tardera pas à faire disparaître le symptôme et les accidents, l’affection originelle étant guérie.

Après l’instauration, la difficulté ne sera plus aüssi grande; les troubles menstruels, survenant à chaque époque ou à des époques éloignées, appelleront l’attention des parents et celle du médecin, qui, prévenu, ne considérera pas ces troubles aménorrhéiques ou dysménorrhéiques , cette leucorrhée, ces troubles sympathiques, comme le résultat de la chlorose, mais bien comme étant le fait d’une métrite, dont il constatera l’existence par l’analyse des symptômes, par la recherche de leur évolution , par l’examen de la malade en pratiquant le palper abdominal, le toucher rectal qui lui permettra de constater l’état de l’utérus, et surtout la présence de l’adéno-lymphile caractéristique, on le sait, de la métrite.

Chez la femme déflorée, la présence de ce symptôme doit de même éveiller l’attention du médecin et nécessiter de sa part une intervention active ; il doit solliciter un examen alors que la malade n’accuserait aucun autre phénomène morbide. En effet, il constatera une lésion utérine soit au début, soit en voie de progression, se traduisant par un ensemble d’altérations caractéristiques de la métrite, affection qui, dans ce cas, évolue silencieusement, et cela parfois pendant de longues années, jusqu’au moment où une explosion soudaine se produit par le fait d’une cause traumatique ou purement physiologique.

Dans tous ces cas, que se passe-t-il, en effet? L’explication est facile à donner, au début, chez l’enfant; chez la jeune fille, l’affection utérine, qui est toujours dans ce cas la manifestation d’une maladie constitutionnelle, était légère, bornée à la muqueuse utérine; elle se traduisait par un seul symptôme, l’altération de la sécrétion utérine, la leucorrhée; mais, sous l’influence de la congestion menstruelle produite par l’apparition des règles; ou bien, sous l’influence des premiers rapports sexuels, de la grossesse, de l’accouchement; quelquefois sous l’influence d’une cause occasionnelle, telle qu’un refroidissement, des manœuvres illicites, fréquentes, répétées, l’affection utérine a reçu un coup de fouet. L’inflammation, d’abord bornée à l’appareil glandulaire, s’est propagée à toute la muqueuse, au parenchyme, sans bruit, sans secousses, ne se révélant que par des phénomènes sympathiques qui seuls appellent l’attention de la malade et du médecin, et lui font méconnaître leur véritable origine. Ce n’est que plus tard qu’il est frappé de leur persistance, qu’il cherche si l’utérus n’est pas altéré, et il constate une métrite qu’il croit à son début, alors que les altérations de la muqueuse, du parenchyme, indiquent une affection des plus anciennes. En effet, cette inflammation a produit des altérations anatomiques variables, telles que des granulations, des fongosités à la surface de la muqueuse, un rétrécissement des orifices, altérations qui se traduisent par de la dysménorrhée, de la ménorrhagie , quelquefois par la stérilité. C’est principalement avec l’hystéromètre qu’il peut se rendre un compte exact des lésions existantes, de leur ancienneté.

La marche de la leucorrhée est celle de l’inflammation utérine, dont elle n’est qu’un symptôme. Elle dure ce que dure cette inflammation; elle disparaît avec elle. Tant que la leucorrhée persiste, l’inflammation persiste, l’affection utérine n’est pas guérie. C’est pour avoir méconnu cette vérité que le médecin constate tant de récidives; il considère comme guéries les malades chez lesquelles il ne reste plus qu’une leucorrhée légère; la malade ne suit aucun traitement, l’affection ne tarde pas à reparaître; celle-ci n’est guérie que si la leucorrhée a complètement cessé. Je ne saurais donc partager l’opinion de M. Courty, qui prétend que la leucorrhée survit quelquefois longtemps à l’inflammation utérine. Cet auteur admet, en effet, que, pas plus que la suppuration, les granulations, ce flux ne doit être alors regarde comme un symptôme de l’affection utérine, mais bien comme une

véritable maladie nécessitant un traitement particulier. Pour moi, je le répète, la leucorrhée, ainsi que l’ulcération, les granulations utérines, ne constituent jamais une entité morbide; ces lésions, comme ce phénomène morbide, ne sont que des manifestations de l’inflammation utérine. A la fin, comme au début de cette inflammation, îa leucorrhée n’est qu’un symptôme, et, tant qu’elle persiste, elle révèle que cette inflammation n’a pas cédé. Pour se convaincre de la vérité de ce fait, il suffit d’ailleurs de cesser le traitement pour voir une rechute se produire, et ramener tous les symptômes douloureux du début.

En outre, il faut savoir que la marche de la leucorrhée n’est pas uniforme; il faut savoir que ce symptôme affecte dans ses allures de grandes variations. Ainsi, au lieu de persister indéfiniment et de ne disparaître que peu à peu , la leucorrhée peut, à un moment donné, disparaître subitement, pour se montrer de nouveau quelques jours, quelques mois après. Il s’agit alors d’une affection constitutionnelle et d’une de ces alternances si fréquentes dans les manifestations locales des maladies constitutionnelles, qui se produisent successivement sur les différentes parties de l’économie, la peau, les muqueuses, les différents organes, et se remplacent les unes les autres. Dans ce cas, on voit disparaître et reparaître avec la leucorrhée tous les symptômes douloureux de l’affection utérine.

(La suite à un ■prochain numéro.)

BIBLIOTHÈQUE

LEÇONS DE PHYSIOLOGIE OPÉRATOIRE, par Claude Bernard.

J. -B. Baillière et fils, éditeurs.

Le regretté maître du Collège de France eut souvent l’occasion d’insister sur ce qu’on peut appeler la technique physiologique. Il était rare qu’il ne commençât pas ses cours par une leçon consacrée aux principes généraux de la méthode selon les règles de laquelle il savait si bien se conduire. Et, au cours de ses leçons, il profitait souvent des nombreuses occasions qu’il rencontrait d’exposer, avec les principes généraux de la science physiologique, les procédés de recherche et les moyens d’expérience qu’il savait si ingénieusement découvrir et si habilement mettre en œuvre.

Mais Cl. Bernard voulait faire plus et mieux. Il avait conçu le plan d’un ouvrage dogmatique de physiologie opératoire; et M. d’Arsonval, son préparateur, a retrouvé dans ses notes le plan et les éléments de cet ouvrage. Le plan était résumé par lui dans les lignes suivantes :

« La première partie renfermera les procédés opératoires pour arriver à la localisation des divers phénomènes de l’organisme. Ici, le cadre du sujet sera essentiellement anatomique : ce sera de la physiologie descriptive. Je donnerai des types d’expérience dans lesquels seront exposés les principes du déterminisme expérimental.

« La deuxième partie comprendra les moyens d’étude propres à rechercher l’explication des phénomènes. Ici, le cadre ne sera plus anatomique à proprement parler; il s’agira des propriétés des éléments et des liquides organiques, des phénomènes physico-chimiques de l’organisme dans lesquels l’anatomie ne dit ordinairement rien.

« La troisième partie comprendra les études relatives à l’expérimentation pathologique et thérapeutique ou toxicologique. »

Ce plan trop vaste, puisqu’il comprendrait la physiologie tout entière, n’est pas celui qui a été adopté dans le volume que nous présentons aujourd’hui. Après une préface dans laquelle M. Mathias Duval nous présente l’œuvre de son maître, vient une introduction, due au maître lui-même, sur l'expérimentation et sur les bases de la critique expérimentale.

La première partie du livre est une entrée en matière relative à la physiologie opératoire et aux vivisections en général. La seconde, pénétrant davantage dans le détail des opérations physiologiques, traite de la préhension des animaux et des moyens de contention qu’on peut leur appliquer pour opérer avec sécurité et conclure avec certitude ; l’auteur y passe, en une revue fort intéressante, les instruments et les appareils usités dans les opérations qui sont d’un usage général dans les vivisections.

Ces deux premières parties de l’ouvrage constituent bien, à proprement parler, la technique de la physiologie expérimentale générale. Ceux qui ont yu opérer de ses mains l’habile professeur, y retrouveront avec plaisir la description des ingénieuses expériences qu’il se plaisait à répéter sous les yeux de ses élèves; ceux qui n’ont pas eu la bonne fortune d’assister à cet

intéressant spectacle, pourront, à cette lecture, s’en faire quelque idée. Et cela, d’autant mien* que de nombreuses planches, dessinées pour la plupart sur la demande du maître et avec 80n contrôle, reproduisent les particularités les plus intéressantes et les plus délicates de l'expérimentation.

Peut-être s’étonnera-t-on de la minutie apparente avec laquelle Cl. Bernard s’attache à de menus détails, tels que ceux de la confection d’une muselière, de l’adaptation des liens qui doivent, en maintenant le sujet, mettre l’expérimentateur à l’abri de ses tentatives de fuite ou de révolte. Mais ceux-là qui ont cultivé quelque peu ce genre de travail, savent quelles difficultés se rencontrent dans l’expérimentation pratiquée sur les animaux vivants, et ils se félil citeront de connaître les moyens aussi simples qu’ingénieux employés par le maître pour satisfaire à cette double indication.

Cet intérêt s’accroît tout naturellement quand, des moyens de contention mécanique, l’auteur passe aux moyens que l’on peut appeler physiologiques, à proprement parler, les’ alcaloïdes de l’opium, le chloral, les anesthésiques et surtout le curare, dont il a su tirer un si heureux parti.

Une étude sur les autopsies physiologiques, sur les moyens de sacrifier les animaux en expérience, soit par les injections d’air dans les veines, soit par la section du bulbe, soit par l’intervention de l’acide prussique, en même temps qu’une étude approfondie de la respiration artificielle, terminent bien cette seconde partie du livre.

La troisième partie est consacrée à l’étude de la physiologie opératoire de l’appareil circulatoire sanguin et lymphatique. Le système capillaire est loin d’être oublié dans ce chapitre, qui se termine par une remarquable analyse des effets produits par l’absorption des poisons et une heureuse application de ces données à l’analyse physiologique des fonctions élémentaires de la circulation dans ses divers départements.

Enfin, une quatrième partie est consacrée à la physiologie opératoire de l’appareil digestif, et, en particulier, des glandes qui sont annexées à cet appareil. U est inutile de rappeler ici quels travaux nous devons à Cl. Bernad sur la composition de la salive, soit de la salive mixte, soit de chacune des salives émanées des groupes glandulaires qui environnent la mâchoire et sur l’innervation de ces glandes ; ses recherches sur les sécrétions de l’estomac et celles du pancréas et du foie, recherches qui ont eu tant de retentissement.

Sans doute, ces recherches ne sont pas ici exposées en détail, et on ne saurait trouver en ce lieu un exposé complet de ces questions. Elles y sont résumées cependant. Mais ce qui donne à la lecture de ce livre un attrait spécial, c’est l’exposé du manuel opératoire des expériences que l’auteur a dû concevoir et exécuter pour arriver aux solutions que nous possédons aujourd’hui de ces problèmes. Il y a là un luxe de détails dans lesquels je ne saurais entrer, mais dont on peut recommander la lecture à beaucoup de titres.

U est telle de ces expériences dont l’exposé tout entier équivaut à la meilleure des œuvres d’imagination, pour l’intérêt qu’on prend en le lisant. La position nette et précise du problème à résoudre; la séparation des éléments en lesquels la question peut se diviser ; l’attaque successive de ces éléments au moyen des procédés opératoires ; la constatation des résultats et leur contrôle par la contre-expérience ; l’enregistrement de ces faits et leur appréciation successive; puis enfin la réunion de ces éléments en l’unité d’une appréciation commune, tel est l’enchaînement que nous voyons le plus souvent se dérouler sous nos yeux, ravis à la fois par une méthode si ingénieuse et par des résultats si féconds.

Tel est le volume qui complète heureusement ceux que nous a laissés le grand physiologiste et auxquels, hélas! il n’ajoutera plus rien. Avec M. Duval, nous pensons que, si ce volume n’ajoute pas à la gloire de Cl. Bernard, du moins il contribuera à propager les principes de critique et de discipline expérimentale qu’il savait si bien appliquer, et qu’il se proposait d’enseigner au moins autant, sinon plus, que ses nombreuses découvertes. C’est à ce titre surtou qu’il doit rendre de véritables services. A. Ferrand.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

ACADÉMIE DE MÉDECINE

Séance du 20 mai 1879. — Présidence de M. Richet.

CORRESPONDANCE OFFICIELLE

M. le ministre de l’intérieur informe l’Académie que, par décision en date du 12 de ce mois, il a mis, ainsi que ses prédécesseurs, à sa disposition, la somme de 2,000 francs, dont le montant devra être employé à des récompenses à décerner aux auteurs des meilleurs mémoires sur la mortalité des enfants du premier âge.

M. le ministre de l’agriculture et du commerce transmet :

1* Les comptes rendus des maladies épidémiques observées dans les départements de l’Orne, de l’Ardèche, du Lot,. de la Nièvre, de la Corse, de la Dordogne, du Cher, de la Vendée, de l’Isère, des Landes et de la Haute-Saône. (Com. des épidémies.)

2“ Le compte rendu de M. le médecin-inspecteur des eaux minérales de Gréoulx pour ’année 1877. (Com. des eaux minérales.)

La correspondance non officielle comprend :

1° Une lettre de Mme veuve Michel Lévy, accompagnant l’envoi d’un exemplaire de la sixième édition du Traité d’hyyïene de son mari.

2° Une note de M. le docteur Ônimus, sur les différences de contractilité électro-musculaire dans les paralysies faciales de cause périphérique et de cause centrale.

3° M. E. Labbé adresse, au nom de M. le docteur Luton (de Reims) et au sien, deux brochures Sur V Avenir des Écoles préparatoires de médecine.

h° Une lettre de M. le docteur Vallin, professeur d’hygiène au Val-de-GrâCe , qui se porte candidat à la place vacante dans la section d’hygiène et de médecine légale.

M. Bergeron présente, au nom de M. le docteur Lunier, une brochure sur la Réunion du Congres international relatif à l'alcoolisme. Cette brochure est renvoyée à l’examen de la section d’hygiène et de médecine légale, constituée en commission d’élection.

M. le Président annonce la mort de M. Paul Jolly, décédé à l’âge de 90 ans. Les obsèques de ce membre vénéré et universellement aimé, ont eu lieu à Saint-Thomas-d’Aquin, au milieu d’un nombreux concours de ses collègues.

M. Jules Guérin s’exprime ainsi :

« J’ai l’honneur d’offrir à l’Académie un travail que je viens de publier sous le titre d 'Étude sur l’intoxication purulente. C’est la reproduction des communications que j’ai faites dans la discussion de 1871 et 1872, précédée d’une introduction où j’ai cherché à faire ressortir le caractère particulier de cette étude.

Quoique inspirée par les circonstances où elle est née, et en vue de concourir à l’élucidation des questions de pathologie et de thérapeutique chirurgicales soulevées par la discussion, cette étude a eu un autre but, celui de soumettre le grand fait de l’intoxication purulente à la méthode étiologique.

Prendre le pus à son origine, le suivre dans son évolution, dans ses diverses transformations, à tous les degrés de son altération, depuis sa première atteinte par l’air, jusqu’à sa putréfaction la plus complète et la plus avancée; mettre en regard de toutes ces phases, de toutes ces modalités, de son altération : d’üne part, les influences successives qui les déterminent; d’autre part, les symptômes par lesquels elles sont annoncées et exprimées, tel est le problème d’étiologie analytique que je me suis proposé de résoudre.

J’ai espéré, par cette investigation, pouvoir classer en série régulière et méthodique une foule de faits dont les uns n’avaient pas été aperçus, les autres avaient été considérés contradictoirement comme le résultat de causes différentes, alors qu’ils ne sont que des effets différents d’une même cause diversifiée.

Pour rendre cette étude aussi utile à l’art qu’à la science, j’ai cherché à déterminer parallèlement aux indications fournies par l’analyse étiologique, les méthodes et moyens thérapeutiques que ces indications réclament.

J’ajouterai, en terminant, que l’évolution sériale de l’intoxication purulente a, en outre, pour résultat de mettre en évidence tous les faits qu’il incombe aux nouvelles théories de la septicémie purulente de considérer et d’expliquer. Cette tâche, déjà commencée pour certains ordres de faits particuliers de purulence septique, doit se généraliser et étendre d’autant le champ de la critique sérieuse à opposer aux artifices si séduisants de la théorie des germes. »

M. Depàul présente une observation de M. le docteur Bailly, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, intitulée : Bassin rachitique de 6 centimètres; enfant mort ; opération césarienne ; guérison.

Le sujet de l’observation est une femme B..., âgée de 27 ans, brune, d’une bonne santé habituelle, résidant depuis deux ans à Montmorency (Seine-et-Oise). Elle présente une brièveté remarquable de la taille (t mètre 20 centimètres), causée par un rachitisme ancien, qui s’accuse par l’élargissement du crâne, par une courbure prononcée à convexité antéro-interne des tibias, par l’arqûre exagérée et le peu de longueur des fémurs, etc.

Cette femme n’a marché qu’à dix ans; son bassin, composé, comme le reste du squelette d’os incomplètement développés et déformés par le poids du corps et par l’action musculaire’ mesure 6 centimètres au plus dans son diamètre sacro-pubien. Malgré ce rétrécissement con’ sidérable du canal pelvien, la femme B... est accouchée, il y a quatre ans, spontanément et à terme après quatre jours de travail, fait assurément surprenant qu’on ne peut s’expliquer que par la putréfaction du fœtus et par la dislocation préalable des os de son bassin et de sa tète.

Devenue de nouveau enceinte en 1878, cette femme se trouve arrivée au terme de sa grossesse au commencement de mars 1879, et ressent les premières douleurs de l’accouchement le 6 de ce mois, à trois heures du matin. M. Bailly est appelé le lendemain, 7 mars à trois heures du soir, par M. le docteur Legendre et par Mme Laurent, sage-femme à Montmorency. A son arrivée, il constate l’état suivant : travail actif durant depuis trente-six heures, et, depuis dix heures, rupture spontanée des membranes et perte du liquide amniotique, contractions expulsives revenant régulièrement toutes les cinq ou six minutes; col de l’utérus revenir sur lui-même et fermé; partie fœtale inaccessible au doigt. La fatigue éprouvée par la parturiente exigeant une prompte terminaison de l’accouchement, et, d’un autre côté l’étroitesse considérable du bassin, ainsi que l’occlusion actuelle du corps de l’utérus lui laissant peu de chance de pouvoir extraire le fœtus par les voies naturelles, M. Bailly se décida à pratiquer la gastro-hystérotomie. L’enfant était mort, et c’est uniquement dans l’intérêt de la mère que fut choisi ce mode d’intervention.

L’opération fut simple ; la matrice, une fois vidée, se rétracta avec force, et la malade perdit 150 grammes au plus de sang, tant pendant l’incision de l’utérus que pendant le décollement du placenta. Aucun vaisseau ne fut lié, aucune suture ne fut faite sur la matrice. La plaie de l’abdomen fut réunie par huit points de suture entortillée.

Des vomissements opiniâtres survinrent pendant les deux premiers jours; M. le docteur Legendre les calma par l’application, sur l’abdomen, de vessies contenant de la glace et de l’eau. A partir de ce moment, le rétablissement ne fut plus troublé que par un œdème douloureux qui se déclara, le 25 mars, dans le membre crural gauche, et disparut complètement au bout d’un mois. Le 28 avril 1879, cinquante-deux jours après l’opération, les règles reparurent et coulèrent régulièrement pendant trois jours, comme d’habitude. Aujourd’hui, 12 mai, la femme B... est complètement rétablie.

M. Depaul la présente à ses collègues de l’Académie, et ajoute que le résultat fait le plus grand honneur à l'habileté de M. Bailly.

M. Luys termine la lecture de son mémoire relatif au dédoublement des fonctions cérébrales. — Voici le résumé de la deuxième partie de cet important travail :

« 5“ Dans le domaine de la pathologie mentale, ces aptitudes naturelles à l’activité autonomique de chaque lobe cérébral sont susceptibles de se révéler avec un grand caractère d’énergie.

Chez les aliénés, l’écart en poids entre la masse des lobes cérébraux est beaucoup plus grand que normalement. La déséquilibration entre chacun d’eux est beaucoup plus accentuée. C’est le lobe droit qui, dans ces cas, absorbe à lui seul l’activité trophique. L’écart, au lieu d’être de 7 grammes, s’élève quelquefois jusqu’à 25 à 30 grammes (sans lésion destructive).

Chez certains aliénés, les hallucinés lucides , les hypochondriaques lucides, la coexistence de la lucidité et du délire peut trouver son explication rationnelle dans l’intégrité d’un lobe cérébral et l’hypertrophie morbide de certaines régions du lobe opposé. Dans un certain nombre de cas semblables, nous avons constaté que le travail morbide était unilatéral et manifesté par une saillie insolite du lobe paracentral.

Ces faits semblent donc démontrer la possibilité de la coexistence de l’hallucination et de la lucidité.

6* En dehors des cas que nous venons de signaler, il existe encore un grand nombre d’états psychopathiques, les impulsions, les aliénations avec conscience, chez lesquels les troubles morbides ne peuvent avoir d’autre explication rationnelle et véritablement physiologique qu’une désharmonie passagère survenue entre les deux lobes cérébraux, dont l’un fonctionne d’une façon irrégulière, alors que son congénère est dans les conditions normales.

7° Au point de vue du pronostic de la maladie mentale, la survivance de la lucidité et sa persistance étant bien constatées, on peut en déduire des données d’une certaine importance, çar ce symptôme impliquerait l’intégrité persistante d’un lobe seulement avec toutes ses aptitudes dynamiques ; et réciproquement, l’absence de la lucidité constatée d’une façon précise impliquerait l'envahissement simultané et parallèle des deux lobes cérébraux. On sait, en effet, que a plupart des hallucinés, qui, au début, sont lucides pendant un certain temps, finissent

par cesser de l’être, et qu’au bout de plusieurs années, par l’évolution naturelle du processus morbide, ils finissent par être complètement oblitérés pour les incitations du dehors, et plus ou moins privés de la compréhension de ce qui se passe autour d’eux. Dans les cas de ce genre, les lésions portent également sur les deux hémisphères, et c’est la démence qui se révèle avec ses caractères d’incurabilité absolue.

8* La théorie, en un mot, du dédoublement de l’activité cérébrale peut donner une explication rationnelle à certains phénomènes morbides des psychoses qui, jusqu’à présent, sont restés dans l’ombre, faute de données suffisantes destinées à les mettre en saillie. »

— La séance est levée à quatre heures et demie.

FORMULAIRE

Traitement de la kératite ponctuée. — ■ Gàyet.

La kératite ponctuée s’observant habituellement chez des sujels affaiblis, on tâcha de relever les forces du malade par tous les moyens possibles. On instille quelques gouttes d’un collyre d’atropine pour dilater la pupille, et on fait des frictions mercurielles belladonées autour de l’orbite. Si on soupçonne la syphilis, on administre l’iodure de potassium. — Dans un cas très-grave, compliqué d’altération du corps vitré, l’auteur a employé avec succès un courant continu fourni par une pile de Trouvé, de quatre éléments. Les réophores furent appliqués sur les tempes toutes les nuits, pendant un mois, et, au bout de ce temps, l’humeur vitrée avait repris sa transparence, en même temps que le pointillé avait diminué.

Epliémérides médicales. — 22 Mai 1537.

Rabelais est reçu docteur en médecine à Montpellier. Témoin irrécusable cette déclaration écrite par Rabelais lui-même :

Ego, Franciscus Rabelesus, diocesis Turonensis, suscepi gradum doctoratus sub D. Antonio Gryphio in preclara medicine Facultato die vigesima secunda mensis maii anno Domini millesimo quingentesimo trigesimo septimo. — Rabelesus. A. Ch.

COURRIER

Nécrologie. — Nous apprenons la mort regrettable de M. le docteur Boudant, professeur d’anatomie à l’École de médecine de Clermont-Ferrand, médecin-inspecteur adjoint aux eaux du Mont-Dore. Boudant était un homme de valeur; en le perdant, le Corps médical du Puyde-Dôme et le Mont-Dore font une perle sensible. Arrivé à l’internat dans un rang élevé — le deuxième — en 1828, il a été un des internes les plus distingués des hôpitaux de Paris. Pendant de nombreuses années, il a exercé la médecine avec distinction à Gannat, dans l’Ailier, et avait conquis, dans toute cette région, une notoriété extrêmement honorable. Une chaire qui lui fut offerte à l’École de médecine de Clermont-Ferrand, il y a un peu plus de vingt ans, le décida à quitter le théâtre de ses succès, pour venir habiter Clermont. Quelque temps après, le Comité consultatif d’hygiène de France le porta en première ligne pour le titre de médecininspecteur adjoint de l’établissement thermal du Mont-Dore. Mais M. Rouher, qui était alors ministre, ne tenant pas compte des titres très-sérieux qui avaient motivé le vote du Comité, nomma autoritairement à sa place un vieillard d’ailleurs fort respectable. Ce ministre avait usé des mêmes procédés à l’égard du médecin-inspecteur titulaire. Ce n’est qu’après la chute de l’empire que le verdict du Comité consultatif a reçu enfin son exécution. Boudant a exercé au Mont-Dore pendant une vingtaine d’années, d’abord comme médecin consultant libre, puis comme inspecteur adjoint. Sa pratique éclairée et habile et ses nombreux écrits sur la station montdorienne ont beaucoup contribué à donner à celte station la notoriété qu’elle a obtenue dans ces dernières années. A la suite de fatigues, et sous l’influence de l’affreuse saison qui nous éprouve cette année. Boudant a été brusquement et cruellement enlevé à sa famille et à ses amis par une congestion pulmonaire aiguë. — G. Richelot, inspecteur titulaire.

Faculté de médecine de Nancy. — M. Gley (Marcel-Eugène-Emile), néàÉpinal (Vosges) le 16 janvier 1857, est nommé aide de physiologie à la Faculté de médecine de Nancy, en remplacement de M. Cadiot, démissionnaire.

Faculté de médecine de Montpellier. — M. Bloc (Charles-Paul-Louis-Eugène), né à Toulouse le 15 février 1845, docteur en médecine, est institué chef de clinique chirurgicale à

la Faculté de médecine de Montpellier, en remplacement de M. Chalot, appelé à d’autre fonctions.

— M. Castan (Alfred), né à Montpellier le h septembre 1835, agrégé près la Faculté de médecine de Montpellier,' est nommé professeur de pathologie interne à ladite Faculté.

— M. Ville, préparateur de chimie à la Faculté de médecine de Montpellier, est délégué jusqu’à la fin de l’année scolaire 1878-79, dans les fonctions de chef des travaux pratiques de physique et de chimie à ladite Faculté, en remplacement de M. de Girard, appelé à d’autres fonctions.

M. Cafrawy-Kamil, né au Caire (Égypte) le 1" janvier 1856, est délégué, jusqu’à la fin de l’année scolaire 1878-79, dans les fonctions de préparateur de chimie à la Faculté de médecine de Montpellier, en remplacement de M. Ville, chargé provisoirement d’autres fonctions.

Faculté de médecine de Lille. — M. Kelsch, docteur en médecine, est nommé professeur d’anatomie pathologique et d’histologie à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lille,

Asile de nuit pour pemmes et enfants. — L’inauguration de l’asile de nuit pour femmes et enfants, établi rue Saint-Jacques, 253 et 256, a eu lieu mardi 20 mai courant, à trois heures précises.

Distinctions honorifiques. — Par arrêté de M. le ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, MM. lé docteur Lacassagne, le docteur Napias, le docteur Dubuisson, le docteur Thévenot et A.-J. Martin, viennent d’être nommés officiers d’ Académie, en raison de la part qu’ils ont prise à l’organisation du Congrès international d’hygiène de Paris, en 1878.

La peste. — En présence des nouvelles satisfaisantes reçues de la Russie, M. Albert Grévy, gouverneur général civil de l’Algérie, vient de décider la suppression, sur tout le littoral algérien, de la quarantaine d’observation qui était encore imposée aux arrivages des ports russes de la mer Noire et de la mer d’Azoff.

La Revue d’hygi'ene, qui puise ses informations à une source autorisée, nous apprend que la mission de M. le docteur Zuber, envoyé dans la province d’ Astrakan par le gouvernement français, touche très-probablement à son terme.

Il ne restera bientôt plus de l’épidémie d’Astrakan que la preuve qu'une épidémie de peste peut être arrêtée dans sa marche et promptement éteinte dans son foyer, lorsqu’on applique énergiquement les mesures d’isolement et de désinfection.

Quarantaine. •— On télégraphie d’Astrakan à la Voix, en date du 13 mai :

« Par ordre du gouverneur, une quarantaine a été ouverte aujourd’hui sur le bord de la mer, à l’endroit oû l’on opère le transbordement des marchandises amenées par mer sur les bateaux destinés à remonter le* fleuve.

« Tous les navires venant des ports de la Perse seront soumis à une observation de trois jours, et leur équipage, ainsi que les voyageurs, devront subir un examen médical.

« Le gouverneur a défendu, en outre, l’importation des chiffons et des vieux habits de tout genre provenant des ports de la mer Caspienne.

« Il n’y a plus eu de cas de typhus celte semaine. L’état sanitaire de la ville est satisfaisant. »

Société de médecine de Paris. — Séance du samedi 2 h mai 1879 (local de la Société de chirurgie), rue de l’Abbaye, à 3 heures 1/2 très-précises.

Ordre du jour : Communication, par M. Reliquet, d’une observation ayant pour titre ; Trois pierres volumineuses dans la vessie d’un habitué de Contrexéville ; lithotritie et taille ; guérison. — 2° Compte rendu des travaux de l’année 1878, par M. de Beauvais, secrétaire général. — 3° Vote sur la candidature de M. le docteur Berkart (de Londres), au titre de membre correspondant.

Erratum. — Dans notre compte rendu de l’avant-dernière séance de la Société de chirurgie, à propos du rapport de M. Farabeuf sur une observation de M. Eymard (de Versailles) relative à une hémorrhagie alvéolaire pour laquelle ce chirurgien crut devoir pratiquer la ligature delà carotide primitive, une erreur s’est glissée, qui rend à peu près incompréhensible et l’observation et la discussion qui a suivi le rapport de M. Farabeuf. Une inadvertance nous a fait mettre carotide interne à la place de carotide ■primitive. Il faut donc substituer la seconde dénomination- à la première pour restituer à l’observation et à la discussion leur Véritable sens.

Le gérant, Richelot.

Pari»- — Typographie Félix Maxtestb et C«,

des Deux -Portes-Saint-Sauveur, 22.

L’UNION MÉDICALE Samedi 24 Mai 1879

DERMATOLOGIE

Hôpital Saint-Louis. — M. le Dr E. GUIBOUT.

Page 1