DES FORMES ATTÉNUÉES OU LATENTES DE L’ALCOOLISME CHRONIQUE
Leçon clinique recueillie par M. le docteur Georges Homolle.
Au mois d’août 1877 entre, dans le service de la Clinique, une femme de 45 ans, relieuse, qui se dit incapable de travailler et se plaint de sensations douloureuses qu’elle éprouve dans tous les membres , accuse une multitude de malaises et ne présente cependant aucune altération organique notable. C’est une alcoolique ; mais l’intoxication, chez elle, est encore au début et se présente sous une forme atténuée, bien qu’elle se traduise déjà par des manifestations très-diffuses.
Le faciès de la malade, animé, vultueux, a quelque chose d’étrange ; il est sérieux, impassible et semble exprimer l’étonnement, avec une apparence d’hébétude. Ses mains sont agitées d’un petit tremblement qui disparaît d’une façon presque complète dans les moments de repos; la sensibilité cutanée est très-obtuse; la force musculaire est diminuée à ce point que la pression exercée sur le dynamomètre par l’une ou l’autre main ne dépasse pas 6 kilogr.
Deux ordres d’accidents sont surtout importants : ce sont des troubles dyspeptiques et des douleurs vagues dans la continuité des membres. Les uns et les autres ont débuté, il y a trois mois, sous l’influence d’un refroidissement, paraît-il. Peu à peu, l’appétit s’est perdu, les digestions sont devenues pénibles et se sont accompagnées de flatulence, de gastralgie; puis sont survenues des pituites, de la diarrhée; la malade a notablement maigri. Elle a de l’endolorissement de toute la région dorsale et des membres inférieurs, et des élancements le long des tibias, aux genoux, aux cous-de-pied ; elle dit avoir eu du gonflement autour des malléoles, mais il n’y en a plus de traces visibles.
Les battements du cœur sont un peu faibles, mais les bruits sont normaux, sans souffle ; le pouls est accéléré, saus altération de la température centrale. Le foie est légèrement congestionné. La ménopause s!est produite, il y a trois ans, sans accidents.
Les formes obscures ou latentes de l’alcoolisme, dont cette malade présente un
FEUILLETON
Le Docteur Charles- James CAMPBELL
Une belle et honnête figure vient de disparaître. Le docteur G. J. Campbell est mort lundi dernier, emporté, en trois jours, par une pérityphlite suraiguë. Aussi connu dans le monde parisien, où il a brillé par toutes les qualités de l’esprit et du cœur, que dans le monde médical, où il a établi sa réputation d’accoucheur et de savant par une pratique irréprochable et par des travaux originaux importants, Campbell était un vrai médecin gentilhomme. La sûreté de ses relations, l’inépuisable et discrète générosité de son cœur, la forme loyale et séduisante de ses manières, tout en lui portait la trace ineffaçable de l’influence de sa mère, femme supérieure qu’il ne quitta jamais, qu’il aima d’une affection exclusive et dont l’image ne fut en aucun temps remplacée ou amoindrie par une autre.
On peut dire de lui, sans exagération, en employant l’expression créée par Auguste Comte, qu’il était véritablement le type de l'altruisme ; c’est-à-dire qu’en toutes choses, il subordonnait son existence à celle d’autrui, et qu’il accomplissait toutes ses actions pour autrui plus que pour lui-même.
Nature d’élite, son plus grand plaisir était de faire plaisir aux autres; il allait au devant des services à rendre ; dès qu’il soupçonnait qu’il pouvait être utile à quelqu’un, il n’épargnait ni sa fortune ni son influence.
— Le docteur Charles James Campbell est né en Angleterre, àStaplelon-Park (comté d’York); mais il a été élevé en France, où ses parents sont venus s’établir quand il avait 6 ans. Il a fait de brillantes études classiques au collège de Sens et, à Paris, au collège Rollin. Interne des Tome XXVII. — Troisième série. 93
exemple, sont loin d’être rares, soit quand 1 intoxication commence, soit, plus tard dans les cas où elle donne lieu seulement à des désordres généraux mal définis, et parfois cependant assez graves pour menacer la vie. Chez les femmes, qui apportent plus de soin à cacher des habitudes vicieuses, le diagnostic est parfois d’une extrême difficulté.
J’ai vu dépérir ainsi et succomber, sans lésion viscérale, une dame que certes personne n’aurait voulu soupçonner; mais elle était femme et mère d’alcooliques elle avait subi la contagion.
Des faits de ce genre se présentent de temps en temps ; la femme devient éthylique secondairement, entraînée par le mari. J’observais, chez une malade du monde, des troubles cardiaques d’une nature étrange et des accès dyspnéiques tout à fait inusités; malgré des dénégations réitérées, je savais le mari adonné à l’alcoolisme, et je ne pouvais me défendre d’attribuer à des excès du même genre des désordres qui ne s’expliquaient pas autrement. Je fis part de mes soupçons à la fille de la maison, jeune personne de 18 ans, fort intelligente, qui finit, non sans peine, par découvrir les bouteilles d’eau-de-vie où puisaient en cachette et son père et sa mère. La mère succomba. Mais là ne finit pas l’histoire : quelques années plus tard, la fille, instruite cependant par l’exemple, était alcoolique à son tour; il était impossible de s’y méprendre, et cependant elle niait comme avait nié sa mère. Faut-il penser que l’hérédité intervienne en pareille circonstance? Je ne me crois pas autorisé à résoudre la question.
L’alcool, absorbé d’une façon usuelle sous une forme et à des doses nocives, imprègne et altère l’économie tout entière, de sorte qu’on peut en quelque sorte suivre sa trace, marquée par des lésions anatomiques, dans tous les organes qu’il a traversés. Introduit dans les voies digestives, il pénètre dans le système porte, traverse le foie, puis le cœur, puis le poumon, qui l’exhale en partie, et se répand ensuite dans tous les organes et en particulier dans l’encéphale, qu’il impressionne d’une façon toute spéciale, et les reins, par lesquels il s’élimine. Il n’est pas un de ces viscères qui ne devienne le siège d’altérations plus ou moins graves.
La pharyngite chronique érythémateuse est à peu près constante chez les buveurs, et presque toujours elle s’accompagne de laryngite; la muqueuse des cordes vocales supérieures est épaissie, rouge, vascularisée, et ces lésions inflammatoires s’étendent aux grosses bronches.
Dans l’estomac, où les liqueurs séjournent, les lésions les plus profondes sont celles
hôpitaux en 1845, il fut, après sa thèse, nommé chef de clinique obstétricale de la Faculté. Dès ses débuts dans la carrière médicale, il dirigea toutes ses études vers la spécialité des accouchements. Son talent d’élocution, son amour du travail, lui eussent rendu facile la carrière des concours ; mais, bien qu’il aimât la France avec passion (et il l’a prouvé), il tint toujours à conserver sa nationalité anglaise.
Son premier acte médical renferme, en quelque sorte, tous les éléments qui permettent d’apprécier l’homme et le savant. En 1846, étant interne à la Maternité, une femme, enceinte de huit mois et demi, meurt subitement. Elle était assise toute rieuse, causant avec ses compagnes, lorsque, tout à coup, elle tombe de sa chaise à terre et ne profère plus une parole. Campbell, prévenu, accourt à la hâte. L’examen le plus attentif ne lui fait découvrir aucun mouvement respiratoire. « A mesure, dit-il (thèse de doctorat et communication à la Société de chirurgie) que les recherches des battements du cœur maternel se montraient inutiles, à mesure que le silence de plus en plus prolongé de l’organe qui meurt le dernier imprimait à l’ensemble des autres phénomènes le cachet d’un arrêt irrévocable, ma sollicitude, un peu dégagée par la certitude morale que j’avais de la mort de la mère, se porta sur le sort de l’enfant, qui vivait encore de la vie intra-utérine, et je me vis placé dans la pressante alternative ou de le laisser succomber en place, ou de procéder, sans trop de retard, à son extraction hors des organes maternels. Dix minutes environ après la mort de la mère, je fis la première incision; il ne s’écoula pas de sang; aucun mouvement, aucun cri ne vint troubler le silence et l’immobilité de la mort. — J’agrandis largement l’ouverture utérine, et, plongeant les deux mains dans la cavité de l’organe, je saisis l’enfant, qui présentait le sommet. Rien qu’au tact, je sentais que l’enfant vivait encore; en appliquant l’oreille sur son thorax, j’entendis les batlements de. son cœur. L’enfant était très-pâle et ne criait pas. On
de la gastrite chronique; la muqueuse est tuméfiée, mamelonnée, semée d’érosions ou creusée même d’ulcérations plus ou moins profondes; le tissu sous-muqueux, puis les autres tuniques, s’épaississent de même, au point que l’on a quelquefois sous les yeux, à l’autopsie, les apparences d’un cancer, après que, durant la vie, les accidents gastriques ont présenté une gravité presque égale à celle du carcinome.
Le duodénum est le siège d’altérations analogues; mais l’action de l’alcool ne s’étend pas plus loin dans l’intestin, qu’il ne traverse pas. Elle se poursuit dans les vaisseaux veineux par lesquels se fait l’absorption; la pyléphlébite adhésive avec thrombose est une des lésions connues de l’éthylisme chronique.
Le foie subit constamment l’influence de l’alcool, soit sous forme de stéatose ou de cirrhose, la première susceptible de disparaître, la seconde incurable, sans doute, dans tous les cas.
Le cœur devient graisseux. Les poumons semblent acquérir une aptitude morbide toute spéciale aux congestions et aux pneumonies; celles-ci se distinguent, on le sait, par la lenteur de leur résolution ej, par la tendance qu’elles ont à suppurer.
L’encéphale et ses enveloppes sont le siège de lésions variables, depuis la simple hypérémie jusqu’aux proliférations conjonctives et aux dégénérescences parenchymateuses les plus graves.
Dans les reins, ce sont les éléments épithéliaux qui deviennent graisseux, ou bien c’est la néphrite interstitielle qui prédomine, modifications analogues à celles qui se produisent dans le foie et d’une égale gravité.
L’influence de l’alcool sur les organes génitaux se traduit par des altérations anatomiques peu notables, bien qu’elle se manifeste par des désordres fonctionnels des plus sérieux : après l’excitation immédiate, vient l’impuissance; dans les pays où l’alcoolisme règne, la fécondité diminue; chez la femme, les conséquences sont les mêmes, mais moins faciles à reconnaître; la ménopause est souvent anticipée; elle s’accompagne de métrorrhagies considérables. Cette esquisse rapide des lésions viscérales que détermine l’alcoolisme chronique donne à prévoir combien doivent être multiples les désordres fonctionnels et combien sont variables les formes symptomatiques de l’intoxication.
Je veux, parmi celles-ci, m’occuper seulement des plus atténuées, de celles qui correspondent aux premières périodes de l’éthylisme ou à ses degrés les plus modérés. Les habitudes qui leur donnent naissance ne constituent parfois des excès que d’une manière toute relative et en raison de certaines susceptibilités individuelles,
commença l’insufflation pulmonaire, et la première inspiration n’eut lieu que trente minutes après le commencement de l’insufflation. — « 11 venait, par sa naissance, de mériter le nom de « César; mon cœur joyeux y ajouta celui de Charles. »
Le rôle du médecin était fini; l’homme de cœur devait se manifester à son tour. Cet enfant, qu’il avait sauvé d’une mort certaine, Campbell lui donne son nom et l’adopte. Malgré la modicité de ses ressources pécuniaires, il le fait élever, se charge de son éducation ; plus tard même il le prend complètement chez lui. Cet enfant mourut, à l’âge de 12 ans, d’une fièvre typhoïde, et ce fut pour Campbell un grand chagrin.
Cette action ne fut pas la seule de ce genre. Il a été le bienfaiteur, et sans que personne s’en doutât, d’un certain nombre d’enfants abandonnés par leurs parents naturels. Durant sa longue pratique, des mères, abusant de sa bonté, l’ont prié d’être l’intermédiaire entre elles et les personnes chargées d’élever leurs enfants. Pendant quelque temps, les mois de nourrice arrivaient régulièrement ; puis, tout à coup, et surtout après la guerre, Campbell ne recevait plus de nouvelles. Il n’en continua pas moins à subvenir à tous les frais de l’éducation de ces enfants, dont il a même doté la plupart.
Ses principales dépenses étaient de dévouement et de générosité, et malgré toutes ses occupations, malgré une nombreuse et riche clientèle, il ne laisse qu’une fortune modeste. Il était, de plus, d’un désintéressement professionnel dont beaucoup de malades lui ont été reconnaissants, mais dont d’autres ont étrangement abusé. Nous ne citerons qu’un seul fait, et uniquement parce qu’il monlre combien Campbell était vraiment bon et désintéressé : Étant, il y a quelques années, assez souffrant pour ne pouvoir s’occuper de sa clientèle, il avait été obligé de refuser tous les accouchements qu’on lui proposait. Parmi ceux-ci se trouvait celui d’une dame dont le mari, riche cependant, n’avait jamais jugé â propos de payer les accouchements anté-
de sorte que le médecin hésite à rapporter à leur Véri table causé des accidents qui paraissent hors de proportion avec èlle. Bien plus souvent, l’incertitude du diagnostic Tient de ce que le malade est sur ses gardés, et que non-seüleihent il oppose les plus formelles dénégations à toutes les quëstioris dd médecin, mais qu’il sait assez bien se cacher de soh entourage pour que les informations indirectes deviennent également impossibles.
Les troubles gastriqiies tiennent le premier rang et en général ouvrent là scène. Us sont d’abord peu sérieux, et consistent seulement en un léger degré de pesanteur d’estomac ou dé flatuleiice peu génahte ; ce sont encore quelques renvois qui se produisent au moment du réveil et sont comme le prélude des pituites matinales ; oü bien enfin l’appétit diminue, sans que d’ailleurs les digestions sëletit sérieusement compromises. L’apparition précoce ou tardive de ces divers accidents dépend, sans contredit, de la nature des boissons, de leur abondance et du moment où elles Sont prises, mais èlle dépend plus encore des prédispositions individuelles. Un bon estomac supportera longtemps d’assez fortes doses dë liquidés riches en alcool et pris à jeun, bien que ces conditions soient de nature à hâter le développement dëS désordres gastriques.
Le vin n’agit sur l’estomac qu’à la longue ; encore faudrait-il établir des différences entre les vins et tenir compte de la manière dont ils sont absorbés, par ddses massives ou réfractées. C’est un fait reconnu que le bourgogne porte’ plus à la tête, et que le bordeaux est, en général, mieux toléré; ce dernier cependant est le plus alcoolique, mais en même temps il renfermé plus dé tannin, et l’on peut supposer que, grâce à Cettë association, l’absorption de l’alcool se trouve ralentie et ne se fait que d’une façon graduelle.
L'enrouement habitué! se produit de bonne heure chez les buveurs de liqueurs concentrées, il est surtout commun de l’observer chez les femmes; ce qui s’explique peut-être, parce tjiië le plus grand nombre dé celles qui deviennent alcooliques boivëiit de l’eaü-de-vie Ou dés éqüiValeiits, comme l’eau dé riiêlissë où l’eâü dë Cologiië. Il y a, ou dti moins il a existé à Cologne une fabrique où se préparait urië eau de qualité spéciale, et surtout recherchée comme liqueur; quelquës femmes, d’ailleurs, ont leur recette pour Composer elles-mêmes une soi-disant ëau de toilette.
Âvéc la laryngite coïncide souVent une bronchite tenace qui peut exister seulë, se prolonger d’une façon continue, ou se reproduire fréquemment et sans cause
rieurs ; or, c’est justement ce seul accouchement que Campbell regrettait de ne pouvoir faire, car il ne voulait pas qu’on pût croire que son refus avait pour cause les procédés dont on avait usé à son égard.
Campbell était Français de cœur, nous favoris dit plus haut, et il en â donné des preuves remarquables. Il a montré, pendant notre malheureuse güérre, un « patriotisme » et un courage au-dessus de toüt éloge. Il fût un dés derniers, peut-être lé dernier, qui rentra à Paris, déjà presque complètement investi. Il rapportait de Londres au Gouvernement provisoire, deS lettres de l’ambassade française. Pendant toüt le temps du siégé, il logea dans sa maison ét nourrit seize personnes réfugiées des environs.
Dès que l’ârffiistice fut signé, il alla à Saint-Cloud et trouva sa maison de campagne deMontrelout én train de brûler. Les propriétaires environnants avaient dû fuir, et, comme il s’opposait avec énergie au pillage dés maisons abandonnées, il fut arrêté par les soldats prussiens et menacé de mort. Ce né fut que grâce à sa nationalité anglaise qu’il dut de ne pas être fusillé sur place. Conduit devant un général prussien, il trouva par bonheur, dans cet officier, le mari d’une de ses anciennes accouchées, et il profita aussitôt de cette occasion pour demander instamment qüe le pillage cessât dans lés maisons de Montretout ; ajoutons qu’il obtint gain de cause.
Dans uü feuilleton publié dans là Gazette hebdomadaire (1872), le docteur Linas, en racontant qüelques-üns des événements dé la Commune, a déjà mentionné l’intervention si généreuse et si importante du docteur Campbell. C’est grâce à son énergie et à son sang-froid que, pendant les incendies de la rue Royale, le feU ri’a pas consumé la maison qui fait le coin de cette rue et de la place de la Madeleine. ÀU moment même de ses plus grands efforts poür combattre 1 incendie qui commençait dans un salon, son jeune valet de chambre fut tué, presque
apparente. La toux en est à peu près le seul symptôme ; mais certains sujets ont en même temps de la dyspnée, de l’oppression, des battements de cœur qui contribuent à égarer le diagnostic.
Certains désordres fonctionnels du système nerveux doivent être mis au nombre des accidents les plus communs de l’alcoolisme chronique; peu violents, en général, mais surtout multipliés, ils consistent en douleurs plus ou moins vives ou en sensations anomales pénibles, dont les malades souffrent surtout pendant la nuit, et qu’ils expriment par les mots de picotements, de tiraillements, d’inquiétudes ou de fourmillements; ces troubles de la sensibilité ont pour siège habituel les pieds et les mollets, tandis que les vraies douleurs se font plutôt sentir le long des membres et des jambes en particulier, simulant quelquefois, par leurs caractères et par leur distribution, des névralgies, la sciatique par exemple. L’anesthésie, quand elle existe, est toujours incomplète; sous cette forme, elle est loin d’être rare. L’énergie musculaire diminue; la fatigue vient vite et réveille les souffrances; enfin, les crampes des mollets, les soubresauts et la raideur des membres sont des phénomènes dont se plaignent souvent les alcooliques, et qui s’associent d’une manière variable avec les autres altérations de la sensibilité et du mouvement.
Le treniblement est un des signes les plus constants de l’intoxication ; mais il est tout d’abord difficile à saisir, parce qu’il ne se produit qu’au moment du réveil; il est alors limité aux membres supérieurs ; ce n’est souvent qu’une très-petite trémulation ou un léger degré d’hésitation. Il disparaît, en général, peu après l’ingestion de ce premier verre du matin, sans lequel tant d’alcooliques ne se sentent bons à rien, et n’oseraient même pas prendre une plume et écrire.
La vue est, parmi les sensations spéciales, la seule qui soit affectée, en générai, ou du moins c’est elle qui se trouble le plus vite et au plus haut degré; l’éthylique a des éblouissements, des bluettes; il voit des lueurs, des scintillements, puis des mouches volantes ou Fixes; il se plaint d’un léger degré d’amblyopie qui s’exagère à certains moments, et qui, de même que les autres accidents nerveux, l’incommode surtout dans la matinée.
L’insomnie est un des phénomènes qui tourmentent le plus tôt les malades, et dont ils se plaignent le plus vivement; agités, mal à l’aise, incapables de repos, ils se relèvent souvent au milieu de la nuit. Le sommeil vient enfin, mais bien souvent troublé par des rêvasseries, ou de véritables cauchemars dans lesquels l’esprit
dans ses bras, par une balle qui vint l’atteindre à la tête; les projectiles pouvaient autour de lui, les glaces volaient en éclats, et plusieurs meubles de l’appartement ont été criblés de balles.
— Le nom du docteur Campbell restera attaché à l’Anesthésie obstétricale ; mais on lui doit, de plus, l’introduction en France des douches utérines dans les cas d’accouchement prématuré, et l’emploi de l’alcool dans l’infection purulente.
Membre le plus actif de la Société médicale anglaise de Paris, il s’efforçait de faire profiler son pays adoptif des travaux publiés à l’étranger, et surtout en Angleterre. D’un autre côté* il n’était pas une notabilité scientifique de la Grande-Bretagne qu’il ne se fît un devoir d’initier aux progrès réalisés par les savants français.
Lorsque Simpson vint en France, après avoir montré l’usage que l’on pouvait tirer de la chloroformisation dans les accouchements, Campbell fut son introducteur près de toutes les Sociétés savantes. Un soir qu’il l’accompagnait dans un des salons les plus célèbres de l’époque, une dame vint à la rencontre de Simpson et, au nom de toutes les femmes, elle remercia le médecin écossais de donner tort aux paroles de la Bible : « Tu enfanteras dans la douleur ». Cet épisode n’a pas dû manquer d’impressionner Campbell ; qui sait s’il n’a pas contribué à lui faire faire ses recherches sur l’anesthésie obstétricale ?
Il a publié, sur cette question, un grand nombre de mémoires, dont quelques-uns ont donné lieu à une polémique assez animée. Nous ne voulons pas entrer dans cette discussion, mais ce qui restera acquis à la science, ce sont les préceptes indiqués par Campbell. Selon lui, l’accoucheur ne doit jamais chercher à produire l’anesthésie chirurgicale, et il ne doit pas dépasser l’insensibilité à la douleur. Dans ces conditions, l’anesthésie obstétricale présente d’immenses avantages, sans offrir aucun inconvénient sérieux.
Plusieurs faits nouveaux et importants ont été trouvés par Campbell et admirablement bien
est obsédé de préoccupations inquiétantes, d’idées tristes ou poursuivi de visions effrayantes dont il conserve encore, au réveil, la pénible impression.
C’est un diagnostic fort embarrassant, dans bien des cas, de savoir si des désordres de ce genre doivent être attribués à l’éthylisme, à peine avoué, à peine confirmé par d’autres symptômes, ou s’il n’y faut pas voir l’indice du début d’une affection cérébrale grave. Les paralytiques généraux, avant d’arriver à cette période où le délire et les troubles de la parole, du mouvement et de la sensibilité les font aisément reconnaître, sont aussi tourmentés de rêves dont ils se plaignent au médecin; mais, chez eux, se montre déjà souvent dans le rêve le caractère d’optimisme absurde et de satisfaction ambitieuse qui se retrouvera plus tard dans les conceptions vésaniques; plus rarement cette espèce de délire du sommeil prend une tournure hypochondriaque.
Un Grec, qui me consultait, se plaignait d’avoir des songes absurdes; il n’y voyait que châteaux de marbre et d’or et mille choses semblables; il continuait, pendant ce temps, à donner une direction parfaite à d’importantes affaires; peu à peu, il se prit à trouver ses imaginations de la nuit moins insensées et moins invraisemblables; il devint paralytique et aliéné.
L’éthylique ne voit pas les choses sous d’aussi riantes couleurs, et les premières heures de ses journées se passent au milieu des idées noires, dans un malaise extrême auquel contribuent pour une part les souffrances gastriques et un sentiment très-pénible de fatigue physique et d’incapacité intellectuelle.
Avant que les troubles cérébraux soient arrivés à ce degré, quelques traits se dessinent déjà dans le faciès de l’alcoolique, qui ne doivent pas échapper au regard du médecin. Je ne parle pas, bien entendu, des joyeux ivrognes dont la trogne épanouie semble avouer sans honte l’amour de la boisson, mais de certains buveurs moins cyniques et plus raffinés qui, par pudeur ou par intérêt, veulent cacher à tous les yeux leur passion. Ils s’observent donc et, comme après un bon repas, le buveur novice ménage ses paroles et gouverne sa démarche; ainsi, mais à tout instant et dès qu’ils se sentent en vue, ils tiennent la bride et serrent le frein pour éviter un faux pas qui pourrait les trahir. Ils sont toujours en scène et jouent presque toujours le même personnage. On les voit dans le monde graves, sérieux, presque impassibles, parlant peu, souriant du bout des lèvres, parfaitement réguliers dans leurs mouvements et corrects dans leur attitude, sobres de gestes comme
étudiés; le plus important est l’influence de l’ effort obstétrical sur l’anesthésie chloroformique, qui confirme si nettement l’opinion de Claude Bernard sur le rôle de la circulation cérébrale dans l’anesthésie.
Campbell a observé que l’effort était désaneslhésiant, et que toujours la conscience du moi revenait d’une façon très-nette au moment où la femme faisait un effort, ce qui, physiologiquement, correspond aux avantages de l’horizontalité, dans les opérations chirurgicales, et à la pratique de l’inversion totale dans les cas d’intoxication chloroformique.
L’effort obstétrical, qui agit si énergiquement sur la circulation des centres cérébraux, est bien la cause réelle de l’innocuité universellement proclamée de l’anesthésie obstétricale. C’est pour cela surtout que la chloroformisation obstétricale est différente de la chloroformisation chirurgicale, car cette cause intermittente d’hypérémialion cérébrale détermine une segmentation des phénomènes d’insensibilité, et met pour ainsi dire un frein à l’activité anesthésique, D’ailleurs, dans l’anesthésie chirurgicale, s’il survient des efforts causés par les vomissements, les phénomènes d’aneslnésie se trouvent également modifiés. Une observation du docteur Huchard montre nettement combien l’explication de Campbell est exacte, quant à l’hypérémie cérébrale qui survient pendant l’effort; car, chez une de ses clientes qui avait souff rt de tous les symptômes d’une anémie cérébrale profonde, il a vu tous. les symptômes disparaître par la seule apparition des efforts expulsifs de l’accouchement. Campbell cite des observations qui resteront typiques, où la narcose chloroformique était entrecoupée par de perpétuels va-etvient, et où l’influence éthérique donnait lieu, par le fait de ces oscillations, à une variabilité constante dans les phénomènes de la sensibilité et de la motilité.
Ce qui ressort des travaux de Campbell, c’est que, dans la plupart des cas, il est inutile «ser S.ST.- aneslbésie complète, et il a insisté longuement sur les avantages de nepousnsa ion que jusqu’à l’analgésie. Les femmes doivent encore sentir le besoin de pous
de paroles; mais, si l’on y regarde de près, on découvre quelque chose de vague et d’incertain dans leur regard, et l’on se demande s’il n’y a pas plus d’hébétude que de prudence dans l’expression de leur physionomie, plus de gêne que de réserve dans leur maintien. Défiez-vous des gens sérieux à l’excès, ce sont bien souvent des alcooliques ou des imbéciles.
Je viens de montrer ce que sont certains alcooliques ; il est évident que le portrait ne saurait ressembler à tous.
Les divers accidents que je viens d’énumérer et de signaler comme les symptômes de l’alcoolisme chronique dans ses formes atténuées ou ses périodes initiales, n’appartiennent pas en propre à cette intoxication et se retrouvent dans plusieurs autres états pathologiques; comme d’ailleurs on est, dans bien des cas, privé de commémoratifs ou trompé par les dénégations des malades, les difficultés du diagnostic sont parfois extrêmes. On rencontre par exemple, dans les empoisonnements lents par le plomb ou le mercure, un tremblement et des troubles gastriques, associés comme dans l’éthylisme ; et, chez quelques sujets, l’origine vraie du mal ést d’autant plus obscure que par leurs habitudes, comme bien des peintres, ou par l’exercice même de leur profession, comme les chapeliers, les mêmes individus sont à la fois exposés à une double intoxication. J’ai à peine besoin de mentionner la valeur du liséré gingival et les caractères particuliers de la colique de plomb, de signaler l’importance de la stomatite et de la salivation hydrargyriques, et de rappeler, enfin, combien l’amaigrissement que provoque le mercure est rapide et hors de toute proportion avec les autres accidents.
Les douleurs que ressentent les alcooliques diffèrent bien peu de celles qui appartiennent au rhumatisme; il est rare cependant que ces dernières se limitent aux membres inférieurs et s’accompagnent, comme les autres, des sensations anomales de fourmillements, d’inquiétude, etc.
Chez les hystériques, les troubles du mouvement et de la sensibilité se distinguent par leur prédominance où leur siège exclusif sur une moitié du corps; les désordres gastriques ont des caractères tout spéciaux.
Dans la paralysie générale, la parole est embarrassée, la marche irrégulière, le tremblement ne survient que d’une façon tardive.
Mais je m’arrête dans cette énumération où se trouvent indiqués seulement des
ser; elles ont alors conscience d’une pression, mais elles n’éprouvent pas de vraie douleur, et, comme elles le disent souvent, elles ont bien eu l’impression de l’expulsion dernière mais comme à travers un voile.
Campbell a également insisté, et c’est là une idée nouvelle, sur l’action locale du chloroforme sur la matrice, et sur l’influence que cét agent peut avoir sur les phénomènes ultérieurs, soit sous le rapport de la plaie locale, soit sous le rapport de l’état général. Dans ces derniers temps, l’élude de la septicémie puerpérale l’absorbait beaucoup, et il a envoyé à l’Académie de médecine des communications qui sont encore dans leur pli cacheté. Il ne voulait que prendre date, car, avant de rien publier, il tenait à s’assurer non pas une, mais cent fois, de l’exactitude des faits qu’il avançait.
Tous ses travaux scientifiques sont remarquables par la sincérité qu’il y apportait, et, en ceci comme dans tous les actes de sa vie, jamais l’amour-propre ni l’ambition personnelle n’ont eu la moindre influence. Dans tout ce qu’il faisait, il mettait une conscience au-dessus de tout éloge. Le jour même où il fut pris des premières atteintes du mal qui l’a emporté, après avoir passé une partie de la nuit à rédiger une observation, il était allé la relire à la personne intéressée, pour bien s’assurer que tout était exact.
Il meurt célibataire, à l’âge de 59 ans, entouré « d’une famille d’amis » inconsolables de cette perte soudaine. Sa bonne et douce figure, ses manières si distinguées, sa conversation agréable et variée, le charme de son esprit et de son caractère resteront toujours gravés dans leur mémoire. Dans ce monde de froideur et de sécheresse, un homme de ce grand cœur ne disparaît pas sans laisser un vide pour ceux qui savent sentir et aimer, et c’est une portion de leur être, la meilleure, qui est entrée avec lui au tombeau. Il leur lègue un bel exemple à suivre; ils ont la consolation de le voir regretté par tous et de savoir que personne n’a fait plus de bien que lui ; s’il y a quelque chose qui ne soit pas vanité, c’est cela.
Dr Onimüs.
signes caractéristiques qui conduisent au but presque à coup sûr; les difficultés sont plus grandes dans la pratique, et je connais peu d’affections dont la nature soit plus difficile à découvrir, et dont le diagnostic exige plus d’attention dans les détails, plus d’adresse dans l’interrogatoire du malade, plus de perspicacité dans l’art d’interpréter les moindres indices, que ces désordres par lesquels se tradilit l’alcoolisme qui commence et qui se cache ou quelquefois s’ignore lui-même.
BIBLIOTHÈQUE
ÉTUDE SUR L’HYDRE FÉMININE ou TRAITÉ DES MALADIES DES FEMMES d’Augustin Courrade (1634), par le docteur J. Janicot, médecin consultant à Pougües, d’après des notes de feu le docteur Félix Roübàud.
Dans la Préface d’uu travail précédent, récemment publié sous lê titre dé : Étude bibliographique et critique sur les eaux de Fougues, M. le docteur Janicot nous apprend que le docteur Félix Roubaud, au moment où il fut enlevé par une mort rapide èt imprévue, travaillait avec ardeur à une histoire médicale complète des eaux de POugues, œuvre importante que, mieux que personne, notre regretté confrère pouvait entreprendre et mener à bonne fin.
A la demandé dé Mme veuve Roubaud, M. Janicot s’est occupé de revoir les notes manuscrites laissées par l’ancien médecin-inspecteur des eaux de Pougues, de les compléter, d’en faire Un tout et de les publier. Un premier fascicule a paru, il y a un mois à peiné, sous le titre que nous avons indiqué plus haut; il contient les documents laissés Sur les eaiix de Pougues par un certain nombre de médecins du xvie siècle qui ont étudié ces eaux et observé leurs effets salutaires dans un grand nombre de maladies.
Le deuxième fascicule, celui que nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs, a suivi de près le premier, ce qui prouve le zèle et l’activité avec lesquels M. le docteur Janicot s’acquitte de la tâche qu’il s’est imposée. U contient l’analyse et l’appréciation d’une œuvre due à un auteür du commencement du xvii® siècle, Augustin Courrade, médecin ordinaire de la princesse Marie dé Gonzague, là mèmè qui devint reine de Pologne.
En 1634, Augustin Courrade fit paraître un livre sous ce titré : L'hydre féminine combattue par là nÿrtiphe Pougôise, ou Traité dés maladies des femmes guéries par les eaux de Pougües. Ce livre, dit M. Janicot, est la première ihdnographie médicale sur les maladies des femhies écrite au péint de vue des éaux minérales. Bien que présenté SduS la forme d’une allégorie tirée de la Fable, il est très-remarquable pour l’époque qui le vit naître.
Suivant Courrade, les principales maladies des femmes sont au nombre de sept, correspondant chacune à une tête de l 'hydre : 1° La stérilité. — 2° Le défaut des menstrues. — 3° Les flumrs blanches. — 4° L’amour, fureur de matrice et mélancolie. — 5° La suffocation de matrice (hystérie). — 6° Les pâles couleurs. — 7° Les tumeurs de la matrice.
Les eaux minérales de Pougues, d’après l’auteur, sont les armes d'Hercule> à l’aide desquelles la plupart des tètes de l’hydre féminine peuvent être abattues.
« En faisant la part, dit M. Janicot, des doctrines humérales de l’époque à laquelle Augustin Courrade écrivait, il faut reconnaître qu’en l’absence des moyens d’investigation que nous possédons aujourd’hui, les praticiens du xvne siècle, — voire du commencement dü xvine siècle, — avaient des idées assez exactes sur les maladies de l’utérus. Ainsi, ils connaissaient l’engorgement, le phlegmon, le cancer ulcéré ou non ulcéré, lés rougeurs et congestions superficielles, les granulations, les ulcérations du col, jusqu’aux tumeurs hydatiques. La plupart de ces maladies sont décrites dans le livre de Courrade, comme s’il avait eu le spéculum à sa disposition. Au point de vue des applications thérapeutiques, les eaux de Pougues ne sont pas prescrites par l’auteur d’une manière banale; il sait très-bien en saisir et en montrer les indications et les contre-indications, à peu près comme le feraient les maîtres en hydrologie médicale de notre époque. »
Le traité de l 'Hydre féminine ou des maladies des femmes, d’Augustin Courrade, eût, paraît-il, un assez grand retentissement pour qu’un médecin de ce temps, — qui était également un poète, — ait pu dire avec vérité, s’adressant à la nymphe de Pougues :
Ma nymphe, assurez-vous que par ces beaux écrits.
Par ce docte travail, par ce divin ouvrage,
Les dames désormais iront vous faire hommage.
Depuis cette époque, les dames n’ont pas oublié le culte de la belle nymphe de Pougues, au
contraire, et naturellement elles ont entraîné avec elles bon nombre d’hommes à qui elles ont .fait partager leurs sentiments.
Nous pensons que les documents si intéressants recueillis par Félix Roubaud, habilement mis en œuvre par M. Janicot, auront pour effet d’accroître encore le nombre des adorateurs de cette divinité véritablement bienfaisante, d’autant plus, nous dit-on, qu’une administration intelligente n’épargne rien pour subvenir aux dépenses dé la décoration du temple et aux frais dû cultë. A T
ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES
SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX
Séance du 28 février 1879. — Présidence de M. Hervieox.
SOMMAIRE. — Correspondance. — Anévrysme de l'àorlë dbiominàle chez un syphilitique, par M. Vallin. Discussion : MM. Fournier, OlliVier. Cornil, Hillairet, Vallin. — Note sur un cas de purpura hemorrhagica aigu survenu chez un malade atteint d’une affection du cœur ancienne et terminé par la mort, par M. Rigal. Recherches histologiques, par M. Corail. — Pièces anatomiques relatives à un cas de muguet de l’œsophage , par M. Damaschino.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Correspondance imprimée : Journal de thérapeutique. — Revue médicale de Toulouse. — Bulletins de la Société anatomique de Paris (1878). — Archives de médecine navale. — Annales de gynécologie. — Climat de Brest (ses rapports avec l’état sanitaire) , par M. le professeur Borius. — Sur t’ origine et la propagation de l'épidémie variolique à Bordeaux, par le docteur L. Landes. — Anévrysme de l’aorte ascendante traité pâr l'électrolijse, par M. Bucquoy.
M. Vallin présente les pièces anatomiques relatives à un anévrysme dé l’aorté abdominale chez un syphilitique. (Voyez I’Union Médicale des 19 et 21 juin 1879.)
M. Fournier : Je serai l’interprète de l’opinion générale en constatant l’intérêt qui se rattache à la présentation de M. Vallin. Cette présentation, en effet* est relative à une question des plus importantes et des plus controversées aujourd’hui, à savoir : la relation pathogénique de certains anévrysmes avec la syphilis.
Il peut paraître étrange, au premier abord, de chercher à établir une relation entre l’anevrysme et la syphilis. Cette opinion toutefois, qu’on a pu taxer bien injustement de « nouveauté paradoxale a, est amplement légitimée par ce que nous ont appris de récents travaux sur la syphilose artérielle. Il est acquis, et bien acquis aujourd’hui par de très-nombreuses observations, que la syphilis détermine fréquemment sur le système artériel des lésions diverses, se caractérisant à l’origine par une prolifération cellulaire plus ou moins abondante qui se dépose dans les tuniques vasculaires, et aboutissant plus tard à la dégénérescence scléreuse ou gommeuse. Comme conséquences de ce processus morbide, on a signalé maintes fois des épaississements, des déformations, des bosselures, des rétractions, des rétrécissements, voire des oblitérations de diverses artères. Et des lésions de ce genre n’ont pas été observées seulement sur de petits vaisseaux, elles ont été constatées sur des artères de moyen ou de gros calibre. C’est là uri point — qu’il me soit permis de le rappeler — sur lequel j’ai longuement insisté dans mon dernier ouvrage, La syphilis du cerveau.
Or, des lésions de cet ordre ne peuvent évidemment se produire sans déterminer une inégalité de résistance dans les divers points d’une paroi artérielle affectée de la sorte. D’autre part, le rétrécissement d’une artère implique nécessairement un surcroît de pression en deçà du point slénosé. Dans ces conditions et sous celte double influence, qu’y a-t-il d’étonnant à ce que la paroi du vaisseau, tout à la fois moins résistante et soumise à un excès de pression, cède sür un point, se laisse dilater par l’effort de la colonne sanguine, et finisse par constituer là une ampoule, un sac anévrysmal? Le bon sens légitime la possibilité d’un tel résultat comme conséquence des altérations subies par les parois artérielles dans la syphilis.
Or, ce qu’indique, ce que fait prévoir le bon sens, l’expérience le confirme, et elle le confirme* en révélant des lésions anévrysmales sur les artères malades des sujets syphilitiques. Des lésions de ce genre ont été plusieurs fois signalées. La chose n’est même pas nouvelle; car, si j’ai bon souvenir, deux cas d’anévrysme d’origine syphilitique se trouvent déjà rapportés par Lancisi. A ne parler que de faits d’une époque plus rapprochée de nous, Wilks a relaté un cas d’anévrysme de l’aorte abdominale observé sur une jeune prostituée syphilitique. Sur un sujet syphilitique mort à 27 ans d’accidents cérébraux, Russell a trouvé deux anévrysmes : l’un volumineux, mesurant plus d’un pütice et demi de long sur un pouce de large, formé aux
dépens du tronc basilaire ; et l’aulre, plus petit, du volume d’une noisette, sur l’artère cérébrale moyenne. {The British medical Journal, juillet 1870.) — Notre collègue, M. le docteur Blachez, a présenté à la Société anatomique un anévrysme du tronc basilaire, reconnaissant selon toute vraisemblance, une origine syphilitique. — Dans ces derniers temps, M. Lancereaux m’a montré, sur l’artère sylvienne d’un sujet mort de syphilis cérébrale, deux dilatations anévrysmales, comparables chacune, comme volume, à un petit pois. — En ce qui me concerne, j’ai trouvé deux fois, à l’autopsie de malades morts de syphilis cérébrale, des dilatations semblables des artères du cerveau. Une autre fois, j’ai été appelé à traiter un malade qui présentait un énorme anévrysme de l’aorte, lequel, après avoir usé et détruit les côtes faisait hernie hors du thorax sous forme d’une tumeur hémisphérique, grosse comme une moitié d’orange. Or, ce malade était un syphilitique qui, quinze ans auparavant, avait été affecté d’un chancre avec divers accidents secondaires, et, plus récemment, d’exostoses tibiales très-rebelles.
Ces quelques observations — auxquelles j’en pourrais joindre d’autres — constituent un groupe de faits très-authentiques et très-significatifs à mon sens. Elles mettent hors de doute la relation possible des lésions anévrysmales avec la diathèse syphilitique; elles établissent nettement que certains anévrysmes peuvent dériver de la syphilis, comme conséquences de lésions développées sur les parois artérielles par la diathèse. Pour moi du moins, d’après ce que j’ai lu ou vu jusqu’à ce jour, c’est là un point que je tiens comme démontré.
A coup sûr, cependant, je me garderai d’aller aussi loin dans cette voie que certains médecins anglais, pour qui l’anévrysme serait, une fois sur deux, d’origine syphilitique. Et surtout je n’irai pas aussi loin que d’autres médecins qui ont dit avoir amélioré, guéri même, par le traitement spécifique des anévrysmes d’origine spécifique. Mon observation personnelle me défend d’affirmer rien de semblable. Plus réservé, et m’en tenant aux faits d’observation bien authentique, je me bornerai à dire que la syphilis doit assurément prendre place dans l’étiologie de l’anévrysme, mais qu’elle doit y prendre place pour une proportion numérique encore inconnue, que des recherches ultérieures pourront seules déterminer.
Je ne quitterai pas cet intéressant sujet sans faire justice d’une fin de non-recevoir plusieurs fois opposée à l’opinion que je viens d’émettre. On. a dit : « Il n’existe pas d’anévrysme syphilitique ; et la preuve, c’est que le mercure et l’iodure restent sans effet sur les anévrysmes qu’on prétend rattacher à la syphilis. » C’est là, Messieurs, permettez-moi de le dire, un détestable argument, qui ne comporte pas la moindre valeur en l’espèce. Certes oui, le mercure et l’iodure ne font rien aux anévrysmes d’origine spécifique, et cela pour une raison très-simple, c’est qu’ils ne peuvent rien y faire en vérité. L’anévrysme une fois constitué est une lésion accomplie, définitive , comme une perforation du palais, comme une perte de substance, comme une cicatrice. Que voulez-vous que produise un remède quelconque sur une lésion de cet ordre? D’autre part, veuillez bien remarquer ceci : l’anévrysme n’est pas, à vrai dire, une lésion syphilitique, mais bien la conséquence vulgaire, banale, d’une lésion syphilitique. Ce qu’il y a de réellement spécifique dans l’anévrysme que nous voulons rattacher à la syphilis, c’est la lésion préparatoire de cet anévrysme, c’est l’état anatomique des tuniques artérielles d’où dérive ultérieurement la dilatation du vaisseau, la formation du sac. Au delà, cette dilatation vasculaire, cette formation du sac anévrysmal, ne sont plus des lésions d’ordre spécifique; ce sont purement et simplement des épiphénomènes vulgaires, communs, qui succèdent à la lésion syphilitique du vaisseau comme elles succéderaient à une lésion semblable de toute autre origine, de nature quelconque. Que le traitement spécifique puisse exercer son action sur les lésions préparatoires de l’anévrysme, cela, je le conçois, je l’admets, et quelques faits heureux, déjà contenus dans la science, me donnent le droit d’y croire. Mais qu’il agisse après coup sur la conséquence non spécifique de ces lésions, c’est là ce qu’il y aurait injustice à lui demander, c’est là ce qu’il ne saurait produire et ce4qu’il n’a jamais produit, à ma connaissance tout au moins.
Donc, la non-influence du traitement spécifique sur l’anévrysme d’origine spécifique ne témoigne en rien contre la spécificité de cet anévrysme.
Je me résume et je dis : L’anévrysme peut dériver de la syphilis comme conséquence des lésions exercées par la diathèse sur les tuniques artérielles. Mais il ne constitue pas, à vrai dire, un accident syphilitique; il n’est qu’une conséquence vulgaire, commune, de lésions spécifiques développées sur le vaisseau.
r : Je su's tout à fait d’accord avec M. Fournier; de l’inefficacité du traitement
L'rLU;î’ ÜAne faut pas c°nclure que l’altération artérielle n’est point d’origine syphilimême peu touché par l’argument qui consisterait à dire : Comment se fait-il
qu’un traitement antisyphiliiique très-complet n’ait pas, sinon guéri la dégénérescence avancée de l’aorte, au moins empêché, dès le début, le développement même de celte altération? a cela, il y a, selon moi, une réponse facile : Personne ne contestera que l’exostose tibiale que présentait notre malade était bien une exostose syphilitique; comment se fait-il donc que le traitement longtemps continué n’ait pas prévenu, empêché son développement? Ce qui est vrai de l’exostose peut l’être aussi bien de la dégénérescence artérielle.
M. Ollivier : Dans les quelques observations de claudication intermittente publiées dans es recueils scientifiques on a signalé la syphilis parmi les antécédents des malades.
M. Cornir : La syphilis a une influence très-grande sur l’artérile. Les Allemands ont publié de nombreuses observations. M. Meyer, notamment, a rapporté une observation d’anévrysmes multiples chez un syphilitique. Une fois cette lésion localisée, le traitement spécifique ne peut enrayer les accidents consécutifs.
M. Fournier : Le traitement de la syphilis doit être prolongé pendant des années. En outre, il faut savoir que la syphilis ne guérit pas toujours; il y a des syphilis incessantes. Les récidives sont fréquentes. Le malade de M. Vallin a subi un traitement incomplet ; en outre, alors même que ce traitement aurait été plus complet, il ne faudrait pas en inférer qu’il a pu avoir de l’action sur la syphilis de ce malade.
M. Hillairet : Il n’est pas étonnant que la syphilis puisse déterminer des lésions dans les artères, puisqu’on a signalé des lésions syphilitiques dans la paroi interne du cœur, dans les valvules, dans l’endocarde.
M. Cornil expose les recherches histologiques qu’il vient de faire sur le purpura hemorrhagicà ganglionnaire, à propos d’un malade mort dans le service de M. Rigal, à la suite d’une affection cardiaque. (Sera publié prochainement.)
M. Damaschino présente des pièces anatomiques relatives à un cas de muguet de l’œsophage chez une femme ayant succombé à la phthisië. (Voyez le numéro du 1 k juin 1879.)
— La séance est levée à cinq heures un quart.
Le secrétaire, Martineau.
FORMULAIRE
De la teinture de myrrhe dans la coqueluche. — ■ Campardon.
Pour combattre les quintes de la coqueluche, chez les enfants, et la toux spasmodique si pénible des adultes, l’auteur prescrit la teinture. .de myrrhe, à la dose de 3 10 gouttes,
selon l’âge de l’enfant. Celte dose est administrée toutes les heures, dans une cuillerée de vin de quinquina, au bordeaux ou au malaga. Pour, l’adulte, on prescrit chaque heure, et dans le même véhicule, 12 à 15 gouttes de teinture de myrrhe. — Du reste, l’emploi de ce remède n’exclut point les traitements appropriés soit, à la trachéo-bronchile, soit à la congestion pulmonaire, qui sont les complications habituelles de la coqueluche. — N. G.
Ephémérldes médicales. — 2 U Juin 1751.
Hérissant, docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris, approuve un mémoire du docteur Navier, sur le péritoine, mémoire dans lequel sont exposées les propositions suivantes:
1° Lorsque le sac du péritoine est arrivé sur le corps des vertèbres, les deux côtés qui s’y rencontrent, après s’être joints, forment un prolongement transversal^ qui vient gagner le mésentère; là ils se séparent de nouveau et se prolongent, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, vont se réunir sur la partie annexe des intestins, et en forment la tunique extérieure.
2° Le péritoine, en embrassant les intestins par une duplicature membraneuse, les enveoppe immédiatement.
3° L’épiploon est un réseau adipeux qui est une dépendance des intestins, et comme une espèce de prolongement de la tunique extérieure de l’estomac et du côlon. — A. Gh.
COURRIER
Hôpitaux de Paris. — Concours pour deux places de chirurgien du Bureau central. Ce concours s’est terminé, vendredi dernier, par la nomination de MM. Reclus et Bourdon.
L'UNION MÉDICALK.
Concours. — par un arrêté en date du 20 juin 1879, l’ouverture du concours pour l’obtention des bourses dans les Facultés de médecine est reportée au vendredi 25 juillet 1879.
Les registres d'inscriptions seront clos le 17 juillet, à quatre heures.
Ecole de plein exercice de médecine et de pharmacie de Nantes. — Un concours s’ouvrira le 5 janvier 1880, à l’École de plein exercice de médecine et de pharmacie de Nantes, pour un emploi de suppléant des chaires de sciences naturelles.
Le registre d’inscription sera clos un mois avant l’ouverture dudit concours.
Hôpital de Berck. — Le Conseil municipal de Paris a pris une délibération portant autorisation d’exécuter des travaux en 1879 pour la défense de l’hôpital de Berck contre les envahissements de la mer. (Dépense, 22,000 fr.)
— Par arrêté de M. le préfet de la Lozère, en date du 12 avril, M. de Golombet, maire de Langogne, a été suspendu de ses fonctions pour deux mois. Voici les principaux considérants de cet arrêté :
« Nous, préfet (le la Lozère, vu, etc...
« Considérant que l’hospice de Langogne possédait une pharmacie ouverte au public et dirigée par des religieuses diplômées, contrairement aux prescriptions de la loi du 21 germinal an XI; qu’il y avait lieu, dès lors, par application de la loi susvisée, et sur la réclamation formelle à nous adressée par un pharmacien récemment établi à Langogne, d’interdire la vente des remèdes au dehors aux religieuses de l’hospice; que, néanmoins, dans une pensée de conciliation et de protection pour les intérêts de l’établissement charitable dont la tutelle nous est confiée, nous avions consenti à désigner un gérant qui nous serait proposé par la commission administrative et par la municipalité;
« Considérant que, loin de reconnaître la modération de ce procédé, la municipalité n?a pas craint de présenter à notre agrément un candidat qui ne réunissait aucune condition d’aptitude et de résidence, déjà gérant d’une pharmacie annexée au monastère de Notre-Dame des Neiges, dans le département de l’Ardèche; qu’en cherchant ainsi à surprendre la bonne foi de l’autorité pour lui faire sanctionner une gérance nominale qui aurait couvert et perpétué les abus auxquels il était du devoir de l’administration de mettre un terme, la municipalité de Langogne a manqué à ses devoirs; etc. »
— Les mardi 8 et mercredi 9 juillet 1879 auront lieu à Albert Hall une « fêle française » et une grande vente de charité au profit de l’Hôpital français, de la Société de bienfaisance et des Écoles françaises à Londres, sous le patronage spécial du prince et de la princesse de Galles, du duc et de la duchesse d’Édimbourg, du duc et de la duchesse de Copnaught, du prince et de la princesse Christian, du prince Léopold, du duc de Cambridge, de M. Grévy, Président de la République, de l’ambassadeur de France à Londres et du corps diplomatique.
Par permission spéciale, le corps de musique de la garde républicaine prendra part à la fête.
Des boutiques seront tenues par les dames patronnesses et par les artistes de la Comédie- Française.
Les dons pour la vente de charité et la tombola seront reçus avec reconnaissance à l’ambassade de France à Londres, Albert Gâte.
Les coquettes pensylvaniennes. — D’après le Philadelphia Times, un chirurgien de notre ville est en train de faire fortune au moyen d’une innovation dont toutes les dames raffolent. Il s’agit cependant d’une opération chirurgicale.
Les coquettes pensylvaniennes, voulant à toute force avoir les plus petits pieds de l’Amérique, se font enlever le petit doigt des deux pieds ; cette opération, subie sans douleur, à l’aide du chloroforme, a pour effet de donner aux extrémités une exiguïté extraordinaire.
Les Athéniens, amoureux de leurs formes, n’eussent jamais imaginé cette dangereuse mutilation.
Société médicale des hôpitaux (3, rue de l’Abbaye, à 3 heures 1 /2 précises). — La Société se réunira le vendredi 27 juin 1879.
Ordre du jour : Lecture, par M. Straus, sur un cas d’érysipèle des bronches et du poumon (pneumonie érysipélateuse). — Expériences sur l’action des métaux sur la peau œdématiée (à l’occasion d’un travail de M. Ferrier, deKing’s Hospital), par M. Gouguenheim. — Élection de trois membres titulaires.
Le gérant, Richelot.
Pari*. Typographie Félix Wvltestb et Ce, me des Deux -Portes-Saint-Sauveur, 22.
.No 74
Jeudi 26 Juin 1879
BULLETIN
SUR LA SÉANCE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
La lecture de deux rapports officiels : l’un, sur la vaccine, par M. Hervieux remplaçant M. Hippolyle Blot, directeur de la vaccine, empêché par la maladie; l’autre, par M. Villemin, sur les épidémies observées en France pendant l’année 1877, n’a pas sans doute eu d’abord l’heur de plaire à l’Académie, car pendant la plus grande partie de la durée de cette lecture le bruit des conversations particulières a couvert absolument la voix des honorables académiciens, qui ont été bien mal récompensés de toute la peine qu’ils se sont donnée pour rédiger ces longs et importants rapports.
Protestations d’un certain nombre de membres de l’Académie, admonestations répétées de M. le président, réclamations des honorables rapporteurs, rien n’y a fait; le bruit cessait un instant pour s’élever de nouveau, plus formidable. Vers la fin, cependant, il a été permis d’entendre quelques passages du rapport de M. Villemin qui ont certainement dû faire regretter qu’il n’ait pas été possible de suivre dans son entier cette très-intéressante communication.
A quatre heures et demie, l’Académie s’est réunie en comité secret pour entendre la lecture des conclusions de ces rapports, ainsi que celle des rapports sur les prix Barbier et Civrieux.
Au commencement de la séance, M. le secrétaire perpétuel a lu une lettre de M. le ministre de l’intérieur, qui demande l’avis de l’Académie sur les avantages ou les inconvénients de l’usage de la margarine, substituée au beurre et à la graisse dans la préparation des aliments des malades. Sur la proposition de M. le président, une commission a été désignée qui sera chargée d’examiner la question et de faire un rapport. L’Académie des sciences nomma jadis la commission dite de la gélatine , qui fit longtemps parler d’elle; nous souhaitons à la commission delà margarine une moindre célébrité. — A. T.
Faculté de médecine de Paris. — Par décret en date du 21 juin 1879, M. Bouchard (Charles- Jacques), agrégé près la Faculté de médecine de Paris, est nommé professeur de pathologie et thérapeutique générales- à ladite Faculté, en remplacement de M. Chauffard, décédé.
FEUILLETON
Facilité d.e Médecine de Paris Cours de M. le professeur Peter
Le bon fonctionnement de la peau devra être l’objet de l’attention du médecin dans le traitement delà phthisie. La peau est un organe émoncloire d’une importance comparable à celle du rein; l’acide sudorique se rapproche beaucoup de l’acide urique; les sudorates sont analogues aux urates. Le premier soin qu’elle réclame est la propreté. Il faut la laver. Comment? Par des bains? Oui. M. le professeur Lasègue a montré que les bains sont utiles et n’ont pas les inconvénients qu’on redoutait de leur emploi. Toutefois, la lotion froide est préférable; mais, en France, les préjugés sont encore opposés à cette pratique. On évitera donc toute manœuvre d’hydrothérapie brutale. En. prescrivant une lotion de 30 secondes, le matin, avec de l’eau tiède, on ne déterminera jamais le moindre trouble. On abaissera ensuite progressivement la température jusqu’à 10 et même 8 degrés, sans accident. La douche à plein jet doit être évitée, parce que la réacliou est trop violenle et qu’elle pourrait, même dans les cas de tuberculose à forme très- lente dont il s’agit en ce moment, être suivie d’hémoptysie. Brehmer,
(i) Suite et fin. — Voir les numéros des 7, 16 janvier, 6, 27 février, 22 avril, 15 mai et 5 juin.