TOXICOLOGIE
EMPOISONNEMENT PAR LE SALICYLATE DE SODDB,
Par le docteur Allaire, médecin principal à l’hôpital militaire de Bayonne.
Dominique A.,., 36 ans, constitution peu robuste, sobre, cocher dans une maison particulière, n’a jamais eu de maladies graves antérieures.
16 et 17 mai. Fluxion et abcès dentaires, fièvre; le médecin ordonne 30 grammes de sulfate de soude.
18 mai. Vers quatre heures du matin, le sel, qui était du salicylate de soude, est dissous dans une tasse de mélisse et ingéré.
Immédiatement, sentiments de chaleur et picotements à la gorge et à l’estomac, plaintes réitérées, soif vive, nausées, vomissements de matières jaunâtres, sueurs; le malade, resté seul, veut descendre de son lit, mais il ne peut se soutenir sur ses jambes, et peut à graud’peine se recoucher. Refroidissement des extrémités.
Le médecin, appelé à plusieurs reprises, ne venant pas, on me prie, vers onze heures, de voir le malade, que je trouve dans l’état suivant : Face colorée et exprimant l’anxiété, nausées presque continues, et, en ma présence, un vomissement noir. Mêmes chaleurs épigastriques, langue sale, poisseuse; un peu de rougeur sur les amygdales, la luette et au fond du pharynx; sueurs profuses, refroidissement des extrémités inférieures jusqu’aux aines; surdité, bourdonnements d’oreilles, vue affaiblie, pas de dilatation ou de rétrécissement des pupilles; réponses lentes, collapsus assez complet. Le malade me dit qu’il est faible comme s’il était alité depuis vingt-cinq jours; pas de selles, pas d’urines; il n’en existe pas dans la vessie. Cependant le pouls est assez régulier, mais déprimé (88 pulsations); les battements du cœur ne présentent aucune intermittence. Céphalalgie ; pas de délire ; pas de contractions tétaniformes. Douleurs vives à la région précordiale et, au même niveau, à droite, ainsi qu’au coude gauche, mais surtout à l’hypogastre et aux lombes, à la hauteur des reins.
Je suis évidemment en face d’un empoisonnement par un médicament hyposténisant qui m’est révélé bientôt par l’étiquette ; quoique arrivé sept heures après l’ingestion, je fais administrer de l’eau albumineuse en assez grande quantité, et je fais préparer du café et du vin de Bordeaux sucré pour parer aux phénomènes de dépression ; des boules d’eau chaude sont placées aux pieds et entre les jambes; tisane de chiendent et de graine de lin; aération de la chambre ; lavements huileux et laxatifs ; cataplasmes sur l’abdomen.
Deux heures après, une petite quantité d’urine étant rendue, je constate, au moyen du perchlorure de fer, une coloration violette tellement intense, qu’elle ressemblait plutôt à un fragment solide de bleu de Prusse au fond du vase.
Mêmes symptômes. Le malade n’a pas encore la perception des boules d’eau chaude.
Vers le soir, on vient me chercher en toute hâte, car le malade est tout noir (s/c). Je constate un peu de cyanose de la face sous l’influence d’une petite toux sèche et de nausées presque continues.
™a.f'SU|rdit|é est. Plus for.le» la vue plus troublée, et il semble au malade qu’un voile est interp nire les objets qu’il fixe et ses yeux. Il ne peut apercevoir la pendule placée sur une
commode voisine de son lit. Pouls plus déprimé. Mêmes symptômes. Café au lait et vin de Bordeaux sucré. Nouveaux lavements, car les premiers n’ont pas été rendus.
19 mai. Nuit mauvaise. Cauchemars; croit tomber dans un précipice dans la ruelle, du côté droit; sueurs tellement considérables que le matelas est traversé. Soif, inappétence, dégoût; langue poisseuse, mais non complètement sèche. Pas de salive; pas d’urines depuis la veille; pas de selles.
La chaleur est revenue aux extrémités inférieures. Cessation des nausées et des vomissements. Le soir, la surdité diminue, la vue est plus nette; encore quelques sueurs. Un peu de ténesme vésical; une petite quantité d’urines rouges et troubles qui contiennent de l’albumine et beaucoup d’acide salicylurique; ni tubes urinifères ni cylindres. Les autres symptômes, collapsus, douleurs, etc., sont les mêmes.
Continuation du traitement. Lait en abondance, lavements. Je prescris un purgatif.
20 mai. Nuit meilleure; peu de rêves. Mêmes symptômes du côté du tube digestif. Urines toujours très-rares. Douleurs moins fortes, mais toujours la tendance au refroidissement. Le malade n’ose pas prendre son purgatif. Nouveaux lavements laxatifs qui amènent quelques liquides contenant quelques rognures (sic). Matin et soir, le perchlorure de fer donne la coloration violacée de l’urine. Quelques potages au lait; lait en boisson ; gelée de viande.
21 mai. Nuit mêlée de rêves. Un peu de blanc de poulet, donné la veille k mon insu, avait été cause d’une digestion difficile et de pesanteur à l’épigastre. L’huile de ricin est enfin absorbée et cause quatre selles tellement fétides, qu’on les jette immédiatement ; elles se composent, m’a-t-on dit, de fèces dures et de graisse nageant dans un liquide verdâtre. Urines un peu plus abondantes et plus claires. Disparition de la surdité, des bourdonnements d’oreilles; vue normale; douleurs moindres; pas de sueurs; langue plus humide. Toujours défaut de calorification et faiblesse. Toujours le sel est décelé dans les urines. Tapioca, bouillon, lait, gelée de viande.
22 mai. Mieux ; un peu d’appétit. Digestions laborieuses. Dès que le malade se lève, ses jambes se refroidissent. Plus d’albumine dans les urines.
A six heures du matin, le perchlorure de fer donne encore, pour la dernière fois, la coloration violacée des urines. Les jours précédents, j’avais recherché en vain la présence de l’acide salicylurique dans les sueurs.
Depuis ce jour jusqu’au 5 juin, il existe du mieux, mais le malade est toujours faible et amaigri, ses digestions sont manifestement difficiles, et sont accompagnées de douleurs, de rougeurs de la face et de sueurs.
Le 25, une nouvelle dose de h 5 grammes d’huile de ricin amène encore des selles félidés. Plusieurs nuits se sont passées avec des cauchemars : voyages dans des défilés de montagnes, voiture conduite à travers des escaliers, vision d’hommes pendus, etc. Il y a deux jours , j’ai constaté encore deux petites ulcérations superficielles sur la partie antérieure de la luette.
Dominique se rétablira-t-il complètement? Je le pense, mais je crains des digestions laborieuses pendant quelque temps encore, et je ne suppose pas de nouveaux désordres du côté des reins.
Le salicylate de soude a peut-être été rejeté en partie par les premiers vomissements; cependant il n’a été éliminé complètement par les urines qu’au commencement du cinquième jour. Il est évident, d’après les symptômes observés , qu’il a agi comme irritant local sur le tube digestif, et qu’il a du occasionner de l’hypérémie ou quelques ulcérations dans l’estomac (vomissement noir, douleurs épigastriques et digestions laborieuses).
Le système cérébro-spinal a été frappé presque immédiatement, d’où la diminution d’activité des sens de l’ouïe et de la vue sans hyperesthésie, la titubation, le collapsus et la tendance au refroidissement.
Avec les sueurs profuses, on doit constater' la diminution et presque l’arrêt des sécrétions salivaires, rénales, intestinales, d’où constipation énergique.
Les selles fétides pourraient me faire émettre quelques doutes sur l’action antiputride du salicylate de soude, qui a été tant prônée par plusieurs observateurs et, en particulier, par le docteur Wagner (de Friedberg-Hesse).
ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAYANTES
ACADÉMIE DE MÉDECINE
Séance du 17 juin 1879. — Présidence de M. Richet.
CORRESPONDANCE OFFICIELLE
M. le minisire de l’instruction publique transmet l’ampliation du décret par lequel est autorisée l’élection de M. le docteur Simon Duplay comme membre titulaire dans la section de médecine opératoire, en remplacement de M. Voillemier.
Sur l’invitation de M. le Président, M. Duplay prend place parmi ses collègues,
M. le ministre de l’agriculture et du commerce transmet ;
1° Les comptes rendus des épidémies observées en 1878 dans les départements de la Loire, de Meurthe-et-Moselle, de l’Ailier et des Pyrénées-Orientales. (Corn, des épidémies.)
2° Le rapport de M. le médecin-inspecteur des eaux minérales d’Evian, pour l’année 1877, (Corn, des eaux minérales.)
La correspondance non officielle comprend :
1° Une lettre de M. le docteur A. Ferrand, qui se porte candidat à la place déclarée vacante dans la section de thérapeutique.
2° Une note de M. le docteur Deschaux (de Montluçon) , intitulée : Une lacune dans la fécondation humaine. (Com. MM. Luys et Moreau.)
Dans la dernière séance, M. Aubert-Roche fils a fait don à l’Académie du portrait de son grand-père, M. Poche, ancien président de l’ Académie.
M. Legouest présente, au nom de M, le docteur Védrènes, médecin principal de 1” classe à l’hôpital militaire de Vinçennes, une Étude sur le ■pansement ouaté au point de vue de ta chirurgie d’armée.
M. Dechàmbre présente, au nom de M. le docteur Grasset, de Montpellier, une brochure intitulée : De la déviation conjuguée de la tête et des yeux. Contribution à l’étude des localisations cérébrales,
M. Gosselin présente, au nom de M.. Simon Duplay, le Ier fascicule du tome VI du Traité élémentaire de pathologie chirurgicale.
M. le Préiident annonce que MM. Ilergott (de Nancy) et Cazeneuve (de Lille), membres correspondants, assistent à la séance.
M. le Président a le regret d’annoncer à l’Académie la mort de M. Jacquemier, membre titulaire. Les obsèques de M. Jacquemier ont eu lieu aujourd’hui mardi; le burequ tout entier et un grand nombre de membres de l’Académie y assistaient.
D’après le désir du défunt, exprimé par M™' veuve Jacquemier, aucun discours n’a été prononcé à cette cérémonie funèbre.
L’Académie procède, par la voie du scrutin , à l’élection d’un membre titulaire dans la section d’hygiène et de médecine légale.
La commission, par l’organe de M. Lagneau, rapporteur, présente les candidats dans l’ordre suivant : En première ligne, ex æquo, MM. Gallard et Proust; — en deuxième ligne, M. Léon Colin ; — en troisième ligne, M. Lunier ; — en quatrième ligne, M. Ernest Besnier; — en cinquième ligne, M. Vallin.
En outre, M. Brouardel est présenté sous le titre de candidat de l’Académie.
Le nombre des votants étant de 81, majorité Al, M. Gallard obtient 26 suffrages, M. Proust 26, M. Lunier 13, M. Léon Colin 11, M. Ernest Besnier A, M. Brouardel 1.
Aucun des candidats n’ayant obtenu la majorité des suffrages, il est procédé à un deuxième tour de scrutin.
Le nombre des votants étant de 78, majorité 40, M. Proust obtient 37 voix, M. Gallard 36, M. Léon Colin 4 ; i billet blanc.
Aucun des candidats n’ayant obtenu la majorité, il est procédé à un scrutin de ballottage entre les deux candidats qui ont obtenu le plus grand nombre de suffrages.
Le nombre des votants étant de 79, majorité 40 , M. Proust obtient 46 suffrages, M. Gallard 33.
En conséquence, M. Proust ayant obtenu la majorité des suffrages, est proclamé membre titulaire pour la section d’hygiène et de médecine légale.
— A quatre heures et demie, l'Académie se forme en comité secret pour entendre la lecture de divers rapports de prix par MM. Peter, Devilliers, Villemin et J. Rochard.
MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE
U propylamine, la triméthylamine et lecrs sels étudiés au point de vue pharmaco-
logique et thérapeutique, par Da Costa Alvarenga, de Lisbonne. Traduit du portugais,
par le docteur Mauriac, de. Bordeaux. Grand in-8° de 135 pages; chez 0. Doin, à Paris, et
cirez Feret, à Bordeaux ; 1879.
Après un aperçu historique, l'auteur étudie en quelques pages la composition, les caractères, la préparation et les origines de la propylamine et de la tHméthylamine. Le chapitre sur l’action physiologique de ces substances est particulièrement intéressant; il résulte des recherches personnelles de l’auteur et des autres travaux entrepris à ce sujet, avant ou après lui, que la triméthylamine produit une dépression du pouls ou de la température dans l’état normal et dans les maladies franchement inflammatoires (pneumonie aiguë, érysipèle avec délire, etc.), qu’elle donne lieu à une stimulation de l’appétit, etc.
« La propylamine, dit l’auteur, est un bon agent curatif du rhumatisme fébrile; mais elle n’est pas, en général, supérieure aux autres médicaments qui ont été employés pour combattre le rhumatisme. '» Dans celte maladie, la propylamine donne les résultats suivants : Rapide décroissance de la fièvre, de la douleur, récidives moindres, rechutes plus rares; absence, durant le traitement, de complications encéphaliques et cardiaques ; guérison des cas aigus en quatre et dix jours. Ces Dons effets, dont il ne faut pas exagérer la portée, s’observent surtout dans le rhumatisme aigu et subaigu, mais ils sont moins constants dans le rhumatisme chronique.
Le médicament est contre-indiqué dans les rhumatismes compliqués d’affections du cœur (dégénérescences du cœur, hyposystolie, lésions d’orifices, etc.), en vertu do son action sur le centre circulatoire; dans les altérations du sang caractérisées par l’hypoglobulie, en vertu de ses effets dépressifs et de son action fluidifiante sur le sang.
L’auteur a encore employé avec un certain succès le. traitement propylamique dans les fièvres intermittentes, les affections broncho-pulmonaires (bronchites chroniques, pneumonies aiguës).
Ce travail intéressant, — dont nous devons la fidèle traduction à la plume élégante du docteur Mauriac, de Bordeaux, — se termine par la relation de 32 observations où la médication propylamique est étudiée, dans diverses maladies, au point de vue de son action sur le pouls, la température, la respiration, et par ces paroles, dont on ne saurait trop louer la sage réserve et l’esprit clinique : « Il résulte de notre étude que ces substances médicamenteuses ne méritent ni les éloges enthousiastes que beaucoup de médecins leur ont adressés, ni le discrédit auquel quelques-uns voudraient les condamner. Ce sont des médicaments utiles dans diverses maladies. Leur propriété fondamentale est l’action hypotherménisante qu’ils possèdent bien incontestablement, quoique à un degré moindre que certaines substances. » — H. H.
Notes cliniques sur deux cas de trachéotomie avec le thermo-cautère ;
Par le docteur E. Mauriac, de Bordeaux.
La première observation de ce travail très-intéressant, concerne un enfant de 18 mois, atteint de croup. L’opération a parfaitement réussi, et le malade n’a succombé qu’aux progrès de son affection. Cette opération a été faite sans l'effusion d’une goutte de sang, ce qui est un grand avantage pour l’opérateur comme pour l’opéré. M. Mauriac divise en trois temps le manuel opératoire :
1° Inciser lentement de haut en bas, et d’un seul trait, sur la ligne médiane antérieure du cou, immédiatement au-dessous du bord du cartilage cricoïde, la peau et l’aponévrose cervicale superficielle ;
2° Reporter le couteau à la partie supérieure de l’incision et diviser lentement, et d’un seul trait, l’interstice musculaire jusqu’à la trachée;
3° Reporter une troisième fois la pointe du couteau à l’extrémité supérieure de la plaie et l’enfoncer perpendiculairement jusqu’à ce qu’on éprouve la sensation d’une résistance vaincue. Dès que la pointe a pénétré dans la trachée, il faut agrandir rapidement l’incision et retirer le couteau. ( Gazette mèd. de Bordeaux, 1878, et in-8“ de 20 pages, chez Feret et fils, à Bordeaux.) — H. H. .
VARIÉTÉS
L’HÉMILFIA VASTATRIX
Les producteurs du Mysore et de Ceylan vont se réjouir, dit le Gardener's Chronicle apprenant, par un journal de l’Inde, qu’on a trouvé le moyen de détruire l’Hémileia vasta” trix, parasite de la famille des champignons, qui, depuis plusieurs années, a produit tant de ravages dans les plantations de caféiers.
Toutes les espérances de salut se résument en quelques lignes de Vlndian agriculturist et reposent sur un rapport de M. D. Morris, sous-directeur du jardin botanique de Ceylan qui rend compte d’expériences faites dans la plantation de Wallaha, en janvier 1879. De ce rapport il résulte que la maladie du caféier peut être arrêtée par le procédé du soufrage lorsqu’elle est encore près de son début.
L’histoire du champignon des caféiers, l’Hémileia, se divise en trois périodes. Pendant la première, c’est un mince réseau de fils qui s’étend sous la surface inférieure des feuilles et qui s’insinue dans leur tissu par les stomates, surtout pendant les temps d’humidité. Dans cette période, les filaments sont tellement ténus qu’il en faudrait près de 40,000 pour couvrir une surface d’un pouce ; on ne peut les découvrir qu’à l’aide du microscope. Pendant la seconde période, le fungus est établi dans les feuilles et les filaments s’épaississent ; ils absorbent la substance même des cellules pour se nourrir. Pendant la troisième période, des grappes de sporanges orangées éclatent à travers l’épiderme et apparaissent à la surface. L’œuvre de dévastation est alors accomplie.
D’après un rapport du docleur Thwaites en 1874, et les observations plus récentes de M. Abbay, il paraît que des spores secondaires se produisent ensuite en chaînons assez analogues à la moisissure bleue, et que ces spores microscopiques, beaucoup plus petits que les spores ordinaires, peuvent se disséminer très-rapidement au loin, tandis que les sporanges ordinaires, plus grosses, ne peuvent se répandre aisément sur de très-grandes surfaces.
C’est probablement la diffusion de ces spores secondaires qui produit, par la germination, les minces filaments que nous avons décrits à la première période de la maladie.
Tous les efforts pour arrêter ce fléau doivent se concentrer sur la première période ; c’est à ce moment que les applications de soufre doivent être faites aux feuilles pendant que le mycélium filamenteux se développe à l’extérieur. Les expériences faites à Wallaha ont démontré que, dès que le soufre est mis en contact avec les filaments et les spores, il détruit immédiatement leur vitalité, et qu’appliqué avec soin il ne peut manquer d’atténuer l’intensité du fléau pour la saison suivante.
Comme mesure additionnelle, on propose, au lieu d’enlever les feuilles mortes à la fin de la saison, de répandre assez largement de la poudre de chaux, non-seulement sur là lige et les branches des arbres, mais aussi sur les feuilles flétries qui jonchent le sol. Cette chaux détruit tous les spores avec lesquels elle se trouve en contact, et prévient, en aidant à la décomposition des feuilles, le retour du fléau pour la saison suivante.
Établissement vaccinal de Paris Monsieur le rédacteur en chef,
Obéissant à une pensée humanitaire et patriotique, la Société française d’hygiène a entrepris la tâche de doter la France d’un de ces établissements vaccinogènes créés avec succès dans plusieurs capitales de l’Europe.
Pour conduire à bien cette entreprise, la Société fait un pressant appel au concours et à l’appui bienveillants de tous les organes de la Presse politique et scientifique.
L 'établissement vaecinat de Paris tiendra constamment, à la disposition des familles et des médecins, du vaccin d’enfant et du vaccin de génisse.
Un service de vaccinations gratuites fonctionne tous les mardis (de midi à une heure) à la Société d’encouragement, 44, rue de Rennes.
Un second service (à un prix très-modéré) fonctionne le jeudi, à 3 heures, dans la salle des conférences, boulevard des Capucines, n° 39.
Agréez, Monsieur le rédacteur en chef, l’assurance de notre considération la plus distinguée.
FORMULAIRE
Des injections d’acide acétique contre le carcinome. — Gies.
Dans un carcinome gros comme un œuf de poule, situé sur le côté droit du maxillaire inférieur, le docteur Gies a injecté un liquide contenant une partie d’acide acétique crislallisable, pour 3 parties d’eau distillée. Cette injection provoqua de la suppuration, et la tumeur fut réduite au volume d’une noisette. — Un carcinome d’égale grosseur, situé sous l’oreille du même malade, fut traité par l’acide acétique, et au bout de 21 jours, après qu’on y eut injecté le contenu de 25 seringues de liqueur acide, il avait presque entièrement disparu. — Enfin un carcinome gros comme un œuf de poule, qui s’était développé dans le sein d’une femme, commença à suppurer après dix injections, et dans l’espace d’un mois il était réduit au volume d’une noisette. — N. G.
Epliéincridcs médicales. — 19 Juin 1865.
Mort, à Paris, de Pierre-Louis Gimelle, membre de l’Académie de médecine, chirurgien de riiôpital royal des Invalides, chirurgien-major de l’hôpital militaire du Gros-Caillou. On lui doit plusieurs mémoires :
Sur la nature et le traitement de Ciritis. — Des ossifications morbides. — De C emploi de l’iode contre le goitre. — De l’emploi de l'émétique contre les épanchements de synovie dans les articulations. — A. Ch.
COURRIER
Nécrologie. — M. le docteur Campbell est mort lundi, à quatre heures, dans son appartement de la rue Royale-Saint-Honoré ; il a succombé brusquement aux suites foudroyantes d’une pérityphlite.
La science médicale fait une grande perte dans la personne du docteur Campbell ; élève et suppléant du docteur Paul Dubois, dans sa chaire d’obstétrique à la Faculté de médecine, son habileté pratique, comme la sûreté de son caractère, lui avaient assuré depuis longtemps une très-haute notoriété.
M. le docteur Campbell meurt à 59 ans, en laissant autour de lui d’inconsolables regrets ; jamais la science n’avait revêtu de formes plus aimables que chez ce médecin, dont la gravité souriante attirait à première vue autant de sympathie que de respect.
Dans un prochain numéro, nous publierons une notice sur le docteur Campbell, qui nous est communiquée par son ami M. le docteur Onimus.
L’enterrement a lieu aujourd’hui jeudi, à 10 heures du matin.
— Dans sa séance de lundi dernier, l’Académie des sciences a procédé à la désignation de deux candidats à la chaire de physiologie générale, laissée vacante au Muséum d’histoire naturelle par le décès de Claude Bernard. Elle a décidé de présenter en première ligne M. Bouloy, membre de l’Institut, et en seconde ligne M. Rouget, professeur à Montpellier.
Avis. — Inscriptions de juillet 1879 (quatrième trimestre de l’année scolaire 1878-1879). — Examens de fin d’année.
1° Inscriptions. — Le registre d’inscriptions sera ouvert le lundi 30 juin et clos le jeudi 17 juillet, terme de rigueur. Passé ce délai, nulle inscription ne sera reçue sans une autorisation rectorale ou ministérielle, qui ne peut être accordée que pour des motifs graves.
Les élèves qui ont 3 ou 7 incriptions prendront la quatrième ou la huitième inscription du 30 juin au 5 juillet.
Les élèves qui ont 11 inscriptions prendront la douzième du 7 au 17 juillet.
Les élèves qui ont plus de 12 inscriptions prendront l’inscription du trimestre du 10 au 17 juillet.
Les inscriptions seront reçues les lundis, mardis, mercredis et jeudis, de 9 heures à 11 heures du matin et de 1 heure à lx heures.
2° Examens de fin d'année. — Les étudiants qui auront opté pour le nouveau régime d’examens ne subiront pas les examens de fin d’année.
Les étudiants qui n’auront pas opté pour le nouveau régime d’examens subiront les examens de fin d’année dans les conditions ordinaires.
Les examens de fin d’année commenceront le mardi 1" juillet.
MM. les étudiants actuellement pourvus de 4, 8 ou 12 inscriptions, et qui n’ont pas
subi les examens de fin d’année réglementaires, ou qui ont échoué à ces examens, devront consigner pour ces examens pendant le mois de juin (les vendredis et samedis, de 1 heure
à Leï élèves qui ont 3 ou 7 inscriplions, et qui n’dnt pas opté pour le nouveau régime d’examens, devront consigner pour le premier ou le deuxième examen de fin d’année, du 30 juin au 6 juillet.
Les élèves qui ont 11 inscriptions, et qui n ont pas opte pour le nouveau régime d’examens devront consigner pour le troisième examen de fin d’année, du 7 au 17 juillet.
Le doyen rappelle à MM. les étudiants de première, de deuxième et troisième années qu’iis sont obligés de subir leur examen de fin d’année à la session de juillet; que la session de novembre n’est réservée qu’aux étudiants qui échouent en juillet et aux étudiants qui accomplissent leur année de volontariat.
Le doyen rappelle également que le stage est obligatoire pour la prise de la neuvième inscription (doctorat) ou de la cinquième (official). MM. les étudiants peuvent accomplir ce stage à partir du 1er juillet. A cet effet, ils devront se faire inscrire au secrétariat de l’administration de l’Assistance publique (3, avenue Victoria).
Concours pour la nomination à deux places de chef de clinique . •«** Le concours pour la nominatiôn aux deux places vacantes de chef de clinique médicale s’ouvrira le lundi 8 juillet courant.
Sont admis à concourir, tous les docteurs en médecine âgés de moins de 34 ans.
Les inscriptions seront reçues au secrétariat de la Faculté du 8 au 21 juin courant, tous les jours, de 1 heure à 4 heures.
Les eaux dë Là CàNNEBièrë. — On lit dans le Petit Marseillais :
« Une commission scientifique a procédé, avant-hier, à l’analyse des eaux du vieux port,
« L’analyse des eaux extraites de divers points a permis de reconnaître que la proportion des sulfates va en décroissant, à mesure que l’on avance de l’entrée du port vers la Gaanebière; de sorte que l’eau prise vers l’entrée des Auguslins renferme: le quart seulement des sels contenus ordinairement dans l’eau de mer. Ces sulfates se convertissent en sulfure sous l’influence des substances organiques versées par les égouts; Gette action chimique détermine le dégagement de quantités notables d’hydrogène sulfuré dont on connaît les ravages sur l’économie animale.
« Cette explication scientifique se trouve pleinement justifiée par l’expérience i l’odeur méphitique suit une progression croissante et en sens inverse de la quantité des sulfates, depuis l’embouchure du port jusqu’à la Cannebière.
Le VANESSACAitDoT. — On écrit à la Gazette de Lausanne, du 16 juin :
« Le papillon, dont les journaux suisses ont tant parlé ces derniers temps, est le Vanessacardut, appelé par Geoffroy Belle Dame , nom sous lequel il est connu de tous les entomologistes.
« Cette espèce a ceci de remarquable : 1° qu’elle se retrouve sur presque toutes les parties du globe, sans que la différence: de climat la fasse varier; 2° qu’après : avoir été commune dans certaines localités, elle en disparaît complètement pendant des années. Ce papillon se distingue encore par son vol tourmenté et comme tempétueux. La Belle Dame se trouvait sur les bords de la Méditerranée vers le milieu du mois d’avril, apportée vraisemblablement d’Afrique par le Sirôco.
Cette hypothèse est. d’autant plus probable que cette apparition a eu lieu tout à coup, en masse. Or, le chardon sur lequel vit la chenille ne se trouve guère en ces contrées. En second lieu, l’éclosion des chrysalides n’a jamais lieu que successivement. Les papillons qui sont arrivés en Suisse ont-ils la même origine? Cela paraît probable, d’autant plus que leur couleur est plus vive que celle des sujets qui naissent chex nous. »
Etat sanitaire de la ville de Paris. — Population (recensement de 1876) : 1,988,806 habitants.— Pendant la semaine finissant le 12 juin 1879, on a constaté 1,008 décès, savoir:
Variole, 25. — Rougeole, 36. — Scarlatine, 3. — Fièvre typhoïde, 9. — Érysipèle, 5. — Bronchite aiguë, 50. — Pneumonie, 82. — Dysenterie, 0. — Diarrhée cholériforme des enfants, 20. — Angine couenneuse, 19. — Croup, 16. — Affections puerpérales, 0. — Autres affections aiguës, 232. — Affections chroniques, 436. r- Affections chirurgicales, 47. — Causes accidentelles, 36.
Le gérant, RiCHELOT.
Par». — Typographie Félix Mmltestb et O®, me des Deux -Portes-Saint-Sauveur, 22.
L’UNION MÉDICALE Samedi 21 Juin 1879
CLINIQUE MÉDICALE
ANÉVRYSMES MULTIPLES DE L’AORTE CHEZ UN SYPHILITIQUE, — MORT PAR RUPTURE DU SAC ABDOMINAL (J).
Présentation faite a la Société médicale des hôpitaux, dans la séance du vendredi 28 février 1879, Par le docteur E. Vallin, professeur au Val-de-Grâce.
Nous ne croyons pas utile d’jnsister sur les symptômes présentés par le malade : la raucité de la voix, la dyspnée, le hoquet, les troubles dyspeptiques, les douleurs lombo-dqrsales, la névropathie, étaient en relation évidente avec la compression du pneumogastrique, du récurrent, du phrénique, les adhérences de l’œsophage et du diaphragme, la compression cju pylore et des nerfs rachidiens.
L’intérêt de l’observatjpq est dans la coïncidence (J’une altération aussi étendue de l’aorte, avec la syphilis grave dont le malade portait encore la trace dans l’exostose du tibia. Il y a-t-il relation de cause à effet, comme nqqs le croyons, ou simple coïncidence entre les deux affections?
Déjà les auteurs anciens, Morgagni, Lancisi, avaient rapporté les dégénérescences artérielles à }a syphilis, et cette dernière affection ne jnqrjque guère d’être invoquée d'une façon banale dans la plupart des livres classiques, au chapitre de l’étiologie des anévrysmes- Rfis observations plus rigoureuses, et des travaux spéciaux sur cette question ont été publiés OU ces dernjères années par Wilks, Moxon, Heubner, MM- Blachez, Richet, etc. Rn 1873, M. Lancereaux a publié, dans le tome II des Archives de médecine, un rqéthQire ( Des affections syphilitiques de l'qppareil circulatoire) qui mentionne et résume tous les travaux qui jusqu’alors avaient paru sur la question ; lui-même admet la réalité des péri- ou epdo-artériles syphilitiques, limitées (gommes du cerveau) OU très-étendues; mais il fait des réserves qui, aujourd'hui encore, sont parfaitement justifiées. Plus récemment , MM, Charcot et Àlf. Fpurnier considèrent comme très-vraisemblable l’existence des altérations syphilitiques des artères, et, dans son récent ouvrage, J'raiié de la syphilis du cerveau, notre collègue M. Fournier consacre un long chanjtre, présentant l’état actuel dp la science, sur cette question de l’artérite syphilitique.
(1) Suite et fin. — Voir le numéro du 19 juin.
FEUILLETON
CAUSERIES
Praticien exercé en obstétrique et très-apprécié de ses confrères, auteur d’un excellent traité d’accouchements, confrère modeste, vivant retiré, se désintéressant des discussions académiques auxquelles une grande timidité l’empêchait de se mêler, M. jacquemier n’a été connu, apprécié et aimé comme il méritait de l’être, que par' un petit nombre d’amis qui ont vécu dans son intimité, et par la digne compagne de sa vie, dont les soins pieux et tendres ont adouci les souffrances des derniers mois de son existence. Au nombre considérable d’assistants à ses obsèques, on a pu juger que M. jacquemier avait plus d’amis qu’il ne le croyait peut-être lui-même. Sa respectable veuve a voulu que les derniers devoirs lui fussent rendus avec pompe, et tandis que, modestement, il a interdit tout discours sur sa tombe, à l’église l’éclat du luminaire, les sobs de l’o'rgue et des chants, et les honneurs militaires rendus au chevalier de la Légion d’honneur, contrastaient avec les dernières et modestes volontés exprimées par le défunt.
Le bureau de l’Académie au grand complet, les membres de la section d’accouchements, un grand nombre d’académiciens, de confrères et d’amis, ont rendu les derniers devoirs à cet honnête collègue et confrère, qui ne laisse parmi nous que le souvenir d’une vie honorable et dignement remplie.
Un mot de la musique :
Daus la lilhurgie catholique, il n’est rien de plus beau que la messe du Requiem en faux Tome XXVII. — Troisième série. 92
C’est particulièrement en Angleterre que cette influence de la syphilis sur les dégénérations artérielles a pris une grande faveur. Depuis longtemps l’on a signalé la fréquence des maladies des gros vaisseaux dans l’armée anglaise, à tel point que Lawson a trouvé, par la statistique, que les anévrysmes étaient 9 fois plus communs dans l’armée anglaise que dans la population civile. On a invoqué les constrictions par l’uniforme et l’équipement, l’alcoolisme, et surtout la syphilis. Mais il faudrait prouver que la syphilis est plus commune dans l’armée que dans la population civile : les visites obligatoires ne permettent pas à un militaire de dissimuler une affection vénérienne ou syphilitique, tandis que, dans la vie ordinaire on cache avec soin les accidents de ce genre; la statistique comparative est ici impossible. Toutefois, il y a quelques années, le docteur Davidson (On atheromatous degeneration of the aorta, and its association with syphilis , Army medical Department Report, t. Y, p. 481)a fait le relevé suivant : Sur 114 soldats autopsiés à l’École de médecine militaire de Netley, il en a trouvé 22 qui avaient des lésions athéromateuses des artères; l’enquête montra que, sur ces 22 sujets, 17 avaient eu une syphilis indiscutable ; au contraire, sur les 78 sujets qui n’avaient pas eu la syphilis, 4 seulement étaient athéromateux. Malheureusement, même dans ces conditions, des coïncidences ne sont point des preuves positives.— Deux moyens peuvent aidera reconnaître la nature de la maladie : l’influence du traitement, les caractères histologiques de la lésion. En ces dernières années, on a prétendu avoir obtenu sinon des guérisons, au moins des temps d’arrêt dans la marche des anévrysmes , par l’iodure de potassium à haute dose. ( Bulletin de thérapeut., t. LXXXI1I, p. 278.) On en a conclu que, dans ces cas, la lésion devait être de nature syphilitique. Dans le cas actuel, la dégénération de l’aorte tout entière était trop complète pour que le traitement mixte institué par nous pût avoir une influence heureuse; le malade avait suivi il est vrai, à différentes époques, un traitement antisyphilitique trèsrégulier; mais ne voyons-nous pas, ne fût-ce que dans des cas exceptionnels, l’impuissance de la médication spécifique à conjurer certaines manifestations syphilitiques graves du cerveau, de la moelle, du tissu osseux? Il n’y a donc pas d’indication absolue à tirer de l’inefficacité du traitement dans le cas actuel .
Quant aux caractères histologiques de l’artérite syphilitique, il faut bien reconnaître qu’ils ne sont nullement spécifiques ; au début, l’accumulation de noyaux em- . bryonnaires en des points limités de la membrane externe ou interne, la sclérose périphérique en amas fusiformes, peuvent à la rigueur avoir une signification spéciale
bourdon contre-pointé. Guidées en cela par un goût très-contestable, les maîtrises remplacent aujourd’hui cet admirable office par des messes dites en musique. Les véritables connaisseurs ne peuvent approuver celte substitution. En fait de musique, ils n’acceptent que le Requiem de Mozart à grand orchestre, et qu’on ne peut guère exécuter qu’aux funérailles des princes de la terre. La messe chantée aux obsèques de M. Jacquemier par la maîtrise de Saint-Eugène a laissé beaucoup à désirer. Des efforts de voix, pas de nuances, absence de la tradition des chants religieux que l’on trouve avec satisfaction dans d’autres maîtrises, Saint- Sulpice, Sainl-Germain-des-Prés, par exemple.
J’ai été assez interloqué, mardi dernier, à l’Académie de médecine, par le savant doyen de notre Faculté, qui m’a fait le reproche d’avoir dépouillé Piorry de son meilleur titre de gloire, l’invention de la percussion médiate. Il est vrai que, dans l’article que j’ai consacré à M. Piorry, ma plume a trahi ma pensée; en venant de me relire, j’ai compris que M. Vulpian ait pu s’y tromper, car ma phrase est construite de manière qu’on peut croire qu’Atienbrugger a inventé la percussion médiale, que Piorry a vulgarisée et popularisée. Vice de rédaction, voilà tout; résultat de la malheureuse condition du journaliste, qui n’a pas même souvent le temps de se relire.
Je prie M. Vulpian d’avoir la bonté de croire que je savais qu’Auenbrugger a inventé la percussion immédiate ; j’ai lu son opuscule dans la traduction qu’en a donnée Corvisart; mais je maintiens l’exactitude de cette appréciation que c’est Piorry qui a vulgarisé et popularisé la percussion en la pratiquant inédiatement. Et, dans un autre article que je prie M. Vulpian de ne pas prendre la peine de lire, je faisais remarquer que, si l’immortel auteur de Yauscul-
l’union médicale.
sur une petite artère, une artère cérébrale, par exemple. Mais, quand la lésion dure depuis longues années, les inflammations périphériques secondaires, les amincissements par distension, ne permettent guère de reconnaître dans les parois du sac anévrysmal le point de départ initial et l’évolution du processus anatomique.
Au surplus, voici le résultat d’un examen histologique très-complet qui a été fait de cette aorte par M. le docteur Kiener, dont beaucoup d’entre vous connaissent la compétence et l’habileté :
Examen histologique , fait par M. le docteur Kiéner, agrégé au Val-de-Grâce.
L’aorte tout entière, ainsi que les branches collatérales dont les origines ont été conservées dans la pièce pathologique, sont manifestement altérées. Sur certains points, la paroi artérielle est simplement épaissie et la surface interne est lisse ; sur d’autres points, la surface interne est rugueuse, soulevée par des mamelons lenticulaires; enfin, sur plusieurs points de l’aorte et de ses collatérales existent des dilatations anévrysmatiques, au niveau desquelles la paroi est amincie. Il y a donc lieu d’examiner : 1° les altérations diffuses; 2* les altérations nodulaires; 3° les altérations qui ont occasionné la formation des anévrysmes.
Des fragments ont été découpés dans les régions correspondant à ces diverses altérations. Les uns, incomplètement durcis par l’alcool dans lequel la pièce pathologique a été conservée, ont pu être divisés à l’aide des pinces en minces feuillets parallèles à la surface, que l’on a colorés par le picro-carmin et étudiés dans la glycérine formique. D’autres fragments, amenés à un durcissement convenable, ont servi à faire des coupes parallèles ou perpendiculaires à la surface de la paroi.
A. Altérations diffuses. — Elles intéressent principalement la tunique interne du vaisseau et sont de deux ordres, les unes inflammatoires, les autres dégénératives.
1° Sur des coupes perpendiculaires à la paroi, on peut constater que la tunique interne est infiltrée d’éléments lymphatiques en quantité beaucoup plus considérable qu’à l’état normal. Ces cellules rondes sont également réparties, rares et éparses sur certains points, assez abondantes en d’autres points pour constituer des foyers sans limites précises; assez souvent elles sont agglomérées en deux ou trois rangées d’épaisseur dans les couches les plus superficielles de la paroi. Quant aux cellules fixes du tissu conjonctif, bien faciles à reconnaître à leur forme allongée, à leur prolongement et à leurs crêtes d’empreinte, elles sont régulièrement disposées en séries parallèles entre les strates de la substance fibreuse, et ne paraissent aucunement altérées, même dans les régions où les éléments lymphoïdes sont le plus abondants. Les cellules lymphoïdes ne paraissent donc pas provenir d’une prolifération des cellules fixes; certains faits permettent d’ajouter qu’elles proviennent des couches profondes de la paroi et ont atteint, dans les couches superficielles, le dernier stade de leur migration. En effet,
tation médiate avait vécu jusqu’à nous, il aurait eu le chagrin de voir son stéthoscope à peu près réservé pour des cas exceptionnels, comme M. Piorry avait eu le déplaisir de voir, à peu près généralement, substituer à sa plaque d’ivoire le simple doigt indicateur de la main gauche.
Ceci me rappelle qu’un jour, vers les dix heures du matin, Piorry, passant sur la place de la Bourse, m’aperçut, fit arrêter sa voiture et s’écria en m’abordant :
— Avez-vous, cher ami, entendu parler de ma leçon ?
— De laquelle?
— De celle que je viens de faire à la Pitié et qui a été couverte d’applaudissements.
— Comment voulez-vous que le bruit en soit venu jusqu’ici ; il est à peine dix heures à l’horloge de la Bourse. Fama volât, il est vrai, cher maître, mais pas tout à fait aussi vite.
— Et vous, lui dis-je, à mon tour, avez-vous entendu parler d’une communication faite hier à l’Académie des sciences, et qui a la prétention de remplacer la percussion médiate dans un grand nombre de cas?
— Non, répondit-il... Et souriant avec dédain : Je ne crains rien.
Piorry avait raison ; celte invention, qui était mienne, consistait à promener sur les organes un diapason donnant des sons très-aigus et qui s’affaiblissaient ou augmentaient d’intensité, selon le plus ou moins de perméabilité des organes à l’air, etc. Piorry seul me fit la politesse d’essayer ce petit appareil, qui était assez ingénieusement trouvé, mais dont les applications trop restreintes l’éloignaient de la pratique ordinaire.
Un peu moins sévère peut-être que mon collaborateur du « Premier-Paris », je ne peux cepen-
l’examen des lambeaux détachés à l’aide des pinces montre que les feuillets les plus superficiels renferment des cellules lymphatiques complètement graisseuses, réfringentes, tandis que les feuillets profonds sont infiltrés de cellules jeilhés, bien colorées par le carmin. Dans ces mêmes feuillets, les cëllulës fixés, vues à filât, apparaissent sous forme de cellules rameuses, plaies, à uh sèUl nbydii, anastomdséés entre éllës pat- de nombreuse prolongements.
2° A côté dès allërâti'ons infldmitiatbifes qilë nbuë venons de décrire, et sans rapport de distribution avec celles-ci, évolue un processus éminemment dégénératif, caractérisé* dans un premier stade, par une infiltration graisseuse ou calcaire diffuse et, dans un stade plus avancé, par un dépôt athëromâfeux à contours biéti liinitës. Ces lésions siègent quelquefois dans les couches superficielles ou moyennes de la tunique interne, mais plus souvent dans les couches les plus profondes en contact avec la tunique moyenne. Elles apparaissent quelquefois dans des portions de la paroi infiltrées de cellules lymphatiques, mais, d’autres fois aussi, dans des portions qui ne renferment aucun de ces éléments.
Le processus débute tantôt dans les cellules fixes, tantôt dans la substance fibreuse. Dans le premier cas, on voit, sur les coupes transversales de la paroi, des amas fusiformes de granulations graisseuses et calcaires distribuées en séries parallèles entre les couchés de là substance fibreuse et remplaçant les cellules fixes. Dans le deuxième cas, les granulations apparaissent dans l’épaisseur des iames fibreuses, qui prennent un aspect opaque et ne se colorent plus par le carmin.
A un degré plus avancé du processus, le dépôt athéromateux se présente comme une masse amorphe, grisâtre et réfringente, parsemée d’aiguilles cristallisées, et nettement délimitée du tissu conjonctif voisin.
Quelquefois ces amas lenticulaires de matière athéromateuse, situés dans la couche profonde de la tunique interne* sont entourés d’une zone d’infiltrations lymphatiques qui occasionne un léger épaississement de la paroi à leur niveau. Dette infiltration de cellules lymphatiques, qui n’existait pas au début du processus, nous a paru être le résultat d’une irritation de voisinage provoquée par la présence du dépôt athéromateux agissant à la manière d’un séquestre:
U rté nous reste plus, pour compléter la description de ces altérations diffuses, qu’à mentionner én quelques mots les altérations des tuniques externe et moyenne de l’artère;
La tüniqüe éxterne est hÿpërëmiéè* et sillonnée de traînées plus ou moins larges de cellules rondes, lymphoïdes, ordinairement accumulées au pourttiur des vaso-vasorum. La tuniqüe moyenne est lé plus ordinairement saine ; çà et là cëpëhdant elle est traversée dfe bandés fibreuses bu dë traînées lymphoïdes étroites qtii réunissent Obliquement la tunique interne et là tunique externe.
B. Altérations nodulaires. — • Très-remarquables dans leur aspect et dans les lésions secondaires qu’elles entraînent, elles ne diffèrent point* dans leurs phénomènes essentiels* des altérations diffuses, précédemment décrites. Elles consistent en des nodules développés dans la
dant m’expliquer l’abandon fait par quelques membres de l’Académie* à la dernière élection, au détriment de M. Gallard, què par l’absence de quelques-uns des membres au scrutin de ballottage. Voyez, en effet : au premier tour, 81 votants; au deuxième tour, il n’y en a plus que 78; aü troisième tour, le chiffre remonte à 79. Il y a donc eu deux absences, M, Gallard ayant perdu trois voix d’un scrutin à l’autre* cet honorable candidat n’aurait donc à regretter que deux lâcheurs au lieu de trois. C’est égal* qu’il y en ait eu deux ou trois, je ne peux me faire à cette idée, qu’à quelques minutes d’intervalle, il se trouve des hommes sérieux, sensés et honnêtes, qui trouvent deux fois M, Gallard digne d’entrer à l’Académie, et une troisième fois le frappent d’exclusion.
C’est par imbécillité, sans doute, — si vous y tenez, j’emploierai l’euphémisme, et je dirai : C’est par naïveté assurément que je ne peux comprendre que des académiciens, à trois heures cinquante-cinq minutes, aient trouvé que M. Gallard était du bois dont on tait les membres de l’Académie, et que, à quatre heures quinze minutes, ils aient déclaré tout le contraire. On ne peut s’expliquer cela que par une sortie imprévue, ou par une indisposition subite.
Mon Dieu! quand donc ma longue et vieille expérience des candidatures académiques pourra-t-elle prémunir les candidats contre les illusions et les déceptions que je ne cesse de leur prédire, mais bien vainement! Celte fois encore, si j’étais indiscret, j’aurais, à cet égard, de singulières révélations à faire. Je veux bien m’en abstenir. Qu’il me suffise de dire que la déception a dû être plus grande pour le vainqueur que pour les vaincus. L’un et les autres doivent voir aujourd’hui si j’avais bien compris et apprécié la situation.
Chers et honorés candidats aux fauteuils académiques, voulez-vous me permettre de vous donner un petit et court conseil? De toutes vos voix promises, prudemment et courageusement suppnmez-en le tiers, et vous vous éviterez ainsi le chagrin des déceptions.
L’UINIOIN MÉDICALE.
tunique interne, dont ils occupent tantôt les couches superficielles, plus souvent les couches profondes* quelquefois toute l’épaisseur. Variables dans ieur structure* les nodules peuvent être ramenés à deux typés principaux : abcès athéromateux et fibrome.
Abcès athéromateux. — Lés nodules débutent par Une accumulation de cellules lymphatiques dans tin foyer circonscrit; peut-être ÿ a-t-il aussi une prolifération concomitante dés cellules fixes; mais la plupart des éléments sont assurément des cellules migratrices. A un degré plus avancé, cés cellules et lé stroma conjonctif qui lés soutient s’infiltrent de granulations graisseuses* le tissu se ramollit et l’abcès est formé; Cet abcès, lorsque son siège est profond, comprimé; use et finit par détruire la tunique moyenne, en sorte quil n’est plus limité dans ses parties profondes que par la tunique externe. Sur l’une de nos préparations; les couches superficielles de la tunique interne s’étaient affaissées au niveau de cette perte de substance et étaient véniies s’accoler à iâ tunique externe.
Fibrome. — Les hodules, de fermé sphérique oii îenticulairé, débutent par une tuméfaction circonscrite de quelques faisceaux conjonctifs ; ces faisceaux s’élargissent, sê colorent plus vivement par le carmin, et se disposent en couchés concentriques qui refoulent les tissus voisins. Les cellules fixes contenues dans ce foyer sont déplacées dé telle manière que quelques-unes sont vues de face au lieu d’être vues de profil, dans les coupes transversales de la paroi; elles ne présentent aucun vestige de prolifération ni d’hypertrophie; mais, au contraire, comprimées par la tuméfaction des faisceaux fibreux, elles deviennent de plus en plus grêles et tendent à s’atrophier. A un degré plus avancé, le nodule fibromateux de plus en plus dense, ne renfermant à sa partie centrale que des cellules atrophiées, subit une transformation graisseuse et calcaire qui commence par les parties centrales. La présence de ce nodule entraîne dés lésions de voisinage dans le tissu ambiant ; ordinairement on observé à son voisinage une zone plus ou moins étendue d’infiltration lymphoïde. Lorsqu’il siège dans les couches profondes de la tunique interne, il comprime, use et finit par détruire la tunique moyenne, et se met en contact avec la tunique externe.
Outre les deux types nodulaires que nous venons de mentionner, on en rencontre d’autres de structure mixte qui établissent une sorte de transition. L’infiltration lymphoïde et le gonflement de la substance fondamentale ont lied simultanément dans le même foyer. Dans ùn premier stade, le nodule présente aldiS une partie centrale fiché èn cellules lymphatiques et une zone périphérique formée d’une substance fibreuse à couches épaisses et vivement colorées par le carmin, dont les cellules fixes sont plus ou moins atrophiées. A un degré plus avancé, il peut arriver que le cèntre de ce riodulè subisse fine sorte de fente graisseuse à la manière des abcès athéromateux, tandis que la zone périphérique fibreuse et condensée s’infiltre lentement de granulations gràisséiises et calcaires.
C. Paroi des anévrysmes. — Les coupes pratiquées sur des fragments découpés dans l’aorte au niveau du point où elle subit la dilatation anévrysmatiqiie, monlfënt que la paroi
Cfost triste, mais mon demi-siècle d’expërieüce ne peut pas vous le passer à moins.
Quant aux ex æquo, je vous dirai, entre nous, que je n’en suis pas fanatique. C’est souvent, pour des juges empêtrés dans dés obsessions et des sollicitations, un moyen commode de se tirer d’embarras. Plus souvent ce moyen est une capitulation de conscience. Quelquefois, enfin, c’est un piège et une perfidie. Mais jamais l’assimilation n’est sincère, parce qu’elle n’est jamais possible. Quand les botanistes assurent qu’il n’est pas deux feuilles d’arbre qui se ressemblent absolument, qu’ii en est de même de deux escargots, de deux hannetons, et que probablement M. Pasteur nous dira bientôt de deux microbes, vous croyez qu’il se trouve des esprits assez subtils, assez pénétrants, doués d’un talent analytique assez complet pour comparer, pour assimiler l’intelligence de deux candidats? Erreur profonde ou manœuvre insidieuse, je ne sors pas de là.
La Birmingham Gazette raconte un trait curieux d’un éléphant femelle, nommé Lizzie, qui appartient à une ménagerie de passage à Tenbury. On peut ajouter ce fait à tous ceux racontés par M. Toussenel, dans son livre charmant, l’Espnï des Bêtes :
« Il y a près de cinq ans, après une marche pénible, on laissa boire à l’animal une certaine quantité d’eau froide : il en résulta qu’il fut atteint d’une grave maladie qui fit craindre pour sa vie. On appela un pharmacien de Tenbury qui* par ses soins dévoués et un traitement habile, lui rendit la santé.
« Lizzie n’avait pas oublié son sauveur, et, vendredi, passant en procession dans Tenbury, elle reconnut le pharmacien à la porte de son établissement. Elle quitta les autres animaux et vint lui mettre affectueusement sa trompe dans la main. Le soir, le pharmacien alla
de l’anévrysme est constituée par deux tuniques seulement, la tunique interne et la tunique moyenne de l’aorte; la tunique moyenne élastique fait défaut; les tuniques interne et externe présentent les altérations diffuses que nous avons décrites au paragraphe A. La disparition de la tunique interne, qui est évidemment la cause de la dilatation anévrysmatique, est facile à comprendre dans son mécanisme, si on examine une coupe intéressant à la fois l’aorte et la paroi de l’anévrysme. Certaines de nos préparations montrent que l’aorte à ce niveau présente des nodules fibromateux ayant détruit par compression la tunique moyenne, comme il a été dit plus haut. D’autres préparations montrent que la tunique élastique a été progressivement envahie par des traînées de tissu fibreux ou embryonnaire reliant entre elles les tuniques interne et externe enflammées, et finissant par étouffer complètement les éléments musculaires et élastiques de la tunique moyenne.
Conclusion. — On voit qu’il s’agit, dans cette pièce pathologique, d’une endartérite diffuse et nodulaire, accompagnée d’une dégénération athéromateuse de la tunique interne. La périartérite ne fait presque jamais défaut, mais les altérations qui en dépendent sont en général peu profondes. Quant à la tunique moyenne, elle ne subit que des altérations passives, l’usure par compression ou la transformation fibreuse par extension des processus de l’endo- et de la péri-artérite.
Les lésions athéromateuses sont telles qu’on les observe communément dans la vieillesse. Les lésions inflammatoires sont caractérisées par l’infiltration diffuse ou en foyers de cellules lymphoïdes, ou bien par la formation de nodules fibromateux. Nous n’avons trouvé, dans ces diverses altérations, aucun caractère spécifique pouvant être rapporté à une néoplasie syphilitique.
BIBLIOTHÈQUE
Thèses du Concours €le l’agrégation en ehirurgie (1)
COMPARAISON DES ARTHROPATHIES RHUMATISMALES, SCROFULEUSES ET SYPHILITIQUES,
par G. Bouilly. Paris, J. -B. Baillière; 1878.
Les jointures ont une susceptibilité particulière qui leur permet d’être influencées par des états divers, permanents ou transitoires, sous l’influence desquels elles réagissent d’une manière différente.
C’est ainsi que l’histoire des arthropathies se trouve intimement liée à celle des diathèses. Sous l’influence de la scrofule, du rhumatisme et de la syphilis, les articulations peuvent
(1) Suite et fin. — Voir les numéros des 27 et 29 mars.
visiter la ménagerie, et Lizzie lui fit la réception la plus chaude et la plus cordiale : elle l’entoura doucement de sa trompe, au bout de laquelle elle le tint emprisonné pendant quelque temps, au grand effroi des spectateurs, et on eut beaucoup de peine à lui faire lâcher son ami. »
Vous ne savez peut-être pas quelle est la meilleure des libertés? Et dire que M. Thiers n’a pas placé celle-là au nombre des libertés nécessaires qu’il réclamait; ni M. Madier de Montjeau parmi les libertés indispensables qu’il exige. Eh bien, lisez une certaine annonce à la quatrième page de quelques journaux, et vous y lirez ceci :