DE LA CRÉOSOTE DANS LA PHTHISIE
Par le docteur Bonnefontaine.
Depuis que MM. Bouchard et Gimbert ont publié leur excellent mémoire sur Remploi de la créosote de goudron de hêtre dans le traitement de la phthisie, le silence s’est fait sur cette médication, et il semblerait que les espérances qu’elle avait pu d’abord faire concevoir ne se sont point réalisées.
Pour noùs cependant, qui avons pu vérifier dans un très-grand nombre de cas les assertions émises par ces sâvants observateurs, nous nê saurions admettre ce délaissement de la créosote.
lise peut, il est vrai, qu’elle n’ait pas donné, entre les mains de tous ceux qui ont voulu en faire l’essai, les résultats qu’ils en attendaient, mais nous ne pouvons alors l’attribuer qu’au mode vicieux dé son administration. '
Presque dès le début, mais surtout en avançant dans la maladie, le tuberculeux pèche p&r son estomac: tout ldi répugne, l’àliment comme le médicament, et surtout le médicament, même dans ses formes les mieux dissimulées.
Que, dans oes conditions, on administre la créosote dans du vin ou de l’huile de foie de morue comme on l’avait d’abord conseillé, et comme beaucoup le font encore, sans doute la
répugnance qui, les premiers jours peut-être, avait pu être vaincue à force de volonté, finit par devenir insurmontable, et le médecin est bientôt obligé d’abandonner une lutte où il sent bien qu’il ne pourrait avoir le dernier mot.
Voilà ce qui précisément nous est arrivé plusieurs fois chez les premiers malades que nous avons soumis à la médication créosotée; voilà sans doute aussi ce qui a pu arriver à la plupart de nos confrères, et ce qui explique cette absence totale d’observations nouvelles.
Il y avait cependant un autre mode d’administration qui a dû être essayé, et nous l’avons tenté nous-même sans plus de succès; c’étaient les capsules d’huile créosotée. Les capsules qu’on trouve habituellement sont, en effet, si volumineuses et leur dosage si faible, que nous n’avons jamais pu parvenir à administrer de cette façon ùO à 50 centigrammes de créosote pendant plus de huit jours.
Nous allions donc, comme beaucoup d’autres, renoncer définitivement à cette médication, lorsqu’un pharmacien proposa à l’un de nos malades de très-petites capsules absolument semblables aux perles d’éther, et qui contenaient 5 centigrammes de créosote.
Ces capsules, préparées par un nouveau procédé dû à M. Dartois, nom sous lequel elles sont aujourd’hui connues, firent merveille, et elles purent être continuées sans la moindre répugnance pendant tout le temps nécessaire à une guérison que j’espère durable.
A dater de cette époque, nous n’avons plus rencontré de malades rétifs à la médication créosotée, et, depuis lors également, nous avons pu nous assurer des excellents effets signalés par MM. Bouchard et Gimbert.
Nous reviendrons d’ailleurs sur ce sujet un autre jour, et nous pourrons donner sans doute une statistique sinon aussi étendue, du moins aussi probante que celle de nos savants confrères.
Aujourd’hui, nous avons voulu signaler seulement le mode d’administration qui seul nous a permis de continuer la médication créosotée un temps suffisant pour lui permettre de produire tous ses effets. Bien persuadé d’ailleurs, ainsi que nous le disions plus haut, que là a dû être la pierre d’achoppement de tous les expérimentateurs.
Un seul point sur lequel nous devons insister à l’égard de ce mode d’administration qui présente la créosote sous une forme relativement concentrée, c’est qu’il est indispensable, après chaque dose, de boire un verre de liquide, tisane ou lait, si on prend le médicament à jeun, eau et vin, bière, etc., si on le prend au moment du repas.
L’expérience nous a appris d’aflleurs que la meilleure manière de procéder est la suivante : Le matin, nous donnons trois capsules, et immédiatement après, le malade prend une tasse de chocolat, du lait ou un potage, selon ses habitudes. Au second déjeuner, trois autres capsules, suivies d’un potage et d’un verre de vin de Bordeaux ou de vin coupé d’eau.
Enfin, au dîner, même dose, également avant le potage.
De cette façon, on n’éprouve jamais ni renvois, ni intolérance de la part de l’estomac, et la créosote, largement dissoute, s’absorbe et agit au moins aussi bien que par tout autre mode d’administration.
ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES
SOCIÉTÉ MÉDICALE" DES HOPITAUX
Séance du 13 décembre 1878. — Présidence de M. Labric.
SOMMAIRE. — Correspondance. — Présentation de mémoires et thèse, par M. Féréol. — Nomination de membre honoraire. — Présentation d’un malade atteint de sclérodermie, par M. Blachez. Discussion : M. Vidal. — Note relative au traitement et à la guérison de la méningite tuberculeuse, par M. Dujardin-Beaumetz. Discussion : MM. Vallin, Chauffard, Féréol. — Mutations dans les hôpitaux.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Correspondance imprimée : Journal de thérapeutique de M. Gubler. — Revue médicale de Toulouse. — Union médicale du Nord-Est. — Journal des sciences médicales de Lille . — Marseille médical,
M. Féréol présente , au nom de M. le docteur Armaingaud, de Bordeaux, deux mémoires intitulés :
1 Sur une corrélation pathogénique entre les maladies du cœur ( insuffisance et rétrécissement aortiques) et l’hystérie chez l'homme.
2 Sur un cas de sclérodermie ; application des courants électriques continus suivie de succès. M. Féréol offre ensuite, au nom d’un de ses anciens internes, M. le docteur Graux, un
exemplaire de sa thèse inaugurale intitulée : De la “paralysie du moteur oculaire externe avec déviation conjuguée.
Cette thèse, dit M. Féréol, est le développement et la confirmation d’un mémoire que j’ai présenté à la Société des hôpitaux en 1873, et qui m’avait été inspiré à moi-même par une observation de M. le docteur Desnos, et par la discussion de M. le professeur Gubler à propos de cette observation. C’est du reste à M. le docteur Achille Foville qu’il convient de reporter le mérite d’avoir le premier, chez nous, posé le point de départ de cette étude des mouvements associés des globes oculaires, et d’avoir émis cette idée, toute théorique à l’époque où il la soutenait (1859), que les muscles abducteurs d’un œil et adducteur de l’œil de l’autre côté devaient recevoir leur ihfîux nerveux d’une même source, de même que deux chevaux attelés ensemble sont entraînés toüs les deux à la fois vers la droite ou vers la gauche par une seule rêne.
Reprenant les observations qui ont été publiées et qui peuvent se rapporter à ce sujet, y ajoutant l’observation nouvelle (très-analogue à celle que j’ai publiée moi- même en, 1873) d’un malade qui a été étudié et qui est mort dans mon service à l’hôpital Lariboisière en 1877,, et complétant son travail par des recherches anatomiques et physiologiques qu’il a faites en collaboration avec M. le docteur Mathias Duval et M. le docteur Laborde, M. Graux a pu arriver à poser des conclusions importantes au triple point de vue clinique, anatomique et physiologique.
Cliniquement d’abord, tous les médecins qui s’étaient occupés de la paralysie des muscles moteurs de l’œil, en décrivant la paralysie du muscle droit externe, se bornaient à reconnaître et à décrire, dans l’œil du côté opposé à la paralysie, une déviation secondaire portant sur le muscle droit interne et produisant un strabisme convergent
Il est établi maintenant, d’après nos observations, qu’il existe une autre forme de retentissement de la paralysie du moteur oculaire externe, dans laquelle le moteur oculaire: interne du côté opposé, au lieu de présenter un mouvement contrarié avec celui de son congénère, reste au contraire associé avec ce dernier dans la paralysie comme dans l’action.
A ces deux formes différentes, opposées même, de paralysie du moteur oculaire externe, correspondent deux lésions anatomiques différentes.
A la première, la plus commune du reste, correspond une lésion qu’on peut appeler périphérique, portant sur le nerf de la sixième paire, soit en dehors de la protubérance, soit même dans l’épaisseur de la protubérance, mais alors, dans ce dernier cas, en dehors dn noyau d’origine, et «fende trajet du filet nerveux qui relie ce noyau à l’émergence du nerl (Obs. de Quénu, Soc. anat., 1878.)
A la seconde forme de paralysie, la plus rare, correspond une lésion portant exclusivement sur le noyau même d’origine de la sixième paire, au niveau de l’éminence teres, audessous du plancher du quatrième ventricule.
Lors donc que sur un malade on constate, avec une paralysie de la sixième paire gauche, par exemple, une déviation conjuguée de l’œil droit, on peut affirmer qu’il existe dans la protubérance une lésion (hémorrhagie, tumeur), exactement bornée au noyau de la sixième paire gauche. C’est là une localisation d’une précision remarquable, puisqu’elle se limite à l’étendue de quelques millimètres à peine dans la protubérance, et jusqu’à présent l’exactitude du diagnostic anatomique a toujours été reconnue à l’autopsie.
Mais ce qu’il y a de bien remarquable encore, et ce que je crois avoir été le premier à observer, c’est que la déviation conjuguée de l’œil sain ne s’exerce dans ces cas que dans la vision binoculaire à longue distance, parce que, dans ce cas, lé droit interne sain agit avec son congénère le droit externe paralysé ; au contraire, si on le fait agir en vision convergente à courte distance, c’est-à-dire avec son homonyme du côté opposé, le muscle droit interne du côté sain retrouve son action.
Il semble donc résulter de tout ce qui précède :
1° Que le noyau d’origine de la sixième paire ne fournit pas seulement le nerf moteur oculaire externe destiné au muscle droit externe du même côté, mais qu’il fournit encore un filet au muscle droit interne du côté opposé, ainsi que l’avait bien dit, le premier, le docteur Achille Foville;
2° Que le muscle droit interne, recevant d’ailleurs un filet évident de la troisième paire, obéit tantôt à l’innervation de la troisième paire (vision convergente à courte distance), tantôt au filet qu’il reçoit de la sixième paire du côté opposé (vision à longue distance), ainsi que je crois l’avoir dit le premier.
C’est principalement sur la preuve anatomique et physiologique de ces deux déductions auxquelles l’observation clinique nous avait déjà conduits, MM. Achille Foville, Gubler et moi, que M. Graux a porté l’effort original de son travail, avec l’aide de MM. Duval et Laborde. Physiologiquement, les expériences qu’il a instituées paraissent très-probantes; la recherche
anatomique du filet qui fait .communiquer le noyau de la sixième paire d’un côté avec te nerf de la troisième paire du côté opposé, n’a donné de résultat bien évident que chez le chat; les préparations sur l’homme n’ont pas été absolument démonstratives pour M. Graux. Il est bien vrai que Lockhart-Clarke, Stilling, Schrœder van der Kolk, décrivent cette communication; mais il résulte, à mon avis, de l’examen que j’ai fait en 1873 des opinions de ces trois auteurs, qu’ils ne s’entendent pas absolument sur la description de ce filet de communication. Il y a donc encore de ce côté place pour de nouveaux travaux qu’on peut recommander à la patience et à la perspicacité des anatomistes,
M. Empis, au nom du Conseil de famille, propose d’admettre, sur sa demande, M, Noël Queneau de Mussy parmi les membres honoraires. Cette proposition est adoptée.
M. Blachez présente un malade atteint de sclérodermie sans asphyxie locale ni cyanose au début, et remet à cè sujet là note suivante :
Baumard, 34 ans, jardinier, n’a jamais eu de maladie grave. PaS de syphilis, dartres ou rhumatisme. La maladie a débuté il y a un an par des troubles de sensibilité. Sensation de froid aux mains et aux pieds. Les doigts étaient, surtout le matin, rouges, engourdis, douloureux.
Deux ou trois mois plus tard, les extrémités ont commencé d’enfler ; mais les parties enflées n’étaient pas dures. Il pouvait encore, quoique avec une certaine gêne, se servir de ses mains.
Vers le cinquième mois, la dureté des tissus s’est manifestée. Il ne pouvait plus plier les doigts; ses pieds étaient complètement raides. Il a dû renoncer au travail et entrer à l’hôpital. La santé générale est toujours restée satisfaisante.
État actuel : La peau est dure Sur plusieurs régions du corps, principalement aux extrémités, à la face, sur le devant du corps, sur les membres. La partie postérieure est moins atteinte. Il semble qu’on touche des parties congelées. La sensibilité est conservée. Les doigts sont raides et se prêtent à peine à une légère flexion. La face est immobilisée. La température des extrémités est manifestement diminuée.. Dans l’aisselle, elle est normale.
On constate sur le dos de la main, à la partie antérieure du sternum, des altérations pig? menlaires. Il semble que le pigment soit plus abondant dans certaines parties, au cou principalement, tandis que, à la partie antérieure de la poitrine, il y a de véritables plaques de Vitiligo.
Il n’y a pas de doulètirs spontanées; pas d’élancements. Le malade est très-sensible au froid, surtout aux extrémités.
Les douchés, l’iodure dé potassium, les bains de toutés sortes n’ont amené aucun résultat. Nous allons essayer des courants continus.
M. Vidal ; D’après M, Blachez, on pourrait diviser la marche de la sclérodermie généralisée, ou sclérodermie symétrique, en trois,, stades ou périodes : l’une, de troubles nerveux; la seconde, d’œdème localisé; la troisième, d’endurcissement du derme.
D’après les faits que j’ai pu observer, je suis de ceux qui pensent que cette singulière affection est sous la dépendance d’un état pathologique de la moelle épinière. Je l’ai constamment vue débuter par les troubles nerveux des extrémités. Dans plusieurs cas, j’ai constaté à la période initiale les troubles de la sensibilité des mains, le refroidissement, l’asphyxie locale des extrémités. C’est la période des troubles des nerfs vaso-moteurs, symptômes symétriques dont l’origine médullaire est généralement admise. Plus tard, nous avons la période des troubles trophiques, l’endurcissement, la sclérose du derme. C’est au commencement de cette période qu’on constate plus ou moins marquée, mais non constante, la tuméfaction œdémateuse, la seconde stase de M. Blachez.
J’ai actuellement dans mon service une jeune malade de 20 ans, chez laquelle les accidents ont débuté, il y a plus de trois ans, par l’asphyxie locale des extrémités supérieures, avec hyperhydrose ; puis, graduellement, sans transition de période œdémateuse, la peau des doigts, celle du dos des mains se sont indurées, le bout des doigts s’est atrophié et la main offre le type le plus parfait de la sclérodermie dactylée, ou des extrémités, un des types admis par M. Hardy.
Chez cette malade, le nez et les joues se sont indurés, la peau s’est pigmentée. Elle éprouve des douleurs sur le trajet de la colonne vertébrale, et, pendant plusieurs semaines, une contracture d’origine centrale a tenu le bras droit et les doigts dans la flexion, contracture douloureuse cédant à une extension prolongée, comme les contractures d’origine médullaire. J’ai essayé sans grands résultats les courants continus descendants. J’ai obtenu de meilleurs effets des douches chaudes en pluie sur la colonne vertébrale. Ces douches sédatives ont semblé mieux réussir que les douches froides administrées antérieurement pendant pl,usiepfs
semaines, et concurremment avec l’électrisation aux courants continus. Lés douleurs ont presque complètement cédé, la contracture a cessé, et l’induration, ainsi que la pigmentation des parties de la face primitivement envahies, sont en voie de décroissance notable.
Un autre malade qui vient me consulter, un homme de 67 ans, a eu pour premier symptôme le froid et la cyanose des mains, avec hyperhydrose très-prononcée des surfaces palmaires et plantaires. Cette transpiration locale abondante contrastait avec la sécheresse relative du reste du tégument.
Ces troubles des vaso-moteurs, ces symptômes d’asphyxie locale symétrique ont débuté il ÿ a un peu plus d’une année. Ils sont actuellement très-accusés. Sous l’influence d’une douleur, d’une émotion, les mains deviennent froides, violettes, et la température s’abaisse à 27°. Ces phénomènes se sont montrés graduellement sur des surfaces plus étendues, gagnant les bras, les cuisses, le tronc; s’accompagnant de l’endurcissement du derme, de pigmentation marbrée de vergetures blanchâtres. La sclérodermie tend à devenir générale, et les mouvements du cou, du tronc et des cuisses sont presque immobilisés par la rigidité et la rétraction de la peau.
On voit chez ce sujet la transition des troubles des nerfs vaso-moteurs aux troubles trophiques ; au pourtour des régions indurées, on constate une zone d'envahissement. Cetle zone de coloration violacée est en relief sur le tégument sain ; elle fait une saillie d’apparence œdémateuse, mais c’est un œdème dur qui ne reçoit pas l’empreinte du doigt. La cyanose de cette zone et son refroidissement augmentent sous l’influence du froid et des excitations du système nerveux. Au dire du malade, cette zone d’envahissement aurait précédé partout le gonflement et l’induration de la peau. Cette phase œdémateuse se confond avec la période d’asphyxie locale à laquelle elle est étroitement subordonnée.
Voici comment je comprends le processus pathogénique : troubles des nerfs vaso-moteurs, asphyxie locale, œdème consécutif à la zone de circulalion et, dans le tissu conjonctif œdématié chroniquement, prolifération d’éléments fibreux et élastiques. Quant à l’origine de cettè trophonévrose, je suis de ceux qui pensent que c’est dans une lésion du système spinal, et vraisemblablement de la substance grise des cordons antérieurs, qu’on doit la chercher. Je sais qu’on pourra opposer aux présomptions, je dirais Volontiers aux démonstrations fournies par la physiologie pathologique, les résultats négatifs des autopsies faites jusqu’à ce jour. Ces autopsies sont peu nombreuses; malgré le soin avëc lequel elles ont été faites, malgré l’autorité des histologistes qui ont fait l’examen de la moelle épinière, je crois que la science n’est pas assez avancée pour que la question anatomique puisse être définitivement tranchée. Il ne faut pas oublier que, dans une observation de MM. Chalvet et Luys, nos savants collègues ont trouvé, à l’autopsie d’une sclérodermie généralisée, une sclérose des cordons antérieurs dè la moelle.
En vous parlant de la jeune malade de mon service, je vous ai dit que j’avais fait usage de l’électrisation par les courants continus; je n’ai pas obtenu un résultat aussi heureux qüe M. le docteur Armaingaud, profésseur agrégé à là Faculté dé médecine de Bordeaux ; mon insuccès est dû peut-être à ce que lès électrisations n’ont pas été assez fréquentes et assez prolongées. Aussi je me propose d’éssayer de nouveau ; dans l'hypothèse que j’adopte sur lfe point de départ de l’affection, ce moyen me paraît des plus rationnels.
( A suivre dans un prochain numéro.)
SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
Séance du 19 février 1879, — Présidence de M. Tarnier.
Sommaire. — Discussion sur les pansements antiseptiques.
La communication de M. Maurice Perrin a donné lieu à une discussion intéressante, à laquelle ont pris part, dans cette séance, MM. Verneuil et Lucas-Championnière, très-partisans, le dernier surtout, du pansement de Lister.
M. Verneuil ne fait pas, comme M. Perrin, résider toute la méthode antiseptique dans le pansement de Lister. Ce pansement n’est qu’un procédé de la méthode antiseptique, laquelle découle de la doctrine nouvelle professée aujourd’hui sur la septicémie. Les procédés de là méthode sont nombreux : outre le pansement de Lister, il y a le pansement à l’alcool, dont M. Perrin essaye de tenter la résurrection, le pansement à l’alcool camphré, le pansement ouaté de M. Alphonse Uuérin, etc., etc. Ces divers procédés ne s’appliquent pas tous aux mêmes cas; tel pansement peut être excellent dans un cas et mauvais dans d’autres; auxquels convient de préférence tel autre procédé. 11 faut, suivant M. Verneuil, être éclectique et se guider, dans le choix des procédés, d’après les indications. Le pansement à l’alcool, préconisé
par M. Perrin et que ce chirurgien voudrait substituer au pansement de Lister, ne saurait, pas plus que ce dernier, être généralisé et appliqué à tous les cas sans exception.
Il est remarquable, suivant M. Verneuil, que le pansement de Lister a surtout été combattu à outrance par les chirurgiens qui ne l’ont jamais employé, tandis que ceux qui l’ont mis en usage avec quelque suite en sont devenus partisans déclarés et même enthousiastes. Pour lui, tout en professant pour M. Lister un profond respect et même une véritable admiration, il ne croit pas devoir adopter toutes les applications qui ont été faites du procédé du chirurgien d’Edimbourg.
Discutant les expériences de laboratoire dont M. Perrin a donné connaissance à la Société de chirurgie, M. Verneuil dit qu’il n’a pas été convaincu par ces expériences, et qu’il les trouve moins concluantes que celles qui ont été faites en grand nombre, à l’étranger, depuis quelques années. Que la pulvérisation, à la rigueur, ne soit pas absolument indispensable dans le pansement de Lister, cela est possible, mais ce n’est pas, en somme, le fond de la méthode. Qu’importe que les bactéries soient tuées ou non, puisque nous ignorons si les bactéries sont cause des effets de la septicémie, si la putréfaction est engendrée par les bactéries ou, au contraire, les bactéries par la putréfaction; si l’agent de l’intoxication est un être vivant ou un poison chimique l
Laissons les naturalistes, les chimistes et les physiologistes résoudre cette question préalable; quant à nous, chirurgiens, contentons-nous de voir cliniquement quel est le mode de pansement qui peut donner les meilleurs résultats. Au lieu d’instituer des expériences de laboratoire, M. Maurice Perrin eût peut-être mieux fait de se livrer, dans son service d’hôpital, à des essais cliniques. M. Verneuil repousse le reproche que M. Perrin a fait au pansement à l’acide phénique, d’être irritant ; rien de plus injuste, suivant lui, que ce reproche. Loin d’être irritant, le pansement phéniqué est, au contraire, un calmant de premier ordre; M. Verneuil n’en connaît pas de plus calmant ; la peau, autour des plaies sur lesquelles on l’applique, n’est jamais rouge. Contrairement à l’opinion de M. Perrin, de M. Léon Le Fort et de M. Lister lui-même, M. Verneuil soutient que le pansement phéniqué n’est pas irritant. Reste à voir à quoi tiennent ces différences d’opinion sur ce point entre les chirurgiens.
Quelles que soient les théories sur lesquelles reposent les pansements de M. Alphonse Guérin et de M. Lister, il n’en est pas moins vrai que ce sont d’excellents procédés de la méthode antiseptique, lorsqu’on les juge non d’après les théories très-probablement fausses de leurs auteurs, mais d’après les résultats. Quant au pansement à l’alcool, préconisé par M. Perrin, c’est aussi, d’après M. Verneuil, un excellent pansement. Il l’a employé pendant environ quatre ans, particulièrement pendant le siégé et la Commune, et il a pu reconnaître que ce pansement constituait un progrès énorme sur les modes de pansement antérieurs; mais, depuis, l’alcool a été dépassé par l’acide phénique.
M. Verneuil reproche au pansement, et surtout aux irrigations d’alcool pur à 90 degrés, d’être très-douloureux; même coupé avec. moitié de son poids d’eau, l’alcool exerce sur les plaies récentes une irritation douloureuse qui persiste parfois pendant une demi-journée. Loin de voir, compte M. Perrin, dans la volatilité et la diffusibililé de l’alcool, un avantage, M. Verneuil y trouve un inconvénient; car ces propriétés s’opposent à la durée de l’action antiseptique, qui importe le plus, et par là il devient de beaucoup inférieur à l’acide phénique. M. Verneuil ne trouve pas non plus'que la propriété coagulante de l’alcool, tant vantée par M. Perrin, soit un avantage; loin de là : il la considère comme un inconvénient grave, en ce qu’elle met obstacle à la détersion de la plaie, qui reste oedémateuse pendant un temps plus ou moins long et se cicatrise avec une extrême lenteur. A ce point, de vue, comme, du reste, sous tous les autres rapports, le pansement à l’alcool est inférieur au pansement de Lister, au pansesement ouaté et au pansement antiseptique ouvert; mais il a du moins le mérite d’avoir ouvert la voie au progrès. , ,
Après M. Verneuil, M. Lucàs-Championnière s’est fait, avec plus d’ardeur encore et plus d’exclusivisme, le champion du pansement de M. Lister. De son argumentation, semblable en beaucoup de points à celle de M. Verneuil, nous ne reproduirons que la partie véritablement originale et propre au chirurgien qui s’est donné la mission, accomplie avec talent, de vulgariser en France la méthode de M. Lister dans toute sa rigueur.
Suivant M. Lucas-Championnière, la doctrine de M. Pasteur semble expliquer mieux que les autres théories les accidents de la septicémie ; mais M. Lister est loin de faire jouer aux bactéries un rôle aussi considérable que celui que leur attribue M. Perrin; au contraire, M. Lister accepte que l’on peut expliquer les effets de son pansement aussi bien dans la théorie d’un poison chimique que dans la doctrine des germes de l’air. Quoi qu’il en soit, il y a lieu de faire remarquer que les meilleurs observateurs n’ont jamais pu constater, dans les plaies soumises au pansement de M. Lister, ni vibrions ni bactéries.
La pulvérisation, contre laquelle M. Perrin a principalement dirigé ses expériences de labo-
ratoire, la pulvérisation ne 'c'ônstltue pas tout le pansement de M. Lister'; elle y joué son rôle, elle en fait partie intégrante, elle le complète, voilà tout. Pour que les expériences de M. Perrin eussent quelque valeur, il eût fallu qu’il plaçât des caillots sanguins dans un vase où il eût fait couler à flots l’acide phénique.
M. Perrin a dit qu’il attachait une grande importance au terrain; c’est-à-dire à la plaie, au malade; mais M. Lister est peut-être le chirurgien qui s’est le plus inquiété du terrain pour le mettre à l’abri de l’invasion des bactéries; il ne se contente pas, comme le p t’étend M. Perrin, de s’occuper du milieu, mais encore et surtout il s’occupe du malade.
Quelque considération et quelque estime qu’il ait pour le caractère et le talent de M. Perrin, M. Lucas-Championnière ne saurait accepter les résultats des observations et des expériences de ce chirurgien relatives à la présence oq à l’absence des bactéries dans les liquides, parce que, suivant lui, ces observations et ces expériences demandent à être instituées et suivies par des hommes spéciaux ayant l’habitude de ces recherches. Il n’est pas donné à tout le monde de voir les vibrions et les bactéries; On peut se tromper sur leur nature. Les microbes ne sont pas toujours les mêmes; il y en a de bons et de mauvais. M. Lucas-Championnière considère donc comme non avenues les expériences de M. Perrin, ou du moins, suivant lui, elles n’ont pas démontré ce que leur auteur a cru avoir démontré par elles.
En ce qui concerne la partie clinique de la communication de M. Perrin, M. Lucas- Championnière dit que M. Perrin n’ayant pas expérimenté le pansement de M. Lister ne saurait le juger avec autorité et compétence. On parle de l’action irritante de l’acide phénique; rien de plus inexact. L’ acide phénique est si peu irritant qu’il pourrait même être considéré à bon droit comme un anesthésique local. M. Lucas-Championnière déclare avoir usé et abusé de la solution forte sans jamais déterminer la moindre irritation sur les tissus. Quand il se produit des érysipèles ou des érythèmes, c’est que l’acide phénique employé est impur. Le protective imaginé par M. Lister n’a d’autre, but que d’empêcher le . contact permanent de l’acide phénique avec la plaie, et de prévenir ainsi la formation des granulations qui font obstacle à la réunion immédiate.
Quant aux prétendues difficultés d’application invoquées par M. Perrin contre le pansement de M. Lister, M. Lucas-Championnière dit que, ceux qui ont expérimenté ce pansement le trouvent généralement facile à' appliquer, vu son Uniformité, lbrsqu’ils en ont pris l’habitude.
En résumé, la communication de, M. Perrin n’à, suivant M. Lucas-Championnière , rien prouvé ni contré le pansenient de M. Lister ni pour le pansement à l’alcool. Le pansement de M. Lister demeure le meilleur des pansements, tant pour le traitement des plaies d’amputation que pour les opérations d’ovariotomie et pour les plaies articulaires; mais il faut le faire suivant la méthode rigoureuse du riiaître avant de songer à faire' mieux que lui.
— M. Panas présente une malade atteinte de chute complète de l’utérus compliquée de cystocèle et de rectocèle, et qu’il a guérie de cette grave infirmité par l’opération du cloison^nement du, vagin suivant le procédé imaginé et mis en pratique pour la première fois par M. Léon Le Fort.
Dr A. Tartivel,
M. A. de l’établi s. hydrothérapique de Bellevue.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
Séance du 26 octobre 1878. — Présidence de M. Géry.
Le procès-verbal dé la dernière séance est lu et adopté.
La correspondance imprimée comprend : Le Progrès médical. — Le Journal des sagesfemmes. — L'Union, chronique, des Sociétés savantes. — Le Compte rendu des travaux de la Société de médecine, de chirurgie et de pharmacie de Toulouse, année 1878. — De l'opération césarienne el de l'amputation utèro-ovarique, méthode de M. le docteur Edouard Pero. — V Année médicale, journal de la Société de médecine de Caen et du Calvados. — Traité de l'alimentation dans ses rapports avec la physiologie, la pathologie et la thérapeutique , par le docteur J. Gyr. — De la mort subite ou très-rapide dans le diabète, par le docteur J. Cyr. — Leçons cliniques sur les maladies du foie, suivies des leçons sur les troubles fonctionnels du foie, par le docteur Charles Murchison, traduites et annotées par le docteur J. Cyr.
La correspondance manuscrite se compose d’une leflre de M. le docteur Fabre, médecin à Commentry, posant sa candidature au titre de membre correspondant.
M. de Beauvais dépose sur le bureau, au nom de M, le docteur Fabre, les publications suivantes :
1° De l’anémie, et spécialement de l’anémie chez les mineurs.
2” De la niélanodermie, et en particulier de la mélanodermie parasitaire,
3° De l’élévation de la température dans les houillères et des phénomènes qui s'y rattachent au point de vue de l'hygiène,
lx° De l’influence du travail souterrain sur la santé des tninews, '
5° De i enseignement :dç la gymnastique dans les écoles au point de vue hygiénique et médical i' >1 >ui \ V
M. Béni-Barde fait hommage à la Société de son Traité d'hydrothérapie.
M. it Président annonce à la Société la présence, k la séanéé , de M. le docteur Delote, de Lyon, membre Correspondant, et la nomination, dans l’ordre' de là Légion d’hontieîhy de deux membres titulaires, M. Ladreit de La Charrière au titre d’offièier, et M. Dieutafoy à celui de chevalier.
M. le Secrétaire général est prié de leur transmettre les félicitations de leurs collègues.
M. le docteur J. Gyr donne lecture d’un travail ayant pour titre, ; hfflWm-Â h fflyw* surie et du diabète. , ; , i; .
IJ ne commision, cçraposée dp M\l, de Beauvais, BoulQumié et, RougQQ, rapporteur,, est nommée pour l’examen de la candidature de M. J. Cyr au titre de membre titulaire.
Une autre commission, formée par MM. Gillebert Dhercourt père, Forget et de Ranse,rapporteur, est aussi nommée, à l’effet d’eXàininer la candidature de M. le docteur Fabre au titre de membre correspondant.
Le scrutin est ouvert sur l’élection de M. le docteur Daremberg, qui obtient la majorité des suffrages. En conséquence, M. Daremberg èst proclamé, par M. le Président, membre titulaire de la Société de médecine de Paris.
M. le Secrétaire général est chargé d’écrire à M. Daremberg, à Menton.
M. Hortelodp : Quand j’ai présenté, Messieurs, le 10 août dernier» À la Société, lé. rapport Sur la candidature de M. le docteur Delefosse, un de nos collègues a reproché à voire rapporteur de n’avoir point parlé des ouvrages publiés par le candidat : je viens réparer cette omission. Ces outrages sont : un Traité de chirurgie des voies urinaires, et une brochure jtiiitulée- z Proçédê'é pratiques pour l'analyse des urines. Dans le premier ouvrage sé trouvé1 üu chapitre sur l’hématurie contenant des conseils que M. Reliquet n’hésite pas à regarder comme une hérésie chirurgicale. J’ai lu ce chapitré, intitulé : De l’hématurie, et je puis fâché de dire à M. Reliquet que je partage complètement les opinions émises dans ce chapitre, car je les regardé comme de la bonne et saine chirurgie. Dans ce -paragraphe trop court, voilà son défaut, l’auteur examine les difficultés que le chirurgien rencontré pour reconnaître le point de départ du sang, puis il parle de l’hématurie accompagnant la distension de la vessie avec rétention d’urine, et, arrivant au traitement, il conseille, lorsque le malade peut pisser, de ne pas sonder.
Comme je vous l’ai dit, j’approuve la conduite conseillée par l’auteur, et je me permettrai de vous dire que notre savant confrère, M, le professeur Guyon, donne les mômes conseils dans ses cours, et que, en outre, un chirurgien étranger, dont personne ne pourra contester le mérite, Thompson, est tout à fait de cet avis. Voici ce qu’il dit : « Quant à la sonde, laissez - « la de côté, si vous pouvez vous en passer. Il y a des personnes qui se.fpnt un épouvantai « de l’existence d’un volumineux caillot dans la vessie, et je sais des chirurgiens qui n’ont pas « reculé devant uûe cystotomie Süs-pubienne, dans le seul btit d’évacuer un cpagülum san- « güin. Vous aurez bien soin de laisser ce caillot; l’action continue de l’Urine le liquéfiera et « l’expulsera peu à peu. »
M. Reliquet : Je dois faire remarquer à M. le rapporteur que j’ai pris la parole, dans une des précédentes séance?, sur, la partie scientifique de son précédent rapport; je n’ai discuté que les opinions émises et soutenues ,par lui, U me semble, quant aux assertions que notre qpllôgue vient d’émettre à propos de l’hématurie, qu’il a perdu le souvenir de ce qui est réellement éprit dans ce chapitre : le diagnostic de l'hématurie et de la cause de l’hématurie se trouve énoncé simplement comme affaire d’intuition, de concordance de symptômes, ej, non de diagnostic bien établi. Dans les cas d’hémàturie, ce qu’il y a de mieux à faire, dit-on, c’est d éviter de sonder les malades, et mieux encôre, de ne rien faire du tout; dans les cas maturie suite de rétention, il vaut mieux aussi n’employer aucun traitement; ce qu’il y à de
mieux à faire est de ne rien faire. * , v
Je considère le conseil de l’abstention dans l’hématurie comrtie trop absolu et susceptible
de conduire, à ane pratique dangereuse. Notre collègue M. Mercier, dont je partage l'opinion, a signalé dans ses ouvrages et dans son enseignement, comme moi dans mes leçons sur les hémorrhagies des voies urinaires, les inconvénients et les dangers qu’offrait la présence de caillots dans la vessie. J’ai eu le soin de distinguer les hémorrhagies sans caillots et {^ hémorrhagies avec caillots. Dans les premières, le sang est parfaitement mélangé à l’urine, il n’y a point de trouble de miction provoqué par le sang; dans les secondes , au contraire, la caractéristique est l’existence de caillots denses et assez volumineux dans la vessie; ces caillots excitent la contractilité vésicale; ces contractions mettent en, jeu l’excitabilité de parties plus ou moins éloignées, parois vésicales, pourtour du col, reins, uretères; elles déterminent de grandes souffrances et augmentent l’hémorrhagie. Or, on évacuant le sang quand il est épanché, on s’oppose à la formation des caillots, on soustrait la vessie aux contractions qu’ils réveillent, et l’on place le malade dans de bien meilleures conditions. Je ne puis donc admettre ce précepte que, ce qu’il y a de mieux à faire, est de ne rien faire,
M. MEfftitM t II est incontestable qu’ri faut' évacuer la vessie, "quand lé sang s’y trouve accumulé et amëhe ddâ!trôdhles dtins la miction? j’agis dans ce sens et je suis d’accord avec M. Reliquet; éviter la formation des caillots, aider à leur évacuation est, à mon sens, la meilleure: manière de faire diminuer l’hémorrhagie, de la faire cesser, pu évitant au patient souffrance et danger.
M. Hortuloüp : Le praticien choisit la manière de faire qui lqi.epm)?le da meilleure; nous avons pour nous l’avis de Thompson* et pas plus que lui nou? ne redoutons la . présence de caSllots même volumineux dans la vessie.
M. Forget : La discussion actuelle soulève un point de pràtique chirurgicale sur lequel il imporifn; d’être Jflxémsi) M - enp munil-rk! un s ri i ü<d:- ■•uav, M '
Deux opinions contraires sont en présence : l’une veut que, dans l’hématurie, on ait recours au cattiétérisme, afin, dévider l^ yessie,; l’être, .prescrit 4$, s’en abstçnir, ,tl est évident qu’il doit y, avoir là un malentendu qui cessera, si on veut bien établir une distinction entré les cas d’hématurie que visent l’une et l’autre de ces deux opinions.
Lorsque l’écoulement du sang est abondant, qu’il constitue une véritable hémorrhagie, sans doute il peut être utile de vider la vessie, afin de pouvoir s’attaquer directement à la source de l’hémorrhagie par des injections appropriées. Dans le cas, au contraire, où le sang en quantité moindre, se mêle aux uri^e^et esfentrâiné au dehors par la miction, faudra-t-il agir fde même? A ce propos, voici un'fâit récent qui M’encadre bien dans la discüsfeion actuelle.
M; X..., homme de lettres éminent, fut pris, il f a' um mois, d’hématurie, trois jours après une Chute qü’il fit sur ies rèins en dësôfeiidanf un esMiér. Sans avoir préalablement ressenti rien de particulier dans la région rénale, il s’aperçut un matin,1 après "avoir uriné, que le liquide rendu était fortement rougi par du sangübllæn recueillit dans unè éprouvette qu’il soumit à môfi’èxàmén.- L’urine, dans les deux tiers de l’éprouvette, est claire, transparente; le- tiers inférienr' est- rempli par- un caillot. -assez consistant. Pendant plusieurs jours, M. X,.. continua à pisser du sang mêlé aux: urinps; le djxième jour, il ressentit un peu de ténesme vésical, et les besoins d’uriner se manifestaient chaque quart d’heure. Le traitement que j’avais conseillé, consistait simplement en une tisane de bourgeons de sapin du Nord avec sirop de térêbenthffie, priée trôi¥ 'tasses’ dâùs la 'j^ifrùéeV' Lë'téàésmè’ vësfcàl - me' donna à penser qu’un calcul ,de petit volume pouyait .exister dans la yqssjp, d’autant que, quelques année® auparavant, M.iXr.. en .avait expulsé- un dan.s dç semblables conations.
Avdnfcidjôxplorer la vessie, je me décidai.; à. attendra èt.bjqn m’en prit, puisque, au bout de huit jou!rs,'>le ténesme, le besoin fréquent d’uriper et la sangmnolençe des urines avaient complètement disparu, M^.X.^est revenu ji ses habitudes tpbt à fait normales, ; ,
Dans les cas d’hématurie semblables à ceLui-çi, je crois qu’il n’y a aucune indication de recourir au cathétérisme, qui n’est pas toujours inoffensif.
M. Mercier : Quand le sang est mêlé à Purina,- que le liquide s’écoule facilement, qu’il n’y a pas de troubles sérieux dans l’acte de la miction, il n’y a pas lieu de sonder, c’est l’avis que j’ai (émis dès le début ; mais quand c’egt du sang pur qui ne sort pas librement, il. faut évacuer la vessie pour éviter la formation des caillots; s’il y a des caillots formés, j’emploie une grosse sonde, car la présence des caillots est une cause de souffrances et de recrudescence de l’hématurie. . .
M. le Président met aux voix les eouclyaipos de*M. le rapporteur, demandant que M. le» docteur Delefosse soit inscrit snr la liste des candidats au titre de membre titulaire. Ces conclusions sont adoptées; le vote pour l’élection sera mis à l’ordre du jour de la prochaine séance. ' Mr.ATJiiw.Au an aj.,* sàiran iwuimiir.mn/.
M. de Beaüvàis présente une observation qu’il considère comme confirmative de la proposition émise dans une précédente séance par M. Duroziez, à savoir : que l’action de la digitale sur la diminution des battements du pouls continuait encore un certain temps après que l’administration du médicament avait été suspendu. Chez un malade de l’infirmerie de Mazas, atteint d’une affection organique grave du cœur, le pouls marquait 70 pulsations. La teinture de digitale est administrée jusqu’à la dose d’un gramme pendant vingt-cinq jours. Il y a cinquante-quatre jours que le médicament est supprimé, et le pouls, qui était descendu jusqu’à 38! pulsations, a remonté successivement à 44, 46, 50, et reste encore aujourd’hui à 56 pulsations.
M. Duroziez : Notre collègue a administré la digitale après une seule constatation du pouls, qui était à 70 pulsations. Je pense qu’il faut toujours avoir soin d’observer le patient pendant une huitaine de' jours, sans aucune médication, d’étudier ainsi les variations que peut présenter le pouls, de manière à avoir un bon point de départ avant l’administration de la digitale* Un gramme de teinture de digitale est une dose un peu élevée; il ne faut point oublier qu’un gramme de teinture en poids n’est point représenté par 20 gouttes, mais bien par 60 à 65 gouttes.
M. Gillebert Dhercoürt fils : C’est aussi à cette évaluation que m’ont conduit mes recherches.
M. Camüset : Je demanderai à M. Duroziez, quelle lésion cardiaque on peut supposer chez une personne dont le pouls ne donne que 32 pulsations. Une dame petite, mais grasse, trèsgrasse pour mieux dire, s’est présentée à moi pour être opérée d’une cataracte ; elle avait le pouls à 32; l’opération a parfaitement réussi, sans accidents intercurrents.
M. Blondeau : Cette dame était très-grasse, il est probable que M. Camuset a eu affaire à un cœur gras.
M. Duroziez : Pour bien apprécier la vitesse ou la lenteur du pouls, on ne doit pas se contenter de l'exploration de la radiale seule. Ainsi, sous l’influence de la digitale ou de certaines affections du cœur, l’ondée sanguine arrive diminuée ou affaiblie aux extrémités. Il est nécessaire d’explorer en même temps les artères plus rapprochées du centre circulatoire, la carotide ou autre artère; compter même les mouvements du cœur, d’autant qu’un des effets de la digitale est de produire le pouls dit géminé, c’est-à-dire celui qui offre une pulsation forte et une pulsation filiforme qui peut passer inaperçue.
M. de Beauvais : Je répondrai à notre collègue que j’ai constaté la lenteur du pouls dont j’ai parlé, en étudiant avec soin les mouvements du cœur, comparativement avec les pulsations des deux artères radiales.
— La séance est levée à cinq heures et demie.
Le secrétaire annuel, Dr J. RQüGON.
FORMULAIRE
Des bains d’air comprimé dans la coqueluche. — Moutard-Martin.
Le bain d’air comprimé agit efficacement à toutes les périodes de la coqueluche. Parfois les quintes de toux diminuent des quatre cinquièmes en deux jours. Chez trois malades de 7, 12 et 1 h ans, l’auteur a employé l’air comprimé dès le début, et il a constaté que la coqueluche avait été bénigne et de courte durée. Il compare les effets du bain d’air à ceùx du changement de milieu à la fin de la coqueluche. — M. Féréol a également remarqué que le bain d’air comprimé diminue le nombre des quintes et abrège la durée de la maladie. — N. G.
Epliémérides médicales. — il Mars 1844.
Mort de Jean Mirabeau, docteur en médecine, chirurgien-adjoint des Quinze-Vingts, chirurgien de l’Institution des jeunes aveugles, médecin de la raffinerie des poudres et salpêtre. Ce vaillant homme était né à Montpont (Dordogne), le 11 novembre 1793.
COURRIER
Administration générale de l’Assistance publique a Paris. — Bureaux de bienfaisance. Personnel médical. — En exécution de l’arrêté préfectoral du 15 février 1879,
approuvé le 20 du même mois par M. le ministre de l’intérieur, qui règle le mode de recrutement du personnel médical attaché au service du traitement à domicile, le directeur de l’administration générale de l’Assistance publique a l’honneur d’informer MM. les médecins domiciliés à Paris que, le dimanche 23 mars 1879, il sera procédé, dans une des salles de la mairie de chaque arrondissement, à l’élection des médecins pour le service des secours à domicile.
Le scrutin sera ouvert à midi et fermé à quatre heures
Sont électeurs tous les médecins exerçant leur profession dans l’arrondissement et y résidant depuis un an au moins.
La liste des électeurs sera ouverte à la mairie à partir du 9 mars et sera Glose le i9 du même mois, à qnatre heures.
Les candidats devront se faire inscrire à la mairie jusqu’au samedi 22 mars, avant quatre heures, en justifiant qu’ils sont Français, âgés de vingt-cinq ans, munis d’un diplômé les autorisant à exercer la médecine, et domiciliés dans l’arrondissement.
Cette dernière condition pourra être remplacée par rengagement de venir ÿ résider én cas de nomination.
L’inscription étant une déclaration préalable de candidature, récépissé en sera donné àu médecin candidat.
L’arrêté préfectoral mentionné ci-dessus sera mis à la disposition de MM. les médecins lorsqu’ils se présenteront à la mairie pour requérir leur inscription suif la liste électorale.
Paris, le 8 mars 1879.
Michel Môring.
Faculté de médecine de Paris. — M. Dupré, préparateur à la Faculté des sciences de Nancy, est nommé préparateur de chimie médicale à la Faculté de médecine de Paris, en remplacement de M. Henninger, démissionnaire.
— M. Dareste de la Chavanne, docteur ès sciences et docteur en médecine, professeur à la Faculté des sciences de Lille, est autorisé à faire un cours d’embryogénie à l’École pratique de la Faculté de médecine de Paris, pendant Tannée scolaire 1878-1879.
Faculté de médecine de Lille. — M. Batteur (Georges-Albert), bachelier ès sciences, est nommé aide-préparateur des travaux chimiques et pharmaceutiques à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lille, en remplacement de M. Delahaye, dont le temps d’exercice est expiré.
— M. Caudrelier (Joseph- Antoine), hé à Louvignies (Nord) le 20 novembre 1855, bachelier ès lettres et ès sciences, est nommé aide- préparateur d’anatomie à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lille, en remplacement de M. Breynaert, dont le temps d’exercice est expiré.
M. Chotin (Léopold-Louis-Désiré- Joseph), né à Fournes (Nord) le 18 juin 1855, bachelier ès lettres et ès sciepces, est nommé aide-préparateur d’anatomie à la Faculté mixte de médecine et <Je pharmacie de Lille, en remplacement, de M. Dubar, dont le temps d’exercice est expiré.
— M. Lescœur, doctéur en médecine; .licencé ès sciences mathématiques, licencié ès sciences physiques, pharmacien de lre classe, est nommé professeur de chimie médicale à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lille.
— M. Puel, agrégé près la Faculté de médecine de Lille, est nommé maître de conférences de chirurgie et d’accouchements à ladite Faculté, pendant Tannée scolaire 1878-79.
Faculté de médecine de Lyon. — M. Pollosson (Auguste-Ennemond), né à BourgOin (Isère) le 28 décembre 1859, est nommé aide d’anatomie à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lyon, en remplacement de M. Gangolphe, dont le temps d’exercice est expiré.
— M. Combaud (Etienne), né le 26 mai 185A à Vienne (Isère), est chargé, pendant un an, des fonctions de préparateur de pharmacie à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lyon, en remplacement de M. Jacquin, dont le temps d’exercice est expiré.
— M. Bonnet (Louis-Eugène), préparateur de clinique médicale à la Faculté de médecine de Lyon, est nommé préparateur du cours d’anatomie pathologique à ladite Faculté, en remplacement de M. Audibert, démissionnaire.
— Sont chargés des fonctions de préparateur à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lyon, pendant Tannée scolaire 1878-79 :
MM. Jacquemaire, physique ;
ââbàtiél4, iôolôgle et atlfitômie 1 ' ®jàr6l, rtbàtottîife géhéralè et histologlëv 1 t'inôsèler, chimie médicale et pharmaceutique j 801 Kppp, matière médicale et botanique.
— k dément’ agrégé près ïa Faculté iriixlé ée médecine el de pharmacie. de Lyon, èst chargé du cours de médecine légale à ladite Faculté pendant l’année scolaire 187^,79.
FActlWB h» MôhEcmE de BOroéaox. ^ Mi ' le docteur Denucé, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine de Bordeaux, est nommé,, pour cinq ans^ doyen de lfidité Facilité, 'en remplacement de Mj : le docteur Gintrac, décédé.
o-ftèuREft'F$ en Russie. t ^fr^rsbourç, 8 mardi . 1 . 1 . t,!
L b-M^'sager du gouvernement publie trois dépêches du professeur Eichwald.
« La première est datée dq Yiasovka, le 3 piars,' et porte quei:I*ètat sanitaire de tbute la contrée au* nord- de Starïtzkoié est., excellent; ^’il tfy a eu. aucun cas de typhus dans Téi derniers mois ; que la petite Vérole sévit, il est vrai,1 mais’ faiblement
« llfly(,^eu deux.,dépès ii .K,ainennyar, mais ils .n’ont .pas été caus,és par la'péstê. C^ëSt çpioi les' professeurs EicnWa et Hirsch proposent 'de supprithèr1 lécoràWdé kamétinÿdr. y^^Dpns .le de^er. téléjgpnix^; oui est daté ^ Tchornigar le 5 mars, il est dit :qtfé MM. Eiçliwald, et .Hirsch, soptcoiiyatncus’ que, j lplfs de la’ peste ôH’éjitale de Sîdritzkôié, au mois * aê décembre dè ranneë'aèrnieré',' il ÿ a éü' sejtt dé'cês bahsésJ|i|ir la peste ditë^sH'i sidérons, mais qu’ü n’a-pas pu être question de la peste des Indes.1 1 ’ : *'
« La troisième dépêche, expédiée de Nikolskoié le 6, constate qu’il y a eu dans cette Idéalité' üh'CâS'de'heste orientât®!, mais que de cas Savait, aucun rapport: avec, d’épidémie; de Vétliaiika.
« Par suite des mesures qui ont été prises,' toute inquiétude a disp&ruen ce qui conceme Nikolskoié et Htaritzkoié. ;
,.p Miqle docteur Bnigireffi est chargé ddxaipiner l’épidémie de* Pricîdbinsjcoié.
« Les professeurs Hirsch et Ejchwald se i;epdent directement à :>retlianka. !
« Le général Loris-Mélikoff ajoute que dans les districts de Tchernoigar et Yénotaieff (gouvèfHëfHêtU d’ÂéH^kèiri^ 4tiLdM üttê'popùlatioh de 118,000 habitants, il n’y a pas eu plus de Sdocaéde^bri "depuis l:é iHôiB ^octobre; 'époque où a1 commencé l’épidémie, jusqu’au 7 fêW4, daté du dërniër décès. i™-.< tfriqfn-n nu .■■■■■h.t "h ;-j <>:, j- ooi-wMai
« Tl est certain que le choléra, la diphthérie, la petite vérole et le typhus 'font d’ordinaire: bêalucdup phïs de i victimes. Oü peut dire actuellement que l’épidémie est iBrm.iftéêüjcaL il est prouvé que l’isolement des malades empêche entièrement l’extension de la maladie.
; a Lês' -populations ; peuvent donc; être complètement rassurées et . repgepdrf te»™
Société médicale des hôpitaux (3, rue de l’Abbaye, à 3 heures 1 /2 préëïïe.éj. ^'La Société se réunira le vendredi ld mars 1879. .. iinej.-hinqoo.t) niloiiD M
"Or'kiïttytt’ÿbêr- : iLyttiphiâttgite ' pulriiohaîre ëüdpdréÿ' chez lin gdUtteüX, obsèrvàtiôii- par M. 1 ttëfhàâbfilüB; — ’ÀïMtimïè dti 1 péfnphi^frs* (à'üite)y $afr :M. ^idaL'h-' Nété sbr' UÉ étts’de dilatation des bronches par obstruction d’une bronche principale et accumulation de produits d«! sécrétloa;‘ tectllhè' f ar Mt Fêirandd'au nom de M. lerdoctèur Desplats;
A hÜaHé heures trois quarts ; Wi$jpt*frtsiesi réunioh ptiur de choix de la place vacante h l’hôpital de la Charité, et pour les mutations à intervenir.
Société médicale1 déS BbRÉAuX' de bienfaisance. ~;ta Soeiètë médicale désBùréauxde bienfaisancè tiéndéa sa prochaine séahèe mercredi 13 mai-s, à huit heures précises du feoiry k Xachninistration d,e . f ,
Ordre dujounV Constitution médjpale du .çgpjs.^lvr^r; poliçlmiqilé, ^'ai'i^lecaou appliquée .aux. médecins des Bureaux de bienfaisance,,^ 3°. M. H, Bergpr/m i.'fraitémepj de J % diphthérite par les inhalations fluorhydriques. — t? MM.Bernïer et Passant : Ôb&érvàtion
$fclWWiftaaq r. . . .. ;y ,
x HÔpiTAt Saint-Antoine. -*• M. le docteur. Cqrnil, médecin de • .ifor-av
dans cet hôpital, des conférences sur l’anatomie palhplpgique *et ;la çlipique, les lpndis et les mercredis, a partir dp lundi 17 mars* — Visite $e/3. malades à 8 hépre,s 1/2. Leçon h 9 heures.
Le numéro de ce jour contient un Supplément de huit pages . ,
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Paris. — Typographie Feux M*lteste et Cfi, me des Deux -Pd't^-éaint-SHlveiir,1^/