L’ENSEIGNEMENT ET LA PRATIQUE DE LA MÉDECINE A VENISE
L’enseignement de la médecine était réglé, à Venise, par une Faculté dépendant d’une Université dont l’uniyersalité était très-restreinte. On y enseignait, de plus, la philosophie dans cette institution, niais tout se bornait là. Le haut enseignement ne fut organisé qu’à compter de l’annexion de Padoue. Il y eut réellement alors une Université digne de ce nom et des Facultés florissantes*
On comptait de plus, à Venise, un collège médico-chirurgical qui joignait à la police de la profession un enseignement qui se faisait dans l’un des grands hôpitaux de la ville. Était-ce dans ce grand hôpital monumental, qui est aujourd’hui le principal hôpital de Venise, dont la façade est plaquée de marbre et qui s’élève sur la place où se trouve la statue équestre de Colleone? Non, car ce monument a été un couvent qui a conservé sa destination pendant de longs siècles. Depuis qu’il est devenu hôpital, il renferme une population nombreuse de malades et compte les médecins les plus distingués de la cité, dont l’un, qui est devenu un personnage politique, a été professeur dans l’Université de Padoue. Il y avait môme un collège philosophico-médical dans cette capitale savante. On y faisait plus de philosophie et même de théologie que de médecine, sans doute pour suivre les traditions qui don- Tome XXVII. — Troisième série. 15
L'UMON MÉDICALE.
puisque nul n’est assuré de l’avenir, à ne recevoir, s’ils en ont jamais besoin, que des secours très-insuffisants, au lieu des allocations, relativement larges, auxquelles le titre de sociétaire leur donnerait droit.
Mais si la situation administrative et financière de la Société centrale ne laisse rien à désirer il n’en est pas de même, hélas! de la situation de son personnel. La mort est venue l’amoindrir cette année comme les années précédentes. Mais elle nous a porté un coup plus particulièrement funeste, en nous enlevant l’ancien président de l’Association générale des médecins de France, ce collègue sympathique et aimé entre tous, cette intelligence d’élite qui a brillé partout, et qui partout a été mise au premier rang, ce médecin généreux auquel l’intérêt des autres* a trop souvent fait oublier ses propres intérêts.
Tardieu est resté jusqu’à la fin de sa vie, très-attaché à notre institution. Il me rappelait, dans les dernières conversations que j’ai eues avec lui, à son lit de mort, la satisfaction que lui avait donnée sa présidence élective. Il me parlait du bien qu’il avait vu faire par l’Association, et des services de plus en plus grands qu’elle lui paraissait appelée à rendre dans l’avenir. Puis concentrant son attention sur la demande en reconnaissance d’utilité publique, il écoutait avec curiosité le récit que je lui faisais des objections trop sérieuses adressées à cette demande, et il adoptait sans réserve l’opinion que je lui exprimais sur l’insuccès trèsprobable des démarches faites avec tant d’activité dans cette direction. Il comprenait parfaitement que, s’il était possible d’obtenir l’utilité publique pour chacune des Sociétés locales en particulier, nous ne devions pas y compter pour la fédération de toutes ces Sociétés en une seule Association.
Mais insister plus longtemps sur les dernières pensées et les mérites de notre cher défunt, ce serait abuser de votre bienveillante attention et retarder trop longtemps les exposés qu’ont à nous faire notre trésorier et notre secrétaire. Je termine donc en exprimant le vœu que cette année nouvelle nous donne autant de prospérité que l’année terminée, et qu’elle fasse parmi nous des vides moins nombreux et moins cruels.
L’allocution du président a été écoutée avec un vif intérêt et a été applaudie avec sympathie.
Le secrétaire, M. Piogey, dans son compte rendu, nous a fait apprécier les avantages peu importants compensés par de nombreux inconvénients, que la Société trouverait à obtenir la reconnaissance d’utilité publique, qu’on poursuit environ depuis deux ans avec une persévérance constante, surtout de la part de MM. Roger et Brun.
Après avoir payé un tribut de regrets au 14 membres décédés dans l’année, il a mentionné les 68 adhésions nouvelles qui ont été validées par un vote de l’assem-
naient, dans cette ville, une haute suprématie à ces deux ordres de connaissances. Je ne condamne pas ces traditions; je les respecte et déclare même qu’elles placent la théologie et la philosophie à leur véritable rang. Mais il faut se garder de l’abus. C’est une loi salutaire, et je crois qu’à Venise, on ne s’y est pas assez soumis.
Il y a encore à signaler un troisième enseignement médical; c’était une sorte de Collège de France, établi dans le palais des Doges, tout voisin de la bibliothèque merveilleuse qui y est conservée, et où la médecine avait une chaire, comme le droit et la philosophie. Cette institution était gouvernée et avait été fondée par des procurateurs de Saint-Marc, titre s’appliquant à une position très-élevée, sorte de retraite donnée aux éminents patriciens qui avaient rendu de grands services à la République. Ces nobles personnages étaient les dispensateurs des riches revenus de l’église de Saint-Marc et avaient, de plus, la suprême direction de la bibliothèque, et avec cela la nomination aux chaires qui étaient établies dans le palais. Ces chaires étaient au nombre de trois, l’une pour le droit, une autre pour la philosophie, une troisième pour la médecine. Elles se nommaient chaires ducales, sans doute parce qu’elles tenaient de plus près aux doges, car c’était dans leur logis ou sous le même toit qu’elles distribuaient l’enseignement aux auditeurs. «La première, dit Amelot de la Houssaye (1), est toujours tenue par un noble, avec une pension de 500 ducats ; et, de mon temps, c’était le sénateur Jean-Baptiste Contarin, qui la tenait depuis l’année 1626 ou 1627. Les deux autres sont remplies par des citadins de Venise, pareillement aux gages du public (c’est-à-dire de la Rébublique) » Or, les procurateurs de Saint-Marc, dans lesquels étaient pris les réformateurs de renseignement universitaire de Padoue, englobaient dans leur surveillance tout l’enseignement scienti-
(1) Histoire du gouvernement de Venise , 1705.
Liée. Ce nombre très-important dépasse les adhésions de toutes les années précédentes.
La commission administrative, renouvelable par tiers, proclame les noms des onze membres à l’unanimité. Ce sont : MM. Bouchard, Delefosse, Gérin-Roze, Magnin, Michel (Edouard), Monod (Louis), Oulmont, Rougon, Simon (Jules), Verjon, Worms (Jules).
M. Trêves, qui avec le docteur Passant étaient désignés pour faire un rapport sur la comptabilité du trésorier, avaient exprimé le désir que la cotisation de tous les membres de la Société centrale fût portée à 20 francs pour l’année.
Le docteur Piogey a terminé son rapport par les paroles suivantes qui seront goûtées de la majorité des membres de l’Association centrale.
Avant d’arriver à faire une proposition réglementaire pour que la cotisation de tous les membres de la Société centrale soit portée à 20 francs, il est préférable d’engager tous les membres qui peuvent supporter cette augmentation, à prendre spontanément cette détermination.
Il y a déjà 168 membre qui paient une cotisation supérieure à 20jfrancs.
Permettez-moi d’espérer que, l’année prochaine, j’aurai la satisfaction de faire résonner à vos oreilles une longue énumération argentine de supplément ou de complément de cotisations portées à 20 francs bénévolement.
M. Brun donne lecture.de son exposé financier, et s’exprime ainsi :
Messieurs et très-honor.és confrères.
L’année qui vient de s’écouler n’est marquée par aucun incident particulier concernant les finances de notre Société.
58 Sociétaires nouveaux ont payé le droit d’admission, et le recouvrement des cotisations se fait régulièrement.
5 cotisations ont été perpétuées pendant le dérniër exercice.
La Société a distribué' en Secours la somme de 6,348 francs.
Nous avons satisfait à toutes nos obligations et nous avons pu néanmoins augmenter de 2,000 francs notre réserve déposée à la Caisse des dépôts et consignations, se montant aujourd’hui à 42,000 francs, pour lesquels la Caisse des dépôts nous bonifie, par exception en faveur des Sociétés approuvées, un intérêt annuel de 4 1/2 pour cent.
Et nous avons versé 2,000 francs à la Caisse des pensions viagères de l’Association pour accroître d’autant le capital employé au service des pensions.
Le fonctionnement de cette Caisse s’effectue avec une parfaite régularité depuis 1874. En cinq ans, l’Assemblée générale de l’Association a alloué 70 pensions pour une somme de
fique, sous quelque forme qu’il fut donné. Ils étaient investis, ces réformateurs rigides, d’un pouvoir en rapport avec le rang qu’ils occupaient dans l’État. Venant immédiatement après le Doge, ils avaient un rang supérieur à celui de ces décemvirs redoutables qui formaient le Conseil des Dix. Il fallait donc marcher droit. A Venise comme à Padoue, nul livre n’apparaissait s’il n’était déposé, examiné et autorisé; nulle parole n’était dite du haut de la chaire qui ne fût recueillie et n’aboutît aux réformateurs qui, du reste, trouvaient une terrible ressource d’informations dans les dénonciations secrètes, qui étaient du plus fréquent usage sous la République.
Il y a dans la médecine un accessoire, dont l’importance s’accroît à certaines époques, qui se nomme la pharmacie. Vers le xve siècle, elle occupait un rang considérable, surtout à Venise. Ses produits avaient acquis un grand renom. C’était la saison fleurie des électuaires, des confections et de la thériaque. Les faïences qui ornent encore les armoires des officines qui ont survécu à ce vieux temps témoignent de l’importance du rôle qui leur était autrefois assigné. A leur garde étaient confiés les remèdes héroïques qui ne manquaient jamais, au dire des pharmaciens, de faire merveille.
Venise, avant la découverte du passage du cap de Bonne-Espérance, était le centre mercantile de la droguerie. Tous les produits des Indes orientales lui arrivaient par Alep et Alexandrie, où ils étaient recueillis par ses vaisseaux qui sillonnaient la Méditerranée. Ce commerce lui valait, au dire de quelques historiens, plus de 10 millions de francs par année. De là le proverbe vénitien, qui n’a plus de sens aujourd’hui, mais qui disait vrai quand les produits de l’Orient ne prenaient pas d’autre roule : II bianco ê il nero ha fatto ricca Vcnezia, c’est-àdire : « Le colon et le poivre ont enrichi Venise. » La plupart des épiceries orientales formaient le fond des compositions compliquées qui remplissaient les belles faïences dont l’Italie avait le
22 300 francs de rentes, et en ce moment, plus de quarante Sociétaires bénéficient d une de ces pensions, représentées par des titres de rente sur l’État, délivrées à chaque pensionné et à son nom pour l’usufruit, le capital faisant retour à l’Association après le décès du titulaire de la pension.
Pour plus de précision, voici l’état dès recettes, dépenses et emplois de fonds pendant le dernier exercice.