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L’ORIGINE DU MOT LAZARET

Voici une expression qui est et qui sera longtemps répétée, sans que l’on connaisse son origine et sa signification bien précises : Lazaret!

On a voulu lui attribuer une origine arabe, el azkar, qui veut dire : mosquée des fleurs, parce que les aveugles des environs du Caire étaient anciennement parqués auprès de la mosquée de ce nom, où ils recevaient des secours.

Cette explication est erronée. Lazaret vient tout simplement du bas latin lazarus (ladre, lépreux). On pourrait dire léproserie aussi bien que lazaret pour signifier un établissement isolé, bâti et disposé pour recevoir des malades. Disons tout de suite que saint Lazare est regardé comme le patron des ladres et des gueux.

De nos jours, le lazaret est ordinairement installé dans le voisinage d’un port de mer. C’est un lieu clos de murs avec jardins et terrains nus spacieux et vastes cours, grand local et dépendances pour abriter et soigner les quarantenaires et pour purifier les marchandises.

L’institution des lazarets remonte très-loin. Cependant c’est seulement après avoir été longtemps et à diverses époques désolées par la peste, que les villes de la Méditerranée songèrent à en empêcher l’introduction en la parquant dans un lazaret.

Venise s’occupa la première de cette grave question. En 13A8, elle établit des provéditeurs de la santé ; en 1A03, elle songea à isoler les malades et créa à cet effet un hôpital dans une île appartenant aux Pères augustins et appelée Sainte-Marie-de-Nazareth, d’où l’on pourrai! croire à tort qu est venu le nom de lazaret.

L’institution du lazaret parut tellement efficace contre la propagation des maladies que,

pour faire face aux dépenses, le grand Conseil de Venise prescrivit aux notaires de ne pas manquer, en recevant les testaments, de demander aux testateurs s’ils avaient l’intention de faire quelques legs à l’hôpital de Sainte-Marie -de-Nazareth.

Venise a donc eu l’honneur d’inaugurer ce système de précaution. Gênes suivit de près l’exemple de Venise, et Marseille fut redevable, en 1476, au roi René des premières mesures qui furent prises à l’occasion de la peste qui y fit son apparition en ce temps.

On se fait peut-être une fausse idée du séjour des voyageurs dans les lazarets. Ce n’est point, comme on pourrait le croire, un lieu de détention où l’air et l’espace manquent aux habitants. Ce n’est pas pour le voyageur un séjour plus triste que n’est le séjour à bord. Au lazaret, on jouit d’un certain confortable. Il y a le restaurant et le café, la table d’hôte et le cercle. On y fait bonne chère si l’on veut payer, et les jardins, les cours, les terrains et dépendances sont assez vastes pour y faire les promenades que commande l’hygiène. Le quaranlenaire a toute facilité pour correspondre par lettre avec le dehors et pour voir ses parents et amis. Ceux-ci sont admis à certaines heures dans des salles disposées pour ces entrevues, et où les uns et les autres sont séparés par des grilles espacées de 1 mètre au moins qui ne permettent aucun contact.

Les lettres, soumises anciennement à la désinfection par le vinaigre, sont depuis longtemps désinfectées au moyen de la fumigation.

Les visiteurs ont la liberté de fournir aux prisonniers de la quarantaine les comestibles et les objets qu’il leur plaît; mais si, par ruse ou par suite d’un défaut de surveillance, ils parvenaient à communiquer avec ces derniers et s’ils étaient vus, ils seraient forcés de faire quarantaine avec ceux dont ils viennent serrer la main.

FORMULAIRE

Looch vomitif. — J. Simon.

Ipéca pulvérisé . . 0 gr 30 à d. gr.

Sirop de violettes. . . . . 30 grammes.

Looch blanc du Codex. . . . . 100 —

Mêlez. — A donner par cuillerées, de 5 en 5 minutes, jusqu’à effet vomitif, aux enfants qui éprouvent une répugnance insurmontable pour l’ipéca pris dans l’eau. — N. G.

Pommade contre l’eczéma. — Wattren.

Sous-acétate de plomb . 10 grammes.

Glycérine . . . 10 —

Axonge récente . 30 —

F. s. a. une pommade, avec laquelle on fera des onctions pour calmer le prurit de l’eczéma aigu. — L’auteur dit n’avoir jamais observé d’intoxication saturnine après l’usage de cette pommade; cependant il y a lieu d’examiner attentivement le malade, à ce point de vue, si les onctions sont souvent répétées. — N. G.

Ephéméridcs médicales. — 1er Mars 1620.

François de Raffou soutient, à Montpellier, une thèse de pharmacie sur celle question : Le mercure est-il un vrai métal? Voici la curieuse et belle dédicace qu’il adresse à son père, Pierre de Raffou, docteur en médecine de Montpellier :

« Monsieur et très-honoré père,

« Velleius Palerculus rapporte de l’empereur Auguste, qu’un bon prince en bien-faisant, invite les autres à bien faire. Ses mœurs comme puissant génie, maistrisent les sens de leurs subjets (dit Claudian), et ce dire des Perses se trouve tousjours véritable, que quand Alexandre penche la leste, toute sa cour se tord le col, tant les exemples des hommes illustres incitent à la vertu, et donnent le goust de bien faire après les autres, afin que ceux qui viendront après nous facent encor mieux. Ce qu’on dit des grands dans les Estats, le mesme est-il des particuliers dans leurs familles, sur lesquelles ils portent de Dieu l’image.

« En ce devoir (très-honoré père), vous ne cédez à aucun ; car l’intégrité de votre vie, la gloire de vos actions, cette débonnaireté que la nature fait admirer en vous, ce sçavoir rare et exquis, tant de belles parties qui embelissent vostre ame, font que vostre nom est en admiration aux estrangers, et en bénédiction sur vos enfans. Vos enseignemens m’ont instruit et vos exemples animé. Que reste-t-il, sinon que vostre vieillesse honorable cueille quelques

L’UNIOJN MÉDICALE.

fruits d’une plante qu’elle a cultivée avec tant de soing, et que je console vos cheveux blancs avant que l’implacable Parque les cache soubs sa lame ?

« Pourtant, comme certaines plantes et animaux tournent leurs fleurs et leurs testes vers le soleil, j’en’ fais le mesme envers vous, mon soleil, mon progéniteur; par l’offre des prémices de mes éludes, je donne un tesmoignage public de la reconnoissance de vos bienfaicts envers moy. Et comme vostre dilection paternelle me promet un favorable accueil, aussi présenleray-je mes vœux au ciel, à ce qu’avec joye vos jours soient multipliés sur la terre* et tascheray par mes très-humbles services à me rendre digne du plus glorieux avantage que puisse jamais posséder, qui est de me dire, Monsieur et très-honoré père,

« Vostre très-humble, très-affectionné et très-obeyssant fils et serviteur,

« François de R affou. »

COURRIER

Corps de santé de l’armée. — Par décret en date du 19 février 1879, ont été promu dans le Corps de santé militaire :

Au grade de médecin-major de lrc classe : (Ancienneté). M. Hériot, médecitt-major d 2e classe au 13e bataillon de • chasseurs à pied, en remplacement de M. Bédié, retraité. - (Choix). M. Kiéner, médecin-major de 2° classe, professeur agrégé à l’École de médecine et d pharmacie militaires, en remplacement de M. Cazeneuve, retraité.

Au grade de pharmacien-major de lré classe : (Ancienneté). M. Gallimard, pharmaCienmajôr de 2é classe aux hôpitaux de la division d’Oran, en remplacement de M. Lancelot, mis en non-activité pour infirmités temporaires.

Nécrologie. — • Le Corps médical de Paris vient de faire une nouvelle perte. Le docteur Benoist de la Grandière, médecin de l’état civil pour le quartier de la Santé (XIVe arrondissement), a succombé, le 25 février, à un anévrysme du tronc brachio-céphalique. Trois opérations d’élecirolyse avaient été pratiquées par MM. Dujardin-Beaumetz et Bucquoy, les deux premières avec des résultats avantageux;. c’est-à-dire qu’elles avaient diminué notablement la gêne de la respiration, en. réduisant le volume de la tumeur qui comprimait la trachée. Le malade a péri dans un accès de suffocation. Il était âgé de U5 ans seulement.

Le docteur Benoist de la Grandière, ancien chirurgien de la marine, était officier de la Légion d’honneur, officier d’ Académie, membre de la Commission d’hygiène et de la délégation cantonale de son arrondissement, membre de la Société de médecine pratique, etc.

Il a publié divers ouvrages; les principaux sont: Lès ports de l’extrême Orient , 1869; — De la nostalgie ou mal du pays, 1873 (récompensé par l’Académie de médecine) ; — Notions d’ hygiène, 1875. ‘

Ce distingué confrère laisse une veuve et trois fils, dont l’aîné a une douzaine d’années.

Hôpital Cochin. — M. le docteur Bucquoy, médecin de l’hôpital Çochin, reprendra ses leçons cliniques le mardi h mars, à 9 heures 1/2 du matin, et les continuera les mardis et vendredis suivants, à la même heure.

Hôpital Lariboisière. — M. le docteur Proust* médecin de l’hôpital Lariboisière, commencera ses consultations pour les maladies professionnelles le mercredi 5 mars, à 9 heures, et le$ continuera les mercredis suiyants, à la même heure.

Cours sur les eaux minérales 1 et les maladies chroniques. — M. le doçtéiir. DUrand-Farde commencera ce cours le lundi 3 mars, à h heures, dans l’amphithéâtre n° 3 de l’École pratique, et le continuera à la même heure les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine.

Ce cours sera fait en quinze leçons.

Erratum. — Dans le numéro de I’ünion Médicale du 15 février 1879, rapport sur les maladies régnantes de M. Ernest Besnîer, page 2â6, constitution médicale de Bordeaux, par Mt Lande, au lieu de cinq décès mentionnés dans la clinique obstétricale , lisez trois décès, et supprimez le fait relatif à une malade syphilitique, laquelle aurait eu une fièvre puerpérale à la suite de violentes manœuvres, et aurait succombé. Cette femme a bien accouché avant terme, mais elle p’a pas eu de fièvre puerpérale et elle n’a pas succombé.

Le gérant , Richelot.

Paris. — Tynoçranhie Félix Ma.lteste etc®, rue des Deux -For Ics-Saiut-Sduvciir, 22.

No 26

Mardi 4 Mars 1879

ENSEIGNEMENT

DES FACULTÉS DE MÉDECINE NOUVELLEMENT CRÉÉES, ET EN PARTICULIER DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE TOULOUSE.

A Monsieur le Professeur fi AV ARRET

Inspecteur général des Facultés et Écoles de médecine.

Monsieur l’inspecteur général ,

Que pensez-vous de la création de ces nombreuses Facultés de médecine que nous voyons si rapidement se succéder? Je l’ignore, et c’est par pure intuition que je suppose que, consulté, vous n’auriez pas été favorable à ces institutions. Ce que je sais, c’est que votre savant prédécesseur, après avoir solennellement et éloquemment inauguré les Facultés nouvelles de Lyon et de Bordeaux, s’était formellement opposé à la création d’une Faculté de médecine à Toulouse, ce que je me permettais de ne pas trouver juste. Heureusement pour Toulouse, on ne demanda pas à M. Chauffard son opinion, et la création d’une Faculté dans cette ville a été décrétée. En succédant à M. Chauffard, vous trouvez la chose faite et vous l’acceptez, peut-être pas de très-bon cœur ; c’est cette crainte de quelque impression défavorable dans votre esprit qui me fait vous demander la permission de vous exposer mes idées sur un sujet qui m’intéresse vivement.

Vous comprendrez cet intérêt, quand je vous aurai dit que je suis Toulousain et que j’ai le culte de mon pays natal. De plus, un souvenir familial se réveille en moi à l’idée d’une Faculté de médecine à Toulouse. Dans l’ancienne Faculté, détruite par la Révolution, mon grand-père paternel occupait la chaire de pathologie chirurgicale; et comment pburrais-je rester indifférent à la renaissance d’une institution qui me rappelle un pareil souvenir!

Mais ce ne sont là que des motifs de sentiment, et j’espère que vous trouverez que ce ne sont pas des conditions qui fassent suspecter l’impartialité du juge. Je puis d’ailleurs invoquer de plus sérieuses raisons pour légitimer mon adhésion à la création d’une Faculté de médecine à Toulouse. Vous en jugerez. Cependant je dois vous déclarer qu’en principe, je considère cette éclosion soudaine et comme

FEUILLETON

NOTICE SUR LES THÈSES SOUTENUES DANS L’ANCIENNE FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS

Parmi les richesses bibliographiques qui composent la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris, la collection des thèses, ou quæstiones medicæ qui y sont conservées, et qui ont été soutenues au sein de la Compagnie, n’est pas le dépôt le moins curieux. Cette collection se compose de neuf volumes in-folio, et d’un plus grand nombre de volumes in-/p. Elle a été formée par Hyacinthe-Théodore Baron, un des soutiens les plus fervents de la Faculté, qui a utilisé dans ce but, et les thèses qu’il avait lui-même amassées, et celles que Urbain de Vandenesse avait léguées à l’École lors de sa mort, arrivée le 18 février 1753.

Les thèses in-folio, les plus intéressantes, car elles sont les plus anciennes, sont au nombre d’environ quinze cents, et sont ou quodlibétaires, ou cardinales; elles sont la plupart écrites ou imprimées sur papier; il y en a quelques-unes sur parchemin.

Le premier volume s’ouvre à l’année 1539, et débute por la thèse quodlftétaire présidée par Jacques de Froment ; le dernier, ou neuvième volume, clôt la série le 10 novembre 1724.

Les thèses sont probablement aussi anciennes que la Faculté. Mais comme avant l’invention de l’imprimerie, et dans les premières années de cette admirable découverte, elles étaient écrites à la main et distribuées en petit nombre, celles de ces époques ne nous sont point parvenues. La plus ancienne connue, je le répète, est de l’année 1539;

En outre, les thèses agitées autrefois, et discutées dans les Écoles de Paris, étaient propo- Tome XXVII. — Troisième série. 33

spontanée d’un aussi grand nombre de Facultés de médecine comme une mesure peu réfléchie, mal étudiée, et qui n’aura, à aucun point de vue, les résultats qu’on s’en est promis.

Le malheur de nos institutions médicales, c’est de manquer de lien et de cohé-« sion, d’être faites de pièces et de morceaux, d’avoir été et d’être encore provoquées par des organisateurs souvent incompétents, et toujours sans entente et sans concert les uns avec les autres. De sorte que chacun d’eux coupe, taille et façonne son petit morceau d’étoffe, sans s’inquiéter si son morceau s’ajustera à la pièce du voisin, sans s’enquérir même si tous ces morceaux seront fixés et retenus par un lien commun. De sorte qu’au lieu de faire un vêtement solide, homogène, et de couleur uniforme, on ne fait, passez- moi l’expression, qu’un habit d’arlequin, et qui craque d’un côté ou d’autre à la moindre agitation.

Votre grande expérience de nos affaires médicales vous fait approuver, — j’ai l’espoir de le croire, — cette idée générale que je m’efforce d’inculquer dans l’esprit de mes contemporains, que l’organisation de la médecine comprend absolument et nécessairement trois termes :

L’élève,

Le professeur,

Le praticien.

Voilà les trois éléments généraux sous lesquels se groupent facilement tous les chapitres, toutes les divisions qui comprennent toutes les questions de l’enseignement et de l’exercice de la médecine.

M’abuserais-je? Mais il me semble que ce programme est si simple, ce cadre si facile à remplir, son enchaînement si logique, que j’espère que, quand les temps seront venus où l’on pourra s’occuper sérieusement et tranquillement de nos affaires, — et ce temps, probablement, je ne le verrai pas, — un esprit généralisateur se trouvera qui nous délivrera enfin de tous ces petits projets, de ces mesquines réformes, et de ces bribes incohérentes qui absorbent sans profit le temps et l’attention.

Excusez cette réflexion incidente; elle a pour but de m’exonérer du reproche qui pourrait m’être adressé d’infidélité à mes principes pour défendre l’intérêt particulier de ma ville natale. Non! Je n’ai contribué en quoi que ce soit à doter Lille, Lyon et Bordeaux d’une Faculté de médecine, et je n’aurais certainement pas demandé la même faveur pour Toulouse, si les villes que je viens de nommer

sées par les docteurs aux candidats, en quelques lignes, sans développement, sans commentaires, et sous forme de propositions destinées à éveiller les argumentations. On donnait à la thèse la contexture d’un rigoureux syllogisme exprimé par cinq articles ou corollaires. Le premier corollaire posait la question et exprimait la majeure du syllogisme; le second corollaire prouvait cette majeure; le troisième corollaire comprenait la mineure; le quatrième prouvait cette mineure; enfin, dans le cinquième corollaire étaient comprises les objections. Par les ■prémisses, on concluait.

II. — Plusieurs conditions sont venues s’imposer aux bacheliers qui avaient des thèses li défendre.

On exigea (là novembre 1600) que, pour les questions quodlibétaires et cardinales, ils iraient voir les principaux de la ville, les priant d’honorer ces actes de leur présence.

Pour éviter les manifestations d’un amour-propre excessif et d’un orgueil déplacé, on voulut (16 mars 1612) que les bacheliers ne missent pas sur leurs thèses des titres de dignités temporelles. Aussi, rejette-t-on la dissertation d’Elias Beda, qui avait mis : Sieur des Fougerais et de la Gourmandi'ere.

Le 2à janvier 1615 , les thèses que devait soutenir Lazare Péna ne sont pas admises parce qu’elles contenaient des allégations contraires à la religion. On conclut (26 août 161A) que toute, thèse, avant d’être donnée à l’imprimeur, serait soumise par deux exemplaires au doyen, qui en signerait un et garderait l’autre pour éviter tout changement lors de l’impression.

7 janvier 1673. La pudeur de la Faculté se révolte contre les sujets de certaines thèses, et contre les explications qui en découlent. Elle décrète qu’il est urgent d’aviser à ce qu’aucuns mots obscènes, et venerea, n’y pénètrent à moins d’être modestement voilés.

Une autre mesure plus grave avait été prise en I6à0 par un intrépide défenseur de la foi.

l’union médicale.

n’avaient reçu les gracieusetés de l’honorable M. Bardoux. Mais, dès que les libéralités du gouvernement étaient tombées sur ces villes rivales, mon vieux sang toulousain s’est réchauffé; tout ce que j’ai pu faire dans mon humble sphère d’action, je l’ai fait, pour que la cité si intéressante de Clémence Isaure ne fût pas déshéritée des largesses ministérielles; et tout ce que je vais m’efforcer de vous démontrer aujourd’hui, Monsieur l’inspecteur général, c’est que Toulouse a mérité, autant et plus, selon moi, que Lille, Bordeaux et Lyon, d’être dotée d’une Faculté de médecine.

Toulouse est, de toutes les villes de province, la ville intellectuelle par excellence. Elle n’est ni industrielle, ni manufacturière, ni commerçante. Louis XIV a eu beau lui créer le magnifique canal des Deux-Mers, les deux grandes lignes ferrées d’Orléans et du Midi vainement lui offrent un débouché pour l'exportation de ses produits, Toulouse est restée sourde à ces avances; simple entrepôt, elle a été, elle est encore voie de transit, et rien de plus. Le génie séculaire de ses habitants n’est tourné ni vers le commerce ni vers l’industrie.

Tandis que l’activité bordelaise se consume dans les efforts efficaces d’un immense commerce, tandis que Lyon doit sa splendeur et ses richesses aux admirables produits de ses manufactures, alors que le Bordelais naît commerçant et le Lyonnais manufacturier, le Toulousain vient au monde amoureux des beaux-arts, des lettres et des sciences. Aussi, la création d’une Faculté de médecine à Lyon et à Bordeaux ne nuira certainement pas au commerce de l’une ni aux manufactures de l’autre, mais elle n’apportera non plus aucun élément sensible de prospérité nouvelle aux grandes et florissantes capitales de la Guyenne et de la Gaule lyonnaise.

Il n’en est pas de même de Toulouse. Elle a été de tout temps ville universitaire, c’est-à-dire réunissant dans son sein toutes les Facultés distribuant l’enseignement supérieur. Le décret fatal de l’Assemblée législative la dépouilla de ce magnifique ensemble qui avait fait de la capitale du Languedoc le rendez-vous de la jeunesse studieuse de cette province et des provinces voisines. A la création de l’Université actuelle, en 1808, tout lui fut rendu, moins la Faculté de médecine, qui fut transformée en École préparatoire.

Voulez-vous que je vous donne une idée de l’importance que la ville de Toulouse attache à tout ce qui touche à l’instruction, à l’enseignement? Eh bien, au budget de la ville, la somme affectée à l’instruction publique est de 600,000 fr. C’est à peu près le huitième de son budget total. Ne doit-on pas ajouter fQi aux promesses d’une

Ce fut, en effet, à Guillaume Du Val, alors doyen, professeur . de philosophie orthodoxe au Collège royal, écrivain diffus, d’une rare crédulité, qu’est due cette idée d’obliger tous les bacheliers à faire imprimer en tête de leurs thèses, ces mots :

DEO OPTIMO MAXIMO UNI ET TRIN0, VIRGINI DEIPARÆ , ET SANCTO LTJCÆ ORTHODOXORÜM MEDICORUM PATRONO.

Malgré les énergiques protestations que plusieurs médecins partisans de la Réforme firent contre cette décision, qui était si radicalement opposée à leurs croyances, la mesure inventée par le fougueux doyen n’en suivit pas moins son cours, et fut définitivement adoptée par la Faculté le 28 février 16A3.

III. — On devine que rue delà Bûcherie, la discipline, en fait de thèses, était très-sévère, et que la Faculté se réservait constamment le droit d’en modifier la rédaction, et d’en éliminer, tous les faits, tous les raisonnements qui lui paraissaient contraires à sa dignité et à ses doctrines. Nous pourrions en citer un grand nombre d’exemples. Contentons-nous du suivant :

Le 16 décembre 1655, François Landrieu, docteur régent, devait présider à une thèse soutenue par Nicolas Morin. Il s’agissait de savoir si l'on devait purger dans le commencement d’une pleurésie, et Landrieu avait conclu par l’affirmative, en prenant seulement la précaution de dire que cette purgation devait être légère. Telle n’était pas l’opinion du censeur, Pierre Lecomte, qui soutenait que, d’après les principes d’Hippocrate et de Galien, cette conclusion n’était pas admissible, et qu’il fallait faire tout le contraire.

L’on pourrait croire que l’affaire, toute scientifique, ne franchit pas les limites de l’Ecole de

municipalité qui s’impose déjà de pareils sacrifices, lorsqu’elle annonce vouloir consacrer une somme considérable à la construction et à l’entretien de la Faculté de médecine?

Voici un argument géographique dont l’importance vous frappera, Monsieur l’inspecteur. Placée au centre d’un triangle dont la base est aux Pyrénées et le sommet en Auvergne, séparée de l’est par les Cévennes, protégée à l’ouest par des populations que rattachent à elle des affinités de race et de longues traditions historiques, Toulouse a toujours exercé, exercera toujours son attraction sur cette vaste région qui ne comprend pas moins de 14 ou 15 départements, dont 8 dépendent déjà de son ressort académique.

Mais Bordeaux se plaint, Bordeaux récrimine, Bordeaux assure que la Faculté toulousaine va porter un préjudice énorme à sa Faculté. Ces craintes, ces récriminations, si elles étaient fondées, ne pourraient, au demeurant, que fortifier Toulouse dans son désir d’activer autant que possible le fonctionnement de sa Faculté ; mais elles ne sont pas fondées, ou tout au moins elles sont exagérées. Son influence ne s’étend-elle pas déjà dans les Landes, le Périgord, le Poitou, les Charentes ?

Et d’ailleurs, ne pensez-vous pas comme moi que ces délimitations géographiques, dont il faut tenir compte dans une certaine mesure, seront essentiellement primées par la valeur de l’enseignement de la Faculté, le mérite et le talent de ses professeurs et les facilités des études? Si Bordeaux se trouve dans de meilleures conditions de ce genre que Toulouse, Bordeaux l’emportera sur Toulouse, et réciproquement, dans des conditions analogues, Toulouse l’emportera sur Bordeaux.

Trouvera-t-on à Toulouse des conditions suffisantes pour le fonctionnement d’un enseignement complet? Les constructions, amphithéâtres, laboratoires, répondrontils aux exigences de l’enseignement moderne? Les hôpitaux et les hospices fourniront-ils un nombre suffisant de malades ?

Voyons.

Quelques mots, auparavant, des institutions scientifiques, littéraires et artistique^, et des ressources intellectuelles que Toulouse offre à l’enseignement et aux études.

D’abord, quel laboratoire trouvera-t-on qui soit comparable à ce riche et magnifique laboratoire naturel des Pyrénées pour l’étude de la géologie, de la minéralogie, de la botanique?

De Bayonne à Perpignan, du Mont-Dore à Amélie-les-Bains, Toulouse est au centre d’un cercle d’eaux minérales unique au monde. Voilà un sujet d’enseigne-

médecine. Eh bien, non. Le Parlement fut appelé à dire son opinion sur l’opportunité d’un purgatif dans un commencement de pleurésie. La Faculté commence par signifier arrêt à Landrieu (20 déc. 1655); ce dernier n’accepte pas d’emblée sa condamnation; il proteste; il veut être entendu de ses collègues. Le 22 décembre, en effet, tous les disciples d’Escuiape sont réunis dans les Ecoles supérieures; Landrieu se présente au milieu d’eux; ii prononce, en latin, un long panégyrique du séné dans la pleurésie, et assure que cette méthode lui a réussi dans un grand nombre de cas. Parmi les auditeurs, les uns le louent, les autres, en plus grand nombre, trépignent, murmurent, protestent, crient, en prenant pour témoins les, mânes du médecin de Gos et celles du médecin de Pergame.

Pourtant, Landrieu sort vainqueur de la lutte, puisque, la Faculté décide qu’il pourra, le 30 du mois, présider à la thèse avec la conclusion qu’il avait adoptée... Je dis la Faculté... je me trompe... Il y eut des opposants au sein des bonnets carrés, et, parmi ces opposants, je n’ai pas besoin de nommer le Censeur, qui persiste dans sa doctrine antipürgative, soutenu par Jacques Perreau, Jean Merlet, René Moreau et Guy Patin, que nos Registres commentaires représentent comme « constituant la meilleure et la plus saine partie de la Facilité. »

Voilà donc, pour une question de rhubarbe et de séné, les médecins de Paris divisés en deux camps. Quel juge viendra s’interposer? On le devine... Ce sera le lieutenant criminel, auquel nos cinq opposants s’adressent, soutenant que la « thèse de maître Landrieu est très-préjudiciable au public, contraire à la doctrine et à la pratique des anciens; que le oui , par lequel elle conclut, doit être remplacé par non , et qu’il faut de toute nécessité empêcher le Doyen, Jean de Bourges, de laisser passer une semblable thèse médicale, jusqu’à ce que autrement en soit ordonné. » Dieu merci, le lieutenant criminel est un homme de sens; il ne se croit pas apte à juger entre Galien et Hippocrate, et sagement il renvoie l’affaire au Parlement. Cette

ment tout nouveau, d’une utilité incontestable et sur lequel je vais tout à l’heure appeler votre attention, car il me paraît devoir être un élément considérable de succès pour cette Faculté nouvelle.

Seule, avec Paris et Lyon, Toulouse possède une École vétérinaire dont l’enseignement et les études sont aujourd’hui un complément indispensable aux études médicales.

Un magnifique observatoire y permet toutes les recherches et les observations de la météorologie.

Sa Faculté de droit est, avec celle de Caen, celle des Facultés de province qui reçoit le plus de docteurs.

Ses Facultés des lettres et des sciences, celles qui reçoivent le plus de bacheliers.

Lyon seul peut rivaliser avec Toulouse pour ses musées de peinture, d’antiquité, d’histoire naturelle, ses bibliothèques, ses collections.

Son lycée compte 1,100 élèves, chiffre qu’on ne retrouve qu’à Paris et à Lyon.

Son École des beaux-arts est célèbre entre toutes, et son Conservatoire de musique peuple nos théâtres d’artistes distingués.

Tout, vous le voyez, Monsieur l’inspecteur général, concourt à rendre Toulouse une des villes de province les plus attrayantes, les plus attirantes; où le culte des sciences et des lettres s’allie merveilleusement au culte des beaux-arts ; où son antique et célèbre Académie des jeux floraux entretient et propage le goût du bien dire ; où les travaux de son Académie des sciences sont estimés dans toutes les Compagnies savantes du monde ; où sa Société de médecine et deux journaux spéciaux suivent avec ardeur les progrès de notre science et de notre art.

Hygiéniquement, Toulouse est une ville des plus saines de France ; son climat est doux, modéré, tient le milieu entre les chaleurs torrides du Roussillon et les pluies énervantes de la Guyenne; c’est le ciel pur et tempéré de l’Attique... De l’Attique! ce poétique nom me permet de vous répéter cet éloge charmant* si souvent fait, de ma ville natale, — et ne croyez pas que je me trouve sous l’influence de libations trop copieuses de l’eau du beau fleuve qui eoule spus ses murs : — oui, Toulouse est l’Athènes du Midi.

Permettez-moi de vous indiquer maintenant, Monsieur l’inspecteur général, les ressources et les conditions de tout genre que Toulouse offre à l’installation et au fonctionnement de sa Faculté de médecine.

(A suivre.) Amédée Latour.

haute cour délibère, d’abord le 8 janvier 1656, puis le 13 suivant, aidé cette fois des lumières... juridiques de ses deux conseillers, Henry de Refuge et Michel Ferrand, et elle arrête solennellement, et sans rire, que la thèse de François Landrieu n’est pas incompatible avec la doctrine des anciens maîtres de la médecine; qu’elle sera soutenue avec la conclusion oui , et qu’elle sera imprimée.

Ainsi fut fait... de par le Parlement.

IV. — Au reste, la soutenance des thèses de la Faculté de Paris était toujours un acte imposant, bien éloigné de la simplicité avec laquelle nos jeunes docteurs d’aujourd’hui endossent la robe rabelaisienne.

Il est même telles de ces soutenances qui font époque dans les annales de l’École par les grandes cérémonies qui les ont accompagnées, et par l’appareil dont on les a entourées.

Citons deux ou trois exemples :

Mardi, 21 août 1612. Jean Cousinot reçoit le bonnet de docteur en présence d’une assemblée inaccoutumée. Il y a là, surtout, de nobles Espagnols, plusieurs médecins du roi d’Espagne, venus en France à la suite du duc de Pastrane.

1657. Le chancelier de France, Séguier, a la curiosité d’assister à la thèse de Pierre Cressé Pendant plusieurs heures, il entend les argumentations, les disputes, les ripostes, sur cette question : Les eaux de Forges peuvent-elles remplacer celles de Passy? Qu’on ne s’étonne pas trop de voir le chancelier assister à cette discussion médicale sur les eaux de Forges; car c’est l’état de santé de Louis XIV lui-même qui l’amène à se mêler parmi les docteurs. Depuis le mois de mai 1655, le roi-soleil est atteint d’un « mal extraordinaire », lequel mal n’est pas autre chose qu’une blennorrhagie contractée sans doute avec la Beauvais, première femme de

CLINIQUE CHIRURGICALE

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