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DES CAS DANS LESQUELS IL CONVIENT DE GUÉRIR LES GOURMES

Par le professeur Trousseau.

Je serais fâché de voir disparaître du langage médical les dénominations de

FEUILLETON

CAUSERIES

A peine le Journal officiel a-t-il déclaré la vacance des chaires de médecine légale et de pathologie générale, que les journaux politiques s’empressent d’annoncer que la Faculté a fait son choix, et qu’elle présentera en première ligne, à la nomination de M. le ministre de l’instruction publique, MM. tel et tel. Je crois que nos confrères du grand format vont un peu vite en besogne. Je n’ai pas oui dire que la Faculté se soit encore réunie pour cet objet, peut-être même cette réunion n’a-t-elle lieu qu’aujourd’hui , au moment même où j’écris ces lignes. Quant à la chaire de pathologie générale, l’arrêté qui la déclare vacante n’est inséré que dans YOffîciel du 20 courant. Il en est de même pour la chaire d’histoire de la médecine. Tous ceux qui connaissent le caractère et l’honorabilité des candidats désignés par la grande Presse ne leur imputeront certainement pas le fait de cette annonce hâtive et contraire à tous les usages. On voit là la main de quelque imprudent et maladroit ami. Qu’il avait raison ce sage qui adressait à Dieu cette prière : « Mon Dieu, délivrez-moi de mes amis, je me charge de mes ennemis! » Que de fois, en effet, avec les meilleures intentions du monde, des amis vous jettent dans des difficultés et des embarras dont on a toutes les peines de se débrouiller ! Heureux encore quand on ne reçoit pas le pavé de l’ours.

Serions-nous dans une période de morts soudaines? On n’entend parler que de catastrophes de ce genre. Voici encore un savant pharmacien, M. Dorvault, l’habile créateur de la Pharmacie Centrale de France et le prévoyant acquéreur de l’importante maison de droguerie Tome XXVII. — Troisième série. 27

dartres et de gourmes , si peu scientifiques que ces mots semblent être aujourd’hui. Tout le monde s’entend, quand on dit d’un homme qu’il est dartreux; d’un enfant qu’il a des gourmes.

Les gourmes supposent la jeunesse; elles étaient regardées autrefois comme la manifestation d’un vice intérieur, qui devait tôt ou tard faire explosion, au grand avantage du malade. Ce vice se traduisait par des éruptions aiguës ou chroniques, de formes diverses, occupant le plus ordinairement le cuir chevelu et le visage. ’

Elles étaient en quelque sorte les dartres du jeune âge , avec une forme éruptive assez fréquente.

L’idée que l’on se faisait de la cause des gourmes, et peut-être même de leur nécessité, avait dû influer sur leur traitement.

Il fut entendu que jamais les gourmes ne devaient être guéries; que le rôle du médecin se bornait à tempérer l’excès de la suppuration; mais surtout à maintenir la fluxion dans de telles limites que jamais une rétrocession ne fût à craindre. On devait, au besoin, rendre cette fluxion plus active ; et si, malgré les soins de l’homme de l’art, les gourmes se guérissaient, il fallait purger, dépurer, appliquer un vésicatoire à demeure, si l’on ne voulait courir le risque de ces maladies si graves qui survenaient quand on avait fait ou quand on avait laissé rentrer Y humeur.

Des idées si universellement acceptées par le publie et par les médecins ; des idées qui ont survécu au naufrage des doctrines surannées de l’humorisme tel que le comprenaient nos devanciers, et qui régnent encore assez despotiquement pour que les médecins ne puissent, quand ils le jugent utile, guérir des maladies qui réclament impérieusement les secours de l’art; des idées de ce genre n’ont pu acquérir une autorité si solennelle que parce qu’elles se fondent sur quelque chose de très-réel.

Il est vrai que les gourmes sont souvent la manifestation extérieure d’une diathèse;

Que leur explosion coïncide avec une amélioration notable de la santé;

Que leur guérison est suivie quelquefois des accidents les plus graves.

Il est également vrai que les gourmes peuvent n’être nullement diathésiques;

Que leur apparition devient l’occasion d’accidents fort graves ;

Que leur guérison peut et doit être obtenue rapidement.

Menier, qui vient de mourir, comme frappé par la foudre, à l’âge de soixante et quelques années. Esprit hardi, entreprenant, il s’était lancé dans des entreprises colossales qu’il a su conduire au succès, et pour lesquelles il a déployé une activité méridionale unie à la ténacité bretonne. Alors que les éditions du Codex ont besoin d’un tiers de siècle pour s’écouler, dans un moindre espace de temps il a pu publier huit à neuf éditions de son Officine, répertoire immense de toutes les connaissances pharmaceutiques, véritable encyclopédie qu’il tenait scrupuleusement au courant de tous les progrès de la science. M. Dorvault avait également publié une monographie estimée, l 'Iodognosie, où sont savamment exposées les propriétés chimiques, médicales et pharmaceutiques des agents iodés.

L’Union Médicale a cru devoir s’abstenir d’annoncer l’initiative, prise par un journal de médecine, d’une pétition au Parlement ayant pour but d’obtenir une loi accordant une pension aux veuves de médecins morts par suite de maladies contagieuses contractées dans l’exercice de leur profession.

Nous applaudissons volontiers à la pensée généreuse et confraternelle qui a inspiré ce journal, mais, quelque humble qu’il soil, nous croyons ne devoir donner notre concours qu’à des projets possibles et réalisables. Or, avec nos honorables confrères de la Gazette hebdomadaire et de la Gazette médicale, et par les mêmes motifs qu’ils ont très-judicieusement exposés, nous ne pouvons voir dans ce projet qu’une utopie honnête, mais dénuée de toute possibilité d’application.

Aux considérations présentées par nos savants confrères nous demandons la- permission d’ajouter qu’une expérience bien longue, hélas 1 et que des déceptions trop nombreuses nous ont inspiré une vive répugnance pour solliciter l’intervention de l’État dans nos affaires. C’est ce sentiment qui depuis vingt ans et plus nous a poussé et nous pousse de plus en plus à

Ces propositions contradictoires ne le sont qu’en apparence; et le paradoxe cesse d’être un paradoxe à l’aide de quelques explications fort simples.

Je m’efforcerai donc de rendre ma pensée aussi claire que je le pourrai, en n’abusant pourtant pas de la patience attentive de mes lecteurs.

Je veux d’abord indiquer le sens des mots que j’emploie, surtout quand ce sens n’est pas celui que tout le monde a accepté.

Le mot diathèse est, pour moi, synonyme de disposition. La diathèse est une disposition spéciale du corps de l’homme, en vertu de laquelle certaines manifestations maladives se feront de préférence à d’autres, et avec une facilité toute particulière.

La diathèse peut s’acquérir ; elle peut être congénitale.

De toutes les diathèses, celle peut-être qui s’acquiert de la manière la plus évidente, est la diathèse de suppuration; on la voit naître et se développer, on en constate les effets; on la voit disparaître entièrement.

Un enfant a pu, pendant plusieurs années, se couper, s’écorcher impunément, ses blessures se cicatrisaient avec facilité; mais qu’il se fasse une blessure telle que la suppuration soit inévitable, il arrive souvent que, après la cicatrisation de cette blessure, il ne pourra avoir un bouton, se piquer avec une épine, s’enlever à la racine de l’ongle un peu d’épiderme en déchirant légèrement la peau, sans qu’il ne survienne immédiatement une pustule ou un furoncle, un panaris ou un phlegmon, une tourniole, en un mot une suppuration tenace, douloureuse. La même disposition s’observe tous les jours encore à la suite de la variole, de la scarlatine, de la rougeole.

En vertu de quoi s’eSt établie cette diathèse de suppuration? Nous l’ignorons. Nous ne savons qu’une chose, c’est qu’elle est survenue après que l’économie a été placée dans telle ou telle condition.

Or, cette disposition de la suppuration peut durer plusieurs mois, plusieurs années et cesser entièrement. C’est là une diathèse acquise. La perturbation qui l’a provoquée a été soudaine, ses effets ont persisté longtemps.

J’admets très-volontiers qu’une diathèse rhumatismale puisse s’établir et se perpétuer de la même façon ; seulement, elle sera plus réfractaire que la diathèse de suppuration, elle suivra le plus souvent l’homme jusqu’au tombeau.

Certaines diathèses s’établissent plus lentement ; elles demandent le concours de circonstances nombreuses, difficiles à constater. La diathèse tuberculeuse est dans ce cas. Dans un hôpital de petits enfants, la maladie tuberculeuse est proportion-

conseiller au Corps médical de n’espérer qu’en lui-même, à n’agir que par lui-même, et quelque resserrés que nous soyons dans les étroites limites d’une législation d’une prudence excessive, de ne confier ses destinées qu’à lui-même, qu’à des efforts communs, qu’à la collectivité, qu’à l’association.

Ce dernier mot, nous n’aurions pas voulu l’écrire, car il nous fournit J’occasion que nous regrettons, mais à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, de dire que ce même journal qui implore très-inopportunément et très-stérilement Pin teryention de l’État, s’est livré à une appréciation aussi malveillante qu’erronée de l’Association. Evidemment ce critique intempestif, qui d’ailleurs ne fait pas partie de l’Association, ne connaît pas le premier mot de son organisme, de son mécanisme, de son fonctionnement, de ses services, de ses bienfaits, — de ses bienfaits surtout, — car le jour même où il publiait sa note malheureuse, l’Association accomplissait un de ces actes qui, en affirmant admirablement sa raison d’être, procurait à tout homme de cœur une véritable et pure satisfaction, et lui donnait la jouissance de pouvoir participer pour si peu que ce soit à de pareils résultats de solidarité confraternelle. Plus à plaindre qu’à blâmer sont ceux qui volontairement se privent de semblables jouissances.

11 paraît que la confrérie des pharmaciens n’a pas les mêmes idées sur l’Association que ce critique, car elle vient d’obtenir l’approbation ministérielle pour une Association générale des pharmaciens de France, dont les statuts sont basés sur ceux de l’Association générale des médecins de France. Je souhaite, et de bon cœur, la bienvenue à cette Association sœur, et je lui désire le même succès qu’à la nôtre. Cette Association, qui compte déjà 1,300 membres, a fondé aussi une caisse de pensions viagères à laquelle M. Aubergier et M, Dorvault, dont nous annonçons plus haut la mort imprévue, ont fait des dons importants.

Je ne sais pas garder pour moi le plaisir que j’éprouve dans mes lectures, en bon ami je

nellement plus fréquente que dans les asiles où sont reçus les enfants plus voisins de l’adolescence et les adultes. Les parents de ces enfants sont pleins de vigueur et de santé; la diathèse ne peut donc pas être ici considérée comme héréditaire. Un régime mauvais et insuffisant, une température froide, le séjour dans des chambres obscures et malsaines, sont peut-être les causes de la manifestation première des dégénérescences tuberculeuses; mais, une fois que l’économie est engagée dans cette funeste voie, l’irritation la plus légère des ganglions lymphatiques du col, l’entorse la moins grave à son début, deviendront l’occasion du développement des écrouelles, des tumeurs blanches.

Que les diathèses tuberculeuse, dartreuse, cancéreuse, goutteuse, rhumatismale; puissent être et soient si souvent héréditaires et congénitales, c’est ce que, moins que personne, je suis disposé à nier; mais enfin, j’avais à cœur de développer quelques-unes de mes idées sur les diathèses acquises, car j’aurai à y revenir souvent en traitant la question des gourmes.

Les gourmes, disons-le tout de suite, sont le plus souvent une des manifestations de la diathèse de suppuration, diathèse acquise, ainsi que nous l’avons dit. Souvent aussi la diathèse dartreuse joue, dans leur production, le rôle principal. Celle-ci est le plus souvent héréditaire. Enfin, dans beaucoup de cas, ces deux diathèses concourent et impriment à la maladie extérieure une gravité et en même temps une ténacité remarquables.

Les formes des gourmes varieront suivant la nature de la cause diathésique. L’impétigo, l’ecthyma, l’eczéma impétigineux, l’intertrigo, le furoncle, les phlegmons superficiels, les ophthalmies, appartiennent plus spécialement à la diathèse de suppuration.

Le lichen, le psoriasis, l’eczéma rubrum, le pithyriasis, le favus, l’inflammation chronique des paupières, sont plus particulièrement du domaine de la diathèse dartreuse.

On comprend que le concours de deux diathèses devra imprimer aux maladies de la peau des modifications qui rappelleront une double origine.

Je ne prétends pas que tout cela soit, sur le malade, aussi nettement tranché que je le dis; mais, enfin, je ne parle ici que des formes les mieux dessinées, et je confesse que ses caractères seront toujours incertains sur les limites.

Ceci bien entendu, arrivons à l’objet pratique de cette étude : la question de

voudrais vous le faire partager, bien-aimé lecteur, ce qui quelquefois peut être imprudent, car vous pouvez avoir des goûts différents des miens, ce qui prouve l’absurdité de ce vieux proverbe : « Des goûts et des couleurs, il ne faut pas disputer », ce qu’on ne fait, hélas! que depuis le commencement du monde.

Donc, veuillez me permettre de vous dire que j’ai ressenti un plaisir véritable à lire, dans le dernier numéro de la Revue scientifique, un article très-piquant, très-original et trèsintéressant de M. Jacques Bertillon, fils de notre savant confrère M. Bertillon, dont les beaux travaux de démographie fixent si légitimement l’attention publique.

Ce travail est intitulé : Les célibataires, les veufs et les divorcés au “point de vue du mariage.

Déjà, dans un mémoire Sur le mariage, M. le docteur Bertillon père, par ses études statistiques du plus grand intérêt, était arrivé à ce résultat que la vie de famille, c’est-à-dire le mariage, avait la plus heureuse influence sur la santé et sur la moralité.

U a paru intéressant à son fils de savoir « si les individus qui connaissent le mariage par expérience ont plus de goût que les autres pour cet état social. Il a donc recherché la nuptialité (ou chance de se marier) des célibataires, des veufs et des divorcés, étudiés à chaque

âge successivement . Ces résultats m’ont paru très-importants et très-surprenants. Us ouvrent

sur les mœurs des différents pays des aperçus très-nouveaux, et, par là, intéressant à la fois l’ethnographe et le romancier. »

Je ne peux reproduire ni même suffisamment analyser ce curieux travail, je veux seulement vous donner le désir de le lire, et, pour cela, je vais vous en citer un passage qui obtiendra probablement ce résultat. L’auteur, prenant pour exemple les Pays-Bas, pour la période décennale de 1855-6Û, et ayant constaté qu’il en est à peu près de même pour tous les pays où il a pu avoir des éléments suffisants de comparaison, l’explique de la manière suivante :

savoir s’il faut guérir les gourmes, quand il faut les guérir, comment il faut les guérir. ^uMrè.)

CONSTITUTION MÉDICALE

OCTOBRE, NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1878 RAPPORT DE LA COMMISSION DES MALADIES RÉGNANTES,

Fait à la Société médicale des hôpitaux , dans la séance du vendredi 24 janvier 1879 (1),

Par M. Ernest Besnier.

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