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INFARCTUS DE LA RATE. — ALCOOLISME

Présentation faite à la Société médicale des hôpitaux, dans la séance du vendredi 12 juillet 1878, Par le docteur Féréol , médecin de l’hôpital Lariboisière.

Jean Sulari, 35 ans, journalier; constitution très-robuste. Entré à la salle Saint-Vincent, n° 29, le 1 4 juin 1878.

Ce malade, récemment arrivé en France pour les travaux de l’Exposition, et ignorant presque complètement le français, ne fournit sur son état antérieur que des renseignemenls tout à fait insuffisants. On apprend seulement qu’il habitait, en Italie, une contrée de malaria, mais que jamais il n’a présenté de fièvre intermittente,

Il y a deux mois, il a éprouvé dans tous les membres des douleurs qui ont persisté pendant environ trois semaines. Y a-t-il eu rhumatisme articulaire? Les réponses du malade ne sont pas assez précises pour qu’on puisse l’affirmer. Quoi qu’il en soit, les douleurs ont reparu il y a quatre ou cinq jours, occupant les lombes et les articulations des membres supérieurs, La réapparition des douleurs s’est accompagnée d’un frisson qssez iptense, et ce frisson se répète au moment même où le malade se présente à la consultation!

La fièvre est intense, le pouls très-accéléré; la peau offre une chaleur mordicànte ; malgré cela, les manifestations articulaires sont très-modérées, les douleurs semblent peu aiguës, et les mouvements ne sont pas sensiblement gênés. D’ailleurs, pas de gonflement au niveau des jointures douloureuses.

L’examen du cœur fait reconnaître une matité normale en étendue et en intensité. Le rhythme n’est pas modifié. Le premier bruit du cœur est remplacé par une sorte de grattement composé de vibrations distinctes sèches et fortes, se rapprochant plutôt d’un bruit musical que d’un souffle râpeux. Ce bruit anormal systolique, ayant son maximum vers la pointe du cœur, est également très-perceptible à la base. Le pouls est régulier. Le 1 4 au soir, il atteint 116, et la température axillaire monte à 40°, 6. La fièvre s’accuse encore par une anorexie complète et une soif très-vive. Les poumons, le foie, la rate, ne présentent rien à signaler. Les urines ne renferment pas d’albumine.

Le 15 au matin, la fièvre est encore plus intense que la veille. Le thermomètre atteint 41° dans l’aisselle. L’hyperpyrexie, coïncidant avec la disparition presque complète des dou-

(1) Observation recueillie par M. Davaine, interne.

FEUILLETON

CAUSERIES

M. le docteur Saies-Girons, qui, à 71 ans, vient de succomber à une de ces pneumonies à marche rapide et asphyxiante, était un confrère distingué, un de ces hommes qu’on regrette de n’avoir pas assez connus, assez fréquentés, quand la mort vient nous séparer d’eux. C’est le sentiment que j’éprouve en apprenant la mort de M. Saies-Girons. Mes relations avec lui n’ont élé ni assez nombreuses ni assez intimes pour que je puisse donner la caractéristique de son esprit et de ses talents, et néanmoins elles l’ont été suffisamment pour que je sente ce qu’elles ont dû avoir de charme et d’attrait pour ceux qui les ont cultivées. Donc, et autant que des souvenirs un peu lointains déjà puissent se raviver, Saies-Girons, à une instruction variée et portant surtout sur la philosophie, joignait un esprit fin, délicat, subtil, aimant et cherchant la controverse, polémiste alerte et prompt à la riposte, semant la discussion de traits piquants, de mots malicieux et qui semblaient s’échapper d’une bouche bonhomme et d’un cœur sans fiel.

Dès sa thèse inaugurale soutenue à Montpellier, Saies-Girons avait montré quelle avait été et quelle continuerait à être la direction de ses études médicales. Cette thèse avait pour titre : De ( utilité de la métaphysique dans les sciences naturelles. Saies-Girons avait judicieusement choisi le milieu, Montpellier, dans lequel il pouvait produire une dissertation de ce genre. Elle n’eût pas été favorablement accueillie dans le milieu médical parisien en 1840.

Saies-Girons a parcouru droit et ferme la carrière dans laquelle il était entré par sa thèse.

38 , ;v,l(, ,t LfUNIjON' MÉDICALE. IV *>/

leurs articulaires, fait craindre le développement du rhumatisme cérébral. Il n’y a pas de céphalalgie.

Le malade faisant comprendre qu’il n’a pas eu de garde-robe depuis huit jours, on lui prescrit 30 grammes d’huile de ricin. Chiendent nitré ; salicylate de soude, 4 grammes. Quatre ventouses scàrifiées àür‘ la région précordiale. '

Le soir du même jour (15 juin), vers cinq heures, là température est prise avec le plus grand soin dans l’aisselle, et l’on ne trouvé que 37°.

, Dimanehé 16 juin. Le malade a eu un frisson à quatre heures du matin. A neuf heures, la température axillaire est de 37°, ,5.

A quatre heures et demie du soir, nouveau et violent frisson avec tremblement général et claquement de dents. Incohérence dés réponses, dont le malade a conscience, car, une heure plus tard, il demande pardon des sottises qu’il a pu dire, ajoutant qu’il avait la tête perdue. Pendant ce frisson, la température axillaire atteint 41°, 8b

Ces divers frissons n’ont présenté aucune régularité; en voici le résumé :

Premier frisson, cinq jours avant son entrée.

Deuxième frisson, le jour de son entrée, le 14, à neuf heures et demie du matin.

Troisième frisson le 16, à quatre heures du matin.

Quatrième frisson le même jour, à quatre heures et demie du soir.

Lundi 17. Pas de nouveau frisson depuis hier soir. L’intelligence est certainement troublée, car le malade demande à ce qu’on le laisse partir, prétendant qu’il est tout à fait guéri. La température axillaire est de 39°. Sulfate de quinine, 0,75. Salicylate supprimé.

Mardi 18. L’auscultation du cœur fournit des résultats nouveaux. On n’entend plus le bruit particulier de grattement qui masquait le premier bruit du cœur, mais un double souffle systolique et diastolique imitant un bruit de va-et-vient, et s’entendant au maximum vers la partie moyenne delà région précordiale. Il h’existe plus de douleurs dans les membres. La température axillaire est de 39°, 4. Le pouls, fréquent, petit, reste régulier. Sulfate de quinine, 1 gramme.

Le soir, la température ne dépasse pas 38°, 5, mais il existe du subdélirium.

Mercredi 19. Le malade a de la dyspnée. Pour la première fois, sa respiration est courte et accélérée. Il conserve la position assise. Il tousse un peu, et rejette quelques crachats: muqueux légèrement teintés de sang.' L’examen de la poitrine fait reconnaître une diminution de la sonorité à droite, dans la fosse sous-épineuse. En ce point, on , perçoit des râles sou$crépitants assez fins, disséminés. Pas de nouveau frisson ni de point de côté. Langue sèche. Température axillaire, 39°, 6. —Dix ventouses sèches sur la poitrine. Potion, 60 gr. de rhum. Sulfate de quinine, 0,50 çentigr.

19 au soir. La température est moins élevée que ce matin, 38°, 6; cependant les signes de pneumonie s’accusent du côté droit. En avant, sous la clavicule, existe une matité bien nette,

Toute sa vie, il l’a consacrée à la propagation et à la défense de ses opinions philosophiques, et la philosophie qu’il a courageusement prêchée est l’animisme orthodoxe, l’animisme de saint Thomas-d’ Aquin, dont il a eu la patience de traduire la première partie de la Somme. C’est dans le journal la Revue médicale, dont M. Cayol lui avait cédé la direction, que Saies- Girons, depuis 1849, a bravement combattu pour les doctrines qui avaient entraîné sa conviction.; Mais, est-ce fatigue, défaillance ou sentiment d’impuissance, Saies-Girons venait luimême d’abandonner la direction de la Revue médicale à notre distingué et savant confrère M. le docteur Édouard . Fournié, dont les doctrines philosophiques lui avaient paru se rapprocher le plus de celles qu’il a si longtemps défendues.

M; Édouard Fournié, autant que qui que ce soit, est au courant des travaux modernes sur toutes les branches de la biologie; lui-même expérimentateur habile, il sait ce que l’on peut attendre ou espérer de l’expérimentation, et en séparer ce qui doit rester dans le domaine de la croyance et du sentiment. La Revue médicale tombe en bonnes mains.

Mais où sont-ils, des esprits assez sages, assez pénétrants et assez tolérants pour reconnaître la barrière qui sépare ce qui est accessible à la science de ce qui lui est impossible d’atteindre? j’en , rencontre quelquefois, et toutes les fois je m’empresse de les signaler. Ainsi, pas plus tard que hier, je lisais, dans la Revue scientifique, ce passage d’une conférence faite ’à Dublin sur d'intelligence des animaux, par M, Raveaux qui, après avoir indiqué et posé les bases #n atomiques et physiologiques de l’intelligence, s’exprime ainsi: « Avant de quitter cette partie de mon sujet, je désire faire voir que la reconnaissance du fait incontestable d’une telle base, n’est pas nécessairement une déclaration de matérialisme. L’existence de rannorts intimes entre les phénomènes psychiques et les phénomènes physiques, ne saurait être con testée un seul instant ;; mais quant à la nature de ces rapports, la science est forcée de déclarer

et la toux fait éclater des bouffées de râle crépitant — Large vésicatoire en avant, soùs la clavicule droite.

20 au matin. Râle crépitant dans toute la hauteur du poumon droit, en avant et dans la fosse sus-épineuse du même côté. Expiration soufflante au niveau du mamelon droit. Dyspnée intense. Crachats rouillés. Langue sèche. Subdélirium. Température axillaire, 38°, h. — Vésicatoire en arrière.

Le 20 au soir. La température atteint 39°.

21 au matin. On entend toujours sous la clavicule droite, jusqu’au mamelon, une respiration soufflante mêlée de râles fins et secs, mais il n’existe pas de souffle franchement tubaire. Température axillaire, 38°,8. Le pouls (100) est petit, dépressible, mais régulier. ’

Pas de frisson depuis le 16. La figure est très-altérée : les traits sont tirés, les yeux excavés et. cerclés de noir. La voix- est faible. La langue est sèche et fuligineuse. Toujours du subdélirium.

Le 21 au soir. Température axillaire, 39°, 6. Le malade ne répond plus.

Il meurt à six heures du matin, le 22 juin.

Autopsie. — A l’ouverture du thorax, on trouve Une petite quantité de sérosité citrine dans la plèvre droite. La plèvre gauche est effacée dans ses deux tiers inférieurs par d’anciennes adhérences.

Le poumon droit présente une congestion intenses dé ses lobes supérieur et moyen : certaines. parties crépitent encore, fournissent un liquide, aéré et surnagent quand on les jette sur, l’eau; d’autres sont friables, lourdes, et se précipitent au fond du vase. Sur le bord postérieur du, lobe supérieur, on trouvé un noyau d’apoplexie gros comme une noix. Lé lofie inférieur est simplement congestionné.

Le poumon gauche est le siège d’une congestion intense, et son lobe supérieur présenté, un , noyau apoplectique situé sur son bord postérieur.

Cœur : Pas d’épanchement dans le péricarde. Lé. cœur est volumineux, surchargé de : graisse, en diastole; il pèse fifiO grammes, vide de sang. , „

A l’ouverture du ventricule gauche, on trouve l'orifice aortique complètement obstrué par une masse végétante, du, volume d’une petite noix, paraissant formée par des couches de fibrine, feuilletées, superposées les unes aux autres, et très-analogue aux dépôts stratifiés . qu’on trouve dans les sacs anévrysmaux. Seulement l’extrémité libre de cette masse ;.végé- i tante se termine par une sorte de houppe végétante formée, de radicules implantées: les :unes sur les autres et fi’autant plus minces qu’elles sont plus élevées. La base de oétte grosse masse végétante s’insère sur la cloison interventriculaire, au-dessous de la valvule sigmoïde droite en grande partie détruite.

La lumière du canal aortique est tellement bouchée par ce gros bourgeon végétant, qu’on

qu’elle est actuellement inconnue, et même, autant qu’il est possible d’en juger dans l’état présent des choses, qu’elle est destinée à rester toujours inconnue. Le flot toujours ipouvant de l’intelligence avance depuis des siècles, envisageant de tous côtés les rivages escarpés du pourquoi; mais à la ligne de jonction de l’esprit et de la matière s’élève comme .une haute;, falaise, un grand mystère, et dans l’obscurité qui l’enveloppe nous entendons la voix de la vraie philosophie qui nous crie : « Tu viendras jusqu’ici, mais pas plus lojn, et tes vagues orgueilleuses s’arrêteront devant cette barrière. »

Il n’en est pas moins triste d’avoir à marquer les premiers jours de la nouvelle année par la mort de confrères honorables et dignes de tous les regrets. Nous nous sommes quelquefois pris de bec de plume avec mon spirituel confrère Saies-Girons, mais cè n’a été jamais jusqu’au sang, et la courtoisie n’a jamais eu à souffrir de nos légers dissentiments. Jè trouvais sa doctrine excessive, il trouvait la mienne trop accommodante ; il acceptait volontiers qu’en philosophie médicale je l’appelasse Alceste, mais il croyait m’avpir violemment riposté en m’appelant Philinte, Pfiilinte soit, je n’y répugne pas; croyez- vous que nous . serions plus malheureux si, en politique, en philosophie, en science et partout, Philinte était plus touchant ef plus écouté ?

On sait avec quelle ardeur Saies-Girons a cherché à propager l’inhalation : par la pulvérisation fies eaux minérales, procédé, — la pulvérisation, — dont il faut le reconnaître l’in- . venleur, malgré quelques contestations. Ses appareils ingénieux atteignent parfaitement le but ; ppur lequel ils ont été inventés,, c’est-à-dire de réduire l’eau en, poudre.; Mais l’inhalation de l’eau minérale pulvérisée remplit-elle une véritable: et sérieuse indication; thérapeutique?. Voilà ce qui a été contesté à Saies-Girons, qui a: eu, pour répondre à ses nombreux contradicteurs; , à employer toutes les ressources d’une plume habile* d’un polémiste exercé , venant en aifie à une conviction profonde.

ne voit pas bien tout d’abord par où le sang pouvait passer du ventricule gauche dans l’aorte} en écartant un peu cette sorte de bouchon, on voit que la communication se faisait par une sorte de fissure semi-lunaire contournant la surface libre et flottante de la tumeur, et dont le calibre ne représentait pas le dixième du calibre de l’orifice aortique.

La valvule sigmoïde droite n’est plus représentée que par une languette dont le bord supérieur est lisse, quoique épaissi ; le bord inférieur est inégalement frangé et déchiqueté ; son fond est complètement détruit. Il est difficile de dire si le gros bourgeon végétant cidessus décrit n’est pas en partie formé par le fond de la valvule considérablement épaissi et recouvert de stratifications fibrineuses et végétantes.

Le sinus aortique correspondant à la valvule sigmoïde droite est ulcéré, et cette ulcération se continue avec une cavité aufractueuse creusée dans la substance musculaire du cœur aux dépens de la cloison interventriculaire. Cette Cavité, pleine d’une bouillie rougeâtre, présente deux diverticulums; l’un, d’une profondeur d’un centimètre, situé en avant au-dessous de la moitié antérieure de la valvule droite; l’autre Un peu plus profond, Situé en arrière, au-dessous delà moitié postérieure de cette valvule; ces deux diverticulums sont séparés l’un de l’autre par la base du gros bourgeon végétant qui vient s’insérer entre eux, au-dessous du milieu de la valvule détruite.

L’endocarde du ventricule droit qui correspond à ces anfractuosités est sain.

Il n’en est pas de même de la partie de l’oreillette gauche qui correspond à la valve droite de la valvule mitrale. Cette valve est recouverte d’un endocarde très-épaissi, et qui présente en plusieurs points des ulcérations superficielles en coups d’ongles, recouvertes sur leurs bords de petites végétations. On remarque, en outre, sur cette valve, en face de l’ouverture de l’auricule, un point formant une boursouflure fluctuante du diamètre d’une pièce de 20 centimes, et au centre de cette boursouflure un petit . pertuis microscopique par lequel on fait refluer à la pression un peu de cette bouillie noirâtre qui remplit la cavité anfractueuse située au-dessous de la valvule sigmoïde droite. Il y a donc par ce pertuis établissement d’une communicaiion directe entre l’oreillette gauche et l’aorte.

Les quelques végétations qu’on trouve sur la valve droite de la valvule mitrale, et le gros bourgeon végétant qui obstrue l’orifice aortique, ne sont pas les seules que l’on constate.

L’interstice situé entre la valvule sigmoïde droite et la valvule sigmoïde gauche est rempli par des masses végétantes nombreuses, déchiquetées, et si on les soulève on trouve qù’audessous l’endocarde a disparu; elles s’insèrent directement sur le tissu musculaire du Cœur.

Il en est de même de l’interstice situé entre la valvule sigmoïde droite et la valvule sigmoïde postérieure; de plus, en ce point, les végétations, qui sont plus volumineuses que de l’autre côté, ont perforé la valvule sigmoïde postérieure; elles pénètrent dans le nid de pigeon, en obturant le trou qu’elles y font. La valvule est notablement épaissie.

Quant à la valvule sigmoïde gauche, elle est aussi un peu épaissie; elle présente près de son insertion postérieure deux petites pertes de substance séparées l’une de l’autre par un

Dans la dernière année de sa vie, Sâles-Girons s’est occupé d’un projet dont j’ignore le résultat, à savoir, de compléter la station hivernale de Pau en faisant descendre dans cette ville la source des Eaux-Bonnes. Tout cela pour l’hiver, car, en sa qualité' de médecin inspecteur des eaux de Pierrefohds, il ne pouvait consentir à trouver, pour l’été; des eaux plus salutaires' et plus efficaces que celles de la naïade dont il dispensait les bienfaits.

* Un aimable correspondant, qui garde l’incognito, me trouvant sans doute embarrassé pour terminer cette Causerie, m’adresse le petit article suivant, évidemment extrait d’un journal, mais dont il n’indique pas le titre; de sorte que c’est sans intention. que je me rends coupable de ce petit acte de piraterie littéraire dont I’Union Médicale, sans se plaindre jamais, est trop souvent la victime :

« Il vient de mourir, rue Cuvier, à Paris, un bossu dont la bosse, à coup sûr, était celle de la statistique. Et devinez à quoi, pendant plus de cinquante ans, il a appliqué sa bosse? Aux bossus!

A la levée des scellés, ses héritiers ont découvert, au lieu de testament, un volumineux manuscrit, monographie soigneusement détaillée de la bosse, comportant deux mille feuillets environ, où il n’est absolument question que de bossus, ce qui par parenthèse ne les a pas fait rire comme... vous savez qui.

Célibataire, riche, indépendant, d’une santé de fer, notre homme n’avait reculé devant aucun sacrifice, devant aucune fatigue, devant aucun danger pour recueillir les innombrables observations consignées dans son gigantesque travail. Il avait voyagé partout, d’abord en France où il a étabi le nombre des bossus par communes; puis dans toute l’Europe, au delà des mers, fouillant les Amériques, l’Océanie, les Indes, la Chine, l’Indo-Chine et le Japon, l’Abyssi-

nie, le Sahara, la Guinée, toute l’Afrique, depuis les sources du Nil jusqu’aux chutes du Zambèze.

C’est en Europe, dans la zone tempérée, qu’il a rencontré le plus de bossus rachitiques.

C’est en Espagne, paraît-il, qu’il y a le plus de bossus.

Dans une petite localité, au pied de la Sierra-Morena, on en compte un sur treize habitants.

En France, le bassin de la Loire en est peuplé; le rachitisme; y règne presque à l’état endémique.

Au nombre des remarques singulières contenues dans le manuscrit, une des plus curieuses est certainement celle-ci : les gibbosités ont un rapport intime avec la configuration et l’aspect des contrées où elles se produisent.

C’est ainsi que celles des bossus des Pyrénées affectent ordinairement la forme de pics et de pointes menaçant le ciel, tandis que celles des habitants des bords de la mer présentent, de haut en bas, des pentes successives et des déclivités accusées ; la bosse des bossus des plaines s’aplatit et s’étale comme un champignon écrasé.

Combinant les moyennes des chiffres rapportés de tous les pays du globe, notre statisticien arrive à ce résultat numérique, qu’il n’y a pas moins d’un bossu sur mille individus, ce qui donne environ un million de bossus pour la terre entière.

Puis, établissant que la hauteur moyenne de chaque bosse est de 20 centimètres, — il a fait plus de 6,000 calculs pour arriver à ce résultat, — il multiplie le million de bossus par la hauteur de la bosse, ce qui donne une élévation de 200,000 mètres; c’est-à-dire que toutes les bosses étant superposées, on escaladerait, par cette nouvelle et étrange échelle, 10 Cordillères, surmontées de 25 Monts-Blancs, auxquels il faudrait ajouter comme appoint toutes les Pyramides réunies, rehaussées de toutes les flèches des cathédrales de l’Europe.

végétation poiypirorme omitèrant presque complètement l’orifice aortique. Valvule sigmoïde droite, dont le fond est détruit.

Végétations situées dans le sinus inter-vulvulaire et pénétrant dans la valvule postérieure.

. Végétations situées entre la valvule postérieure et la sigmoïde gauche.

tractus filamenteux de tissu sain (état fenêtré, réticulé). On remarque, sur le fond du sinus, une petite plaque linéaire jaunâtre faisant une légère saillie (xanthome, athérome). Et dans l’aorte même , au voisinage des valvules, quelques petites plaques semblables, très-rares. Le reste de l’endartère, examiné à une assez grande distance, est sain.

Si maintenant on opère une section verticale du gros bourgeon végétant à sa partie moyenne, on découvre la cavité anfractueuse double qu’on ne pouvait apercevoir que de haut en bas et dont les parois sont formées par les fibres musculaires du cœur dissociées; on cons-

tate, en outre, que la paroi de la cavité qui correspond à la bourspuflure de la valve mitrale droite est doublée par une membrane fibrineuse stratifiée, largement plissée et un peu flottante, semblant former la paroi d’un abcès qui s’est vidé; on ne trouve, du reste, rien qui ressemble à du pus, mais une bouillie rougeâtre de sang altéré. C’est directement au-dessous de cette membrane que conduit le pertuis qui s’ouvrait dans l’oreillette gauche.

Enfin on constate que le gros bourgeon polypiforme est creux à l’intérieur, et contient une petite cavité triangulaire, remplie de ce même sang altéré.

Rien à signaler dans les cavités droites.

Foie : Induration ; épaississement manifeste à l’œil nu du tissu interstitiel (foie de buveur) ; pas d’infarctus.

Rate volumineuse, 430 grammes. Elle présente à sa partie inférieure un infarctus récent d’une coloration rouge brun.

Reins congestionnés ; pas d’infarctus.

Encéphale : Epaississement considérable et teinte opaline de l’arachnoïde, surtout sur les lobes frontaux et au niveau des confluents de la base. Les méninges s’enlèvent cependant facilement; pas d’hydropisie. Les coupes de l’encéphale ne révèlent à l’œil nu aucune lésion apparente de la pulpe nerveuse.

Remarques. — Cette remarquable lésion du cœur gauche est un mélange d’anévrysme et d’ulcérations végétantes. (Thèse de Pelvet, 1867.) La végétation est-elle un produit de l’inflammation succédant à l’anévrysme? Ou bien, est-ce le contraire qui a eu lieu? Cette dernière hypothèse paraît plus vraisemblable ; et il semble même qu’on peut surprendre le travail morbide en voie d’évolution en examinant la valvule aortique postérieure. En ce point, on constate que la petite masse de végétations développée dans le sinus inter-valvulaire a perforé le cul-de-sac de la valvule ; celle-ci d’ailleurs ne présente rien qui ressemble à une dilatation anévrysmatique. Mais, si le malade avait vécu plus longtemps, les progrès de cette ulcération végétante auraient fort bien pu reproduire, au-dessous de la valvule postérieure, une lésion ulcéreuse, d’apparence anévrysmatique, et fort analogue à celle qui a détruit le fond de la valvule sygmoïde droite.

La lésion principale siège primitivement au point signalé dans la thèse de M. Pelvet, sous le nom à! espace membraneux; c’est-à-dire au point où les deux endocardes du cœur droit et du cœur gauche s’adossent, et où il n’y a enti*e les deux que du tissu conjonctif; cependant, l’anévrysme ne fait aucune saillie en doigt de gant du côté du ventricule droit, dont l’endocarde est intact; l’ulcération s’est étendue principalement du côté du myocarde en bas, et en haut du côté de la valvule. Il

Le dernier feuillet du manuscrit de cet original contient son testament, dans lequel il est dit qu’il veut qu’on mette sur sa fosse une bosse de marbre en (guise de monument, avec cette inscription :

Ci-gtt un bossu Qui de la bosse eut Le goût, et sur la bosse sut Plus qu’aucun bossu. »

Il est bien permis de s’écrier : Où diable la statistique va-t-elle se nicher? Ce qui étonne, c’est que ce statisticien de la bosse ait à peu près négligé un élément intéressant de ses recherches, à savoir : s’il est vrai que les bossus soient remarquables par le développement de leurs facultés intellectuelles; quelle est celle de ces facultés qui prédomine, l’esprit d’à-propos de réplique, de malice; s’il est vrai, enfin, que la bosse de la critique soit chez eux trèsdéveloppée. L un de nos plus aimables littérateurs de la médecine, Isidore Bourdon, n’hésite pas à accepter cette opinion commune, et il en donne deux DrincinanT ™tifa • un

de compenser par 1™ Cl lc savoir la amormue qui les afflige, puis par l’aigreur que cette difformité imprime à leur esprit; le second, motif physique, c’est que la moelle épinière, comprimée dans les arcs osseux qui la contiennent, reflue vers le cerveau, lui donne plus de volume et, par conséquent, plus d’activité que chez le commun des hommes. Voici quelques lignes que notre spirituel confrère a consacrées aux bossus :

" aie"î petu ou beaucoup d’esprit, les bossus sont d’un commerce au

moins difficile. Celte disposition tient à leur excessive susceptibilité, à d’extrêmes prétentions,

semble, du resté, que la lésion à eu une marche rapide; comme c’est l’ordinajure dans les cas de ce genre, d’après M. Pelvet, et rentre dans la variété décrite par cet auteur sous le nom d’anévrysme aigu. Bien que lès antécédents du malade soient restés obscurs et incomplets, la vigueur apparente de sa constitution exclut l’idée d’une maladie chronique. La phase ultime de la maladie, la seule que nous ayons vue, a présenté les symptômes de l’endocardite septique (grands frissons irréguliers; hyperpyrexie considérable, suivie d’abaissements énormes de la température ; cinq degrés d’oscillations en quelques heures); et on a trouvé, à l’autopsie, un infarctus récent dans la rate, et une pneumonie avec noyaux apoplectiques. Il y a, il est vrai, quelque doute sur l’interprétation de cette dernière lésion : il faudrait admettre en effet que, s’il y a eu des embolies capillaires dans le poumon, elles ont suivi la voie des artères bronchiques. La preuve anatomique n’en a pas été recherchée dans ce cas; et le fait n’est pas admis généralement.

Notons, en terminant, que le malade était certainement alcoolique, circonstance étiologique très-souvent notée; et il se peut aussi que l’ennui, la nostalgie, aient joué un rôle dans la marche et l’évolution des accidents. C’est encore une circonstance qui a été notée très-souvent dans les cas d’endocardite végétante.

BIBLIOTHÈQUE

L’INSTRUMENT DE MOLIÈRE, traduction du Traité De clysteribus de Régnier de Graaf (1668). Paris, 1878; Damascène-Morgand et Charles Fatout. Un joli volume in-8° de 125 pages, avec portrait, vignettes, culs-de-lampe, etc.

Si le siècle de Louis XIV fut le siècle des grands hommes, ce fut aussi le siècle des perruques, des drogues et des lavements. Dans l’espace compris entre les années 1647 et 1711, le Grand-Soleil a eu quarante-sept saignées, soit du bras, soit du pied; il a reçu environ trois cents clystères, dont plusieurs au débotté, en descendant de cheval, sous l’inspiration maternelle de son médecin. Encore ne sommes-nous pas certain de n’avoir pas laissé échapper quelques coups de lancette et quelques coups de piston. De plus, le monarque a pris 1,500 à 2,000 médecines de précaution ou d’urgence; il a avalé des kilogrammes de quinquina; il a usé, dans des proportions colossales, des cordiaux, des. altérants, des débilitants; il a épuisé enfin, à peu près, toute la boutique d’un apothicaire. Aussi, les indispositions, les maladies, les infirmités ne lui ont pas manqué. On relève, à son appoint : variole, dureté squirrheuse au mamelon, rhumes, fièvres éphémères, flux de ventre, dysenteries (très-communément), bleu¬

ir un besoin de médire insatiable, et à un caractère essentiellement tourmentant. L’habitude qu’ils ont d’être raillés les tient toujours en armes et lès rend hostiles. Curieux d’un combat où leur grande expérience leur promet la victoire, s’ils ne se défendent, ils attaquent. Leur vie entière est un tissu de méchancetés ingénieuses, ou peu s’én faut. Il n’y a pas jusqu’à leur physique qui ne garde l’empreinte d’un pareil esprit; sans avoir tout à fait la tête de Thersite, ils participent de ses défauts. »

Ce n’est pas mal touché.

J’ai connu une dame, très-distinguée d’ailleurs, qui, toutes les fois qu’elle rencontrait un bossu, s’empressait, à quelque heure que ce fût, et quoi qu’elle eût à faire, de rentrer chez elle, d’où elle ne sortait plus de la journée. Elle prétendait que tous les bossus avaient le mauvais œil et portaient malheur.

Je me suis trouvé un jour chez le curé de mon village, à qui un enfant bossu venait demander son inscription pour le catéchisme. Cet enfant' était le fils d’un noùrrisseur qui fournissait le lait au pays. — Te voilà, petit drôle? lui dit le curé en riant! C’est donc toi qui mets de l’eau dans notre lait? — Ce n’est pas moi, répondit le gamin, faisant semblant de pleurnicher, c’est, maman.

Toute la malignité de la bosse est dans la réponse de cet affreux gamin.

Dr Simplice.

Nécrologie. — M. le docteur E. Bourdet, qui a publié quelques travaux estimés de litté rature médicale,, vient de mourir à Paris, à un âge peu avancé.

norrhagie, fièvre intermittente, typhus, rhumatisme, odontalgie, arthrite du pied, furoncle, carie du maxillaire supérieur, fistule à l’anus, ophthalmie à l’œil droit, fluxion à la joue droite, anthrax à la nuque, d’une oreille à l’autre, gravelle, calculs rénaux, rougeole, gangrène sénile, etc. Aussi le cadavre royal montra-t-il, à l’autopsie, une prodigieuse dilatation des intestins : ces derniers, épuisés, éreintés par tant de médecines, tant de lavements, et par upe gloutonnerie sans pareille, avaient à peu près perdu toute leur élasticité.

Le clystère était si bien dans les mœurs du temps, qu’on vit, — ou plutôt qu’on ne vit pas, — en pleine réception de cour, devant le roi, une camériste glisser adroitement un lavement à la duchesse de Bourgogne sans que celle-ci sourcillât, sans le plus petit dérangement apparent de sa robe à traîne.

Gloire donc à Régnier de Graaf, jeune docteur bien avisé, qui comprit l’urgence de venir au secours de la seringue, et de donner à son siècle, tant et tant constipé, les fruits de sa science et de son esprit inventif. Jusqu’à lui, on ne possédait que le vulgaire canon en étain, lequel, pour fonctionner tutb, cito, et jucundè, avait besoin de deux acteurs au moins : le destinataire et un expéditeur, ce dernier représenté généralement par un apothicaire. De là des embarras fréquents; on n’avait pas toujours sous la main un apothicaire, qu’il fallait d'ailleurs payer; puis, nécessairement, telle discrétion qu’il y mît, l’expéditeur devait découvrir la boîte aux lettres. Régnier de Graaf vint, et reçut bientôt les bénédictions de tous, — les apothicaires exceptés, qui durent nourrir contre lui une furieuse rancune, détrônés de leurs plus chères attributions.

En un mot, Régnier de Graaf livra à ses frères et sœurs sur la terre, un long tuyau, terminé à un bout par une douce et charmante canule en ivoire, et, à l’autre bout, par un ajustement destiné à recevoir le corps de pompe. Il est vrai que, à moins d’être doué d’une adresse extrême, il fallait encore, avec cet appareil, deux acteurs ; mais le lecteur comprendra aisément que ladite boîte aux lettres n’avait plus besoin d’être mise à nu, le destinataire pouvant l’avoir entièrement à sa disposition sans l’assistance de personne.

C’était là, c’était là le grand problème, et notre médecin put le résoudre à merveille. Mais avec quelles peines, quels tâtonnements, grand Dieu ! Quel génie il lui a fallu pour trouver l’intermédiaire entre la seringue et la canule, à une époque où le caoutchouc n’existait pas ! Il essaya successivement l’intestin d’un lièvre, la trachée-artère d’un oiseau à long cou, le nerf de bœuf, une baleine perforée, un cuir très-mince roulé sur lui-même en forme de cylindre, la toile cirée. Tentatives inutiles : tout cela ne marchait pas, se détériorait ; les tuyaux ainsi préparés s’obstruaient, se déchiraient; il se faisait des fusées fort désagréables qui sautaient aux yeux des expéditeurs. Il fallut avoir recours à un autre artifice, lequel artifice, cette fois, remplit tous les desiderata. Le voici : « Il faut prendre une bande de cuir de bœuf, très-bien préparée et également dégrossie, de la longueur d’une aune et demie et de la largeur d’un doigt et demi. On la coud, à points croisés, en forme de tube, avec du fil passé à la cire... Cela fait, on prépare un Uniment composé de cire, de suif et de la teinture que les peintres de ces pays appellent « umber. » On en enduit le tube de cuir devant le feu. Ensuite, on prend une tige de fer ayant la grosseur d’une plume à écrire, on l’enduit de suif et on l’introduit dans le tube. Puis on serre étroitement le cuir autour de cette tige de fer, depuis un bout jusqu’à l’autre, au moyen d’un fil épais passé à la cire. Cette opération achevée, on retire la tige de fer, devant le feu, et l’on adapte le conduit,, d’un côté, à la canule, de l’autre, à la seringue... »

Ce qu’il y a de curieux, c’est que le petit ouvrage de Régnier de Graaf est contemporain du Malade imaginaire. Le médecin et le grand comique soulagèrent en même temps leurs concitoyens, l’un par son tuyau en cuir, l'autre par son rire.

Je prédis au livre annoncé ici un grand succès. Il sort des presses de M. Georges Chamerot, qui n’a rien négligé pour en faire une œuvre typographique de fort bon goût; avec son merveilleux procédé héliographique, M. Amand Durand a reproduit le beau portrait de Régnier de Graaf d’après la gravure de Edelink, faite sur une peinture de Watelé. Enfin, des vignettes lestement et humoristiquement dessinées complètent agréablement le côté artistique de l œuvre.

Mais quel est l’auteur, ou plutôt quels sont les auteurs de la traduction et de la publication? Après avoir tourné et retourné le livre, examiné avec anxiété chaque feuille, pour surprendre SrPrU1enCe d,es f*Sures masquées, j’ai eu l’idée d’étudier dans tous ses détails la vignette

a?mTdr,rrItT'r‘U'!,e, „S"Î M"? = 6116 ™Prél“le denx dingues e» sautoir, un encrier armé de trois plumes, et une feuille de papier portant en tête ce mot : Ordonnance; et, au

°rd0nnaace’ ,une aignature à Peu Près Visible, comme doit l’être toute signature

Me Eh bS‘ STES ? armé l0“pe' ie r“ cePentiant, je crois bien, W frée... Eh bien, cher lecteur, faites comme moi, et vous saluerez un de nos chirurgiens les plus distingués des hôpitaux de Paris, un homme aimable, pétillant d’esprit, et qui sait ainsi

se délasser d’austères travaux en commerçant parfois avec la fine littérature et avec l’histoire de notre profession. Si vous voulez que je vous aide, je Vous dirai que les deux premières lettres de son nom s’harmonisent, comme un fait exprès, avec l’un des facteurs mis en jeu dans le Traité De clysteribus de Régnier de Graaf.

D' Achille Chereau.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 6 janvier 1879. — Présidence de MM. Fizeaü et Daubbée.

M. le secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces de la correspondance : 1° une note de M. le docteur Haro, sur les bains que le colonel du 69e de ligne fait prendre aux hommes de son régiment. Je reviendrai très-prochainement sur ce sujet intéressant. L’abondance des matières ne me permet pas aujourd’hui de m’y arrêter comme il conviendrait ; — 2° la quatorzième année du Journal du Ciel , publié par M. J. Vinot, journal, dit M. Bertrand, extrêmement utile à la diffusion des connaissances astronomiques.

M. Duchartre présente, au nom deM. Lasaigue, une note sur une maladie des châtaigniers, causée par un champignon.

M. Faye, au nom de M. Flammarion, dépose sur le bureau une note relative aux nébuleuses doubles. — M. Larrey, au nom de la commission de gymnastique dans l’Université, commission formée en 1869 par M. Duruy, dépose un rapport de M. le docteur Hillairet concernant ce sujet.

M. de Lesseps donne lecture d’un passage du rapport de M. le capitaine Roudaire, sur les sondages dans le bassin des chotts algériens. Les résultats sont jusqu’ici conformes aux prévisions les plus optimistes.

M. Emile Regnier réclame, par une lettre, la priorité de l’invention du charbon plongé dans le mercure dont la pression de bas en haut maintient la permanence du contact et assure la régularité de la lumière dans la lampe électrique. L’appareil de M. Ducretet, présenté dans la dernière séance par M. Max. Cbrnu, n’est que la reproduction pure et simple de ce qu’a imaginé bien auparavant M. Emile Regnier, ainsi qu’il résulte des termes textuels du brevet que lit M. le secrétaire perpétuel.

M. Berthelot dépose sur le bureau, sans la lire, une réponse à M. Pasteur, qui sera insérée dans les comptes rendus.

M. Vulpian fait hommage à l’Académie des « Leçons de physiologie opératoire » que vient de publier M. Duval, agrégé de la Faculté de Paris. Ce sont les dernières leçons qu’a professées Cl. Bernard.

M. Vulpian présente encore, de la part de M. le docteur David, un mémoire intitulé : De la greffe dentaire. Cette greffe a réussi en replantant sur le même sujet une dent arrachée, et de laquelle on avait enlevé les parties altérées. Elle a réussi également dans deux cas, en transplantant des dents d’un sujet sur un autre.

M. le professeur Gosselin, de la part de M. le docteur Magitot, dépose sur le bureau un mémoire traitant le même sujet. Nous croyons devoir, en raison de son intérêt, le reproduire ici tout entier :

« Dans une communication antérieure (compte rendu, 2 février 187A), nous avons présenté à l’Académie, en commun avec un physiologiste regretté, Ch. Legros, des faits de greffe de follicules dentaires chez certaines espèces de mammifères. Cès expériences, toutefois, ne sont pas sorties du domaine de la physiologie expérimentale.

Aujourd’hui, nous abordons un nouveau problème, celui de la greffe d’organes dentaires adultes, et cette fois l’expérience est susceptible de recevoir un certain nombre d’applications pratiqués.

La greffe pratiquée aux dépens des organes dentaires se divise en plusieurs variétés :

Une première catégorie comprend les greffes de dents enlevées dans leur alvéole et réimplantées tantôt de suite, tantôt après un temps plus ou moins long. C’est le greffe par restitution, soit immédiate, soit tardive.

Dans un second groupe se placent les cas de dents enlevées de leur alvéole et transplantées dans un autre, soit sur le même sujet, soit sur Un sujet différent; c’est la greffe par transposition.

Enfin, dans une troisième catégorie se placent les faits de greffe de dents sur divers points du corps autres que les mâchoires. Les expériences de Hunter, de Cooper, de Philipeaux, etc., en sont des exemples. Ce sera la greffe hétérotopique.

Notre intention, dans la communication présente, est dp, nous, borner à présenter des faits de greffes par restitution, mais comprenant «ne variété, particulière. Il s’agit, en effet, dans un but thérapeutique, d’enlever un organe à ses connexions normales, , d’en, supprimer par résection une partie malade de sa substance, et de réintégrer l’autre partie restée saine en son lieu primitif. C’est, une, combinaison de la greffe et de la résection.

Les premières tentatives de ce genre appartiennent à Delabarre, qui, ayant pratiqué l’ablation d’une dent cause d’abcès et de fistules, fit , la réfection d’une portion de la racine et la réimplanta avec un pleiri succès. {Ann. du Cercle médical, Paris, 1820, 1" partie, page 323.) La seconde est celle du professeur Alquiê, de Montpellier, qui, en 1858, guérit par la même opération une fistule ancienne du menton. ( Bulletin de thérapeutique, 30 mars 1860.)

Nos expériences .personnelles remontent à 1875. Les trois premières ont été publiées à cette époque ( Gazette des hôpitaux, 1875, p. 35 et suiv.), d’autres figurent dans la thèse inaugurale de deux de nos élèves, le docteur Pulkiewicz (thèse de Paris,' 1876) et le docteur David (thèse de Paris, 1877). Aujourd’hui, le nombre de nos opérations atteint le chiffre de 62. Elles constituent une véritable méthode chirurgicale dont nous désirons tracer les données principales.

L'indication chirurgicale de la greffe combinée à la résection repose essentiellement sur le diagnostic d’une lésion spéciale de l’extrémité radiculaire des dents caractérisée par la périostite chronique du sommet; c’est-à-dire : inflammation du feuillet, périostique, dénudation et nécrose du ciment sous-jacent, résorption de l’ivoire. C’est une sorte de mortification du sommet de la racine.

Le processus morbide consiste dans une série d’accidents particuliers : phlegmons de la gencive ou de la face, dénudations et nécroses du bord alvéolaire, fistules muqueuses ou cutanées. Les accidents revêtent tantôt la forme chronique, tantôt la forme intermittente, et ils peuvent, abandonnés à eux-mêmes, avoir pour conséquences des; désordres graves, des difformités et des cicatrices à la face, et des accidents généraux qui peuvent mettre en question la vie des malades.

Le but thérapeutique,^ présence d’une lésion aussi définie, est. la suppression du sommet radiculaire mortifié qui joue le rôle d’épine inflammatoire. Or, cette suppression n’étant pas réalisable directement, une. nécessité s’impose ; c’est l’ablation préalable de la totalité de l’organe permettant de pratiquer, en dehors de l’économie, la résection de la portion altérée. C’est à ce moment qu’intervient la greffe, qui permet la restitution de la partie restée saine de l’organe en son lieu primitif.

Le manuel opératoire comprend trois temps :

I. Ablation totale de la dent chez laquelle le diagnostic d’une périostite chronique a été établi.

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