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GUÉRISON D’UN MALADE ATTEINT D'UN HOQUET DEPUIS DEUX ANNÉES

Par le docteur E. Barré.

Le 6 novembre 1878, je fus consulté par le nommé V. B..., employé de Banque et demeurant place Pigalle, n* 20. Cet homme, âgé de 45 ans, d’un tempérament nerveux, impressionnable à l’excès, me raconta que, le 29 janvier 1876, il perdit une petite fille atteinte de méningite tuberculeuse. L’émotion ressentie par lui fut telle qu’il fut pris d’un hoquet continuel et insupportable. Bien que fort gêné par ces accès fréquemment répétés, la peine qu’il avait de la mort de son enfant les lui fit négliger pendant une quinzaine de jours. Au bout de ce temps, voyant que les petits moyens employés et conseillés par tout le monde ne pouvaient arrêter ces spasmes ennuyeux, il se décida à consulter un médecin.

Celui-ci prescrivit les perles d’éther et le bromure de potassium ; au bout de quelques jours de ce traitement, il obtint une amélioration sensible. Son médecin lui ayant conseillé

sance, si on m’indiquait en même temps un moyen d’exécution facile, présentant des garanties sérieuses de bons résultats, n’impliquant pas de grandes dépenses, et tenant très-judicieusement compte de ces trois éléments indispensables de tout concours :

Le candidat, — les épreuves,— le juge.

Pour celte question toute nouvelle, il serait exigeant de demander au Conseil municipal de Paris et aussi à l’administration de l’Assistance publique un projet sérieusement et mûrement étudié de nomination, par voie de concours, aux fonctions de médecin du Bureau de bienfaisance. Laissons à ces deux institutions le temps nécessaire à l’élucubration d’un pareil sujet. Mais on ne saurait, sans injustice, leur refuser le mérite d’être entrés dans une voie de progrès, et d’avoir substitué au mode de nomination directe le mode d’élection. Le reste viendra plus tard. Tout médecin qui a su, par expérience directe ou indirecte, comment se faisaient jusqu’ici les nominations à ces fonctions, ne pourra s’empêcher de reconnaître que « la brigue et l’intrigue » ont leurs entrées plus faciles dans le cabinet d’un maire et des adjoints, que dans un college électoral composé d’un nombre considérable de confrères.

Voyez-voUs, mes chers lecteurs, moi qui ai sur le plus grand nombre de vous le triste privilège de l’âge et de l’expérience, je n’ai qu’une crainte : c’est que le Corps médical de Paris qui, sans l’avoir sollicité, vient d’obtenir un acte spontané de libéralisme de la part de l’édilité parisienne et de l’Assistance publique, ne se montre pas suffisamment empressé à së rendre au scrutin.

Qui vivra verra. Personne plus que moi ne désire se tromper sur ce point.

Pr Simpuce,

de le continuer, il le suivit ponctuellement pendant les mois de février, mars et avril, sans toutefois parvenir à faire cesser complètement ses accès. Au commmencement de mai, le hoquet reprit une nouvelle intensité et dura six semaines environ, malgré l’augmentation des doses de la potion bromurée, des perles d’éther, et malgré l’injection sous-cutanée de quelques gouttes de morphine. Vers le milieu de juin, on lui conseilla de consulter un autre médecin, qui lui fit cesser le bromure et lui conseilla de faire usage, outre les perles d’éther, de pilules de valérianate de zinc. Sous l’influence de cette nouvelle médication, les spasmes diminuèrent encore d’intensité, mais ne disparurent pas complètement.

« Il ne se passait pas de jour, me disait-il, sans que j’eusse un accès toutes les deux ou « trois heures. Lorsque je buvais, j’en avais beaucoup moins, mais je ne pouvais pas toujours « boire! »

Ce traitement le conduisit ainsi vers le milieu de décembre. Ennuyé de faire des remèdes inutiles, il suivit le conseil d’un herboriste, qui lui conseilla l’hydrothérapie et la tisane de petite centaurée (?). Il se fit régulièrement administrer des douches jusqu’au commencement d’avril 1879. « Mon mal, dit-il ne diminua ni n’empira. »

Résolu d’en finir, il se rendit à la consultation de l’hôpital Lariboisière, où on lui conseilla de prendre des pilules d’extrait de belladone et de jusquiame, plus une potion antispasmodique à boire par cuillerées au moment des accès. Le résultat ne'fut pas meilleur.

Fatigué de tout, il était arrivé au mois de juillet, toujours avec son éternel hoquet. Sa santé générale s’en ressentait ; il mangeait peu, maigrissait et se sentait en proie à la plus vive tristesse. Il cessa tout traitement et refusa pendant quelque temps de faire quoi que ce soit, malgré les pressantes sollicitations de sa femme.

Le 6 novembre 1878, il vint me consulter et je fus, je l’avoue, fort embarrassé. Je ne savais que prescrire, après tout ce que mes honorables confrères avaient ordonné, et que je n’eusse peut-être pas pensé, en premier lieu, à conseiller comme eux. Il remarqua néanmoins que personne n’avait eut recours au chloroforme, et je prescrivis la formule qui avait si bien réussi au docteur Marage dans un cas presque semblable :

Huile d’amandes douces .

Sirop diacode .

Sirop de menthe poivrée.

Chloroforme . , .

Cuillerée à café toutes les trois heures.

Je dois dire que j’échouai de la façon la plus complète. Voyant que rien ne réussissait et que le malade se désolait de plus en plus, j’essayai de la médication tonique : quinquina ; pilules composées de tartrate ferrico-potassique, de poudres de valériane et d’asa fœlida, 6 pilules chaque jour.

M. B... suivit ce traitement jusqu’au 11 janvier dernier. Le 12 janvier, il vint me trouver, plus découragé que jamais; je l’étais autant que lui, et ne savais, en vérité, que faire! J’essayai séance tenante la compression épigastrique, mais le terrible hoquet n’en persista pas moins.

Il y avait à ce moment, sur mon bureau, une sonde œsophagienne ; je la pris machinalement, et sans me rendre compte de ce que j’allais faire, je l’introduisis dans la gorge de cet homme. Il tomba subitement en syncope. Je retirai vivement la sonde et m’empressai de le faire revenir à lui. Il s’en alla, et j’en étais à me reprocher d’avoir employé un tel moyen, lorsque le surlendemain, 1 A janvier, je vis mon malade arriver tout joyeux et me dire que, depuis l’introduction de la sonde, il n’avait eu que trois faibles accès de hoquet, ce qui ne lui était pas arrivé depuis deux ans.

Je lui proposai une nouvelle introduction de cette sonde, ce qu’il accepta de suite; il supporta bravement celte petite opération. Je laissai la sonde en place quelques secondes seulement et la retirai, sans qu’il éprouvât la syncope de l’avant-veille. Il retourna chez lui et vint me dire, trois jours après, qu’il n’avait plus rien éprouvé. Nous sommes au 20 février, et, depuis cette époque (trente-sept jours), il n’a pas eu un seul accès; sa gaieté est revenue, il mange avec appétit, et tout fait présager que ses spasmes douloureux ne reviendront plus. En tout cas, je m’empresserais d’avoir recours de nouveau à la sonde œsophagienne.

) Je me suis demandé si ce fait isolé valait la peine d’être publié; j’aurais voulu l’appuyer de quelques autres cas de hoquet guéris de cette façon. Malheureusement je n’ai que l’histoire de cet homme. J’ai cru devoir néanmoins la signaler, et cela parce qu’il est assez rare qu’un hoquet ait pu résister, pendant deux années, à toutes les médications antispasmodiques possibles. Bordeu et Rostap ont réussi, au

60 grammes.

moyen de la compression épigastrique, à faire cesser un hoquet très-rebelle ; fort de leur exemple, j’essayai le même procédé, qui échoua chez mon malade.

Mais comment les accès se sont-ils brusquement arrêtés à la suite de l’introduction de la sonde œsophagienne? Je ne peux l’expliquer que par l’action toute mécanique de l'obstacle, si prompt qu’il ait été, apporté aux contractions spasmodiques de la glotte. Ce qui tendrait à démontrer que les contractions du diaphragme ne sont pas les seules qu’il faille neutraliser en cette circonstance.

MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE

Des corps étrangers du rectum, leurs migrations dans l’intestin et leur histoire, par M. le docteur Camille Gérard. Paris, Ad. Delahaye ; 1878.

L’intéressante communication faite par M. le docteur Studsgaard, de Copenhague, à la Société de chirurgie, le 25 septembre dernier, et relative à un corps étranger du rectum extrait par la laparo-enlérotomie, a servi de point de départ à ce travail. L’auteur a recueilli dans la littérature médicale 3 h cas de corps étrangers introduits dans le rectum par l’anus; il a étudié ensuite la manière dont ils s’y étaient comportés, les accidents qu’ils avaient provoqués, les opérations qu’ils avaient nécessitées, et en a tiré les conclusions suivantes :

1° Selon toute vraisemblance, un corps étranger conique introduit dans le rectum par sa petite extrémité remontera dans l’S iliaque, et peut-être dans le côlon transverse ; au contraire, il restera dans le rectum, d’où il sera expulsé facilement, s’il a été introduit par son extrémité la plus large.

2* La longueur des corps étrangers ne paraît pas avoir d’influence sur leur marche dans l’intestin.

3° La circonférence d’un corps étranger, lorsqu’elle est supérieure à 18 centira., interdit à cet objet le passage dans l’S iliaque, mais elle ne favorise nullement ce passage quand elle est inférieure à cette limite.

lx° Le séjour prolongé d’un corps étranger dans le rectum peut déterminer des contractions intestinales d’une puissance extraordinaire, capables de faire passer le corps étranger dans l’S iliaque, même avec surdistension du calibre de cet intestin.

Cette explication du passage des corps étrangers du rectum dans l’S iliaque constitue la partie la plus originale, sinon la meilleure, de la thèse soutenue par M. Gérard.

L’auteur signale ensuite les accidents causés par la présence prolongée du corps étranger dans le rectum ou l’S iliaque : redite aiguë ou chronique, phlegmon péri-redal, péritonite par gangrène ou par propagation, et la gravité du pronostic de ces complications.

Avant l’apparition de ces accidents, il est prudent de s’abstenir de toute intervention; après, il faut tenter l’extraction du corps étranger par la voie naturelle, agrandir au besoin l’ouverture anale par la rectotomie linéaire postérieure et la résection du coccyx; enfin, en présence d’un corps étranger complètement engagé dans les portions supérieures du gros intestin, et déterminant des accidents d’obstruction, il faut pratiquer immédiatement la laparoentérotomie si la température est inférieure ou à peu près égale à la normale, mais s’abstenir de toute opération si la température est notablement plus élevée que la normale.

La thèse de M. Gérard est certainement une des bonnes monographies présentées en 1878 à la Faculté de Paris. H. Petit.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séanse solennelle du lo mars 1879. — Présidence de M. Fizeaü.

L’Académie a distribué les prix suivants ;

Une somme de 6,000 francs à M. l’ingénieur Perroy, pour un appareil distillatoire propre à fournir de l’eau potable aux équipages des navires en marche.

Le prix Lalande (astronomie) à M. Stanislas Meunier, pour ses Études sur les météorites (géologie sidérale),

Chimie. — Prix Jecker, à M. Reboul.

Botanique. — Prix Barbier, à M. Tanret, pharmacien à Troyes, pour un mémoire intitulé; grenadier nine’ a ca,oïde de l’erg°t de seigle, et sur la Pelletierine, alcaloïde de l’écorce de

Deux encouragements de 600 francs chacup sont accordés è M. Cauvet, pharmacien prlnci-

pal de l’armée, pour ses Nouveaux éléments d’histoire naturelle médicale; — et à M. E. Heckel, ancien professeur à l’Ecole de pharmacie de Nancy, pour diverses publications.

Prix Desmazières, à M. le docteur Bornet, pour son livre intitulé : Éludes phycologiques, analysés d’algues marines.

Prix Thore, à M. Ardissone, professeur à l’École d’agriculture de Milan, pour son Étude des algues marines du groupe des Floridées.

Médecine et chirurgie. — Prix Montyon : 1° A M. François Franck , pour ses Recherches sur la physiologie pathologique : Des troubles fonctionnels et des lésions valvulàirès ; des anévrysmes de la crosse de l’aorte et des troncs qui en émanent; des accidents produits par les épanchements du péricarde ; de la persistance du canal artériel ; des accidents cardiaques produits par la commotion et la compression du cerveau ; des intermittences du pouls.

2° A M. Hayem, pour ses Recherches sur l’anatomie normale et pathologique du sang; — Recherches sur l’anatomie pathologique des atrophies musculaires.

3° A MM. Key et Retzius, pour leurs Études sur l’anatomie du système nerveux.

Mentions honorables : 1* A M. le docteur Béranger-Féraud , pour lés ouvrages intitulés : Traité clinique des maladies des Européens au Sénégal ; — Traité de la fièvre bilieuse inflammatoire aux Antilles et dans l’Amérique tropicale.

2° A M. le docteur Favre, de Lyon, pour ses Recherches, travaux statistiques et documents sur le daltonisme.

3“ A M, le docteur Albert Robin, pour son Essai d’urologie clinique : la fièvre typhoïde.

Citations : A. Proust, Traité d’hygiène publique et privée.

H. Toussaint, De l’intervention des puissances respiratoires dans les actès mécaniques, de la digestion.

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