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VIII. — Affections puerpérales

Hôpital Lariboisière. — Service de M. Siredet.

« Dans l’année qui vient de s’écouler, 890 femmes sont venues faire leurs couches à l’hôpital Lariboisière ; 17 ont succombé, soit une mortalité brute de 1/53 ou de 1.91 p. 100. Ce chiffre est un peu moins élevé que celui de l’année dernière (Voir Union Médicale, p. 2Zi5), où nous avions 23 décès pour 893 accouchements. Il exprime la mortalité générale sans distinction entre les diverses causes de la mort, soit que celle-ci doive être rapportée à une maladie ancienne ou récente dépendant ou non de l’état puerpéral contractée au dehors ou à l’hôpital, soit qu’elle puisse être attribuée à une opération obstétricale grave ou à une intervenlion inopportune et malhabile.

Je suis donc conduit à établir dans ces décès des catégories différentes, afin de constituer une statistique rationnelle de laquelle je tirerai des conséquences légitimes au point de vue des améliorations et des réformes à apporter dans l’hygiène et dans l’organisation actuelle des services de femmes en couches.

Ainsi, parmi ces 17 décès, 8 sont survenus sans qu’il y ait eu aucune intervention pour l’accouchement ni pour la délivrance, tandis que 9 femmes ont succombé à la suite d’opérations graves sur lesquelles nous allons donner qufelques détails. Parmi les 9 cas de mort après intervention, nous en trouvons deux consécutifs à la version.

La nommée H... ayant eu déjà plusieurs enfants, subit en ville plusieurs tentatives de la part d’une sage-femme et d’un médecin pour l’extraction d’un enfant qui présentait le tronc. Après vingt-quatre heures d’efforts réitérés inutilement, cette femme est apportée à l’hôpital. A ce moment, la face est décolorée, les yeux excavés, les extrémités froides, le pouls insensible, et la patiente peut à peine donner quelques renseignements. L’interne de garde termine l’accouchement avec les plus grandes difficultés, et la malade expire peu après.

A l’autopsie, on constate une déchirure du cul-de-sac vaginal antérieur s’étendant d’un côté à l’autre du bassin, admettant sans difficulté le volume du poing.

Le second cas de version est relatif à une femme également multipare accouchée à terme d’un enfant mort-né; elle passa aussitôt dans une salle de médecine, où elle succomba au bout de quatorze jours.

C’était à huit heures du matin; j’arrivai auprès de la malheureuse en même temps que

m l’union médicale.

l'interné' de garde appelé en toute hâte. Je Ils la déllvrànce et; la rëdüfilldïï idètàtlWüètaêtlt, sans la moindre difficulté. Mais, bien gue l’hémorrhagie ne se renouvelât pas, la malade mourut une heure après.

Un quatrième décès est arrivé chez une femme rachitique parvenue au terme de là gestation et présentant un rétrécissement évalué par M. Lucas-Ghampionnière à 5 oentim. 1/2. Notre habile confrère pratiqua la crâniotomie, puis fit l’extraction de l’enfant avec une peine inouïe, en regrettant de n’avoir pas pratiqué l’opération césarienne.

La malade succomba trois jours après, et il fut impossible de faire l’autopsie.

Une cinquième femme, multipare, qui avait vu ses règles le 15 août, entre à l’hôpital le 22 février, pour une perte abondante qui dure depuis plusieurs jours. Elle accouche d’un enfant macéré sur de brancard qui servait à l’apporter au milieu même des bureaux de l’hôpital. Elle est ensuite transportée dans une salle de médecine où, malgré plusieurs tentatives, on ne peut avoir le placenta que vingt-quatre heures après. La malade est morte ,1e 18 mars. Il m’a été impossible d’obtenir d’autres renseignements.

Ne dois-je pas, à la rigueur, retirer de la mortalité des femmes en couches ;ce décès survenu à la suite d’on avortement?

Enfin, dans les quatre autres cas, la mort est survenue à la suite d’hémorrhagies abondantes déterminées par une insertion vicieuse du placenta.

Une fois, l’introduction de la main ayant été faite avant que la dilatation du col fût assez avancée, la mort survint quelques instants après l’accouchement ; et nous trouvâmes à l’autopsie une déchirure du col remontant à 8 centimètres environ dans le corps de l’utérus.

Dans la seconde observation, le placenta ne put être retiré que partiellement, et la malade succombé' quarante-huit heures après, plutôt aux suites de l’hémorrhagie qu’à l’infectiop putride.

Dans la troisième, la malade avait perdu beaucoup de sang depuis quatre jours lorsqu’elle entra à l’hôpital. La version fut pratiquée sans trop de difficulté et sans qu’elle occasionnât une nouvelle hémorrhagie; la mort arriva néanmoins le septième jour. A l’autopsie, ou trouva une déchirure du col mesurant environ 5 centimètres.

En'fin, dans le derniercas, l’hémorrhagie datait de qUarante-huit heures lorsqueia malade, qui était entrée chez une sage-femme, fut apportée dans nos salles. Gomme unique traitement, on s’était borné à appliquer sur le ventre des compresses imbibées d’eau froide. La perte de sang était arrêtée, mais la ■msttadé 'était 'exsangue, les extrémités froides, le pouls insensible. Je pratiquai néanmoins Je .tamponnement. La dilatation était à peine commencée ; le travail continua et l’hémorrhagie ne se reproduisit plus. L’accouchement et la délivrance se terminèrent le lendemain, mais la malheureuse femme succomba, bien iqu’il ne fût pas survenu de nouvelle perte de sang.

Voilà doue 9 décès 'dus à des causes étrangères à l’influence nosocomiale, et que nous pouvons retrancher de la mortalité générale, qui était de 17. Notre premier chiffre se trouve donc réduit de :plus de 'moitié, c’est-à-dire à 8 cas seulement.

Dans ces 8 décès encore, nous pouvons en éliminer un dont la cause ne se rattache point aux affections puerpérales proprement dites.

U s’agit d’une femme Kr..., dont l’enfant mourut de diarrhée; elle fut aussitôt transportée de la salle Sainte-Anne dans une salle de médecine.

Cette femme était remise de son accouchement, quand, malgré les recommandations qui lui étaient faites, elle persista à sè promener dans les galeries de l’hôpital. Elle y fut prise de refroidissement et contracta une pneumonie avec albuminurie; elle succomba un mois après son entrée.

En retranchant ce derniercas et les 9 éliminés précédemment, il nous reste 7 décès pour 880 accouchements, soit une mortalité de 1/125, 74, -ou approximativement de 0,8 p. 100.

Ce chiffre, un peu supérieur à 'celui de l’année dernière, continue néanmoins une courbe de mortalité assez régulièrement décroissante depuis 1872.

Voici d’ailleurs, pour qu’on puisse mieux juger, le chiffre des décès parmi les femmes en couches dans ces dernières années.

Ces statistiques ont été recueillies avec le plus grand soin et la plus minutieuse exactitude par M. de Beurmann, notre interne :

1872. ..... ‘896 accouchements, 25 décès, 2.9 p. 100

Ces résultats, comparés à ceux des années antérieures à 1872, constatent une amélioration réelle.

Autrefois, en effet, la mortalité atteignait quelquefois A, 5 et même 6 p. 100.

Nous croyons devoir l’attribuer à ce que non-seulement les femmes accouchées malades ne séjournent pas dans la salle, comme cela était déjà pratiqué par nos devanciers depuis 1861, mais encore aux précautions hygiéniques dont nous nous efforçons d’entourer les femmes en couches. :

Pourtant ces résultats, auxquels nous attachons un certain prix, et que nous obtenons avec tant de soins et de sollicitude, sont moins satisfaisants que ceux que l’Administration publie relativement aux accouchements pratiqués chez les sages-femmes. Or, le moment est venu de démontrer que ces dernières statistiques doivent être tenues en suspicion, et qu’elles ne sauraient servir de base à aucun travail scientifique sérieux tant qtt’il n’y aura pas une modification radicale dans les modes d'investigation.

Nous établissons d’abord qu’il n’ÿ a pas parité entre les femmes qui accouchent à l'hôpital et celles qui sont envoyées chez les sages-femmes. En effet, lorsqu’une femme en travail se présente à l’hôpital, elle est visitée par l’interne de garde ou par le chef de service, qui ne l’envoie chez une sage-femme que si elle paraît présenter les conditions d’un accouchement normal. Les sages-femmes ne reçoivent donc que des femmes enceintes choisies dans les meilleures conditions pour une délivrance facile.

Cependant, s’il survient quelque obstacle imprévu, tel que : arrêt du travail, éclampsie, hémorrhagie, etc., ces malades sont encore renvoyées à l’hôpital; quelquefois même la sagefemme essaye quelques tentatives, avec ou sans l’aide d’un médecin plus ou moins habile, et ce n’est qu’après avoir mis en danger les jours de la patiente qu’on la fait porter à l’hôpital juste à temps pour y mourir. Dans ce cas, l’hôpital enregistre le décès et la statistique des sages-femmes brille par ses succès constants.

Si, après l’accouchement, une femme tombe malade, on cherche d’abord à lui persuader qu’il ne s’agit que d’une indisposition, et les neuf jours sacramentels écoulés, on la renvoie chez elle, si elle a une habitation, ou bien à l'hôpital, si elle est trop gravement malade, et, quoi qu’il arrive, il n’y a pas d’insuccès à la statistique des sages-femmes.

En outre, pendant la durée du séjour chez les sages-femmes, les accouchées ne sont soumises à aucune surveillance médicale. Elles peuvent être malades sans recevoir les soins nécessaires, et bon nombre d’entre elles, considérées comme rétablies, quittent la maison où elles ont été délivrées alors qu’elles sont atteintes d’affections sérieuses que le manque de soins aggrave et qui entraînent quelquefois la mort.

Un seul décès survenu dans ces circonstances a-t-il jamais figuré dans la statistique des accouchements faits hors des hôpitaux?

Enfin, à ces raisons qui me semblent suffisantes pour justifier l'opinion que je formulais tout à l’heur# sur le peu de crédit que méritent les statistiques administratives telles qu’elles sont recueillies, j’ajouterai qu’à l’hôpital Lariboisière seulement, M. de Beurmann a relevé sur les registres plus de décès chez les malades provenant des sages-femmes que la statistique officielle n’en signalait pour la mortalité générale.

Un dernier point à mettre en lumière, et sur lequel j’appelle toute l’attention de nos collègues chargés de services d’accouchements, c’est l’influence considérable que les opérations et les manœuvres obstétricales exercent sur la mortalité.

Ainsi, à l’hôpital Lariboisière, cette catégorie me fournit à elle seule plus de la moitié des décès. Or, nous avons indiqué sommairement des lésions constatées à l’autopsie, que l’on doit imputer à l’inexpérience ou à la maladresse de l’opérateur. Nous voyons dans ces faits malheureux un puissant argument à. faire valoir auprès de l’Administration pour confier les services des femmes en couches à des accoucheurs- spéciaux. »

(A suivre. — Voir ci-contre le Tableau récapitulatif.)

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

ACADÉMIE DE MÉDECINE

Séance du 11 février 1879. — Présidence de M. Richet.

CORRESPONDANCE OFFICIELLE

M. le ministre de l’agriculture et du commerce transmet lés rapports des médecins-inspecteurs des eaux deLamalou et de Saint-Sauveur pour l’année 1877. (Com. des épidémies.)

La correspondance non officielle comprend une lettre de M. le docteur Duché (de Ouannesur-Ionne), gui se porte candidat au titre de membre correspondant.

M. le Président a le regret d’annoncer à l’Académie la nouvelle de la mort de M» le professeur Chauffard,

Sur l’invitation de M. le Président, M. Henri Roger donne lecture du discours qu’il a prononcé sur la tombe de M. Chauffard. (Voyez plus haut.)

Cette lecture est accueillie par de nombreuses marques d’approbation.

M. Larrey présente : 1° De la part de M. le, docteur Gayoy, médecin-major de l’armée, une brochure intitulée ; yMqrphfiiogie du cejryegu par l’étude des. locajisatiops des centres excitompteurs des hémisphères et de l’opération du trépan, avec planches. — 2° Un mémoire de M, le docteur Henri Dumont, intitulé s Essai histoire mèdico^eh\rurgicçile de l’He de PuertorRiça. ,

M. Trélat demande à présenter quelques courtes remarques : d’une part, sur la communication de M. Gosselin 5 d’autre part, spr celle de M. Colin.

M. Gosselin, tout en accordant de justes éloges au travail de M. Lannelongue, a dit qu’il ne pouvait pas accepter le mot d’ostéomyélite . proposé par ce chirurgien à la place de celui

d'ostéite épiphysaire.

Pour rejeter eette expression, il sè base sur ce que pas un chirurgien n’a pu encore apporter devant l’Académie une pièce pathologique indiquant avec certitude le point de l’os p r pù la maladie a commencé. Et d’ailleurs, suivant lui, on ne peut confondre sous pue même dénomination des maladies dont la gravité et la terminaison sont parfois si différentes* Cependant, dit M. Trélat, la plupart des jeunes chirurgiens et des chirurgiens encpre jeunes sont d’accord pour rejeter l’ancienne nomenclature introduite par M. Gosselin, et qui ne, répond plus à l’état actuel de la science. En effet, tous les histologistes les plus compétents affirment qu’en dehors de la carie et des péoplasmes des os, toutes les affections, partjçu^ ljèrement les inflammations du tissu osseux, ont pour siège le tissu médullaire endoslal, pérjostal et des canaux de Hayers, tissu copstitqé par les cellules embryoplasliques (médullocelles) et par les cellules d’apparence spéciale auxquelles M. Charles Robin a donné le nom de myèlo-plaxes et qui paraissent être les véritables cellules de formation vasculaire.

Ainsi, cette moelle sous-périostale, endostale et des canaux de Ha vers serait, d’après les données actuelles de l’histologie, le siège constant de toutes les formations pathologiques dp tissu osseux, de l’ostéite épiphysaire, de l’ostéite hypertrophique, éburqée, etc,, en sorte que l'ostéomyélite devient le genre auque} se rattachent comme espèces toutes pes altérations diverse^. Grâce à cette notion, il est devenu facile de s’expliquer cette tendance a la propagation rapide que présentent certains cas d’ostéite, propagation tellement rapide que Nélatop avait cru, à tort, devoir les désigner sous le nom de nécrose suraiguë, nécrose d'emblée, cas dans lesquels toute la moelle endostale, pêriôstale et médiostale, si l’on peut ainsi dire, se trouve affectée à la fois, d’où résulte la prompte nécrose de l’os.

Et il ne faut pas croire, avec M. Gosselin, que ce mot d'ostéomyélite appliqué à l’ensemble des lésions osseuses soit de nature à introduire la confusion dans l’esprit du chirurgien ; suivant M. Trélat, le mot d’ostéite épiphysaire serait bien plus propre à engendrer cette confusion, en faisant croire qu’il s’agit de l’ostéite des épiphyses. Sans doute cette confusion se produirait si l’on rangeait sous le même nom d’ostéomyélite toutes les variétés d’inflammation des os, aiguës, subaiguës, chroniques, etc.; mais il est facile de distinguer les unes des autres ces variétés, en y ajoutant les épithètes : endostale , périostale, médiostale ou osseuse, aiguë, subaiguë, phlegmoneuse, etc., de même que nous distinguons les unes des autres les variétés de la péritonite ou du panaris.

M. Tréjat partage donc l’opinion de M. Lannelongue touchant la nécessité de ranger toutes

les affections osseuses sous la rubrique d’un même nom, ostéomyélite, puisque le siège histologique de toutes ces affections est le même; de plus, il pense que ce nom s’applique aussi bien à l’inflammation de la moelle du canal médullaire qu’à celle de la moelle sous-périostale et des canaux de Havers. ...

Passant ensuite à la communication de M. Colin, M. Trelat dit que, après s être attaché à chercher laborieusement quelle est l’idée mère de ce travail considérable, il y a trouvé trois propositions principales, dont les deux premières, relatives à la septicémie aiguë, avaient été déjà mises depuis longtemps en lumière par les travaux de Gaspard et d’autres expérimentateurs, si bien que personne, depuis ces travaux, ne conteste la possibilité de l’introduction des agents septiques par d’autres portes que par la plaie, c’est-à-dire par le tube digestif ou les aliments et les boissons, par les voies respiratoires, etc.

Quant à la troisième proposition, dans laquelle M. Colin déclare que la grande condition de la septicémie consiste dans la mort des éléments anatomiques, elle reste contestable; cela est possible, mais cela n’est point démontré.

Du reste, M. Colin ne conteste pas absolument le rôle des organismes inférieurs dans la production de la septicémie; il dit seulement que les agents septiques, quels qu'ils soient, ne produisent d’effets que s’ils sont en quantité un peu considérable. M. Trélat n’admet pas cette dernière condition; il pense que la dose de l’agent septique n’est pas la conditiqn essentielle de son action sur l’organisme.

Quant à l’influence de l’altrition des parties, de leur contusion, de leur altération par la cause traumatique, influence à laquelle M. Colin voudrait faire jouer le rôle principal, leur attribuant même la genèse de l’agent septique dans l’intimité des tissus, quant à celte influence, dit M. Trélat, elle est contredite par l’observation clinique de tous les jours. L’expérience chirurgicale montre, en effet, que tantôt un traumatisme léger en apparence est suivi des accidents les plus graves et même de la mort, tandis que les plaies ou blessures les plus étendues, compliquées de lacération, de contusion extrême, d’écrasement des tissus, guérissent parfois avec une facilité et une rapidité merveilleuses.

Le conseil que M. Colin a cru devoir donner charitablement aux chirurgiens, de traiter surtout la plaie, au lieu d’aller à la chasse aux vibrions, ce conseil n’a pas de raison d’être, suivant M. Trélat ; car tous les chirurgiens, et cela depuis des siècles, ne font pas autre chose que de se préoccuper de la plaie, et leur effort constant a été de chercher les moyens de placer les plaies dans les meilleures conditions pour leur cicatrisation ; aujourd’hui, la solution de ce problème peut être considérée comme étant singulièrement avancée, sinon complètement résolue, grâce aux immenses progrès que les doctrines et les pansements antiseptiques ont introduits dans la thérapeutique chirurgicale.

Aujourd’hui, quelle est la vraie question à résoudre, dans l’état actuel de la science? Il n’est pas douteux, suivant M. Trélat, qtiè la fermentation putride est caractérisée par la multiplication des organismes inférieurs dans les tissus de l’économie; mais quelles sont les conditions de cette multiplication? C’est là que gtt le desideratum de la science. Quelques expérimentateurs se sont mis à l’étude et ont déjà obtenu des résultats dignes d’intérêt. Il ne faut pas, suivant M. Trélat, s’acharner à contester la base de la doctrine de la septicémie, il faut plutôt s’occuper maintenant de chercher quelles sont les vraies conditions de la multiplication des agents septiques. Est-Ce l’air atmosphérique, comme le veut M. Pasteur? Est-ce la contagion, comme le croit M. Léon Le Fort? C’est ce qu’il faudrait essayer de déterminer à l’aide d’expériences bien conçues et bien exécutées. La gloire de résoudre ce difficile problème est assez belle pour tenter un expérimentateur aussi habile et aussi laborieux que M. Colin.

— A quatre heures trois quarts, l’Académie se réunit en comité secret pour entendre la lecture du rapport de M. Henri Gueneau de Mussy sur les titres des candidats à la place déclarée vacante dans la section d’hygiène.

Erratum. — Dans un compte rendu de l’une des dernières séances de l’Académie de médecine, on a donné à M. le docteur Levieux, de Bordeaux, le titre de professeur d’anatomie à la Faculté de cette ville. C’est une erreur. M. Levieux n’appartient même pas à la Faculté (tant pis pour la Faculté). Ses titres sont les suivants : Vice-président du Conseil central d’hygiène publique et de salubrité de la Gironde, médecin honoraire des hôpitaux.

La Peste en Russie

Le Messager officiel du 5 février publie le télégramme suivant, adressé au gérant du ministère de 1 intérieur par le gouverneur d’ Astrakan, le 23 janvier :

« Il n’y a pas de malades à Vetlianka, Staritsa, Prichiba, Nikolshy, Oudatchmyi et Mikhaïlowsky.

« A la date du 21 janvier au matin, il y avait sept malades à Selitrenny ; dans la journée, il y a eu deux nouveaux cas de maladie et quatre décès; il reste cinq malades.

« L’épidémie continue à se concentrer parmi les familles que j’ai mentionnées dans mes rapports à Votre Excellence.

« Il fait 10 degrés de froid dans les districts de Tchernoïa et de Yénotalew.

« Le chef de la première section des troupes cosaques d’ Astrakan avait fait un rapport concluant à l’existence d’une épidémie avec symptômes tels qu’enflure de l’aine, violent mal de tète, etc., parmi les Kalmouks nomades de l’île de Taboun-Aval, près de la stanitza de Seroglazinsky. Le gouverneur d’ Astrakan a fait faire une enquête par des médecins délégués spécialement à cet effet : il a été constaté que six cents familles de Kalmoulks nomades habitent celte île, qu’au mois de décembre il y a eu cinq cas de décès, mais sans que l’on ait pu les attribuer à une maladie pestilentielle en rapport avec l’épidémie qui sévit à Vetlianka.

« Enfin, les Kalmouks décédés n’avaient jamais été à Vetlianka. Attendu que les premiers renseignements parvenus sur l’existence de cette maladie parmi les Kalmouks n’ont pu être vérifiés immédiatement, par suite de la difficulté des voies de communication, et ont éu pour résultat de priver momentanément ce peuple de toute relation avec la population kirghize sédentaire, où les Kalmouks se fournissent habituellement des objets de première nécessité, le gouvernement d’ Astrakan informe le public que ni parmi la population kalmouk ni parmi la population kirghize, il n’y a de cas de maladie épidémique et que l’état sanitaire de ces peubles est excellent. »

Saint-Pétersbourg, 10 février : Le général Loris-Melikoff est arrivé à Astrakan, où il est chargé de la direction générale des mesures sanitaires à prendre contre la peste.

Une dépêche de Zaritzin, en date du 9, reçue par le Golos, annonce que le train par lequel est arrivé le général Loris-Mélikoff a amené aussi un détachement du corps sanitaire, composé du professeur Jacoby, de cinq étudiants en médecine et du plénipotentiaire Juséfovitch.

FORMULAIRE

Mixture contre la cystite. — W. Gross.

Baume de copahu ............ li grammes.

Acide benzoïque . ............ 5 —

Gornnie arabique . 8 —

Sucre pulvérisé. . . . ..... 8 —

Essence de gaultheria . 20 gouttes.

Eau camphrée . 200 grammes.

Mêlez. — Une cuillerée à bouche toutes les cinq heures aux personnes atteintes de cystite, quand les symptômes inflammatoires ont perdu de leur acuité. — Laver la vessie à l’aide d’injections d’eau .tiède, à laquelle on ajoutera 6 centigrammes de permanganate de potasse par 30 grammes, si l’urine est fétide et trouble. Plus tard, on injectera une solution de borate de soude ou de nitrate d’argent. — N. G.

Éphémérides médicales. - 13 Février 1661.

Philippe Hecquet naît à Abbeville. C’est Ce médecin qui, en allant visiter les malades opuents, se dirigeait souvent du côté de la cuisine pour y embrasser les cuisiniers et les chefs d’offices, et les exhorter a continuer de bien faire leur métier. — « Je vous dois, mes amis, leur disait-il, de la reconnaissance pour tous les bons services que vous nous rendez, à nous autres médecins; car, sans vous, sans votre art empoisonneur, la Faculté irait bientôt ti l’hôpital. » — A. Ch.

COURRIER

Faculté de médecine de Paris. — Par décret en date du 10 février 1879, rendu sur la proposition du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, M. Gavarret (Louis- Dominique-Jules), professeur à la Faculté de médecine de Paris, a été nommé inspecteur

L’UJNION MÉDICALE.

général de l’instruction publique, pour l’ordre de la médecine, en remplacement de M. chauf. fard, décédé.

Par pn décret en date du 10 février 1879, M. de Waltéville, directeur des sciences et lettres est admis à faire valoir ses droits à une pension de retraite par suppression d’emploi.

M. de Watteville est nommé dfreètetif hondraire au ministère de l'instruction publique.

— Par un décret en date du 10 février 1879, M. Gréard, inspecteur général de l’instruction publique, directeur de l’enseignement primaire de la Seine* est nommé vice-recteur de l’Académie dé Paris, en remplacement de M. Zévort, appelé à d’autres fonctions.

M. Gréard est nommé inspecteur général honoraire.

Écorce dé quinquina. — Le Président de la République française, vu l’article 5 de la lo du 5 juillet 1836 ; sur le rapport du ministre de l’agriculture et du commerce;

Décrète:

Art. 1er., — Les écorces de quinquina destinées à la fabrication du sulfate de quinine et des autres sels de quinine pour la réexportation pourront être importées temporairement des entrepôts en franchise de droits, sous les conditions déterminées par l’article 5 de la loi dp 5 juillet 1836.

Arl. 2. — Les importateurs s’engageront par une soumission valablement cautionnée à réexporter ou à constituer en entrepôt réel, dans un délai de quatre mois au plus, deux kilogrammes de sulfate ou d’autres sels de quinine pour chaque quantité de 100 kilogrammes d’écorces de quinquina.

Ne seront pas reçus à la décharge des comptes les sous-produits du traitement des écorces de quinquina, et notamment les sulfàtes et autres sels de cinchoniûe, de cinchonidiile et de quinidine.

Art. 3. — Les importations devront avoir lieu par les ports d’entrepôt réel. La réexportation des produits fabriqués ne pOiirt’a s’effectuer que par la douane centrale de Paris.

Art. h. — Les fabricants de sels dé quinine seront sëüls admis à faire les déclarations d’importation d’écorces de quinquina et de réexportation des sels de quinine.

Ces sels devront être présentés en flacons ou boîtes revêtus du cachet et de la marque du fabricant.

Le poids minimum de chaque opération de sortie devra être de cinq kilogrammes.

Art. 5. — Toute contravention, toute infraction aux prescriptions du présent décret donnera lieu à l’appliêation des peines portées par l’article 5 de la loi du 5 juillet 1836, et spécialement à la déchéance* pour les fabricants, du régime de l’admission temporaire,

Art. 6. — Le ministre de l’agriculture et- du commerce et le ministre des finances sont chargés, chacun en ce qui lé concerne* de l’exécution du présent décret.

Fait à Paris, le 3 fêVfîéf 4879.

Jules Grévy.

Par le Président de la République :

Lé ministre de l'agriculture et du commerce^ TEISSERENC DE BORT.

Société médicale dés ÈtPtXk'ùi (3, rue dé l’Abbaÿe, à 3 heures 1 / 2 précises). — La Société se réunira le vendredi 1 h février 1879.

Ordre du jour : Observation d’anémie calculeüse; urémie; mort. Présentation de pièces anatomo-pathoiogiquee, par M. Tenneson. — Communications diverses.

Etat sanitaire de la ville de Paris. — Population (recensement de 1876) : 1,988,306 habitanfs.— pendant la semaine finissant le 6 février 1870f qn a constaté 1,026 décès, savoir:

Varjole, 7, — Rougeole, 9. — Scarlatine, 6. — fièvre typhoïde, 42. r- Érysipèle, & — Bronchite aiguë, 52. — Pneumonie, 98. — Dysenterie, 1. — Diarrhée cholériforme des énr fants, 10,- — Angine cQuennèuse, 19. — Group, ?2. — Affections puerpérales, 3, — Autres affections aiguës, 242. — Affections chroniques, U6ti. — Affections chirurgicale?, 50. — Causes accidentelles, 29.

Le numéro de ce jour contient un Supplément de huit pages.

’ te giranï, Richelot-

- Tynoçranliie Félix Ma.lteste et Cfi, me des tieux •Pirtés-SalrU-Saiivéïir, 22.

No 19

L’UNION MÉDICALE Samedi 15 Février 1879

OPHTHALMOLOGIE

Clinique des Maladies des yeux. — M. CARRÉ (1).

DD ZONA OPHTHALMIQUE. — OBSERVATION.

Le traitement du zona doit se borner à calmer les douleurs, soit par des topiques, soit par des injections hypodermiques, et à combattre les complications survenues du côté de l’œil. On fera des instillations répétées d’atropine dans les différentes formes de kératite et d’iritis, à moins qu’il n’y ait des contre-indications, et on conseillera des applications chaudes, si toutefois les malades peuvent les supporter. Ces applications leur répugnent, en effet, assez souvent. « Contre l’inflammation oculaire, on se gardera bien, dans l’état aigu, d’appliquer ainsi qu’on est tenté de le faire dés cataplasmes chauds sur l’œil, ou de faire des lotions d’eau chaude sur les parties enflammées. C’est une pratique contre laquelle tous nos malades se sont soulevés, et j’ai dû y renoncer, accédant au désir des patients qui demandaient de l’eau froide. C’est l’eau froide, en effet, l’expérience me force à l’avouer, qui est le meilleur et le plus sûr calmant à appliquer sur les régions envahies par le zona. » (Coppez.) Chez la malade dont nous donnons plus loin l’observation, nous avons constaté la même répugnance pour les lotions chaudes, même à la fin de sa maladie: les applications de compresses imbibées d’eau de camomille la faisaient beaucoup souffrir, disait-elle, Mais peut-être cela provenait-il du contact de la compresse sur l’aile du nez qui avait gardé un certain degré d’hyperesthésie. Il a suffi, en effet, de remplacer les applications de compresses par des pulvérisations, qui, quoique chaudes, ont été parfaitement supportées.

Un point curieux à étudier, c’est la nature du zona. On s’accorde aujourd'hui à le considérer comme le résultat d’une inflammation du nerf ophthalmique. Mais d’où part cette inflammation? Des rameaux périphériques, du ganglion de Casser, du trijumeau en arrière du ganglion, ou des centres nerveux eux-mêmes? On conçoit très-bien que le point de départ ne doit pas être toujours le même et qu’il peut varier depuis les noyaux d’origine jusqu’à la périphérie. Les autopsies seules pourraient faire connaître le siège précis de l’altération dont il s’agit. Mal-

(l) Suite et fin. — Voir le numéro du 1er février.

FEUILLETON

Paul-Emile CHAUFFARD et Ulysse TRÉLAT

Comprenez-vous la douleur de ce père infortuné? — Je parle de notre vénérable confrère, M. le docteur Chauffard père, qui, à i’âge de 83 ans, et, malheureusement pour lui, en pleine possession de ses facultés intellectuelles, morales et affectives, reçoit ce coup brutalement soudain et cruel : Votre fils est mort! ce fils, votre joie et votre orgueil; ce fils qu’avec un bonheur paternel si légitime, vous aviez vu monter successivement, et par son seul mérite, tous les degrés de la hiérarchie scientifique, professionnelle et universitaire; ce fils qui, malgré des dissentiments graves et des oppositions ardentes, était cependant entouré de l’estime et du respect de tous, tant tous savaient combienses convictions étaient sincères, sérieuses et loyales; ce fils qui aurait cru manquer au plus pieux de ses devoirs si, tous les ans, au lieu de faire l’ascension du Rigfai ou du Canigou, il n’eût été passer religieusement son mois de vacances auprès de son vieux père, si heureux de le revoir; ce fils tant aimé, et chef luimême d’une si aimable famille; ce fils, vous ne le reverrez plus! Aussi rapide que la foudre, une hémorrhagie terrible a fait s’écouler en quelques secondes cette vie pleine encore de promesses. — Non, on ne peut se figurer la douleur de ce malheureux père, et l’on comprend par quel sentiment d’impuissance de rendre une pareille infortune, un artiste avait jeté un voile sur la tête du personnage dont il avait à exprimer l’inconsolable affliction.

M. Chauffard père a été le premier maître de son fils. Jusque dans ses dernières années, où son grand âge lui commanda de prendre sa retraite, il a occupé à Avignon une grande situa-

heureusement, si on a fait un certain nombre d’autopsies dans des cas de zona du tronc ou des membres, les examens cadavériques des sujets ayant été affectés de zona ophthalmique ont été jusqu’à présent très-rares; on n’en compte guère que deux ou trois. Chez un malade de Schiffer qui avait présenté antérieurement l’éruption caractéristique, et qui mourut d’un sarcome du sphénoïde, on trouva à l’autopsie le nerf trijumeau englobé dans la tumeur. Chez un autre malade de 0. Wyss (1), qui d’ailleurs en a fait une étude très-minutieuse, on constata le ramollissement du ganglion de Gasser avec extravasation sanguine à sa partie interne; le nerf ophthalmique était aussi complètement ramolli et presque gélatineux. Le ganglion et le nerf étaient infiltrés de pus; enfin, les cellules du ganglion avaient subi la métamorphose graisseuse, et quelques-unes étaient complètement détruites. Aussi, pour Wyss, le point de départ du processus inflammatoire serait dans le ganglion.

D’un autre côté, Samuel (2), après avoir irrité le ganglion de Gasser d’un lapin en y faisant passer un courant d’induction, aurait observé de l’hyperesthésie des régions animées par l’ophthalmique, avec de la conjonctivite, des kératites ou de l’iritis.

Nous mentionnerons enfin une observation de Horner, qui constata une éruption de zona chez un malade affecté d’une tumeur orbitaire ; il s’agissait ici d’une compression de l’ophthalmique.

Ces quelques faits sont suffisants pour permettre de conclure que l’origine du processus inflammatoire est très-différente suivant les cas, ce qu’on avait déjà supposé en comparant le zona du front avec le zona du tronc, l’un étant l’analogue de l’autre. Mais ils ne permettent pas de constituer une doctrine. Néanmoins, quelques-uns prétendent que, dans la majorité des cas, il s’agit d’une névrite terminale qui serait occasionnée par le froid. Cela est bien possible, c’est vraisemblable si l’on veut, mais cependant ce n’est encore aujourd’hui qu’une hypothèse.

Comment une névrite peut-elle déterminer les désordres que nous avons signalés? Autrefois on admettait une paralysie des vaso-moteurs. Quelques auteurs ont ensuite soutenu qu’il y avait une dilatation active des vaisseaux (Schiff, Claude Bernard). Après ces deux théories en est survenue une troisième qui paraît jouir aujourd’hui

(1) Beitrag zur Keimtniss des herpes zoster, etc.; 1871.

(2) Die trophischen nerven. Leipzig, 1860.

tion médicale. Médecin en chef de l’hôpital de la ville et des prisons, auteur de mémoires et d’ouvrages estimés, officier de la Légion d’honneur, membre correspondant de l’Académie de médecine, M. Chauffard, autant par ses talents que par la distinction de son esprit et l’aménité de son caractère, s’était attiré la confiance publique et avait à satisfaire aux exigences d’une nombreuse clientèle. Paul-Émile, son fils, vint lui succéder, et fut nommé en effet, à la place de son père, médecin en chef de l’hôpital d’Avignon. Mais Paul-Émile, dont l’éducation collégiale s’était faite à Paris, élève des hôpitaux et docteur de la Faculté de Paris, Paul- Émile éprouva la nostalgie de Paris, et malgré tous les avantages que lui assurait son instalation à Avignon, alors qu’il n’avait qu’à se laisser faire, pour ainsi dire, pour y prendre une des plus brillantes positions médicales de la province, Paul-Émile, attiré, fasciné par Paris, vint courageusement se mêler à toutes les luttes auxquelles il faut nécessairement prendre part pour obtenir un prix toujours vivement disputé.

Les éloquents discours prononcés sur la tombe de Paul-Émile Chauffard ont raconté cette vie si pleine, si laborieuse, et semée d’œuvres toutes méritantes, quelques-unes véritablement magistrales. Son chant du cygne a été l’admirable discours que, trois semaines auparavant, il prononçait aux obsèques de son ami Ambroise Tardieu. Quelques mois avant, il avait publié, dans la Revue des Deux-Mondes, une notice bien remarquable sur Claude Bernard, exposition ummeuKe des travaux du grand physiologiste, appréciation indépendante et savante de ses œuvres, critique loyale de quelques-unes de ses opinions, hommage respectueux et sincère rendu à cette oeuvre immense où, malgré quelques lacunes et quelques contradictions qu’avec le temps Claude Eiernard eût comblées ou effacées, brillent du plus vif éclat le génie de l’invention, l’ingénicsilé de l’expérimentation, la modestie et la prudence de l’induction. Tout cela a été mis en lumière par Paul-Émile Chauffard avec un talent hors ligne d’écrivain et de critique ;

d’une assez grande faveur. C’est la théorie des centres et des filets trophiques, adoptée par Charcot, Duchenne (de Boulogne), Bœrensprung, Steffan, Wyss. Personne n’ignore qu’on n’a jamais vu ces centres et ces filets que l’on dit présider à la nutrition, c’est-à-dire que rien ne distingue le filet de la nutrition du filet de la sensibilité. Il n’y a là qu’une vue de l’esprit destinée à expliquer certains phénomènes qu’on ne comprend pas bien sans elle et qui avec elles deviennent trèsintelligibles. Aussi Duchenne (de Boulogne), plein d’enthousiasme pour la nouvelle théorie, est-il allé jusqu’à dire, en parodiant un mot célèbre, que si les nerfs trophiques n’existaient pas, il faudrait les inventer. Cette explication sera-t-elle plus heureuse que ses deux aînées? En tout cas, elle est séduisante. Dans l’espèce, ce serait l’inflammation des filets trophiques qui se trouvent dans l’ophthalmique qui déterminerait le zona. Nous n’insisterons pas davantage sur ce point.

Yoici l’observation de la malade dont nous avons déjà parlé :

Mmï X. , âgée de 67 ans, demeurant à Paris, se présente à ma clinique le 26 septembre 1878 Assez petite, ni grosse, ni maigre, elle se dit affectée d’une bronchite chronique datant de l’âge de 27 ans. De plus, elle aurait été atteinte de trois érysipèles de la face, dont le dernier est survenu en 1872. Enfin elle accuse des douleurs vagues dans les articulations.

Le 19 juillet dernier, elle sentit des chatouillements très-désagréables dans le côté droit du front, mais sans douleurs névralgiques ni hyperesthésie. L’état général n’était guère modifié. Pas de symptômes fébriles, l’appétit était seulement diminué. La malade n’accuse pas de refroidissement antérieur ; elle dit seulement qu’elle a l’habitude de dormir les fenêtres entr’ouvertes.

Le lendemain, les paupières étaient gonflées, luisantes, et l’œil injecté, avec de nombreuses plaques rouges sur le front, la paupière supérieure, l’aile du nez et une partie du cuir chevelu du même côté.

Le jour suivant, apparition de vésicules sur ces diverses parties, et avec elles les douleurs névralgiques.

La malade consulta un médecin qui diagnostiqua un nouvel érysipèle et prescrivit des purgatifs et des onctions au moyen d’une pommade laudanisée.

Après le suintement séreux survint promptement la suppuration, et le mal suivit son cours ordinaire, avec exacerbation fréquente des douleurs sus-orbitaires. Le gonflement des paupières masquait complètement l’œil, au dire de la malade.

Il survint aussi de la douleur à la racine de trois dents du maxillaire supérieur du même côté (les seules dents d’ailleurs qui restaient), ainsi qu’au niveau du point d’émergence du nerf sous-orbi laite. C’est là une particularité intéressante à signaler, puisque les douleurs sont

mais ce pénultième ouvrage' de celui que nous regrettons est encore plus que cela, c’est aussi une profession de foi.

Oui, tous ceux qui liront cette notice, les dernières pages surtout, exonéreront la mémoire de Paul-Emile Chauffard de cette accusation absurde et trahissant la plus complète ignorance de ses opinions, de ses doctrines et de ses sentiments, d’être un retardataire, de n’accepter que tardivement et avec répugnance les conquêtes de la science et les progrès des recherches modernes, d’avoir tout sacrifié à un culte aveugle et passionné de la tradition, et de n’accepter d’autre doctrine qu’un vitalisme suranné, irrévocablement condamné par les applications à la physiologie des sciences physico-chimiques.

Rien de moins vrai que tout cela, et les élèves qui, sur parole, ont ajouté foi à ces accusations, et qui dans le cours de son existence professorale lui en ont témoigné leur mécontentement par des actes blâmables et indignes, seront bien étonnés et repentants quand, plus avancés dans leurs études, ils pourront lire avec fruit les magistraux ouvrages de Paul-Emile Chauffard.

Je dis repentants; oui, vous le serez, jeunes gens que trop promptement on voit céder à des actes tumultueux et qui doivent profondément blesser les professeurs qui en sont les victimes. Croyez-vous que Paul-Émile Chauffard ait été insensible à tous ces témoignages qui presque tous les ans, à l’ouverture de son cours, venaient troubler son enseignement ? On a parlé avec admiration du calme de sa physionomie, de la sérénité de son esprit, de la tranquillité de son âme. N’en croyez rien, jeunes gens, l’orage grondait à l’intérieur, et d’autant plus véhément qu’il n’en voulait rien montrer à l’extérieur. Paul-Émile Chauffard est mort de la rupture d’un anévrysme de l’artère thoracique. Or, cet anévrysme n’est pas venu tout seul, et croyez bien, honnêtes et bons jeunes gens, bien incapables assurément de faire du

ordinairement limitées à la branche supérieure du trijumeau. De ces trois dents, deux sont tombées et la troisième est fortement ébranlée.

La malade fit usage de compresses froides pendant presque tout le cours de son affection.

Au bout de cinq semaines, la cicatrisation était à peu près complète ; il ne restait guère que des croûtes sur les différents points de la région atteinte. Les paupières restaient néanmoins gonflées et l’œil paraissait très-malade. Un oculiste fut consulté, mais le traitement qu’il conseilla ne fut pas suivi. On fit cependant des instillations d’atropine pendant quelque temps.

Quand nous observons la malade, nous constatons sur toute la partie droite du front de très-nombreuses cicatrices, à fond rougeâtre, d’autant plus profondes qu’elles se rapprochent davantage de la ligne médiane : ici elles sont confluentes. Les cicatrices gagnent le cuir chevelu mais on n’en remarque là qu’un petit nombre et elles sont superficielles. Comme au front, la ligne médiane offre une démarcation très-nette.

La’ paupière supérieure est atteinte dans sa totalité, y compris le bord libre, qui est dépourvu de cils. Les cicatrices de celte paupière sont rouges comme au front, mais peu profondes.

L’aile du nez est le siège d’une douzaine de cicatrices bien dessinées, mais la coloration rouge a disparu.

L’œil présente des lésions très-graves. A la partie inférieure de la cornée, on remarque une vaste ulcération qui commence à se cicatriser. La cornée, en cet endroit, semble réduite à la membrane de Descemet. La chambre antérieure a tout à fait disparu, et l’iris est accolé à la cornée, sans hernie toutefois. Pas d’excès de pression intra-oculaire. Synéchies postérieures complètes, avec exsudât pupillaire. L’iris présente une coloration plus foncée que l’iris de l’œil gauche. Pas de cercle péri-kératique. La vision de cet œil est réduite à la perception quantitative.

Cette moitié du front et du cuir chevelu qui a été atteint, est complètement anesthésiée, ainsi que l’œil malade. On peut toucher impunément la cornée et la conjonctive.

L’aile du nez est, au contraire, restée hyperesthésiée. La moitié correspondante de la lèvre supérieure est même très-sensible au toucher. Nous avons interrogé la malade à diverses reprises sur ce point, et ses réponses n’ont jamais varié.

De temps à autre surviennent des douleurs lancinantes dans la direction du sus-orbitaire.

La pression est également douloureuse au niveau du point d’émergence du sous-orbitaire. Enfin, la malade souffre encore quelquefois de la dent qui lui reste.

Le traitement de l’œil malade a consisté en applications chaudes suivies du bandeau compressif. Nous n’avons fait aucune instillation. L’ulcération d’une portion périphérique de la cornée empêchait de songer à des instillations d’atropine. D’un autre côté, l’absence de hernie de l’iris et la présence de synéchies qui paraissaient solides nous ont fait nous abstenir de la solution d’ésérine, indiquée généralement dans les cas d’ulcérations excentriques.

mal à quel qu’il soit de vos maîtres, croyez bien que lorsque vous en accueillez un par vos cris, par vos chants, par vos murmures, si, malgré l’impassibilité de leur visage, vous appliquiez le sphygmomètre de Marey sur leur artère radiale, l’indicateur vous trahirait assurément le tumulte cardiaque de vos malheureux professeurs. Paul-Émile Chauffard a dû surtout en souffrir beaucoup, lui d’une nature délicate, sensible, émotive, pour qui l’enseignement était une passion et pour qui les élèves étaient des enfants aimés.

Assurément, Paul-Emile Chauffard était un délicat, cherchant en toutes choses la distinction, ia correction, l’élégance, amoureux de la forme, ayant une instinctive horreur de la banalité. Tout en lui révélait l’homme de goût; sès penchants de lettré et artistiques, il avait eu le bonheur dé pouvoir les satisfaire, grâce à sa grande fortune. Sa bibliothèque fait l’envie des bibliophiles ; sa demeure est un musée où brillent surtout les plus célèbres coloristes de l’école vénitienne; et, dans cet appartement d’une sobre élégance de la rue Bellechasse, tout révélait un amant du beau, du pur et du correct.

Mais tous ceux qui ont fréquenté cette demeure confraternelle ne me pardonneraient pas d’oublier d’indiquer dans cette collection une perle, le portrait adorable d’une femme charmante, peint par . O mémoire! faculté capricieuse et agaçante, qui refuses tes services quand

on en a besoin et qui les offres quand on n’en a que faire ; ô mémoire ! tu ne me souffles pas le nom de cet artiste célèbre pourtant, et qui me reviendra ce soir ou demain... Mais je n’ai pas perdu le souvenir de cette tête délicieuse, de cette finesse, de cette grâce, de cette distinction, de cette transparence des chairs... Enfin, vous connaissez la Joconde du Louvre; eh bien, c’est quelque chose d’approchant pour la pureté de la ligne et la perfection du modelé. Ce magnifique portrait est celui de M”"> Paul-Emile Chauffard. Exposé il y a quelques années à Paris, il obtint un tel succès que depuis, à toutes les expositions des beaux-arts qui se sont

Les applications de compresses imbibées d’eau de camomille ont paru très-désagréables à la malade, ainsi que nous l’avons déjà dit. Elles ont été remplacées par des pulvérisations au moyen de l’appareil de Ziègl’e, et la malade s’en est bien trouvée.

En raison du défaut de communication des chambres, et de l’ulcération profonde de la cornée, on pouvait songer à pratiquer immédiatement une iridectomie. Cependant, cette opération ne nous a pas paru urgente. Il n’y avait pas, en effet, de tendances à la hernie de l’iris. En outre, la cornée présentait un travail de cicatrisation bien dessiné. Enfin, une autre considération très-importante, c’est que la nutrition défectueuse de la cornée rend incertain, en pareil cas, le succès des opérations. C’est pour cela que nous avons préféré temporiser, sachant bien toutefois qu’il faudra recourir à une iridectomie dans un temps plus ou moins rapproché.

Cette observation présente deux particularités : la présence de cicatrices sur toute la paupière supérieure, et la névralgie de quelques rameaux du nerf maxillaire supérieur. Sans doute, le ganglion de Casser a été lésé soit primitivement, soit secondairement. Le maxillaire supérieur qui entre dans sa composition a probablement subi une irritation de voisinage : d'où la névralgie du sous-orbitaire et de quelques nerfs dentaires. Si, au lieu d’une simple irritation du maxillaire supérieur, il survenait de l’inflammation, on aurait alors une éruption dans le district animé par ce nerf. Ainsi peuvent s’interpréter ces quelques cas rares (Sichel fils, Carry) où l’herpès affectait la paupière inférieure et même la joue.

CONSTITUTION MÉDICALE

OCTOBRE, NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1878 RAPPORT DE LA COMMISSION DES MALADIES RÉGNANTES,

Fait à la Société médicale des hôpitaux , dans la séance du vendredi 24 janvier 1879 (1),

Par M. Ernest Besnier.

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