Tome XXVII. — Troisième série
s’est nettement prononcé pour l’adoption du nom d’ ostéomyélite , proposé par M. Lannelongue pour remplacer le nom d 'ostéite épiphysaire, introduit dans la nomenclature chirurgicale par M. Gosselin pour désigner l’ostéite des adolescents. Il a donné de cette adoption une raison péremptoire, c’est que les résultats des recherches de tous les histologistes contemporains s’accordent à montrer que toutes les formations pathologiques du tissu osseux, hormis la carie et les néoplasmes, ont leur siège dans les éléments médullaires de ce tissu, médullocelles et myéloplaxes, répandus à la fois sous le périoste, dans le canal médullaire et dans les canalicules de Havers, d’où il suit qu’il ne peut pas y avoir d’inflammation osseuse, d’ostéite, en un mot, sans myélite.
Du reste, nous devons dire que M. Trélat n’a touché qu’avec de grands ménagements et une extrême réserve à la doctrine de M. Gosselin; mais il n’en a pas été de même dans la critique qu’il a faite de la communication de M. Colin sur la septicémie. Il s’est livré, à ce sujet, à un véritable travail de démolition qu’il a mené vivement, avec un entrain et une verve qui ont plusieurs fois déridé l’Académie et qui ont dû faire pâmer d’aise M. Pasteur. M. Colin a regimbé non moins vivement sous l’aiguillon de la critique de M. Trélat; il a bec et ongles pour se défendre et même, au besoin, pour attaquer; nous croyons, s’il faut en juger par son attitude et sa mimique expressives pendant le discours de M. Trélat, qu’il n’y manquera pas.
La conclusion du remarquable discours de ce dernier orateur, en ce qui concerne la septicémie, c’est que la présence et la multiplication des organismes inférieurs, comme condition fondamentale de la fermentation putride, ne sauraient être contestées, mais que, tout en acceptant cette base, la science n’est pas encore fixée sur les conditions de la présence et de la multiplication des germes dans l’organisme.
L’effort des expérimentateurs dôit être actuellement de tendre vers ce but, et M. Trélat a courtoisement invité M. Colin à employer utilement son habileté expérimentale à la solution de ce problème. A. T.
Avis. — Mes correspondants sont prévenus qu’un bureau télégraphique est établi et fonctionne, depuis le 15 janvier dernier, à Châtillon-sous-Bagneux (Seinê). — A. L.
A côté de ces travaux, nous trouvons avec plaisir et délassement un mémoire de Bouvier à l’Académie de médecine, en 1852, intitulé modestement : Recherches sur l'usage des corsets.
Au début de ce petit chef-d’œuvre historique et humoristique, Bouvier déclare avec une certaine hardiesse qui m’étonne, d’autant plus qu’elle 'est absolument contraire à sa manière habituelle, qu’il est décidé à envisager d’en haut la question des corsets. Réfutant l’opinion erronée de Rousseau, lorsque celui-ci disait : « Que de toutes ces entraves gothiques, de ces multitudes de ligatures qui tiennent de toutes parts nos membres en presse, les anciens n’en avaient pas une seule », Bouvier s’appuie sur des faits, et retrouve chez les dames romaines les bandes mamillaires destinées à relever les seins et le buse qui soutenait les bandes. Passant en revue les costumes du moyen âge, il n’y trouve pas de trace de corset, et bien que les estampes et les tableaux du temps nous montrent des tailles d’une rigidité et d’une rectitude imposantes, cet effet aurait, paraît-il, été obtenu à l’aide d’un justaucorps appelé surcüt, ajusté avec le plus grand soin, fait d’une étoffe très -résistante, mais ne recélant aucune baleiné, . aucun tuteur. C’est à Catherine de Médias qu’il faut arriver pour trouver l’usage du corset en France. Encore ce corset, auquel on donnait le nom de corps, était-il fait pour amplifier les formes bien plus que pour les modeler, et avait-il plutôt .pour effet d’exagérer les hanches que de soutenir les seins. Quoiqu’il en soit, l’industrie des corseticrs ne fit guère de progrès jusqu’au règne de Louis XIV; elle menaçait même de tomber dans le marasme, quand une véritable renaissance des corsets s’opéra sous le souffle puissant et inventif de lieisser, tailleur obscur de Lyon, et bientôt corselier en vogue sous la Régence. On ne peut dire jusqu’où eussent été les progrès dans cette voie, si la Révolution française n’avait emporté du même coup les corps à baleine avec les paniers, l’habit à la française, la poudre et les perruques.
L'UJNION MÉDICALE.
Obsèques de M. le professeur Chauffard
M. Henri Roger, au nom de l’Académie de médecine, a prononcé les paroles suivantes :
Ici même, dans cette cité des morts, M. Chauffard rendait, il n’y a pas un mois, un suprême hommage à l’une des gloires de la médecine française, à Ambroise Tardieu. En entendant les éloquentes paroles qu’il adressait à l’illustre et cher défunt, qui aurait pensé que c’étaient les derniers accents d’une voix qui allait s’éteindre? Qui aurait pu croire, qu’à si peu de jours de distance, nous mènerions un second deuil, et que nous aurions à pleurer celui-là même qui avait si vivement et si noblement exprimé et sa douleur propre et les communes tristesses ?
L’Académie perd en M. Chauffard un de ses membres les plus éminents.
Ce n’est ni le lieu ni le moment de rappeler ses débuts dans la carrière médicale, qui lui fut glorieuse du commencement à la fin ; ses premiers succès à l’agrégation et dans les hôpitaux; ses premiers écrits, qui sont comme les linéaments des œuvres dernières, écrits dans lesquels s’affirme déjà le médecin érudit et philosophe, le partisan convaincu et le défenseur habile du vitalisme rajeuni par l’organicisme, le doctrinaire pratique poursuivant la salutaire alliance de la tradition, qui languit si elle n’est ranimée par l’amour du progrès, et du progrès qui s’égare si la tradition ne l’éclaire; ces œuvres, de haut style, et qui attestaient un rare talent d’écrivain, ouvrirent à M. Chauffard, il y a douze ans, les portes de l’Académie.
C’est pendant ces années, interrompues si tôt et si cruellement, que le talent de M. Chauffard, mûri et fortifié, a jeté le plus vif éclat : c’est dans notre Compagnie qu’il a déployé de magistrales qualités d’écrivain et d’orateur, scribendi et dicendi peritissimus.
Aucune question importante p’a été soulevée dans T Académie qu’il n’ait essayé de la résoudre; aucune sérieuse discussion n’a surgi qu’il n’y ait pris la part la plus active, et souvent la plus victorieuse. Des points de la pratique parfois les plus infimes, son esprit montait aux sommets de la science, et planait avec aisance dans les sublimes régions qui semblaient comme son atmosphère naturelle.
La Faculté, témoin de ses triomphes, lui confia bientôt la chaire qui convenait le mieux à son esprit encyclopédique, et le nomma professeur de pathologie générale.
C’est encore au milieu de nous que l’académicien s’est révélé sous une face nôuvelle : il s’est montré critique supérieur, historien grave et élégant à la fois, panégyriste ému et éloquent. Ainsi, dans une attachante étude, sur Andral, il met en lumière la part prépondérante que ce maître avait prise au mouvement scientifique si intense qui, de 1820 à 1830, a constitué la
Nous avons pris notre revanche, et l’on peut affirmer que depuis 1793 les corsetiers n’ont pas absolument perdu leur temps. Bouvier leur tend, du reste, une main secourable, et prenant à partie Rousseau, qui dit avec raison : « La femme est faite spécialement pour plaire à l’homme, » elle doit vouloir lui plaire comme elle le veut, en effet; mais qui a tort de dire plus loin : « Un sein qui tombe, un ventre qui grossit, cela déplaît fort, j’en conviens, dans une personne de 20 ans; mais cela ne choque plus à 30. » Bouvier proteste de toutes ses forces contre cette limite d’âge et ne s’étonne plus que Rousseau n’ait converti personne.
Aussi conclut-il de la sorte. Non-seulement des motifs déduits de l’esthétique et de la destination totale de la femme doivent engager le médecin à permettre l’usage des corsets, mais en outre, il est diverses circonstances, telles que le volume des seins, le relâchement ou la distension de la paroi musculaire de l’abdomen, la voussure habituelle du tronc, la déviation latérale du rachis, qui indiquent formellement l’emploi de cette sorte de bandage, soit comme moyen hygiénique, soit même pour aider à la guérison de certaines lésions.
Dans un très-beau discours fait à l’Académie en 1856, à propos de la méthode sous-cutanée, il s’occupe de définir exactement l’expression de méthode sous-cutanée et de rechercher la valeur de tout ce qui se rattache à ce genre d’opération. Reprenant plus tard cette étude, en 1865, sur le même théâtre, il réhabilite Stromeyer comme le véritable inventeur de la méthode et foudroie son adversaire dans un véritable réquisitoire.
Son but, dit-il en parlant de son contradicteur, n’a pas été de faire l’histoire de cette découverte, mais de saper les fondements de cette histoire, d’en effacer tous ceux qui avaient le droit d’y figurer, ou de ne laisser que leur ombre et de dresser sur ses ruines sa propre personnalité.
Plus tard, en 1858, nous le voyons, dans une discussion mémorable de la Société de chi-
L’UNION MÉDICALK.
médecine moderne. Ainsi, dans une étude non moins belle, en exposant dans un magnifique langage les recherches de notre admirable Claude Bernard, il montre la puissance de la physiologie, cette science d’action, cette science conquérante de la nature animée, suivant la définition de l’immortel physiologiste.
Vous avez présente l’image aimable qu’il évoquait tout à l’heure d’Ambroise Tardieu; vous n’avez pas non plus oublié la figure placide et sereine qu’il vous a montrée, celle de Kergaradec, cet homme honnête et bon, qui, pendant plus d’un demi-siècle, fut le plus noble représentant de toutes les vertus médicales et de l’honneur professionnel.
Inspecteur général de l’ordre de la médecine, M. Chauffard eut l’insigne honneur de présider à la création et à l’inauguration des deux Facultés nouvelles de Lyon et de Bordeaux, qui sont l’expression de la rénovation scientifique contemporaine et le témoignage du relèvement de la patrie par le bienfaisant travail.
L’homme intime était à l’égal du savant, de l’écrivain, du philosophe qu’attendait une autre Académie : la droiture, l’affabilité, la dignité de son caractère, l’agrément et la sûreté de son commerce, lui avaient valu de hautes et constantes amitiés. Honneurs, fortune, bonheurs du foyer, joies du père aux succès des fils dans la haute magistrature et dans la médecine, il semblait qu’il eût tout en surcroît; et, l’an dernier, l’union de son fils aîné avec la fille de son plus ancien ami médical, de M. le professeur Gosselin, venait mettre le comble à ses félicités intérieures.
Dans cette Vie de travail fécond, de devoirs multiples scrupuleusement accomplis, et au milieu des enchantenients de ce bonheur familial ; dans cette vie de l’intelligence et du cœur, les joul-s s’écoulaient pleins et fortunés. La journée du 6 février avait été semblable aux autres : bien des heures avaient été consacrées aux occupations professionnelles, aux travaux successifs de la Faculté (examens, assemblée des professeurs, cours à l’École), occupations où M. Chauffard avait déployé même activité morale et physique.
Cette journée, dont il n’avait éprouvé aucune fatigue, s’était doucement achevée dans les joies de la famille et du foyer domestique. Vers dix heures du soir, il commençait à reposer; il sent tout à coup quelques gouttes de sang lui monter à la gorge, puis un vomissement dont il annonce avec calme la léthalité, et avec ce flot de sang' s’échappe là vie. Tout secours faillit : M. Chauffard expire, violemment arraché aux tendresses angoissées des siens, aux éplorements de son adorée compagne, et ravi soudainement à ses honneurs mérités, à sa gloire conquise, à l’estime affectueuse et profonde de tous ses confrères.
Si la mort était venue moins précipitée, moins implacable, M. Chauffard en aurait soutenu lesapproches avec fermeté : chrétien fidèle, et confiant dans les promesses immuables, ce grand homme de bien se serait endormi tranquille au sein des éternelles espérances.
Peignant la mort telle quelle se comporte d’ordinaire, Montaigne a dit s « Toute horreur
rurgie, sur le mal de Pott, réfuter l’opinion que l’on formulait ainsi : La maladie décrite par Pott n’est pas la même que celle qui produit les abcès par congestion. Ce qui fait la gloire de Pott, dit Bouvier, ce n’est pas le traitement par les cautères, traitement d'une efficacité douteuse, mais l’étude plus approfondie qu’il a faite du mal vertébral ; c’est la discussion tracée de main de maître qu’il nous a laissée ; et après une analyse minutieuse de 100 observations de mal vertébral, Bouvier conclut à l’impossibilité de scinder le mal de Pott en tuberculeux et en non tuberculeux.
Le torticolis fut, pendant une période de la vie de Bouvier, le sujet de ses études favorites. Après la relation d’une de ces rares autopsies que l’on a l’occasion de faire quand le sujet succombe à une affection intercurrente, et dans laquelle il décrit minutieusement les altérations tendineuses et musculaires, il insiste sur ce fait que les altérations osseuses sont exceptionnelles, et que malgré une attitude vicieuse datant de vingt-cinq ans, on trouvait pour toute lésion un léger amincissement latéral de l’axis. Gette opinion, contraire à l’opinion moderne, qui voudrait que l’affection osseuse ou articulaire eût presque toujours précédé la rétraction musculaire, eût dû rendre Bouvier partisan acharné de la ténotomie, appliquée au torticolis. Nous trouvons au contraire, chez lui, une certaine froideur pour cette opération. La devons-nous au souvenir de cette erreur de diagnostic qu’il relate avec une si grande loyauté et qui est relative à un malade dont la -ténotomie était décidée, qui succomba fortuitement avant l’opération, et dont l’autopsie révéla une carie d’une des masses latérales de l’atlas? Je l’ignore; mais toujours est-il qu’il s’indigne contre la ténotomie du sterno-mastoïdien pratiquée sans mesure. « ils ne respecteraient même pas, dit-il en parlant des ténotomistes quand même, le cou d’Alexandre-le-Grand. »
et tout effroi sont autour de nous. » Lorsque des coups aussi subits nous en épargnent les affres et les lugubres appareils; ne peuUon dire comme lui : « Heureuse la mort qui ôte le loisir aux apprêts d’un tel équipage! »
Collègue affectionné, je vous adresse, comme vous le. faisiez hier à votre illustre ami, un tendre et dernier adieu? je vous l’adresse au nom de l’Académie de médecine que, vous aussi, vous avez honorée et grandie dans l’estime publique.
M. HerviEux, président de la Société médicale des hôpitaux de Paris, s’est exprimé en «es termes au nom de cette Compagnie savante*:
Messieurs,
La mort ne cesse de frapper la Société médicale des hôpitaux dans ses membres les plus éminents. Il y a trois semaines, c’était le professeur Tardieu, hier c’était Trélat; aujourd’hui c’est, je n’hésite pas à le dire, une des individualités médicales les plus remarquables de noire temps, le professeur Chauffard.
Clinicien, orateur,' écrivain, philosophe, Chauffard a été longtemps l’âme de nos séances. Jamais une discussion né s’élevait sans qu’il y prît une part active, et sans qu’il l’animât de sa parole chaude, vibrante et passionnée. A quelque opinion qu’il se rangeât, quelque véhémentes que fussent ses interpellations et pes répliques, il n’obéissait jamais qu’à l’ardeur de ses convictions. Son mobile à lui, pour prendre, la parole, ce n’était jamais, vous le savez, ni le besoin d’occuper le publie de sa personnalité, ni une pensée d’agression, ni cet esprit de contradiction qui entraîne , souvent dans la lutte les natures les plus honnêtes ; non, Messieurs, son mobile à lui, dans toute discussion, c’était l’idée, l’idée qu’il poursuivait, et que son regard rêveur semblait parfois chercher dans un autre monde que le nôtre. Ses ardeurs étaient tqujours contenues dans les limites de la passion scientifique. Aussi Chauffard ne hlessail-il jamais ceux qu’il prenait le plus vigoureusement à partie. Derrière ses critiques les plus vives, on sentait toujours l’adyersaire loyal et convaincu.
Chauffard a enrichi nos Bu,lletins d’un grand ppmjwe de communications, Je ne vous en dirai pas la liste, car son œuvre est considérable? permêtlèz-rmoi seulement de vous en dire le caractère,
Chauffard avait lu, en les méditant, les auteurs anciens, Il était profondément imbu fie leurs doctrines, en telle sorte que tous ses travaux portaient i’empreinte de ces fortes études, mais en même temps de certaines idées peu accréditées parmi nous. Qui de vous n’a conservé le souvenir de la vaillance avec laquelle il défendit dans mainte circonstance la théorie des constitutions médicales et celle de la spontanéité? Un grand nombre de ses communications ne sont que des plaidoyers, toujours éloquents, toujours admirables dans la forme, en faveur de ces idées.
Il est du reste absolument vrai que deux sterno-mastoxdiens de haute lignée ne durent leur intégrité qu’à l’interVentidn pacifique de Bouvier.
Le sens critique de Bouvier se manifeste au plus haut point dans un mémoire qu’il lut à l’Académie de médecine sur là réduction des luxations congénitales du fémur. Avec cette logique serrée qu’il apporte dans toutes ses argumentations, il démontre que la prétendue réduction des luxations congénitales préconisée par Pravaz, n’est qu’une illusion ; et, d'après l§s faits qu’il a observés, il se ’cÿfiit fondé à conclure qu’il n’existe point jusqu’ici d’exemple dé réduction de ces luxations. « J’ajouterai, dit- il, que les conditions anatomiques rendent cette réduction impossible, moins à cause de la résistance des muscles et du resserrement de la cavité cotyloïde dont on s’est uniquement préoccupé, qu’en raison de l’état physique de la capsule trop rétrécie pour livrer passage à la tête fémorale, trop inextensible pour lui permettre de redesçendre dans sa cavité. » U fallait, du rèste, que la cause qu’il défendait lui parût excellente ; car, à la suite d’une sorte de défi porté par Pravaz, il s’engagea à verser 1,000 francs entre les mains du trésorier de l’Académie, et à les perdre si on lui montrait guéri up seul des malades atteints de luxation congénitale qu’eût choisi Pravaz après les avoir fait contrôler par une commission dont Bouvier se réservait naturellement de faire partie.
Enfin, Messieurs, pour en terminer, non pas avec l’énumération complète des travaux de Bouvier relatifs à l’orthopédie, le détail en serait beaucoup trop loqg, mais seulement avec la citation de ses œuvres principales, je finirai par la plus importante, par ses leçons Sur les affections de l’appareil locomoteur, œuvre magistrale que vous connaissez tous, aussi remarquable par l’étendue des recherches, par la philosophie des idées, que par la pureté du style, et qui restera un modèle du genre.
Bouvier n’était d’ailleurs point exclusif; son esprit aimait à s’occuper des divers points de la
Esprit éminemment philosophique, profondément versé dans la connaissance de tous les principes qui dominent la nosologie et notre terminologie médicale, il ne laissait passer rien de ce qui aurait pu porter atteinte à ces principes; et, si quelqu’un d’entre nous négligeait, dans les entraînements de son sujet, les grandes lois de la pathologie générale, il aimait à le rappeler au respect de ces lois fondamentales. Faut-il admettre pour cela que Chauffard, trop absorbé dans la méditation des grands problèmes de la nosologie, se désintéressât de la pratique et de ses détails? Nullement, Messieurs; Chauffard était un excellent clinicien. Parée qu’il voyait grand, cela ne l’empêchait pas de voir juste. La synthèse ne le détournait pas de l’analyse. Mais, en ne manquant jamais d’associer la première à la seconde, ii savait mieux qu’un autre reconstituer l’ensemble, sans s’égarer dans les subtilités du diagnostic, sans négliger aucun des procédés modernes d’investigation, sans oublier enfin toutes les ressources actuelles de la thérapeutique. Le penseur et l’écrivain ont trop souvent fait méconnaître le clinicien.
Mais est-il possible de raconter Chauffard et sa participation à nos travaux sans dire un mot de la forme merveilleuse dont il savait revêtir sa penséè? Chauffard possédait, de naissance pour ainsi dire, les qualités qui font l’écrivain de génie. Il avait un moule à lui, d’où chaque idée sortait coulée en bronze. Ses façons de dire n’étaient point les nôtres. Ce n’était ni recherche, ni prétention, ni afféterie. C’était nature. C’était un idiome à lui propre, qu’on pouvait peut-être pasticher, mais non imiter, parce que lui seul en avait la clef. Idiome saisissant, imagé, plein de traits vigoureux, parfois quelque peu incorrect, mais forçant encore l’admiration même dans ses incorrections. Qui de nous n’a pas envié à Chauffard la plume d’acier avec laquelle il burinait ses productions? J’ai encore sous les yeux le discours émouvant qu’il prononçait, il y a trois semaines, sur la tombe du professeur Tardieu. Quelle puissance de style ! et comme il excelle à faire revivre l’image de cet autre charmeur, son éminent ami! Ah! c’est que son éloquence naturelle était doublée de l’éloquence du cœur !
Chauffard, pardonne-moi d’abréger ces adieux. Je voudrais pouvoir dire ici quelques-unes des nombreuses qualités qui ont fait de toi un collègue aimé, estimé, honoré entre tous. Je voudrais dire, avec ta langue à toi, si riche, si énergique, si colorée et si pleine de charmes, ton affabilité, ta courtoisie, tes procédés toujours si excellents et si délicats avec chacun de nous, ta justice et ta loyauté envers tout le monde. Mais que pourrais-je exprimer ici qui ne fût fortement gravé dans le cœur de tous ceux qui m’entendent? Car ta plaee est marquée dans notre souvenir, comme elle est là-haut parmi les gens de bien.
science, alors même qu’ils paraissaient fort éloignés de l’objet de ses études habituelles, et nous trouvons, dans ses communications et dans ses rapports à l’ Académie, de véritables révélations à çe s, ujet.
Déjà, en 1836, il avait présenté à l’Académie un nouveau trocart pour la ponction du thorax. Ce trocart, construit par Charrière, était alternativement ouvert au liquide pendant l’expiration et fermé au passage de l’air pendant l’inspiration. C’est, du reste, un instrument que nous avons tous eu entre les mains, dont nous nous sommes maintes fois servi avant l’invention des ponctions capillaires, sans nous douter probablement, au moins pour ma part, qu’il avait été imaginé par Bouvier.
Èn 1855, il propose à l’Académie uq procédé simple, commode et peu douloureux, pour établir et entretenir le séton à la nuque. Ce moyen consistait dans la transfixion de la peau, à l’aide d’une aiguille lancéolée portant un fil mince d’un tissu analogue à celui des sondes. Les avantages étaient, suivant l’auteur, la douleur moindre, la perpétuité du séton, la simplicité du pansement, enfin la petite surface de la cicatrice. Malgaigne, à cette occasion, fit l’objection suivante : « J’eusse désiré, pour mon compte, que M. Bouvier voulût bien, avant de faire un séton perfectionné, chercher d’abord dans quelle circonstance le séton peut être utile. » Le mot était méchant, et le séton eut une certaine peine à s’en relever.
Dans un autre ordre d’idées, ne le voyons-nous pas lire à l’Académie un rapport étonnant d’érudition, sur la nécrose phosphorée, à propos d’un travail allemand de Bibra et Geiss. Après s’être étendu sur les effets toxiques du phosphore il arrive, dans ses conclusions, à proposer l’usage absolu du phosphore rouge ou amorphe dans la fabrication des allumettes; et, pour appuyer avec plus de force sa proposition : « La prohibition des allumettes ordinaires devrait recevoir, sanction pratique. — il faudrait que les membres de la commission pussent dès
Supplément.
L’ÜtàÔto tàLMCÀLE.
Il CONSTITUTION MÉDICALE
OCTOBRE, NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1878 RAPPORT DE LÀ COMMISSION DES MALADIES RÉGNANTES,
Fait à la Société médicale des hôpitaux , dans la séance dm vendredi 24 janvier 1879 (1), Par M. Ernest Æisnier V. — Variole.
1» Statistique de la ville. — Pendant les neuf premiers mois de l’année, la variole n’avait fourni pour la ville entière que 37 décès, et cela malgré l’immense
Année 1878
Décès varioliques