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LE LAZARET DE MARSEILLE

Au moment où les quarantaines pour marchandises et passagers sont remises en vigueur, il n’est peut-être pas inutile de jeter un coup d’œil sur le lazaret de Marseille et sur le régime auquel sont soumis les quarantenaires.

Peu de gens se font une idée juste de ce grand établissement sanitaire, de son installation, de la multiplicité des locaux qu’il renferme et des ressources qu’il offre aux passagers.

Le lazaret, dont l’accès est rigoureusement interdit à toute personne non réclamée par les besoins du service, est établi au Frioui, sur deux îles reliées par une jetée. Il occupe une superficie de plus de 100 hectares. Il y a 13,000 mètres carrés de toiture abritant une série de pavillons à un étage. Les hangars affectés aujourd’hui a l’aération et à l’assainissement des marchandises sont tournés vers le nord ; ceux où logent les quarantenaires ont la façade au midi.

Les cinq pavillons du nord sont de construction récente. Le pavillon central, qui est trèsvaste, comprend la pharmacie, les fumigatoires, les approvisionnements, le couvent des sœurs hospitalières, les cantines, le four à pain, le bûcher, les cuisines, la buanderie et les bains.

Les passagers de première classe occupent un pavillon spécial, le quatrième, qui est confortablement aménagé. Les édifices, largement espacés, sont distants d’au moins 40 mètres l’un de l’autre, et les passagers de diverses classes ne sont jamais mêlés.

La digue intérieure du port du Frioui a coûté 1,730,000 fr. Les hangars pour l’assainissement des marchandises ont 280 mètres de long sur 24 de large. Ils se composent de douze vastes salles carrelées et bien aérées.

L’hôpital est à Pomègue, à un kilomètre à peu près du Frioui, le long d’une anse où l’on assainit les navires contaminés non reçus au grand port. Il y a bien un second hôpital à Ralonneau, plus spécial aux cholériques et aux malades atteints de fièvre jaune, mais on l’utilise rarement.

Les ressources immobilières et mobilières du lazaret de Marseille sont considérables. On y compte 125 chambres, dont 85 sont munies de cheminées pour les passagers de première classe qui veulent être logés séparément ou qui sont malades. Sept dortoirs pour hommes avec 172 lits et huit dortoirs pour femmes avec 120 lits. Ces lits sont en fer ; il y en a, en tout, 400, sans compter les lits de camp à 800 places pour les passagers de troisième classe. Le lazaret du Frioui, si vaste qu’il soit, n’est pas encore terminé.

Quand on y aura mis la dernière main, il aura six bâtiments de plus avec 128 chambres pour passagers de première classe et 28 dortoirs pour 750 personnes. Le lazaret pourra contenir alors, sans difficultés, 2,000 quarantenaires, soit 1,400 de troisième classe, 350 de deuxième classe et 250 de première classe.

Mais quel est, dira-t-on, le régime des quarantenaires? Les passagers pauvres sont logés pour rien. Ceux qui occupent dans les dortoirs des lits garnis peuvent payer, par jour, 50 centimes, et les riches, qui occupent une chambre séparée, donnent 2 fr. par jour à l’État La nourriture peut venir de la ville si les quarantenaires le désirent ; mais, à l’intérieur du lazaret, il y a une table d’hôte à 2 fr. 50 pour le déjeuner et à 3 fr. pour le dîner; à la table ordinaire, chaque repas coûte 1 fr. 75. L’eau est répartie en 17 citernes contenant plus de 2 millions de litres.

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