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L’EXTRAIT DE STIGMATES DE MAIS DANS LES MALADIES DE LA VESSIE

Par le docteur H. Dassein.

Voici un médicament qui n’existait pas encore il y a un an à peine, et qui paraît deVôiientrer de plain-pied dans la thérapeutique usuelle,, si nous en croyons: les nombreuses observations auxquelles il a déjà donné lieu.

Voici d’abord kl cas de guérison ou d’amélioration considérable survenus chez des malades qui, la plupart, avaient essayé sans grand succès toutes les médications en usage.

Puis une quinzaine dans lesquels d’autres traitements ayant été suivis simultanément, il est impossible de se prononcer.

Enfin un certain nombre dont les résultats sont incomplets, incertains ou même négatifs. Mais, pour ceux-là, l’analyse des observations donne assez facilement l’explication de l’insuccès.

Plusieurs de ces malades avaient en effet dès affections organiques, ou bien leur maladie était tellement avancée, que l’amélioration survenue tout d’abord n’a pu se maintenir. D’autres n’ont pas continué le traitement assez longtemps; quelques-uns l’ont cessé pour faire une saison d’eau ou bien l’ont mal suivi.

Ces réserves faites, voici d’abord l’analyse des cas heureux. Nous parlerons des: autres dans un prochain article.

Ces cas peuvent être classés de la façon suivante :

Catarrhes de la vessie chez des vieillards 6

Catarrhe vésical de causes diverses . . . . 8

Cystite aiguë du col . . . . . . . . 2

Cystite avec hématurie, . . 1

Cystite chronique avec ou sans pus . . 10

Néphrite chronique . 1

Gravelle urique et phosphatique . . 7

Rétention d’urine ancienne . . 2

Dysurie de causes diverses . 6

Cette nomenclature est un peu vague, nous le reconnaissons, mais nous n’avons voulu faire pour le moment qu’un article de thérapeutique générale, et le détail des observations nous prendrait trop de place. On trouvera d’ailleurs au bas de la page les noms des médecins qui ont recueilli ces diverses observations (1), et ils ne se refuseront pas certainement à fournir les renseignements qu’on leur demandera.

(i) .Dr Van de Keere, à Cirey-sur-Blaise (Haute-Marne). Dr Deny, à Nangis (Seine-et-Marne). Dr Ollivier, à Loqroux (Maine-et-Loire). Dr Leclercq, à Compiègne. Dr Brongniart, à Contrexéville. Dr Teveux, à Plurien (Côtes-du-Nord). Dr Jounia, à Parts. Dr Galopin, à Illier (Eure-et-Loir). Dr Cougit, à Toulon. Dr beclerq, à Brienon (Yonne). Dr Steiner, à Cossé (Mayenne). Dr Fourrât, à Dijon. Dr Alphand, à Pernede-Vaucluse. Dr Desmaroux, à Huriel (Allier). Dl Roux, à Cliinon. Dr Mazet, à Monfort-l’Amaury. Dr Dezotteux, à Lard.y ($eine-et-Oise). Dr Leclerq, à Valence (Drôme). Dr Delouard, à Bethizy . (Oise). Dr Vincent, à Saint-André (Hérault). D* Poirier, à Avize /Marne). Dr Jacolot, à Lorient. D1 Picou, à Meslay (Mayenne). Dr Gilkinet, à Liège (Belgique). Dr Guerder, à Longwy (Meurthe-et-Moselle). Dr Dousseau, à Grasse (Alpes-Maritimes). Dr Fiasecki, au Havre. Dr Lardier, à Rambervillers (Vosges). Dr Dhers, à Arné (Hautes-Pyrénées).

stomacal est rempli de liquides alcalins tandis que le sang artériel qui baigne ses tissus est acide: mais plus bas il faut bien admettre une autre cause, puisque le sang est redevenu alcalin et que le liquide en présence, dont il n’est séparé que par une fine membrane, donne sensiblement la même réaction, et qüe, d’ailleurs, le courant qui tout à l’heure se dirigeait du sang artériel à la cavité viscérale, doit maintenant se diriger en sens contraire, c’est-à-dirë: de la cavité intestinale au sang veineux. » N’y a-t-il pas, entre ces deux propositions, une contradiction du moins apparente? Passons, et voyons qu’elle est « l’autre cause » d’électricité organique.

Le globule rouge est composé des mêmes éléments que la pile de Grove (pile à gaz) : un métairie fer, en contact avec l’hydrogène et l’oxygène; il suffit de relier les diverses parties de cet appareil par un fil conducteur pour qu’immédiatement un courant se produise... Partout où un globule, seul ou accouplé en série plus ou moins étendue, se trouvera en contact en même temps avec les extrémités microscopiques des nerfs grand sympathique (pôle positif) et pneumo-gastrique (pôle négatif), le circuit sera fermé et l’électricité se dégagera de globules en contact parfait.

« Voilà le courant nerveux trouvé, voilà la vraie source de l’électricité animale ! »

Soit encore ! cela fait deux sources ; abondance de bien ne nuit pas. Revenons aux alcalins « Dans la pile de Grove, le courant va de la lame qui plonge dans l’oxygène à la lame qui plonge dans l’hydrogène.. Ici (dans l’orgânisme) il va de même du filet nerveux positif au filet négatif, de l’acide à l’alcali, de la désassimilation à l’assimilation. Donc le globule s’affaiblit, se désassimile; mais, en même temps, le courant, — comme dans la pile de Grove, — va en sens inverse dans l’intérieur du liquide, c’est-à-dire du pôle négatif au positif, de l’alcali à l’acide, de l’assimilation à la désassimilation; les alcalins rentrent dans la masse du sang, atome par atomè; et remplacent, chaque globulè .qui s’use. » — « La production de l’électricité étant admise, nous considérerons les extrémités nerveuses comme les extrémités de fils électriques, et les fonctions diverses comme identiques à la galvanoplastie dans laquelle nous voyons, lorsque le circuit est fermé au sein d’un liquide conducteur, les molécules du métal contenu dans le liquide se transporter du pôle positif qui désassimile au pôle négatif qui assimile... (p. 91). » — «Le courant prend naissance aux extrémités périphériques des nerfs, dans le parenchyme des tissus, dans les culs-de-sac glandulaires, sur tout le trajet des capillaires généraux, et ce courant formé aux dépens du sang et surtout des globules rouges, réagit immédiatement sur les nerfs en question, et il est employé au dédoublement des liquides étrangers ou ' constitutifs de Torgaûisme à travers lesquels il se transmet (p. 113). .tihmH ; : )ü

« L’acide existant au sein de l’économie, et son augmentation constituant l’état morbide, la présence des alcalins modifiant l’économie et la ramenant à l’état normal, c’est bien à cause d’eux que la santé s’est rétablie, c’est bien après leur administration et sous leur influence que le courant électrique, interrompu ou mal réglé, a repris ss force, sa' direction,’ son intensité, sa tension, et que les phénomènes de nutrition sont redevenus ce qu’ils étaient : les agents de l’assimilation. Oui, c’est bien à eâuse d’eux què la désassimilation, qui seule se faisait sentir dans l’organisme malade, a été contrebalancée par une assimilation réparatrice ; c’est bien après la rentrée des alcalins dans leur domaine que le désordre a pris fin... Ce n’est pas en désobstruant, en désacidifiant, en excitant, en stimulant, que les alcalins ont fait tout cela ; c’est en êtanl la. Ils ont fait tout ce bien parce qu’ils sont la cause de tout ce qui vit en nous.., (p. 123). »

Il faut se borner, et nous croyons avoir suffisamment laissé l’auteur exposer l’idée fondamentale du livre, âuque|, nous prenons la liberté de renvoyèf le lécteur pour les explications compléméntaîres.

Ce livre gagnerait beaucoup si M. le docteur Souligoux eût fait lui-même le travail de concentration que nous venons d’essayer. A l’inverse de certaines liqueurs, il en deviendrait plus clair. L’auteur, à chaque instant, s’échappe par la tangente et se laisse emporter en des digressions incidentes qui présentent, à la vérité, beaucoup d’intérêt, mais qui font perdre au lecteur le fil de la démonstration. Il semble que M. le docteur Souligoux, ayant trouvé la raison de l’action des alcalins, n’a pas osé la livrer au public sous forme de proposition toute simple, et qu’il a cru lui donner plus d’autorité en l’expliquant, en l’entourant de commentaires et en faisant voir que, mieux que les autres hypothèses, elle rend compte des phénomènes observés. Il a lu, la plume à la main, un grand nombre d’ouvrages afférents à son sujet, les mettant à contribution quand ils étaient confirmatifs de sa manière de voir, les critiquant et les discutant, non sans quelque vivacité, lorsqu’ils lui étaient opposés. Et puis, soit par manque de temps, soit par regret d’annihiler des recherches qui lui avaient coûté beaucoup de travail, et qui, je le répète volontiers, offrent en elles-mêmes un intérêt incontestable, soit par un autre hiotif, l’auteur a rassemblé tous ces matériaux et en a fait un

L’UNION MÉMCALK.

volume, — volume trop gros, et, que M. Souligoux me permette cette critique, un peu négligé en la forme, comme toutes les œuvres écrites de premier jet. Celle-ci, d’ailleurs, gagne en chaleur ce qu’elle péril en correction. Il en est presque toujours ainsi.

Quant au fond, je ne présenterai que quelques remarques générales. Llauteur, emporté par le désir de faire partager la convicliou absolue qui le domine, ne s’est pas tenu en garde contre l’écueil de trop prouver. Ce qu’il a écrit à la première page de la préface aurait dû, cependant, lui imposer une excessive réserve. Il a dit, en termes excellents : « La pire chose, c’est l’emploi d’un agent thérapeutique suivant une idée préconçue et fausse, suivant une théorie incomplète qui voudrait expliquer le pourquoi des choses, et qui est bien loin de répondre à tous les cas. »

Si les maladies que l’on traite à Vichy : la goutte, la gravelle urique, le diabète, l’obésité, la dyspepsie, l’engorgement du foie, les calculs biliaires, les engorgements abdominaux, sont guéries par les alcalins agissant de la façon exposée par M. le docteur Souligoux, il est bien difficile de comprendre comment il se fait que ces mêmes maladies soient guéries par d’autres eaux d’où les alcalins sont absents. Mais, dira-t-on, Vichy les guérit bien plus souvent que les autres sources minérales. Il suffit que Vichy ne les guérisse pas toujours, et que les autres les guérissent ou les modifient quelquefois pour que mon étonnement subsiste.

Si, en outre, les alcalins agissent comme le croit M. le docteur Souligoux et s’ils ont la vertu merveilleuse qu’il leur prête, alors ils ne doivent pas guérir seulement les affections énumérées plus haut, ils doivent guérir toutes les maladies chroniques, ils doivent même tout guérir, puisqu’ils sont un des éléments de la pile qui n’est autre chose , que la force vitale elle-même.

Mais, en faisant la part du feu aussi grande qu’on voudra, il n’en reste pas moins que « l’Étude sur les alcalins » est, à beaucoup d’égards, remarquable. C’est un effort vigoureux pour nous débarrasser des tautologies qui nous endorment, et pour montrer le vide des explications qui ne sont que des définitions. Seulement l’effort manque de ipesure, et j’entends à peine, par là, formuler un blâme, sachant qu’avec certaines armes il faut, pour atteindre le but, viser bien au delà. — M. L.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

Séance du 21 janvier 1879.— Présidence de M. Richet.

La correspondance non officielle comprend :

1° Un travail manuscrit de M. Aumignon, intitulé : Quelques observations au sujet du vacçin et des revaccinations.

2° Un travail manuscrit de MM. les docteurs Planat et Hugues (de Nice), intitulé : Recherches sur les températures locales au moyen de l’appareil thermo-électrique.

M. Gosselin offre en hommage, un exemplaire de la troisième édition de son ouvrage intir titulé : Clinique de l'hôpital de la Charité.

M. Bergeron présente, au nom de M. le docteur Émile Duché (de l’Yonne), une brochure intitulée: Question des tours pour les enfants abandonnés dans le département de l'Yonne.

M. Bergeron présente en outre, en son nom et au nom de ses collaborateurs, le premier numéro d’un recueil qu’ils viennent de faire paraître sous le nom de Revue d’ hygiène.

M. le docteur Delmas (de Bordeaux) demande l’ouverture d’un pli cacheté déposé par lui dans la séance du 8 décembre 1877.

M. le Secrétaire perpétuel ouvre ce pli cacheté, qui contient cinq propositions « originales » relatives à l’action du froid et de la chaleur sur l’organisme.

Sur 1 invitation de M. le Président, M. Henri Gueneau de Mussy donne lecture du discours quil a prononcé, au nom de l’Académie, aux obsèques de M. Ambroise Tardieu. (Voyez 1 Union Médicale du samedi 18 janvier.)

Cette lecture est accueillie par de nombreuses marques d’approbation.

M. le docteur Bücqooy, médecin de l’hôpital Cochin, lit un travail intitulé : Anévrysme de l aorte ascendante traité avec succès par la méthode électrolytique «

Cette méthode, due à Çiniselli (de Crémone), et récemment introduite en France par M. le docteur Dujardin-Beaumetz, a été appliquée d’abord aux anévrysmes chirurgicaux, puis étendue au traitement des anévrysmes de l’aorte par MM. Dujardin-Beaumetz, Proust, Bail et Bernutz, mais sans que, dans aucun cas, ils aient pu parvenir à conjurer la terminaison fatale.

Plus heureux que ses collègues, M. Bucquoy met sous les yeux de l’Académie une malade de son service de l’hôpital Cochin, chez laquelle l’emploi de la méthode électrolytique a donné des résultats remarquables et très-satisfaisants. Par ce mode de traitement, une tumeur anévrysmale de l’aorte, d’un volume considérable, a été réduite au moins des deux tiers et s’est trouvée en grande partie comblée par des caillots résistants ; presque tous les symptômes graves de la maladie ont cédé avec une merveilleuse rapidité ; là malade, enfin, a repouvré le sommeil, l’appétit et les forces, et serait toute prête à reprendre son travail si M. Bucquoy ne la retenait pour consolider l’amélioration obtenue. Il serait au moins prématuré, dit M. Bucquoy, de considérer cette malade comme définitivement guérie ; mais elle lui a paru offrir Un grand intérêt comme démonstration des bons effets de la méthode de Çiniselli dans le traitement des anévrysmes de l’aorte.

Après avoir donné les détails très-intéressants de cette observation, M. Bucquoy fait ressortir la gravité de la maladie et ses rapides progrès. Or, dès la première application de l’électrolyse, la marche de la maladie s’est trouvée suspendue, un grand bien-être a succédé aux douleurs angoissantes de la malade.

Les circonstances qui offrent le plus de chance de succès, suivant M. Bucquoy, sont : une maladie de date relativement récente, une tumeur limitée, de petit volume, communiquant par un orifice étroit avec la cavité de l’aorte, et, pour les anévrysmes voisins de la naissance de l’aorte, l’absence, comme chez sa malade, d’insuffisance aortique. Les douleurs angoissantes qui, si souvent, accompagnent l’anévrysme de l’aorte, n’ont point paru exaspérées, ni même réveillées, comme on aurait pu le croire, par l’action de l’électricité ; souvent, au contraire, elles ont cédé merveilleusement à ce mode de traitement.

M. Bucquoy ne doute pas que, lorsque la méthode de Pélectroiyse sera vulgarisée et appliquée à une époque peu avancée de la maladie, on n’obtienne des résultats beaucoup plus favorables que ceux obtenus jusqu’à ce jour, et même de véritables guérisons.

La communication de M. Bucquoy a été suivie de la présentation déla malade qui fait le sujet de cette observation remarquable.

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion sur le rapport de M. Panas relatif à l’ostéomyélite et à la septicémie.

M. Maurice Perrin commence par faire observer, après M. Bouillaud, que la septicémie reste une des questions les plus graves de la pratique médicale, celle à laquelle, d’une manière permanente et fatale, en quelque sorte, aboutissent toutes les questions de chirurgie, même les plus spéciales. M. Perrin a été séduit par l’exposé des doctrines de M. Pasteur; il a vu dans ces doctrines une théorie claire, nette, saisissante de la septicémie, une lumière, énfin, éclairant utie routé jusque-là si obscure. Il a regretté de voir M. Colin jeter, pour ainsi dire, un voile sur cette lumière, et mettre de nouveau en cause ce qui avait paru constituer un grand et incontestable progrès. L’œuvre tentée par M. Colin lui a paru dangereuse, et, sans avoir la prétention de prendre en main la défense des doctrines de M. Pasteur, qui se défendent assez par elles-mêmes, M; Perrin a cru devoir intervenir pour essayer de réfuter quelques-unes des propositions émises par M. Colin.

M. Colin n’admet pas que l’air puisse, par lui-même, exercer une fâcheuse influence sur les plaies et blessures, et devenir une cause déterminante de la septicémie. Il a fait, dit-il, de nombreuses expériences* sur les animaux, et jamais il n’a vu que, chez eux, les plaies même les plus contuses, en particulier les plaies faites au tissu osseux, et soumises au contact de l’air, aient provoqué la. septicémie.

M. Perrin admet parfaitement les résultats des expériences de M. Colin ; mais ces résultats négatifs ne prouvent rien, suivant lui, contre les résultats positifs, malheureusement trop nombreux, de la pratique chirurgicale.

M. Colin a cherché à expliquer les différences observées entre les résultats de l’expérimentation physiologique et ceux de l’observation clinique, par la différence des conditions dans lesquelles se trouvent l’expérimentateur physiologiste et le chirurgien. Le premier agit sur des éléments anatomiques intacts, sains, tandis que le chirurgien opère sur des organes malades, sur des tissus contusionnés, broyés, soustraits à l’empire de la vie, abreuvés par des liquides altérés, nuisibles et propres à donner naissance à du pus qui, d’emblée, serait de mauvaise pâture.

M. Perrin ne croit pas qpe l’explication de M. Colin soit de nature à éclairer davantage la

question de la septicémie. La cause de la septicémie reste inconnue après comme avant cette

^Un^deTraisons les plus sérieuses invoquées par M. Colin contre la doctrine de M. Pasteur, c^«^lmSSant partout dans l’air atmosphérique, tous les blessés sans distinction devraient. succomber à la septicémie; il ne devrait pas, stuvan lui, exister

erande différence entre les résultats des opérations, suivant qu elles sont faites dans les hôpi¬

taux ou en dehors des hôpitaux, entre les résultats des accouchements, suivant qu ils ont lieu à la campagne ou dans les maternités.

Cependant la raison logique de ces différences serait, suivant M. Perrin, bien facile à

démontrer. Que faut-il, en effet, pour que la septicémie prenne naissance? Il faut : 1° la

présence de germes, condition qui, d’après M. Pasteur, ne saurait manquer jamais; 2° un terrain bién préparé, c’est-à-dire l’existence, dans l’organisme, de liquides putrescibles capables de fermenter et.de multiplier les germes; 3° enfin, des produits développés sur place, comme dans un milieu de culture, et pouvant pénétrer dans l’organisme par voie d’absorption.

Or les plaies des parties molles sont généralement peu souvent suivies de, septicémie. Dans les plaies contuses, les tissus restent vivants, les liquides aussi, particulièrement la lymphe plastique susceptible de s’organiser rapidement et d’échapper ainsi à, l’influence de la putréfaction. Il n’y a que le sang et le pus qui soient exposés à cette influence, et encore seulement dans les cas où il y a stagnation de ces liquides exposés au contact de l’air.

Combien différentes sont les conditions dans lesquelles se trouvent les blessés atteints de plaies du système vasculaire ou du système osseux! Ce sont ces deux catégories de plaies qui donnent le plus souvent naissance à la septicémie. D’une part, en effet, leur puissance réparatrice est moindre, et, d’autre part, les vaisseaux restant béants au fond de la plaie constituent des voies toujours activement ouvertes à la résorption.

La preuve de l’influence de l’air sur la production de la septicémie se tire, suivant M. Perrin, de la différence si grande que l’on observe dans les fractures graves, suivant que le foyer de ces fractures est ou non exposé au contact de Pair; de la différence des résultats des opérations pratiquées, par exemple, sur les tumeurs hémorrhoïdales, suivant que le procédé opératoire met ou non la plaie au contact de l’air, etc., etc.

Vainement M. Colin, pour diminuer l’importance de la plaie extérieure comme porte d’entrée de la septicémie, invoque l’activité d’absorption des surfaces muqueuses pulmonaires ou digestives comme voies de pénétration des germes ou corpuscules. Ce ne sont pas des raisonnements qu’il faut aujourd’hui, ce sont des faits, des expériences qu’il fapt opposer aux expériences et aux faits de M. Pasteur. Or, toute cette partie véritablement démonstrative a été complètement négligée par M. Colin. Tous les, faits connus, parmi lesquels il faut citer les expériences de M. Chauveau (de Lyon), sont, à cet égard, contraires aux assertions de M. Colin et confirmatifs des doctrines de M. Pasteur.

En résumé, M. Perrin n’admet pas l’infection primitive du sang comme cause de la septicémie ; il s’en lient, jusqu’à preuve contraire, à la doctrine de la pénétration des germes par la plaie, parce qu’elle est plus claire, plus démonstrative, plus pratique, puisqu’elle oblige le chirurgien de se préoccuper de la plaie,, de fermer la porte d’entrée de la septicémie et de faire bonne garde à cette porte.

Le raisonnement confirme M. Perrin dans cette opinion. En effet, on ne voit guère de septicémies spontanées; les blessures les plus graves restent indemnes d’accidents de ce. genre, tant qu’elles restent à l’abri du contact de l’air.

L’abcès froid, l’abcès par congestion, demeure également très-longtemps sans fâcheuse influence sur l’organisme, tant qu’une main imprudente n’a pas, en l’ouvrant, donné entrée à l’air atmosphérique.

La doctrine du développement de la septicémie chirurgicale par la plaie, confirmée par les faits, les expériences et le raisonnement, est aussi, suivant M. Perrin, la plus féconde en résultats pratiques. Il est impossible de nier que la méthode antiseptique, qui en dérive, n’ait pas entièrement changé la face de la pratique chirurgicale dans les résultats du traitement des plaies et des opérations.

En face de cette septicémie de cause externe, démontrée par les expériences de M. Pasteur, n’y a-t-il point de place pour une septicémie de cause interne, qui serait due à la présence, dans l’organisme, d’éléments septiques non venus du dehors, mais ayant pris naissance au sein de l’organisme lui-même? Certains faits sembleraient conduire à l’admission de cette nouvelle forme d’empoisonnement. M. Gosselin et d’autres chirurgiens ont trouvé des bactéries dans le pus des parties profondes de l’organisme non exposées à l’air; on en a trouvé également dans des collections purulentes survenues à la suite de fièvres graves, de la fièvre

typhoïde, de la variole, etc. ; M. Perrin a ponctionné un kyste hydatique dont le liquide a été trouvé plein de vibrions.

Ij est donc admissible que, sans l’intervention de l’air, des éléments putrides existent dans l’organisme, susceptibles, par leur multiplication, de déterminer des accidents analogues ou identiques à la septicémie de cause externe.

Ces deux ordres de faits sont, suivant M. Perrin, de nature différente et méritent d’être distingués l’un de l’autre. De là le nom de septicémie interne qu’il propose de donner aux faits du deuxième ordre. Celte catégorie est, sans doute, encore mal connue, l’explication de. ces faits est encore insuffisante ; mais ce sera l’œuvre de l’avenir d’en donner l’explication logique, et de compléter ainsi la grande découverte de M. Pasteur.

— A quatre heures et demie, l’Académie se forme en comité secret, pour entendre le rapport de M. Laboulbène sur les titres des candidats aux places de correspondants.

aveugles par accident sont de beaucoup les plus nombreux: il y en a 23,247, contre 5,244 aveugles de naissance. , , , , . .

Il n’en est pas de même des sourds-muets, parmi lesquels 16,127 le sont de naissance, tandis qu’il n’y en a que 5,268 qui le soient devenus par accident.

Il y a plus d’hommes que de femmes, aussi bien parmi les aveugles que parmi les sourdsmuets. Les départements qui comptent le plus de goitreux sont également, à peu d’exceptions près, ceux qui possèdent le plus d’aveugles ou de sourds-muets.

En récapitulant toutes les infirmités, on trouve 159,548 individus qui en sont atteints. C’est un infirme pour 232 habitants.

Enseignement préparatoire en Prusse. — En Prusse, on se préoccupe sérieusement de fortifier l’enseignement préparatoire à la carrière médicale. Une commission a été nommée pour la révision du programme des examens de médecine. Du rapport de cette commission, qui vient d’être livré à la publicité, il résulte que des plaintes assez vives se sont élevées contre l’enseignement trop exclusif des gymnases (collèges et lycées) où l’on apprend les humanités. On a insisté sur les lacunes qui existent dans l’éducation actuelle des médecins, et on en attribue l’origine à la préparation insuffisante des gymnases, en fait de mathématiques et de sciences naturelles. , •

D’autre part, comme le but des gymnases est l’étude du grec et au latin, et que ce but ne serait pas atteint si l’on restreignait cette étude, le moyen proposé serait de convertir les Écoles pratiques (ce qu’on appelle en Allemagne les Realchulen ) en gymnases ou collèges pratiques iRealgymnasien) répondant à ce qui existe en France sous le nom de collèges pour renseignement spécial. Là, ainsi qu’on l’a fait observer dans le sein de la commission, pourrait s’éveiller de bonne heure le goût pour l’observation, qui est le fondement de toute éducation vraiment scientifique.

Le représentant du ministère de l’instruction publique prussien a fait alors à l’assemblée une communication, d’après laquelle une réforme du plan d’études des gymnases est prochaine: on va, paraît-il, dans ces établissements qui répondent, avons-nous dit, à nos collèges et lycées, augmenter le nombre d’heures consacrées à l’enseignement des mathématiques et des sciences naturelles, tandis qu’on diminuera celui des heures consacrées à l’enseignement classique.

La secte des sangsues. — Aurait-on jamais imaginé qu’il existât une secte des sangsues ? Voici cependant les curieux détails que nous trouvons sur cette étrange communion dans le Sonntagsruhe, de Vienne :

Par le fait de l’intolérance en matière religieuse, le nombre des sectes les plus extraordinaires augmente de jour en jour en Russie. Suivant des données statistiques, publiées par le Saint- Synode, l’année dernière a donné le jour à 137 sectes nouvelles, dont la plus remarquable est, sans contredit, celle des « sangsues. »

Les adeptes de cette secte religieuse se recrutent parmi les paysans du district de Gasasowetz, gouvernement de Wologda.

La doctrine de cette secte veut que les nouveau-nés, ainsi que les personnes adultes qui désirent en faire partie, au lieu d’être baptisés dans l’eau, le soient dans le sang humain provenant de la saignée opérée sur des sujets du sexe féminin.

A la suite des pratiques abominables consacrées par ce rite insensé, la mortalité parmi les personnes du sexe a de beaucoup augmenté dans le gouvernement de Wologda.

Il faut encore ajouter qu’au lieu du sein de la mère, c’est du sang humain tout chaud qu’on donne à boire aux nourrissons.

Asile Sainte-Anne. — M. Magnan reprendra les leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveuses le dimanche 26 janvier, à neuf heures et demie du matin, et les continuera les dimanches et mercredis suivants, à la même heure.

Les conférences des mercredis seront consacrées à l’étude pratique du diagnostic de la folie.

Etat sanitaire de la ville de Paris. — Population (recensement de 1876) : 1,988,806 habitants.— Pendant la semaine finissant le 16 janvier 1879, on a constaté 1,039 décès, savoir:

Variole, 11. — Rougeole, 5. — Scarlatine, 0. — Fièvre typhoïde, 21. — Érysipèle, 6. — SchKUe a1^!. - Pneumonie, 95. - Dysenterie, 1. - Diarrhée cholériforme des enïants ô. — Angine couenneuse, 14. — Croup, 20. — Affections puerpérales, 6. — Autres accSelîèf 26 69* ~ Affections ioniques, 465. - Affections chirurgicales, 54. - Causes

Le 9érant> Richelot.

Paris. — Typographie Félix Maütestb et t>, rue des Deux -Portes-Saint-Sauveur, 22.

L’UNION MÉDICALE Samedi 25 Janvier 1879

CLINiaUE MÉDICALE

DE LA THROMBOSE PULMONAIRE COMME CAUSE DE MORT SUBITE OU RAPIDE DANS LES CACHEXIES (TUBERCULOSE, CARCINOSE, ETC.).

Communication faite à la Société médicale des hôpitaux, dans la séance du vendredi 25 octobre 1878, Par M. Henri Huchard , médecin des hôpitaux.

Suite. — (Voir le dernier numéro.)

Dans les observations que je rapporte plus loin, on a pu trouver des coagulations sanguines dans les veines des membres en même temps que dans f artère pulmonaire, et cependant il a été bien prouvé, d’après les caractères mêmes du êaillot trouvé dans l’artère pulmonaire, qu’il s’agissait d’une thrombose, non d’une embolie.

La thrombose pulmonaire dans les cachexies n’est pas, du reste, un fait nouveau. M. Benj. Bail, dans son excellente thèse inaugurale de 1862 sur l’embolie pulmonaire (n° 25), parle d’une malade observée par M. Charcot et qui, atteinte de tuberculisation des poumons, fut prise tout à coup d’une dyspnée extrême, qui alla toujours en croissant et emporta la malade en trois jours. On trouva, à l’autopsie, des concrétions sanguines dans les artères pulmonaires, les veines du membre inférieur droit, dans le ventricule droit. Or, l’examen du caillot de l’artère pulmonaire démontra qu’il s’était formé surplace.

M. Feltz rapporte l’observation d’un cas de mort subite chez un tuberculeux, à la suite d’une thrombose de l’artère pulmonaire. (Gaz. mèd, de Strasbourg , 1870.)

Dans une thèse sur la thrombose de l’artère pulmonaire (thèse inaugurale de Paris, 1875, par C. Favre), il est fait mention d’une observation recueillie par M. Hanot, dans le service de M. Bucquoy. Le malade, également tuberculeux, présenta pendant plusieurs jours des accès de dyspnée intense, terminés par une syncope mortelle , de sorte que ce cas réalise la symptomatologie des, obstructions de l’artère pulmonaire, caractérisée, comme l’a bien démontré Virchow, par un mélange d’accidents asphyxiques ou syncopaux. Seulement , cette observation diffère de la nôtre par ce fait que le caillot, prenant naissance dans le ventricule droit, se prolongeait sans interruption dans .les différentes branches de l’artère pulmonaire.

FEUILLETON

CAUSERIES

Un peu d’émoffon dans notre Faculté parisienne.

La loi donne le droit au ministre de l’instruction publique de nommer directement à une chaire nouvelle. M. Bardoux n’a pas voulu user de ce droit, et libéralement il a demandé à la Faculté de lui présenter une liste de candidats pour la chaire de clinique pphthalmologique de nouvelle création. A l’unanimité, la Faculté lui a présenté M. le docteur Panas, qui a fait déjà avec succès un cours complémentaire de ce genre à l’hôpital Lariboisière. Nul doute sur la nomination prochaine de cet honorable et distingué confrère.

Quant à la chaire d’histoire de la médecine, c’est autre chose. — Quoi ! me direz-vous, mais cette chaire n’est pas vacan,te, et M. le docteur Parrot n’a pas donné sa démission? Vous avez raison, mais M. le docteur Parrot a demandé sa permutation pour la chaire de clinique clés maladies des, enfants, également de création nouvelle. Qr, M. Parrpt ohüencjra certainement la permutation qu’il sollicite, et voilà comme la chaire d’histoire de la médecine, qu’il occupe, .va devenir vacante. Il y a bien des années que nous récriminons ici contre, cefte dangereuse et nuisible mesure de la permutation des chaires, — ce qui, pour le dire en passant,, njest pas un témoignage de la puissance de la Presse sur nos affaires médiales. .Certainement que l’opinion publique est pour nous, mais que peut l’opiniop publique, centre les intérêts d’u»e corporation puissante? Or, les intérêts de la Faculté sont 4e maintenir le système .des (permutations. Dans ce système, en effet, l’essentiel est d’entrer à la Faculté, ,sous Tome XXVII. — Troisième série, Il

Dans un travail récent {De là mort chez les phthisiques par thrombose et embolie de l’artère pulmonaire, Nice médical , n°® 9 et 10, 1877), mon excellent ami, le docteur Baréty, cite également un cas de thrombose pulmonaire dans la phthisie.

Tous ces faits prouvent que, dans la cachexie tuberculeuse, il peut survenir des coagulations, in situ, dans l’intérieur même de l’artère pulmonaire, en l’absence de toute espèce d’altération de la paroi vasculaire ; ils démontrent, de plus, l’erreur trop exclusive de ceux qui pensent, avec Virchow, que « la physiologie repousse avec force la probabilité d’une coagulation spontanée au sein des vaisseaux artériels, et particulièrement dans l’artère pulmonaire. » (Bertin, jËftwte critique de l’embolie. Montpellier, 1866.) .

Du reste, l’existence de la thrombose pulmonaire sans lésion du vaisseau, par simple altération du sang, ne doit plus être mise en cause; elle a été assez souvent constatée dans l’état puerpéral (Meigs, Simpson, Hervieux, etc.), dans la pleurésie (Vergely et Lande, de Bordeaux, et Galvagni, dans la Revista clinica de Bologna , 1878), dans.la pneumonie (Woillez), dans certaines formes de rougeole grave (A. Robin, in Progrès médical , 1875, et Bullet. de la Soc. anat.)\ enfin, chez les tout jeunes enfants, chez ceux qui présentent surtout cet état particulier désigné par M. Parrot sous le nom d’athrepsie (Voy. Hutinel, thèse inaugurale, 1877), etc. Enfin, d’autres faits de thrombose pulmonaire sont consignés par M. Lancereaux dans les Mémoires de la Société de biologie (1860, 1861 et 1862), et démontrent l’influence de la dilatation et de la dégénérescence du cœur droit sur la production de concrétions fibrineuses dans les divisions de l’artère pulmonaire.

Je m’arrête dans cette énumération , car mon but n’est pas de reprendre l’histoire de la thrombose pulmonaire dans toutes les maladies qui peuvent lui donner naissance; je désire simplement appeler votre attention sur cette complication possible dans les maladies cachectiques.

Le fait que je viens de citer m’en a rappelé un autre que j’avais pu observer, quelques semaines auparavant, dans le service de M. Ferrand, que je rémplaçais alors à l’hospice des Incurables dTvry-sur-Seine, èt dont je ne puis vous donner, malheureusement; que la relation très-àbrégée.

Il s’agit d’un homme d’une soixantaine d’années, entré à l’infirmerie dans le courant de juillet. Le matin, à la visite, j’avais constaté un œdème léger cachectique

un prétexte quelconque. On accepte une chaire quelconque, mais pour mettre son chapeau sur la chaire, véritable objectif, de l’ambition des aspirants. Longtemps nous avons été tout seul pour signaler les inconvénients de ces façons d’agir; aujourd’hui l’abus frappe tous les yeux, et un journal, dans son zèle, demande l’abolition absolue de toute permutation. Je ne vais pas jusque-là; j’estime, par exemple, qu’un professeur de pathologie, médecin ou chirurgien d’hôpital, qui aura pendant plusieurs années professé avec succès cette branche de la médecine, peut, sans nuire à aucun intérêt, sans blesser aucune convenance, permuter sa chaire pour une chaire de clinique^ Pour les chaires de même nom, cela va de soi. Mais là se borne ma tolérance, et rien ne me fera croire qu’il soit équitable d’ériger en principe qu’on puisse être professeur ad libitum.

Serait-il vrai que la Faculté elle-même, frappée de tout ce que ces permutations entraînent de perturbations dans son sein, exigerait des candidats à- la chaire d’histoire de la médecine l’engagement formel de ne jamais permuter? On assure que deux candidats auraient pris cet engagement. La Faculté ne doit pas ignorer que tant vaut l’homme tant vaut cet engagement purement moral. Maintes fois des engagements de cette nature ont été déférés aux tribunaux qui toujours ont jugé que personne n’avait le droit d’enchaîner irrévocablement sa liberté et d’aliéner pour toujours son avenir. Heureusement que, dans les circonstances présentes la Faculté sait que la promesse émane de ce qu’il y a de plus sincèrement honnête. ’

Singulier incident dans la médecine militaire, -te dernier numéro du Bulletin de la médecine dosimétrique renferme une lettre ainsi terminée : « Pour le ministre de la guerre et nar « son ordre, et par délégation spéciale, le directeur adjoint. » Pas de signature. P

Or, il est dit dans cette lettre que la méthode « a été soumise à l’examen du Conseil de

L’UNION MËDICaî.L

des membres inférieurs; et, quoique les symptômes fussent presque complètement négatifs relativement à la présence d’un cancer des voies digestives (il n’y avait ni tumeur, ni douleur, ni troubles dyspeptiques, ni vomissement, ni diarrhée), en présence de l’état cachectique du malade, manifestement caractérisé par la perte des forces, l’amaigrissement, l’oedème péri-malléolaire, je conclus, comme je le devais, au diagnostic de carcinome fruste des voies digestives. Le malade respirait normalement; le cœur était indemne, et rien, en un mot, ne faisait prévoir un dénoûment rapide. Le lendemain matin, l’interne distingué du service, M. Laurand, m’apprend que ce malade était mort subitement, en proie à une violente dyspnée, « comme on meurt d’embolie pulmonaire, » me dit-il. A l’autopsie, nous cherchons d’abord le cancer, que nous trouvons à la paroi postérieure de la région pylorique, cancer en nappe qui ne devait, par sa position, sa structure, gêner en aucune façon la sortie du bol alimentaire, et qui pouvait bien échapper aux investigations minutieuses du médecin. Les veines inférieures étaient absolument libres, et nous n’avons trouvé, dans aucun point du système veineux, de coagulations qui auraient pu devenir le point de départ d’embolies. Mais les poumons étaient congestionnés, et je finis par trouver des caillots consistants, homogènes, qui avaient été retirés par mégarde d’une des branches de l’artère pulmonaire gauche, et qui paraissaient bien formés sur place.

Je ne me dissimule pas tout ce que cè'tte observation a d’incomplet ; mais j’ai voulu cependant la citer, en l’appuyant surtout sur d’autres observations du même genre qui ont été relatées dans la cachexie cancéreuse. Ainsi, dans une note. fort' intéressante sur deux cas de thrombose pulmonaire développée dans le cours de canr cers viscéraux , M. Homolle cite deux faits, l’un de cancer de l’utérus, l’autre de cancer du pylore, où des thromboses multiples, après s’être formées dans les veines de la circulation générale, se sont produites dans l’artère pulmonaire et ont déterminé la mort subite. (Voy. Bull, delà Soc. anal, de Paris, 1874, pages 627 et 802.) Quelque temps après (même année), M. Rémy, interné des hôpitaux, présentait à la Société anatomique un nouveau cas de thrombosé pulmonaire survenu , chez une tuberculeuse atteinte d’ulcère simple de l’estomac.

Tels sont les faits que, j’ai cru devoir signaler; ils établissent la possibilité de la mort rapide ou subite par thrombose pulmonaire; dans les cachexies, e^t pour ce qui est de la cachexie tuberculeuse en, particulier, o.ti comprend parfaitement que le dénoûment fatal puisse survenir subitement sous l’influence d’une complication

« santé des armées, qui m’a fait connaître que les principes exposés et développés dans vos « ouvrages ont un mérite très-réel... Je ne puis donc que vous remercier de votre intéres- « santé communication et vous exprimer toute la satisfaction que j’éprouve de voir votre « méthode de médecine dosimétrique favorablement appréciée dans notre armée. »

Or, voici un passage d’un article assez vif que publie à ce sujet, dans la Gazette hebdomadaire, un représentant très-autorisé de la médecine militaire, un professeur agrégé au Val-de- Gràce, M. le docteur Lereboullet :

« Il n’en faut donc pas douter, la lettre qu’on vient de lire a été écrite par les bureaux de la guerre. A moins d’un désaveu formel, que nous attendons, que nous demandons, elle peut être considérée comme officielle.

« Or, cette lettre invoque l’opinion émise par le Conseil de santé des armées, seul juge compétent en pareille matière; elle affirme que le Conseil de santé a reconnu le mérite trèsréel de la doctrine dosimétrique. Et, d’autre part, nous ne croirons jamais, à moins d’un démenti formel, que le Conseil présidé par M. le médecin inspecteur Legouest, qui seul a qualité pour écrire en son nom, a pu adresser au ministre de la guerre un rapport semblable. Nous sommes convaincu que jamais, à aucune époque, dans le Corps de santé de l’armée, jamais, à plus forte raison, dans le sein du Conseil qui le représente devant l’autorité supérieure, aucune voix ne s’est élevée en faveur d’une méthode que nous ne voulons point discuter ici. Que penser dès lors de cette lettre contre laquelle protesteront, dès qu’elle aura été mise sous leurs yeux, les chefs les plus autorisés delà médecine militaire? »

M. Lereboullet fait, observer avec raison que l’administration militaire, qui se montre si réservée, si sévère même sur l’emploi des médications nouvelles, aurait ainsi manqué à toutes ses habitudes de prudence, attentatoires même quelquefois h ia liberté médicale et à la cons-

qui rapidement détruit la circulation sanguine dans les parties restées encore saines du poumon. Dans une maladie comme la tuberculose, où la fibre musculaire du cœur est lésée dans les deux tiers des cas, comme Andral et Cruveilhier l’avaient établi déjà depuis longtemps, où la crase sanguine est si profondément altérée, comme Portai l’avait si bien établi dans son Traité de la phthisie, et comme les recherches de Malassez l’ont scientifiquement démontré , on ne peut S’étonner que des coagulations sanguines doivent se former rapidement, non -seulement dans les veines, mais aussi dans l’artère pulmonaire. Du reste, une autre cause pourrait encore intervenir, c’est l’inflammation, compagne si fréquente d'e l’évolution tuberculeuse, qui doit charger à tous moments le sang d’éléments fibrineux, au point que Legroux a pu dire que, « sous ce rapport, la diathèse tuberculeuse se rapproche de la diathèse inflammatoire. » (Des polypes du cœur , in Gaz. hebd. de méd. et de chir ., 1857.)

Les faits que j’ai signalés me paraissent éclairer d’un jour nouveau l’histoire de la mort subite dans la phthisie pulmonaire. J’ai peine à croire que l’altération du myocarde, dans une maladie où celui-ci est presque toujours atteint, puisse, à elle seule, déterminer la mort subite, comme, tout dernièrement encore, M. le docteur Vinay ( Lyon méd., 29 septembre 1878,) tendait à le prouver; et je serais presque tenté d’établir les mêmes réserves que j’ai faites, au sujet de la mort subite, dans la fièvre typhoïde, et de dire que, dans tous les cas, il s’agit tout simplement de biéri poser la question et de prouver, non pas seulement pourquoi la syncope se produit, mais pourquoi elle se maintient, ce qui est démontré par l’existence concomitante de l’anémie cérébrale et de l’impuissance cardiaque. C’est là une première cause, de toutes la plus fréquente, de mort subite dans là phthisie, et il n’est pas utile de chercher l’explication du fait dans l’hypothèse, de plus en plus douteuse, empruntée à la pathogénie de la mort subite dans la fièvre typhoïde, et d’après laquelle le dénoûment fatal s’expliquerait par une action réflexe qui, partie de la lésion pulmonaire, serait transmise, par l’intermédiaire des filets centripètes du pneumogastrique, à la moelle allongée (1).

(1) Perroud. De la mort subite chez les phthisiques ( Lyon médical, 1871). — Louis, dans son Traité de la phthisie (p. 492), ouvre un chapitre sur les morts subites, dont il rapporte six observations, sans pouvoir en donner une explication plausible — Voyez Sur ce sujet, aux chapitres « Morts rapides, Morts subites », une thèse récente faite d’après mes conseils sur

cience du médecin, pour se jeter ainsi en plein éloge d’une méthode qui, de beaucoup s’en faut, n’obtient pas l’assentiment général.

Chose singulière et imprévue! C’est à Bordeaux même et dans le Journal de médecine de cette ville, que la municipalité est encouragée à retirer les millions si largement promis pour l’édification de la Faculté de médecine. Ce journal soutient que léS frais déjà faits et l’appropriation continuée de la caserne Saint-Raphaël suffiront amplement aUX services de la Faculté.

A Toulouse, au contraire, on va de l’âvant, et les deux millions et demi promis seront employés. Nous dirons prochainement comment ils le seront.

Quand nous serons à cent nous ferons une croix, et nous y serons bientôt, car un statisticien a relevé qu’à la fin de l’an passé il se publiait , à Paris, qüatre-vingts journaux de médecine; vous lisez bien : SO. Eh bien, depuis, il en est né de nouveaux, auxquels je souhaite heur et bonheur.

C’est le Praticien, publié par le docteur Barrère ;

La Gazette d'ophthalmoiogie, par le docteur Carré ;

La Revue d'hygiène et de police sanitaire , par le docteur Vallin ;

Les Annales d’ hygiène et de médecine légale modifient leur périodicité, et deviennent journal mensuel ; J

Le Journal des connaissances médico-chirurgicales et pharmaceutiques docteur Cornil, a changé son format : d’in-8” il devient in-4°.

Est-ce tout? J’en oublie peut-être, mais c’est sans intention.

, publié par M. le

Donc , lorsqu’à une époque avancée de la tuberculose , les malades meurent subitement, ce dénoûment fatal ne peut s’expliquer, dans la plupart des cas, que par l’existence simultanée de l’anémie cérébrale et de l’altération ou la parésie du myocarde. Le cerveau n’envoie plus au cœur l’influx nerveux nécessaire à son fonctionnement ; le cœur n’envoie plus au cerveau le sang qui le nourrit et l’anime; c’est un cercle vicieux morbide duquel le malade ne peut sortir, et la vie s’arrête .

C’est là une première cause de mort subite, et cette mort survient par syncope. Mais, dans d’autres cas, elle se traduit par un mélange de symptômes syncopaux et asphyxiques; c’est la mort par embolie pulmonaire, dont on a cité des cas par suite de transport embolique des caillots formés dans les veines des membres ou dans le cœur droit ; c’est la mort, moins rapide sans doute, par thrombose pulmonaire, mais qui peut être également subite lorsque cette thrombose se produit dans un poumon déjà profondément altéré et respirant à peine.

C’est sur ce dernier point que j’ai voulu attirer votre bienveillante et judicieuse attention, convaincu, comme je le suis, que l’étude des causes de la mort dans les maladies doit être féconde en résultats pratiques, puisqu’elle montre les dangers véritables qui menacent la vie du malade, et que le médecin doit chercher à combattre.

les causes de la mort dans la phthisie pulmonaire chronique, par G. Niquet (1878). — Voyez aussi la thèse de M. Olivier (1870) sur la thrombose et l'embolie cérébrales dans la phthisie.

BIBLIOTHÈQUE

TRAITÉ DE CLIMATOLOGIE MÉDICALE, par le docteur Lombard (de Genève).

Paris, J.-B. Baillière et fils ; h volumes, 2 volumes ont paru.

Il a été publié cette année un ouvrage d’une haute importance pour le vaste programme dont l’auteur se propose et poursuit l’exécution, et pour le sujet en lui-même qui méritait, par la faveur qui s’y attache depuis beaucoup d’années déjà, d’être traité avec tant d’étendue. Ce sujet est la climatologie médicale, et l’œuvre s’annonce comme un traité spécial sur la matière, sujet qui a été travaillé par un si grand nombre d’auteurs de tous les pays. Un tel sujet ne pouvait être entrepris par le premier venu. Il faut beaucoup de savoir et non moins d’expérience pour se juger à la hauteur d’une telle tâche. Il faut même se recommander par des travaux sérieux sur cette inépuisable question, pour qu’un si grand dessein ne paraisse

Quant à ceux qui disparaissent, je n’en parle pas.

J’avoue que je ne crois pas beaucoup à ce que je lis dans un journal, sous ce titre : Les pigeons du docteur.

« Les pigeons sont employés de la façon la plus avantageuse et la plus ingénieuse par un médecin de File de Wight. Après avoir visité ses clients dans la campagne, le docteur écrit une liste d’ordonnances, la fixe à la patte d’un pigeon et envoie l’oiseau chez lui. Les médicaments sont ainsi préparés avant le retour du médecin et peuvent être envoyés tout de suite à ceux qui demeurent à une certaine distance. Pour un médecin de campagne dont la clientèle est nécessairement éparpillée, cette méthode pourrait offrir de grands avantages ; car, le plus souvent, de la prompte administration du remède dépend la guérison du malade. »

Il appartenait, comme Gharrière, à notre famille médicale, cet excellent homme, M. Mathieu, très-habile fabricant d’instruments de chirurgie, et qui vient de mourir à un âge peu avancé. Il meurt regretté de tous ceux qui ont pu apprécier l’aménité de son caractère et l’agrément de ses relations.

A mes collaborateurs, je dirai : Vous partagerez la peine que vient d’éprouver notre excellent ami M. Nicolas, notre dévoué metteur en pages depuis trente-trois ans, qui a eu la douleur de perdre sa femme. Il n’est pas un confrère qui fréquente ou qui ait fréquenté notre imprimerie, qui ne lui donne avec moi ce témoignage de sympathique estime.

D' Simplice.

Voulez-vous que nous levions nos visières, cher Monsieur Jeanne! ? C’est fait; je vous, je

pas trop au-dessus des forces de celui qui en tente témérairement l’entreprise. Le nom de l’auteur, M. le docteur -Lombard (de Genève), présente uhe garantie que personne ne récusera. M. Lombard s’est occupé de climatologie dès son entrée dans la carrière médicale; il a visité plusieurs des grands pays de l’Europe; tout ce qu’il a écrit touche de près ou de loin à la science au progrès de laquelle il s’est voué. Et parmi ces travaux, nous n’en citerons qu’un seul : Les climats des montagnes , qui mérite une place distinguée, même après les développements que Muhry a donnés sur ce sujet au début du livre qui porte modestement le titre de Recherches climatologiques (1). Les garanties ne sont pas à discuter; l’auteur était, en effet, tout préparé à l’œuvre qu’il s’est proposé d’accomplir.

Il était peut-être trop préparé. Il était tellement saturé des connaissances afférentes à la climatologie, qu’il a fait peut-être une trop large part à la météorologie. Je ne crois pas que la météorologie la mérite, non par insuffisance, mais parce qu’elle a usurpé dans notre climatologie médicale une trop grande place et que ce n’est pas son droit. Cette opinion, que j’ai soutenue dans une brochure où je poursuivais le dessein de montrer en quoi consistaient les véritables fondements de la climatologie médicale, brochure qui a été publiée en l’année 1869 (2), cette opinion est partagée par la plupart des climatologistes. On comprend qu’on a trop donné dans la météorologie, qu’on lui a permis d’usurper une place qui n’était pas la sienne. Un esprit distingué est entré brillamment naguère dans cette voie, en publiant un travail dont le titre seul indique nettement dans quel esprit et pour quel but il a été conçu. Cet auteur, le docteur Thaon (de Nice), a donné ce titre général à son œuvre : Clinique climatologique, et il a commencé cette clinique par une étude fort remarquable de la phthisie pulmonaire dans ses rapports avec les influences du climat où il poursuit ses observations (3). M. le docteur Lombard ne se propose pas moins. Seulement il a élargi la base, de manière à ne rien laisser en oubli de ce qui peut entrer dans sa construction. Elève de Louis, il tient grand compte des statistiques, même pour les faits qui pourraient rigoureusement s’en passer." Mais, élève aussi d’Andral, ce grand exemple de la médecine clinique, il n’oubliera pas ses leçons. « Laissant le domaine des influences physiologiques et pathologiques, écrit-il dans sa préface en plaçant la distribution des quatre volumes de son œuvre sous les yeux du lecteur, nous arriverons à la partie vraiment pratique de notre travail, c’est-à-dire l’ influence prophylactique et thérapeutique des différents climats, ce qui est à la fois notre but et notre conclusion. Ce sujet, ajoute-t-il avec raison et justice, est l’une des plus précieusss conquêtes des temps modernes et le corollaire naturel de toutes les informations que nous avons réunies dans les volumes

(1) Muhry. Klimatologische unter suchungen.

(2) Dr Ed. Carrière. Fondements et organisation de la climatologie médicale ; chez J. -B. Baillière et fils; 1869.

(3) Dr L. Thaon. Clinique climatologique des maladies chroniques. Ier fascicule : Phthisie pulmonaire. Paris, rue des Écoles, 6; 1877.

me découvre, et cela pour vous dire que je ne veux pas répondre au dernier article que vous avez publié dans le Journal des sciences médicales de Lille. Je désire que vous pensiez que ce n’est pas tout à fait par impuissance et qu’il reste encore assez d’encre dans mon écritoire pour barbouiller à votre adresse deux ou trois colonnettes de I’Union Médicale, où vous avez trouvé un accueil empressé et sympathique. Le motif de mon abstention, le voici : Votre article ,« très-spirituel , est piquant , mordant , agressif. Eh bien , alors même que le Saint-Esprit aurait la bonté de m’inspirer, ou plutôt que l’esprit malin me soufflerait la réponse la plus incisive et la plus mordante, je n’en ferais aucun usage. Pourquoi ? Parce que je respecte le souvenir des vieilles et bonnes relations, et qu’en vous suivant sur le terrain où vous vous êtes placé, je risquerais de perdre la mémoire. Mais, allez-vous me dire sans doute, comme au lapin : C’est vous qui avez commencé. C’est vrai, et c’est pourquoi je me sens libre d’arrêter là le débat, en faisant tous mes efforts pour oublier ce satirique article que votre cœur désavouera en le relisant.

Amédée Latour,

— L’Association française eontre l’abus du tabac et des boissons alcooliques tiendra son Assemblée générale annuelle le samedi 25 janvier, à 8 heures du soir, en l’hôtel de la Société d’encouragement, lih, rue de Rennes. Le programme comprend un discours de M. Frédéric Passy, président de l’Association ; une conférence de M. le docteur A. Riant : Le tabac et l'alcool devant l’hygiène ; le compte rendu annuel et le rapport des récompenses, présentés par M. Germond de Lavigne, secrétaire général.

précédents. » Ainsi tel sera et doit être le couronnement de l’édîflcé. La Conscience et le talent que l’auteur a mis dans les premiers volumes nous sont un gage de la manière dont seront traités les derniers.

Les informations peuvent laisser à désirer lorsqu’on les tire de pays où la science est peu cultivée et où les écrits dignes de foi sont rares. Un climatologiste qui entreprend d’écrire un traité complet sur la matière ne peut pas tout voir, ne peut pas aller partout et y passer le temps nécessaire pour y recueillir les faits utiles et même indispensables à son œuvre. Un savant dont les recherches ont fait classer le livre au nombre des mieux informés et des plus utiles, le docteur Muhry, ne pouvant également tout vérifier par lui-même, a plus d’une fois manqué de critique dans ses informations, ou a adopté des opinions qui n’étaient pas sérieuses, car elles étaient soutenues par des hommes incompétents. Ainsi, pour dire quelques mots sur le climat de File de Rhodes, il ne cite comme autorité que le Voyage en Orient de MM. Michaud et Poujoulat. Sous le rapport littéraire, ce serait au mieux ; sous le rapport scientifique, ce n’est pas manquer de respect à la mémoire de l’un des auteurs et au talent de l’autre de dire que ce n’est pas assez.

Eh bien, M. Lombard a tracé merveilleusement dans son tableau des effets des différents climats sur l’habitant, dans ce qu’il appelle son tour du monde pathologique, il a tracé les grandes lignes avec fermeté et exactitude. Mais les petites lignes me semblent avoir échappé pour quelques-unes à la sagacité de l’auteur. Il règne à Londres, où l’atmosphère humide et terne pèse dans les mauvais jours sur la ville comme une calotte de plomb, une affection lypémaniaque qui conduit souvent au suicide. Le nom de cette maladie singulière, c’est le spleen. Quant à la cause, voici comment s’exprime à son sujet un savant qui, par moments, se faisait climatologiste. « Les vents d’est du printemps, dit Babinet <1), qui au commencecement d’avril tourmentent si cruellement les constitutions nerveuses, au moment où ils attristent la capitale de la France, poussent au suicide les habitants de Londres, habitués à une atmosphère plus humide. » Sans doute le climat seul n’engendre pas ce mal, mais il en est le facteur principal; là-dessus, il ne peut y avoir de doute. M. Lombard n’a pas donné de place apparente à cette influence qui tient une place sérieuse dans le climat de Londres et qui n’est pas sans contribuer même au caractère du climat de Paris.

J’avais observé dans les environs de Vienne, en Autriche, et dans les campagnes qui aboutissent au pied du Sœmmering, une maladie que j’ai décrite après Marchai (de Calvi), et que nous avons nommée la gingivite expulsive. Le nom dit assez en quoi elle consiste. J’avais remarqué sa coïncidence avec la scrofule et l’helminthogénèse (2). C’était pour moi une maladie géographique, une maladie qui avait sa zone de développement et qui méritait d’être désignée même dans une analyse succincte de la pathologie générale du globe. Le docteur Lombard ne pouvait pas tout vérifier et surtout pouvait ne pas tenir compte d’observations consignées dans un journal et qui ont pris peu de place dans les livres. C’est une petite ligne, un trait très-secondaire qui a échappé aux recherches attentives de l’observateur. Ces remarques n’ont pas d’importance du reste, si on considère l’immense travail qui a été fait déjà et qui se complétera dans moins d’une année. Les petites négligences sont les péchés véniels des savants ; ils trouvent leur absolution dans les grands mérites qu’ils déploient et dans les grands services qu’ils rendent.

Le traité du docteur Lombard n’aura peut-être pas de longtemps de postérité, car il suffit largement à tout ce qu’il importe d’apprendre en climatologie médicale, si les volumes qui vont suivre répondent au talent consciencieux et à l’intelligence éclairée qui se montrent dans les deux premiers. Mais il a eu des ancêtres qu’il fera oublier certainement. L’un, qui a été enlevé à la science qu’il a cultivé, avec succès, le docteur Gigot-Suard a fait plutôt un résumé qu’un traité complet ou annoncé comme tel sur la matière. L’autre, le docteur Armand, ancien médecin de marine, qui a visité et beaucoup vu de pays lointains et y a même demeuré, n’a pas hésité sur le titre; il a appelé courageusement son livre, qui n’a qu’un volume: Traité de climatologie générale du globe (3). Il a son mérite, car il est le double fruit de l’expérience et du travail. Mais l’œuvre du docteur Lombard, plus étendue, plus complète, a de plus le mérite d’avoir été écrite par un climatologiste autorisé, dont les preuves sont depuis longues années faites. Aussi n’est-ce que justice que de dire que ce livre restera, comme à tous égards il le mérite pleinement.

P. S. Je terminais ces dernières lignes, lorsque j’ai appris que le IIIe volume était prêt, et

(1) Babinet. Études et Lectures, vol. V, page 252.

(2) De la gingivite expulsive et de sa coïncidence, etc., etc. (Union Médicale, 27 et 29 novembre 1860.)

(3) Dc Armand. Traité de climatologie générale du globe, etc. Paris, Masson, 1863.

qu’il allait paraître. L’auteur a tenu parole à ses lecteurs, qui verront, nous en avons l’espérance, qu’il est resté fidèle à son programme. Le IVe volume, qui paraîtra dans le courant de l’année, achèvera de montrer que ce programme a été bien rempli.

Dr Ed. CARRIÈRE.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 13 janvier 1879. — Présidence de M. Daubrée.

M. le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau, pour être insérée aux Comptes rendus, une deuxième réponse de M. Berthelot aux assertions de M. Pasteur.

M. Lebas, ancien élève de l’École polytechnique, professeur de physique à l’École d’Angers, adresse une note pour expliquer les variations de volume signalées dans la bouteille de Leyde au moment de la décharge électrique. Selon M. Lebas, c’est l’action des deux électricités sur les parois de verre de la bouteille qui ferait varier la capacité du vase. M. Bertrand croit devoir faire, à cet égard, des réserves formelles.

M. Berthaut revient, dans une lettre, sur le moyen dont on se sert, en Orient, pour combattre le phylloxéra. On emploie le bitume de la mer Morte. M. de Lesseps, à la prière deM. le Secrétaire perpétuel, se chargera d’en faire parvenir une provision à la commission du phylloxéra. « En Orient, dit M. Berthaut, on frotte de ce bitume les chameaux qui ont la gale, et on en enduit les vignes qui sont dévorées par des vers. » L’indication est un peu vague; mais on ne risque pas grand’chose d’essayer.

M. Henri Becquerel adresse une note, intéressante au dire de M. Jos. Bertrand, sur les proprétés magnétiques par influence du fer, du cobalt et du nickel.

M. La Roncière Le Noury annonce, par une lettre, qu’il retire, pour des motifs de santé, sa candidature au titre d’académicien libre.

M. Braconnier fait hommage à l’Académie d’un petit volume intitulé : Géologie ilèmerdaire du département de Meurthe-et-Moselle. « Il serait fort désirable, dit M. le Secrétaire perpétuel, qu’il fût fait un ouvrage semblable pour tous les départements de la France ; l’étude de la géologie en serait singulièrement facilitée. »

M. Pasteur répond à M. Trécul, et le met au défi de montrer, dans ce qu’il a écrit depuis dix-huit ans, la moindre contradiction à ces deux propositions, qu’il maintient, à savoir : 1” que la levûre de bière, loin d’être le type des anaérobies par excellence, est, au contraire, tantôt aérobie, tantôt anaérobie, selon les circonstances; — et 2° que le vibrion septique est exclusivement anaérobie.

M. Trécul maintient, de son côté, ses affirmations, et se réserve de les prouver dans une des séances prochaines.

M. Chatin lit un travail sur l’appareil spécial de la nutrition chez les parasites phanérogames.

M. Héro, pharmacien de la marine, propose de construire une nouvelle pile électrique à l’aide du protochlorure de mercure (calomel) qui n’a pas encore été employé à cet usage, et qui offre des conditions avantageuses de bon marché et de commodité dans le maniement.

M. Vulpian dépose sur le bureau, au nom de M. Charles Rouget, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier, et l’un de nos meilleurs histologistes, une note relative à la structure de l’ovaire. Cet organe serait composé de cordons, différents selon qu’on les examine dans la partie corticale ou dans la partie médullaire. Ces derniers, ceux de la partie médullaire, offriraient une analogie remarquable avec les cordons séminifères du testicule, et ainsi se trouverait confirmé cet hermaphrodisme primordial dont il avait été déjà question de la part de certains embryogénistes, mais qui n’avait, jusqu’à présent, pas été démontré.

— A quatre heures un quart, personne n’étant plus inscrit pour des communications, 1 Academie se forme en comité secret. — M. L.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE

Séance annuelle du 22 janvier 1879. — Présidence de M. Gcïon.

Sommaire. — Allocution de M. le président Guyon. — Compte rendu des travaux de l’année, par M. Hor-

teloup, secrétaire annuel. — Éloge de Bouvier, par M. de Saint-Germain, secrétaire général. — Proclamation des lauréats du concours du prixLaborie pour l’année 1878.

Nous devons, par exception, interrompre aujourd’hui l’ordre et la marche de nos comptes rendus des séances de la Société de chirurgie, mis en retard de deux mois, non par notre faute, mais par celle des circonstances et par la nécessité de satisfaire aux exigences de l’actualité, qui est la condition même du journal, et qui n’a jamais été plus pressante qu’en cette année 1878, année de l’Exposition universelle, des Conférences et des Congrès multiples dans lesquels ont été agitées des questions de grande importance ou de grand intérêt, au courant desquelles il a fallu naturellement mettre les lecteurs de PUnion Médicale.

Les coriiptes rendus de la Société de chirurgie ont dû céder le pas à des travaux d’actualité plus urgente; si nous en parlons ici, ce n’est pas pour nous plaindre, mais pour nous expliquer une bonne fois auprès de nos lecteurs qui pourraient, en voyant publier, à la fin de janvier 1879, les comptes rendus des séances de la fin de novembte 1878, croire injustement à une négligence coupable de notre part.

Ceci dit, nous devons accorder un tour de faveur à la séance annuelle qui a été tenue aujourd’hui 22 janvier, et dont il serait absurde de renvoyer le compte rendu à deux mois de distance, car les séances annuelles et solennelles , comme Louis XIV, ne doivent pas attendre.

La cérémonie, puisque cérémonie il y a, avait, comme tous les ans, attiré un nombreux public, mais les membres de la Société de chirurgie étaient loin d’être au complet, et la partie de la salle qui leur est réservée était, si l’on peut ainsi dire, pleine de vide, au moment où 'M. le president Guyon, après avoir cependant accordé aux retardataires les quinze ou vingt minutes de grâce, a ouvert la séance.

Les absents ont toujours tort et la négligence entraîne toujours avec elle une juste punition. Ils ont perdu de ne pas entendre l’allocution de M. Guyon, qui a prononcé le discours d’usage avec cette affabilité distinguée qui est la marque de son caractère, et qui prête tant de charme, soit à ses relations de confrère à confrère, soit à ses rapports de médecin avec les malades. La présidence de M. Guyon ne laissera certainement que d’aimables souvenirs tant à ses collègues qu’au public de médecins et d’étudiants habitués des séances de la Société de chirurgie.

Les absents ont également perdu de ne pas entendre l’excellent compte rendu des travaux de l’année fait par M. Horteloup, secrétaire annuel, qui s’est acquitté, à la satisfaction universelle, de sa tâche rendue phis difficile encore cette année par l’abondance, la multiplicité et la variété des communications, soit de ses propres membres, soit de ses correspondants nationaux ou étrangers, soit des chirurgiens de tous les pays qui n’ont cessé, pendant toute la durée de l’Exposition universelle, d’affluer aux séances de la Société de chirurgie, car celle-ci s’était fait un point d’honneur de renoncer à ses vacances habituelles, et s’était, en quelque sorte, déclarée en permanence afin de remplir envers nos hôtes étrangers les devoirs de l’hospitalité scientifique.

Enfin, les absents ont encore singulièrement perdu de ne pas entendre YÊloge de Bouvier prononcé par M. de Saint-Germain, secrétaire général, qui, dans son discours très-favorablement écouté, a su mêler, dans une juste proportion, la notice scientifique, le récit anecdotique, le portrait et le panégyrique, et faire de son héros une esquisse où l’on remarquera certaines touches peut-être un peu trop réalistes, mais, en somme, une esquisse vivante et ressemblante. Ce discours a plu surtout par un mélange de science, d’esprit et de sensibilité; la péroraison, en particulier, empreinte d’une émotion communicative, parce qu’elle était vraie, a entraîné tous les suffrages et justifié une fois de plus le mot de l’orateur romain : Pectus est quod disertos facit.

VÉloge, de M. de Saint-Germain, comme le compte rendu de M. Horteloup, comme l’allocution de M. le président Guyon, a mérité les applaudissements de l’auditoire, satisfait et charmé.

— La séance s’est terminée par la proclamation des noms des lauréats du concours pour le prix Laborie. Le prix a été, en effet, partagé entre M. Henri Petit, bibliothécaire de la Société de chirurgie, pour son travail intitulé : De l'ataxie locomotrice dans ses rapports avec le traumatisme, et M. Cauvy (de Béziers), pour son travail sur la pneumatocèle traumatique. Il faut dire, d’ailletirs, que les deux honorables lauréats étaient les seuls candidats du concours du prix LâbOrie.

Par exception, le prix Duval, accordé annuellement à l’interne des hôpitaux auteur de la

L'UNION MËOKiAM .

meilleure thèse inaugurale, n’a pu être décerné cette fois, faute de candidats. M. le président Guyon a exprimé l’espoir qu’il n’en serait pas de même l’année prochaine, et que le zèle et l’ardeur des concurrents pour les prix de la Société de chirurgie'se [réveilleraient. Espérons-le, nous aussi, car la pauvreté de cette distribution des prix, où un seul prix a été partagé entre deux seuls concurrents, a jeté sur la fin de cette solennité un froid que la neigé, q^f tombait à gros flocons à la sortie de la séance, et qui tombe encore, hélas! à l’heure qu’il est, n’a pas contribué à dissiper.

Séance du 20 novembre 1878. —Présidence de M. Félix Güyon.

M. Nicaise fait un rapport sur un travail de M. le docteur Krishaber, relatif à l’opération de la laryngotomie inter-crico-thyroïdienne par le thermo-cautère.

Dans ce travail, M. Krishaber propose de substituer, dans certains cas, à la trachéotomie, la laryngotomie inter-crico-thyroïdienne par le thermo-cautère appliqué par ponctuation. Il démontre que l’espace inter-crico-thyroïdien a, chez l’homme, une étendue suffisante pour admettre une canule ordinaire. L’opération est donc praticable en principe. Mais l’absence d’observations ne permet pas d’en établir la valeur comparative avec la trachéotomie. Toutefois, M. le rapporteur pense, avec M. Krishaber, qu’elle mériterait d’entrer dans la pratique chirurgicale, et qu’elle pourrait être appliquée, par exemple, chez les individus à cou trèscourt et dans les cas où un obstacle à la respiration est situé au niveau des cordes vocales ou au-dessus.

M. Desprès dit que l’opération proposée par M. Krishaber a été pratiquée, avec le bistouri, en 1861, par Nélaton, dans un cas d’angine couenneuse, sur une femme enceinte, qui a guéri parfaitement des suites de l’opération. Mais M. Desprès trouve l’opération mauvaise en principe. Il craint la mobilité de la canule et l’ulcération consécutive de la membrane muqueuse. En somme, il tie croit pas que la laryngotomie inter-crico-thyroïdienne puisse remplacer la trachéotomie ordinaire.

M. Farabeuf avoue que, la première fois que M. Krishaber lui fit part de son idée, il rejeta bien loin la possibilité de l’introduction d’une canule ordinaire dans la trachée humaine. Mais il dut se rendre devant la démonstration péremptoire que M. Krishaber lui donna par. les faits.

M. Nicaise ajoute qu’il a fait une vingtaine de fois, sur le cadavre, l'expérience de l’intro^duclion d’une canule ordinaire dans la trachée, et toujours il a réussi. L’opération est donc possible ; elle peut donner d’excellents résultats dans certains cas où elle constitue une ressource précieuse.

— M. le docteur Monod lit, en son nom et au nom de M. le docteur Malassez, un travail intitulé : Du cancer hêmatode ou sarcome fascicule du testicule; du varicocèle douloureux considéré comme affection symptomatique du testicule cancéreux. Ce travail est renvoyé à l’examen d’une commission composée de MM. Périer, Farabeuf et Terrier, rapporteur. Nous y reviendrons.

— M. 'filiaux présente, au nom de M. Schwasz, prosecteur de l’amphithéâtre des hôpitaux, une pièce pathologique constituée par un kyste synovial rencontré dans la paume de la main d’un cadavre en dissection. La plupart des kystes synoviaux, disséqués encore sous le nom de ganglions, siègent en général, comme on le sait, sur la face dorsale de la main, au niveau de la région médio-carpienne et de l’articulation du grand os àvec le scaphoïde. C’est là que se développent la plupart des kystes synoviaux du poignet. Au contraire, celui dont il s’agit ici a été exceptionnellement rencontré à la face palmaire de la main, et non dans l’interligne articulaire médio-carpienne, mais au niveau de l’articulation carpo-métacarpienne, entre le grand os et le trapézoïde, d’une part, et l’extrémité postérieure du deuxième, métacarpien, de l’autre. Il était situé dans la synoviale du tendon de l’adducteur du pouce. C’est là un siège assez rare pour un kyste synovial.

Dr A. Tartivel,

M. A. de l’établis, hydrothérapique de Bellevue.

FORMULAIRE

Solution contre l’acné rosacea. — Neumann.

Acide phénique . 3 grammes.

A 0001 . . . • • 9 à 12 grammes.

Faites dissoudre. — Cette solution s’emploie trois fois la semaine, en badigeonnages sur la SeTa pet' -KG ^ appHcable qUand ilexisle un éPaississ«

Epliémérides médicales. — 25 Janvier 1775.

Marcelin Cupers, médecin ordinaire du roi de Pologne, duc de Lorraine, meurt à Nancy. Né dans cette dernière ville, au mois de mars 1713, il devint président du Collège des médecins de Nancy, à la place de Bagard. — A. Ch.

COURRIER

Légion d’honneur, -t- Par décret du Président de la République,, en date du 14 janvier 1879, rendu sur la proposition du ministre de l'intérieur et d’après la déclaration du conseil de l’Ordre, en date du 13 du même mois, portant que les nominations et promotions du présent décret sont faites en conformité des lois, décrets et règlements en vigueur, ont été promus oh nommés dans l’ordre national de la Légion d’honneur

Au grade d’officier : M. Môring, directeur de l’administration générale de l’Assistance publique, chevalier depuis 1864. — M. le docteur Piogey (Gérard), médecin à Paris, médecin, en chef de l’ambulance de la prison de Clichy et inspecteur des ambulances militaires du quartier Montmartre pendant le siège de Paris. S’est particulièrement distingué par son dévouement lors de l’épidémie variolique qui a sévi à cette époque. Chevalier du 13 août 1863.

Au grade de chevalier :

M. le docteur Fieuzal (Edouard), médecin en chef de l’hôpital des Quinze-Vingts. Services militaires pendant la guerre de 1870-1871. Chirurgien-major du 69e bataillon de la garde nationale et médecin en chef de l’ambulance des Quinze-Vingts. Services exceptionnels.

M. le docteur Arthuis (Arthur), médecin à Paris; médecin de plusieurs ambulances pendant le siège de Paris ; auteur d’ouvrages distingués. Services exceptionnels.

M. le docteur Rigal (Pascal-Hippolyte), conseiller général du Tarn, chirurgien en chef de l’hospice de Castres ; 21 ans de services.

M. le docteur Bergier (Louis-Alfred), médecin en chef de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest à Paris, médecin du bureau de bienfaisance et de l’état civil du 8' arrondissement de janvier 1854 à septembre 1878; 24 ans de services.

M. le docteur Lorne (Auguste-Clément), médecin de la Société de secours mutuels du 2e arrondissement de Paris; 32 ans de services comme lieutenant et chirurgien de la garde nationale, membre de la délégation cantonale de l’instruction publique. Belle conduite pendant l’insurrection de juin 1848 et l’épidémie cholérique de 1849. Soins dévoués donnés aux blessés dans les ambulances pendant le siège de Paris.

M. le docteur Baldy (Jules-Antoine), médecin à Paris, médecin du bureau de bienfaisance du 17e arrondissement depuis 1860, membre de la Commission d’hygiène et de salubrité. A obtenu plusieurs médailles. Services exceptionnels rendus dans les ambulances pendant le siège de Paris.

L’épidémie d’Astrakan. — Une lettre de Saint-Pétersbourg, en date du 14, donne les renseignements suivants sur l’épidémie qui sévit dans le gouvernement d’Astrakan, et dont nous avons parlé dans notre numéro du 21 janvier.

Il n’est pas un seul des événements importants dont l’histoire russe du dernier quart de siècle est si riche qui ait provoqué dans l’opinion publique une surexcitation fiévreuse comparable à celle qu’a produite dans tout le pays l’annonce de l’apparition dé l’épidémie qui sévit dans un district au sud-est de l’empire russe. La nouvelle s’est manifestée d’abord timidement dans quelques relations privées, puis elle a pris plus de consistance, et enfin elle a été l’objet d’un flot d’informations tant officielles que particulières.

La maladie s’est montrée dans le gouvernement d’Astrakan, district de l’Enostajevosk, stanitza des Cosaques de Wetljanka. Jusqu’ici on n’a aucune donnée absolument certaine concernant sa nature particulière. Tandis que les médecins envoyés de Saratow et d’Astrakan sur les lieux où le mal a son foyer, déclarent qu’il s’agit du typhus exanthématique avec le caractère de la peste, d’un autre côté, des autorités du plus haut rang assurent ici que l’on se trouve en présence de la peste véritable avec un caractère typhoïde. Les symptômes de la maladie, tels qu’on les a observés au village de Wetljanka, où le mal a pris naissance, semblent donner raison à ces derniers.

Le docteur KraSsawski, frère du fameux gynécologue de ce nom, a constaté que les personnes atteintes de cette maladie sont tout d’abord prises de grands maux de tête accompagnés d’une extrême lassitude, avec un vif sentiment d’angoisse, des bourdonnements dans

les oreilles et de violents maux d’estomac. Celte phase prodromale est fort courte ; les glandes sous-axillaires ne tardent pas à s’engorger et une fièvre brûlante vient appeler l'attention du médecin. Le mal a une issue mortelle régulièrement dans les 2û heures qui suivent, et par exception se prolonge trois ou quatre jours avant d’entraîner la mort. Les derniers symptômes sont des frissons dans tous les membres, des spasmes, le délire et un rapide affaissement.

Les versions les plus diverses et les plus étranges circulent ici au sujet de l’origine de l’épidémie. Tout ce qui a été constaté jusqu'à présent officiellement, c’est le fait que la maladie a éclaté dès le retour des cosaques du théâtre de la guerre. Le premier aurait déjà été constaté le 25 novembre.

Le gouvernement de la province d’Astrakan n’eut connaissance de l’épidémie qu’après que celle-ci eut déjà fait 150 victimes dans celte seule stanitza. On a pris alors aussitôt les mesures les plus énergiques pour arrêter la propagation du fléau.

Les mesures rigoureuse prises jusqu’à présent ont eu pour résultat de confiner l’épidémie dans son foyer, c’est-à-dire à Wetljanka et à Prischiba, où 85 p. 100 des personnes atteintes par la maladie et ûO p. 100 de la population tout entière ont succcombé au fléau.

Les nouvelles répandues par quelques journaux et prétendant que l’épidémie a fait son apparition à Harizin ne sont heureusement pas confirmées.

Cependant, pour rassurer la population alarmée, on a procédé, dans cette localité, à une désinfection générale dans toutes les maisons.

En outre, pour empêcher l’invasion de l’épidémie dans le gouvernement de Saratow, on a commencé à établir des’ quarantaines dont l’inspection a été confiée à l’adjoint du chef de service sanitaire à Saratow, M. le docteur Norden. La nature elle-même semble, de son côté, seconder les efforts du gouvernement et de ses représentants.

Depuis le 8 janvier, le thermomètre n’a cessé de marquer 10 à 12 degrés au-dessous de zéro. Il y a donc lieu d’espérer que le terrible fléau ne franchira pas les limites du rayon atteint.

Do pansement chirürgical.— On ne lira pas sans intérêt les lignes suivantes, empruntées au Recueil de médecine vétérinaire du 15 juillet 1878, et qui montrent à la fois le peu de tendance de certaines espèces au péritonisme, et l’importance attachée de tout temps aux | détails des opérations et des pansements.

Aujourd’hui que les travaux de M. Pasteur attirent l’attention générale sur les pansements antiseptiques, on trouvera peut-être quelque intérêt au passage suivant, extrait d’un ouvrage de vénerie.

On sait que, dans les chasses à courre, il arrive parfois que le cerf ou le sanglier fait de graves blessures aux chiens qui le poursuivent. Parmi ces blessures, les éventrations sont assez fréquentes. Voici, au sujet de là réduction, les conseils que donne A. Desgraviers, ancien commandant des véneries du prince de Gonti, dans son ouvrage intitulé : le Parfait Chasseur , Paris, 1810.

« Page 3. — Manière de panser un chien décousu par m sanglier ou blessé de coups d'andouillets :

«‘U® chien revenant blessé d’un coup d’andouillet ou décousu par un sanglier, si lesboyauxlui sortent sans être percés, un valet de chiens doit tout de suite les remettre dans le ventre et le bander avec son mouchoir pour le ramener au chenil. Sitôt qu’il y sera arrivé, il desserrera le mouchoir, et laissera ressortir les boyaux; il lavera la main dont il va opérer, et la frottera d’huile-, alors, ayant un grand plat pour contenir les boyaux, afin qu’ils ne traînent point à terre, il se fera jeter de l'eau fraîche dessus, les lavera avec précaution, jusqu'à ce qu’il n'y reste plus aucune ordure-, cela fait, il les fera rentrer dans le corps du chien, se faisant verser toujours de l'eau fraîche sur la main pendant le temps qu’il les remet, etc. » Les chirurgiens des hôpitaux, qui font , pulvériser sur leur main et sur leurs dbjets de pansement de l’eau phéniquée, ne se doutent guère qu’ils ont été précédés dans cette voie par les valets de chiens du siècle dernier. ( Journal de thérapeutique .)

Société de médecine de Paris. — Séance du samedi 25 janvier 1879 (local 4e la Société de chirurgie), rue de l’Abbaye, à 3 heures 1/2 très-précises.

Ordre du jour : 1“ Lecture par M. le docteur Henri Bergeron, à l’appui de sa candidature au titre de membre titulaire, d’un mémoire sur le traitement de la diphthérie par les inhalations d acide fluorhydrique. — 2° Effets et conséquences du traitement salicylé chez les goutteux, par M. Bouloumié. — 3° Communications diverses.

Le gérant, Bîchelot.

Parts. — Typographie Félix Maltestb et G«, rue des DeuxdPortes-Sauit.Sauveur, 32.

N® ii

L’UNION MÉDICALE Mardi 28 Janvier 1879

CLINiaUE MÉDICALE

NOTE SUE «IV CAS DE GLIOSARCOME AYANT SIMULÉ «NE MÉNINGITE TUBERCüLEDSE;

Communication faite à la Société médicale de3 hôpitaux, dans la séance du 8 novembre 1878,

Par le docteur Rendu, médecin des hôpitaux.

Messieurs,

Malgré les nombreux travaux qui ont été produits dans ces dernières. Années sut les localisations cérébrales, certains caS cliniques restent encore (Tune interprétation bien difficile, et il est possible d’hésiter sur, le diagnostic presque jusque au dernier moment. Tout récemment j’ai eu l’occasion de rencontrer, dans le service de M. Bucquoy, que je remplaçais à l’hôpital Cochin, un fait de ce genre; il s’agissait d’une tumeur cérébrale qui offrait la plupart des symptômes d’une méningite tuberculeuse. Cette observation me paraît assez curieuse 'pour que je latrâhScrivè en entier, d’après les notes prises par M. Michaux, interne du service/

OBSERVATION. Gliosarcome situé derrière la couche optique droite, et empiétant sur le ventricule latéral; symptômes simulant complètement une méningite tuberculeuse.

Re nommé Léon D..., âgé de 16 ans, grand et développé pouf son âge, est amené à l’hôpital Cochin le 19 août 1878, dans un état de stupeur très-prononcé. Les personnes qui conduisent ce malade racontent que l’affection dont il est atteint a débuté quinze jours auparavant, A cette date il aurait été pris, sans cause connue, de céphalalgie intense, de rachialgie et de quelques troubles de la vue. Les renseignements fournis lors de son arrivée, et surtout les jours suivants, permettent de compléter l’histoire pathologique de ce jeune homme. Il n’aurait pas eu une enfance maladive; jamais, à aucune époque, il n’a présenté d’accidents imputables à la scrofule ni même au lymphatisme; il n’a point fait de maladie grave. Il y a trois ans seulement, il aurait souffert pendant quelques jours de maux de tête, à -la. suite desquels serait survenue une période d’abattement passager; mais sa santé n’en parût nullement altérée, Les parents de ce jeune homme vivent tous deux; le père jouit d’une bonne santé, mais la mère est folle et depuis deux ans enfermée dans un asile d’aliénées.

L’examen approfondi du malade, lors de son arrivée, fait connaître les particularités suivantes : Il est abattu, somnolent, indifférent à ce qui l’entoure. Pourtant, dès qu’on: attire forcément son attention et qu’on secoue Sa torpeur, il se réveille et répond alors lentement, mais avec netteté et précision, aux questions qu’on lui adresse. Ainsi, il raconte parfaitement

FEUILLETON

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