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II. — Procédé opératoire

L’opération se fait en trois temps : 1° incision de la paroi abdominale ; 2° fixation de l’estomac aux bords de la plaie ;3<> ouverture de l’estomac. M. Verneuil les a exécutés de la façon suivante (2) :

1° Incision de la paroi abdominale. — L’incision fut faite dans l’étendue de 5 centimètres, parallèlement au bord inférieur du cartilage de la huitième côte, c’est-à-dire oblique en bas et en dehors, et à 2 centimètres environ de ce bord. On fit l’hémostase au fur et à mesure de l’ouverture des vaisseaux, soit par la ligature, soit par la forcipressure, et on ouvrit ensuite le péritoine.

2° Fixation de l'estomac aux bords de la plaie. — L’estomac une fois reconnu, on le saisit avec une pince, on l’attira dans la plaie, et on fit sortir un pli de sa paroi qu’on fixa à l’aide de deux aiguilles à acupressure. Ce pli fut attaché au pourtour de la plaie par quatorze points de suture métallique.

3° Ouverture de l’estomac. — Elle fut faite avec des ciseaux au point culminant de la partie herniée, dans l’étendue d’un centimètre. Puis on introduisit dans l’estomac une sonde de caoutchouc rouge qui pénétrait d’environ 8 centimètres, et on la fixa, à l’aide d’un point de suture, au bord même de l’ouverture.

Toute l’opération fut faite sous le jet de vapeur phéniquée.

Les deux points importants de ce procédé sont : 1° la fixation définitive de l’estomac à la paroi abdominale avant l’ouverture de cet organe, ce qui permet d’éviter l’entrée des liquides dans le péritoine; 2<> l’emploi de la méthode antiseptique qui, dans les cas où on l’a employée, a prévenu toute complication inflammatoire du côté de la plaie ; il y a eu une péritonite dans le cas de Callender, mais nous avons dit que le malade était atteint de lésions viscérales multiples, de sorte qu’on ne peut attribuer au mode de pansement seul l’invasion de cette complication.

La fixation définitive de l’estomac à la paroi abdominale, dès le début de l’opération, a été recommandée par plusieurs chirurgiens, dans le but d’éviter l’entrée des liquides de la plaie ou de l’estomac dans le péritoine, et par suite la péritonite qui en serait la conséquence. Jusqu’ici l’événement ne paraît pas avoir justifié ces craintes, car la péritonite n’est survenue que neuf fois dans les trente-une opérations de la première série, et j’ai démontré dans mon travail sur la gastro-stomie

(1) Suit* et ün. — voir les numéros des 19, 24 avril, 1er, 6, 27 mai et 7 juin.

(2) Voir, pour les détails, la communication de M. Verneuil à l’Académie de médecine.

que deux fois seulement la péritonite pouvait être imputée à l’opération. Or, l’une de ces péritonites est justement survenue dans le cas de Jouon, qui avait pris la précaution de fixer définitivement l’estomac avant de l’ouvrir.

Je considère néanmoins cette précaution comme excellente, car rien ne dit que cette issue des liquides de l’estomac, qu’on n’a pas encore observée, ne se produira pas, et, en tout cas, le plus sûr est d’adopter un procédé qui mette à l’abri de tout danger de ce côté.

L’emploi du procédé de Lister, après l’opération, a autant d’avantages dans celle-ci que dans les autres; et, comme preuve, je n’en veux que la simple comparaison entre les complications des plaies survenues dans les 32 opérations pratiquées sans l’emploi du pansement antiseptique, et les accidents de ce genre dans la seconde série : 10 péritonites, 1 érysipèle phlegmoneux très-étendu de la paroi abdominale, et dans plusieurs cas le sphacèle des bords de la plaie ; telles sont les complications de la première série ; péritonite très-limitée et sphacèle peu étendu au voisinage de la plaie dans 2 ou 3 cas, à cela se bornent les complications de la seconde. Le sphacèle des bords de la fistule, dans les cas de MM. Lanelongue et Schônborn, a eu pour cause la pression exereée sur ses bords ; le pansement n’y est pour rien.

Quant à la mort elle-même, elle est survenue plus tard chez les opérés de la seconde série que chez ceux de la première. Ainsi tandis que, dans la première série, 21 sont niorts dans les trois premiers jours, 1 seul de la seconde série est mort dans cette période ; les autres ont survécu de quatre à douze jours. Toutefois, il est difficile de dire si cette plus longue survie est due à l’emploi du pansement de Lister ou aux conditions générales des opérés; celles-ci étaient certainement meilleures chez ceux de la seconde série que chez ceux de la première, et, sans toutefois nier l’influence de la méthode antiseptique sur les bons résultats obtenus, je suis porté à attribuer le rôle principal à l’état général. — En effet, les conditions de manuel opératoire étant à peu près les mêmes chez tous les sujets de la seconde série, nous avons vu que la mort n’avait frappé que ceux d’entre eux qui étaient atteints d’altérations des viscères.

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