Tome XXVII. — Troisième série. jg
d’autres armes que l’arc et les flèches. Erreur! erreur! trois fois erreur! L’armée chinoise fait aujourd’hui l’exercice à l’européenne et possède le fusil a aiguille et le canon Krupp! Que l’on vienne dire après cela, que les Chinois ferment obstinément les yeux à toute civilisation et à tout progrès! Est-ce que le canon Krupp n’est pas l’agent civilisateur par excellence et ne garde-t-il pas in petto des arguments irrésistibles pour convaincre les téméraires qui pourraient être tentés de nier l’évidence de cette vérité? Donc, avec le canon Krupp, la Chine est entrée dans le concert de la civilisation européenne; souhaitons, pour notre repos et notre sécurité, qu’elle ne fasse pas trop de progrès dans cette voie.
M. Durand-Fardel nous le dit : Tout a changé en Chine depuis quinze ou vingt ans, c’est-à-dire depuis la dernière guerre avec l’Angleterre et la France. Si nous devons être flattés d’avoir formé de si bons élèves, il y a lieu pour nous de les observer et de les juger désormais avec moins de préventions que par le passé. La communication si instructive de M. Durand-Fardel ne saurait manquer d’intéresser nos lecteurs comme elle a intéressé l’Académie tout entière. C’est pourquoi nous la reproduisons in extenso.
Après M. Durand-Fardel, M. le docteur Prompt a lu une Note sur une illusion d'optique , dont on trouvera le résumé au compte rendu. — A. T.
CLIMATOLOGIE
ÉTUDÈ SUR LE CLIMAT DES COTES DE LA CHINE ET LES CONDITIONS SANITAIRES DES CONCESSIONS EUROPÉENNES,
Lu à l’Académie de médecine, dans la séance du 4 février 1879,
Par le docteur Max. Durand-Fardel.
J’ai pensé qu’il ne serait pas sans intérêt pour l’Académie d’entendre une communication relative aux conditions climatériques générales de la vaste région que comprennent les ports ouverts en Chine au commerce étranger, ainsi qu’aux conditions sanitaires propres à ces résidences.
Il y a quelques années à peine, ce sujet eût présenté peu d’actualité. Après que le traité de Tientsin, en 1858, eut porté à quatorze le nombre des ports ouverts en 1842 par le traité de Nanking, et ainsi multiplié les points de contact entre la
mélancolique, n’est plus que : : 1 à 5. De plus, les inspirations sont aussi petites que possible, d’où le refroidissement poussé jusqu’à la cyanose des extrémités. La température cutanée descend à 17°, quand la température ambiante est à 18°. U se rapproche des animaux à sang froid. Il ne mange plus. On est obligé de l’alimenter par force, au moyen de la sonde œsophagienne, qui n’admet que les aliments liquides.
Normalement, nous excrétons 23 grammes d’urée par jour de vingt-quatre heures (Ch. Robin) ; le mélancolique n’en rend que 5 gr. 9. On en a vu qui n’en rendaient que 1 gr. 20, c’est-à-dire vingt fois moins qu’à l’état normal. Une femme mélancolique n’en excrétait même que 0 gr. 62, ou cinquante fois moins qu’à l’état normal.
Quand les lypémaniaques tombent dans la démence, tous ces chiffres se relèvent. Ainsi, cette dernière malade, devenue démente, rendit d’abord là gr. d’urée, puis 18 gr. 72 ; puis, enfin, 25 gr. 20 par jour.
Le tableau cité plus haut a montré que la moyenne des phlhisies, chez les malades atteints de paralysie générale, était de 2,23 pour 100 seulement. C’est que le paralytique général est habituellement gai, radieux, vainqueur. (La phthisie, après les guerres, devient fréquente chez les vaincus.) Laënnec avait déjà remarqué que rien ne prédispose à la tuberculose comme les passions tristes. Dans une communauté de femmes dont il était le médecin, et où les austérités de la règle étaient exagérées, il vit, dans l’espace de dix ans, se renouveler deux fois la population. Aussi proteste-t-il, lui dévot, contre les terreurs sous lesquelles on courbe ces pauvres femmes.
Influence de quelques maladies sur la tuberculisation :
Rougeole : Rilliet et Barthez pensaient que la rougeole prédispose à la phthisie; Michel
civilisation occidentale et celle du Céleste-Empire, les choses étaient restées stationnaires en apparence. Une représentation diplomatique à Péking et des représentations commerciales aux portes de quelques cités maritimes ou fluviales, c’était tout ce qu’on semblait avoir gagné. La morgue indigène avait simplement fait avec l’indifférence étrangère un mariage de raison, où les rapports ne dépassaient point ce qu’exigeaient strictement des intérêts réciproques.
Cependant un travail lent et insensible s’opérait, dont les premiers témoignages commencent à peine à se faire sentir, mais dont les résultats se presseront infailliblement. Le gouvernement de Péking envoie en Europe des représentants définitifs. Il envoie des élèves dans ses écoles, dans ses centres industriels. Les steamers indigènes ne tarderont pas à venir opérer à Marseille et à Liverpool des transactions immédiates. Le costume chinois n’éveillera bientôt pas plus de curiosité chez nous que le nôtre dans les rues de Hongkong ou de Shanghaï. On peut dire que la glace est rompue, et que l’impulsion reçue de part et d’autre se ressentira, en quelque chose au moins, de l’activité que le mouvement du siècle imprime à toutes les sortes de révolutions.
Nous ne saurions donc nous désintéresser plus longtemps des notions relatives à des contrées lointaines, encore à peu près inconnues, dont la distance, déjà tellement amoindrie par le percement de l’isthme de Suez, diminue chaque jour par suite du développement des relations internationales.
Les renseignements que j’ai l’honneur de mettre sous les yeux de l’Académie ont été recueillis par moi-même pendant un séjour de plusieurs mois fait récemment en Chine. Ils se composent, en outre de mes observations personnelles, de documents nombreux et très-précis, recueillis sur place, dont la plupart sont inconnus en Europe, dont je puis dire que la presque totalité sont inconnus en France. J’ai eu soin de les restreindre aux données les plus positives que j’aie pu recueillir, et, s’ils ne sont pas très-étendus, j’ai l’assurance qu’ils sont exacts. Je viens vous en présenter un résumé succinct.
Avant d’aborder le sujet même de cette communication, il me paraît nécessaire de fournir à l’Académie une idée sommaire du caractère spécial des résidences affectées aux étrangers en Chine, et des conditions particulières où ils sont appelés à y vivre.
Bien que le drapeau de la France flotte sur tous ces points, je ne vous étonnerai
Lévy l’a répété. Us évaluaient à 11 p. 100 la proportion notée dans un milieu nosocomial. Mais Grisolle n’a jamais vu cela chez les enfants du lycée Henri IV, dont il était le médecin. Cette prédisposition par la rougeole n’a été observée que chez les enfants pauvres, et doit être mise au compte de la misère.
Coqueluche : On a dit que c’était le vestibule de la phthisie. Cela demande explication. Dans cette affection, indépendamment du catarrhe laryngo-trachéo-bronchique, il y a spasme du larynx; le pneumo-gastrique est intéressé; l’enfant respire mal, et, pendant les quintes, ne respire pas. L’hématose est incomplète et, on peut le dire, l’asphyxie intermittente. De plus, le rejet des mucosités épuise le petit malade, et la fréquence des vomissements ne permet pas la réparation.
Toutes ces causes affaiblissent singulièrement l’organisme et le prédisposent à la tuberculisation. Il est donc nécessaire de combattre le plus énergiquement possible la coqueluche, moins pour elle-même que pour se£ conséquences. Toute maladie qui débilite prédispose d’une façon générale à la phthisie, et celle qui débilite le plus y prédispose le plus. Cela seul montre que le prétendu antagonisme de la fièvre typhoïde et de la phthisie est une billevesée. Sans doute, cet antagonisme existe à l’état aigu, par celte bonne raison que deux maladies aiguës ne se développent pas simultanément chez le même individu ; mais, attendez, et vous verrez bien souvent éclater la tuberculose dans les organismes profondément débilités par l’affection typhoïde.
L'ivrognerie amène à sa suite la gastrite chronique et l’hépatite interstitielle, la cirrhose. L’ivrogne devient sénile prématurément; à 40 ans, son cœur et ses vaisseaux ressemblent à ceux d’un homme de 80 ans et plus. Becquerel s’est donc trompé quand il a signalé la cirrhose comme une complication de la phthisie. C’est l’inverse qui est la vérité, et la phthisie est bien souvent la complication ultime de la cirrhose.
pas en vous disant que nos compatriotes ne s’y rencontrent qu’en bien petit nombre. A Canton, dans la province la plus riche et la plus industrieuse de l’empire chinois, le terrain concédé à la France n’est qu’un vaste espace où poussent des graminées, mais où l’on chercherait en vain un vestige de construction, le consulat, français se trouvant installé en pleine cité, dans un palais indigène.
C’est aux Anglais qu’appartient, dans la plupart de ces résidences, la représentation apparente de l’Occident, comme c’est par leurs mains que s’opère l’immense majorité, et, sur bien des points, la totalité des transactions commerciales. J’ai dit apparente , parce que, si l’on va au fond des choses, on reconnaît que, dans cette partie de l’extrême Orient, l’influence de notre pays est plus effective que ne semble le révéler leur surface. Je devais vous signaler ce fait, que je ne puis développer ici, afin de mieux assurer l’intérêt que vous pourrez prendre à cette étude.
Les ports ouverts au commerce étranger par le traité de Tientsin (1868) dépassent un peu au nord le 40e degré de latit. N., et, au sud, le 25®, espacés le long deà côtes de la Chine, depuis le golfe du Tonking jusqu’à la Mantchourie, au fond du golfe de Petchély, suivant ainsi une ligne à peu près longitudinale, comprise entre le 120e et 1 10e degré de longitude. Quelques-uns occupent encore une ligne transversale suivant le cours du Yang-tz-Kiang, fleuve jaune, la grande artère de la Chine. Le récent traité de Footehow (1876) les a étendus un peu au delà du 110e degré de longitude ouest, en y comprenant le port fluvial de Zchang, voisin de la riche et fertile province du Setzchuen.
Les terrains concédés occupent donc tous le bord de la mer ou celui de grands cours d’eau, car la plupart des concessions maritimes ont été établies à quelque distance de l’embouchure de grandes rivières. C’étaient, en général, des terrains d’alluvion, bas, submersibles, la plupart marécageux.
Une fois que les limites générales en eurent été fixées, ces terrains ont été partout partagés entre les trois nations co-signataires du traité de Tientsin, l’Angleterre, la France et l’Amérique, puis achetés par parcelles à leurs propriétaires respectifs, de gré à gré, sauf, en cas de désaccord, l’intervention des mandarins, qui procédaient à une expropriation forcée. Ces concessions, cependant, ne représentent que des baux indéfinis, le gouvernement chinois ayant conservé la propriété nominale des terrains concédés, que consacre une redevance insignifiante. C’est à pareil titre que l’Angleterre a acquis récemment l’île de Chypre. L’îlc
Le diabete nommé autrefois phthisurie sucrée, est l’affection tuberculisante par excellence]; elle raine l’économie par excès de dépense.
Cl. Bernard disait que le sucre est la caractéristique de la vié; Partout où est l’un, l’autre se trouve. Le sucre est un aliment d’épargne. Parce qu’il est cristallisé, il sémble minéral au premier abord, mais il est essentiellement organique.
Trousseau distinguait les diabétiques gras et les diabétiques maigres ; Marchai (de Galvi), les riches et les pauvres. Les gras et les riches durent beaucoup plus longtemps que lès autres. Ou le comprend; ils ont de quoi fournir à la dépense r les premiers, par leur propre substance; les seconds, au moyen des ressources de l’alimentation et du régime.
Le diabète produit : 1° des accidents périphériques qui ont été bien étudiés par Marchai, et qui siègent de préférence dans le tissu conjonctif, à la peau, ce sont les furoncles et les anthrax; 2° des accidents locaux : dans le poumon, ~ qui n’est, nous l’avons déjà dit, que du tissu conjonctif, — ce sont des anthrax pneumô-gangréneux, gangrène du poumon; 3° Des accidents généraux : c’est la phthisie.
Le professeur Dolbeau était diabétique; il eut, quelques années avant sa mort, une pleurésie dont la relation, écrite par le docteur Millard, est devenue célèbre; il rendit plusieurs tragments gangréneux. 1
Hogdkin et Charcot on décrit une pneumonie sphacélique qui se développerait autour des
parmi les diabétiques. Bouchnrdat, sur 19 autopsies de diabétiques, a trouvé 19 fois des tubercules. C’est un chiffre d’hôpital.
nn6Sf£5Jrl!?™n!2 ,tubercu!eux sur 100 tabétiques; c’est encore un chiffre exceptionnel. On doit évaluer le rapport normal à 11, à p. 100.
Voici les poumons d’une jeune fille de 17 ans, qui est restée dix-huit mois à 1* Pitié, où
ifti
d’Hongkong lui appartient seule en toute propriété, comme l’île de Malte dans la Méditerranée.
C’est ainsi que se sont établis ces centres commerciaux, dont l’importance varie considérablement, faisant chacun un chiffre d’affaires qui comprend, de quelques millions à peine, à 7 ou 800 millions pour Shanghaï, et dont la population étran^gère ne diffère-pas moins, s’élevant ici à une cinquantaine ou à quelques centaines de résidents, à plusieurs milliers pour cette dernière ville .
Il serait sans doute d’un vif intérêt pour l’Académie de connaître par quelle suite de travaux merveilleux ces plages marécageuses, infectes et ihhabitables pour d’autres que des Chinois, ont été transformées, pour la plupart au moins, en des séjours élégants et salubres, et comment, à Shanghaï en particulier, un marais bourbeux a fait place, en quelques années, à une grande ville qui pourrait servir de modèle hygiénique à la plupart de nos cités européennes. Bien qu’ici la concession française ne le cède en rien à ses voisines, c’est aux Anglais surtout que revient l’honneur de èes' transformations qui, je vous lè ferai voir tout à l’heure, témoignent de la puissante influence que l’hygiène publique peut exercer sur les populations.
Mais mon intention n’est pas de Vous faire assister à ces conquêtes de notre propre civilisation, c’est-à-dire de la science sûr la nature ; je me propose seulement de vous en faire connaître les résultats.
Cette Communication est exclusivement relative aux ports ouverts de la Chiné, c’est-à-dire à une région circonscrite dans les limites qui vous ont été signalées. Nous ne connaissons rien de l’intérieur de la contrée, pour ce qui concerne le sujet de cette étude, sauf quelques vagues renseignements épars dans les récits abondants des missionnaires, et dans l’important ouvrage du baron de Richlofen sur la géologie de l’empire du Milieu. Mais, pour tous les points occupés par les puissances occidentales, depuis le traité de Nanking et celui de Tièntsin, nous possédons un ensemble de renseignements très-précis sur la météorologie, la topographie, l’hygiène et même la pathologie, dont j’ai reproduit les plus significatifs dans mon rapport à M. le ministre de l’agriculture et du commerce, inséré dans le t. VI üës Comptes rendus du Comité consultatif d’hygiène publique.
Une étude sur la climatologie hygiénique et pathologique doit comprendre ; le
elle était entrée diabétique. Elle rendait six litres d’urine par jour, représentant la somme totale de 550 grammes de glycose en vingt-quatre heures. Elle mangeait comme trois portefaix et digérait bien. Dans les derniers temps, il lui vint des furoncles au visage; puis on constata des signes de tubercules aux sommets de la poitrine ; la fièvre s’alluma et ta malade fut emportée par une phthisie rapide, ^ en dix-neuf jours. A l’autopsie, on trouva toutes 163 formes de la tuberculisation, ainsi qu’il est facile dé le voir sur les pièces anatomiques : pneumonie caséeuse, granulations, gros tubercules, pneumonie interstitielle.
Le professeur Béhier était également diabétique, il lutta longtemps et succomba à la phthisie. :
Teissier aussi lutta avec énergie contre le diabète tuberculeux. U eut d’abord une série de furoncles; ,1e diabète diminua pendant quelque temps; puis la. poitrine se prit. Enfin, il fqt terrassé par des accidents cérébraux.
La paraplégie entraîne la tuberculose par suite de sédentarité. Une dame paraplégique, dont tous lès ascendants étaient indemnes de tubercules, et dont lès deux fils, robustes et bien portants vivent encore, mourut phthisique après avoir été condamnée au repos par le fait de la paralysie des membres abdominaux.
L 'ataxie locomotrice se termine souvent par la phthisie, ainsi que l’avait signalé Trousseau. L’impossibilité de la marche et les douleurs qui, dans cette cruelle affection, concourent à la débilitation de l’organisme, peuvent être invoquées comme cause de l’apparition de la tuberculose.
C’est par lé même mécanisme qu’on peut comprendre que le rhumatisme noueux a quelquefois la même terminaison, selon la remarque de Charcot et de Trastour. Il est bon de faire observer ici que le rhumatisme noueux diffère absolument du rhumatisme articulaire aîgu. Jamais le premier né s’accompagne de complications cardiaques.
(A nuivré.)
climat atmosphérique et le climat tellurique. Le premier se rapporte à des conditions géographiques, topographiques et météorologiques absolues et sur lesquelles 1 homme n’a aucune prise. Le second dépend de circonstances qu’il lui est permis de modifier, dans de certaines limites au moins, et qui se rapportent au sol, à des conditions topographiques particulières, aux habitations, aux mœurs enfin et aux coutumes. -,
Le climat atmosphérique des côtes de la Chine est soumis a des lois faciles à formuler. Il est dominé par deux grands courants atmosphériques annuels, qu’on appelle moussons, et qui régnent, l’un, mousson de N. N. E., pendant une période qui correspond à notre hiver, et l’autre, mousson de S. O., pendant la période d’été.
La mousson de N. N. E. envoie, des steppes de la Sibérie et des montagnes de la Tartarie, un vent sec et froid, qui ne saurait apporter, de régions terrestres à température très-basse, et couvertes de neiges pendant de longues périodes, aucune émanation insalubre.
La mousson de S. O. apporte des régions tropicales un air chaud et humide qui ne paraît devoir être chargé que d’effluves marines.
Si l’une est tonique, l’autre est affaiblissante.
Je dois insister sur ce dernier point.
Il suffit de s’arrêter un petit nombre de jours dans les escales que l’on rencontre entre Marseille et Shanghaï, c’est-à-dire à Ceylan, à Singapore, à Saigon, pour se faire une idée exacte du caractère accablant et profondément débilitant de cette chaleur humide et uniforme dont certaines journées orageuses peuvent nous donner, dans nos climats, la sensation passagère, mais qu’une durée de plusieurs semaines ou de plusieurs mois rend insupportable, et dont l’action ainsi prolongée atteint profondément la constitution. Dans certaines localités trèsvoisines de la mer, la brise marine y apporte à certaines heures du jour une atténuation salutaire, mais tout à fait insuffisante.
Cependant, j’insisterai encore sur ceci : que cette atmosphère chaude et humide ne paraît avoir d’autre résultat que d’exercer une action débilitante, et par sa durée anémiante, en suite de la sudation continue, de l’anorexie, de l’insuffisance d’exercice, etc., sans qu’il y ait lieu de lui attribuer quelque autre influence nocive manifeste.
Il suffit de jeter les yeux sur une carte de la Chine pour comprendre que cette immense contrée possède des climats froids, des climats chauds et des climats tempérés.
A Newchwang, dans la Mantchourie, au-dessus du 40° latit. N., le thermomètre descend pendant l’hiver à — 15».
A Amoy, au-dessous du 25°, le thermomètre ne dépasse guère + 30 à 31°. La chaleur n’atteint jamais dans ce pays un degré aussi élevé qu’en Afrique, et même dans quelques points du midi de l’Europe. C’est par son caractère humide qu’elle se distingue.
L’influence des moussons, c’est-à-dire des deux grands courants atmosphériques propres à ces régions, tout en s’affaiblissant à mesure qu’ils gagnent l’une de leurs extrémités, ne laisse pas que de s’y faire sentir, n’éprouvant aucun obstacle soit dans le vaste bassin que constitue la mer de Chine, soit le long des côtes, généralement très-aplaties. Cependant, la forme rentrante des côtes méridionales ne permet guère aux ports qui y sont situés, tels que Swatow, Canton, Hongkong, de tirer un grand bénéfice des vents sains et froids de la mousson N.
D’un autre côté, Shanghaï et les contrées plus élevées sont encore exposées aux vents chauds, humides et anémiants delà mousson de S. O. Mais, à mesure que 1 on remonte plus vers le nord, la saison chaude diminue de longueur et, par conséquent, d influence nocive. C’est ainsi que, dans le golfe de Petchely, la concession de Chefoo, se trouvant abritée contre la mousson de S. O. par un promontoire abrupt, fournit durant l’été un séjour particulièrement salubre, où les résidents des concessions méridionales vont chercher un abri contre les ardeurs de la saison.
Le climat tellurique offrait dans le principe, aux étrangers auxquels on ouvrait
L’UiNlOIN MÉDICALE.
des résidences déterminées, des conditions particulièrement défavorables, qu’ils sont parvenus à neutraliser en grande partie. Un drainage très-perfectionné, et une police sanitaire sévère, ont totalement changé le caractère des résidences qui leur avaient été assignées, au moins de celles qui ont reçu un certain chiffre de population. Mais ils n’ont pu modifier les qualités de leur voisinage.
Partout, à l’entour des concessions, la campagne est coupée d’une infinité de creeks, de ruisseaux, de fossés, la plupart navigables pour les Chinois, ressemblant aux mailles entrelacées d’un tissu, et dont la conséquence, ou la fonction, est l’inondation des terrains, ou par suite du grossissement des eaux ou du soulèvement des marées, ou pour les besoins de la culture. Il en résulte que les champs sont, pour la plupart, de véritables marais, auxquels l’emploi universel, comme engrais, des déjections humaines, solides ou liquides, répandues en nature sur le sol, communique une odeur, sinon nuisible à la santé, au moins infiniment désagréable.
L’inhumation des cadavres en plein champ, ou le long des sentiers (car il n’y a guère, à proprement parler, de routes), tout à l’entour des centres de population, ajouterait à tout cela de puissants éléments d’insalubrité, sans le soin constant que prennent les indigènes de les ensevelir dans la chaux.
Un voisinage plus dangereux que le voisinage des morts, c’est celui des vivants, qui s’entassent dans les villes auxquelles sont accolées la plupart des concessions. Toutes ces cités, leurs faubourgs principalement, et je dis ceci pour Canton, où les quartiers du centre de la ville, par une rare exception, sont d’une propreté remarquable, mais où une population de 15,000,000 âmes se trouve concentrée dans un espace relativement restreint, toutes ces cités sont de véritables foyers d’infection.
La première cause d’infection est l’accumulation. Ce n’est pas que la place leur manque, même dans la plupart de leurs villes fortifiées. C’est ainsi que la population de la cité indigène de Shanghaï, qui est d’environ 200,000 individus, s’entasse dans les quartiers les plus rapprochés de la rivière Wampoo, alors qu’une grande partie de l’enceinte n’est occupée que par des jardins et des temples isolés. Mais il fauta un Chinois si peu de place pour vivre!
Les rues, dont la plus grande largeur n’excède pas celle de nos passages parisiens, avaient été au temps jadis soigneusement drainées. Mais, depuis la décadence qui a suivi l’établissement de la dynastie Mantchoue, à la fin du xvm siècle, tout s’use, se détériore, se détruit,- et les égouts, qui servaient autrefois à l’écoulement des eaux pluviales et ménagères et des détritus liquides, ne sont plus guère aujourd’hui que des cloaques nauséabonds, dont les émanations méphitiques se multiplient d’une manière dangereuse lorsqu’on vient à y essayer des curages impossibles à réaliser.
Il n’y a, dans ces populeuses agglomérations, nulle trace de police sanitaire. Les latrines publiques sont de larges fosses carrées, recouvertes de quelques planches écartées, béantes, à ciel ouvert, au coin des rues, et que j’ai vues adossées à une école publique. Les cochons et la volaille vivent pêle-mêle avec les humains. Le linge de corps est inconnu, et les vêtements, conservés la nuit comme le jour, ne se quittent guère qu’aux changements de saison. Tels sont les milieux où s’accumulent souvent plusieurs centaines de mille âmes, aux portes mêmes des concessions.
Il me reste à dire un mot du genre de vie des résidents eux-mêmes. Sur les concessions, on retrouve l’existence de nos contrées. On peut, sous ce rapport, s’en fier aux Anglais. Ils ont d’abord importé, et, depuis, soigneusement cultivé, le sport et les exercice de corps les plus violents, eomme les fêtes de Christmas. Les habitations sont larges et aérées, bien chauffées l’hiver, avec la houille du Japon, construites surtout en vue des chaleurs de l’été. L’espace n’a jamais manqué. A Shanghaï même, où une population de 130,000 indigènes est venue chercher, sur le terrain concédé, l’ordre, la sécurité et une véritable justice, toutes choses dont on voit qu’ils sentent le prix, les quartiers chinois ont dû, tout en gardant le genre de vie national, se plier à la police européenne.
m L’UNION MÉDICALI5.
Le régime alimentaire des résidents .* pu rester le même que dans leurs contré»
respectives grâce aux relations hebdomadaires conservées avec elles par les grands
cenTres Ss8que Hongkong et Shanghaï, et aux relations journalières que la vapeur ÏÏÏÏSm ports ouverts entre eux, lesquelles, je dois le faire remarquer ont rendu désormais impossible pour les provinces limitrophes de la mer le retour de es famines indescriptibles qui ont encore, l'annee dermere, desoie intérieur de 1 Empire et détruit des populations entières. (U - . „ „,mN„ mmin )
~ 4CaMM1ES^T^ÔcÏéTE8 SA.VANTIS
ACADÉMIE DE MÉDECINE
Séance du 4 février 1879.— Présidence de M. Richet, correspondance officielle
M. le ministre de l’agriculture et du corhmerce transmet:
1° Un rapport sur une épidémie de rougeole observée à Vefüet-lës-Bains (Pyrénées-Orientales), par M. le docteur Massina. (Com. dés épidémies.)
2e Les rapports de MM. les médecins-inspecteurs de Forges et de Cusset, pour les années 1876 et 1877. (Cote, des eaux minérales.)
La correspondance non officielle comprend :
1° Une lettre accompagnant l’envoi d’un pli cachelé déposé par M. Riembault. (Accepté.)
2° Une lettre accompagnant l’envoi d’un pli cacheté relatif à un procédé pour modifier le timbre des violons et en rendre les sons plus beaux.
3° Une lettre de remercîments de M. le docteur Levieux (de Bordeaux), récemment élu membre correspondant national.
M. Woillez offre en hommage, en son propre nom , un ouvrage intitulé : Traité théorique et clinique de ; percussion et d’ auscultation.
M. Larrey présente un nouveau volume des Mémoires de l'Académie des sciences de Toulouse,
M. Bergeron présente un ouvrage dont le litre et le nom de l’auteur n’arrivent pas jusqu’à nous* an milieu du brouhaha des conversations particulières.
M. Henri Roger présente une brochure dont nous ne pouvons, pour le même motif, indiquer ni le titre ni le nom de l’aüteur.
M. Ricord a présenté dans la dernière séance un ouvrage de M. Alfred Fournier, intitulé;*. La syphilis du cerveau. Nous croyons avoir annoncé déjà cette présentation dans notre compte rendu de la séance où elle a eu lieu, et nous n’avons pas eu le temps de vérifier le fait. Mais nous devons faire observer à MM. les membres de f Académie, qui croient avoir à se plaindre de quelque omission de ce genre, que la faute ne doit pas nous en être imputée. D’abord, le plus ordinairement, au moment où les présentations sont faites, ië bruit des conversations particulières couvre absolument ta voix des présentateurs et ne permet pas de prendre note des livres présentés,; ensuite, malgré l’obligeance attentive de MM. les bibliothécaires, il arrive souvent que certains de ces ouvrages, transportés à la bibliothèque après la séance, y restent et ne sont pas transmis au secrétariat, où il est seulement loisible à la Presse d’en prendre connaissance.
L’Académie procède, par la voie du scrutin, à l’élection d’un membre titulaire dans la section de pathologie médicale. La commission, par l’organe de M. Michel Peter, place les candidats dans l’ordre suivant :
En première ligne, m. Maurice Raynaud; — en deuxième ligne, ex æquo, MM. BucqüOy et Alfred Fournier; en troisième ligne, M. Lecorché; — en quatrième ligne, M. Ollivier.
Le nombre des votants étant de 78, majorité /i0, M. Maurice Raynaud obtient 5Ô suffrages, M. Alired Fournier 20, M. Bucquoy 7, M. Ollivier 1.
En conséquence, M. Maurice Raynaud ayant obteu la majorité des suffrages, est proclamé membre titulaire de l’Académie de médecine.
M. Ddrand-Fardel lit un travail intitulé : Élude sur le climat des côtes de la Chine. (Voyez plus haut.)
M. Larrey dit qü’il regrette que M. Durand-Fardel n’ait pas cru devoir citer les travaux déjà publiés par les médecins de l’armée et de la marine sur le même sujet.
M. Durand-Fardep répond que les écrits des médecins militaires et des médecins de la marine, qu’il connaît parfaitement, n’auraient pas été de circonstance dans le travail qu’il vient de publier, Des publications, en effet, se rapportent à cé qu’était la Chine il y a dix, quinze ou vingt ans. Or, les choses ont tellement changé depuis qu’il ne lui a point paru possible de les faire figurer dans un tableau tout d’actualité, tableau qui n’est d’ailleurs qu’un simple résumé.
M. Larrey dit qu’il a voulu se borner à signaler à M. Durand-Fardel un desideratum dans le travail, d’ailleurs très-intéressant, qu’il a communiqué à l’Académie.
M. le docteur Prompt lit une note sur une illusion d’optique.
« Il y a, dit -l’auteur, beaucoup de figures qui donnent lieu à des illusions d’optique ; mais on n’en connaît pas jusqu’ici qui donnent lieu à une illusion irréductible , c’est-à-dire à une illusion qui persiste, quelle que soit l’échelle de la figure, quelle que soit la manière de la varier, quelle que soit la distance à laquelle on regarde* etc.
Voici le moyen qu’il propose d’obtenir une illusion de ce genre. Qu’on dessine un losange dont la grande diagonale soit dix fois plus longue que la petite, et neuf autres losanges pareils au-dessous. On pourra ensuite ombrer ces losanges, pour rendre l’effet plus apparent, on aura une figure carrée qui cependant paraîtra beaucoup plus longue que large.
L’auteur se réserve de démontrer plus tard les propriétés de cette figure qui tiennent à un effet de perspective. (Com. MM. Gavarret et Giraud-Teulon.)
— La séance est levée à cinq heures.
SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
Séance du 4 décembre 1878. — Présidence de M. Félix Gcyon.
M. Félix Terrier lit un rapport sur un mémoire de M. le docteur Galezowski, relatif au traitement de la conjonctivite granuleuse par l’excision des culs-de-sac conjonctivaux* M. Galezowski dit avoir pratiqué 227 fois cette opération et obtenu 213 succès. Dans deux cas seulement l’œil a été perdu. Jamais l’auteur n’a vu survenir d’ectropion, ni d’entropion, ni de renversement du cartilage tarse.
M. le rapporteur ne croit pas pouvoir s’associer à la confiance extrême de l’auteur pour cette opération; il craint que M. Galezowski n’ait pas suivi assez longtemps ses opérés pour pouvoir, en toute connaissance de cause, proclamer comme définitifs les résultats qu’il a obtenus. En effet, les granulations sont par elles-mêmes une cause de rétraction du tissu conjonctival; une opération d’excision, suivie nécessairement de U formation d’un tissu de cicatrice, ne peut qu’ajouter à la tendance rétractile de la membrane malade et, par conséquent, devenir une nouvelle cause de difformité.
M. le rapporteur rappelle que, en 187à, M. Galezowski, dans un premier mémoire, disait avoir obtenu déjà plus de 200 guérisons de conjonctivite granuleuse par l’excision des culsde-sac conjonctivaux; il y a lieu de s?étortner que, quatre ans plus tard, M. Galezowski ne compte qu’un chiffre total de 227 opérations, c’est-à-dire moins de .27 de plus qu’en A 874. Or, sur ce nombre, si minime comparativement au premier chiffre, il avouerait 2 cas de perte de l’œil et 7 insuccès. Ainsi, dans une première série, 200 opérations sont toutes suivies de succès, tandis que, dans la deuxième série, 27 opérations comptent 7 insuccès et 2 accidents graves entraînant la perte de l'œil. La deuxième série est donc, en quelque sorte, la contre-partie de la première, et les résultats sont de nature à refroidir l’enthousiasme des praticiens qui seraient tentés d’imiter M. Galezowski.
M. Desprès approuve les critiques adressées par M. le rapporteur au travail de M. Galezowski; il pense que, avant de proclamer ses résultats, ce chirurgien aurait dû suivre plus longtemps ses malades. Quant au passage du mémoire de cet auteur où il est dit que les granulations conjonctivales persistent dans les culs-de-sac, alors qu’elles ont disparu des autres points de la membrane, c’est là une nouveauté vieille, pour ainsi dire, comme la chirurgie, car il est impossible de remonter jusqu’à l’auteur qui l’a émise pour la première fois.
M. Panas approuve également les réserves faites par M. Terrier sur la valeur du procédé de M. Galezowski; les granulations finissent, à la longue, par provoquer la xérophthalmie ; la muqueuse tend de plus en plus à disparaître; ce n’est donc pas le cas de l’exciser. Quant
aux glandules des culs-de-sac, à la disparition desquelles M. Galezowski attribue les succès de son opération, elles ne sont pas admises par tous les anatomistes.
M. Giraud-Teulon pense qu’il ne faut pas condamner l’excision d’une manière absolue; ia conjonctive paraît échapper dans une certaine mesure à la rétraction cicatricielle. On pratique assez souvent l’excision dans les cas d’hypertrophie de cette membrane, on enlève les fongosités qui la recouvrent, sans que pour cela il survienne de renversement de la paupière. Les granulations ne sont pas toutes d’ailleurs de la même nature, quoique l’histologie ne permette pas encore d’établir en quoi consistent leurs différences.
M. Panas est de l’avis de M. Giraud-Teulon, en ce qui concerne les hypertrophies de la conjonclive; mais il n’en est pas de même pour la conjonctivite granuleuse; ici, en effet, loin d’être en excès, l’étoffe manque.
M. Terrier rappelle que Sœmisch a décrit deux sortes de granulations : les unes, de nature lymphoïde, siègent uniquement dans les culs-de-sac; les autres occupent tous les autres points de la muqueuse, particulièrement le voisinage du cartilage tarse; c’est à ces dernières seulement que sont dues les déformations consécutives de la paupière.
— M. Duplay lit un rapport sur une observation de M. le docteur Blum relative à un cas de paralysie des nerfs médian et radial traités par la distension et l’élongation des nerfs.
Le sujet de cette observation est un jeune homme de 29 ans qui, dans une rixe, reçut un coup de couteau à la partie supérieure de l’avant-bras. La plaie se cicatrisa, mais le membre conserva de la faiblesse; il se gonflait sous l’influence de la moindre fatigue. Les muscles innervés par le radial étaient paralysés et diminués de volume; la peau était marbrée et parsemée de plaques d’anesthésie et d’hyperesthésie. Il y avait, en outre, des douleurs lancinantes mal déterminées, quant à leur siège précis.
Les choses étaient dans cet état lorsque le malade entra à l’hôpital. M. Blum pratiqua une incision qui mit à nu les deux nerfs médian et radial ; celui-ci était le siège d’une légère inflammation reconnaissable à sa coloration rosée ; le médian avait sa coloration normale. Les deux nerfs furent soulevés sur une spatule et légèrement distendus. Dès le lendemain, la sensibilité reparaissait, les muscles commençaient k reprendre leurs mouvements. L’amélioration fit des progrès de plus en plus considérables, et le malade est aujourd’hui complètement guéri.
M. Duplay se rappelle avoir observé un fait analogue sur un jeune homme de 26 ans, entré dans les premiers jours d’avril, dans son service à l’hôpital Saint-Louis. Deux mois auparavant, cet individu s’était fait une petite plaie à la partie interne de l’avant-bras, immédiatement au-dessus du poignet. On constatait là l’existence d’une petite tumeur mobile dans le sens latéral, extrêmement douloureuse; la pression exercée sur elle déterminait l’engourdissement des doigts qui étaient affaiblis et refroidis. Le malade pouvait à peine saisir et tenir les objets. M. Duplay diagnostiqua un névrome du nerf cubital d’origine traumatique. Après avoir essayé sans succès l’électricité, il pratiqua une incision et fil l’ablation de la tumeur couche par couche. Il put alors se convaincre qu’elle était formée non pas aux dépens du nerf, mais bien du tendon du muscle cubital antérieur. Le nerf lui-même était sain, quoique un peu rouge; il fut soulevé sur une épingle et soumis à quelques tractions légères.
Dès le lendemain, la contractilité des muscles interosseux avait reparu, les douleurs avaient cessé, et tout faisait présager une guérion plus ou moins prochaine. Pour combattre l’atrophie, on eut recours à l’application de l’électricité, mais le malade quitta l’hôpital sans attendre que sa guérison fût complète.
M. Duplay appelle l’attention sur l’erreur de diagnostic commise dans ce cas. Il ne s’agissait pas, en effet, d’une névrose, mais d’une simple irritation de voisinage du nerf par la petite tumeur tendineuse.
— M. Gaujot présente un malade, volontaire d’un an, qui, en montant à cheval, vit tout à coup survenir une tumeur à la partie supérieure et interne du triangle de Scarpa. En procédant par élimination successive, M. Gaujot arrive à conclure à l’existence d’une hernie musculaire. Cette opinion est partagée par tous ceux de ses collègues qui ont examiné le malade.
— Dans le cours de la séance, la Société de chirurgie procède par la voie du scrutin à la nomination des commissions chargées d’examiner les titres des candidats aux places de membres correspondants nationaux et étrangers. Ont été nommés membres de la commission MagitotreS^°n<^antS nationaux : MM* Houe*> Lucas-Championnière, Marjolin, Giraud-Teulon,
Membres de la commission des correspondants étrangers : MM. Verneuil, Panas, Trélat, x errier. Pcricr.
Dr A. Tartivel,
M. A. de l’établis i hydrothérapique de Bollevue.
La Peste en Russie
Les mesures de préservation contre la peste asiatique prises par l’Autriche-Hongrie, le sont aussi par l’Allemagne et par l’Italie. Les cordons sanitaires établis en Russie autour du foyer de la contagion sont renforcés. Le froid très-intense qui règne amènera, espère-t-on, une décroissance rapide du mal. On dément les cas qui se seraient présentés à Odessa, à Constantinople, à Salonique, à Moscou ; l’épidémie n’aurait pas franchi le cordon sanitaire russe.
La conférence sanitaire autrichienne a été avisée que la Porte va exercer la quarantaine d’une façon très-sévère.
M. de Batalchano, ministre princier de Roumanie, a reçu de son gouvernement les pouvoirs spéciaux pour établir des mesures communes avec l’Autriche. Deux médecins sont arrivés hier de Bucharest pour participer aux délibérations; ce sont MM. Rapça et Félix; ils sont partisans d’une fermeture absolue des frontières orientales de la Roumanie et de l’Autriçhe- Hongrie au trafic russe, car ils redoutent que des négligences ou des maladresses d'employés ne puissent rendre illusoire une simple quarantaine. La Roumanie veut remplir en conscience sa mission de sentinelle avancée de l’Occident.
— Le Messager officiel publie le télégramme suivant du gouverneur d’ Astrakan au gérant du ministère de l’intérieur:
« Astrakan, le 16 janvier.
« Il n’y a des malades ni à Vetlianka ni à Staritsa, ni à Prichiba, Oudatchnyi et Mikhaïlovsky. Dans le village de Selitrennyi du district de Yénotaïew, un paysan nommé Dmitri Plaxine ainsi que sa mère sont tombés malades le 6 janvier; d’après le rapport du médecin qui se trouvait dans ce village, les deux malades sont morts quelques temps après ; la cause de la mort était une fièvre chaude accompagnée d’une ébullition suspecte. Le 14 janvier sept autres personnes qui avaient eu des rapports immédiats avec la famille Plaxine ont également succombé. Les symptômes de la maladie sont : un fort mal de tête, de la fièvre, des vomissements, des crachements de sang. La mort est survenue au bout de deux ou trois jours ; toutes les personnes atteintes ont succombé.
« Après la réception de ce rapport, j’ai réuni en conseil les médecins d’ Astrakan, qui ont exprimé l’avis suivant : « En présence des données insuffisantes que l’on possède sur le caractère de la maladie, et eu égard au fait que, d’après le rapport du médecin, la famille Plaxine est la seule chez laquelle il paraît avoir été constaté une ébullition suspecte, pouvant provenir de la peste de Sibérie, que cette ébullition ne s’est pas produite chez les sept paysans qui sont morts ensuite, que chez quelques-uns on avait remarqué des symptômes analogues à ceux observés à Vetlianka, pour toutes ces raisons on ne peut nier que la maladie en cours à Selitrenni ne soit analogue en grande partie à l’épidémie de Vetlianka.
« Depuis le 14 janvier il n’y a pas eu de malades de l’épidémie dans le gouvernement d’ Astrakan. Outre un isolement complet des localités atteintes de l’infection et de la séparation des malades d’avec les personnes bien portantes, je fais prendre des mesures pour la désinfection des endroits suspects, ainsi que des mesures de police sanitaire. Il y a onze degrés de froid dans les districts de Tchernoïar et de Yénotaïew ».
FORMULAIRE
Poudre contre le catarrhe nasal. — Beverley Robinson.
Iodoforme porphyrisé, camphre pulv., ââ. 4 grammes.
Gomme arabique pulvérisée . . . 8 —
Mêlez. — Renifler cette poudre, plusieurs fois par jour, pour tarir l’écoulement des mucosités qui proviennent de l’arrière-cavité des fosses nasales et qui, souvent, exhalent la plus désagréable odeur. — N. G.
Ephémérides médicales. — 6 Février 1744.
Pierre-Joseph Desault naît au Magny-Vernois, village voisin de Lure (Haute-Saône), de Claude-Joseph Desault et de Jeanne Varrin. Il mourut le 1er juin 1795, aux suites d’une fièvre maligne. On connaît ces beaux vers qui furent gravés au bas de son buste:
Portes du temple de Mémoire,
Ouvrez-vous : il l’a mérité.
Il vécut assez pour sa gloire Et trop peu pour l’humanité.
La mort de Desault ne fut pas violente Comme on l’a dit. il faut en prendre pour garant, Bichat son élève, son ami, qui repousse cptte allégation. D’ailleurs, l’autopsie du chirurgien de l’Hôtel -Dieu a été faite par Corvisart; on peut en lire les détails dans 1 Essai sur Desault, écrit par Bichat. A. Ch.
Maison nationale de Charenton. *- A la suite, d’un concours sur titres, M. le ministre de l’intérieur a, par arrêté du 30 janvier, nommé à la maison nationale de Charenton :
M. le docteur Christian médecin du quartier des hommes ;
M*. le docteur Rilti médecin du quartier des dames.
Les médecins de nuit. — L’institution dés médecins de nuit, dont la création remonte à plus de deux années, rend d’immenses services à la population parisienne.
Le service médical fonctionne avec une régularité parfaite et èst assuré actuellement par 664 médecins et 106 sages-femmes. Bien que personnes n’ignore l’existence de ce service,, la préfecture de police a jugé utile de faire apposer à l’entrée de chaque .poste de police une inscription em lettres blanches, sur un fond bleu, portant ces most: « Secours médicaux de nuit. t>
D’après le relevé mensuel que vient de publier: le docteur Passant, le nombre des personnes qui ont été secourues en 1878 a atteint, le chiffre de 3,751, dont 1,286 hommes, 1,879 femmes et 586 enfants au-desous de trois ans.
Dans ki cas, les personnes pour lesquelles oh réclamait les secours des médecins sont mortes avant l’arrivée de ces derniers.
Les cas les plus fréquents sont: les affections et troubles gastro-intestinaux, qui figurent pour 79, les accouchements pour 71, les bronchites pour 59 et les angines pour 55.
Les arrondissements qui ont le plus recours au service médical de nuit sont le 11°, le 20e, le 17e, le 14e et le 18e.
Le 8e et le 16e arrondissements n’ont demandé que huit fois chacun les médecins de nuit pendant le dernier trimestre de 1878.
Musée d’anthropologie et d’éthnographie de Lyon. — Les journaux de Lyon nous apprennent que dimanche a 'éu lieu, à une heure, l’inauguration du musée d’anthropologie et d’éthnographie de cette ville. !
La salle de la Faculté des sciences était remplie d’un public nombreux accouru pour entendre M. le docteur Broca.
Parmi les auditeurs on remarquait le préfet du Rhône et M. Jôubert, secrétaire général, le docteur Terver, MM. Langlade, Dubois et d’autres conseillers municipaux, les généraux Février et Bréart, et la plupart des professeurs des facultés.
Après une allocution du docteur Teissier, président de l’association des amis des sciences naturelles, et un discours de M. Lortet, directeur du muséum de la ville, M. Broca a pris la parole et exposé la situation et le but de l’anthropologie.
Longévité remarquable. — Il existe à Brochon (Côte-d’Or) une famille qui présente un singulier cas de longévité :
Le nommé Denis Pansiot, ancieh sergent-fourrier à l’armée du Rhin, sous Moreau, a eu sept enfants, dont.le premier est né le 2 floréal an IV, et le dernier le 5 avril 1814. Tous habitent la commune de Brochon, sont bien, portants et travaillent parfaitement.
Il s’est donc écoulé quatre-vingt-un ans sans qu’un décès se soit produit dans cette famille.
— Les journaux du Nord annoncent que la fièvre aphtheuse dite cocotte sévit en ce moment sur plusieurs points de la région et que l’autorité prend les mesures les plus énergiques pour la concentrer dans les divers foyers où elle a éclaté.
Société de médecine de Paris. — Séance du samedi 8 février 1879 (local de la Société de chirurgie), rue de l’Abbaye, à 3 heures 1/2 très-précises.
Ordre du jour : 1° Continuation de la discussion sur le traitement salicylé chez les goutteux. — 2° Observation d’amnésie temporaire, par M. Motet. — 3° Observation de goitre exophtalmique, d’origine traumatique, suivi de guérison, par M. Chéron. — 3° Communications diverses.
Le gérant, RiciiELOT.
Paris. — Typographie Fémx Maxteste et O, me des Deux-Portes-Saint-Sauveur, 22.
L’UNION MÉDICALE Samedi 8 Février 1879
CLIMATOLOGIE
ÉTUDE SUR LE CLIMAT DES COTES DE LA CHINE ET LES CONDITIONS SANITAIRES DES CONCESSIONS EUROPÉENNES,
Lu à l’Académie de médecine, dans la séance du 4 février 1879(1),
Par le docteur Max. Derand-Fardel.
Quelle influence effective peut-on attribuer à l’ensemble des conditions que je viens d’exposer sur la santé générale des résidents? Les renseignements très-explicites publiés bi-annuellement, d’après les rapports des médecins des douanes, dans les Custôms medical reports, nous fournissent sur ce Sujet des données trèssignificatives, dont j’ai pu contrôler moi- même en partie l’exactitude.
Le caractère général des constitutions acquises, par suite du séjour prolongé dans les ports ouverts de la Chine, estl 'anémie et la màlaria. Mais il faut bien s’entendre ici sür la' portée de ces térmes.
L’acclimatement est, en général, des plus faciles, et c’est tout à fait par exception que l’on y rencontre des cas réfractaires. La constitution ne subit point d’atteintes appréciables pendant les premières années de, séjour. Le retour de la saison chaude abat naturellement les forces, d’autant plus qu’elle est plus prolongée, c’est-à-dire que la région reçoit durant un temps plus court l’action revivifiante des vents du nord. Mais, à la longue, la résistance à l’action débilitante de la mousson d’été s’amoindrit, et l’anémie prend le dessus. Ceci peut se parer sur place. Si l’on va passer la saison chaude dans le Nord, ainsi à Tchefoo, que l’on a appelé, en raison de ses installations appropriées, le Trouville de la Chine, ou dans certaines places du Japon, on peut ainsi se soustraire aux influences anémiantes. Tout lç monde ne les subit1 pas du reste; il n’est guère de concession où l’on ne rencontre bien des résidents, des deux sexes, qui en sont, après de longues années, demeurés indemnes. Mais le remède par excellence est de revenir de temps à autre respirer l’air natal. Ceci est, on peut dire, de principe sur les côtes de la Chine, comme sur bien d’autres points plus maltraités. Quant aux enfants, ils s’élèvent parfaite-
(l) Suite. — Voir le numéro du 6 février.
FEUILLETON
CAUSERIES
— Eh! de quoi donc vous affligez-vous, me disait, à propos de ma dernière Causerie, Un aimable et savant ami, dont le bon sens exquis et le jugement solide donnent, pour, moi, à ses Opinions une autorité souveraine? L’histoire des sciences n’est-elle pas l’histoire en partie double dés assertions et des contradictions, des affirmations et des négations? Les dissensions scientifiques actuelles, que vous relevez avec chagrin, n’ont-elles pas de tout temps existé? Ne remontons pas à ce qui nous a été transmis des sages de la Grèce, qui nous donnerait une triste idée de la confusion des opinions philosophiques dans laquelle s’agitaient ces illustres devanciers, Ce qui faisait dire avec juste raison à Hippocrate qu’il fallait séparer la médecine de là philosophie de son temps, — et non pas de la philosophie quand on est en possession d’une bonne philosophie; — mais déjà Hippocrate ne rencontra-t-il pas un ardent contradicteur dans Euryphon? L’école de Cnide ne cherchait-elle pas à battre en brèche l’école de Cos ? Aristote n’a-t-il pas singulièrement contrarié Platon? Érasistrate le solidiste n’a-t-il pas montré les dents à Hérophile l’humoriste?
La critique, la contradiction, l’opposition ont été et seront de tous les temps, et l’on pourra porter le défi de trouver une seule vérité scientifique, d’un ordre quelconque, qui n’ait d’abord été niée, ou contestée, ou discutée. Rappelez-vous, cher ami, les principales discussions dont vous avez été le contemporain, la célèbre dispute entre Cuvier et Geoffroy Saint- Hilaire, et, pour ne pas sortir de notre domaine purement médical, les discussions entre Rostan et Lallemand sur la nature du ramollissement cérébral, les chaudes discussions entre Tome XXVII. — Troisième série. 17
ment jusqu’aux approches delà puberté; mais c’est alors une époque difficile à traverser sans changement de climat. . ,.
L’influence malariale est ici constante en pathologie : je veux dire que, bien qUe la fièvre intermittente franche soit loin d’être fréquente, et que la fièvre pernicieuse soit extrêmement rare, il n’est guère d’état morbide quelconque, ou de dérangement de santé, où la quinine n’ait à intervenir, ou nécessairement ou utilement Il importe, toutefois, afin de ne pas se méprendre sur le caractère de ces observations, de ne pas oublier qu’il n’est question que. des résidents étranger au sol que toutes les œuvres serviles, les travaux de force, les métiers pénibles, sont exclusivement dévolus aux indigènes, et qu’il s’agit par conséquent d’une population de choix, pour ce qui concerne les habitudes de la vie.
Quant à l’ensemble de la pathologie, il nous offre les caractères généraux de celle des pays chauds, même dans les stations d’une latitude assez élevée, grâce sans doute au caractère particulier des saisons estivales. Mais partout aussi, même dans les stations les plus méridionales, c’est une représentation très-affaiblie de la pathologie que l’on voit régner dans les régions tropicales ou sur les côtes d’Afrique.
Cependant les abcès du foie ne sont pas précisément rares. Mais les hépatites aiguës diffuses, et d’un autre côté la cirrhose, ne se rencontrent que rarement, et je rie sais pas si les engorgements simples du foie sont beaucoup plus fréquents qu’en Europe. On observe du reste très-communément l’état bilieux et des troubles hépatiques. La fièvre typhoïde classique se rencontre très-peu. Mais une maladie aiguë, , assez propre à ces régions, est un état hybride, que l’on aappelé/ïèyre de Shanghaï , ou encore typho-malaria-fever, qui paraît tenir de la rémittente et de la typhoïde, quelquefois mortel, dans lequel se montrent en partie, et manquent en partie, les caractères typiques de la rémittente bilieuse, comme de la fièvre typhoïde.
Les affections intestinales sont très-communes, non pas sous une forme aiguë ou violente, mais plutôt sous forme de diarrhées lentes, qui ne cessent quelquefois qu’après un changement de climat ou seulement de localité, sans qu’il soit nécessaire de retourner dans le pays natal. La dysenterie est infiniment moins fréquente que la diarrhée simple.
Les maladies aiguës communes me paraissent beaucoup moins répandues qu’en Europe, et de caractères beaucoup moins tranchés que chez nous : ainsi pour la pneumonie, la pleurésie, le rhumatisme articulaire aigu. On ne voit presque pas de
Bouillaud et Ghomel sur la nature et le traitement du rhumatisme et de la fièvre typhoïde, l’opposition terrible contre laquelle Orflla eut à lutter ; Claude Bernard lui-même n’a-t-il pas eu à défendre la fonction glycogénique du foie? et tant d’autres, tant d’autres, car j’allongerais indéfiniment ces remarques en rappelant seulement le quart de celles que je pourrais faire de l’histoire ancienne ou moderne.
— Vous pourriez même ajouter, cher et savant ami, si vous ne saviez que vous prêcheriez un converti, que tout cela, critique, examen, contradiction, discussion, négation même, outre que cela est fatal et ne peut être empêché, est encore utile et nécessaire. Néanmoins, n’est-il pas affligeant que cela soit nécessaire ? Voilà tout ce que j’ai voulu exprimer, à savoir : que lorsque l’on se croit en possession d’un fait acquis, d’une vérité scientifique, il est douloureux de voir le doute remplacer la croyance, et la négation s’installer à la place de l’affirmation. Ainsi, savant ami, vous connaissez mieux que moi l’œuvre énorme et si harmonique, si saisissante de clarté, cette œuvre si satisfaisante pour l’esprit de Claude Bernard, et l’œuvre si ingénieusement expérimentale de Magendie. Eh bien, savez-vous comment le successeur de ces illustres maîtres, et professeurs du Collège de France, savez-vous comment leur successeur a parlé de l’œuvre de ses prédécesseurs?
« L’homme éminent auquel j’ai l’honneur de succéder, dit-il, a eu, dans presque toutes les leçons qu’il a faites ici,, le mérite et l’avantage de présenter à ses auditeurs des faits nouveaux, souvent très-importants, et tels qu’il pouvait aisément les reproduire et les faire constater par tous ceux qui assistaient à ses cours. J’ai le malheur d’être placé dans de tout autres conditions ; non-seulement j’aurai moins de nouveaux faits expérimentaux à vous signaler, mais encore nombre de ceux que j’ai à vous faire connaître appartiennent à une atégorie de phénomènes physiologiques ou morbides que l’on n’est jamais sûr de pouvoir
phthisiques parmi les résidents. Mais les maladies organiques du cœur sont trèsfréquentes. Il est possible que le genre de vie et les habitudes des Anglais ne soient point étrangers à cela.
Il ressort de ces observations générales que la pathologie en Chine, pour ce qui concerne les résidents étrangers, semble offrir un caractère effacé , soit que l’on considère les maladies communes familières à nos propres climats, soit surtout que l’on considère les maladies des climats intertropricaux, et en particuliers les maladies communes au reste de l’Indo-Chine. Sous ce dernier rapport, aucune comparaison ne me paraît pouvoir être établie, pour le degré de salubrité, entre les ports ouverts de la Chine et les localités analogues de l’Inde anglaise ou de la Cochinchine française.
Je dois encore m’arrêter sur une circonstance digne de votre attention : c’est le peu de réceptivité pour les épidémies que paraissent offrir les régions qui nous occupent, et les concessions en particulier. Je ne parle pas des grandes maladies épidémiques, telles que la fièvre jaune et la peste. Les relations suivies de la Chine avec l’Amérique et avec le Levant ne datent pas d’une époque assez éloignée pour qu’on puisse rien conclure à ce sujet.
Le choléra a paru maintes fois en Chine ; mais les localités concédées en sont toujours restées à peu près indemnes, et nous n’avons pas de raisons de croire que les indigènes aient jamais eu beaucoup à en souffrir. La seule épidémie notable que l’on ait observée, depuis l’accès ouvert aux étrangers, a eu lieu à Shanghaï, en 1862, alors que l’épouvantable insurrection des Taepings avait rejeté une masse de fugitifs, que l’on évalue à 500,000, sur le territoire restreint des concessions, qu’occupaient en même temps des forces militaires, anglo-indiennes surtout, assez considérables. Il y eut une grande mortalité, tant parmi les indigènes que parmi les contingents militaires, mais la population civile fut à peu près épargnée.
La diphthérie, qui sévit violemment à Péking, n’a guère fait d’apparition dans les concessions.
Quant à la variole, le soin avec lequel les vaccinations et les revaccinations sont pratiquées parmi les résidents les a toujours tenus à l’abri des épidémies qui, auprès d’eux, exercent de grands ravages chez les indigènes. La vaccination est cependant assez en faveur chez les Chinois, et tend à remplacer leurs pratiques séculaires d’inoculation par la muqueuse pituitaire. Les médecins chinois de l’intérieur font de fréquentes demandes de vaccin à leurs confrères européens des concessions.
reproduire à volonté. Différant encore, à d’autres égards, de mes deux prédécesseurs immédiats, Magendie et Claude Bernard, qui s’occupaient surtout, dans leurs leçons ici, de faits simples, aisément explicables et acceptables, j’ai à vous exposer non-seulement des faits complexes, mais surtout des doctrines nouvelles qui sont en contradiction formelle avec celles qui ont cours sur les principales actions normales ou morbides des centres nerveux. Je m’impose la lourde tâche de démontrer que presque tout ce que vous avez appris, soit dans les cours que vous avez suivis, soit dans les. livres exposant l’état actuel de la science, sur les doctrines relatives à ces actions, doit être rejeté comme absolument faux, et j’aurai, après avoir ainsi fait table rase, à essayer d’édifier des doctrines entièrement nouvelles. »
Eh bien, que dites-vous de cette table rase, et comprenez-vous maintenant mon sentiment affligé de ces négations absolues et si impérieuses?
Qu’est-ce qu’un concours sur titres qui n’est pas une présentation? Un concours de ce genre vient d’avoir lieu pour deux places de médecins à l’asile de Charenton. Je me demande pourquoi ce mot concours? Je me demande le pourquoi de cette dénomination évidemment trompeuse? Serait-ce que ce changement de mot serait un acheminement vers la chose? •l’exprime le vœu sincère qu’il en soit ainsi, tout en désirant aussi qu’il n’y ait plus d’erreur possible, d’illusion ou de déception.
Au milieu des évolutions politiques et administratives auxquelles nous assistons, il en est deux qui ont dû exciter l’intérêt de la famille médicale ; à savoir : la démission de M. Bardoux comme ministre de l’instruction publique, et celle de M. Andral, comme vice-président du Conseil d’État.
En pleine cité indigène, à Shanghaï, des vaccinations publiques gratuites sont pratiquées chaque semaine par un médecin anglais, aidé de ses assistants chinois. Et lorsque, dans une vaste salle encombrée de petits enfants et de leurs parents, chauffée par de larges braseros, car le froid était alors rigoureux, je venais à fermer les yeux, les vagissements enfantins, qui sont les mêmes sous toutes les latitudes, me transportaient, en pensée, des bords du fleuve Jaune dans la salle des vaccinations de notre Académie.
Mais voici ce qui est surtout digne de remarque : Ces villes chinoises, encombrées et infectes, deviennent très-fréquemment, pendant les saisons chaudes principalement, le siège d’épidémies ou de constitutions très-meurtrières, de diarrhées cholériformes, de dysenteries, de variole, d’affections rubéoliques de mauvais caractère, et à Shanghaï, qu’il faut toujours citer, puisque cette résidence l’emporte en population et en importance sur toutes les autres concessions réunies, la ville européenne et la cité indigène vivent côte à côte, séparées par une simple muraille crénelée, et les populations chinoises de l’une et de l’autre cité entretiennent entre elles les communications incessantes les plus actives : et cependant on ne voit jamais ces épidémies franchir le fossé fangeux qui sépare ces deux agglomérations. N’est-ce pas là le témoignage éclatant de la puissance de l’hygiène et de la civilisation supérieure? Et n’en devons-nous pas encore retenir ceci, que ces constitutions morbides, qui éclatent à des intervalles rapprochés, sont moins le produit de conditions climatiques, inhérentes à la région, que la conséquence de conditions sociales* particulières ?
Ce qui vient encore à l’appui de cette observation, c’est que partout où les résidents ont pu s’établir sur des hauteurs, notamment à Foochow, à îakow, dans Me Formose, etc., ils ont immédiatement réalisé une grande amélioration dans les conditions sanitaires de leur installation.
( La fin à un prochain numéro.)
Congrès. — Le congrès international d’archéologie et d’antropologie préhistorique, qui doit se réunir à Lisbonne en 1880, ainsi que nous l’avons déjà annoncé, a été fondé à Spezia en 1865, sur la proposition d’un savant français, M. de Mprtillef, et définitivement constitué à Paris à l’occasion de l’Exposition de 1867. Sür la proposition faite à Copenhague par le professeur Capellini, et votée à Bologne, la langue française est la langue officielle du congrès.
M. Bardoux s’est beaucoup occupé, pendant son règne, de nos affaires médicales au point de vue de la scolarité et de l’enseignement. Ce n’est pas que toutes les mesures qu’il a prises aient mérité l’approbation générale; il en est même qui sont contradictoires, telles, par exemple, les décrets qui instituent les Écoles de médecine de plein exercice, et les arrêtés qui ont modifié ou restreint leur circonscription, de sorte qu’on leur donnait d’une main1 ce qu’on leur ôtait de l’autre. Je sais bien aussi que le décret qui a institué une Faculté de médeoine à Toulouse a été violemment, mais injustement critiqué et attaqué comme I’Union Médicale espère le montrer prochainement. Mais, en somme, le ministère de M. Bardoux a été un ministère de bonne volonté, de grande activité, dirigé par un homme curieux du bien, et l’appliquant résolument et rapidement. Je ne dois pas oublier non plus qu’après une conversation avec un des dignitaires de l’Association générale qui lui avait signalé les nombreuses lacunes des lois et décrets qui régissent l’enseignement et l’exercice de la médecine, M. Bardoux avait officieusement demandé que l’Association lui soumit un projet de lois nouvelles. Mais, hélas! qu’il avait aussi raison cet autre dignitaire de l’Association, en disant, après avoir témoigné sa gratitude pour cette offre libérale : Que sera devenu M. Bardoux, quand l’Association sera en mesure de répondre à son généreux appel? L 'Officiel viçnt de vous apprendre ce qu’est devenu ce ministre bien intentionné, d’une activité rare, dont les idées, peut-être pas toujours assez mûries, portaient toujours le caractère d’un esprit élevé et soucieux du bien public.
L’instabilité des choses et des hommes, voilà le grand impédiment du progrès dans notre pays, dont 1 Europe ne nous envie plus les institutions si changeantes.
La démission annoncée de M. Paul Andral, de la vice-présidence du Conseil d’État, es1 aussi fort regrettable pour les intérêts de notre confrérie, Nous avions là un appui sur lequel
CONSTITUTION MÉDICALE
OCTOBRE, NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1878 RAPPORT DE LA COMMISSION DES MALADIES RÉGNANTES,
Fait à la Société médicale des hôpitaux , dans la séance du vendredi 24 janvier 1879,(1),
Par M. Ernest Besnier III. — Albuminuries.
En rapport avec les conditions atmosphériques de la saison, plusieurs d'entre vous ont signalé à la commission la fréquence insolite des albuminuries dans leurs formes diverses. M. Bucquoy, par exemple, a dû en recevoir six cas dans ses salles en quelques jours ; j’ai dû moi-même, bien que dans un service spécial, donner asile à plusieurs malades atteints de néphrite, en même temps que j’ai rencontré l’albuminurie comme élément d’affections constitutionnelles, telles que la scrofule et la syphilis, dans une proportion plus grande que d’habitude. Le plus ordinairement, il faut le dire, ces néphrités et ces albuminuries, ces anasarques, ne trouvent dans l’action du froid qu’une condition occasionnelle, et la cause accidentelle ne fait ici que déterminer une des manifestations d’un état pathologique antérieur, connu ou latent.
Il n’est donc pas inutile, dans les conditions atmosphériques actuelles, de rechercher avec plus d’attention encore que d’usage l’albumine dans tous les cas où elle peut apparaître dans l’urine, et, d’autre part, de prémunir par une prophylaxie vigilante ceux chez qui l’action du froid peut déterminer ou aggraver les manifestations rénales.