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CONFÉRENCES DE M. LE DOCTEUR HORTELOÜP

Dimanche dernier, M. Horteloup a commencé, à l’hôpital du boulevard de Port- Royah, la série de conférences essentiellement pratiques et, par conséquent, fort instructives, qu’il a coutume de faire chaque année à la même époque.

Avant la leçon, l’examen des malades, et, en fait de syphilis, ses salles ne chôment jamais ; du reste, le professeur a la coquetterie de conserver pour ces jourslà, pour les dimanches, s’il vous plaît, ses plus beaux spécimens de maladies vénériennes : Ça, c’est un chancre mou pour telle et telle raison, et bien différent du chancre induré; voilà une syphilide papuleuse que vous ne devez pas confondre avec la tuberculeuse , car elle présente tels et tels caractères bien distincts ; vous voyez là une gomme du voile du palais, etc., etc. Tout en passant en revue chacun de ces types, M. Horteloup montre du doigt la plaie et la fait toucher aux élèves, ce qui me semble moins agréable. C’est, je le répète, la seule manière pratique de leur apprendre quelque chose, et un étudiant, ignorant en matière de syphilis, n’a qu’à aller passer une heure à l’hôpital du Midi, et il en sortira, non pas la tête bourrée de théories et de considérations philosophiques, mais avec des idées déjà nettes et précises sur la chaudepisse, le chancre, la vérole et ses conséquences; — c’est tout ce qu’il demande, car c’est là le naturalisme vénérien.

Cette année, M. Horteloup a promis de traiter des accidents syphilitiques secondaires; mais, dans sa première réunion, il a profité d’une mws, je veux dire d’une recrudescence de malades atteints de chancre simple , pour en retracer les principaux détails, qu’il se propose de compléter dans les leçons suivantes.

Le chancre simple est un petit ulcère ayant pour point de départ une pustule renfermant un liquide purulent qui possède la propriété de s’inoculer sur la même personne, et cela indéfiniment , en reproduisant un ulcère semblable au premier.

Dans les livres qui traitent des maladies vénériennes, trois chapitres spéciaux sont consacrés à la blennorrhagie , au chancre simple , à la syphilis , et nous pouvons bien dire que cette division a eu son berceau à l’hôpital du Midi, car elle est loin d’avoir toujours prévalu; il y a cinquante ans, on admettait encore un seul virus , vénérien pour Astruc, syphilitique pour Hunter, qui, suivant qu’il était absorbé

FEUILLETON

CAUSERIES

Avant tout, je dois souhaiter la bienvenue à nos confrères de la Sarthe qui viennent de fonder, au Mans, une Société locale départementale agrégée à l’Association générale. Je dois aussi apprendre à ceux qui l’ignorent que notre trésorier, M. Brun, — je me prive de toute épithète louangeuse avant ou après ce nom, il les a épuisées toutes, — n’a pas été étranger à celte fondation. Appelé plusieurs fois au Mans pour ses affaires, M. Brun a profité de ses voyages dans celte ville pour provoquer le zèle et le concours de plusieurs confrères, et il a parfaitement réussi, ce qui me ferait proposer, par parenthèse, de nommer M. Brun inspecteur général de l’Association, avec mission de la fonder là où elle n’existe pas encore, et d’activer son fonctionnement là où il languit. Si ma proposition était adoptée, j’oserais prédire que, dans quelques mois, l’Association générale existerait partout, et partout fonctionnerait avec activité.

Ce n’a pas été sans peine que les honorables confrères dont M. Brun a invoqué le concours sont arrivés à leurs fins. Plusieurs tentatives avaient été déjà faites et n’avaient pas abouti. Pourquoi? Par un motif qui, au contraire, aurait dû en favoriser le succès. En effet, il existe dans la Sarthe, depuis un grand nombre d’années, une Association médicale, fille, je crois, du Congrès médical de 1845, que par cela même on aurait cru devoir être empressée de s’agréger à l’Association générale, et qui pourtant a résisté à toutes les sollicitations qui lui ont été faites à cet égard. Devant ce refus persévérant, il a fallu prendre un parti auquel Tome XXVII. — Troisième série. 88

dans de telles ou telles conditions et proportions, produisait soit la gonorrhée, soit le chancre, soit la syphilis; ce virus portait-il sur une muqueuse, il donnait lieu à la gonorrhée; était-ce sur la peau qu il s inoculait, il déterminait un chancre (Hunter). Cetle confusion n’a pas cependant existé de tout temps : la syphilis comme on sait, date de la fin du xv* siècle (1492). Elle a débuté en Italie, au siège de Naples par Charles VIII, dans l’armée duquel s’engagèrent des hommes ramenés en Europe par Christophe Colomb. Or, les auteurs de cette époque reculée distinguent parfaitement des ulcères purulents et des flux de semence , puis la confusion s’établit au bout d’une vingtaine d’années, parce qu’on croit à une épidémie de fièvres éruptives dont on ne se rend pas un compte exact.

Une fois que le rapprochement sexuel est bien considéré comme cause première des accidents, comme on voit des ulcères se gagnant par le coït, et des écoulements produits aussi par le coït, on attribue alors à la syphilis (mot introduit dans la science par Fracastor) la double propriété d’engendrer la blennorrhagie et les ulcères; cette opinion a régné du reste jusqu’au commencement de ce siècle.

Hunter, qui admet un seul virus syphilitique, dit que sur la peau il produit le chancre, et, dans les cavités muqueuses, la gonorrhée; mais il ajoute que, sur cent individus qui ont la syphilis, un seul l’a gagnée par la gonorrhée. Bell, en 1801, cherche bien à réagir en disant que la blennorrhagie (tel est le mot qu’il emploie le premier) n’est pas ou n’est que peu suivie d’accidents ; mais cependant la même idée, que la vérole se gagne soit par la gonorrhée, soit par le chancre, suit son cours.

M. Ricord arrive et met complètement la blennorrhagie en dehors de la vérole. La loi est formelle : quand on se trouve en présence d’une syphilis, la cause première, unique, est le chancre , qui sécrète un pus dont l’absorption par l’individu détermine la syphilis constitutionnelle; pour lui, le chancre est à la syphilis ce que la morsure du chien est à l' hydrophobie. L’évolution de ce chancre se fait ainsi : pustule, ulcération, écoulement de pus plus ou moins abondant, réparation. C’est lorsque se produit la suppuration que l’absorption du virus s’effectue et détermine des accidents. La conséquence thérapeutique était facile à prévoir : tuez le chancre par la cautérisation, vous éviterez la suppuration, et la syphilis ne se développera pas.

En 1850, l’opinion que la blennorrhagie n’était pas syphilitique était donc entièrement accréditée; d’autre part, on savait que tous les chancres n’étaient pas suivis d’accidents généraux; pourquoi? On invoquait une immunité particulière sur

avaient répugné jusque-là les partisans de l’Association générale : il a fallu créer une Association nouvelle à côté et en dehors de l’Association ancienne, persistant dans son isolement.

C’est à quoi se sont décidés nos confrères de la Sarthe, qui, au nombre de vingt-huit, nombre qui va s’accroître indubitablement, ont fondé la Société locale.

Cette Société locale s’est constituée le 3 juin en élisant son bureau et sa commission administrative; mais, avant de procéder à toute élection, elle a nommé par acclamation M. Henri Roger son président d’honneur, « ce qui jettera sur son berceau le plus vif éclat et un appui considérable », écrit-on du Mans.

Voici la composition du bureau de cette nouvelle Société locale :

Président, M. le docteur Lizé, du Mans ;

Vice-président, M. le docteur Charbonnier, de Saint-Calais ;

Secrétaire, M. le docteur Drouin, du Mans ;

Trésorier, M. le docteur Ripault, du Mans.

Le Conseil général de l’Association, dans sa séance de vendredi dernier, a accueilli avec empressement la demande de cetle nouvelle Société de s’agréger à l’Association générale.

Soyez donc les bienvenus, excellents confrères de la Sarthe; votre exemple va peut-être encourager les douze départements qui restent encore éloignés de l’Association.' Je me permets de les désigner ici; les confrères qui les habitent, et qui nous font l’honneur de lire l’Urrioit Médicale, s’animeront peut-être d’un beau zèle, et feront ce que viennent de si heureusement accomplir nos confrères de la Sarthe.

Ces départements qui vivent encore loin de l’Association générale sont : Alpes (Basses-), — Alpes (Hautes-), — Alpes-Maritimes, — Ardèche, — Ariége, — Cantal, — Corrèze, — Hérault, — Haute-Loire, — Lot, — Lozère, — Pyrénées-Orientales.

laquelle on était obligé de se rejeter. — En 1852, un interne de l’hôpital du Midi et de l’hôpital Saint-Louis, M. Bassereau, publie un volume dans lequel il recueille un nombre considérable d’observations de syphilis constitutionnelle ; il remonte à l’origine et s’aperçoit que toujours cette dernière a été précédée d’un chancre induré, jamais du chancre simple. De là la naissance du dualisme (chancre mou ou simple, chancre dur ou syphilitique, infectieux). Aujourd’hui on est complètement dualiste, même à l’hôpital du Midi, et cependant cette manière de voir ne fut pas immédiatement adoptée par M. Ricord qui, le premier, avait constaté que tous les chancres ne sont pas suivis d’accidents; il s’y rallia néanmoins en disant, en 1857 : Le sot est celui qui ne change jamais, et nous admettons tous, à l’heure actuelle, que c’est à M. Bassereau que revient la distinction fort importante et désormais indiscutable des deux espèces de chancre.

Mais on n’abandonne pas toujours de gaieté de cœur les anciens errements, surtout quand ils ont régné longtemps dans la science. Aussi voyons-nous, pendant un certain temps, les élèves de M. Ricord venir soutenir, sous des formes différentes, les principes du maître. M. Clerc, dans son Traité des maladies vénériennes , consacre un chapitre à ce qu’il appelle le chàncroide, qui n’est autre que le chancre mou. Pour Sperino, tout réside dans la plus ou moins grande proportion de pus absorbé, et la gravité des accidents est en raison inverse de cette quantité. M. Langlebert pensa que, le virus étant constitué par une partie solide (globules) et une partie liquide, l’inoculation de la première (globules) donnait lieu au chancre simple, et celle des deux éléments au chancre suivi de ses manifestations constitutionnelles. Pour Melchior, le pus syphilitique porté et inoculé sur un syphilitique ne produit que le chancre mou, et il ajoutait qu’il y a certains individus rebelles à l’inoculation et qui ne peuvent pas se syphiliser.

La syphilisation , à laquelle Auzias-Turenne a attaché son nom il y a vingt-cinq ou trente ans, et qui est aujourd’hui complètement tombée dans l’oubli, et avec raison, reposait sur cette donnée que, si on parvenait à saturer l’économie avec le pus provenant de chancres simples, on préserverait, à l’aide de cette vaccine d’un nouveau genre, de la syphilis et de ses accidents. A cet égard, M. Horteloup rappelle l’expérience que Zimmermann fit sur sa propre personne, et qui n’est guère encourageante : il s’inocula le pus de plus de 2,000 chancres mous; un beau jour, il tomba sur un chancre induré qui détermina chez lui la vérole.

Le chancre simple est donc une identité nette; il se développe, meurt sur place,

Je viens de parcourir un petit volume dans lequel on trouve quelques détails intéressants, quoique ce ne soit qu’un simple annuaire, Y Annuaire de l’internat des hôpitaux et hospices civils de Paris. J’en ai énucléé quelques renseignements que je crois devoir présenter à mes lecteurs.

La première promotion est du 13 septembre 1802 (26 fructidor an X) ; les listes se terminent à la dernière promotion du 26 décembre 1878. Dans ces soixante-seize ans, savezvous combien de confrères ont passé par l’internat? J’en ai compté, sauf erreur ou omission, 2,158, dont un grand tiers au moins porte cette indication funèbre : M, c’est-à-dire mort.

La médaille d’or de l’internat, si recherchée et si appréciée, qui ne s’accorde d’ailleurs qu’après un concours long et difficile, — justification des privilèges qu’elle concède, cette médaille d’or a été décernée soixante-dix fois depuis le fonctionnement actuel de l’institution.

Il était assez piquant de rechercher quelles ont été les destinées scientifiques et professionnelles des lauréats de l’internat. Grâce aux éditeurs de cet Annuaire, qui ont eu la bonne idée de publier la liste de ces lauréats, je peux donner quelques renseignements à cet égard à mes lecteurs. J’ai divisé cette liste en trois séries : Dans la première figurent les confrères lauréats qui ont acquis une véritable célébrité; dans la seconde, j’ai placé ceux qui sont arrivés à une assez grande notoriété; dans la troisième, enfin, j’ai rangé les lauréats qui semblent avoir jeté tout leur feu dans l’internat, et dont le nom n’est pas resté dans le souvenir.

Rassurez-vous, lecteur, je ne vous infligerai pas mes trois séries. Je ne choisirai que quelques noms dans les deux premières, et même j’aurai la discrétion de ne citer que des morts.

Ces deux premières séries, hélas ! ne sont pas remarquables par le nombre. J’y trouve les

l’ünion médicale.

et ne laisse aucune trace apres lui. A une époque déjà fort reculée, on observait une quantité beaucoup plus considérable de chancres simples que de chancres syphilitiques, dans la proportion de 40 pour 1 à peu près; vers 1832, la quantité diminue, 4 pour 1; pendant la guerre elle augmente, aü contraire; après 1874, la proportion est inverse, 6 chancres syphilitiques pour 1 chancre simple (Mauriac).

Depuis quelques mois, le nombre des chancres mous reçus dans le service de M. Horteloup s’est considérablement accru. Voici la statistique telle qu’il l’a exposée à sa première leçon :

1878 : Premier trimestre . 4 chancres simples.

Deuxième trimestre. ... 1 1 —

Troisième trimestre. ... 6 —

21 chancres simples.

Quatrième trimestre. ... 30 plus, par conséquent, que pendant les neuf premiers mois.

1879 : Premier trimestre . 33 chancres simples.

Cette augmentation dans la quantité des chancres mous tient, d’après M. Horteloup, à ce qu’il est arrivé, depuis quelques mois, bon nombre d’ouvriers à Paris, se logeant aux portes de la capitale, et principalement du côté des barrières. Ce genre d’ulcère, quoiqu’il soit de beaucoup préférable au chancre induré, puisqu’il ne développe pas la syphilis, est, il faut bien en convenir, le fait de la prostitution la plus vile et appartient surtout à la plus basse classe, celle des faubourgs, qui compte des souteneurs, des pochards endurcis et des individus tarés , de bas étage, à profession inavouable, sales, peu soucieux de leur personne, qui se répandent au milieu d’ouvriers honnêtes, et sont bien à craindre dans la société, à tous les points de vue, mais surtout pour ce qui nous concerne, nous syphiliographes, au point de vue de la propagation de ce chancre mou. La classe élevée n’en fournit que peu* non pas qu’elle soit moins susceptible de débauches que la précédente, non ; mais sa débauche est plus propre, matériellement parlant, et la haute bicherie (pardonnons à M. Horteloup cette expression— il faut bien être de son siècle) se hâte de se soigner quand elle a un chancre mou, car elle a trop d’intérêt à le faire; alors l’ulcère disparaît vite, sans causer d’accident et sans laisser aucune trace.

Le chancre simple est donc important à connaître sous toutes ses formes, et il en a de très-diverses; il dèmande des soins pour guérir, faute desquels, s’il est

noms de : Serres, Chomel, Pariset, Laugier, Huguier, Bazin, Barth, Follin, Axenfeld, et voilà tout, parmi les morts. Ma liste s’allongerait, il est vrai, du nom des vivants; mais on comprendra le sentiment de convenance et de discrétion qui m’impose l’abstention. Ma troisième série serait bien plus fournie, mais c’est ici qïîe mon abstention est encore plus rigoureuse. D’ailleurs, il est dans dans celte série des noms qui, restés inconnus à Paris, ont acquis et conservé une grande réputation dans leur départemeht ou à l’étranger, car la porte de l’in-, ternat s’ouvre libéralement pour les étrangers comme pour les nationaux.

Ce titre d’interne des hôpitaux de Paris donne à celui qui le porte un prestige indéniable. Plusieurs grandes administrations, chemins de fer, etc., n’acceptent comme médecins que d’anciens internes. A Paris, comme dans les départements, ce titre est très-recherché, et bien rares sont ceux qui le possèdent qui n’arrivent pas facilement A une situation professionnelle

enviable. J’ajouterai que plus rares encore sont, dans le corps des anciens internes, ies défaillances morales et les infractions à la dignité médicale.

Cependant, il serait peu raisonnable de croire et tout à fait contraire à l’expérience, qu’on ne puisse arriver à de hautes positions scientifiques et professionnelles sans avoir passé par l’internat. Je pourrais citer une longue liste de célébrités médicales qui n’ont pas possédé ce litre glorieux. Quelques exemples seulement, et choisis parmi les morts :

« ont pas appartenu à l’internat des hôpitaux de Paris, les noms plus ou moins illustres que Citfà/ ^dral> Trousseau, Dupuylren, Velpeau, Alibert, Amussal, Laënnec, Piorry, Blandin, San son’ at - Gerdy> Leuret, Longet, Louis, Monneret, Orfila, Récamier, Requin, Roux, M’ftiiniin . T1 -dal (de Cassis). Adelon, Dubois (d’Amiens), Dezeimeris, Husson, Le Roy

Je Zrràif. 1Cn d,aUlres notoriéLés vivantes et agissantes.

ncore cueillir d’autres renseignements plus ou moins intéressants dans ce petit

absolument abandonné à lui-même, il donne lieu à des complications dont le phagédénisme est l’une des plus fâcheuses. Ses causes, son siège, ses variétés, son étude clinique et thérapeutique, tels sont les points qui seront ultérieurement envisagés par M. Horteîoup, toujours avec pièces à l’appui mises sous les yeux de ses auditeurs, c’est-à-dire avec les belles reproductions en carton-pâte dont notre collègue a une collection des mieux choisies dans ses vitrines, et qu’on ne peut se lasser d’admirer.

Dr Gillette, chirurgien des hôpitaux.

CLINIQUE IVSÉDICALE

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