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Tome XXVri. — Troisième sfrir

et les forces, et serait toute prête à reprendre son travail, si on ne la retenait pour consolider l’amélioration obtenue. Je ne dis pas sa guérison, car il serait au moins prématuré de considérer cette malade comme definitivement guérie; mais elle m’a paru offrir un grand intérêt comme démonstration des bons effets de la méthode de Ciniselli dans le traitement des anévrysmes de l’aorte, et c’est à ce titre que je demande la permission de la présenter à l’Académie.

Voici, au reste, les principaux détails de cette observation :

Élisa Devilliers, femme Gudin, âgée de 59 ans, blanchisseuse, entra dans mon service une première fois le 29 mai 1876.

Malgré une vie très-laborieuse, des chagrins sans nombre causés par la perte de ses enfants et l’inconduite de son mari, sa santé avait toujours été excellente, lorsqu’elle commença à éprouver, dix-huit mois avant son entrée à l’hôpital, dans le bras droit d’abord, puis dans la poitrine au niveau du sein droit, des douleurs vives avec sentiment de déchirure, qui prirent bientôt le caractère de véritables accès.

Les signes d’un anévrysme de l’aorte ascendante à son début n’étaient pas douteux. Outre la douleur vive à la pression au niveau du deuxième espace intercostal, nous constations déjà, en ce point,- de la matité dans une étendue de 5 à 6 centimètres transversalement et le double battement aortique. Le premier bruit aortique était sourd, le second très-éclatant, mais pas de souffle proprement dit.

Le repos au lit, l’application d’un vésicatoire loco dolenti et l’usage de l’iodure de potassium à l’intérieur arrêtèrent les crises douloureuses, et bientôt la malade put reprendre ses occupations, qu’elle continua une année entière sans interruption.

Au milieu du mois de mai de l’année dernière, et lorsque déjà elle ressentait de nouveau de vives angoisses dans la poitrine et souffrait d’une dyspnée habituelle, apparut tout à coup, à la surface du thorax, une petite; tumeur très-douloureuse qui, en moins de trois semaines, arriva au volume d’une moitié de grosse orange.

C’est alors que la malade entra pour la seconde fois à l’hôpital Cochin, le 3 janvier 1878.

Elle avait sensiblement maigri, présentait l’aspect cachectique et accusait des souffrances continuelles, auxquelles elle attribuait la perte de l’appétit et du sommeil. Ses forces avaient beaucoup décliné.

Une tumeur volumineuse occupant, du côté droit de la poitrine, les deuxième,

Le travail remarquable qu’il publia sur l’expectation dans le traitement de la pneumonie des enfants, prouve surabondamment ce que j’avance.

Primum non nocere était sa maxime favorite, et je dois dire que ce scepticisme en thérapeutique, il l’appliquait volontiers et peut-être d’une manière exagérée en orthopédie. Ennemi, par sa nature, de ces moyens héroïques vantés par ces spécialistes qui veulent tout guérir par le même traitement et préconisent pour toutes les déviations un système unique, panacée universelle, et comme il le disait, véritable selle à tous chevaux, il voyait avec défiance les moyens nouveaux, les expérimentait avec crainte et se renfermait bientôt dans son système. Pour lui, la ténotomie et les machines constituaient tout le traitement orthopédique, et jamais je crois, à cause du temps qu’elle réclame et qu’elle eût enlevé au travail du cabinet, il n’a voulu s’occuper de la méthode si efficace de Divernois et de Mellet, par les manipulations et le massage dans les déviations de la taille et du pied-bot.

L’hôpital était nécessaire à Bouvier. Aussi l’heure de la retraite fut-elle pour lui des plus douloureuses. Il ne se résigna que très-difficilement à ne plus voir ses élèves, ses petits malades, et surtout à ne plus faire sa consultation.

Aussi essaya-t-il de continuer, sinon officiellement, au moins officieusement ses fonctions de médecin à l’hôpital des Entants. S’appuyant sur l’affection pleine de déférence que lui montraient ses collègues plus jeunes, il pénétrait dans son ancien service sous prétexte de revoir les malades qu’il y avait laissés, et assistait dans le même but à la consultation. Quelle que fût la bienveillance dont on l’entourait, cet état de choses ne pouvait durer, et certains conflits d’autorité firent comprendre a Bouvier qu’il devait céder la place. On’ le vit alors longtemps errer dans les environs de l’hôpital. Ne pouvant se faire à l’idée d’abdiquer, il tenait ses assises chez un bandagiste de la rue de Sèvres, poussant la cruauté jusqu’à faire

troisième et quatrième espaces intercostaux, faisait un relief considérable à la surface du thorax et présentait, à la simple inspection, l’impulsion et les battements des tumeurs anévrysmales. Sa forme était assez régulièrement ovalaire , ses diamètres mesurant 11 à 12 centimètres de largeur sur 8 de hauteur. A son niveau et dçrns toute son étendue, les côtes et les cartilages costaux avaient disparu.

L’auscultation pratiquée sur la tumeur donnait un double bruit de souffle ; mais, au-dessous, les bruits de l’orifice aortique étaient normaux ; ce qui permettait de conclure, comme l’ont démontré ensuite les tracés pris par le docteur F . Frank avec le cardiographe de Marey, qu’il n’y avait pas d'insuffisance aortique.

Aucune complication importante d’ailleurs du côté du cœur ou dans d’autres organes. .Pas de différences dans les deux pouls. Absence de tout phénomène de compression.

Les symptômes principaux étaient les douleurs très-vives que la malade éprouvait dans la tumeur anévrysmale et dans le bras du même côté ; à ces douleurs s’ajoutait un état d’angoisse indicible qui rendait sa situation des plus critiques.

En présence d’un cas aussi grave, dont la marche rapide faisait redouter, dans un délai assez court, une terminaison fatale, pouvait-on espérer enrayer les progrès du mal? Avec les méthodes ordinaires de traitement, ce n’était guère probable; aussi me décidai-je immédiatement pour l’application de l’électrolyse d’après la méthode de Ciniselli.

Le volume considérable de la tumeur était, il est vrai, une condition défavorable; mais, à côté de cette contre-indication, je trouvais des chances de succès dans la disposition de la poche anévrysmale, qui me paraissait assez circonscrite, et surtout dans l’intégrité de l’orifice aortique, si rare dans les anévrysmes siégeant à l’origine de l’aorte.

L’opération fut décidée pour le 12 juin, afin de laisser à la malade le temps de s’acclimater à l’hôpital, et à nous celui de l’observer.

Ce jour-là, aidé des conseils et de l’expérience de mon ami le docteur Dujardin- Beaumetz, je pratiquai l’électrolyse dans la tumeur anévrysmale, en suivant rigoureusement le procédé opératoire tel qu’il a été modifié par lui et appliqué dans les divers cas traités depuis par quelques-uns de nos collègues.

Deux aiguilles furent enfoncées dans les parties les plus saillantes de la tumeur, à une profondeur de 2 centimètres et demi. Le pôle positif est mis en contact avec chacune des deux aiguilles pendant cinq minutes successivement. Puis la même

lever le ménage avant l’aube, afin que le lit pût servir à examiner les malades, et il put ainsi quelque temps continuer une sorte de consultation rivale de celle de l’hôpital.

La nécessité d’avoir un service était pour lui si impérieuse, qu’il eut un moment l’idée de fonder un nouvel Institut orthopédique dont il eût été le directeur. Mais des difficultés pratiques l’ayant empêché de mener à bien ce projet, il fit, avec une maison d’éducation religieuse d’Auteuil, une sorte de convention qui lui permettait d’y recevoir des malades atteints de difformités, de les soigner et de les traiter à sa façon.

U continua jusqu’à sa mort ce service, et put ainsi satisfaire sa passion favorite, passion bien noble chez un médecin : soigner des malades et les faire profiter de sa vaste expérience.

Bouvier était un professeur consciencieux, préparant son enseignement avec le plus grand soin; orateur élégant, lucide, très-correct, il soignait dans ses leçons, tout à la fois, la forme et le fond. Ces qualités rendaient facile la tâche de la personne chargée de les recueillir ; elle n’avait pour ainsi dire qu’à reproduire mot pour mot ce qu’il disait. Avec lui, la sténographie aurait donné, presque sans retouche, une rédaction irréprochable.

Les qualités de l’orateur se trouvaient dans l’écrivain, dont les ouvrages se lisent sans fatigue et toujours avec plaisir.

Au moral, Bouvier était un homme excellent, rempli d’esprit, plein d’obligeance pour tous et d’une éducation parfaite; jamais une pensée, une parole grossière de mauvais goût ou même un peu légère ne lui échappait. Nature sensible, impressionnable à l’excès, il était sujet à des mouvements de vivacité très-impétueux, mais promptement réprimés par la bonté de son cœur et par l’empire de son excellente éducation. Ce tempérament moral le laissait pourtant parfois en butte à un agacement nerveux, dont il n’était pas toujours maître. Un de ses internes les plus affectionnés se rendit un jour chez lui dans le but de lui lire sa thèse.

opération est Répétée une seconde fois pendant le même temps, de sorte que la' durée totale du passage du courant dans la poche anévrysmale est de vingt minutes.

La douleur, durant l’opération, fut extrêmement Vive, mais courageusement Supportée. Elle persista jusque dans la soirée, puis disparut presque complètement, de sorte que la malade dormit paisiblement une partie de la nuit, ce qu’elle n’avait pas fait depuis sort entrée à l’hôpital.

Le lendemain, soülagemeht notable, battements moindres dans la tumeur, qui resté encore douloureuse et subit même une tension marquée. Pendant quatre où cinq jours, la douleur et la tension persistent du côté de la tumeur, et l’on constate un léger état fébrile; mais tous ces phénomènes locaux et généraux ne tardent pas à disparaître, et l’amélioration de l’état de la malade est des plus évidentes.

Quinze jours après, le 2 juillet, une nouvelle opération ëst pratiquée dans lés mêmes conditions que la première. Déjà la tumeur avait subi une réduction sensible dans son segment inférieur, et les battements étaient beaucoup moins énergiques. Les suites de l’électrôlyse furent celles que nous avions observées la première fois : douleur et tension au niveau de la tumeur, légère réaction fébrile, mais bientôt sentiment de bien-être, retour de l’appétit et des forces, et affaissement manifeste de la poche anévrysmale, dans laquelle on ne constate plus de souffle qu’au premier temps.

Trois autres séances d’électrolyse eurent lieu les 16 et 30 juillet et le 13 août; Dans cette dernière, qui était la cinquième, j’ajoutai une troisième aiguille, ce qui prolongea de dix minutes le passage du courant.

Chaque fois, les mêmes phénomènes furent observés : une période inflammatoire d’abord, de courte durée, ne retentissant pas d’une manière sensible sur l’état général, puis le retrait, de la poche et l’induration de plus en plus marquée d’une partie de son étendue.

La malade demanda à quitter l’hôpital pour reprendre son travail, et lors de Sa sortie, le 23 août, la tumeur anévrysmale était réduite de plus de moitié dans tous ses diamètres; elle paraissait complètement affaissée dans les points où se voyaient les premières cicatrices des piqûres; seulement, une saillie assez marquée, animée de battements, existait toujours dans la partie supérieure, et prouvait que la guérison n’était pas complète.

Deux mois après, cette malade nous revenait, très-fatigüée, très-essoufflée, la poche anévrysmale plus développée et: présentant des battements plus accusés. On

Cet ouvrage renfermait quelques éloges pour lé maître. A la lecture de ces lignes, Bouvier vit un parti pris de flatterie qui l’exaspéra. Patient et attentif jusque-là, il devint tout à coup nerveux, agité, prétexta une occupation urgente pour interrompre la lecture, et, bref, mit son élève à la porte après l’avoir précipitamment aidé à rassembler les feuillets de son manuscrit pour le faire sortir plus tôt.

Irritable à l’excès, il avait des moments d’impatience qu’il pouvait à peine réprimer.

Une fausse note le faisait bondir ainsi qu’un solécisme; le cri d’un enfant l’agaçait au plus haut degré. Je me rappellerai toujours, quand j’avais l’honneur de siéger près de lui, en qualité de membre de la Commission d’orthopédie, l’impression que produisaient sur son système nerveux la cacophonie et le brouhaha résultant de cette réunion d’enfants. Il s’agitait sur sa chaise, répondait à peine aux questions qu’on lui faisait, et si, par malheur, un Cj*l plus aigu que les autres venait lui déchirer l’oreille, il se levait' comme pousâé par un ressort et s’écriait, en s’adressant à la mère du délinquant : « Mais, madame, c’est intolérable, amusez-le donc », oubliant absolument l’impossibilité d’amuser ou seulement de faire taire des enfants réunis dans un but orthopédique.

Vivant chez lui, recevant peu, Bouvier ne se donnait que très-peu de' distractions. Ne pouvant jouir du théâtre à cause de sa mauvaise vue, il n’avait qu’un plaisir : la musique, soit que, caché au fond d’une loge aux Italiens, la tête plongée dans ses mains, il savourât la musique classique; soit que, chez lui, il fît exécuter par sa fille, qui était une musicienne de

premier ordre, ses morceaux favoris.

On me racontait même que, dans les derniers temps de sa vie, quand il lut arrivait de rassembler chez lui quelques amis, il disparaissait âprès le dîner, et se retirait dans son cabinet pour travailler; mais quand, dans la soiréè qui suivait, un morceau de musique était brillatn-

n’avait pas perdu, cepehdânt, tout le bénéfice du premier traitement; car, dans sa moitié inférieure, la tumeur restait complètement affaissée et offrait ufie résistance remarquable.

Le 3l octobre, nous soumettons de nouveau la malade à l’électrolyse, cette fois encore avec trois aiguilles enfoncées profondément dans la tumeur. Dès les premiers jours, et pendant que l’inflammation consécutive persistait encore du côté de la poche anévrysmale, tous les symptômes généraux, douleurs, céphalalgie, dyspepsie, disparurent comme par enchantement, et la malade retrouva l’état de santé excellent qu’elle avait en quittant l’hôpital.

Pour consolider cette amélioration, pour augmenter lé volume et la consistance des caillots déjà formés dans la poche anévrysmale, nous avons continué l’électrolyse, qui a été pratiquée encore les 16 novembre, Il décembre et 4 janvier : en tout, neuf séances d’électrisation.

Les résultats obtenus sont ceux que l’Académie peut constater elle-même :

L’état général de la malade est aussi satisfaisant que possible. Elle a bon appétit, bon sommeil, se sent parfaitement capable de reprendre son travail. Elle ne se plaint qu’à de rares intervalles de quelques douleurs et de palpitations. Jamais, depuis le commencement du traitement, elle n’a vu reparaître ces horribles crises douloureuses qui simulaient l’angine de poitrine et menaçaient son existence.

Du côté de la tumeur anévrysmale, on remarque d’importàntes modifications. Dans la plus grande partie de l’espace rempli autrefois par la poche, espace où manquent les côtes et les cartilages costaux, la palpation permet de reconnaître une surface indurée, d’une consistance presque cartilagineuse. Cette surface répond à la moitié inférieure de la tumeur primitive; on y retrouve encore les traces des premières piqûres qui avaient été faites nécessairement dans les points les plus saillants de l’anévrysme.

Dans cette partie, une coagulation permanente est donc obtenue; le résultat est absolument satisfaisant. Malheureusement il reste encore, au milieu du deuxième espace intercostal, une portion saillante, du volume d’une amande ou d’une grosse noisette, qui conserve tous les caractères de la poche anévrysmale, de l’impulsion, dès battements et un léger souffle au premier temps. Malgré ma persévérance, je n’obtiens pas jusqu’ici une coagulation qui s’étende à ce dernier reste de l’anévrysme. Il est probable que cette partie du sac se trouve directement en rapport avec

ment exécuté, on voyait la porté du cabinet de Bouvier s’ouvrir, il applaudissait avec enthousiasme et rentrait.

Travailleur infatigable, il professait le principe' nulltt dûs sine calamo ; et j’ai sous les yeux des pages de cette grosse écriture qu’il traçait presque sans voir, et cependant avec ühe assez grande régularité. La collaboration, avec lui, était presque impossible. Très-difficile pour luimême, il l’était également pour les autres; il n’acceptait que difficilement les idées qui lui étaient étrangères, maüiait et remaniait vingt plans avan t d’en adopter un ; puis, quand tout était décidé, il changeait brusquement d’idée, et revenait à son idée première. Aussi peut-on dire de lui qu’il a eu des élèves dont la tâche, ainsi que je l’ai dit plus haut, était rendue facile par la netteté et la pureté de sa diction; mais qu’il a èu peu de collaborateurs.

Il avait essayé de dicter au lieu d’écrire, mais il s’impatientait lui-même de ses changements incessants, et il craignait de gêner. « Milton dictait bien le Paradis perdu, disait-il en souriant; mais c’était à ses filles ». Cette répugnance à accepter des services étrangers se remarquait quand il sortait. Autant il aimait h s’appuyer sur le bras d’un ami, d’un élève favori, et à entamer avec lui une causerie qui faisait paraître le chemin bien court, autant il répugnait à se faire conduire par un serviteur. Que de fois ne l’ai-je pas vu sortir de chez lui, car le hasard nous avait rendus voisins, seul, sans guide, traverser les rues et les boulevards au risque de mille dangers. L'bHgihalité de sa personne était du reste frappante.

De petite taillé et d’une mâigreur extrême, Bouvier portait toujours une longue redingote correctement boutonnée ; ses mains, toujours gantées, se serraient une grande partie de l’année sür urt objet recouvert de laine noire que je pris longtemps pour un livre et qu| n’était autre chose qu’un chauffe-mains.

Ses yeux s’abritaient derrière des lunettes teintées, à monture noire ; ses cheveux, très-

l’aorte par l’orifice de communication, et qu’elle subit ainsi plus immédiatement l’impulsion de chaque systole ventriculaire.

Quoi qu’il en soit, et malgré la difficulté que nous ayons à provoquer la coagulation en ce point, il faut remarquer cependant que, depuis les dernières séances d’électrolyse, cette partie de la tumeur semble plus résistante, ce qui permet d’espérer des résultats encore plus complets, peut-être même une guérison définitive.

Si nous étions assez heureux pour l'obtenir, ce serait le premier cas de guérison complète consigné dans les annales de la science; je n’ose pas compter sur un pareil succès.

Mais quel que soit l’avenir réservé à notre malade, les détails de son observation parlent hautement en faveur de la méthode électrolytique dans le traitement des anévrysmes de l’aorte. On a vu combien étaient rapides les progrès du mal, et le danger menaçant. Dès la première application de l’électrolyse, la marche de la maladie s’est trouvée suspendue, un grand bien-être a succédé aux douleurs angoissantes de la malade.

Ce résultat est d’autant plus important à faire ressortir qu’il n’est pas spécial au cas actuel, et que, dans les faits déjà assez nombreux rapportés dans les statistiques étrangères, presque toujours, même lorsque l’opération a été pratiquée dans des conditions défavorables, un amendement très-marqué dans tous les symptômes l’a suivie presque immédiatement. C’est donc, comme traitement palliatif, un moyen précieux auquel on devra recourir, à moins de contre-indications formelles.

Les circonstances qui offrent le plus de chances de succès sont : une maladie de date relativement récente ; une tumeur limitée, de petit volume, communiquant par un orifice étroit avec la cavité de l’aorte; et pour les anévrysmes voisins de la naissance de l’aorte, l’absence, comme chez notre malade, d’insuffisance aortique. Les douleurs angoissantes, qui si souvent accompagnent l’anévrysme de l’aorte, ne m’ont pas paru exaspérées ni même réveillées, comme on aurait pu le croire, par l’action de l’électricité ; souvent, au contraire, elles ont cédé merveilleusement à ce mode de traitement.

Pourquoi si peu de guérisons, si la méthode est bonne et ses indications formelles? La raison des insuccès doit être cherchée surtout dans la nature de la maladie et dans le retard qu’on met le plus souvent à appliquer l’électrolyse. Je ne doute pas que, lorsque ce mode de traitement sera vulgarisé et mis en pratique à

abondants et à peine grisonnants, étaient ramenés sur les tempes, et son cou était emprisonné dans une de ces longues et épaisses cravates de soie chères aux hommes de 1830.

Son teint rappelait la nuance de l’ivoire jauni, et ses joues toujours fraîchement rasées témoignaient du soin qu’il apportait à sa personne.

Sa démarche était rapide, quelque peu saccadée, et trahissait l’activité, je dirai presque la pétulance qui était le propre de son caractère.

Cependant la vue de Bouvier, qui avait toujours été défectueuse, s’affaiblissait avec l’âge, et l’imperfection de ses yeux, impuissante à ralentir l’impulsion de ses travaux intellectuels, , devait l’exposer à l’accident qui nous l’a brusquement ravi.

C’était par une froide matinée de novembre, Bouvier s’était fait conduire au jardin des Tuileries, sa promenade favorite, et avait renvoyé son domestique. Il aimait à rester seul avec ses pensées, à repasser sa vie, et la présence d’un étranger le gênait.

Il regagnait lentement sa demeure, quand ses yeux affaiblis furent trompés par une sorte de mirage. Le ciel gris se reflétait sur le grand bassin et y traçait un long sillon semblable à une allée, pendant que les grands arbres, se réflétant à droite et à gauche, augmentaient l’illusion. Il se heurta et trébucha contre la margelle de pierre. La chute fut terrible. L’eau était glacée. Bouvier était frappé à mort et succombait, au bout de quelques heures, à une congestion pulmonaire.

Deux jours après, nous l’accompagnions à sa dernière demeure, et là je me souviens que, perdu dans la foule de ses amis, de ses élèves, je lui adressai mentalement mes derniers adieux.

« Cher maître, pensais-je, vous avez été une des gloires de notre compagnie - votre souvenir y sera toujours vivant, votre nom y restera à jamais synonyme de travail’ de probité et d honneur. * r

Supplément.

une époque moins avancée de la maladie, on n’obtienne des résultats beaucoup plus favorables et même de véritables guérisons.

Un dernier mot. A l’exemple de mes collègues, j’ai appliqué chez ma malade la méthode de Ciniselli modifiée par le docteur Dujardin-Beaumetz, c’est-à-dire qu’au lieu de faire passer dans l’anévrysme alternativement le courant positif et le courant négatif, je n’ai mis les aiguilles en contact qu’avec le pôle positif.

M. Dujardin-Beaumetz, s’appuyant sur ses expériences, redoute singulièrement l’action du courant négatif dans le sac anévrysmal et en rejette absolument l’emploi. Sa pratique m’.a paru sage; on a vu que je n’ai pas à me repentir de l’avoir suivie aveuglément.

Je crois cependant ce procédé, qu’on pourrait appeler la méthode française, passible de quelques objections. La principale est la lenteur avec laquelle agit le courant positif dans la formation des caillots ; dans un cas de danger imminent nécessitant une action énergique et rapide, cette lenteur dans la coagulation peut exposer à des mécomptes regrettables. Or, les faits rapportés par Ciniselli lui-même, les expériences de quelques auteurs, celles toutes récentes du docteur Bacchi en particulier, semblent démontrer que les craintes émises sur l’action du courant négatif sont illusoires, et que le passage de ce courant dans l’anévrysme facilite beaucoup la formation du caillot. S’il en est véritablement ainsi, ne serait-il pas bon de revenir à la méthode électrolytique, telle qu’elle a été formulée par son auteur? C’est à l’observation à fournir la réponse à cette question.

MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE

Des causes et du traitement du rachitisme, par M. le docteur Dauvergne père, médecin de l’hôpital de Manosque, etc., etc. In-8°. Paris, 1878. Octave Doin, éditeur.

Ce travail, œuvre d’un de nos plus savants et de nos plus laborieux praticiens de la province, est consacré au développemènt des propositions suivantes :

Le rachitisme prend sa source dans un état particulier du sang des ascendants. — Cet état paraît être, d’après les faits cliniques et toutes les expressions de la science, une aglobulie, qui entraîne elle-même un défaut de phosphore et de phosphates. — Ce qui le prouve, c’est que les cas de rachitis les plus graves reconnaissent pour origine la descendance la plus nombreuse de parents anémiques et de mères profondément chlorotiques.

Un état de graisse exubérant chez les parents, n’étant qu’une, transformation de l’aglobulie

« Nul plus que vous, en effet, n’a montré ce que peut un labeur incessant secondé par une vaste intelligence et un amour ardent pour la science.

La science ne s’est pas montrée ingrate. Votre longue carrière a été un long triomphe. Vos travaux ont eu un retentissement universel, et si parfois vos idées scientifiques ont été discutées, de ces discussions mêmes a jailli la lumière et vos œuvres en ont brillé d’un plus vif éclat.

« Vous n’avez pas été seulement un savant illustre, vous avez été un vrai médecin dévoué à vos malades, à vos élèves, à vos amis.

« Plus heureux que tant d’autres qui meurent laissant leur œuvre inachevée, vous avez assez vécu pour assister à votre propre gloire; la mort vous a frappé en pleine intelligence et le temps n’a pas encore séché les dernières lignes que votre main a tracées.

« Dormez en paix, cher maître, et si les bruits de la terre interrompent parfois votre éternel sommeil, les louanges seules arriveront jusqu’à vous. Le monument que vous avez élevé demeurera impérissable et votre nom restera à jamais entouré d’admiration, d’affection et de respect. »

Éphémérides médicales. — 18 Février 1775.

François Cavalcaselle, apothicaire à Venise, meurt à l’âge de 100 ans, 10 mois et 2 jours, ayant conservé jusqu’au dernier moment l’usage de sa raison, Le 10 février, il avait fait plusieurs parties d’échecs, — A. Ch,

et une assimilation exagérée de matériaux albuminoïdes, produit aussi le rachitisme, parce qu’il résulte encore d’une hématose altérée, comme l’anémie, par les mômes infractions hygiéniques ; la vie sédentaire, l’oisiveté, l’habitation dans des lieux étroits et confinés; toujours défaut d’oxygénation et de combustion.

Chloro-anémie, graisse exubérante, rachitisme, scrofule, proviennent évidemment fi’un plasma analogue, puisque ces affections naissent les unes des autres, se transforment alternativement et dérivent toutes d’un défaut de respiration puissante, d’exercices et d’efforts musculaires répétés et continués chez les divers ascendants.

Il s’agit moins de nourriture appropriée que de respiration parfaite et d’exercices qui utilisent tous les éléments, puisque l’oisiveté ne peut profiter suffisamment des mets les plus succulents; pour empêcher le développement et la propagation du rachitisme, il faut donc chercher à éteindre la chloro-anémie et ses transformations. On le guérit en guérissant l’aglobulie.

Pour l’enfant de naissance, qui ne peut faire d’autre exercice que par ses cris, il faut le laisser crier assez souvent ; il lui faut une nourriture suffisante et souvent exclusive, du lait d’une nourrice saine, musculeuse et laborieuse, ou, à défaut, du lait de chèvre ou de vache, toujours à la campagne et le plus possible à l’air libre. On éloignerait ainsi le rachitisme, tout en diminuant la mortalité par d’autres maladies.

Après le premier âge, dans l’enfance des jeux, des exercices gymnastiques, de l’hydrothérapie, des bains d’air comprimé, la respiration de l’oxygène pur, toujours une nourriture proportionnée à l’âge et à l’organisme; en régénérant ainsi les globules rouges, on finirait par régénérer notre espèce et fortifier les générations futures.

Les travaux des champs devraient être encouragés, relevés; le paysan, le père nourricier de la société, devrait devenir la plus chère sollicitude des États. Soumis à une douce, constante et bienveillante surveillance, il devrait avoir droit à des récompenses et des distinctions.

Les ouvriers sédentaires, ceux des villes, devraient être préservés de leurs mauvaises conditions hygiéniques, et récompensés ceux qui ne compromettent pas leur santé et celle de leur famille par le tabac et l’alcool, et qui se préparent des jours heureux par leur travail, leur économie et leurs bonnes habitudes.

Enfin, pour changer nos mauvaises conditions hygiéniques et nos mœurs, il faudrait perfectionner nos lois et les faire descendre jusqu’à la protection de l’individu, puisque nos révolutions ont pulvérisé la société jusqu’à lui. Alors notre liberté ne serait plus un abandon antinomique avec les progrès scientifiques de notre époque.

Je ne suis pas bien sûr de cemprendre ce dernier alinéa, et peut-être que les aspirations de notre vaillant confrère sont plus généreuses que pratiques. Assurément la médecine est une science sociale et ses applications ressortissent à la sociologie; mais il y faut mettre du tempérament et de la mesure. Moins ambitieux ont été les beaux travaux de Jules Guérin et de Trousseau sur ce même sujet, le rachitisme, qui a si vivement excité la verve méridionale de M. le docteur Dauvergne. — A. L.

De la syphilis infantile acquise, par M. le docteur Alfred Pontet. In-8°. Paris, 1878.

Adrien Delahaye, libraire-éditeur.

L’auteur de cette thèse semble s’être inspiré de ces sages et prudentes paroles de Trousseau : « La syphilis qui frappe l’enfant soulève les plus délicats problèmes. Elle est de ces maladies où l’expérience ne s’improvise pas. Le diagnostic n’y procède pas, le plus souvent, avec la sûreté que donnent les signes pathognomoniques, mais il repose sur la discussion attentive et sur l’examen comparatif des moindres manifestations. »

N’est-ce pas là comme un programme d’études? M. Pontet, qui l’a respectueusement cité, a fait plus encore, il l’a suivi ; aussi a-t-il produit une thèse qui est un exposé très-bien présenté de l’état de la science et de la pratique sur ce sujet d’une grande importance. Tous les éléments de la question y sont très-lucidement exposés, symptômes, étiologie, diagnostic, pronostic, traitement. On peut y signaler surtout le chapitre consacré aux considérations médicolégales, d’un si grave intérêt. Cette thèse renferme aussi plusieurs observations inédites, recueillies dans les services hospitaliers de Paris. En résumé, très-bonne thèse, et excellent résumé. — A. L.

Le M’Boundon du Gabon, étude de physiologie expérimentale, par M. le docteur L. Testut.

Grand in-8°. Paris, 1878. Masson, éditeur.

Exposé d’expériences faites sur des grenouilles par la teinture alcoolique d’une plante du Gabon, sur la détermination botanique de laquelle les botanistes ne sont pas d’accord, n’ayant pu encore en voir la fleur. Le M’Boundon est, au Gabon, un poison d’épreuve. Les expériences

relatées par M. Testut démontrent que les effets physiologiques du M’Boundon varient beaucoup, suivant les doses employées. Aux doses légères se trouvent invariablement liés des symptômes convulsifs, indices manifestes d’une excitabilité réflexe exagérée. Si on administre, au contraire, des doses considérables, l’animal se trouve comme sidéré : la respiration s’arrête après quelques instants, et la grenouille passe à l’état de masse inerte sans présenter de convulsions spontanées, sans même répondre par une réaction quelconque aux diverses excitations qu’on lui adresse. Et pourtant, l’animal n’est pas mort ! Au milieu de tant d’organes qui sont frappés d’inactivité, le cœur n’en continue pas moins à se contracter avec son rhythme normal, attestant suflisamment, par la liberté et la régularité de son jeu, qu’il est resté réfractaire à l’action toxique du M’Boundon, qui semble être à la fois une substance convulsivante (petites doses) et une substance anesthésique (doses massives).

' Brochure intéressante et illustrée de plusieurs tracés graphiques. — A. L.

Phthisie pulmonaire; — comment on la guérit, par Arthur Rith, D.-M. — In-8% Besançon, 1879. Imprimerie de Jacquin.

Ne vous arrêtez pas à ce titre ambitieux. L’auteur de cette brochure n’est pas, ou je me trompe fort, un médecin inventeur de quelque formule ou d’une panacée. Il me semble, au contraire, un peu sceptique à l’endroit de la thérapeutique et portant toutes ses espérances plutôt vers l’hygiène que vers la pharmacologie. Et même encore il veut que cette hygiène tienne compte des habitudes du malade, que trop souvent ori arrache sans profit réel à sa maison, à son climat, dont on perturbe toutes les accoutumances d’alimentation, d’exercices, etc. *

Cette brochure est à lire. On peut ne pas partager l’opinion de l’auteur, qui considère la phthisie comme de nature nerveuse, mais on y trouve des considérations qui n’ont rien de banal et de vulgaire. — A. L.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

SOCIÉTÉ MÉDICO-PRATIQUE

Séance du 27 novembre 1878. — Présidence de M. Couineaü.

Sommaire. — Correspondance. — Élections de deux membres titulaires. — Deux cas de tumeurs du sein, par M. Richelot fils. — Observation de péricardite purulente traitée par la paracentèse du péricarde, par M. Viry.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. •

La correspondance comprend : 1“ Thèse de concours pour l’agrégation en chirurgie sur les Tumeurs kystiques de la mamelle, par M. Richelot fils. — 2° Un mémoire sur les Tumeurs adénoïdes du pharynx nasal, par M. le docteur Lowemberg. — 3° Deux numéros du Bulletin médical du Nord et de la Revue médicale de Toulouse (octobre et novembre 1878). — 4° Deux travaux de Wasseige, de Liège, intitulés : À, Deuxieme observation d’opération césarienne suivie de l'amputation utéro-ovarique ; b, Du crochet mousse articulé.

Rapports de candidatures.

M, Duroy : Messieurs, vous avez chargé une commission composée de MM. Rougon, Labarraque père et Duroy, rapporteur, de vous rendre compte de l’important mémoire de M. le docteur A. Weill à l’appui de sa candidature au titre de membre' résidant de la Société médico-pratique. Je viens aujourd’hui m’acquitter de cette tâche, en réclamant votre bienveillance.

Le travail de M. Weill a pour titre : Du croton-chloral hydraté, ses propriétés , son emploi. Ce travail est pour ainsi dire tout expérimental , il mérite d’attirer sérieusement votre attention. M. le docteur Weill, voulant traiter l’ensemble d’un sujet complexe, encore peu connu, surtout en France, s’est imposé de grandes difficultés.

Contrôlant d’abord, ou discutant les expériences de ses devanciers, il a reconnu la nécessité de faire , lui-même de nouvelles et nombreuses expériences physiologiques et thérapeutiques qui lui ont permis de formuler des propositions importantes.

Nous suivrons brièvement l’ordre adopté par M. Weill. Il divise son travail en quatre parties :

1° Histoire de la découverte du croton-chloral, ses propriétés physiques et chimiques; 2n Action physiologique; 3° Thérapeutique et pharmacologie ; 4’ Expériences, applications et observations nouvelles.

I. — L’action du chlore sur l’alcool ou ses dérivés a produit, on le sait, une série de nouveaux composés chimiques intéressants, en tête de laquelle il faut placer, au point de vue thérapeutique : 1" le chloroforme; 2° le chloral; 3° le chloral crotonique ou croton-chloral.

Bien que ce dernier corps partage avec ses congénères (le chloroforme et le chloral) un grand nombre de propriétés communes, il possède cependant un modus agendi assez distinct pour conquérir une place légitime en thérapeutique.

Dans son mémoire, M. Weill fournit sur le croton-chloral des notions chimiques assez étendues, mais je n’en transcrirai que les principales.

D’abord il rappelle avec justice que notre éminent doyen de la Faculté de médecine, M. Wurtz, faisant agir le chlore sur l’aldéhyde, avait déjà, en 1856, entrevu ce produit; mais en réalité, sa découverte n’a été faite qu’en 1870, par deux chimistes de Berlin, MM. G. Kræmer et Th. Pinner. Ces messieurs, modifiant le procédé opératoire de M. Wurtz, placèrent dans une cornue de l’aldéhyde pure, y firent passer u,n courant prolongé de gaz chloré, en ayant soin d’entourer l’appareil d’un mélange réfrigérant pour modérer la réaction, qui est trèsvive au début. Vers la fin de l’opération, la température s’abaissant, ils remplacèrent la glace par le bain-marie, à une température progressivement élevée jusqu’à + 100°. Il apparut d’abord dans la cornue de petites quantités de métaldéhyde; puis, de liquide et clair qu’il était jusque-là. le mélange se troubla et un dégagement de gaz acide chlorhydrique devint trèsmanifeste et se prolongea pendant vingt-quatre heures : à ce moment le chlore n’étant plus absorbé, le premier temps de l’opération se trouvait terminé. La cornue renfermait alors un liquide brun, un peu épais, ayant à peu près le double du volume de l’aldéhyde employée, et plus que triplé de poids. Ce liquide se composait de deux couches : l’inférieuré plus foncée, presque figée, la supérieure plus claire et fluide, saturée d’acide chlorhydrique et d’autres corps qui se trouvaient dans la couche inférieure.

Le tout fut soumis à la distillation fractionnée et l’on recueillit un liquide passant entre 163° et 165°, que les auteurs reconnurent comme produit principal de la réaction, et auquel ils donnèrent le nom de croton-chloral ou trichlor-croton-aldéhyde.

Dans ces conditions, la formation du croton-chloral se comprend facilement, depuis que M. Kékulé a démontré que l’aldéhyde acétique passait rapidement à l’état d’aldéhyde crotonique sous l’influence d’agents avides d’eau, comme le gaz chlorhydrique, par exemple ;

Ici, le chlore déplace un atome d’hydrogène pour donner naissance à du gaz chlorhydrique et celui-ci détermine la transformation de l’aldéhyde acétique en aldéhyde crotonique, sur laquelle enfin se porte toute l’influence du chlore en excès qui se substitue aux trois atomes d’hydrogène.

La formule du croton-chloral, ou chloral-crotonique est donc C4H3Cl30, de même que le chloral ordinaire n’est que de l’aldéhyde de l’acide acétique dans laquelle trois atomes de chlore ont remplacé trois atomes d’hydrogène. Mais jusque-là il n’est question que de chloral anhydre , liquide oléagineux, blanchâtre, insoluble d’abord dans l’eau, mais finissant à la longue par s’y combiner chimiquement, avec élévation de température, en constituant un hydrate solide et cristallin. Comme l’hydrate de chloral ordinaire, l’hydrate de chloral crotonique est seul employé en médecine.

Maintenant, Y hydrate de croton-chloral sera donc exclusivement l’objet de notre examen.

L’hydrate de croton-chloral est un corps solide, excessivement léger, cristallisé en paillettes très-minces, d’un , blanc éclatant, à reflets soyeux, semblable à l’acide benzoïque (Burney Yeo); il a une saveur caustique, âcre, désagréable, une odeur mixte se rapprochant du chloral ordinaire, du camphre et du chlore, tellement vive, pénétrante, qu’elle imprègne et résiste longtemps à l’épiderme et aux vêtements des personnes qui l’ont manié. Fixe à la température ordinaire, il se volatilise lentement à la chaleur, fond à -f 75° et bout à 165°; ses vapeurs ont une action irritante sur les muqueuses, principalement sur la conjonctive de l’œil. Leur densité, comparée à celle de l’hydrogène, est de 24,58.

Il est soluble dans 25 à 30 fois son poids d’eau commune à la température ordinaire, un peu plus dans l’eau distillée, en toutes proportions dans l’eau chaude ; mais il se précipite de nouveau en cristaux par le refroidissement. Soluble en toutes proportions dans l’alcool et dans l’éther. L’eau ajoutée à ces dissolutions en sépare une matière oléagineuse, d’un gris jaunâtre, qui n’est probablement que du croton-chloral déshydraté. Il est soluble dans 6 ou 7 parties de glycérine à chaud, etc.

Gomme le chloral ordinaire, il se décompose au contact des alcalis, en produisant, non du chloroforme et de l’acide formique, mais de Tallyl-chloroforme instable, et finalement on trouve du bichlorallilène, de l’acide chlorhydrique et de l’acide formique.

D’après MM. Kræmer et Pinner, on peut reconnaître la pureté du croton-chloral en le dis-

solvant dans l’acide nitrique fumant : si cette dissolution s’effectue en dégageant des Vapeurs rutilantes, on peut le considérer comme impur. Ces mêmes chimistes proposent encore un autre procédé. Il est d’ailleurs moins probant.

Au reste, on 11e connaît qu’une partie de ses propriétés chimiques, mais ces notions ne tarderaient pas à se compléter, si ce nouveau corps était généralement usité.

M. Weill rappelle que M. Oscar Liebreich fut le premier qui étudia et appliqua médicalement le croton-chloral et qu’il avait été le premier à introduire le chloral en thérapeutique. Depuis, plusieurs médecins anglais, MM. Burney Yeo, Beason Backer, George Gray, Wickham Leeg, l’ont expérimenté à leur tour et sont arrivés à peu près aux mêmes conclusions que le savant allemand.

En France, c’est à l’hôpital Rothschild qu’il a été employé pour la première fois par M. le docteur Weill. Ajoutons, pour n’oublier personne, que M. le docteur Bouchut, médecin de l’hôpital des Enfants, a écrit, à ce sujet. Une note parue le 5 décembre dans la Gazette de? hôpitaux, dont il sera question plus loin.

II. — Action physiologique. — Dans ses expériences sur les animaux, M. Weill a suivi la méthode des injections hypodermiques et, pour mieux apprécier l’action particulière du crotonchloral, il l’a mis souvent en parallèle avec le chloral ordinaire, auquel il peut être comparé à certains égards. Ainsi son expérimentation portant à la fois, au même moment, et sur le chloral et sur le croton-chloral, devait lui présenter un tableau en quelque sorte synoptique du caractère commun ou différentiel appartenant à chacun des deux stupéfiants.

Première expérience double ou comparée sur deux chiens d’égale force ou de même âge ; injection, d’une part, d’un gramme de croton-chloral et d’un gramme de chloral; d’autre part, en solution au 10e :

Croton-chloral. Chloral.

1 h. 32. 1 gr. de croton en injection pro- 1 h. 32. T. 39°, 2. Douleur beaucoup moinduit aussitôt une vive douleur, et immédiate- dre; légère surexcitation. — L’animal court ment, un tremblement de tout le corps, puis çà et là, en poussant quelques hurlements. . calme absolu. L’animal reste assis, quoique stupéfié ; il frissonne.

1 h. 40. Les membres pelviens se paralysent, il fait la culbute , se heurte aux objets qui l’entourent et qu’il ne paraît pas voir.

1 h. 50. Depuis un instant, il s’affaissé, 1 h. 50. S’étend sur le ventre après quel-

appuie sa tête sur le plancher, puis ferme les ques gémissements, tombe sur le côté, les

yeux et s’endort, couché sur le ventre , les yeux fermés et convulsés vers le bas et recou-

membres étendus, mais non en résolution, verts presque entièrement par la membrane

Pupilles rétrécies, insensibles. clignotante. Impossible de voir les pupilles.

2 h. 10. T. 39°. Mouvements respiratoires 2 h. 10. T. 38°, 6. Respiration calme et lé-

ralentis, profonds, un peu spasmodiques, gère, 26 fois par minute. Battements du cœur

36 fois par minute. Aucune modification dans légèrement diminués de fréquence et de force,

les battements du cœur. Sensibilité du corps tout entier bien émoussée;

En piquant la tête avec la pointe d’un scal- il faut pincer la queue de l’animal plus forte-

pel, en pinçant les oreilles, à peine provoque- ment pour provoquer une réaction de la part

t-on quelque sensibilité. de l’animal. Odeur de chloroforme bien

En pinçant la queue, l’animal se réveille, franche, essaye de fuir, mais se rendort immédiatement.

2 h. 40. T. 38°, 7. Respiration 40. Les pu- 2 h. 40. T. 37°, 8. Respiration 24. Sommeil

pilles sont dilatées maintenant. Mêmes phéno- profond. Il faut prolonger le contact des réo-

mènes que tout à l’heure du côté de la sensi- phores pendant plusieurs secondes pour pro-

bilité. Sommeil très-léger. Néanmoins , un voquer des mouvements et le réveil. Se ren-

courant électrique appliqué sur la bouche, sur dort immédiatement.

le nez et sur les oreilles, ne le réveille que très-difficilement, et très-facilement, au contraire, lorsqu’on promène les réophores sur la colonne vertébrale.

3 h. 10. T. 39°. Grande sécheresse du rec- 3 h. 10. T. 38,4. La sensibilité revient; se

tum. Dort maintenant plus profondément. Ré- réveille au moindre attouchement, mais se

solution musculaire plus prononcée, mais non rendort assez facilement.

absolue. Pupilles dilatées, mais sensibles à la lumière.

3 h. 30. On le réveille en le poussant. Il essaye de se lever, mais il est encore paraplégié; bâillements, hoquets, se rendort trèsprofondément.

h h. T. 39°. Dort toujours, mais moins profondément.

U h. 15. Est réveillé tout à fait depuis quelques minutes. Un peu hébété au commencement, mais maintenant il est aussi vif que son frère, et il parait ne plus rien ressentir de fâcheux.

3 h. 30. Celui-ci se met debout sur ses quatre pattes, frétille de la queue, puis se secouche en sphinx, mais ne se rendort plus.

4 h. T. 38°, 8. Est parfaitement réveillé et court de côté et d’autre, très-gai et alerte. Petits frissons presque continuels. L’odeur de chloroforme persiste encore, mais faiblement.

Après avoir expérimenté sur des chiens, M. Weill a soumi des lapins et des grenouilles aux mêmes épreuves. A part certaines nuances relatives â l’organisation spéciale des animaux, il a observé un parallélisme constant sur les effets de ces deux corps chlorés.

Si le chloral et le croton-chloral produisent l’un et l’autre l’hypnotisme, la plupart des phénomènes qui accompagnent le sommeil sont pourtant bien différents dans les deux cas. Au lieu de l’exaltation initiale déterminée par le chloral, une hébétude plus ou moins profonde suit presque toujours immédiatement l’injection du croton-chloral, qui est toujours beaucoup plus douloureuse. Cette hébétude persiste également quelque temps encore après le réveil, tandis que les animaux chloralisés se remettent très-promptement. En général, la température s’abaisse et la respiration est moins ralentie, ainsi que les battements du cœur, chez les crotonisés ; cependant des doses élevées de croton-chloral peuvent amener non le ralentissement des mouvements de cet organe, mais l’asystolie dans la véritable acception du mot ; faiblesse des contractions, et finalement l’immobilisation complète.

La résolution musculaire est rarement obtenue avec de faibles doses ; il. y a au début, et même vers la fin de l’action du médicament, des contractures spasmodiques de certains muscles, le plus souvent des masticateurs, ce qui forme un contraste avec l’atonie des muscles de la région cervicale, quoique le train de derrière soit assez paralysé pour rendre la marche difficile et même impossible. Dans les mêmes conditions, l’animal chloralisé tombe sur le flanc, les membres flasques et étendus.

Sensibilité.— Tandis que le chloral anéantit la sensibilité et la détruit également sur toute la surface du corps, mais seulement après que la motricité a disparu, avec le croton-chloral a petites doses, la motricité peut persister , ainsi que la sensibilité du tronc , et des membres, la tête seule et les organes qu’elle porte sont plus ou moins anesthésiés, même sans qu’il y ait sommeil. A dose plus forte seulement, les mouvements sont abolis et la sensibilité survient plus ou moins obtuse par tout le corps. Ce phénomène, ajoute M. le docteur Weill, ,est de la plus haute importance et permet, dès à présent, d’entrevoir les nombreuses applications auxquelles il doit donner lieu en thérapeutique.

Action de la digestion.— Au début de ses essais, M. Weill observa souvent, chez certains malades, après l’ingestion de ce médicament, des nausées et des vomissements; mais depuis il a su éviter ces inconvénients en en modérant l’activité au moyen d’un excipient approprié.

Respiration et circulation. — Sous l’influence du croton-chloral, à doses modérées, les mouvements respiratoires, les battements du cœur, ainsi que la calorification, restent à peu près normaux.

Nous ne suivrons pas l’auteur dans toute les considérations intéressantes qu’il expose, mais nous ne pouvons nous dispenser de retracer son résumé de la partie physiologique ; la voici :

1° Le chloral crotonique agit sur le système nerveux central; 2° à faible dose sur le cerveau seul et, par son intermédiaire, seulement sur les nerfs sensitifs crâniens; 3“ à dose plus élevée, son action s’étend à la moelle et aux filets sensitifs rachidiens; 4° les nerfs et les filets moteurs ne sont influencés qu’ultérieurement ; 5° ce n’est que par des doses exagérées que l’arrêt du cœur, consécutif â celui de la respiration, peut être provoqué par cessation de l’influx nerveux.

Après le résumé des phénomènes physiologiques, M. le docteur Weill aborde un point des plus difficiles. Comment agit le croton-chloral?

« Est-ce par le concours synergique de tous ses éléments chimiques restant unis dans l’or- « gamsme vivant, ou bien par des facteurs spéciaux ne devenant efficaces qu’une fois mis « en liberté par une décomposition préalable ? »

« Quel est le système, quels sont les organes influencés directement ou principalement par « le médicament ?» 1 ‘ ■ *

L/UNI0N iMÉBIGALE

Ces questions, dans les termes que je viens de citer, dénotent, chez l’auteur, une compréhension élevée et vraiment philosophique du sujet.

En effet, l’agent introduit dans l’organisme, ou bien y reste entier, sans décomposition, ou s’y décompose; cette décomposition est immédiate ou tardive; les produits secondaires du dédoublement sont plus actifs ou moins actifs que le produit initial ; quel est l’organe ou les organes d’élection? quelles sont les voies éliminatoires, leur degré d’activité, et en quel temps finalement l’agent est-il éliminé de l’organisme ?

Voilà, à notre humble avis, la véritable méthode, mais elle est très-laborieuse. Cependant c’est en suivant cette voie que l’on est arrivé à connaître, d’une façon assez satisfaisante, le rôle du chloroforme et des éthers dans l’organisme, et, en dernier lieu, l’action du chloral a été mieux interprétée depuis que MM. Personne, Liebreich, Byasson, etc., ont démontré qu’il donne naissance à du chloroforme, sous l’influence des alcalis du sang.

M. Liebreich, de son côté, prétend, mais sans le prouver, que le croton-chloral doit se dédoubler aussi dans l’organisme. Cependant M. le docteur Weill objecte, avec raison, qu’il n’y a pas d’odeur d’allyl-chloroforme dans l’haleine des sujets crotonisés, que la solution de chaux dans laquelle on fait arriver l’air expiré dans ces conditions n’est pas troublée par le nitrate d’argent. D’ailleurs, ajoüte-t-il, l’allyl-chloroforme, ainsi que le chlorallylène, sont trop instables pour être éliminés eux-mêmes sans altération de l’organisme. C’est donc, on le voit, une étude complète à refaire à ce point de vue; et d’abord il faut instituer ou trouver des procédés chimiques mieux àppropriés et plus sensibles que ceux qui ont été employés dans ces premiers tâtonnements.

III. — Action thérapeutique. — Le croton-chloral est indiqué, suivant M. Liebreich :

1° Dans les névralgies affectant les branches du trijumeau ; 2° dans les cas où le chloral acétique n’est pas possible, à cause d’une maladie du cœur; 3° dans les cas où de larges doses de chloral sont nécessaires pour produire le sommeil, etc. Cependant M. Weill préfère la classification suivante, due à M. le docteur Burney Yéo, qui la recommande ;

1° Dans les névralgies des branches du trijumeau ; 2° dans toute autre névralgie ; 3° contre les douleurs musculaires diffuses ; 4° dans certaines névroses obscures et affections spasmodiques du système nerveux ; 5° contre la toux, dans certaines affections des voies respiratoires; 6° pour procurer le sommeil.

D’après M. le docteur Bouchut, qui l’a appliqué chez les enfants, « le croton-chloral n’a que les propriétés affaiblies du chloral. » Telle n’est point l’opinion de M. Weill, fondée sur ses propres expériences, corroborées depuis par M. Andral qui l’a employé, de son côté, à l’hôpital Saint-Antoine, en solution préparée à l’extrait de réglisse, dans la proportion de 0,50 par cuillerée, chez cinq malades atteints de tubercules pulmonaires. Ces malades se plaignaient de ne pouvoir dormir (l’extrait thébaïque, à la dose de 0,05 n’ayant pu leur procurer de sommeil), une cuillerée à bouche de solution de croton-chloral a pu procurer, à quatre de ces malades, un sommeil de quatre à cinq heures de durée, sans agitation. Chez un jeune homme de 19 ans, atteint de phthisie à marche rapide avec fièvre continuelle sirop de chloral, administré jusque-là jusqu’à concurrencé de 3 grammes, ayant été sans résultat, la solution de croton-chloral a réussi : le malade ayant fait remarquer lui-même que la potion qui sentait la réglisse l’avait fait dormir, tandis que le sirop ne lui faisait rien.

Dans les névralgies de la face, 10, 20, 30 centigrammes de croton-chloral suffisent pour produire un soulagement rapide.

M. Wickham Leeg, médecin de Bartholomew’s hospital, a souvent administré avec succès ce médicament à la dose de 5, 10 et 20 grains, pour calmer les douleurs paroxysmales, dans les régions innervées par le nerf de la cinquième paire.

M. le docteur Bader a pu, à son aide, combattre avec avantage la photophobie.

M. Liebreich l’emploie victorieusement dans le tic douloureux.

Enfin M. Weill cite trois observations qu’il a faites lui-même à l’hôpital de Rothschild, portant : 1° sur une affection nerveuse mal déterminée avec névralgie faciale ; 2° sur une histérie non convulsive ; 3° sur une névralgie faciale du côté gauche.

Dans ces trois cas, très-consciencieusement et élégamment relatés, M. Weill, après avoir épuisé la série des anti-spasmodiques, narcotiques, stupéfiants, sédatifs, éther, oxyde de zinc, valérianate d’ammoniaque, opium sous toutes les formes, belladone, datura, bromure de potassium à haute dose, douches froides, etc., a employé finalement le croton-chloral, toujours avec succès.

M. Toledano, collègue d’internat de M. Weill au même hôpital, a eu à se louer de l’emploi de ce médicament : 1° dans un cas d’insomnie (alcoolisme chronique) ; 2° dans une névralgie faciale; 3" dans l’hypochondrie avec insomnie datant de quatre mois; 4“ dans une sciatique du côté gauche ; 5" pour combattre l’insomnie dans un emphysème pulmonaire.

Enfin M. Weill donne plusieurs formules pour administrer le croton-chloral. Voici les der¬

nières préparations qu’il préconise :

1° Potion : Croton-chloral . 2 grammes.

Glycérine chaude . 6 ~

Extrait de réglisse . 4 —

Eau, sirop de sucre, ââ . 45 —

2° On peut faire une solution titrée, préparée d’avance, pour les besoins journaliers :

Croton-chloral . .

Glycérine chaude.

Extrait de réglisse

Eau .

Sirop de sucre . .

25 grammes.

Cette solution se conserve indéfiniment, sans altération. La cuillerée à bouche contient 1 gramme de médicament, étendu d’eau et de sirop à volonté.

Les alcalins sont incompatibles avec le croton-chloral.

Pour terminer, nous transcrirons les conclusions, utiles à la pratique médicale :

C’est l'hydrate de croton-chloral qui est employé en médecine.

Son action physiologique est autre que celle du chloral.

Il est hypnotique au même titre et, le plus généralement, à dose moindre que celui-ci.

Il exerce une action spéciale sur les nerfs sensitifs crâniens.

A dose modérée, il n’a pas d’action sur les battements du cœur et sur la tonicité musculaire, ne ralentit pas la respiration et n’abaisse pas la température autant que le chloral.

A dose exagérée, il tue par arrêt delà respiration.

Les lésions constatées à l’autopsie des animaux consistent en une hypérémie interne des méninges, surtout de celles de l’encéphale. Son emploi thérapeutique est indiqué :

a, Dans les névralgies du trijumeau ; — b, dans les autres névralgies et contre le phénomène douleur en général ; — c , dans les affections spasmodiques du système nerveux ; — d, lorsque l’usage du chloral est dangereux à cause, d’une affection cardiaque; — e, pour calmer la toux, dans certaines affections chroniques des voies respiratoires ; — f, pour procurer le sommeil.

Les contre-indications à son emploi sont un état inflammatoire des voies digestives, et une prédisposition aux congestions encéphaliques.

Sa saveur est plus désagréable que celle du chloral et. demande à être masquée par un correctif indispensable; l’extrait de réglisse paraît jusqu’ici le mieux approprié à ce rôle.

Il ne peut être administré par la voie hypodermique.

La dose doit varier selon l’âge, la susceptibilité particulière de chaque personne et les effets qu’on désire obtenir.

Messieurs, l’analyse que je viens de vous soumettre est très-incorrecte ; j’espère néanmoins qu’elle vous aura suffisamment édifiés sur les mérites du candidat. M. le docteur Weill, au début de sa carrière, a entrepris expérimentalement une étude des plus difficiles. Le sujet était à peine connu, surtout en France. Mais grâce à son habileté, à sa persévérance, à ses connaissances variées, il a obtenu des résultats aussi utiles qu’instructifs. Cependant, ainsi que l’auteur lui-même le déclare avec une louable modestie, son œuvre offre encore des lacunes qu’il se propose ultérieurement de combler. La matière est inépuisable et féconde, elle renfermera longtemps sans doute des inconnues. N’oublions pas que le croton-chloral fait partie d’une classe de médicaments chimiques merveilleux, mais terribles, pour employer l’expression d’un grand physiologiste. Il sera donc nécessaire, surtout au point de vue de l’application médicale, de chercher à se garantir contre son action toxique parfois insidieuse.

En attendant, nous proposons à nos excellents collègues de donner, à la Société médico-pratique de Paris, un membre distingué de plus en nommant M. le docteur Weill.

A la suite de ce rapport, M. Weill est élu membre de la Société médico-pratique.

M. Thorens fait ensuite, au nom d’une commission composée de MM. Perrin, Cyr et Thorens, un rapport sur la candidature de M. le docteur Delefosse, qui est, sur ses conclusions favorables, nommé membre titulaire.

M. Richelot fils donne ensuite lecture d’un travail intitulé : Note sur deux cas de tumeurs de la mamelle. (Voir I’Union Médicale des 16 et 18 janvier 1879.)

A propos de la communication précédente, M. Matiielin présente quelques considérations

sur l’adénome mammaire. Il est d’avis qu’on ne saurait être trop circonspect sur la question opératoire; il conseille plutôt l’expectative ou des moyens autres que l’ablation. M. Mathelin cite à l’appui le fait suivant : Une jeune fille de 18 ans, qu’il a observée récemment, portait, au sein droit, un adénome du volume d’un petit œuf et présentant tous les caractères classiques de l’adénome. Elle fit d’abord un traitement ioduré local et général qui ne parut apporter aucun changement. Elle alla alors consulter un chirurgien qui, ne trouvant pas l’opération urgente, s’est contenté d’appliquer un bandage ouaté compressif, en supprimant tout autre traitement. Il en est résulté tout d’abord une gêne assez sensible, mais les suites ont été des plus heureuses; en effet, au bout de quelques jours, la tumeur avait commencé par se bilober, puis son volume se réduisait graduellement, si bien qu’au bout de trois mois elle avait complètement disparu.

M. Édouard Michel a observé, lui aussi, un cas d’adénome dans lequel la compression et le traitement ioduré ont produit le meilleur effet, mais la glande mammaire s’est notablement atrophiée. Cette femme est à l’époque de la ménopause. Il y avait de plus, sous faisselle, un ganglion très-douloureux, probablement inflammatoire, qui, lui aussi, a diminué de volume et est devenu indolent sous l’influence de la compression.

M. Otterbourg insiste sur l’importance capitale qu’on doit accorder aux symptômes généraux, quand on est appelé à poser un diagnostic différentiel dans un cas de tumeur du sein. Il faut considérer avec soin l’âge, l’hérédité, le faciès; s’informer si la personne a nourri ou non. Aussi les femmes qui nourrissent sont infiniment moins exposées que les autres aux tumeurs cancéreuses, à tel point que, dans une pratique de quarante ans, il ne se rappelle pas avoir observé un seul cas de cancer du sein chez une femme ayant nourri. M. Otterbourg reconnaît d’ailleurs que, dans la pratique civile, il est loin d’être toujours facile de se prononcer sur la nature d’une tumeur, parce que plus d’une fois on les observe au début de leur évolution, alors que l’organisme n’a pas encore été atteint dans sa nutrition générale. D’autre part, il est des cas où une tumeur présente, pendant des années, tous les caractères d’une tumeur bénigne pour finir par être un vrai cancer. Dans ces cas, opérerait-on une personne qui peut vivre très-longtemps avec sa tumeur à condition qu’on n’y touche pas, et ne craindrait-on pas, en intervenant, de réveiller la diathèse encore latente chez cette personne? Ce sont ces cas de tumeur auxquels les anciens chirurgiens ont donné le nom de Noli me tangere.

M. Otterbourg a souvent réussi, sinon à guérir, du moins à arrêter ou entraver la marche de la maladie, grâce tantôt aux résolutifs, tels que les iodures ou l’emplâtre de Vigo, tantôt aux eaux de Salins, de Kreuznach, etc. Il s’agissait naturellement, dans ces cas, de tumeurs non cancéreuses. Quant aux engorgements glandulaires, chez les femmes qui n’ont pas nourri, la méthode de la compression, connue depuis si longtemps, leur est parfaitement applicable. Les résolutifs peuvent aussi être employés avec succès.

M. Archambault apprécie d’autant mieux la communication de M. Richelot que, bien que jeune chirurgien, il a fait preuve d’une grande prudence. M. Richelot fils a parfaitement résumé les caractères distinctifs de ces tumeurs. Avant que la peau ne soit ulcérée, le diagnostic peut paraître aisé, mais quand la période de f ulcération est arrivée, l’étude histologique du tissu morbide peut-elle donner un caractère diagnostique et distinctif absolu? Cette question, que Velpeau a formulée lors de la célèbre discussion qui eut lieu sur la cellule dite cancéreuse, considérée comme signe caractéristique du cancer, a toujours son actualité et peut encore être faite sous une autre forme. M. Archambault demande à M. Richelot s’il peut établir un diagnostic différentiel positif entre les tumeurs de la série cancéreuse et les tumeurs de la série dite conjonctive ; il craint qu’on n’ait fait le diagnostic histologique qu’après coup.

M. Richelot fils : M. Mathelin et M. Édouard Michel ont rapporté deux faits intéressants à l’appui de l’efficacité de la compression dans certains cas de tumeurs mammaires. Le fait de M. Michel a un intérêt double, à cause de la rétrocession du ganglion. Dans tous les cas de cysto-sarcome, il y a toujours lieu d’essayer la compression. Quant à la question de savoir si la récidive peut avoir lieu après la guérison par compression, elle n’est pas douteuse : il est évident que la reproduction de la tumeur peut avoir lieu, attendu que la cause qui a donné lieu à la première manifestation n’a pas pu être influencée par ce traitement. M. Otterbourg a semblé dire que le cancer du sein est facile à reconnaître ; dans beaucoup de cas, cela est vrai : cependant les cysto-sarcomes sont parfois assez difficiles à diagnostiquer, aussi est-ce surtout sur eux que doit s’appesantir l’étude clinique. Il y a notamment un caractère par lequel il ne faut pas trop se laisser impressionner, c’est l’aspect extérieur de la tumeur ; il faut, en effet, faire une grande distinction entre la malignité locale, qui est toute relative, et la malignité absolue qui provient de la nature intime de la tumeur, ainsi que des symptômes

L’UMON MÉDICALE

généraux. On a Gité tout k l’heure un cas de tumeur mammaire survenue à l’époque de la ménopause. C’est, en effet, souvent à ce moment que l’adénome, qui jusque-là a souvent sommeillé, prend du développement et devient un cysto-sarcome. Mais il ne passe pas pour cela à l’état du vrai cancer. D’abord, l’évolution du cancer est généralement beaucoup piU8 rapide : si donc la tumeur date de quinze ou vingt ans, il est plus probable qu’on a affaire à un fibrome.

Répondant à M. Archambault, M. Richelot ajoute que la spécificité de la cellule est aujourd’hui abandonnée, mais qu’il y a des tissus, en quelque sorte, spécifiques. Or, à ce point de vue, on ne peut pas confondre le carcinome avec le cysto-sarcome. Le cysto-sarcome présente des éléments conjonctifs à diverses périodes de développement, mais laisse l’élément glandulaire intact ou hypertrophié, tandis que le carcinome se substitue à l’élément glandulaire. Dans le cas d’épithélioma, il y a possibilité de confusion avec le cysto-sarcome ; mais le carcinome vrai, alvéolaire, est très-caractéristique : il contient des Ilots de tissu graisseux qui a été englobé dans le tissu pathologique, tandis que le sarcome h’ englobe jamais d’éléments graisseux. L’ulcération est un caractère commun à plusieurs formes de cancer, mais elle ne constitue pas une malignité absolue; o’est un état purement local, et rien ne permet de lui attribuer la gravité d’une tumeur cancéreuse quand les autres signes ou symptômes fbnt défaut.

M. Chatéaü a été témoin de deux erreurs de diagnostic, en fait de tumeur du sein, commises par des hommes éminents. Dans un cas, Nélaton et un autre professeur de la Faculté, appelés en consultation, avaient diagnostiqué un cancer. C’était une large tumeur occupant toute la glande mammaire, présentant l’aspect encéphaloïde et survenue chez une personne de 60 ans. L’erreur fut reconnue plus tard. Dans le second cas, il s’agissait d’une jeune femme : on diagnostiqua un carcinome, une leçon fut même faite là-dessus; puis le professeur revint sur son diagnostic.

M, Richelot fils reconnaît quç la distinction entre le carcinome et le systo-sarcome est souvent difficile. Il y a en effet, parfois, des kystes volumineux dont le diagnostic peut donner quelque embarras. Aussi il recommande, comme très-important, le signe de l’écoulement séreux par le mamelon, auquel cas on a affaire à un cysto-sarcome.

M. Archambault croit exprimer les sentiments de la Société en remerciant M. Richelot fils de sa communication si intéressante.

( A suivre dans un 'prochain numéro.)

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE

Séance du 26 décembre 1878. —Présidence deM. Félix Goyon.

Cette séance, la dernière de l’année, qui a eu Heu un jeudi, à cause de la fête de la Noël, qui tombait un mercredi, a été presque entièrement consacrée aux scrutins pour le renouvellement du bureau. Aussi n’aurions-nous rien à en dire, ayant déjà fait connaître la composition du bureau de la Société pour l’année 1879, sans deux communications faites, l’une par M. filiaux, l’autre par M. Guéniot.

M. filiaux, à l’occasion du procès-verbal, a cru devoir ajouter quelques nouveaux détails à sa communication de la dernière séance, appuyés de la présentation d’une pièce pathologique. On se souvient qu’il s’agit d’un enfant qui avait reçu un coup de marteau sur la jambe droite. Il y eut, à la suite de ce traumatisme, deux abcès qui furent ouverts successivement. Mais la maladie ne s’arrêta pas, et il fallut recourir à l’amputation de la jambe. L’examen de la pièce montre que le canal médullaire est rempli de pus dans toute sa longueur; les épi physes' sont relativement peu malades, ce qui semble prouver que le point de départ de l’ostéomyélite n’a pas été épiphysaire, et que la maladie a débuté par la continuité de l’os.

M. Terrier rappelle que les recherches deM. Ranvier ont montré que, quand le périoste est atteint, il y a toujours retentissement sur la moelle osseuse. Le périostite et l’ostéomyélite sont souvent connexes. Le plus fréquemment, le point de départ de l’inflammation est épiphysaire, parce que c’est à ce niveau que «e fait le développement de l’os.

M. Marjolin pense qu’il faut établir une distinction. Tantôt la maladie est juxta-épiphysaire, tantôt elle occupe la diaphyse. L’ostéomyélite impliquant la présence du pus dans le canal médullaire est heureusement rare; plus souvent l’inflammation est superficille.

M. Desprès distingue l’ostéite des adolescents, qui débute par les épiphyses, de la périostite commune résultant d’une contusion.

M. Blot a vu* il y a un mois, avec MM. Lannelongue et Bergeron, un enfant de 12 joilM; très-robuste d’ailleurs, atteint d’ostéomyélite phlegmoneuse. La mort survint très-rapidement, ■

malgré un traitement énergique. C’est là, suivant M. Blot, le seul cas de ce genre qu’il ait eu l’occasion d’observer. ■ . .

M. Panas dit qu’il existe des exemples, rares il est vrai, d’ostéomyélite chez les nouveaunés. Souvent, dans ces cas, l’affection paraît se rattacher à la syphilis héréditaire, ainsi que l’ont établi les recherches de M. Parrot. Quant à la pièce présentée par M. Tillaux, M. Panas se demande s’il n’y a pas eu là, d’abord, une ostéite juxta-épiphysaire suivie de propagation de l’inflammation à la moelle osseuse. Le traumatisme lui paraît avoir joué le rôle de cause occasionnelle.

M. Maurice Perrin ne saurait partager l’opinion exprimée par M. Panas. Suivant lui, la pièce de M. Tillaux ne montre que ce qui se passe ordinairement dans la périostite diffuse de l’adulte. Contrairement à M. Desprès, il ne croit pas que le point de départ soit toujours une contusion, un hématome; ce qui semble prédominer ici, c’est l’influence constitutionnelle*

— M. Guéniot met sous les yeux de ses collègues des pièces qui, par une singulière coïncidence, se rapportent à la question discutée actuellement devant la Société de chirurgie. Il s’agit d’un enfant nouveau-né, âgé de 12 jours, qui était atteint de paralysie du membre supérieur gauche, en même temps que de lésions suspectes siégeant aux lèvres et à Tamis. L’enfant ayant succombé, l’autopsie a révélé l’existence de plusieurs .foyers de suppuration au niveau des cartîlâges épiphysaires des os longs.

Dr A. Tartivel,

M. A. de rétablis, hydrothérapique de Bellayue.

Eia Peste en Russie

On lit dans le Journal officiel du 15 février 1879 î

« Les informations données hier relativement à la peste en Russie sont confirmées aujourd’hui en ce qui concerne la non-extension de l’épidémie; seulement, il résulterait d’une dépêché de Saint-Pétersbourg, datée du 12 février, que le nombre des malades, dans les Idéalités atteintes, a augmenté à la suite du dégel. ; :

Le littoral de la mer d’Azow et celui de la mer Noire sont restés jusqu’à ce jour entièrement exempts de la maladie.

Quant aux nouvelles relatives à la manifestation de la peste dans les provinces de la Turquie d’Europe, et qui ont jeté un si grand trouhle dans les relations maritimes de la Méditerranée, on ne saurait trop répéter que ces nouvelles n’ont été confirmées sur aucun point.

Dans les cas cités, on a reconnu, après vérification, que la maladie signalée n’était pas la peste, mais le typhus exanthématique qui, depuis la guerre, règne çà et là à l’état épidémique dans ces contrées.

L’émotion produite n’en a pas moins persisté, et la plupart des États de la Méditerranée ont cru devoir, en, tout état de cause, prendre des mesures de quarantaine extraordinaires contre les provenances de l’empire ottoman.

Dans cette situation, le ministre du commerce, doublement préoccupé de rassurer entièrement l’opinion publique au point de vue sanitaire et de sauvegarder les intérêts de notre commerce maritime contre la mise en quarantaine des provenances françaises dans les ports d’Italie, d’Autriche et d’Espagne, a décidé que, jusqu’à nouvel ordre, les provenances, nonseulement de la mer Noire, mais de tout le littoral de l’empire ottoman, seraient considérées et traitées comme suspectes dans, tous, les ports français de la Méditerranée, de l’Océan et de la Manche, et qu’en conséquence il leur serait fait application, même en cas de patente nette, des dispositions de notre règlement relatif aux navires ayant patente brute de pèste.

Voici ce règlement:

A, Mesures sanitaires applicables aux provenances de peste dans tes ports de la Méditerranée,

1° Navires suspects, -r Les navires suspects (art. 36 du règlement général), c’est-à-dire n’ayant eu aucun accident de peste constaté pendant la traversée, sont soumis à une quarantaine qui ne peut être purgée que dans un port à lazaret.

Pour les personnes, la quarantaine d’observation est de cinq à dix jours pleins, soit au lazaret, soit à bord si le lazaret est insuffisant.

Le déchargement sanitaire, la désinfection des effets à usage, des effets susceptibles, et celle du navire, sont obligatoires.

La quarantaine des personnes restées à bord pendant le déchargement est de cinq à dix jours pleins et ne commence que quand la désinfection du navire est terminée.

2° Navires infectés. — Pour les navires ayant eu ou ayant encore des accidents de peste à bord (art. 36 du règlement général), s’il y a des malades, ils sont immédiatement débarqués

au lazaret ; les personnes non malades sont soumises à une quarantaine de dix à quinze jours pleins à dater de leur entrée au lazaret.

Le déchargement sanitaire, la désinfection aussi complète que possible des effets à usage, des objets susceptibles, et celle du navire, sont de rigueur.

La quarantaine des personnes restées à bord est de dix à quinze jours pleins ; elle ne commence que quand la désinfection du navire est achevée.

B. Mesures sanitaires applicables aux provenances de peste dans les ports de la Manche et de l'Océan.

1° Navires suspects. — Les navires de cette calégorie (art. 36 du règlement général), c’est-à-dire n’ayant eu aucun accident de peste constaté pendant la traversée, sont soumis à une quarantaine qui doit être purgée, autant que possible, dans un port à lazaret.

La quarantaine d’observation pour les personnes, soit au lazaret, soit à bord, est de trois à cinq jours pleins.

La désinfection des effets à usage, des objets susceptibles, celle du navire, le déchargement sanitaire, sont obligatoires.

La quarantaine des personnes restées à bord pendant la déchargement ne commence que quand la désinfection du navire est terminée; elle est de trois à cinq jours pleins.

2° Navires infectés. — Pour les navires ayant eu ou ayant encore des accidents de peste à bord (art 36 du règlement général), s’il y a des malades, ils sont immédiatement débarqués au lazaret.

Les personnes non malades sont soumises à une quarantaine de cinq à dix jours pleins, à dater de leur entrée au lazaret.

Le déchargement sanitaire, la désinfection aussi complète que possible des effets à usage, des objets susceptibles, et celle du navire, sont de riguepr.

La quarantaine des personnes restées à bord pendant le déchargement est de cinq à dix jours pleins, et ne commence que quand la désinfection du navire est terminée. »

On lit dans le Sémaphore du 13 février :

« Nous apprenons, à la dernière heure, que la Compagnie marseillaise de navigation à vapeur, A. et L. Fraissinet, a dû modifier l’itinéraire de son steamer l’ Assyrien, partant ce matin pour Constantinople, qui devait toucher à Gênes et à Naples. Ces deux escales sont supprimées, la Compagnie ayant été informée que l’autorité italienne entendait prescrire une quarantaine aux bâtiments ayant séjourné récemment dans le Levant, même quand ces bâtiments auraient depuis lors été admis dans les eaux d’Europe. L’autorité italienne ne compterait permettre le débarquement de marchandises originaires de France, chargées sur des bâtiments placés dans ces conditions, que dans le cas où elles seraient accompagnées d’un certificat délivré par lé consul italien attestant leur origine française. Il a donc été nécessaire de déposer sur chattes les marchandises déjà chargées à bord de Y Assyrien, à destination de Gênes et de Naples.

A Naples, d’après les journaux italiens, l’autorité locale insiste auprès du gouvernement ' pour qu’il supprime tout lazaret dans le voisinage, et qu’il décide qu’on admettra à la libre pratique les bâtiments venant du Levant, seulement lorsqu’ils pourront établir qu’ils ont fait une quarantaine à Malte et quand l’autorité anglaise les aurait admis à la libre pratique. Le conseil de santé italien aurait encore proposé d’exiger que toutes les dépêches postales venant de l’Inde et débarquées à Brindisi soient, à leur passage à Alexandrie, revêtues d’une nouvelle enveloppe goudronnée, et qu’à Brindisi on les soumette à une purification extérieure par l’acide sulfurique. »

— On mande de Marseille, le là février : « La Chambre de commerce s’est réunie aujourd’hui d’urgence. Elle a approuvé les mesures de précaution exceptionnelles proposées par le Conseil sanitaire au sujet de la peste et comprenant une quarantaine de dix jours, même pour les navires arrivant avec patente nette, sans préjudice de mesures plus rigoureuses dans le cas où des navires arriveraient avec une patente brute.

« La Chambre a demandé la prohibition absolue de l’entrée des chiffons, marchandise reconnue comme la plus dangereuse.

« En outre, la Chambre a émis le vœu que le gouvernement se concerte avec l’Italie, l’Autriche et l’Espagne pour que, en raison des mesures exceptionnelles de précaution adoptées par la France, les navires arrivant de France chez ces puissances soient admis en libre pratique, comme les voyageurs et les marchandises arrivant par la voie de terre. »

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