‹ L'Union médicaleChapitre 65 sur 176 · TRAITEMENT ANTISEPTIQUE DE LISTER · texte numérisé non relu

TRAITEMENT ANTISEPTIQUE DE LISTER

Résumé de l’expérience personnelle de M. Thomas Smith, chirurgien de l’hôpital Saint-Barthélemy de Londres, pendant trois années de pratique hospitalière^ (1).

En donnant les conclusions auxquelles je suis arrivé d’après une expérience personnelle du traitement antiseptique de Lister, je ne puis m’appuyer sur des tableaux statistiques pour soutenir mes idées à ce sujet. Je regrette d’autant moins l’absence de ces tableaux que, d’après moi, lorsqu’il s’agit de comparer les mérites de deux méthodes rivales de traitement, les statistiques n’ajoutent pas toujours beaucoup de force à une opinion. Un document de ce genre est si facile à modifier, à manipuler ou à interpréter, et sans qu’on s’en doute, dans un sens favorable aux idées de l’écrivain, que, en estimant la valeur de conclusions comme celles qui suivent, il faut, après tout, prendre principalement en considération les aptitudes de l’auteur pour l’observation, son habileté dévaluer les résultats et à apprécier leur signification, et son amour pour la vérité.

* Il ne faudrait pas croire cependant que l’on n’a pas pris l’observation des faits

(1) Traduit des St. Bartholomexv's Hospital Reports , 1878 , t. XtV, p. 137, par le docteur L.-H. Petit, sous-bibliothécaire à la Faculté de médecine.

En présence de la discussion soulevée récemment et encore pendante à la Société de chirurgie sur le pansement des plaies, nous avons pensé qu’il ne serait pas sans intérêt pour nos lecteurs de leur faire connaître le travail de M. Smith, dans lequel se trouvent émises les opinions d’un chirurgien éminent, récemment cqnverti à la pratique de M. Lister.

{La Rédaction.)

bliques, et le soupçon amincissait chez elle le fil qui retenait le couteau suspendu sur la tête, de chacun. Le doge est assis sur un trône de velours rouge, avec deux lions à ses pieds. L’entourage est le même que celui du tableau précédent. Tournant le feuillet, la page qui suit est divisée en deux compartiments; le supérieur représenté le symbole politique de l’État. C’est un magnifique lion ailé, la queue vibrante, le front couronné et la tête tournée vers la mer, les deux pattes de derrière plongeant dans l’Adriatique, celles de devant appuyées sur la terre ferme, au pied d’un édifice qui signifie Venise, et tenant, avec la griffe ouverte, l’évangile de saint Marc, où se lisent ces mots : Pax tibi Mar ce evangelista meus. Les décorations qui vont suivre tiennent de plus près à l’institution qui a le pouvoir d’accorder le privilège, une fois l’aptitùde et la capacité reconnues.

Le compartiment inférieur contienl, sous le lion de Saint-Marc, les armoiries des quatre patriciens, justiciarii veteres, investis du droit ou de la charge de conférer les diplômes. Dans le texte, parfaitement écrit à la main, et dont les phrases ou les mots sacramentels sont tracés en lettres d’or, dans le texte, dis-je, qui porte en tête l’invocation suivante : In Christi salvatoris nostri beatissimæque virginis matris Maria nomine, amen, se trouve formulée, dans les termes qu’on va lire, l’admission du postulant dans la corporation des pharmaciens : Nos itaque auctoritate, qua fungimur in hâc parte ipsum dominum, dominiçum LANA (c’est le nom du futur pharmacien) admissimus et approbarimus, ac admissum et approbatum essç volumus, pronunciantes et déclarantes eum esse optimb idoneum ad exercendam artem aroma tarii et ad aperiendam apothecam, etc. Mais il faut prêter un serment d’être fidèle aux statuts, et surtout d’être fidèle à la République, entre les mains des patriciens chargés de la représenter. Je trouve au bas du texte, auquel sont consacrées deux pages, les signatures

Supplément.

que j’ai traités d’après la méthode antiseptique, et que je fonde mes opinions sur ce qu’on appelle l’impression générale des résultats. On a pris des notes, mais pas sous une forme qui permette d’en former un tableau statistique.

Il y a maintenant trois ans que j’ai commencé à employer les pansements antiseptiques de M. Lister, et comme mon but principal était de contrôler leur efficacité, je ne les ai employés que dans le traitement de ces lésions qui, pansées à la manière ordinaire, sont spécialement sujettes à des complications inflammatoires locales, et qui, en général, donnent lieu à des accidents constitutionnels bien marqués.

Ainsi la méthode antiseptique a été employée dans les plaies articulaires, les fractures compliquées, les abcès chroniques volumineux liés à des tumeurs blanches ou caries du rachis, dans le traitement des hygromas profonds, dans la ligature des artères pour anévrysme, et dans des opérations d’une gravité exceptionnelle. Cette méthode n’a été que rarement employée dans les amputations ordinaires des membres ou dans l’ablation du sein, non plus que dans les opérations nécessitées par les hernies, et dans le traitement des abcès aigus superficiels. Son emploi dans des cas pareils, dans les salles d’un hôpital anglais sain, ne me paraîtrait pas une preuve suffisante des avantages de ce mode de pansement (1).

Autant que j’ai pu faire prévaloir mon influence personnelle, la méthode a été appliquée en suivant les indications de M. Lister; on n’a jamais essayé aucune amélioration ni omis aucun des détails qu’il recommande. Les pansements ont été faits sous la haute direction des trois internes qui se sont succédé à l’hôpital Saint- Barthélemy et de deux internes de l’hôpital des Enfants. Bien que dans beaucoup de cas j’aie appliqué moi-même le premier pansement après l’opération, j’ai eu rarement à intervenir dans la suite .

Avant de commencer le traitement antiseptique, j’eus soin d’étudier la méthode moi-même, tandis que M. Lister et M. Annandale furent assez bons pour fournir à

(1) Dans certains hôpitaux du continent, où la pyohémie, la gangrène d’hôpital et l’érysipèle sont si communs, les bons effets du traitement antiseptique ont été des plus remarquables; la diminution de la mortalité générale a été très-grande, tandis que la pyohémie et la gangrène d’hôpital ont disparu sous son influence. (V. British med.jour., 1875, vol. II, p. 769.) A ce point de vue, les documents présentés par le professeur Wolkmann au Congrès de la Société germanique de chirurgie, à Breslau, est convaincante. (Voir Medical Examiner , 1879, p. 333.)

d’un Paruto, d’un Baffo et d’un Zorzi; la signature du quatrième manque; il avait sans doute une affaire plus importante à régler.

L’adte de déclaration d’aptitude accordé par le Collège de pharmacie se trouve sur le feuillet suivant : Lana diligenter examinatus, y est-il dit, et eum inventus fuerit idoneus et sufficiens ad artem aromatoriam exercendam, concessimus, etc., etc., le tout revêtu des signatures (aucune ne manque) des maîtres pharmaciens faisant fonction d’examinateurs et de juges. Ce sont : Laurent Gorgazini, à l’enseigne de la Vieille filant sa quenouille; François Monti, à la Biche d'or ; Baptiste Bontempo, à la Rose d’or; Baptiste Zanini, à la Prudence triomphante, qui était fort utile à Venise, mais qui ne triomphait pas toujours; Ange Gilbert!, au Basilic; Jean Cappello, aux Trois Montagnes; Jean Armano, à Saint-Vital; François Fantuzzi, à Saint- Laurent- Justinien. La page opposée à celle où est écrite la déclaration du Collège porte des médaillons semblables à ceux qui sont consacrés aux armoiries des patriciens, et renferment chacun une des enseignes des pharmaciens dont je viens d’écrire les noms. Les enseignes étaient autrefois un blason. On s’en vantait. La famille avait disparu que l’image, peinte audessus de la boutique et à l’entrée de la maison, était un titre que les successeurs ne sacrifiaient pas aisément.

Malgré ces enguirlandements, on voit toujours percer la main brutale de Venise ; l’État permettait des fleurs et des peintures à qui voulait s’en parer, mais réservait la plénitude de la puissance à la caste qui se l’était donnée dès les premiers siècles de la République.

(A suivre.) D' Éd. Carrière.

l‘üniON médicale.

mon interne, M. Verrion, toutes les occasions de s’initier aux détails du traitement dans les salles de l’Infirmerie Royale.

Je puis affirmer que M. Vernon, pendant son année de service, a apporté, dans tous les cas où il l’a employé, la plus rigoureuse exactitude à observer tous les détails prescrits, et je dois dire que les succès ont été en proportion de la bonne exécution du pansement. Depuis cette époque, j’ai remarqué parfois un certain relâchement dans l’observance des précautions antiseptiques, par le fait d’une ignorance involontaire ou d’une routine invincible , et je reconnais également qu’il s’en est suivi une incertitude correspondante dans les résultats.

Que la théorie deM. Lister soit vraie ou fausse, il me semble certain que toute négligence dans les précautions prescrites par lui est capable d’empêcher d’obtenir les avantages qu’il réclame pour sa méthode de traitement.

Voici les conclusions auxquelles je suis arrivé, d’après mon expérience de cette méthode:

Et d’abord, pour ce qui est des plaies des articulations saines, que ces plaies soient accidentelles ou faites par le chirurgien pour l’extraction des corps étrangers, je suis convaincu que le traitement antiseptique, exécuté comme le recommande son auteur, réduit le danger des plaies articulaires au minimum. Je pense qu’avec ce traitement, le malade court moins de risques pour son membre et pour sa vie qu’avec tout autre mode de traitement que je connaisse; je dirai même plus, je crois qu’on peut obtenir de bons résultats dans certaines plaies articulaires qui, traitées par une autre méthode, auraient presque certainement entraîné la perte du membre blessé. Comme exemple, je mentionnerai le cas suivant :

Un homme, âgé de 19 ans, fut admis dans mon service, salle Rahere, le 23 novembre 1875. Sa jambe avait été écrasée entre la plate-forme d’une station et un wagon en mouvement; au-dessous de la face interne de l’articulation du genou était une plaie circulaire d’un pouce et demi de diamètre; en ce point les parties molles avaient été broyées jusqu’à l’os, ouvrant largement la jointure au niveau du point de contact du tibia et du fémur. La surface de la plaie et les cartilages articulaires mis à nu étaient noirs et souillés de graisse et de boue ; du sang mélangé de synovie èt de bulles d’air s’écoulait assez abondamment de l’intérieur de la jointure.

M. Vernon lava entièrement celle-ci en y injectant une solution aqueuse d’acide phénique (1 pour 20) pendant un quart d’heure, appliqua le pansement antiseptique, et fixa le membre sur une attelle postérieure. Depuis ce moment , jusqu’à la guérison, le patient n’éprouva aucun accident sérieux, et ne fut nullement malade.

Le traitement dura deux mois, et pendant ce temps la plaie fut pansée huit fois ; la température resta ■.au-dessous de 37°, 7, sauf le lendemain de l’accident, où elle fut à 38°, 1, et le troisième jour, où elle atteignit 38°, 3. Le pouls ne. monta jamais à 90, et le malade n’accusa qu’une fois de la douleur; et encore füt'-elle légère.

Onze semaines après l’accident, le malade quitta son lit, et il guérit avec une bonne jointure, quoique les mouvements fussent un peu limités; la rotule était parfaitement mobile, et le seul obstacle aux fonctions de l’articulation était causp par l’adhérence solide de la cicatrice au condyle interne du fémur. La longueur relativement grande de la convalescence fut produite par la perte considérable de substance au moment de l’accident, et à l’éliminition consécutive des parties molles écrasées autour de la plaie.

J’ai toute raison de parler avec confiance de la méthode antiseptique, au point de vue de la facilité qu’elle nous donne d’ouvrir les jointures saines pour l’extraction des corps étrangers sans accidents fâcheux. Et cela à tel point que, si quelque malheür m’arrivait, je serais disposé à l’attribuer a quelque imperfection dans l’application du traitement plutôt qu’à un échec de la méthode.

On ne peut admettre que le pansement de M. Lister soit complètement responsable des accidents consécutifs aux plaies des articulations saines; l’application du traitement peut être involontairement défectueuse, ou bien la nature de l’accident

et les circonstances qui l’accompagnent peuvent être telles, que les conditions du pansement ne puissent être remplies d’une manière satisfaisante.

Un patient fut admis dans mon service avec une plaie lacérée du tendon du triceps, juste au-dessus de la rotule. Dans la plaie se trouvait un très-petit éclat ôu fragment assez semblable à du cartilage articulaire; mais comme, après des recherches attentives, on ne put trouver d’ouverture à la cavité de la jointure, la plaie des parties molles fut traitée antiseptiquemént, et on ne s’occupa nullement de l’articulation.

Le troisième, jour après l’accident, les douleurs violentes, la tuméfaction articulaire, les phénomènes généraux, démontrèrent trop évidemment que la jointure avait été blessée. L’articulation fut ouverte largement et lavée par des injections d’une solution phéniquée, puis on appliqua le pansement antiseptique. Celui-ci fut continué pendant trois jours et ensuite abandonné, sur ma demande, sans raison suffisanté,' comme je le pensé maintenant, bien qu’à ce moment il me semblât qu’il entretenait de l’irritation dans la plaie. Le lenderhàin, la température s’éleva à 38°, 8; puis survint un phlegmon de la cuisse; le malade s’épuisa par la suppuration; on amputa,, et la mort s'ensuivit..

Lorsque la suppuration s’est emparée des jointures malades, mon expérience m’a démontré que, comme règle, la méthode; antiseptique permet d’ouvrir la cavité articulaire avec beaucoup moins de risques que par les autres méthodes; — et, par risques, j’entends de voir succomber le malade par suite de l’épuisement causé par la suppuration et les phénomènes généraux concomitants, et avec beaucoup plus de chances d’obtenir une -guérison soit complète, soit avec ankylosé. Dans quelques cas d’arthrite de la hanche ou du genou, la guérison me parut plus complète que jé n’aurais pensé qu’il fût possible de l’obtenir par les autres méthodes de traitement.

, Dans un cas, un adulte atteint de coxalgie suppurée, avec affection du bassin, fut traité antiseptiquemént, et la mort, survint par épuisement moins d’un mois après l’ouverture de Pabeès,- Le traitement de ce malade n’exerça certainement aucune influence favorable sur la marche de la maladie.

Dans deux cas également d’arthrite suppurée du fgenou, observés à l’hôpital des Enfants, je fus obligé de renoncer à toute tentative de conservation du membre; et de pratiquer l’amputation. Chez, ©es malades, le grand obstacle à la guérison parut être l’épaississement considérable de là membrane synoviale qui entourait les extrémités articulaires deé os, et qui donnait naissance à une suppuration intarissable. On peut ajouter que ces deux cas étaient condamnés à l’amputation avant qu’on entreprît le traitement.

(•La suite à un prochain numéro.)

THÉRAPEUTIQUE

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