LES EAUX DE VALS. — SOIRCB MAGDELEINE
« Je dirai, avec une conviction entière, que les bicarbonates « alcalins constituent un élément constant et nécessaire du sang • et de l'économie tout entière. «
(Mialhe. Discours à l’Académie de médecine.)
^ Dans ce pays pittoresque et accidenté du Vivarais, formé par une série de montagnes qui s’étendent des rives du Rhône au sommet des Cévennes, vit de temps immémorial une population alerte et robuste, pendant que non loin de là, dans les départements voisins, prédominent la débilité et le lymphatisme.
En recherchant la raison d’être d’une pareille anomalie, les médecins hygiénistes n’ont pas tardé à reconnaître que les habitants de ces contrées devaient l’heureux privilège d’une santé florissante à l’usage des eaux minérales qui jaillissent de toutes parts, dans les vallées, en sources abondantes et limpides.
L’aspect du sol autour des principaux griffons, démontre, à première vue, l’existence d’un principe ferrugineux, et le bouillonnement de l’eau, au moment de son affleurement à la surface, indique la présence d’une quantité considérable d’acide carbonique.
« Quelle plus grande faveur, aurait dit Atrié, la Providence pouvait-elle faire aux malades et au pays de Vais que de leur donner ces sources variées, qui, dans leurs indications, embrassent presque toutes les maladies chroniques, et qui, par leurs minéralisations différentes les une; des antres, peuvent fournir au praticien une véritable gamme thérapeutique? »
Parmi les sources bicarbonatées sod ques froides de Vais , la source de la Magdeleine occupe incontestablement la première place dans le groupe des toniques et reconstituantes.
C’est elle qui présente le chiffre de minéralisation le plus élevé (9g',2i8) pour 1 kilogramme d’eau (1). Les analyses chimiques d’Ossian Henry expriment ainsi les proportions des principaux éléments minéralisateurs :
Bicarbonate de soude . 7 g' 280
Bicarbonate de fer (protoxyde) . . 0 gr 029
Chlorure de sodium . 0 gr 016
Quant à la dose d’acide carbonique libre, elle est aussi très-considérable (2,050).
La température de la source Magdeleine est constamment de 15° centigrades au griffon, et son débit journalier dépasse plus de 6,000 litres dans les 2 1\ heures.
Sa saveur légèrement alcaline est rendue agréable par le pétillement de l’acide carbonique, et les malades qui fréquentent celte source, presque en aussi grand nombre qu’à la source ferro-arsenicale delà Dominique, paraissent boire cette eau avec un certain plaisir.
Si les eaux de la Magdeleine, par leur minéralisation spéciale, sont pour ainsi dire le type des eaux alcalines de la contrée, c’est de son domaine que doivent ressortir toutes les affections diatliésiques, acquises ou accidentelles, qui exigent l’emploi régulier et raisonné des bicarbonates de soude et de magnésie, puisqu’au dire de Mialhe, « ces bicarbonates alcalins constituent un élément constant et nécessaire du sang et de l’économie tout entière. »
Les conditions de température des eaux, de stabilité de leurs principes fi'ies, permettent en outre d’entreprendre le traitement loin de la source, en toute localité salubre, et à toutes les époques de l’année.
Cet usage des eaux de Vais loin des sources, date déjà de loin, car J.-J. Rousseau nous apprend dans ses Confidences que, durant son séjour à Montpellier, il buvait de l’eau de la Magdeleine pour ce fameux polype . qu’il n’avait pas !
La liste des auteurs qui ont consacré d’importants chapitres à l’étude des eaux de Vais, depuis le xvne siècle jusqu’à ce jour, comprend les noms les plus autorisés en pareilles matières. Nous citons, au hasard de la plume, Antoine Fabre (1657) (2) ; Jacques Reinet, d’Aubenas (1659) ; Serrier, célèbre médecin d’Arles (1673) ; Duclos, membre de l’Académie des sciences (1675) : Lamarlinière (1768) ; Vincent Rnulin (1774); Richard de la Prade (1778); Arnaud, maître chirurgien gradué, dudit Vais (178à); Lieutenant, médecin très-répandu à Paris vers le milieu du xvme siècle; Buisson -Lagrauge (1810). Parmi les auteurs modernes,
(1) La minéralisation de la source Saint-Jean est de. . .
celle de la Rigolelte est de.
celle de la Désirée. est de..
2 g* 576 7 gr 826 9 gr 1Ô2
(2) Traité sur les eaux minérales du Vivarais, entrepris et publié à l’instigation des Étals du Languedoc.
Alibert, Pâtissier, Pétrequin et Socquet, docteur Chabannes, docteur Tourette, docteur Clermont, de Lyon, Durand -Fardel, docteur Charvet, et tant d’autres.
De l’ensemble de ces travaux et de ces recherches nous pouvons tirer les conclusions suivantes pour l’emploi rationnel de la source Magdeleine: Elle convient plus particulièrement aux personnes qui, déjà habituées à la médication alcaline, ont échoué dans un traitement antérieur par des eaux analogues et plus faiblement minéralisées, alors surlout qu’il n’y a ni excitabilité nerveuse exagérée, ni constipation rebelle, ni trop grande susceptibilité de l’estomac.
Les affections diathésiques qui rentrent plus principalement dans le domaine de l’action thérapeutique de la source Magdeleine sont la gravelle, la goutte et le diabète. Il ne peut entrer dans le cadre d’un simple article de passer ici en revue la multiplicité des théories préconisées pour rendre compte de l’étiologie, et de la pathogénie de celte maladie, d’autant plus commune de nos jours qu’elle a un rapport direct avec les conditions de notre vie sociale.
La théorie chimique de Bouchardat et de Mialhe a régné pendant quelques années en souveraine. Les travaux de Claude Bernard et de Schiff les ont conduits à admettre que la glande hépatique est l’unique agent de la fonction glucogénique. Quand la matière sucrée est sécrétée en excès de telle sorte qu’elle ne puisse être toute brûlée dans le poumon, le surplus s’en échappe par les urines; c’est ce qui constitue le diab'eU pour ces illustre physiologistes. Aniérieurement, Andral avait prouvé, par des autopsies rigoureuses, que l’hypérémie du foie est la cause prochaine de l’hypersécrétion du sucre. Si le diabète chronique reconnaît pour cause efficiente une paralysie des nerfs vaso-moteurs, c’est à cette lésion que doivent être rapportés les symptômes de dépérissement causé par la déperdition du sucre sécrété en excès.
Dans sa récente étude sur les alcalins, M. Souligoux développe avec un certain talent cette opinion que « le diabète est une exagération de fonctions des nerfs désassimilateurs, caractér risée par l’apparition du sucre dans les urines. »
Quoi qu’il en soit de ces ingénieuses hypothèses, l’observation clinique la plus variée démonire que, dans le diabète, le traitement par les eaux alcalines à forte minéralisation comme la Magdeleine donne des résultats très-satisfaisants.
Dans le diabète, aussi bien que dans la dyspepsie, la gravelle, la goutte, les alcalins arrivent utilement pour rendre aux liquides de sécrétion, salive, sucre pancréatique, bile, suc intestinal, la réaction indispensable pour mener à bonne fin l’élaboration de la plupart des substances alimentaires.
ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES
ACADÉMIE DE MÉDECINE
Séance du 24 juin 1879.— Présidence de M. Richet.
CORRESPONDANCE OFFICIELLE
M. le ministre de l’agriculture et du commerce transmet les comptes rendus des épidémies observées en 1878 dans les départements du Pas-de-Calais, du Nord, des Côtes-du-Nord et d’Ille-et-Vilaine.
M. le ministre de l’intérieur adresse une lettre par laquelle il demande l’avis de l’Académie sur les avantages ou les inconvénients qu’il pourrait y avoir à substituer l’usage de la margarine à celui du beurre et de la graisse dans la préparation des aliments des malades.
Sur la proposition de M. le Président, une commission est désignée pour examiner cette question et faire un rapport. Elle se compose de MM. Berthelot, Poggiale, Fauvel, Bergeron, Delpech, Vulpian et Riche.
M. Jules Rochard offre en hommage une Étude sur l es eaux thermales de Saint-Honoré les-Bains, par M. le docteur Breuillard.
M. Hervieüx, au nom de M. Hippolyte Blot, empêché par la maladie, lit le rapport général sur le service de la vaccine pendant l’année 1877.
M. Villemin, au nom de la commission des épidémies, lit le rapport officiel sur les épidémies observées en France pendant l’année 1877.
— A quatre heures et demie, l’Académie se réunit en comité secret pour entendre la lecture des conclusions de ces rapports, ainsi que celle des rapports sur les prix Barbier et Civrieux.
L’union médicale.
SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
Séances des 11 et 18 juin 1879. — Présidence de M. Tarsier.
Sommaire. Rapport sur un mémoire intitulé : Contribution h l’étude de l’inversion totale ancienne de l’utérus. — Rapport sur une observation de résection sous-périostée de toute l’omoplate et de la tête de l’humérus. — Présentaiion de malade : Résection sous-périostee de la presque totalité de la diaphyse du, tibia -, guérison avec la reproduction de l'os presque tout entier. — Présentation de dessins représentant un exemple d'inversion totale et complète de l’utérus. - Hernie étranglée suivie de gangrène de 72 centimètres d'intestin. — De l’emploi de la solution d’ergotine Ivon dans les hémorrhagies après l’accouchement. — Déclaration de vacance d’une place de membre titulaire.
M. Gué'niot fait un rapport sur un mémoire de M. le docteur Jude Hué (de Rouen), intitulé : Contribution h. l'étude de l'inversion totale de l’utérus.
Ce mémoire est basé sur une observation remarquable dont le sujet est une dame de 37 ans, ayant eu déjà six accouchements heureux, et qui, devenue enceinte pour la septième fois, arrivée au terme d’une grossesse pénible, accoucha laborieusement après vingt et une heures de travail. L’apparition d’une perte détermina le médecin, le docteur Fauvel, qui l’avait assistée, à tirer un peu hâtivement sur le cordon. De là, renversement de l’utérus dont le fond, avec placenta encore adhérent, vient faire hernie à la vulve. La délivrance opérée et l’inversion reconnue, le docteur Fauvel tente de réduire la matrice, mais il ne parvient qu’à refouler cet organe dans le vagin, en laissant subsister l’inversion. Deux heures plus tard, la patiente se sentant gênée, expulse avec effort l’utérus au dehors, et le mari tire malencontreusement sur cette masse sanglante. M. Fauvel, appelé, refoule de nouveau l’organe, dans le vagin et fait de son mieux pour atténuer l’hémorrhagie qui épuise la malade.
Dix jours après l’accouchement, MM. Huè et Le Brument, mandés en consultation, reconnaissent l’existence de l’inversion, attirent, pour mieux se renseigner, l’utérus au dehors, et constatent que deux doigts portés jusqu’au fond du vagin, à droite et à gauche, parviennent à n’être séparés l’un de l’autre que par une très-faible épaisseur des tissus. Ils concluent de cet examen que très-vraisemblablement ils ont affaire à une inversion complète intéressant le col dans sa totalité.
La femme est dans un état d’anémie extrême, qui ne permet pas de recourir au chloroforme. Néanmoins, comme la tumeur inversée est très-douloureuse aux attouchements, on pratique une injection hypodermique de morphine et l’on tente ensuite la réduction, mais vaimment, par tous les moyens usités en paieilcas. Après une heure de tentatives, les forces de la malade étant épuisées, il fallut s’arrêter et remettre une nouvelle tentative à une époque ultérieure.
Environ quatre mois plus tard, nouveaux efforts de réduction aussi infructueux que les premiers. La patiente étant épuisée par l’hémorrhagie et menacée d’une mort prochaine, les chirurgiens se résolurent de tenter l’amputation, dont l’exécution fut remise au dixième jour après la prochaine époque menstruelle.
Le 17 mai 1877, en présence de MM. les docteurs Le Brument, Tinel et Fauvel, M. Huë appliqua sur l’ulérus, avec toules les précautions requises, une ligature élastique qui marqua promptement une empreinte sur la portion cervicale. Douze ou quinze heures après l’opération, qui n’avait pas duré plus de dix minutes, une hémorrhagie grave se manifesta, se prolongea pendant plusieurs heures et ne fut définitivement arrêtée que par un tamponnement régulier du vagin.
L’état de la malade était des plus alarmants, la faiblesse était extrême; cependant, peu à peu, grâce aux reconstituants, les forces revinrent et la santé se rétablit. Au dix-neuvième jour, la portion corticale ou musculaire de la tumeur s’était sphacélée; le vingt et unième jour, M. Huè avait dû en retrancher un lambeau important, qu’il reconnut être la corne gauche, avec une partie de la trompe ; mais ce ne fut qu’au quarante-deuxième jour (le 28 juin) que les derniers vesliges de la tumeur tombèrent avec la ligature élastique. Celle-ci avait dû être resserrée le 15 juin.
Chose singulière, lorsque M. Huë put explorer avec quelque facilité le fond du vagin (le vingt-neuvième jour de l’opération), il ne fut pas médiocrement surpris d’y retrouver le col utérin parfaitement reformé et bien en place. L’espèce de moignon représenté par les restes de la tumeur occupait sa cavité.
Enfin, le 26 octobre 1877, plus de cinq mois après l’opération, la malade, complètement rétablie, jouissait de la meilleure santé. Le col utérin, profondément situé, présentait des caractères si normaux que, pour un médecin non prévenu, il eût été impossiblç de supposer que le corps de l’organe en avait été séparé. Cette circonstance porte M. le rapporteur à douter qu’il s’agisse réellement d’une inversion totale , malgré l’affirmation de M. Hué.
M. Guéuiot fait ressortir l’intérêt et l’importance de cette remarquable observation. Il
termine en proposant : 1° d’adresser des remerctments à l’auteur; 2“ de renvoyer son travail au comité de publication pour être inséré intégralement, si c’est possible, dans les Bulletins. (Adopté. )
M. Desprès cite un fait dans lequel l’emploi d’un pilon ou bâton garni d’ouate, dans le but de réduire une inversion utérine, occasionna la mort de la malade par péritonite consécutive à la perforai ion du fond de la matrice.
M. Amédée Forget pense qu’il eût été préférable de se servir du serre-nœud ou de l’écraseur, plutôt que de la ligature élastique ; peut-être par l’emploi de ces moyens eût-on évité l’hémorrhagie grave qui a suivi la ligature élastique. Quant à l’existence du renversement total révoquée en doute par M. Guéniot, M. Amédée Forget dit qu’il apportera dans la prochaine séance et mettra sous les yeux de ses collègues un très-beau dessin fait par un savant qui avait un grand talent de dessinateur, Pierre Gratiolet. Trois dessins montrent, l’un le renversement complet, le second une coupe de l’utérus, le troisième les rapports de l’utérus avec ses annexes.
M. Guéniot répond qu’il est très-difficile de comprendre un renversement complet de tout l’utérus, mais que. devant le fait concluant apporté par M. Forget, il n’y a qu’a s’incliner.
Comme M. Forget, M. Guéniot trouve que l’écraseur et le serre-nœud sont d’excellents instruments, mais il croit que, dans l’espèce, J’emploi de la ligature est préférable, et, malgré l’apparition d’une hémorrhagie inquiétante comme celle qu’a observée M. Hué, il lui donnerait encore la préférence. Cependant, il tient à rappeler que M. Hué a probablement fait choix d’une anse en caoutchouc défavorable; il lui semble qu’il eût mieux valu recourir à un tube en caoutchouc; il serait à désirer qu’il existât une filière, une échelle graduée indiquant le calibre des tubes dont on doit se servir.
En ce qui concerne l’emploi du serre-nœud ou de l’écraseur, M. Guéniot dit qu’il faut craindre la péritonite, car, avec ces instruments, la section est prompte et se termine générament en une seule séance.
M. Verneuil dit que M. Denucé a laissé l’instrument en place pendant dix-huit heures, c’est-à-dire qu’il a mis ce temps à obtenir une section complète.
M. Tillaux déclare que le différend entre MM. Guéniot et Forget est facile à résoudre, L’action d’un fil quelconque, élastique ou non, qu’on laisse à demeure sur une partie qu’on veut faire tomber, est une action destructive par ulcération. Le serre-nœud, l’écrasèur,. agissent autrement; iis détruisent par section, et il ne croit pas prudent de recourir à cette section.
M. Tarnier demande à M. Guéniot si l’on a examiné la tumeur enlevée, et si l’on a recherché, par le cathétérisme, la profondeur de la cavité utérine persistante.
M. Guéniot répond que Ton n’a pas eu sous les yeux le corps excisé, l’utérus s’étant, pour ainsi dire, décortiqué vers le quinzième jour après l’opération; mais, au dixième jour, un lambeau mortifié a été excisé par une seconde ligature, et. M. Hué a reconnu dans ce lambeau une corne utérine avec une portion de (rompe. L’examen de la malade, tel qu’il a été relaté dans l’observation, ne laisse d’ailleurs aucun doute sur la réalité de l’inversion.
Le cathétérisme utérin n’a pas été pratiqué; M. Hué a craint de faire cette exploration. La malade guérie depuis de longs mois, on constatait un col utérin parfaitement normal, qui ne permettait pas de soupçonner l’absence du corps de la matrice.
— M. Nicaise lit un rapport sur une observation, adressée par M. le docteur Ch. Brigham (de San Francisco), sous ce titre : Résection sous-périostée de toute l'omoplate et de la tête de l'humérus ; guérison.
— M. Simon Duplay présente un malade dont l’observation a été communiquée à la Société le 13 octobre 1875. La presque totalité de la diaphyse du tibia a été réséquée depuis l’épiphyse inférieure jusqu’à l’union de la diaphyse avec l’épiphyse supérieure. Le cartilage de conjugaison supérieur restait seul intact. La reproduction a été complète; mais quelques-uns des membres de la Société, M. Panas entre autres, ayant exprimé quelques craintes sur la croissance de ce tibia nouveau, M. Duplay a tenu à suivre l’opéré et à le présenter à ses collègues. Il est facile de constater aujourd’hui que la croissance s’est effeciuée, et que le tibia du côté réséqué n’a que 1 centimètre 1/2 de moins en longueur que celui du côté sain.
— Dans la séance du 18, M. Amédée Forget, ainsi qu’il l’âvait promis dans la précédente séance, met sous les yeux de ses col'ègues plusieurs dessins dus au crayon de Pierre Gratiolet, et représentant un exemple d’inversion utérine complète observée par lui dans le service de Lisfranc, il y a une trentaine d’années. La dissection de la pièce pathologique et les dessins de Gratiolet ont été faits sous la surveillance et le contrôle de M. Amedée Forget. Cette présentation est accompagnée de la lecture d’une note dans laquelle M. Forget complète le description de la pièce pathologique, qu’il n’avait fait qu’ébaucher mercredi dernier.
M. Guéniot déclare que la note et les dessins de M. Forget sont extrêmement précieux,
parce qu’ils constituent le premier exemple véritablement authentique du renversement complet de l’utérus. Suivant lui, ces sortes d’inversions utérines sont absolument irréductibles lorsqu il s est écoulé un certain temps après l’accouchement, parce que l’utérus a repris alors ses propriétés de tissu qui deviennent un obstacle insurmontable à la réduction; il ne reste plus alors d autre ressource que l’amputation. Les procédés opératoires préférés par M. Forget, tels que le serre-nœud et l’écraseur, sont excellents sans doute: mais M. Guéniot pense que la ligature élastique les remplace avec avantage, pour les raisons qu’il a déjà indiquées. Jusqu’ici, sur quatre opérations, il y a eu quatre succès.
— M. Berger lit, au nom de M. le docteur Eustache, de Lille, un rapport sur un cas de hernie étranglée dans lequel l’étranglement aurait amené, dans le court espace de dix heures, la gangrène d’une longueur de 72 centimètres d’intestin. Ce fait est d’autant plus remarquable qu'il s’agissait d’une hernie scrotale très-volumineuse, non contenue, sortant et rentrant alternativement depuis longtemps, c’est-à-dire d’une de ces hernies dont beaucoup de chirurgiens considèrent l’étranglement comme impossible. Avant l’entrée du malade à l’hôpital, des tentatives de taxis répétées et probablement violentes avaient été pratiquées par plusieurs chirurgiens. C’est en pratiquant l’opération de la kélotomie, et après l’ouverture du sac, que M. Eustache reconnut que l’intestin était gangrené dans une grande étendue,- que l’autopsie permit bientôt d’apprécier avec exactitude.
M. Verneuil pense que ce sont les tentatives de taxis forcé auxquelles malheureusement un certain nombre de chirurgiens se croient obligés de recourir, qui ont amené ce résultat désastreux. Il ne saurait trop s’élever contre des pareils errements. M. Verneuil se refuse d’ailleurs à admettre la possibilité de la gangrène de 72 centimètres d’intestin en dix heures.
M. Trélal dit qu’il a eu occasion d’observer un cas dans lequel une entéro-péritonite précédant l’étranglement herniaire a amené des accidents analogues à ceux de l’observation de M. Eustache.
M. Desprès affirme qu’il s’agit ici d’une péritonite herniaire franche, car les hernies du volume d’une tête de fœtus, comme celle dont il est question, ne s’étranglent jamais.
M. Le Dentu a vu plusieurs exemples de hernies plus volumineuses encore que celle de M. Eustache, et qui ont été le siège d’un étranglement des plus réels. L’opération a permis de constater l’absence de toute inflammation et le débridement suivi de réduction a amené la guérison sans accidents.
M. Nicaise a observé un cas semblable à ceux de M. Le Dentu.
— M. Herrgolt, membre correspondant à Nancy, fait une communication relative à l’emploi de la solution d’ergotine, suivant la formule de M. Ivon. Il dit avoir employé cette solution avec avantage, en injections sous-cutanées, dans les cas d’hémorrhagie utérine après l’accouchement, lorsque les parois de l’utérus ne reviennent pas sur elles-mêmes avec assez de rapidité. La dose de la solution est de 50 centigrammes à 1 gramme. M. Herrgott la considère surtout comme une ressource précieuse lorsqu’il faut agir vite et que la malade est en proie à des vomissements.
M. Tarnier dit avoir employé la solution Ivon, avec quelque succès, dans un certain nombre de cas; il a vu la contractilité utérine se produire sous l'influence de cette préparation.
— M. le président annonce la vacance d’une place de membre titulaire, par suite de l’admission de M. tlouel à l’honorarial. Les chirurgiens qui auraient l’intention de concourir, sont invités à faire acte de candidature par une lettre adressée à M. le président.
Dr A. Tartivel.
Épliémérides Médicales. — 26 Juin 1752.
La Faculté de médecine de Paris donne son approbation aux « nouveaux bains médicinaux » inventés par un sieur Guérin, de Montpellier. La machine, est-il dit, est très-ingénieuse pour administrer commodément et efficacement toutes sortes de bains médicinaux , tels que bains entiers, demi-bains, bains de vapeurs, étuves, douches d’eaux minérales, fumigations, etc.
A. Ch,
FORMULAIRE
Traitement de l’hypertrophie des amygdales. Quinart.
Dans le cas d’hypertrophie non inflammatoire des amygdales, le docteur Quinart recommande le massage des glandes hypertrophiées, suivi de l’emploi d’un gargarisme alumtné. -
On plonge l’index mouillé dans de l’alun en poudre, et on le porte directement sur l’amygdale, pour la comprimer et la malaxer. Cela fait, le malade se gargarise avec nn liquide émollient ou aluminé, et au bout de deux ou trois jours, il réussit à pratiquer le massage lui-même- — L’auteur affirme que, grâce à l’emploi de ces moyens, on peut réussir à diminuer le volume des amygdales hypertrophiées, et à en éviter l’ablation. — N. G.
COURRIER
Faculté de médecine de Bordeaux. — M. Nasse, docteur en médecine, est institué chef de clinique médicale à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Bordeaux.
Faculté de médecine de Montpellier. — M. Bermont (Marie-Louis), né le 2Zt avril 1858 à Avezzano (Italie), est nommé aide de botanique à la Faculté de médecine de Montpellier, en remplacement de M. Faure, dont le temps d’exercice est expiré. -
— M. Hamelin, agrégé près la Faculté de médecine de Montpellier, est chargé du cours complémentaire d’histoire de la médecine à ladite Faculté, en remplacement de M. Castan, appelé à d’autres fonctions.
Faculté de médecine de Nancy. — M. Simonin, ancien professeur à la Faculté de médecine de Nancy, est nommé professeur honoraire à ladite Faculté.
École de médecine de Reims. — Sont nommés à l’École préparatoire de médecine et de pharmacie de Reims :
MM. Doyen, professeur d’anatomie;
Gentilhomme, professeur de pathologie externe et de médecine opératoire ;
Lemoine, professeur d’histoire naturelle;
Maldan, professeur d’hygiène et thérapeutique;
Grandval fils, professeur de chimie et toxicologie.
— Le buste du savant et regretté professeur P. Lorain, dû au ciseau de M. Thomas, vient d’être placé dans la salle des Thèses, à la Faculté de médecine de Paris.
Distinction honorifique. — Par arrêté en date du 2 4 juin, du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, M. le docteur de Beauvais, médecin en chef de Mazas, secrétaire général de la Société de médecine de Paris, a été nommé officier de l’instruction publique.
Société de médecine de Paris. — Séance du samedi 28 juin 1879 (local de la Société de chirurgie), rue de l’Abbaye, à 3 heures 1/2 très-précises.
Ordre du jour : 1° Discussion sur l’observation d’écoulement, par la narine droite, du liquide céphalo-rachidien, communiquée par M. Gillebprt Dhercourt père. — 2° Complément de l’observation d’embolie cardiaque présentée par M. Polaillon. — - 3° Observation de phthisie générale, par M. Blondeau. — 4° Rapport sur la candidature de M. le docteur Christian au titre de membre titulaire, par M. Onimus. — 5" Rapport sur la candidature de M. docteur Marmonier au titre de membre correspondant, parM. Leblond.
Conservation des pièces anatomiques. — M. J.-A. Pennés a présenté à la Société anatomique, dans le courant des mois d’octobre, novembre et décembre 1878, plusieurs pièces anatomiques conservées par une simple macération, plus ou moins prolongée, suivant la délicatesse des tissus, dans une liqueur antiseptique de son invention.
Voici rémunération de ces pièces: 1° Un cœur humain, un cœur de cheval et quatre cœurs de mouton. — 2° Différentes parties d’un cerveau humain. — 3° Les poumons d’un phthisique, les viscères d’une brebis tuberculeuse, les viscères d’un mouton, les viscères d’une oie. — 4° Enfin cinq ou six poissons d’espèces différentes.
Les pièces paraissaient être dans un excellent état de conservation.
Etat sanitaire de la ville de Paris. — Population (recensement de 1876) : 1,988,806 habitants. — Péndàrit la semaine finissant le 19 juin 1879, on a constaté 956 décès, savoir:
Variole, 10. — Rougeole, 10. — Scarlatine, 3. — Fièvre typhoïde, 12. — Érysipèle, 4. — Bronchite aiguë, 35. — Pneumonie, 57. — Dysenterie, 0. — Diarrhée cholériforme des enfants, 22. — Angine couenneuse, 21. — Croup, 13. — Affections puerpérales, 5. — Autres affections aiguës, 232. — Affections chroniques, 429. — Affections chirurgicales, 37. — Causes accidentelles, 36.
Le gérant, RiCHELOT.
Pari». Tyno^raphie Félix Ma.ltb.stu et C«, rue de» Deux-Pirles-Saint-Sauveur, 22.
L UNION MÉDICALE Samedi 28 Juin 1879
CLINIQUE MÉDICALE
ANGÉIOLEUCITE PULMONAIRE SUPPURÉE CHEZ UN GOUTTEUX (1)5
Présentation faite à la Société médicale des hôpitaux, dans la séance du vendredi 28 mars 1879 Par M. Damaschino, agrégé de la Faculté, médecin de l’hôpital Laënnec.
Malgré l’extrême netteté des altérations macroscopiques et les résultats fournis par la dissection des bronches ; malgré ce fait caractéristique que ces gros vaisseaux purulents pouvaient être suivis jusqu’au hile et depuis le hile jusqu’au niveau de l’œsophage, il était nécessaire de soumettre ces lésions à l’examen microscopique pour en pouvoir affirmer la nature. J’ai donc fait un grand nombre de coupes portant sur plusieurs points du poumon, ei j’ai pu constater les faits suivants :
1 o En ce qui concerne la lymphangite supputée , l’examen des préparations permet d’affirmer l’existence de troncs lymphatiques distendus par des globules de pus. La paroi de eês vaisseaux est absolument reconnaissable, d’une part à son excessive minceur qui en laisse à peine découvrir les éléments dans nombre de points, et, d’autre part, à la présence des cellules endothéliales caractéristiques. Ces cellules se retrouvent avec leur aspect typique sur toutes les préparations ; comme leur extrême minceür et leur disposition anatomique les rend difficiles à apercevoir sur une coupe où elles se montrent de profil et prennent l’aspect de cellules fusiformes, on pouvait en discuter la nature. Or, indépendamment des résultats fournis par le maniement de la vis micrométrique, ces cellules sont rendues manifestes sur certaines préparations où le contenu des lymphatiques a été enlevé et où quelques cellules sont à moitié détachées de la paroi du vaisseau, et, par suite, reconnaissables à leur forme lamellaire et au noyau qui occupe leur centre. La cavité, énormément distendue, dé ces troncs lymphatiques, est remplie par un amas extrêmement serré de leucocytes parfaitement reconnaissables à leur aspect et à leurs réactions caractéristiques. Dans un certain nombre de ces vaisseaux, le contenu se compose non-seulement de leucocytes, mais de cellules endothéliales libres, de globules sanguins en assez grand nombre, et en certains points même on rencontre quelques réseaüx de fibrine. Ceux-ci, toutefois, sont fort rares. Il est
FEUILLETON
Je ne veux pas vous prendre en traître, mon aimé lecteur, et je vous dis tout de suite : Méfiez- votis! je vais faire üiie réclame. L’idée m’en est venue en corrigeant les épreuves de l’interminable table des matières adhérente au numéro de ce jour. Quoi! me suis-je dit en parcourant les titres de tous ces travaux, de tous ces mémoires, de toutes ces communications qui traitent, en effet, de toutes les matières indiquées dans le beau titre du journal : intérêts scientifiques et pratiques, moraux et professionnels du Corps médical; quoi! me disais-je en feuilletant cet énorme volume de près de 1,100 pages, je commettrais une inconvenance en appelant sur lui l’attention de nos lecteurs, en les invitant à faire un inventaire semestriel, à procéder à des comparaisons, et à leur demander, la main sur la conscience, si I’Union Médicale ne tient pas, et au delà, tous ses engagements, et s’ils connaissent un périodique plus complet, plus varié, et répondant mieux aux besoins de la confrérie médicale !
Eh bien, cher lecteur, vous dire cela une fois par hasard, sobrement, ne m’a pas paru faire acte d’inconvenance. D’ailleurs, voilà qui est fait. L’étendue de cette table des matières m’oblige même à me restreindre, ce dont je n’éprouve pas vraiment un grand chagrin, vu que les sujets de causerie font défaut aujourd’hui. Lorsque, dans notie microcosme médical, il ne survient ni décès célèbre, ni discussion retentissante, ni élection passionnelle, ni événement d’aucun genre, la chronique est fort empêtrée. C’est ce qui lui arrive en cette semaine de calme plat où il h’y à eü d’àgilé que l’atmosphère, alors que ce cruel et persistant vent du sud-ouest ne nous envoie qu’ondées et bourrasques qui désolent nos malheureux jardins.