‹ L'Union médicaleChapitre 58 sur 176 · L.-H. Petit · texte numérisé non relu

L.-H. Petit

Sons-bibliothécaire à la Faculté de médecine.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX

Séance du 22 novembre 1878. — Présidence de M. Labric.

SOMMAIRE. — Correspondance imprimée et manuscrite. — Observation de M. Moutard-Martin sur le procès-verbal de la dernière séance. — Présentation de pièces anatomiques relatives à un rétrécissement de l’artère pulmonaire chez un tuberculeux, par M. Duguet. Discussion : M. C. Paul. — Présentation de deux malades atteints, l’un de sclérodermie avec vitiligo, l’autre de maladie d’Addison, par M. Féréol. — Comité secret.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

A propos du procès-verbal de la dernière séance, M. Moutard-Martin fait observer qu’il arrive souvent, dans la pleurésie purulente, de voir le liquide se vider par les bronches sans qu’il survienne un pneumo-thorax. En outre, il n’est pas exact de dire que la ponction thoracique soit suivie de mort alors qu’il existe une fistule bronchique ; il est plus exact de dire que la guérison est fréquente. Dernièrement encore, il avait dans son service deux malades prises de ces accidents, qui ont guéri. Donc la fistule bronchique n’est pas une contre-indication à la ponction.

Correspondance imprimée : Exemplaires Sur les dispositions concernant le service de santé , offerts par l’Administration des hôpitaux. — Bulletin médical du Nord. — Annales de gynécologie. — Annales de médecine navale. — Journal de thérapeutique , etc.

Correspondance écrite : M. Noël Gueneau de Mussy demande à échanger son titre de membre titulaire contre celui de membre honoraire. (Renvoyé au conseil de famille.)

M. Grancher offre en hommage à la Société un mémoire intitulé : De la pneumonie massive.

M. Blachez a vu dernièrement, dans son service, une malade offrant les caractères assignés par M. Grancher à la pneumonie massive.

M. Henri Gueneau de Mussy offre en hommage à la Société un ouvrage intitulé : La fièvre typhoïde, par Ch. Murchison, traduit par M. Lutaud , avec préface par M. Henri Gueneau de Mussy.

M. Duguet présente, en son nom et en celui de M. Landouzy, les pièces anatomiques relatives à un rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire chez un malade tuberculeux. (Sera publié prochainement.)

M. C. Paul fait observer que le cas présenté par M. Duguet est identique à celui qu’il a soumis à la Société.

M. Féréol présente à nouveau le malade atteint de sclérodermie avec vitiligo ponctué, qu’il a présenté dans la dernière séance. Il présente en même temps un malade atteint de maladie d Addison, afin que ses collègues puissent comparer les deux lésions cutanées à côté l’une de l autre.

Sur le premier malade, dit-il (sclérodermie et vitiligo), on peut remarquer la singulière disposition des taches blanches qui maculent la peau sur tous les points en saillie, et la constitution de ces taches formées par un granit noir et blanc, qui rappellent la disposition maculée de certaines peaux de serpents ; les grains noirs sont rangés par séries linéaires et suivent tout à fait, dans les diverses régions, la configuration des papilles dermiques, telle qu’elle a été représentée par M. Sappey. Le malade a été rasé depuis la dernière séance, et on peut constater que le cuir chevelu, comme le reste du tégument, présente de nombreuses taches de vitiligo, petites, les unes arrondies, les autres irrégulières, qui se dessinent sur un fond brunâtre, et qui sont totalement dépourvues de cheveux. Les parties génitales sont d’une teinte moins foncée que la peau de l’abdomen. Enfin, sur les muqueuses de la bouche, c’est à peine si on constate, au bord des lèvres, une légère teinte brune, douteuse, et quelques ponctuations pigmentaires légères sur la face interne de la lèvre inférieure, en face de dents avariées.

M. Féréol insiste en outre sur ce fait que, depuis un mois qu’il observe le malade, il a vu sous ses yeux se modifier les taches de vitiligo; certaines parties blanches ont bruni, et réciproquement des parties pigmentées se sont décolorées. Il semble donc que le pigment soit sans cesse en mouvement pour se transporter d’un point sur un autre.

Enfin, au point de vue de la sclérodermie, il fait remarquer la singulière disposition que présentent deux légères eschares qui ont été produites sur la peau sclérosée de l’avantbras par l’application du pôle négatif d’une pile (10 éléments). Ces deux petites eschares sont taillées à pic dans le tissu induré, sans qu’il y ait autour d’elles aucun cercle éliminateur; on dirait des lésions produites sur un cadavre ou sur du bois.

Sur le deuxième malade (maladie d’Addison), en opposition avec les lésions dyschromiques précédemment décrites, on remarque l’absence de toute tache de décoloration, une teinte brune uniforme, enfumée, très-foncée à la face et aux mains, encore plus foncée aux parties génitales, qui sont aussi noires que celles d’un nègre ; en présence de quelques taches de léntigo disséminées à d’assez grandes distances sur la peau du visage et du tronc; enfin sur les muqueuses des lèvres, de la face interne, des joues, de la langue, de nombreuses taches pigmentaires d’un noir très-foncé.

On voit donc que ces deux malades qui, à première vue, paraissent très-analogues, et présentent tous deux une coloration bronzée généralisée, ne se ressemblent que très-superficiellement.

M. Féréol pense donc que le premier n’a pas pas de lésions capsulaires, et qu’il est atteint, non pas d’une maladie d’Addison compliquant sa sclérodermie, mais d’une dyschromie toute spéciale, qu’on peut appeler un vitiligo ponctué et qui se trouve sous la dépendance de la cause même qui produit la sclérodermie.

— A quatre heures et demie, comité secret.

Le secrétaire, Martine Au.

SOCIÉTÉ MÉDICO-PRATIQUE

Séance du 27 novembre 1878. — Présidence de M. Collinead.

Sommaire. — Correspondance. — Elections de deux membres titulaires. — Deux cas de tumeurs du sein, par M. Richelot fils. — Observation de péricardite purulente traitée par la paracentèse du péricarde, par M. Viry.

Suite et fin. — (Voir le numéro du 18 février.)

M. le Secrétaire général donne ensuite lecture de l’observation suivante : Pneumonie à droite; péricardite purulente; paracentèse du péricarde; mort; autopsie; par M. le docteur Virt, médecin-major, membre correspondant.

Le sieur Borderon, soldat au 35e de ligne, âgé de 22 ans, entre le 19 janvier 1876, à l’hôpital militaire de Belfort. C’est un homme bien musclé, d’apparence vigoureuse ; il affirme n’avoir jamais été malade ; son père, dit-il, est mort phthisique; sa mère à la suite de couches. Deux ou trois jours avant son entrée à l’hôpital, il a ressenti un frisson et un léger point de côté à droite. Aujourd’hui, la température est élevée, le pouls fréquent, la face un peu congestionnée ; la toux, qui est fréquente, est suivie d’expulsion de crachats rouillés adhérant au fond du vase; il existe une dyspnée assez forte. Le malade répond librement aux demandes qu’on lui adresse, mais présente une tendance à l’adynamie. 11 se plaint d’un point de côté à droite. A la percussion du thorax, on constate de la submatité en arrière et à droite ; à l’auscultation, des râles crépitants au niveau de la matité. Rien de particulier au cœur. Le

diagnostic porté est pneumonie du lobe inférieur du poumon droit. Nous prescrivons huit ventouses scarifiées sur la partie postérieure droite du thorax. Potion de Tood, vin.

20 janvier. État du poumon, semblable, quoique la dyspnée soit plus intense et le pouls un peu irrégulier. Saignée de 300 grammes; ventouses sèches; potion de Tood et vératrine.

21 janvier. Le malade a un peu dormi. Cependant la dyspnée va toujours croissant, sans que l’état du poumon explique cette aggravation : les râles crépitants existent encore, mais la pneumonie ne s’étend pas. L’auscultation et la percussion de la région cardiaque ne présentent rien d’anormal, si ce n’est peut-être un peu d’éloignement des bruits du coeur. Température : matin, 39°, 4; pouls, 110; soir* 40°, 0; pouls, 112, un peu irrégulier. Même prescription.

22 janvier. Même état. Température matin, 39%8; soit, 41°, 2. Vératrine, 0°,00,2. Bouillon, lait sucré, vin.

23 janvier. Le malade se plaint toujours de la grande difficulté qu’il a de respirer ; mais les investigations les plus minutieuses , ne rendent pas compte de cette gène, qui n’est pas en rapport avec les lésions pulmonaires. M. le docteur Frilley, médecin en chef de l’hôpital, qui examine le malade, sur notre demande, porte le même diagnostic que nous, tout en faisant, comme nous, des réserves sur la possibilité d’une complication cardiaque, qui ne se traduit encore que par un peu d’éloignement des bruits du cœur, l’irrégularité du pouls et la gêne de la respiration. Température : matin, 38°, 8; soir, 38°8.

2 4 janvier. Il n’y a aucun changement notable, mais vers dix heures du soir, le malade est pris d’une dyspnée excessive et d’une douleur violente dans la région précordiale. Le médecin de garde, qui est appelé auprès du malade, ne constate aucun trouble .fonctionnel,, du côté du cœur et fait appliquer des ventouses sèches sur le point douloureux.

25 janvier. Le malade peut à peine respirer, le décubitus dorsal lui est impossible. L’auscultation démontre l’existence des râles de retour en arrière et à droite; et la respiration est normale (moins la rapidité du rhythme) dans tout le reste des deux poumons ,\52 inspirations par minute. Submatité à droite en arrière et en bas. L’étendue de la matité normale de la région précordiale est légèrement augmentée, on ne perçoit que faiblement les battements du cœur avec la main. Pas de frémissement cataire, pas de voussure. Le poul?, petit, bat 120 fois par minute. Température, 38°, 4. La région du cœur est. douloureuse. Les craintes qu'on a depuis plusieurs jours, relativement à la formation possible d’une péricardite,, sont malheureusement justifiées. Huit ventouses scarifiées sur la région précordiale. Potion de Tood et potion avec acétate d’ammoniaque, 30 grammes.

Le soir, à 3 heures, aucune amélioration; la dyspnée est extrême; on met des sinapismes aux, extrémités, et on couvre de ventouses sèches la région antérieure du thorax pour parer aux accidents immédiats, puis aussitôt après, on applique sur la région précordiale un large vésicatoire.

26 janvier. Il y a eu un peu de sommeil, mais la dyspnée et les accidents de cyanose ne sont pas sensiblement modifiés. Face anxieuse. Orthopnée. Respiration saccadée ; 54 inspirations; pouls, 120, petit, irrégulier. Température, 39°.

En avant, la percussion, douloureuse à cause des ventouses qu’on a employées et du vésicatoire appliqué la veille, ne peut être pratiquée qu’incomplétement. On constate cependant une matité précordiale plus étendue que normalement. ,11 existe .encore une très-légère submatité à droite, en arrière et en bas, et quelques râles fins; en avant et à gauche la respiration est normale en haut, nulle dans les deux tiers inférieurs. Les ibattements du cœur sont à peine perceptibles à l’oreille. Potion de 'Tood avec acétate d’ammoniaque 30 grammes, et oxymel scillitique, 15 grammes. Lavement huileux. Lait, vin et bouillon. Le soir, température, 39°, 8; pouls, 126; 54 inspirations.

27 janvier. État sensiblement le même. La percussion de la région antérieure du thorax, devenue moins douloureuse, révèle une matité très-étendue. Voussure de la région du cœur, qui tient surtout au gonflement des téguments internes. On ne perçoit les battements du cœur ni avec la main, ni avec l’oreille.

A trois heures. Douleur très-intense dans la poitrine en avant et à gauche. Température, 40°. Pouls, 128, un peu plus fort que le malin; 64 inspirations; respiration moins anxieuse. Le malade a pu dormir un peu. Un second vésicatoire sur la région précordiale. Continuation des diurétiques et des toniques.

28 janvier. Le faciès est meilleur, il y a eu un peu de sommeil. Beaucoup moins d’anxiété, malgré 62 inspirations. L’étendue de la matité de la région précordiale est un peu diminuée, les signes fournis par l’auscultation sont les mêmes. Température, 38°, 8. Alcoolature de digitale. Sinapismes aux extrémités. Eau-de-vie allemande. Vin sucré, vin de quinquina. Le soir, température, 39°, 6.

29 janvier. L’amélioration semble continuer. 52 inspirations. Pouls, 120. Température,

38°, 4. Les battements du cœur s’entendent mieux; rien de particulier du côté des poumons» Mêmes prescriptions.

A trois heures, température, 38*, 8. Pouls, 120, dicrote par intervalles.

30 janvier. Le malade a passé une bonne nuit et demande à manger. Température', 38°, 2. Pouls, 6 4, très-irrégulier, dicrote, petit; 52 inspirations. Les battements de cœur sont perçus beaucoup plus nettement, quoique lointains encore. On supprime la digitale. Poudre de Dower. Oxymel scillitique, nouveau vésicatoire.

A trois heures, la respiration ést plus1 facile, le malade a dormi, mais le pouls reste irrégulier. Température, 39°.

31 janvier. Nuit assez bonne ; pouls, 56°, dicrote, irrégulier, très-petit ; 52 inspirations. Râles sous-crépitants dans les deux, poumonsi Température, matin, 30°, 4, soir, 38°, 8. Potion de Tood avec oxymel- scillitique ; poudre de Power. On continue les toniques et on cherche à alimenter le malade.

1" février. La gène de la respiration continue à être moindre; pouls à 80, tellement irrégulier et d’un dicrotisme si prononcé qu’il ne peut être compté exactement. Quoique les battements du cœur arrivent à l’oreille, il est impossible de dire s’il existe des bruits anormaux intra-cardiaques. On ne peut encore préciser l’endroit où bat la pointe du cœur. 41 inspirations. Température, matin, 37°, 4, soir, 37%8. Mêmes prescriptions.

2 février. Nuit bonne, pouls 60, presque régulier. Température, 37°, 6. A trois heures, face anxieuse, cyanosée; 56 inspirations; pouls, 100. Température, 37°,8.

3 février. Nuit très-mauvaise. Orthopnée avec grande anxiété. Le malade ne peut rester couché ; 52 inspirations. Les battements du cœur sont moins faciles à entendre. La percussion donne une matité plus étendue que les jours précédents. Pouls, 52, très-irrégulier ; œdème des membres inférieurs. Température, 37°, 8.

A trois heures, le pouls est à 68, à peine perceptible. L’œdème est trës-augmenté ; là face est cyanosée, la respiration extrêmement pénible. Température, 38°. L’épanchement péricardique qui a paru- céder un instant au traitement institué semble aujourd’hui reprendre une marche progressive., L’état du malade est grave. La cyanose, la petitesse du pouls, l’anxiété extrême, l’asphyxie imminente font craindre une issue fatale presque immédiate si on n’intervient pas. La médication par les révulsifs et les stimulants étant impuissante, la ponction du péricarde était le seul moyen qui restait pour essayer d’arracher le malade à la mort qui le menace.

Nous proposons donc l’opération de la paracentèse, dans une consultation à laquelle prennent part MM. les docteurs Frilley, Durand et Cachet : mon avis est adopté.

Une première ponction est faite à 0m,02 du sternum, dans le cinquième espace intercostal gauche, au moyen de l’aiguille n° 2 de l’appareil Potain, qui est enfoncée de O*, 02. Cette ponction ne donne issue à aucun liquide. L’œdème des parois thoraciques a empêché d’arriver dans le péricarde ; une seconde ponction avec l’aiguille n° 11 est pratiquée dans le quatrième espace intercostal, l’aiguille pénètre de 0m,03; on obtient 43 grammes environ d’un pus concret qui, malgré l’aspiration, ne s’écoule que très-difficilement par la canule.

Aussitôt après l’opération, le malade se sent un peu soulagé. Le pouls devient un peu plus régulier* et jusqu’à minuit il y a un'bien-être relatif.

4 février. Nuit très-mauvaise. L’opéré est obligé de se tenir assis dans un fauteuil ou sur le bord de son lit; 52 inspirations; pouls, 56, très-irrégulier, dicrote. On n’entend plus les battements du cœur. Œdème considérable. Température, 31°, 8.

A trois heures, 52 inspirations ; pouls, 92, très-irrégulier ; orthopnée. L’œdème des extrémités inférieures a augmenté et a envahi les membres supérieurs.

Dans une nouvelle consultation, nous proposons de donner issue au pus renfermé dans le péricarde, par une ponction avec un trocart à hydrocèle dont la canule sera laissée en plaee. L’état du patient est presque désespéré, mais nous pensons que si l’issue du pus ne doit pas amener la guérison, elle aura l’avantage de diminuer les souffrances du malade. Notre manière de voir étant acceptée par nos confrères, nous enfonçons un gros trocart entouré de sa canule dans le quatrième espace intercostal, à 2 centimètres du sternum, sur une profondeur de 0ra,03, à travers les tissus œdématiés ; nous retirons le trocart de sa gaîne, et à notre grand désappointement, pas une goutte de liquide ne paraît à l’extérieur: Étant certain, par les résultats de l’opération de la veille, de l’existence du pus, nous n’hésitons pas à replacer le trocart dans sa canule et à faire pénétrer l’instrument de 0“,02 encore.

Cette fois, l’instrument piquant étant ramené hors de la canule, il s’échappe quelques gouttes de pus ; cependant l’écoulement est si difficile que nous essayons de faciliter sa sortie en adaptant à la canule le flacôn préalablement vidé d’air de l’appareil Potain. Il s’écoule 140 grammes environ d’un pus épais mêlé d’un grand nombre de grumeaux ; plusieurs fois on écouvillonne la canule avec une tige métallique qui heurte le cœur et est soulevée lors-

qu’on la laisse libre dans la canule, à chaque battement de cet organe. Dès que 68 grammes environ de pus ont été évacués, le pouls devient plus régulier et la face se colore. Nous faisons l’injection d’un quart de seringue d’eau tiède environ, dans l’intention de laver la cavité péricardique, puis d’y introduire de la teinture d’iode, selon le précepte de Trousseau, de Richerand, d’Aran et de Velpeau ; mais l’eau ne ressortant que très-incomplétement, nous ne poussons pas plus loin notre intervention. La canule est laissée à demeure, et pour que le cœur ne la frappe pas, elle est maintenue fixe à l’aide de tampons de charpie qui l'entourent et d’un fil qui, l’embrassant dans une anse, fait le tour du corps du malade. L’écoulement du pus continue à se faire goutte par goutte. Nous prescrivons l’extrait de quinquina et le vin de cannelle composé.

A neuf heures du soir, la dyspnée est moindre ; 60 inspirations; pouls, 100, dicrote, mais sans intermittences. Les battements du cœur sont perceptibles à la main.

De la canule s’écoule d’une façon presque continue, mais très-lentement, un pus épais. Le malade s’est plusieurs fois assis dans son fauteuil, sans trop de difficultés. Il boit volontiers un peu de vin et de bouillon.

A onze heures du soir, sommeil calme. Les inspirations sont moins nombreuses. Le pus continue de s’écouler.

La nuit tout entière est bonne, mais vers le matin du 5, la dyspnée et l’anxiété reparaissent; le séjour au lit n’est plus possible; 52 inspirations; pouls 56, régulier. Prostration très-grande. A partir de ce moment l’état va s’aggravant de plus en plus, et la paort survient à une heure de l’après-midi.

Autopsie, pratiquée vingt-quatre heures après la mort.

Le cadavre est complètement œdématié; le tissu cellulaire des membres, du thorax et de l’abdomen est infiltré de liquide.

En incisant les muscles du côté gauche de la paroi antérieure du thorax on rencontre du pus extravasé entre eux et pénétrant entre leurs différentes couches. Une certaine quantité de pus, qui semble provenir du péricarde, recouvre la face interne de la paroi costale.

Le péricarde, épais de 0m,0/i, est fortement arborisé sur sa face externe. Les dimensions sont énormément exagérées et de plus il est en certains endroits comme plissé, de telle sorte que sa capacité se trouve augmentée par une série d’infundibula.

D’une façon générale on peut dire qu’il a la forme d’une pyramide triangulaire dont la base repose sur le diaphragme et forme à droite et à gauche deux culs-de-sac situés sur un plan inférieur à la partie centrale. Le triangle qui constitue la part antérieure de la pyramide a un grand côté longeant le diaphragme de 0m,29 de long, et deux petits côtés mesurant, le gauche 0m,20, le droit 0m,18. La pointe du trocart a frôlé le cœur à 0m,02 de la pointe, en laissant sur le péricarde viscéral comme une petite éraillure faite avec l’ongle. A 0“,01 au-dessous on remarque une très-légère ecchymose grosse comme une tête d’épingle, qui semble avoir été produite lors de la première ponction.

La cavité péricardique située au-dessous de la piqûre, et notamment les deux culs-de-sac que forme la base de la pyramide à droite et à gauche, en se repliant sur le diaphragme, sont remplis d’un pus épais et grumeleux. La position déclive de ce liquide explique pourquoi l’écoulement du pus à été si difficile au moment de l’opération. La capacité du péricarde est de 2 à 3 litres.

La face interne du péricarde (viscérale et pariétale) est tomenteuse, couverte de villosités que tapissent des concrétions purulentes caséiformes.

Le cœur est un peu hypertrophié, surtout le ventricule gauche. Une présente aucune lésion, soit des orifices soit des valvules, son tissu ne paraît pas altéré.

Le poumon droit montre, à la base, des restes d’hépatisation grise en voie de résolution; le gauche est sain.

Les plèvres ne renferment pas de liquide et ne présentent que quelques adhérences anciennes insignifiantes.

Le foie est volumineux et congestionné.

La rate est ramollie, elle mesure 0ra,10 sur 0m,15.

Les reins ont, l’un om,ll et l’autre 0“,12 de hauteur; ils sont fortement congestionnés.

Remarques. — A la suite de cette observation, nous ajouterons quelques remarques.

a. La péricardite purulente est une maladie rare. Si l’on se reporte aux auteurs classiques, c’est à peine s’ils en font mention.

Valleix ( Guide du médecin praticien, 2e édit., 1850), Grisolle ( Traité de pathologie interne, 8* édit., 1860) n’en parlent pas. D’après MM. Niemeyer {Traité de pathologie interne, traduction sur la T édition allemande; Paris, 1869), Friedreich ( Traité des maladies du cœur, Ira-

L’UlNIOIN MEDICALE.

duction par MM. Lorber et Doyon, p. 205) et Jaccoud, elle est le plus souvent la terminaison d’une péricardite simple, généralement secondaire, passée à l’état chronique et dont le processus anatomique aboutit à la formation du pus; ou bien, lorsqu’elle est purulente d’emblée, elle est consécutive à une maladie générale : septicémie, fièvre puerpérale, scarlatine, variole, scorbut, etc.

Notre malade était un jeune homme vigoureux, sans antécédents morbides antérieurs à la pneumonie pour laquelle il est entré à l’hôpital. Nier la relation qui existe entre cette pneumonie qui débute le 16 ou le 17 janvier, et la péricardite qui ne s’est manifestée que quelques jours plus tard, serait difficile; mais affirmer le mode d’enchaînement des deux maladies, déterminer si l’une est la conséquence de l’autre, est également incertain. On ne peut guère invoquer la contiguïté de tissus. Cette explication serait plus plausible s’il s’était agi d’une pneumonie du côté gauche. Mais si l’on veut bien se rappeler la tendance à l’adynamie qui est évidente le jour même de l’entrée du malade, le degré de la dyspnée non en rapport avec l’affection pulmonaire, l’irrégularité du pouls, n’est-on pas en droit de se demander si le frisson initial de la maladie n’a pas été le signal de l’inflammation simultanée du poumon et du péricarde? Ne doit-on pas admettre que la péricardite, quoique se manifestant plus tard que la pneumonie, s’est développée sous la même influence que celle-ci, et que nous avons eu affaire à une péricardite primitive et même purulente d’emblée ?

A part la purulence, tous les symptômes observés ont été ceux que M. Jaccoud rapporte à la forme paralytique de la péricardite, mais cette forme n’exclut pas, nous le supposons, la possibilité de la purulence d’emblée. D'autre part, il est à remarquer que l’inflammaiion du péricarde n’a pas été consécutive à une affection du cœur, cet organe n’ayant présenté qu’une hypertrophie en rapport avec l’excès de travail qu’exigea de lui la pression causée par l’épanchement. Néanmoins la péricardite purulente d’emblée ne se développant pas ordinairement en dehors des maladies virulentes ou septicémiques, nous ne saurions être absolument affirmatif sur ce point.

Toutefois nous devons faire remarquer que, au moment où Borderon était en traitement, l’hôpital, dont les salles sont assez mal aérées, était encombré et que les pleurésies avaient une très-grande tendance a devenir purulentes.

b. On a vu que la marche insidieuse de la péricardite a amené de l’hésitation dans le diagnostic. Tout d’abord , l’attention a été spécialement dirigée du côté du poumon droit : on a constaté les signes pathognomoniques d’une pneumonie (début brusque par frisson, râles crépitants avec submatité, crachats rouillés, etc.), et ils ont semblé d’abord rendre un compte suffisant des autres phénomènes : dyspnée, adynamie, que présentait le malade. Cependant le cœur a été examiné le jour de l’entrée, comme il convient toujours de le faire en pareil cas. Dès les premiers jours pourtant, la péricardite a été soupçonnée : nous étions entraîné vers cette idée par la dyspnée qui bientôt me sembla plus en rapport avec l’étendue des lésions pulmonaires, par l’irrégularité du pouls constatée le 21, et par l’auscultation qui indiquait un peu d’éloignement des bruits du cœur ; mais les signes certains d’un épanchement péricardique ne se sont présentés d’une manière évidente que le 24.

Nous pouvions, dès ce moment, porter le diagnostic de péricardite avec épanchement , mais nous était-il permis d’affirmer la présence du pus ? Loin de là ! Rien dans les symptômes observés ne nous autorisait à supposer son existence, La température, il est vrai, était montée à 40° le 21, à 41°,2 le 22, mais nous étions au sixième ou au septième jour d’une pneumonie. Alors que la péricardite est certaine, à dater du 24, la température oscille le soir entre 89° et 40%; elle descend même plus bas sous l’influence de là vératrine ou de la digitale, mais il n’y a là rien qui ne se voie dans un épanchement séro-fibrineux. L’orthopnée, la cyanose, l’œdème, l’advnamie, la douleur précordiale sont tous des symptômes qui n’imposent nullement l’idée de purulence. L’hyperthermie et le frisson qui seuls, dans l’espèce, eussent pu, en l’absence surtout des conditions qui président d’ordinaire à la pyogénèse, nous faire admettre l’épanchement puru ent, nous ont fait complètement défaut (1).

La quantité considérable de l’épanchement et son accumulation dans les parties déclives latérales du thorax, qu’a démontrée l’autopsie, n’a pu elle-même être diagnostiquée. La percussion en avant, en tant qu’elle a pu être pratiquée, a montré une augmentation de la matité précordiale, mais la percussion en arrière n’a pas indiqué de matité du côté gauche et seulement de la submatité à droite, attribuable à l’infiltration pneumonique. Le liquide qui exis-

(1) On sera en droit, dit Friedreich (toc. cit.) « de présumer l’existence d’une forme purulente fibrineuse, quand les signes physiques de la péricardite avec épanchement sensible se déclarent dans le cours d’une pyémie, surtout si l’on remarque en outre un collapsus rapide des forces et d’autres phénomènes adynamiques. » En dehors de cette circonstance, l’idée de purulence ne s’impose pas.

tait à la base de la poitrine des deux Côtés, était séparé de la paroi postérieure et latérale du thorax par une tranche de poumon perméable à l’air, au moins à gauche. Du reste, la hauteur du liquide n’était pas considérable, et si un peu de matité ou desubmalité avait été perçu, on aurait toujours pu la confondre avec la màtité des parties thoraciques inférieures.

c. L’autopsie de notre malade présente une particularité digne d’attention, je veux parlêr de là capacité considérable du péricarde qui, avec les anfractuosités que nous avons décrites, pouvait renfermer de deux à trois litres dé liquide ; il est à remarquer que les deux culs-de-sac qü’il présentait à sa base ne pouvaient permettre à aucune ponction de donner complètement issue au püs qüe renfermaient ces replis inférieurs, Mais on ne saurait, de l’existenoe de semblables cavités, conclure à l’inutilité de toute opération, d’autant que des injections modificatrices peuvent les atteindre et que cette disposition semble être rare. Nous n’avons pas pu en trouver d’autres exemples (1).

n. Nous n’ajouterons que quelques mots h ce qüe nous avohs dit du traitémènt médical.

Les premiers jours nous avons traité la pneumonie, qui seule pouvait être diagnostiquée, par i’alcool, à cause dé la tendance à l’adyhamie, et par la vératrine comme antipyrétique (cê médicament nous réussissait mieux t[üe les préparations de digitale dont noué pouvions disposer); en même temps nous agissions localement par des ventouses scarifiées ; si nous avons pr scrit la saignée, cela a été dans le but de régulariser le pouls. Ce moyeu nous a réussi d’autant mieux que nous avions affaire à un sujet jeune et très-vigoureux, Aussitôt la péricardite reconnue, nous avons agi énergiquement par des révulsifs locaux (ventouses, vésicatoires) et par es diurétiques et les purgatifs.

Eu même temps, nous n’avons pas cessé de chercher à alimenter notre malade, à le tonifier et à lé -timuler : du bouillon , du Vin, du lait, de l’alcool, du vin de cannelle composé, du vin de quinquina, etc,, ont été libéralement administrés pendant toute là durée du traitement, bien que dans l’observation nous n’ayons pas cru devoir rapporter tous Ces détails diététiques, qu’il nous suffit de rappeler ici d’une façon générale.

Ce nVst ue lorsque nous avons vu la thérapeutique médicale absolument inutile que nous avons songé à l’intervention chirurgicale.

e. Il ne nous paraît pas que l’ouverture du péricarde ait été pratiquée très-souvent.

Trousseau, dans sa Clinique (t. Il, p. 10, etc.), fait l’historique de la paracentèse dtr péricarde et montre avec quelle crainte les chirurgiens la pratiquaient avant lui.

M. B.izeau ayant eu l’occasion de ponctionner le péricarde, publia sur cetlê question envisagée au point de vue chirurgical, un très-important et intéressant mémoire qui a paru éh 1868 dans la Galette hebdomadaire de médecine et de chirurgie.

Plus récemment, à propos d’une observation de pitracént'ese du pèHcarde, présentée à l’Académie de mêdeei e par M. Cbairon, M. Rayer, âu nom d’une commission dônt il faisait partie avec MM. Lëgouest et Marotte, a lu, dans lès séances du 19 Octobre et du 2 novembre 1875, un mémoire Sur la question, dans lequel il réunit cinquante-quatre cas d’ouverture du péricarde.

M. Rayer admet qu’il y a deux conditions nécessaires à l’opération : 1* la grandeur de l’épanchement ; 2° l’urgence des accidents. Il appelle grand épanchement celui qui est formé au minimum par 500 grammes de liquide.

Chez notre malade, l’épanchement était très-considérable, comme l’a prouvé la nécrôpâie, et nous étions bien en droit de le supposer par le fait même de la gravité des accidents de dyspnée, de cyanose et d’asphyxie que nous observions ; nous avions épuisé tous les moyens d’actio , moins la paracentèse, le malade allait mourir asphyxié, lorsque nous pratiquâmes notre première ponction, le 3 février. « La ponction doit être faite », dit Niemeyér (loco cûato, L I, p. 563), v dans le cas où les souffrances du malade, et surtout la dyspnée, réclament Un prompt secours. Généralement le succès n’est que palliatif, mais c’est déjà rendre un grand service au malade qui peut-être, pour la première fois après l’opération, pourra passer une bonne nuit dans son lit et dorrriii* paisiblement. »

On peut atteindre le péricarde, dit M. Baizeau {toc. cit ) par trois points : à travers le sternum, en passant entre l’appendice xiphoïde et le cartilage de la septième côte, par l’un des espaces intercostaux.

Ce dernier procédé, le plus simple et le plus certain, s’imposait en quelque sorte et il n’y avait qu’à choisir l’intervalle par lequel on passerait les instruments qu’on emploierait.

Le cinquième espace intercostal est le lieu d’élection que des expériences sur le cadavre

]tt2îÆ yH5eJ’J’éc,oulement ,fut très-difficile, malgré l’emploi des pompes aspirantes, on attnbua cettê difficulté à des fausses membranes [Mémoire, sur ta ponction du pi~ fit® de ““ point de pur chirurgical, par M. Baizeau; Gazette hebdü de mfd. et de

chir. , 1868, p. 515 et 562), peut-être s’agissait-il d’un cas semblable atl nôtre.

L’uftioN médicale

font adopter à M. Baizeau, et M. Bayer conseille de plofiger le trocart de 0“,02 dans le cinquième espace intercostal, à 0,a,02 du sternum. G’ést ce que nous avons fait tout d’abord. 11 nous arriva ce qui advint à Schuh à la clinique de Scocla en 1840, et k Béhier (Baizeau, lob * cit.) : nôtre trocart ne parvint pas jusqu’au péricarde et force nous fut de pratiquer une seconde ponction en suivant lèS prescriptions dé M. A. Guérin [Èlêmtnh dè 'chirurgie opératoire. Paris, 1869, p. 534), ^instrument êtàtit enfoncé de 0*,02 dans le quatrième espace intercostal, à 0m,02 du sternum.

Le joüf où nous avons fait Cetté' opération nous nous sommés servi, dans notre première tentative, du trocart h° 2 de l’appareil Potâin; dans notre seconde, dü trocart ha 11 du même appareil.

Nous pensions agir prudemment en évitant rentrée dé l’air dans le péricarde, bien qu’aucun accident ne paraisse être jamais résulté de là pénétration des gai atmosphériques dans la cavité péricardique. L’existence du pus étant constatée, la pénétration de l’air dans le péricarde ne nôüs semblait plus un phénomène avec lequel il y eût à compter; allSsi, lé lendemain de notre double ponction, les accidents dè dyspnée étant plus intenses que jamais, prenions-nous la résolution de faire usage du trocart à hydrocèle dont là Cànùlé pOUVkit facilement être laissée à demeure, afin de faciliter en même temps l’écoulement continu du pus et les injections modificatrices que nous espérions faire, suivant en cela les conseils de Richerand et de Trousseau, qui ont insisté sur l’innocuité des injections de teinture d’iode dans le cas de péricardite à dépôt séro-fibrineux, et l’exemple d’Aran qui, en 1854, les a pratiquées avec un certain succès.

Nous pensions employer îâ teinture d’iode ou l’alcool phèniqué si les accidents ultimes nous en laissaient le temps. Mais nous en avons été empêché tout d’abord par la difficulté que nous avons eue à faire sortir quelques grammes d’eau que nous avions d’abord injectés et qui sont restés en partie dans le sac péricardique, difficulté qui nous a fait douter un instant de la pénétration du trocart dans. le péricarde. Comme Desault et Larrey, nous aurions pu atteindre quelque autre cavité que la séreuse du cœur.

Nous devons faire remarquer encore que, pour arriver sur la célléctioh purulente, nous avons dû faire pénétrer, le trocart à hydrocèle de 0m,0o et lion de 0d,02, comme lé conseillent les auteurs; l’œdème des parois de la poitrine a été la causé de cette nécessité.

Nous avons laissé la canulç à demeure; c’était le meilleur moyen de permettre au péricarde de se vider du pus qu’il renfermait, et c’était eû même temps causer du bien-être à l’opéré, ainsi que l’avait indiqué l'expérience incomplète de la veille.

L’autopsie a expliqué pourquoi lè liquidé écoulé au dehors à été si peu abondant et pourquoi le soulagement éprouvé par lé malade n’â duré qu’tine nuit; le pus accumulé dans des bas fonds était au-dessous de l’orifice de la canule, et l’écoulement lent et difficile qui se faisait par elle ne pouvait que diminuer légèrement la pression sur le cœur. Néanmoins notre but a été atteint en partie, puisque nous avons procuré une nuit calme à notre opéré. Si, sur les cinquante-quatre cas de pâràcentèse du péricarde que M. Rayer a réunis il n’a pu citer qu’une seule guérison complète, nous ne pouvions pas espérer être plus heureux que ceux qui nous ont précédé dans l’exécution de cette opération.

Nous n’avons pas pu trouver, dans les recherches bibliographiques, certainement trop restreintes qu’il nous a été permis de faire, d'exemple détaillé de paracentèse du péricarde dans des cas de péricardite purulente (1), bien que sans doute il en existe ; mais nous nous demandons si, dans un cas analogue au nôtre, dans un cas de péricardite purulente (d’emblée?) survenant chez un sujet jeune et vigoureux, on ne devrait pas, le diagnostic étant posé, par une ponction préalable pratiquée par la méthode aspiratrice, agit' comme dans une pleurésie purulente, c’est-à-dire ouvrir largement le péricarde à l’aide du bistouri et faire dans la séreuse malade des lavages et des injections médicamenteuses. Assurément le cœur est Un organe plus délicat que le poumon, mais ne sait-on pas l’innocuité de ses piqûres ? h’a-l-on pas vu des corps étrangers séjourner dans des parois mêmes? (Voir Legouest, Traité de chir. d’armée. Paris, 1863, p. 454, etc.) Que n’a-t-on pas dit contre l’opération de l’empyème par de larges incisions? Et aujourd’hui qui oserait nier les succès de ce mode opératoire? Nousmême avons opéré ou vu opérer d’empyème, à l’hôpital militaire de Belfort, six hommes dont un seul â succombé à une tuberculose aiguë (2).

Trousseau, à l’exemple de Côrvisart, et pour des motifs de prudence, engage à se Servir du bistouri pour Ouvrir le péricarde; nous pensons aussi, instruit par le fait que nous avons

(1) Cependant dans le cas dé M. champouillon, où le malade guérit, lè liquide était Verdâtre, un peu louche {Gazette des hôpitaux dü 23 août 1865 et Mémoire de M. Baizeau, p. 564).

(2) Nous avons eu l’honneur de présenter ces observations à la Société médico-pratique, qui a bien voulu lés accueillir favorablement.

L’UNION MÉDICALU

observé, que c’est avec le bistouri qu’il faut inciser le péricarde contenant du pus, mais moins par prudence que pour donner au liquide un facile écoulement. Chez notre malade cette large ouverture n’aurait sans doute pas retardé la mort, et nous regrettons cependant de ne pas l’avoir faite, car elle aurait été rationnelle, surtout avant que PautOpsie nous eût démontré l’impossibilté de vider complètement le sac péricardique.

Cependant, après avoir constaté les lésions que nous a révélées l’autopsie, nous sommes obligé de reconnaître que la pénétration, dans le péricarde, en passant entre l’appendice xiphoïde et le cartilage de la septième côte, eût permis un plus facile écoulement du pus.

Mais rien ne nous indiquait la disposition spéciale qu’avait le sac péricardique chez notre malade, et M. Baizeau nous avait dit : « Ce mode opératoire n’est pas sans inconvénient. Si le ventre est distendu et le diaphragme refoulé en haut, le péricarde est plus difficile à atteindre, et il peut arriver même que le diaphragme soit traversé par le bistouri et qu’on pénètre dans le péritoine. Au contraire, si pour éviter cet accident on dirige son instrument parallèlement au sternum, on glisse d’autres fois au-devant du péricarde sans l’atteindre. » Aussi devionsnous, en l’absence de signe qui nous montrât la nécessité d’agir aulrement, pénétrer dans le péritoine par un intervalle intercostal.

Sur la demande de M. Labarraque père, des remerctments sont votés à M. Viry, èt la Société décide en outre qu’elle consacrera une de ses prochaines séances à la discussion de cet important travail.

— La séance est levée à six heures.

prouvé aujourd’hui même par M. le ministre de l’intérieur, qui dispose qu’à l’avenir ces médecins seront nommés par l’élection de leurs collègues et qui détermine les formes suivant lesquelles cette élection aura lieu.

M. Cadet demande si les officiers de santé sont électeurs et éligibles.

M. le préfet de la Seine répond que l’article 2 dispose que les candidats doivent, en se faisant inscrire, fournir la preuve qu’ils sont citoyens français, âgés de 25 ans, et autorisés à exercer la médecine dans le département de la Seine.

M. Morin dépose un projet de vœu relatif à la réforme de l’administration de l’Assistance publique sur les bases suivantes : 1° le directeur sera élu par le Conseil municipal et révocable par lui ; 2° le conseil de surveillance sera composé du préfet de la Seine, du préfet de police et de quinze membres élus par le Conseil municipal; 3° chaque bureau de bienfaisance sera composé du maire, président, et de cinq membres élus par le Conseil municipal. — Renvoyé à la commission de l’Assistance publique.

Hospices civils de Rouen. — Concours -pour une place de médecin adjoint (15 mai 1879). — Une place de médecin adjoint des hôpitaux est mise au concours. Les épreuves commenceront le jeudi 15 mai 1879.

Ce concours aura lieu à l’Hospice Général, sous la présidence d’un administrateur.

La peste. — On télégraphie de Berlin, le 20 février :

« Dans la séance d’hier de la Société de médecine, M. le professeur Virchow a fait une conférence sur la peste. Il a exposé que l’on n’avait pas encore fait d’expériences sur la peste d’aprës les nouvelles méthodes scientifiques, et que les résultats des expériences faites d’après les anciennes méthodes étaient contradictoires.

« La peste orientale, a ajouté M. Virchow, sévit à Astrakan. Il faut distinguer de cette peste la peste des Indes, dont M. le professeur Hirsch a indiqué les caractères. Cette dernière maladie comprend deux espèces : la peste pâli, qui sévit dans la partie occidentale de l’Inde et est épidémique, et la peste de l’Himalaya, qui règne sur quelques points isolés, où elle est aussi épidémique, mais d’où elle ne se propage pas ailleurs.

« La peste orientale vient de la Syrie et se propage en Mésopotamie, en Perse et sur les bords de la mer Caspienne. Les mesures de précaution prises par le gouvernement allemand reposent sur des bases très-larges. On ne peut mettre de grandes étendues de pays en quarantaine. Il faut faire en sorte que Parmée russe qui rentre dans ses foyers soit soumise à une inspection médicale.

« Dans les dix dernières années, les médecins russes ont souvent pris pour la peste le typhus tacheté. La peste n’est pas pire que le choléra.

« Il faut isoler les malades, les placer dansun milieu favorable. Quant au caractère contagieux de la peste, il est indubitable; mais on ne sait pas d’où provient ce caractère. Si Ton se livrait à un examen scientifique plus minutieux, peut-être trouverait-ôn dans le sang les agents qui causent la contagion, comme cela a lieu dans l’inflammation de la rate.

« Comme on ne connaît pas les causes de la contagion, il est difficile d’indiquer les objets dont l’importation doit être interdite. Le moyen de désinfection le plus rationnel est la chaleur sèche, employée ici dans les hôpitaux et dans les casernes. »

Histoire naturelle. — On lit dans le Globe de Londres :

« Un savant américain vient de mettre en lumière un curieux petit insecte qui, quoique connu depuis longtemps et utilisé dans l’Amérique centrale, n’avait pas jusqu’à présent attiré l’attention que, d’après la description que l’on en fait, il mérite à tous égards. C’est le nün ou ne en? (comme le nomment les Anglais), petit hémiptère de la famille des cochenilles, qui produit une huile d’une valeur remarquable. Cet insecte, qui se nourrit de feuilles de manguier et autres plantes de même espèce, est cueilli par les habitanis du Yucatan durant a saison des pluies d’avril à septembre, et jeté dans de l’eau chaude ou placé sur le feu pour en extraire aisément la substance graisseuse.

« L’insecte a environ un pouce de long et il est de couleur jaune; sa graisse a une teinte jaunâtre brune ; elle a une odeur d’huile particulière et sa consistance a quelque analogie avec celle de l’axonge ou du suif, selon la température. Mais son point de fusion est beaucoup plus élevé que celui du beurre, et lorsqu’elle est exposée à une grande élévation, une partie de la matière huileuse s’évaporant, ses conditions se modifient, et elle forme alors une masse compacte mais flexible, gélatineuse, insoluble dans l’huile essentielle de térébenthine, et qui n’est plus attaquable par la chaleur ou le froid, ce qui la rend précieuse pour le mélange des couleurs, ainsi que pour les laques et vernis. En brûlant ce produit, on obtient une huile résineuse, épaisse, qui possède une force d’adhésion étonnante, à peu près comme la guttaperciia, et qui conserve sa demi-fluidité pendant plusieurs jours. A son état naturel, au

L’UrSlOîN MÉDICALE.

moment de la récolte et à une température ordinaire, la graisse du nün est facilement splub]e En dehors de l’usage comme YOrnis auquel les habitants du Yucatan l’emploient, on dit qu’e[^ est fort estimée au point de vue médical pour l’usage externe,

« On suggère divers autres péages auxquels cette substance pourrait être utilement affectée. Elle peut rendre le papier et les tissus imperméables ; elle peut être utilisée comme mucilage dans les cas où la glu ou lep gommes ne conviennent pas.

« On dit que cet insecte pullule dans les provinces de l’Amérique centrale, et comme il tire sa nourriture de plantes qui ont elles^mèœes une valeur commerciale, sans leur nuire en aucune façon, sa graisse est appelée à devenir un produit aussi important que la cochenille ou Ja laque, qui sont fournies par des insectes d’une espèce analogue. »

Secours a domicile. — tes secours à domicile organisés par les soins de l’Assistance publique et tout à fait indépendants des secours médicaux de nuit absorbent chaque année des sommes considérables. Mais c’est la première fois que l’on voit figurer dans le budget de 1878 une somme spécialement affectée au* phthisiques indigents. Les dépense? eu visites de médecins et eu médicaments ont atteint en effet 200, oqq francs.

Il est même question d’augmenter celle somme et de créer dans le Midi, 4 Cannes, à Pjjçe et sur différents points des bords de la mer, dans le Midi, des maisons hospitalières pour les malades atteints de cette terrible maladie.

En 1878, d’après le rapport officiel que nous avons sous les yeux, les dépenses du service de secours à domicile se sont éleyées à 1 million 70,500 fr, , dont 390, 0Q0 fr. pour les malades de diverses sortes, traités à domicile, 200,000 fr. pour les phthisiques et autres malades atteints d’affections chroniques, 806,500 francs pour les femmes accouchées à domicile, et 174,000 fr, en indemnités aux malades.

Danger d’exercer la médecine chez les Indiens du Fall-River. — Le capitaine Dick, chef de la tribu des Indiens de Fall-River, vient de mourir 5 sa mort a causé celle de trois Indiens qui pratiquaient la médecine dans sa tribu.

Le capitaine Dick, bien connu à New-York pour sa bonté et ses mœurs pacifiques, tomba malade; dès qu’il se sentit en danger, il fit venir les cinq médecins de sa tribu et les invita à lui donner leurs soins. Ce n’était pas une petite affaire ; le capitaine Dick rendait les médecins responsables de sa mort. Ceux-ci, afin de décliner l’honneur de soigner le grand chef et surtout pour échapper aux conséquences de sa mort, lui demandèrent de leur payer devance leurs honoraires, qu’ils fixèrent à cent dollars pour chacun d’eux, sachant du reste que le vieux chef était incapable de payer une pareille somme.

A cette demande, le pauvre Dick leva ses bras vers le ciel, poussa des gémissements et convoqua sa tribu autour de sa tente.

« Les médecins incapables de guérir des maladies gratuitement dans une tribu sont de véritables fléaux, leur dit-il ; si je meurs, puisque je ne puis me faire soigner par eux, pendez-les pour n’avoir pas fait leur devoir. »

Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Le vieux Dick mourut et ses sujets, fidèles à leur promesse, envoyèrent dans le séjour du Grand-Esprit trois des médecins; les deux autres ont dû leur aalut à la fuite ; ils se réfugièrent chez les anciens. Klamacs.

Société médicale des hôpitaux (3, rue de l’Abbaye, à 3 heures 1 / 2 précises). — La Sociélé se réunira le vendredi 28 février 1879.

Ordre du jour 1 1° Anévrysme de l’aorte abdominale chez un syphilitique, par M. Vallin* 2° Anatomie du pemphigus : M, Cornil, M, Vidal. H- 3? Communications diverse?.

Cours sur les, eapx n\inèrale$ et les maladies chroniques. — M. le docteur Dqratid-Fard.e commencera ce cours ie lundi 3 mars, à 4 heures , dans l’amphithéâtre n" 3 de l’Écple pratique, et le çontinuera à fa même heure les lundi, mercredi èt vendredi de chaque semaine. .

Ce cours sera fait en quinze leçons.

Errata. — Dans notre numéro du samedi 15 février (rapport sur les maladies régnantes), communication de M. Bonnemaison, de Toulouse, il s’est glissé deux fautes qu’il importe de rétablir. L’une, page 246, avant-dernière ligne, « avec ou sans inflammation des tissus n, au lieu de sinus; l’autre, page 247, quinzième ligne, « d’érysipèle, de scarlatine et de variole au lieu de « et de rougeole ».

Ce numéro de ee jour contient un Supplément de huit pages.

- Tynoffranhie Fni.ix M.u.tf.ste et »V>, rue îles Deux.Portes-Saint-Saitveur, 22.

No 24

L’UNION MÉDICALE Jeudi 27 Février 1879

BULLETIN

SUR LA SÉANCE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE

Enfin! voici une séance où il n’a pas, ou presque pas, été question de vibrions ou de bactéries! Il est donc possible encore de parler maladies et même maladies infectieuses et pestilentielles sans faire intervenir aussitôt l’inévitable troupeau des monades, des microbes, des aérobies, des anaérobies, etc., etc. M. Fauvel, l’éminent inspecteur des services sanitaires, a montré aujourd’hui que l’on pouvait intéresser vivement l’Académie et le public habituel de ses séances sans évoquer tout ce monde invisible créé à la parole de M. Pasteur. On dira peut-être que la peste n’était pas un oreiller bien séduisant pour se reposer de la septicémie, mais tout est relatif, et, d’ailleurs, le travail si bien fait de M. Fauvel, la discussion lumineuse à laquelle il s’est livré sur les documents encore incomplets, il est vrai, qu’il avait à sa disposition, les conséquences rassurantes qu’il en a déduites et qui l’ont amené à conclure à la non-probabilité de l’invasion de l’Europe occidentale par ce mal qui répand la terreur , tout a contribué à faire de sa communication une des plus intéressantes et des plus vivement applaudies qui aient depuis longtemps charmé les échos de la salle de la rue des Saints-Pères.

Aussi M. le vice-président Henri Roger qui, en l’absence de M. Richet, présidait la séance, a-t-il été bien inspiré en disant qu’il croyait être le fidèle interprète des sentiments de l’Académie tout entière, en remerciant en son nom M. Fauvel de cette savante communication, qui montre de la manière la plus saisissante, a-t-il ajouté, l’importance des services que, dans les circonstanees .les plus graves, l’Académie est appelée à rendre au gouvernement et au pays.

De cette communication en elle-même nous n’avons rien à dire qui n’ait été dit infiniment mieux que nous ne pourrions le faire, par la plume si autorisée de notre rédacteur en chef, dans les commentaires avant la lettre, si l’on peut s’exprimer ainsi, qu’il a faits de ce remarquable travail.

Nous renvoyons donc nos lecteurs, d’une part, à l’article de M. Amédée Latour, paru dans le numéro de mardi 25 février, qu’ils ont d’ailleurs certainement lu déjà, et, d’autre part, au compte rendu de la séance, qui donne une analyse malheureusement trop succincte de la communication de M. Fauvel.

Au commencement de la séance, une élection de membre titulaire a eu lieu

FEUILLETON

Facilité de Médecine de Paris Cours de M. le professeur Peter

DE LA PHTHISIEPDLMONAIRE (1)

Y a-t-il des maladies antagonistes de la phthisie ?

On a considéré l’asthme et les maladies du cœur comme antagonistes de ta phthisie. Il n’en est rien. M. Gueneau de Mussy a, depuis longtemps déjà, appelé l’atténtioh sur les asthmatiques qui sont conduits lentement à la phthisie par l’asthme lui-même, c’est-à-dire par l’emphysème qui diminue l’hématose. De plus, les quintes si pénibles de toux avec suffocation ne peuvent avoir lieu sans déterminer dans le poumon de l’hypérémie et de la fluxion. Par leur répétition, elles amènent le catarrhe chronique qui concourt à dépraver la fonction du poumon, en rétrécissant les .canaux par où se fait la prise d’air et en diminuant, de ce chef, l’hématose. Si l’asthmatique est en même temps diathésique, s’il est goutteux, scrofuleux, herpétique, etc., l’antagonisme prétendu diminue d’autant.

Chez les femmes trop fécondes, chez celles qui allaitent trop longtemps leurs nourrissons, l’influence nocive de l’asthme augmente encore. Dans tous ces cas, l’asthme agit par anématosie.

(i) Suite. — Voir les numéros des 7, 16 janvier et 6 février. Tome XXVrr. — Troisième série. .

dans la section de médecine vétérinaire. C’est M Leblanc qui a été nommé par 40 voix contre 30 suffrages donnés à M. Trasbot, son principal compétiteur.

M. Leblanc est fils d’académicien comme M. Lagneau, élu dans la précédente séance dans la section d’hygiène. On ne peut qu’approuver cette transmission d’héritage quand elle est sanctionnée, comme dans les deux cas dont il s’agit, par l’hérédité du talent et des services rendus à la science. — A. T.

CLINIQUE MÉDICALE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE

Hôpital Hcckcr. — M. le professeur POTAIN.

DES ÉTATS CACHECTIQUES,

Leçon clinique recueillie par M. le docteur Georges Homolle.

Il est une classe de malades qui semblent destinés à exercer surtout la sagacité du médecin, et qui parfois défient en quelque sorte le diagnostic; je veux parler des cachectiques. Il y en a de tout âge et dans toutes les conditions sociales; leur mal reconnaît des causes presque innombrables, et cependant se ressemble chez un grand nombre. 11 n’est pas, dans leur économie, une fonction ni un organe qui ne soit en souffrance, et tantôt l’on voit prédominer certains désordres, au point que l’on suppose à tort une affection organique, tantôt l’examen le plus attentif ne fait pendant longtemps découvrir aucune trace d’une altération locale qui se révèle seulement aux derniers jours de la vie, sinon au moment de la nécropsie.

Tous ces malades sont anémiés, pâles, amaigris, sans force, souvent sans énergie morale aussi bien que physique, et ils ne peuvent accuser aucune sensation morbide, sinon cette faiblesse même. Leurs digestions sont troublées, et l’on ne peut reconnaître aucune altération définie de l’estomac, de l’intestin ni du foie; leur respiration est souvent courte, haletante au moindre effort, et les poumons, examinés avec soin, résonnent et respirent comme dans l’état normal; leur pouls est petit, souvent accéléré, sinon d’une façon constante, du moins à la plus faible cause, leurs jambes sont œdématiées, mais le volume et les bruits normaux du cœur ne sont pas altérés.

Si cependant l’examen des viscères est fait avec le plus grand soin, et dans les meilleures conditions possibles, s’il est, au besoin, répété plusieurs fois, il fait,

Enfin l’influence des diathèses sur le développement de la phthisie est la plus lugubre de toutes. M.. Pidoux a dit : « La phthisie n’est pas une maladie qui commence, c’est une maladie qui finit. » C’est une maladie qui achève, aurait-il dû dire. Cela est vrai dans la majorité des cas, parce que toutes les maladies qui débilitent conduisent à la phthisie. Or, aucune ne débilite aussi profondément que les diathèses. La phthisie, pour nous servir d’une antique expression, juge en dernier ressort tant de cas pathologiques, qu’elle a été élevée à la hauteur d’un fait d’ordre général : Gueneau de Mussy la regarde comme le moyen d’éliminer les races dégénérées; et Bennet comme le moyen d’éliminer les individus inaptes à reproduire

1 devenons à M. Pidoux, qui a dit encore : « La diathèse prédispose et antagonise. » Comment faut-il interpréter cette formule mystérieuse?

Nous avons vu que les diathèses, comme et mieux que les autres causes de débilitation, conduisent à la tuberculose. Voilà pour la prédisposition. Mais les accidents aigus de la goutte, par exemple, enrayent la marche des tubercules, conformément au vieil aphorisme d’Hippocrate : « Duobus doloribus, simul obortis, etc. » C’est de la révulsion, voilà tout. Il en est de même des autres manifestations de l’arthritisme, de la syphilis, du cancer, de l’herpétisme, etc.

Quant aux prédispositions héréditaires, il est certain que le diathésique engendre des enfants pires que lui; mais il faut prendre garde^ que l’hérédité est uni-parentale ou bipare'ntale. L’influence du père peut être combattue et annihilée par celle de la mère. Aussi, la tuberculose elle-même n’est-elle pas nécessairement héréditaire. Par contre, lorsque l’influence est convergente, les malechances sont pires pour les enfants. Dans ce cas, on naît non pas tuberculeux, mais tuberculisable à la puberté.

chez certains sujets, reconnaître soit une affection cardiaque méconnue, ce qui est rare, soit bien plus souvent un cancer de l’estomac, du foie, du rectum ou de l’utérus, soit enfin une tuberculose commençante.

Le carcinome de l’estomac peut être en effet absolument latent, en ce sens qu’il ne donne lieu ni aux vomissements ni aux troubles dyspeptiques par lesquels il se traduit en général dès les premières périodes de son évolution. Les exemples de ce genre sont loin d’être exceptionnels.

11 en est de même du cancer du foie : Un homme d’une cinquantaine d’années entre à Necker dans un état de cachexie profonde; il dit avoir été très- fort autrefois et grand mangeur ; il prétend même avoir conservé son appétit jusqu’à ces derniers temps; il est pâle et maigre; il a les jambes enflées, et l’œdème présente ce caractère insolite chez les cachectiques d’être rénitent, non dépressible, ce qui s’explique d’ailleurs par la coexistence d’un prurigo qui couvre les membres. L’examen des organes est négatif, et tout porte à penser que l’état de dépérissement du malade doit être attribué à un ensemble de conditions antihygiéniques ; il sort de Mazas, où il a fait quatre mois et demi de réclusion ; il n’a, volontairement, quitté sa cellule qu’une seule fois pour prendre l’air ; il n’a mangé que du pain, en grande quantité, dit-il. Amélioré après un court séjour à l’hôpital, le malade est envoyé à Vincennes; il en revient avec des troubles dyspeptiques, et, trois mois après son admission première, il meurt; nous le croyions cancéreux; mais il fallut l’autopsie pour reconnaître le siège du mal : c’était un carcinome hépatique.

La cirrhose et certaines formes de néphrite chronique peuvent, pendant longtemps, sinon jusqu’à la fin, donner lieu seulement à des troubles profonds de la santé générale ou ne se trahir que par quelques signes peu caractéristiques en apparence.

La tuberculose a de même ses formes latentes; la toux n’a rien de pénible ou manque presque absolument, la dyspnée n’est pas remarquée du malade lui-même; quelques modifications très-minimes de la sonorité thoracique ou du murmure vésiculaire prennent alors une importance considérable.

Lorsque l’exploration des organes ne fournit aucun renseignement de quelque valeur et ne rend pas compte de là cachexie, il faut rechercher dans les antécédents héréditaires ou personnels du malade les indices propres à faire connaître un état diathésique, qui ne se révèle pas encore et qui peut-être n’est pas destiné à se révéler jamais par des manifestations locales.

M. Pidoux, sur à, 000 phthisiques, eu a compté 20 p. 100, un cinquième, nés de parents tuberculeux. Les quatre autres cinquièmes étaient donc des phthisiques accidentels, sans hérédité; 30 p. 100 étaient nés de parents atteints de diathèses variées.

L’Anglais Smith a compté également 20 p. 100 de phthisiques héréditaires, et 18 p. 100 seulement de phthisiques nés de parents valétudinaires. L’hérédité collatérale, indiquant que les grands-parents n’étaient pas indemnes, doit être expressément mentionnée. Smith indique la proportion de 9 p. 100 pour les phthisiques ayant eu un oncle ou une tante tuberculeux, et 23 p. 100 pour les phthisiques ayant eu des frères ou des sœurs morts de la même maladie.

Fuller donne les mêmes chiffres à peu près : Parents phthisiques, 25 p. 100; grands-parents, 17 p. 20 ; oncles et tantes, 15 p. 100.

Dans les quatre cinquièmes des cas, le géniteur n’est donc pour rien dans l’apparition de la phthisie; c’est le produit qui s’est trouvé placé, ou qui s’est placé lui-même dans de mauvaises conditions.

On peut dire que, dans le cinquième restant, l’hérédité n’est pas nécessaire.

M. le professeur Peter cite l’exemple d’un de ses clients, âgé aujourd’hui de 68 ans, et qui est tuberculeux depuis quarante-trois ans. Il est originaire de la Nièvre, possède une grande fortune et a été élève de l’Ecole polytechnique. A 25 ans, étant à l’Ecole d’application de Metz, il eut une première' hémoptysie; puis une seconde à Saint-Etienne, où il était ingénieur des mines. Il donna sa démission ; il avait alors 32 ans. Il se maria avec une femme exceptionnellement robuste, dont il eut deux enfants, un fils et une fille. Le fils, paysagiste distingué, a maintenant 37 ans et se porte à merveille ; la fille, âgée de 30 ans, est mère de quatre enfants bien portants. Auscultée avec le plus grand soin, en raison de l’hérédité, la poitrine

Bien des familles de phthisiques fourniraient des exemples à l’appui de cette proposition. Les chlorotiques de souche tuberculeuse, par exemple, ne sont pas toutes condamnées fatalement; quelques-unes restent toujours des chlorotiques communes, les autres arrivent tôt ou tard à la phthisie aiguë ou chronique. Une jeune fille vient depuis plusieurs mois à la consultation pour des accidents sérieux de chlorose, sans souffle jugulaire ; elle n’a aucun signe de lésion pulmonaire, mais elle est accompagnée de sa sœur qui est manifestement phthisique ; la cachexie n’est chez elle sans doute que la première marque de la diathèse héréditaire.

Depuis sept ans j’ai pu suivre une malade qui, autrefois, a été dans mon service, chlorotique au plus haut degré; elle appartient à une famille où l’on compte vingtsept poitrinaires dans trois générations; elle-même n’est pas et ne sera peut-être jamais tuberculeuse.

De même, la diathèse arthritique peut conduire à la cachexie par des troubles dyspeptiques rebelles, bien avant que se produisent les manifestations de la goutte franche.

La sijphilis enfin, après que les accidents secondaires ont tout à fait cessé, et plus ou moins longtemps avant l’apparition de nouvelles lésions localisées, se traduit chez quelques sujet par des troubles de la santé générale dont la cause échappe, si l’on n’a pas connaissance de l’infection antécédente.

En dehors de toute disposition diathésique, et sans qu'aucune affection d’organe intervienne d’une façon latente, l’homme trouve dans les vices de V hygiène des sources de cachexie presque innombrables; je ne puis qu’en énumérer quelquesunes parmi les plus importantes. Les conditions mauvaises qui menacent ainsi la santé, sont : les unes générales ou communes à toute une population, les autres tout à fait individuelles; le rôle des unes ou des autres est, dans bien des cas, également difficile à discerner.

En tête des conditions générales, il faut, à Paris surtout, placer la malaria urbaine qui, souvent, ne fait que favoriser des aptitudes morbides, mais qui peut aussi produire seulemént et d’emblée la cachexie. Elle frappe, dans certaines circonstances, les habitants qui semblent le mieux acclimatés, mais son action se porte principalement sur les gens de province, les nouveaux-venus. Aucun hygiéniste n’a défini d’une façon explicite les éléments, évidemment complexes, de cette infection ; les qualités particulières de l’air qu’on respire dans les grandes villes ont, à n’en pas douter, une influence considérable, mais les habitudes de

de la mère n’offre absolument rien de suspecl. Le père de cette dame, le tuberculeux dont il est question, eut, il y a quatre ans, une angine granuleuse pour laquelle il fut envoyé aux eaux de Saint-Honoré. Il fut pris, là, d’une troisième hémoptysie qui n’eut pas de suites graves. Son père, mort à 82 ans, était goutteux ; son frère aîné est goutteux ; son frère cadet, goutteux et hémoptysiquè. L’hérédité diathésique n’est donc pas aussi redoutable qu’on se l’est imaginé.

La phthisie est-elle contagieuse ? Non! très-nettement, non!

La croyance à la contagion, née dans le Midi, a été surtout une affaire de sentiment, d’émotion.

Si la phthisie était contagieuse, ce serait la plus contagionnante de toutes les maladies. Comparée à la variole, qui ne dure pas longtemps, et qui donne un chiffre si élevé de contagions, que ne donnerait pas la phthisie, qui dure longtemps ! Personne n’existerait plus depuis bien des siècles.

Payne Cotton, médecin du « Consumption Hospital » de Londres, constate que la phthisie est rare chez les étudiants attachés à cet établissement.

Lombard (de Genève) constate, de son côté, qu’on la rencontre rarement aussi chez les gardes-malades.

Quant aux époux, il est vrai qu’on les voit assez souvent succomber l’un après l’autre, mais cela tient aux mauvaises conditions semblables dans lesquels ils ont vécu, conditions qui deviennent pires encore par le fait de la maladie de l’un d’eux : altération, jour et nuit, de l’air respirable; confinatlon et surchauffement de ce même air; émotions tristes; misère, etc. En un mot, la réunion de toutes les conditions expérimentales propres à produire la phthisie,

l’union médicale.

vie transformées n’ont pas une moindre importance. La présence de l'acide carbonique en excès constitue l’altération la plus frappante dans l’atmosphère des cités; à Munich et à Madrid, par exemple, la proportion de ce gaz s’élève à 1,5 au lieu de 0,3 à 0,6 pour 1,000.

Dans les campagnes même, les conditions d’insalubrité sont très-multiples; dans le nombre, et, au premier rang, est la malaria palustre qui parfois se manifeste d’une façon primitive, et avant tout accès fébrile, par l’intoxication générale. Ces faits, bien connus dans les pays maremmatiques, se produisent, à la faveur de certaines circonstances, d’une manière tout à fait sporadique, frappant un seul individu, dans un milieu que tout d’ailleurs porte à considérer comme parfaitement salubre. Le foyer d’infection est souvent alors très-limité. M. Fonssagrives, qui a reconnu sur les navires l’influence nocive des émanations que dégagent les détritus accumulés dans les cales (véritables marais nautiques, suivant son expression pittoresque), a signalé aussi le développement possible de semblahles causes d’intoxication à l’entour de nos habitations ou dans leur intérieur, la formation, en un mot, d’un mardis domestique. Le terme est quelquefois d’une exactitude absolue.

J’ai soigné à Bellevue un homme débilité à l’excès et sans cause apparente qui, sans avoir auparavant subi l’intoxication palustré, en présentait néanmoins les symptômes; une enquêté fit découvrir l’origine du mal dans un vrai marécage qui se trouvait situé sous les fenêtre du malade; c’était un tout petit coin de terrain inculte où, dans les jours d’orage, venaient affluer les eaux d’une ruelle en pente qui bordait la maison.

Le foyer peut exister dans nos appartements, témoin cèt amas d’épluchures de légumes oubliées sur un évier, dont parle M. Fonssagrives.

Il est une dernière espèce de malaria qui, fréquemment, détermine des états cachectiques mal déïittis, c’est celle qui règne dans certaines vallées alpestres et y cause l’intoxication, encore inconnue dans sa nature, qui conduit aü goitre et au crétinisme.

Les vices de l'hygiène privée nous présentent à étudier l’ensemble des influences pathogéniques dont les anciens avaient déjà formé des groupes distincts süivant qu’elles ont leur origine dans l’air et les milieux ou nous vivons {circumfusa) , dans notre alimentation ( ingesta ), enfin dans notre régime et dans tous nos actes {acta ou gesta)-, il y faut ajouter les causes nombreuses des intoxications professionnelles ou accidentelles.

auxquelles il convient d’ajouter là privation de sommeil, les levers en sueur, lê manque de sortie et, enfin, les rapports sexuels, continués quelquefois jusqu’au dernier jour... Malgré Ma, la proportion de cette soi-disant contagion n’est que de 1 sur 10. C’est le rebours de la logique !

On invoque l’exemple de Laënnec, qui, à la suite d’autopsies de phthisiques, fut affecté d’un tubercule anatomique, et qui mourut tuberculeux. Mais Laënnec, fils de paysan, et longtemps mal nourri, était chétif et travaillait sans trêve ni merci.

Louis, mort à 82 ans, après s’être piqué bien des fois en faisant des autopsies, a mis au monde un fils qui succomba à la tuberculose ; mais ce fils s’étâit surmené dé travail. 1 1

La phthisie est-elle inoculable? Non! On a été trompé par les apparences. M. le professeur Villemin est un homme fort distingué, mais il s’est laissé égarer par un a priori, à savoir : que la phthisie est une maladie zymotique, virulente. C’est en 1865 qu’il fit sa première expérience, avec des masses purulentes, des granulations tuberculeuses qu’il insérait, non audessous de l’épiderme, mais au delà du derme, dans le tissu cellulaire sous-cutané. Au bout de deux mois, il sacrifia le lapin sur lequel avait été faite l’expérience, et trouva des granulations dans les poumons; la cause parut gagnée.

Dès l’année suivante cependant, en 1866, on lui fit cette objection : « Vous tuez tous vos animaux, laissez-lès mourir d’eux-mêraes, si vous voulez savoir ce que deviennent ces granulations, et quelle est leur vraie nature! »

Marat (?), de Londres, les a laissés vivre; ils ont tous guéri.

Le docteur Metzquer a démontré que, sans les doses massives, insérées au-dessous du derme, rien ne se produit.

En réalité, il ne s’agit que d’infarctus, de corps embolisés. Les pseudo-granulatiens du pro-

Nous retrouvons ici l’action de l’air, non plus de l’atmosphère commune, si l’on peut ainsi dire, mais bien du milieu propre à un seul individu ou à un groupe de personnes, comme l’atmosphère de nos chambres ou celle des fabriques et de tous les lieux où l’on vit en commun. L’air y est nuisible, parce qu’il est ou insuffisant ou vicié, souvent les deux conditions se trouvant réunies. La quantité d’acide carboniques’élève, dans certains cas, à un chiffre énorme; elle peut atteindre huit et seize fois la proportion normale (dans une prison, dans une école de filles dont parle Petlenkoffer).

L’air est souvent altéré par le mélange d’oxyde de carbone et par les divers gaz qui s’exhalent de nos cheminées. C’est ce qui arrive toutes les fois que le tirage se fait mal ; avec le bois ou le charbon de terre, la fumée, incommode, est du moins bienfaisante en ce qu’elle avertit des imperfections du foyer; avec le coke le danger est plus grand, parce que rien ne l’annonce; la braise qui se consume dans un poêle dont la clef est fermée a les mêmes inconvénients ; les effets immédiats varient depuis un simple mal de tête jusqu’à un état presque comateux, mais le séjour habituel dans une atmosphère viciée de cette sorte produit une intoxication chronique dont l’origine peut rester très- obscure. Une cheminée où l’on ne fait pas de feu peut néanmoins verser dans un appartement des principes nuisibles, lorsqu’elle communique avec d’autres, soit directement, soit par des fissures.

Les émanations des fosses d’aisances, des égouts ou des conduites à gaz d’éclairage se trahissent par leur odeur ; il faut savoir cependant que certaines fosses versent de l’acide carbonique dans l’air.

L’usage habituel d’une eau malsaine est une cause souvent invoquée pour expliquer des accidents très-variables; il est rare, toutefois, qu’il donne naissance à des états cachectiques dont il est alors très-difficile de reconnaître la véritable nature.

Une eau trop pure ou une eau impure peuvent être également nuisibles; il n’est pas besoin de signaler les eaux séléniteuses, celles qui se chargent de matières organiques dans leur passage à travers certains terrains, par les infiltrations des fosses d’aisances et des fosses à purin ; on connaît mal d’ailleurs les accidents généraux qui peuvent résulter de leur ingestion usuelle. Une cachexie véritable, par intoxication saturnine très-lente, peut être provoquée par l’usage d’une eau trèspure d’ailleurs, comme est celle des pluies, qui ne dépose pas sur les tuyaux de conduite un enduit calcaire protecteur.

Les effets généraux d’une alimentation insuffisante ou excessive , ou de mauvaise

fesseur Villemin ne se trouvent qu’à la périphérie des organes, des poumons, et surtout des reins. M. Villemin reconnaît lui-même que les granulations, à la suite de ses inoculations, sont plus fréquentes dans les reins. Or, les reins et les poumons sont les organes d’élection pour les abcès métastatiques, pour les infarctus emboliques.

Dans l’inoculation ordinaire, la quantité de liquide dont on se sert est parfaitement indifférente; que celle-ci soit petite ou grande, les effets sont les mêmes. Dans les expériences de M. Villemin, il n’en est pas ainsi. Il faut que la masse inoculée soit assez considérable pour qu’on en retrouve une partie dans chaque granulation.

Waldemburger a eu l’idée de colorer avec de l’aniline la matière inoculée, et il a trouvé un petit point rouge au centre de chaque granulation.

M, Colin (d’Alfort) a pu voir la migration des matières inoculées se faire par les vaisseaux lymphatiques.

Le docteur Metzquer a répété les expériences de M. le professeur Villemin sur cinq lapins. Ils devinrent tous malades de la même manière. Le n‘ 1, tué au bout de trois mois, était tuberculeux partout; les n°‘ 2, 3 et à, sacrifiés successivement, offraient des tubercules de moins en moins nombreux ; le n° 5, au bout de deux ans, sacrifié à son tour, n’avait plus rien du tout.

Un chien, inoculé de la même façon, et abandonné à lui-même, guérit parfaitement.

Béhier, qui s’était rallié un des premiers à la doctrine de l’inoculation de la phthisie, voulut expérimenter aussi sur des lapins; il en inocula vingt, à l’Hôlel-Dieu, quelque temps avant la guerre. Sous le coup des événements politiques, il les oublia. Pendant le siège, on les tua pour les manger. Aucun n’était malade.

M. Chauveau (de Lyon) s’était passionné pour cette idée de l’inoculation de la phthisie.

Supplément.

qualité, sont quelquefois assez sérieux pour constituer une cachexie* Sans parler des malheureux dont la ration devient de plus en plus restreinte et défectueuse, à naesurequela faihlesse croissante leur rend le travail plus difficile, je veux signaler ici ces individus qui sont victimes d’un régime trqp substantiel , ét ^’une nourriture trop copieuse : cachectiques pour manger trop et trop bien, comme les autres le sont pour manger mal et trop peu, ils vivent en état d’indigestion permanente* constamment désespérés de n’ayoir jamais faim, comme me l’avouait un malade.

L’insuffisance ovl l'excès d'activité' physique ont également leurs dangers, et déterminent de même des états de débilité aussi vagues dans leur expression symptomatique qu’ils le sont souvent dans leur cause. Tout le monde est d’accord sur l’influence banale des professions sédentaires, mais on est moins en garde contre l’abus de certains exercices ou de certains actes. Tout est relatif dans ces matières, et l’activité doit se mesurer à la réparation. J’ai vu des gens à bout de forces pour s’être abandonnés à la direction de gymnastes enthousiastes qui prétendaient les entraîner. Les conseils sont bien plus difficiles à donner et l’origine d’accidents plus ou moins graves reste bien plus obscure, lorsque ceux-ci se rapportent à des excès vénériens, tout à fait relatifs, et bien souvent inconscients.

Découvrir l’origine d’une cachexie dans une intoxication professionnelle n’est pas, en général, un diagnostic qui exige une grande perspicacité, lorsqu’il s’agit de certains étals et de certains poisons. Qqand un peintre perd l’appétit, s’affaiblit et se cachectise, il n’y a pas grand mérite à reconnaître î’ipfluençe du saturnisme chronique, alors même que le malade n’aurait jamais eu de coliques de plomb.

Il eu est tout autrement des intoxications accidentelles et de celles qui, dépendant à la vérité de l’exercice d’une profession, ne s’y rattachent cependant que d’une manière exceptionnelle et tout à fait inusitée. On a compté cinqqapte-trois métiers qui exposent plus ou moins au saturnisme ; il y en a certainement plus encore. Chez un lapidaire, par exemple, les accidents tenaient à l’emploi d’une roue de plomb; une plaque de même métal sert aux tailleurs de limes pour poser leur outil, etc.

Dans certains cas, la présence du plomb est le résultat d’une falsification, ce qui rend l’enquête plus difficile encore. J’ai vu un marchand de thé atteint de troubles généraux mal définis et d’une paralysie de l’avant-bras, qui indiquaient d’une façon certaine l’empoisonnement métallique ; or/cel homme maniait constamment, pour faire ses paquets, des feuilles d’étain impur.

Ayant fait avaler à des vaches des morceaux de poumons tuberculeux, les vaches devinrent phthisiques. Il ne faut voir là que le fait dé l’absorption des produits tuberculeux par les villosités intestinales. Mais la viande que nous mangeons ne contient pas de tubercules; et, d’ailleurs, elle est cuite.

Un dernier mot : on a obtenu les mêmes altérations qu’obtient M. Villemin avec l’inoculation de tous les produits morbides. , , ,

(A suivre.) M. L.

Éphémérîdes médicales. ~ 27 Février 1800.

Dans un journal, dont le titre nous échappe, nous trouvons la description d’un cheval sans poils, par Lasteyrie :

« Ce cheval a été acheté à Vienne, il y a dix ans. Il avoit été pris sur les Turcs. Il a environ vingt ans, mange les mêmes alimens et en même quantité que les chevaux ordinaires, est maigre, très-sensible au froid. U n’a sur tout le corps aucu,n autre poil, qu’un cil à la paupière inférieure. La peau est poire, tirant §]}f lé gris, avec guelques taches planches sous les aisselles et les aines, douce au toucher, luisante et un peu onctueuse. La peau du pep, de tous les nazeaux et des lèvres est semblable à celle du reste du corps. Les os du nez sont déprimés, ce qui embarrasse sa respiration qt fui fait produire un bruit chaque fqjs qu’il prend ou rend l’air. Le citoyen Lasteyrie croit que ce cheval formp une variété dons l’çspèce, qt que |opt qt ni lé % l’art, ni celui d’une rçqladie. » — A.

J’ai été consulté par un photographe qu’on regardait comme atteint de cancer gastrique; il était presque mourant, réduit à l’état de squelette, et vomissait tout ce qu’il ingérait. L’hypôthèse d’une affection organique d’estomac me parut, après examen, peu probable; le petit’ volume du foie, sans autres signes de cirrhose, me frappa et me fit penser à l’intoxication saturnine. Restait à en découvrir la cause, car le plomb n’entre dans aucun des produits qu’emploient les photographes. J’appris du malade que, pour retoucher ses épreuves, il se servait journellement d’une couleur brune que lui fournissait un ami, et qui lui était donnée comme un composé végétal tout à fait inofîensif ; il se trouva pourtant que ce brun renfermait du plomb en très-forte proportion. Le photographe abandonna ses couleurs et guérit.

Un dernier exemple s’est offert à moi tout récemment : Un pharmacien, trèsaffaibli, et vraiment cachectique, me parle avec inquiétude d’attaques convulsives dont il a été frappé depuis peu ; il n’est plus jeune, et l’épilepsie vraie ne peut être mise en cause; il n’a d’ailleurs jamais eu de coliques ni de paralysie, mais il a un liseré saturnin ; l’intoxication est manifeste, mais sa cause échappe; je finis par découvrir que le malade avait les jambes criblées de grains de plomb qu’il avait reçus à la chasse; on en sentait beaucoup sous la peau et dans son épaisseur.

L 'arsenic provoque aussi des empoisonnements lents qui minent peu à peu la santé; bien des causes d’une pareille intoxication sont connues; quelques autres sont tout à fait inattendues, comme celle que sut découvrir M. Delpech dans un cas intéressant. Il s’agissait d’un naturaliste dont la santé déclinait, et qui s’en allait mourir sans qu’on parvînt à comprendre la nature de son mal : le savant avait orné son cabinet d’une véritable galerie d’oiseaux empaillés , et la poussière soulevée chaque jour par celui qui en prenait soin, répandait dans l’atmosphère l’arsenic qui empoisonnait le malheureux collectionneur.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

ACADÉMIE DE MÉDECINE

Séance du 25 février 1879. — Présidence de M. Henri Roger.

CORRESPONDANCE OFFICIELLE

M. le ministre de l'instruction publique transmet l’ampliation d’un décret par lequel est approuvée l’élection de M. Maurice Raynaud, en remplacement de M. Hirtz, décédé.

Sur l’invitation de M. le Président, M. Maurice Raynaud prend place parmi ses collègues.

La correspondance non officielle comprend :

1“ Une lettre de remercîments de M. le docteur Fredet, professeur à l’École de médecine de Clermont, lauréat de l’Académie.

2° Un mémoire manuscrit de M. le docteur Aimé Bonpland, intitulé : Du melalonca paraguariensis et de son action thérapeutique.

M. Poggiale présente, au nom deM. Eymard Lacour, pharmacien-major de 2e classe à l’hôpital militaire, de Milianah (Algérie), un travail intitulé : Analyse chimique des eaux minérales de Gambo (Basses-Pyrénées). — (Com. des eaux minérales.)

M. Gosselin présente : 1° Au nom de É. le docteur A. Bazin (de Saint-Brice-sous-Forêt), un travail manuscrit intitulé : Rapport sur la protection des enfants du premier âge. — 2° Une brochure de M. Goldenstein, chirurgien-dentiste, intitulée : Arrêt de développement de la mâchoire inférieure.

M. Vërneuil présente, au nom de M. le docteur V. Cornil, médecin de l’hôpital de Lourcine, un ouvrage intitulé : Leçons sur la syphilis faites h l’hôpital de Lourcine, accompagnées de planches lithographiées, d’après les dessins de l’auteur, et de figures intercalées dans le texte,

L’Académie procède, par la voie du scrutin, à l’élection d’un membre titulaire dans la section de médecine vétérinaire.

La commission, par l’organe de M. le rapporteur Goubaux, classe les candidats dans Tordre

suivant: En première ligne, M. Leblanc; — en deuxième ligne, M. Trasbot; — en troisième ligne, M. Hocard.

Le nombre des votants étant de 70, majorité 36, M. Leblanc obtient 40 suffrages, M. Trasbot 30.

En conséquence, M. Leblanc ayant obtenu la majorité des suffrages, est proclamé membre titulaire de la section de médecine vétérinaire.

M. Fauvel fait une communication sur la peste d’ Astrakan. Le savant 'épidémiologisle fait remarquer d’abord combien sont confus, obscurs et souvent contradictoires les renseignements transmis de Russie sur les caractères de la maladie que les uns considèrent comme la peste proprement dite, les autres comme un typhus galopant, un pneumo-typhus, d’autres comme la peste noire du moyen âge.

Le docteur Dôppner, médecin en chef des cosaques d’ Astrakan, est celui qui, d’après M. Fauvel, a donné la meilleure description de la maladie. Pour lui, la maladie est un typhus du genre le plus aigu, ou une peste particulière, ou une maladie intermédiaire entre la peste et le typhus. Ce qui est certain, c’est que la maladie présente le caractère le plus malin, et qu’elle tue la plupart des malades dans un court espace de temps. Elle est contagieuse au plus haut degré.

M. Fauvel croit pouvoir conclure des observations des médecins russes : que la maladie en question est très-probablement la peste orientale, la peste bubonique, et non une autre maladie qualifiée du nom d’un typhus quelconque, point qui, d’ailleurs, sera bientôt résolu par la Commission internationale envoyée sur les, lieux.

La peste, dit M. Fauvel, est une maladie sui generis, ayant un principe propre qui la régénère et la propage. La peste naît de la peste, et peut-être, dans certains pays et dans certaines conditions données, se développe-t-elle spontanément, mais elle ne procède d’aucun autre état morbide; elle n’est pas une simple modalité du typhus ; en un mot, c’est une entité morbide des mieux caractérisées.

Elle a des signes pathognomoniques aussi tranchés que ceux d’aucune autre maladie virulente : bubons apparaissant dans les trois premiers jours, et ne faisant défaut que dans les cas à marche foudroyante; pétéchies plus ou moins prononcées, et charbons sur les membres chez le tiers ou le quart des malades, telles sont les manifestations extérieures qui, accompagnées d’un appareil fébrile adynamique plus ou moins prononcé, caractérisent la peste, et qu’on retrouve constamment au milieu des variétés de formes que peuvent présenter les épidémies. ;

L’épidémie actuelle a éclaté d’abord, en novembre dernier, à Vettianka, village cosaque de 1,800 habitants, situé sur la rive droite du Volga, à 300 kilomètres environ en amont d’ Astrakan.: On ne sait au juste si elle y est née spontanément, ou (ce qui est plus, probable, s’il s’agit de la peste, comme tout porte à le croire) si elle y a été importée des bords de la mer Caspienne, où la peste régnait, en 1877 et au commencement, de 1878, à Recht, ville persane située sur le littoral de cette mer. De Vettianka l’épidémie a gagné rapidement les localités voisines placées dans des conditions analogues de misère et d’insalubrité, et, en remontant le Volga, elle n’était plus, aux dernières nouvelles, qu’à une petite distance de la ville de T^zaritzine, située sur la rive droite du Volga, et qui est l’aboutissant des chemins de fer de Moscou et de Taganrog. C’est là que la Commission envoyée sur le théâtre de l’épidémie a établi son quartier général.

Jusqu’à présent, l’épidémie est restée confinée sur les bords du Volga, circonscrite par un cordon sanitaire qu?elle n’a pas franchi autrement que par des cas isolés et sans suites.

Il est évident que si la peste atteignait le littoral de la mer Noire, les provinces turques en Europe et en Asie seraient gravement menacées, et que si elle faisait invasion dans les contrées ravagées par la guerre elle y rencontrerait des conditions favorables à son développement. Mais la probabilité est que les choses n’en viendront pas là, que la maladie sera étouffée dans ses foyers actuels, et, en fût-il autrement, que l’Europe occidentale n’aurait pas beaucoup à redouter son invasion. La peste, en effet, est tenace et peu voyageuse; elle n’a pas des ailes, comme le choléra; elle s’attache aux localités qu’elle envahit, à celles surtout où la population vit dans la misère et dans une promiscuité malsaine ; importée dans l’Europe occidentale, elle pourrait sans doute y déterminer des épidémies partielles favorisées par des circonstances locales, mais jamais des épidémies envahissantes comme au moyen âge.

Les mesures prises en Allemagne et en Autriche-Hongrie pour préserver ces États contre l’invasion du fléaU : cordon sanitaire, désinfection, prohibition de certaines marchandises, certificats pour les voyageurs, etc., n’ont heureusement pas pour le moment à faire preuve d’efficacité. Si le danger devenait pressant, il est à craindre que, appliquées sur une frontière aussi étendue, elles ne se montrassent impuissantes. Néanmoins, et tout èn reconnaissant que

lëô seules mesures sdr ^efficacité desquelles on puisse compter sont Cellès qui; aujourd’hui, l’atteignent au foyer même de la maladie, nous n’en devons pas moins approuver les précautions décrétées par l’ Allemagne et l’Autriche sur leürs frôhtrèrés 'de terré, ne serait-ce

qu’au point de vue de l’effet moral. , , , .

^ùâ'nt aux mesures quarahtenaires prises contré les provenances maritimes deà pays infectés, elles ont fait leurs preuves, et quand elles sôrtt 'èbhVeUUblën'ient appliquées, elles donnent contre l’importation de la peste des garanties incontestables.

Actuellement, aucün cas de pesté n’existe dans les provinces de l’empire ottoman ; ce qui a contribué à jeter la panique, ç’â été un cas de typhus exanthématique pris, par erreur, pour un cas de peste. L’expérience a, d’ailleurs, démontré que la peste ne dérivait pas du typhus, et que, par conséquent, les reliquats de cette dernière i maladie qui existent encore en Turquie ne sont pas des prodromes de peste. Il s’ensuit que l’état de suspicion contre les provinces turques et les mesures de quarantaine qui en dérivent ne sont aucunement justifiés.

« En résumé, ditM. Fauvel, il reste encore des doutes sur le caractère essentiel dé la maladie qui règne en Russie, près des embouchures du Volga, et sur son origine; mais la probabilité est que c’est bien la peSte orientale. Nous ne tarderons pas d’ailleurs à être entièrement édifiés à ce sujet par le médecin distingué, M. le docteur Zuber, que le gouvernement français a envoyé sur le théâtre de l’épidémie. Je compte beaucoup sur son appréciation, éar je me méfie un peu des subtilités allemandes en matière de peste. En attendant, nous Savôns que l’épidémie ne s’est pas, jusqu’à ce jour, étendue au delà, du cordon établi autour de son foyer primitif, et nous pensons que, grâce aux mesurés adoptées, il y a lieu d’espérer qu’elle y sera étouffée. S’il en était autrement, l’Europe bccidentale serait surtout menacée du côté des provinces danubiennes et par les provenances de la mer d’Azow et de la mer Noire, La menace serait plus dangereuse encore si les provincès turques d’Europè venaient à être envahies par la peste; mais, dans ces différents cas, l’Europe, et surtout la France, seraient suffisamment garanties par de rigoureuses mesures préventives, pour n’avoir rien à craindre de l’invasion de la maladie.

Quant à la question importante du moment, celle de savoir si les Soupçons de peste dans les provinces turques méritent créance, nous croyons pouvoir affirmer, d’après des informations dignes de toute confiance, que ces soupçons ne sont aucunement fondés, qu’il n’existe dans ces provinces que de petits foyers de typhus en voie d’extinction, foyers reliquats des grandes épidémies de l’année dernière.

Enfin, nous ajoutons que l’expériience a montré que la peste ne procédait pas du typhus exanthématique, quelque graves qu’en fussent les manifestations épidémiques, et que, par conséquent, les soupçons conçus par le fait de quelques reliquats de typhus en Turquie ne sont aucunement justifiés.

En terminant, je ne puis m’empêcher de déclarer que, autant je suis partisan convaincu des mesures de quarantaine appliquées convenablement et à propos, autant je suis opposé à celles qui n’ont pas leur raison d’être. » (Applaudissements prolongés.)

— A quatre heures et demie, l’Académie se réunit en comité secret pour entendre la lecture du rapport sur les titres des candidats à la place vacante dans la section de physique et de chimie.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE

Séance du 8 janvier 1879. —Présidence deM. Félix Güton.

M. Tillaux revient sur la présentation qu’il a faite, dans la séance du 26 décembre, d’une pièce pathologique provenant d’un enfant de i!\ ou 15 ans, auquel il a pratiqué l’amputation de la jambe pour un cas d’ostéo-myélite du tibia. Dans le cas dont il s’agit, le canal médullaire était rempli de pus dans toute sa longueur et les épiphyses étaient relativement peu altérées. Il semble à M. Tillaux qu’au point de vue de la pathogénie, il faut distinguer la périostite phlegmoneuse diffuse de l’ostéo-myélitè ; la première ne s’accompagne pas nécessairement de l’inflammation du canal médullaire, tandis que l’ostéo-myélite s’étend presque infailliblement à la membrane périostique dont elle provoque le décollement. Sans doute, il est difficile d’indiquer les symptômes différentiels qui permettent de diagnostiquer les deux affections; cependant, il semble à M. Tillaux que, dans i’ostéo-myélite, l’inflammation a beaucoup plus de tendances que dans la périostite phlegmoneuse à se propager aux articulations adjacentes.

M. Alarjolin admet également une distinction entre la périostite franche, superficielle, dans laquelle le malade en est souvent qliitte pour une éxfoliation et une élimination de séquestre et fosléite centrale, dont le pronostic est beaucoup plus grave, car elle peut entraîner la moft,

lÀMidfc Médicale.

ou du moins l'amputation d'il membre. Il serait bien utile tfe jjoùybir, dés lé début, préciser le diagnostic trop souvent impossible dans l’état actuël de la science. >V(V1 j

lif. Giténiot rappelle ( qu’il a présenté, dans l’une des dernières séances,, dès pièces osséuseè provenant d’un enfant nouveau-né atteint 'd’ostéite suppurée des extrémités diaphysaires des os longs. L’enfant présentait une inertie complète des deux bras, des avant-bras et des mains, bien qu’il n’existât aucune lésion des muscles, des nerfs et des centres nerveux. L’impuissance absolue des mouvements provenait donc uniquement de la lésion osseuse qui avant son siège à l’extrémité supérieure de la diaphyse humérale. On aurait pu croire à une, fracturé et attribuer l'immobilité du membre à la crainte instinctive de 'l’enfant pour la douleur, tl y â donc là une inconnue à chercher au point de vuede l'explication du 'ibécanismè 'de cette inertie du membre. $oùs le rapport du diagnostic, Si. Guéniot attache, une |rà!îtàe valeur à cette inertie absolue des membres comme caractère de l’existence de l’ostéitè suppurée de l’extrémité diaphysaire des os.

Quant à la nature de la maladie, M. Parrot a cru pouvoir la rattacher a la syphilis. M. GÙéniot n’a pas d’objection à élever contre cette opinion; toutefois il n’à pas rehéotitréy chez son petit sÜjet, cés dépôts osseux de nôüvelle fôrmation perpendiculaire à la longùéur de là diàphyse, qui caractériseraient, süivànt M. Parrot, l’dstéite syphilitique des enfants.

M. Théophile Ânger a eu occasion d’observer, il y a quelqdës années, lïti fait dés pltis curiçùx et qui s’est malheureusement terminé par la mort. Un homme de 5ù âhs, maigre, sëè, un peu arthritique, était allé faire, au mois de Septembre, Vne pa.rtie de chàsté dans laquelle il ne s’était pas bhauébup fatigué. Le lendemain , étaht à la tiôùbse, il est pris .fÜtit à coiip d’une douleur violente à la jambe, droite, au point de ne pouvoir marcher. Il !së fait 'c'dhd’üire en voiture chez iyi. Anger, çjm, à l’examen, ne trbuve aucune différence entre céitte |afflbe et celle dh côté oppibsè. On pouvait toùchér, pressér, percuter le tibih sàüs déterminer 'la hioindré doulepr. La marche 'seule provoquait ! l'apparition du phénomène doulBtiréux. M. Klagér crut à une névralgie, et conseilla les divers moyéns thérapeutiques usités en pareil cas. Peridâfft iih mois, le membre ne présenta aucun Signe d’inflammation, ni gonflement du périoste in , àu|méntàtion de volume des niasses musculaires. Il h^y avait rien que celte doulehr ôccüpà'iit soijl le mollet, soit la cheville, et revenant par prisés, tantôt lé jour, tantôt la riüit. hé riiàladè ne présentait, d’ailleurs, âticun antécédent ’sÿphiljtique.

L’àpplicafiphd’ub Vésicdtblté ameha du gonflement sur le. pèiipt où lé réViiïéïf avait été hiis. Ce gonfleméiit réélsta à tous les topicjües qui furent sÙcceSsivemént emplbyês. <Uh!e 'itiëfsion pratiquée par M. Ànger montra que le périoste était décollé dans l’étendüe "d'une piècëde 50 centimes, et donna issue à une petite quantité fié pus. Bientôt il faillît 'ôùvrir'ün’hoüvël abcès formé à la partie supérièüre du tibia. Puis l’articulation du genou dëvint gorifléè, douloureuse. M. Lébù Labbë, appelé en consultation, diagnostiqüà une ostéo-lnyélite aü 'tibia àÿàrtt envahi l’articulation du genou.

L^applibatioh dta téép'àh donna issue à une gfânde quantité dé pus. Tbois ou iqùàtée éôuronnes de trépan furent successivement pratiquées, de manière à ouvrir le canal niédiill-iire dans une grande étendue; l’articulation du genôu fut incisée, drainée et pansée suivarit la méthode de Lister... Pendant trois mois, il y eut une suppuration abondante; dés abcès tnultiples se formèrent sur différentes parties du corps, sur la jambe opposée et sur la mâchoire inférieure, ce qui empêcha les chirurgiens de pratiquer l’amputation de la cuisse; le malade finit par succomber à la pyohémie.

Il s’agit donc là d’une pstéo-myélite spontanée, localisée pendant plusieurs mois aq canal médullaire du tibia. C’est Un càs rare d’ostéo-myélite à forme névralgique, déjà signalée du reste par quelques auteurs. M. Anger avait cru d’abord à une névralgie, parce qu’il était impossible de localiser le mal dans l’os, qui n’était douloureux ni à la pression ni à la percussion, la douleur n’étant provoquée que par la piarche. Il existait, en outre, des crampes incessantes, mais qui n’empèchaient ni le jeu des muscles ni celui des articulations. Enfin, le gonflement périostique avait manqué pendant plus d’un mois.

— M. Polaillon lit un rapport sur un appareil dit tocographe, imaginé par M. le docteur Poulet (de Lyon), et destiné à enregistrer les contractions utérines pendant le travail de l’accouchement. Cet appareil se compose essentiellement de deux poires en caoutchouc, dont l’une est introduite dans l’utérus et l'autre dans le rectum, jusqu’au-dessus du détroit supérieur, et de deux manomètres reliés à ces poires par des tubes. On peut ainsi étudier isolément les contractions utérines et les contractions des muscles formant la ceinture abdominale. Les recherches de M. Poulet lui ont permis de constater, â l’aide de cet appareil, que l’effort du muscle utérin Va en augmentant jusqu’au milieu de la contraction, pour décroître ensuite; au contraire, celui des muscles abdominaux atteint d’emblée son maximum, pour tomber ensuite brusquement.

M. Poulet se propose d’exposer ultérieurement les applications pratiques de cet appareil.

M. Polaillon dit que les recherches originales de M. Poulet méritent d’être encouragées. Si quelques auteurs ont essayé, antérieurement à ce médecin, d’appliquer la méthode graphique à l’étude de la force des contractions utérines pendant le travail de l’accouchement du moins M. Poulet est le premier qui ait réussi à obtenir séparément un tracé utérin et un tracé abdominal de manière à mesurer isolément la force des deux systèmes musculaires dont l’effort combiné est nécessaire à l’expulsion du fœtus. Les devanciers de M. Poulet ont été, du reste, très-réservés dans ces recherches, à cause des difficultés et des inconvénients, peut-être même des dangers plus ou moins sérieux que présente l’introduction de ces instruments chez les femmes en travail. D’ailleurs M. Poulet n’a expérimenté que sur une seule femme dont le travail a marché avec régularité.

M. le rapporteur propose : 1° d’adresser à M. Poulet une lettre de remerciements; 2" de déposer son travail aux archives ; 3° d’inscrire son nom sur la liste des candidats au titre de membre correspondant national.

Ces conclusions sont adoptées après quelques observations de MM. Guéniot et Tarnier.

— M. Verneuil lit un rapport sur un travail adressé par M. le docteur Martinet (de Sainte- Foy-la-Gironde) et relatif à un cas de tumeur salivaire survenue à la spite de l’ablation d’une tumeur parotidienne. Le néoplasme de nature bénigne avait été facilement énucléé ; la plaie fut réunie à l’aide de sutures, et, quatre jours après l’opération, la cicatrisation était complète. M. Martinet avait recommandé à la malade, jeune femme de 2 U ans, de s’abstenir jusqu’à nouvel ordre de tout mouvement un peu étendu des mâchoires, et, partant, de ne prendre que des aliments liquides. Mais, vers le dixième jour, la jeune femme, jugeant la précaution désormais inutile, se mit à mordre à belles dents un gros morceau de pain. Immédiatement apparut une tumeur molle, fluctuante, occupant la même place que l’ancienne et plus volumineuse qu’elle. M. Martinet, mandé aussitôt auprès de la malade, pratiqua une petite incision qui danna issue à une certaine quantité d’un liquide constitué presque exclusivement par de la salive. La tumeur se reproduisit presque instantanément sous l’influence de nouveaux mouvements de mastication. M. Martinet prescrivit le repos et' les injections phéniquées pratiquées par l’incision qu’il venait de faire. Le lendemain, la malade sentit que le liquide pénétrait dans la bouche, évidemment par le canal de Sténon, mais ce phénomène ne se produisit plus au bout de quelques jours. On cessa alors les injections ; la tumeur ne reparut plus; au bout de quinze jours, la plaie extérieure était complètement cicatrisée. M. Verneuil ne croit pas qu’il y ait dans la science d’autre exemple d’une semblable tumeur. Il insiste sur trois particularités : la formation soudaine de la tumeur salivaire, sa communication avec la cavité buccale, sa disparition rapide.

— Dans le courant de la séance, la Société de chirurgie a procédé, par la voie du scrutin, à l’élection de deux membres correspondants nationaux et de trois membres correspondants étrangers.

Ont été élus membres correspondants nationaux : M. Jules Bockel (de Strasbourg) et M. Beau (de Brest).

Ont été élus membres correspondants étrangers : M. Bigelow (de Boston), M. Galli (de Lucques) et M. Gritti (de Milan).

Séance du 15 janvier 1879. — Présidence de M. Félix Guïon.

M. Farabeuf fait un rapport sur une note lue, il y a quelque temps, par M. Gustave Richelot, prosecteur de la Faculté, Sur un cas de blessure incomplète du nerf médian, ht travail de M. G. Richelot contient en réalité deux observations qui servent de base à une étude de physiologie pathologique dé l’innervation des doigts de l’homme, étude qui est le pendant, en quelque sorte, des recherches originales de l’auteur relatives à la distribution anatomique des nerfs des doigts. C’est, en effet, à M. G. Richelot que revient le mérite d’avoir fixé la science au sujet de la disposition anatomique de ces nerfs. C’est lui qui nous a montré que la face dorsale des deux dernières phalanges de l’index et du médius est innervée par le médian. Cela ne fait plus aujourd’hui le moindre doute.

On savait avant les recherches de M. G. Richelot, et ces notions se trouvent dans tous les ouvrages classiques, que le nerf médian innerve la face palmaire du pouce, de l’index, du médius et de la moitié externe de l’annulaire, tandis que la moitié interne de ce dernier et la lace palmaire du petit doigt reçoivent les filets du cubital.

Mais du côté de la face dorsale des doigts, tandis que les auteurs classiques attribuent l'innervation de cette face dorsale aux nerfs collatéraux fournis par le radial et le cubital, M. G. Richelot a démontré que le nerf radial, par ses rameaux collatéraux, innerve la face dorsale du pouce et celle de l’index et du médius seulement [jusqu’au niveau de l’articulation de la

première avec la deuxième phalange, et que ce sont les rameaux collatéraux palmaires fournis par le médian qui innervent la face dorsale des deux dernières phalanges de l’index et du médius.

Le cubital, pour sa part, fournit les collatéraux dorsaux du petit doigt et de l’annulaire, jusqu’au niveau de l’articulation de la première avec la deuxième phalange, mais c’est le collatéral palmaire, émané du médian, qui innerve les deux dernières phalanges de l’annulaire.

En résumé, le nerf médian innerve la face dorsale des deux deux dernières phalanges de l’index, du médius et de l’annulaire, par des filets émanés des collatéraux palmaires provenant du médian.

C’est là ce que les recherches de M. G. Richelot ont parfaitement établi et mis tout à fait hors de doute.

Les deux faits pathologiques contenus dans le travail de M. G. Richelot sont de nouveaux exemples confirmatifs de la réalité de ces données anatomiques.

Après la section du nerf médian, M. G. Richelot a remarqué que le domaine physiologique ne correspondait pas au domaine anatomique. Il n’a constaté l’anesthésie complète qu’au centre du domaine du nerf; elle allait en décroissant du centre à la périphérie où elle cessait complètement. En outre l’anesthésie diminuait avec le temps, d’où M. G. Richelot conclut, peut-être un peu hâtivement, que la suppléance des nerfs voisins, faisant son éducation, tendait à restituer la sensibilité dans tout le domaine du nerf coupé. M. Richelot propose, après son maître M. Verneuil, de désigner ce mode de suppléance sous le nom de sensibilité collatérale qui lui semble préférable à ceux de sensibilité suppléée ou de sensibilité récurrente.

M. le rapporteur conclut en proposant : 1° d’adresser à l’auteur une lettre de remercîments pour son intéressante communication; 2°<le l’engager à publier son travail. M. le président propose en outre que le rapport de M. Farabeuf soit inséré au Bulletin, ÿes propositions sont adoptées.

— M. Marc Sée communique une observation qui se rattache à une discussion soulevée il y a deux ans par M. Tillaux au sein de la Société de chirurgie.

Vers la fin d’octobre dernier, M. Marc Sée fut appelé en consultation par M. le docteur Edouard Labbé pour un malade qui venait d’être retiré de la gouttière de Bonnet, où il avait été placé pour une coxalgie. Ce malade avait une raideur telle de la jointure que Bon ne pouvait pas faire exécuter le moindre mouvement de flexion de la cuisse sur le bassin: II- était évident que l’ankylose ne pourrait être vaincue que par la flexion forcée. Aussi, quelques jours après, le 6 novembre, le malade ayant été anesthésié par le chloroforme, M. Marc Sée procéda à l’opération. Mais au moment où la cuisse, complètement étendue, fut amenée à la flexion, il se produisit un bruit sec tellement éclatant que tout le monde, dans l’entourage du malade, crut à une fracture du col du fémur. Cependant le mouvement imprimé au membre avait été obtenu sans grands efforts et par la seule intervention active de la main droite, la main gauche étant appliquée sur le bassin.

Dans un cas semblable, M. Tillaux se fondant sur ce même bruit sec, éclatant, qu’il avait entendu au moment où il pratiquait l’extension forcée, a dit qu’il avait fracturé le col du fémur et a cru devoir placer son malade dans un appareil inamovible pour consolider cette fracture. M. Marc Sée avoue que cette assertion de M. Tillaux le laisse un peu incrédule; il ne croit pas à la fracture, car, chez son malade, malgré la production de ce bruit sec, éclatant, qui avait effrayé tout l’entourage, il n’y eut réellement pas de fracture. En effet M. Marc Sée fit, séance tenante, imprimer au membre des mouvements alternatifs dans tous les sens, pendant qu’il avait la main appliquée sur l’extrémité supérieure du fémur, et il ne perçut pas la moindre crépitation. Aussi ne crut-il pas devoir appliquer d’appareil. Le lendemain, une inflammation d’ailleurs modérée se manifestait, mais elle avait disparu presque complètement vers le deuxième septénaire; M. Marc Sée n’a cessé depuis de faire marcher son malade qui sortait de la Maison de santé, le 7 décembre, parfaitement guéri.

Il ne saurait donc y avoir le moindre doute sur l’intégrité absolue du col du fémur dans le cas dont il s’agit. La rupture des adhérences avait seule occasionné tout ce bruit.

M. Desprès déclare avoir essayé de produire une fracture de l’humérus chez une femme atteinte d’ankylose consécutive à une luxation ancienne de l’épaule, dans l’espoir de déterminer une fausse articulation. La fracture s’est produite, mais elle s’est consolidée bien qu’aucun appareil n’ait été appliqué et que le bras ait été mis simplement dans une écharpe. Ce fait vient à l’appui de l’opinion exprimée par M. Marc Sée.

M. Verneuil pense que M. Sée a raison, mais que M. Tillaux n’a pas tort. Les deux choses peuvent arriver. Pour sa part, il a cassé trois fois le col du fémur dans des cas de coxalgie strumeuse avec attitude très-vicieuse du membre, et il a obtenu d’assez bons résultats de l’emploi de cette méthode. M. Verneuil a également eu recours au même moyen, chez des

adultes, pp.uj; des cas d’enkylp?es, avec attitudes viçieuses, consécqtive? à des artliriUs rhumatismales, et il a réussi à donner ainsi au membre une attitude moins vicieuse.

M. Verneuil proteste, d’ailleurs, avec énergie contre la pratique des chirurgiens qui, dans le but d’empêcher l’ankylpse de se produire, se hâtent d’imprimer de petits mouvements aux articulation malades. Rien dp plus funeste, suivant lui, qup cette pratique inspirée par une ankylophobie, non raisonnée et déraisonnable. C’est le meilleur moyen de produire cette ankylosé que l’on redoute. Cette méthode peut convenir aux cas dans lesquels il existe des adhérences articulaires spns inflammation. Mais, dans la coqvajpsçence de l’arthrite , imprimer dés mouvements au membre, c’est le plus sûr moyen de déterminer l’ankylose;il fa.pf laisser agir la nature.

M. Le Péfitu a eu occasion fle vérifier la grande ressemblance qui existe entre le, bru^t causé par la rupture d’une ankylosé et le craquement d’une fracture. En cherchant, pp enfant cpxalgique du service fle M. Bicfeat, à l’fîôtet-Dieu, à déterminer la rupture de l’ankylosé, il produisit un bruit très-éclatant, tpqt à fait semblable au craquement d’un os qpi se ki?p, ce qui fit moire aux assistants que le pol du fémur venait d’être fracturé; or, il n’en était rien, comme le prouva l’apseqpe totale des signes de la fracture.

Sur un autre malade, atteint d’ankylose scapulo-humérale, M. Lp Dentu fit des tentatives qui amenèrent la fracture du col anatomique de l’humérus ; mais ce pésuftat, non çherçhé, fut néanmoins favorable, car }1 procura au membre une mohPjté qui permit aù malade de reprendre son trayail.

M. filiaux ne saurait partager l’opinion exprimée par plusieurs de ses collègue? au sujet de la ressemblance du bruit de la rupture des ankylosés avec le craquement de? os fracturés,. Il lui a semblé, au contraire, qu’il y avait entre ces deux sortes dp bruits des différences qui ne permettaient pas de les confondre ensemble. En ce qui concerne lq réalité de la fracture qu’il a produite, chez sa#malade, dans les tentatives de redressement du men^re, BJ. Tiijaux dit qu’il n’y a pas de doute à avoir, car il s’en était assuré par la constatation des signes certains de la fracture. M. Tillau* a été très-étonqé d’entenflre |V1. Yprpeujl p^stey ; ayec tant d’énergie contre ia pratique des mouvements articulaires imprimé? aux articulations pour prévjenir les adbérepçes et lp? ankylosés. Pour lui, il a toujours pensé et il pense encore gpe, ^inflammation terminée, le chirurgien n’ayait rien de mieux à faire que d’appligqep, ppjit ainsi dire q outrance, les mim^res çorylaiiméps par M. yjerneujl. ' '

M. Verneufl répond qu'il y a Jà une grosse question qui pe peut type dipcutép d’une manière ipcidepte, et il demande qu’elie soit mfse à l’ocre du jour de l’jing des prochaines séanee?. ;

— M. le docteur Nepveu lit un travail intitulé : Des ulcérations des téguments dans la paralysie atrophique de L’enfance.

— M. le docteur Paulet (de Lyon) lit un mémoire contenant 52 observations de corps étrangers du rectum introduits par Canus. Nous reviendrons sur ces travaux à l’occasion du rapport des commissions nommées pour les examiner.

— M. Tillaux présente une pièce pathologique provenant d’un individu entré à l’hôpital Beaujon pour une rétention d’urine, et qui succomba peu de jours après son entrée. En faisant l’examen de la vessie, M. Tillâux a constaté, à 2 centimètres en arrière du trigone, l’existence d’un orifice pouvant admettre l’extrémité du doigt et conduisant dans une poche assez large pour contenir ù n petit marron. Dans cette dépression se trouvaient sept calculs, dont trois avaient le volume d’un pois, les autres étaient un peu plus petits. Ce fait s’ajoute à beaucoup d’autres qui démontrent l’existence, dans certains cas, au bas-fond de la vessie, de diverticulums pouvant contenir dés cklculs, et susceptibles de tromper les chirurgiens sur l’existence dé ces corps étrangers constatés par les uns, niés par les autres, suivant que le calcul passe, à un moment donné, de la vessie dans le diverticulum, et vice versâ.

— M. Le Dentu met sou? les yeux de ses collègues une pièce pathologique provenant d’un malade atteint de néphrite interstitielle. Comme dans le cas de M. 'filiaux, on constate que la vessie est hypertrophiée et appartient è là catégorie des vessies à colonnes. Elle présente des lacunes renfermant de petits calculs. En outre, la prostate, très-hypertrophiée, offre, en avant une poche de laquelle, au moment de l’examen, on pouvait fairé sourdre un liquide. Il ne s’agit là, suivant M. Le Dentu, ni d’un abcès, ni d’une tumeur veineuse, ni d’une caverne tuberculeuse, mais d’un cas rare, il est vrai, de kyste glandulaire, dont l’exemple le plus ancien a été observé par Morgagni.

D' A. Ta^tivel,

M. A. de l’établis, hydrothérapique de Bellevue.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE PARIS

Séance du 12 octobre 1878.— Présidence de M. Géby.

Lecture est faite du procès-verbal des séances des 10 et 24 août. Leur rédaction est mise aux voix et adoptée.

A propos du procès-verbal de la séance du 24 août, M. Charrier demande à M. le président et à ses collègues s’ils ne pensent pas qu’il serait utile de mettre à l’ordre du jour de la Société la question de l’acide salicylique et des salicylates. La proposition est adoptée.

La correspondance imprimée comprend : 1° Les Annales de la Société de médecine de Saint-Étienne et de la Loire, lre partie, année 1877. — Le Progrès médical. — 3* Le Journal des sages-femmes. — 4° Le Bulletin de la Société de médecine de Besançon, n“ 4 (1873 à 1878). — 5” L’Année médicale , journal de la Société de médecine de Caen et du Calvados. —

6° La Revue d’hydrologie médicale française et étrangère.

La correspondance manuscrite comprend :

1° Une lettre de candidature de M. le docteur J. Cyr au titre de membre titulaire de la Société. La présentation est faite par MM. de Beauvais et Rougon.

2° Une lettre de M. le docteur Delefosse adressant à M. le secrétaire général deux ouvrages imprimés; le premier ayant pour titre : Pratique de la chirurgie des voies urinaites; le second : Procédés pratiques pour C analyse des urines, des dépôts et des calculs urinaires. M. le président renvoie ces deux publications à la commission déjà nommée.

3“ Une lettre de M. Perrin offrant à la Société le septième rapport sur les travaux de la commission des logements insalubres. M. le secrétaire général signale à ses collègues les points importants traités dans ce remarquable rapport, qu’il a lu avec le plus grand intérêt, et remercie vivement, au nom de la Société, M. Perrin de son hommage.

L’ordre du jour appelle la lecture du rapport de M. Gillette sur le travail de M. le docteur Daremberg.

Messieurs, c’est au nom d’une commission composée de MM. Forget, Géry et Gillette, què je viens vous rendre compte d’une observation détaiilée et fertile en enseignements pratiques que M. le docteur G. Daremberg a lue récemment devant notre Société, à l’appui de sa candidature au titre de membre correspondant.

Cette observation, qui a pour titre : Tuberculose multiple et rapide, carie et périostite costale, abcès pleural, phthisie pulmonaire ; guérison apparente, méningite tuberculeuse et mort, cette observation, dis-je, nous montre d’une façon nette le développement insidieux, lent, puis très-rapide d’une tuberculose multiple chez un homme d’apparence très-robuste. L’histoire de cette affection, dont la marche est singulièrement anormale, est entremêlée de péripéties vraiment étranges. Ainsi nous voyons les accidents les plus graves s’amender, puis être remplacés par d’autres. Il semble que dès que l’on a chassé, chez le malade en question, la tuberculose de son siège, ce protée morbide a hâte de s’établir dans un nouveau point de l’économie, jusqu’à ce qu’il choisisse, pour se localiser, ün organe dont la lésion produira infailliblement la mort. Cet exemple nous montre aussi que la phthisie, avant d'envahir l’appareil pulmonare, son lieu de prédilection, mais non pas exclusif, peut se manifester dans d’autres systèmes de l’économie.

Permettez-moi, Messieurs, avant de mettre en relief avec M. Daremberg quel intérêt clinique se rattache à ce travail, de vous retracer en peu de mots lès diverses particularités qu’il nous dévoile. Ici ma tâche sera aisée, car cette observation est claire, bien prise et facile à analyser.

U s’agit d’un malade de la ville, qui a perdu sa mère et deux tantes de la poitrine, dont le père était scrofuleux et rachitique, mais qui, pourtant, avait joui d’une santé irréprochable jusqu’à l’âge de 41 ans. En 1867, M. X..., grand amateur de chasses, reçut, pendant l’une d’elles, un coup de feu à l’épaule gauche qui présenta une certaine gravité. Une partie du deltoïde se trouva enlevée, il y eut même une violente hémorrhagie, mais la guérison fut sans encombre. On put constater plus tard une dépression et une cicatrice sans rétraction à la partie antérieure de l'épaule. Tout autour on sentait des grains de plomb dans les muscles biceps et pectoraux, jusqu’à la base de la poitrine à gauche.

C’est au même côté gauche du thorax, qu’au commencement de l’hiver de 1877, une douleur légère est ressentie. Puis à ce niveau (7% 8e et 9e côtes) il survient un abcès qui est ouvert, d’où il s’écoule une certaine quantité de pus et dont plusieurs médecins de Bruxelles attribuèrent l’origine au traumatisme ancien, reçu à la chasse par M. X..., quelques années auparavant. Au bout de plusieurs jours, on s’aperçoit que l’abcès était, non-seulement interne, mais pénétrait dans la poitrine : la collection reste fistuleuse.

Jusqu’ici tout avait l’air d’être limité à une affection locale, quand, au mois de mai, ce malade est pris d’une pleuro-pneumonie droite pendant que la suppuration à gauche paraît se tarir. Des symptômes généraux très-graves surviennent, mais prennent fin, cependant à la suite de l’évacuation spontanée d’une grande masse de pus (3 ou 4 litres) par la fistule du côté gauche. La pleuro-pneumonie droite se guérit, mais la suppuration gauche continue avec une grande abondance, C’est dans cet état que le malade arrive à Menton au mois d’octobre. M. Daremberg constate les signes évidents de la tuberculose pulmonaire aux deux sommets des poumons et, après un examen approfondi de la région de l’abcès thoracique il porte le diagnostic : périostite costale tuberculeuse avec pleurésie purulente enkystée. Pour poser ce diagnostic, M. Daremberg se fondait sur la fétidité du pus et son écoulement difficile qui n’auraient pas atteint cette intensité dans un simple abcès en bouton de chemise créé par le refoulement de la plèvre externe. En outre, un tel abcès se fût vidé graduellement dès sa naissance et n’aurait pas donné lieu à un écoulement aussi brusque.

L’événement a, du reste, permis à M. Daremberg de vérifier son diagnostic, car il a èu l’occasion, assez rare en vérité, de pratiquer l’examen nécroscopique d’une pleurésie réellement enkystée, développée au voisinage d’une légion osseuse ou périosseuse. Le feuillet qui était en contact avec les côtes se continuait manifestement en haut et en bas avec la plèvre pariétale. Il en était de même du feuillet pulmonaire qui se continuait avec la plèvre viscérale. Les adhérences supérieures et latérales qui fermaient la poche étaient, du reste, très-faibles, et la main entrait facilement dans la cavité pleurale par ces voies. La paroi pulmonaire était beaucoup moins épaisse que la paroi costale, elle n’était fermée que par un seul feuillet pleural, sur lequel venaient se fixer des fausses membranes faisant face au pus.

Ce que l’autopsie a aussi démontré (et c’est là un point de thérapeutique d’un grand intérêt pratique), c’est que le traitement institué avait complètement modifié cette poche sécrétante. M. Daremberg avait commencé par élargir les trajets fistuleux avec des tiges de laminaria digitata, puis, avec des injections forcées, il avait rendu perméable l’orifice de communication entre l’abcès externe et la pleurésie enkystée et, enfin, il avait fait régulièrement des lavages avec l’eau distillée d’eucalyptus dont il a, à maintes reprises, obtenu de fort bons effets dans le cas d’abcès profonds.

Ce n’est donc pas, comme on le prévoit déjà, la lésion locale qui a causé la mort, ce n’est même pas la tuberculose pulmonaire, car les signes physiques avaient presque disparu dès le mois de décembre 1878. La tuberculose, en quittant le thorax, semblait même vouloir arrêter sa marche envahissante, quand tout à coup le malade fut pris d’accidents névralgiques qui furent les précurseurs d’une méningite tuberculeuse.

Cette dernière présenta, elle aussi, une marche aussi étrange que les accidents qui l’avaient précédée. Elle débuta par des douleurs céphaliques intolérables, mais il y eut absence absolue de vomissements et de troubles oculaires. Quinze jours après, attaque brusque de coma, qui cesse le matin suivant, grâce à un traitement très-énergique ; deuxième attaque trois jours après ; nouvelle rémission et enfin coma complet amenant la mort après l’apparition d’une hémiplégie alterne.

M. Daremberg, frappé de cette mort survenue par une cause si inattendue, se demanda d’abord si des accidents syphilitiques n’avaient pas pu avoir une certaine influence sur les phénomènes cérébraux et, après une discussion assez longue, il conclut qu’ils n’entrent pour rien dans cette histoire pathologique. U apprend, d’autre part, que depuis quatre ans, M. X... avait manifestement changé de caractère, qu’il était devenu peureux, craintif et facilement irritable. Mais tous ses proches s’étaient aperçus de ces bizarreries sans cependant y attacher une grande importance. M. Daremberg n’hésite pas à conclure que M. X... avait une grande prédisposition à ces accidents céphaliques, et il rapproche ces prodromes lointains des mêmes prodromes qui précèdent si souvent, mais de très-près, la méningite tuberculeuse chez les enfants. Il nous cite même, à l’appui de cette assertion, l’observation d’un autre de ses malades dont l’affection a débuté et fini de même, et dont la marche n’a pas laissé que d’être pleine de péripéties.

Des faits exposés par M. Daremberg dans l’excellente observation qu’il a lue devant la Société, nous relevons les particularités suivantes :

1° Au point de vue du diagnostic, un fait évident de pleurésie purulente enkystée développée par propagation de voisinage;

2° Au point de vue du pronostic, l’importance des troubles psychiques chez les adultes prédisposés à la tuberculose, l’importance des lésions osseuses et périosseuses, dites scrofuleuses, chez les mêmes individus, et enfin la marche protéiforme de la tuberculose héréditaire qui ne permet jamais d affirmer la guérison absolue;

3° Les bons effets des lavages à l’eau distillée d’eucalyptus dans les cas d’abcès profonds. Voue commission, Messieurs, s’associe presque entièrement aux sages conclusions émises

par M. Daremberg, tout eu regrettant qu’il ne lui ait pas été permis de contrôler, par l'autopsie encéphalique, les symptômes de méningite qu’il à observés et décrits d’une façon si complète. Elle aurait désiré aussi qu’il ajoutât un peu plus d’importance à la cause traumatique, au coup de feu reçu par M. X..., du même côté où la collection purulente, longtemps après il est vrai, s’est manifestée chez le malade. Quant aux bons effets produits par l’eucalyptus dans les foyers en suppuration, votre rapporteur les croit incontestables et de très- bon aloi, car il a eu mainte occasion de les observer; seulement, au lieu d’eau distillée, il emploie de préférence, à l’exemple de Demarquay, la teinture d’eucalyptus.

Messieurs, si le nom que porte M. Daremberg est bien connu depuis longtemps déjà et fort honorablement dans les annales de la science médicale, le jeune travailleur lui-même, |bien digne de son père, ne l’est pas moins par ses titres honorifiques et ses publications nombreuses. Ex-chef des travaux chimiques au laboratoire de la Charité, ex-membre du comité de rédaction de la Société chimique, membre des Sociétés de biologie, de météorologie et de médecine publique, M. Daremberg a publié, tant dans ces diverses Sociétés qu’à l’Académie des sciences et à la Société médicale des hôpitaux, des travaux d’une grande importance, mais qu’il serait vraiment trop long d’énumérer ici, sur des sujets de physiologie, de chimie médicale, de météorologie et de climatologie. Il a écrit, dans bon nombre de feuilles périodiques médicales et autres, des articles fort goûtés; et enfin, tout récemment encore, le traité de chimie de M. Gautier, agrégé, et le dictionnaire de M. Wurtz, exposaient les travaux qui lui sont personnels sur les glycosuries temporaires et la séparation des globules du sang par la force centrifuge.

Vous voyez. Messieurs, que bien que très-jeune encore, celui qui sollicite vos suffrages possède un bagage scientifique qui lui fait le plus grand honneur. Ajoutez à cela une honorabilité professionnelle des plus intactes, et vous n’hésiterez pas, j’en suis convaincu, à vous ranger de l’avis de votre commission qui vous propose, soit de publier m extenso , dans nos Bulletins, l’excellente observation qui vous a été lue, soit de la remplacer par le rapport que je viens d’avoir l’honneur de vous soumettre, et d’inscrire M. G. Daremberg sur la liste de vos candidats au titre de membre titulaire.

Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées. Le scrutin d’élection sera ouvert à la prochaine séance.

Par suite d’un décret en date du 5 février 1878, la Société de médecine de Paris ayant été reconnue comme établissement d’utilité publique, M. Perrin, trésorier de la Société, informe ses collègues qu’il a fait transférer, au nom de la Société, le titre de rente 3 0/0 de 410 francs qu’elle possède, et qui, jusqu’à ce jour, avait été inscrit au grand-livre sous le nom du trésorier.

L’extrait d’inscription au grand-livre, du nouveau titre de rente 3 0/0 de 410 fr. porte le n° 256,489, série Vil, avec jouissance des arrérages à compter du 1er avril 1878. « Désormais, ajoute M. le trésorier, la Société a donc qualité pour posséder et recevoir. »

Le docteur Gillette présente un kyste de l'ovaire multiloculaire pour lequel il a ovariotomisé, il y a six semaines, une jeune femme de 31 ans (Mme Lemaire), à l’hôpital Temporaire. La malade a quitté l’i ôpital, depuis huit jours, entièrement rétablie.

L’opératioh s’est faite dans les meilleures conditions, absolument comme pour le cas rapporté, il y a deux mois, la Société par M. Gillette, et qui s’est également terminé par la guérison. Le kyste n’avait unt été ponctionné antérieurement, et l’examen abdominal, vaginal et rectal permit d’afïïrme la non-existence d’adhérences et l’absence de prolongement dans la cavité pelvienne. L’inc on pratiquée fut de 11 centimètres à peine (aujourd’hui la cicatrice n’a que 4 centimètres • longueur) ; deux kystes à contenus différents (vin de Malaga, liquide transparent) furent ponctionnés pour permettre à la masse de sortir. L’opération n’avait duré qu’une heure. Aucun accident n’eut lieu, et la température et le pouls ne s’élevèrent un peu qu’au moment de fa formation de six petits abcès furonculeux développés aux points d’entrée et de sortie des trois épingles à tête de verre embrochant les lèvres de la plaie. Au bout de vingt-deux jours, la malade se levait. :j

Le kyste est énorme, multiloculaire, avec cloisons complètes et incomplètes : la surface interne de l’un d’eux était comme chagrinée, tapissée par une intrication de colonnes saillante^pfentrecroisant dans divers sens; dans l’épaisseur de la paroi d’un autre se trouvaient contenues une grande quantité de plaques dures, calcaires, dans lesquelles l’examen microscopique a dévoilé des ostéoplastes. Le contenu de ces myriades de kystes agglomérés à côté les uns des autres était très-différent, comme aspect, comme consistance, comme couleur. Le pédicule (gauche) était très-long et très-étroit.

TVf. Charrier : Combien de temps a dul’é l’opération?

M. Gillette : Une heure à peu près; il n’y avait pas d’adhérences, pas de complications.

M. Durosiez : Existe-t-il un signe qui permette de diagnostiquer sûrement la présence ou l’absence des adhérences? Dans ce cas, quel est-il?

M. Gillette : L’absence de douleur à la pression indique généralement qu’il n’existe point d’adhérences; mais le diagnostic ne peut ressortir de ce seul signe, il y a un ensemble de symptômes dont il faut tenir compte.

M. J. Besnier : Dans quel état se trouvait le point où avait porté la ponction antérieure faite cinq ou six jours auparavant par M. Gillette?

M. Gillette : L’incision portait sur ce point de la ponction, je n’ai pu l’examiner.

M. Perrin : Ce n’est pas une seule ponction ou une ponction récente qui peut, je crois, donner naissance à des adhérences assez fortes, assez épaisses et assez étendues pour être redoutées des chirurgiens. Pour en arriver à ce point, il faut que les ponctions aient été nombreuses et plus ou moins anciennes.

— La séance est levée à cinq heures et demie.

Le secrétaire annuel, Dr J. Bougon.

Page 1