Tome XXVII. — Troisième série.. fiO
Des montagnes de l’Auvergne aux cimes des Pyrénées, en passant par l’Aude et l’Aveyron, la nature semble avoir accumulé comme à plaisir et à profusion les sources minérales de toute température, de toute composition, de toutes propriétés thérapeutiques ; rien au monde de comparable à cette richesse hydrologique. Eh bien, ce sont ces trésors que Dieu a prodigués dans ces heureuses contrées qu’il s’agit d’utiliser pour l’enseignement.
Usez de toute votre influence, Monsieur l’inspecteur général, pour doter la Faculté de médecine de Toulouse de cet enseignement nouveau et d’une utilité incontestable. Nulle autre part ailleurs vous ne trouverez ainsi, réunis tous les éléments de cet enseignement. Condition heureuse et que vous ne rencontrerez qu’à Toulouse : il y existe un magnifique laboratoire spécialement et richement outillé pour les recherches d’hydrologie, laboratoire qui n’a certainement pas d’analogue en France, et à l’édification duquel un jeune et méritant savant, M. le docteur Félix Garrigou, a consacré presque toute sa fortune. Si le laboratoire est déjà tout fait, tout trouvé, le choix du professeùr pour cet enseignement nouveau ne serait pas plus difficile, et il serait temps de récompenser le laborieux et zélé confrère que je viens de nommer, et qui, depuis trop d’années, lutte avec courage contre des oppositions injustes et cruelles; il serait temps, dis-je, de l’encourager en lui confiant cet enseignement nouveau, qu’il serait si apte à remplir, lui qui, ainsi que le faisait remarquer M. Pi doux à l’Académie de médecine, réunit la science du praticien, du géologue et du chimiste.
Au demeurant, chaire nouvelle, enseignement nouveau. M. le ministre de l’instruction publique aurait tous les droits possibles d’ouvrir un concours. Voilà, certes, qui serait d’un bon exemple; et qui pourrait se plaindre de cette mesure?
La nomination des vingt-deux professeurs des chaires magistrales est entièrement laissée au choix de M. le ministre de l’instruction publique. Qui le guidera dans ses déterminations? Évidemment, vous serez consulté, Monsieur l’inspecteur général, et je vous plains. De quelles sollicitations allez-vous être obsédé! Vingtdeux places de professeurs titulaires à donner, quelle curée! Fera-t-on à Toulouse ce que l’on a fait ailleurs, c’est-à-dire, touchant le moins possible aux positions acquises, conservera-t-on dans leurs chaires respectives la plupart des professeurs actuels de l’École préparatoire? Il y a trop d’années que j’ai quitté ma chère ville natale pour qu’il me soit possible de vous renseigner utilement sur le bien ou mal fondé de cette mesure. Des générations de professeurs se sont succédé dans
Ce vœu a été exaucé et dépassé mille fois. C’est ce que je voudrais pouvoir dire aujourd’hui.
M. le directeur de l’Observatoire, usant de générosité envers un critique qu’il pouvait croire prévenu ou hostile, m’a fqit l’honneur de m’adresser une carte d’invitation, — je dis bien cette fois, — à la soirée donnée par lui un de ces derniers vendredis. Je n’avais garde d’y manquer, et - je suis vraiment embarrassé pour faire de cette réception tous les éloges qu’elle mérite.
D’abord, elle commença de bonne heure, c’est un grand point. Dès neuf heures, une file interminable de voitures se dirigeait vers l’édifice, brillamment illuminé. Entouré d’un cordon de gaz et surmonté de deux feux puissants, l’Observatoire ressemblait de loin, sur les hauteurs du Luxembourg et à travers les arbres du jardin, à une nouvelle constellation. Les invités, exacts au rendez-vous, se pressaient dans les salons, élégamment décorés et garnis de plantes vertes. Des banquettes parallèlement disposées dans la grande galerie avaient été réservées aux dames, que j’éviterai avec le plus grand soin de comparer à des fleurs, bien qu’elles fussent réunies comme en un parterre. Je ne voudrais pour rien au monde les désobliger. Elles étaient charmantes, cela ne suffit-il pas? et avaient eu le bon goût de ne pas se couvrir de trop de diamants : l’Observatoire n’est pas l’Opéra. A l’une des extrémités de la galerie, l’excellent orchestre de la garde de Paris jouait les meilleurs morceaux de son répertoire. Combien les effets de la musique sont différents sur les hommes! Les uns écoutent en silence; les autres, au contraire, parlent haut, et finissent par dominer le bruit des instruments. Ces derniers sont, à n’en pas douter, des caractères énergiques.
Personne n’a jamais su bien au juste ce que les reporters de certains journaux entendent par l’expression de « tout Paris. » Le « tout Paris » des réceptions académiques n’est pas précisément le môme que le « tout, Paris « des assauts d’armes, encore que M» Legouvé (dont la
cette École depuis que j’y prenais des inscriptions. A cette époque, il y avait quelques bons professeurs, il y en avait pas mal de médiocres; quelques-uns même prêtaient trop souvent à rire à une jeunesse naturellement gouailleuse. Mais je me souviendrai toujours, avec gratitude et respect, de Viguerie, professeur de clinique chirurgicale, qui dans ses leçons, malheureusement trop rares, pouvait être comparé à Dupuytren pour l’exposé magistral du diagnostic par voie d’élimination, par l’admirable lucidité de la description et par l’habile sûreté de main; de Ducasse, professeur de médecine opératoire, qui rappelait la brillante et attrayante faconde de Delpech; de Naudin, professeur d’anatomie, qui décrivait avec le soin et l’exactitude minutieuse de Cruveilhier. Ah! si l’École préparatoire de Toulouse est en possession à cette heure, — ce que j’ignore et ce que j’espère, — de professeurs de cette valeur, contribuez à les faire nommer tous, Monsieur l’inspecteur général, car vous ne pourrez faire que d’excellents choix.
Mais s’il y a des éliminations à faire, que votre rôle va être difficile et pénible! S’il ne s’agissait que de considérer le plus ou moins de succès que le professeur obtient dans son ensignement, de tenir compte de sa valeur scientifique et de ses titres antérieurs, on trouve là des éléments d’appréciation qu’un homme de votre science et de votre expérience met facilement en œuvre. Mais, hélas! à Toulouse comme partout aujourd’hui, et là peut-être plus qu’ailleurs, vous aurez, le ministre et vous-même, à vous tenir en garde contre des considérations d’un autre genre, contre des influences ardentes et passionnées; on vous signalera telles et telles tendances philosophiques, religieuses, que sais-je encore? car je ne veux pas même effleurer ce sujet délicat. Veuillez vous souvenir seulement, Monsieur l’inspecteur général, que si, contrairement aux intérêts de Bordeaux et de Montpellier, Toulouse a obtenu une Faculté de médecine d’État, c’est en vue d’une Faculté de médecine libre en voie d’organisation dans cette ville.
Veuillez croire, Monsieur l’inspecteur général, qu’à côté des autres motifs qui ont pu déterminer le gouvernement à doter Toulouse d’une Faculté de médecine, le principal a été celui que je vous indique. Je ne blâme ni n’approuve, je raconte ; je n’ai pas pris la plume pour vous exposer mon opinion, dont peu vous soucie, sur la liberté de l’enseignement en général et de la médecine en particulier.
Pour ma propre satisfaction, permettez-moi seulement d’ajouter que, fils de l’Université, je lui dois le peu que je sais, le peu que je suis, et que je conserve au fond du cœur pour elle un sentiment de gratitude et de respect. De mes plus
mère était une femme!) assiste aux unes et aux autres. Laissons donc cette expression trop élastique et disons que, à l’Observatoire, l’Académie des sciences tout entière, les représentants les plus considérables de l’Université, beaucoup de membres du Conseil municipal, des sénateurs, des députés, de hauts fonctionnaires, des officiers de marine, des littérateurs illustres, etc., formaient la plus brillante et la plus intelligente réunion qui se puisse rencontrer. A dix heures, M. le ministre de l’instruction publique fit son entrée, ayant au bras Mme Jules Ferry, dont la toilette, fort élégante et fort simple, était un modèle de bon goût. Us parurent prendre tous deux un vif intérêt aux diverses expériences installées dans les galeries latérales : les clichés paniconographiques obtenus séance tenante à l’aide des poncifs tracés par la brûlure du crayon voltaïque; la toupie métallique à pointe obéissante; les beaux échantillons de minéraux artificiels, dus aux procédés de M. Feil, et que mettaient en relief les explications de M. Daubrée, directeur de l’École des mines et président de l’Académie des sciences, etc., les arrêtèrent longtemps.
A onze heures, la musique de la garde se retira, et l’on installa un immense écran en face du parterre des dames pour recevoir les projections lumineuses qui furent la partie véritablement magique de cette soirée. M. Wolf, astronome distingué de l’Observatoire, sut, pendant une heure, captiver l’attention de son auditoire, en lui exposant, sur le ton d’une causerie familière, les plus hautes questions de la physique et de l’astronomie, et en faisant passer sous les yeux des spectateurs une série de tableaux resplendissants et merveilleux. Il projeta d’abord sur l’écran la figure même des pôles de la pile électrique d’où jaillissait la lumière ; on vit, sous l’influence du courant, les deux charbons changer de forme, l’un augmentant au fur et à mesure que l’autre diminuait. Ensuite la lumière blanche fut décomposée par l’interposition du prisme, et le spectre apparut. Le spectre! bien vilain
lointains souvenirs, il n’en est pas un seul qui ne me rappelle son enseignement conforme à l’enseignement, à l’éducation, aux principes que je recevais dans ma famille. Aussi, ce n’est pas par opposition à l’enseignement de l’Université que je me déclare un fervent partisan de l’enseignement libre à tous les degrés. Je n’y vois absolument, par la concurrence, qu’un moyen d’émulation, et pour moi, les ennemis de l’Université sont ceux qui cherchent à entraver l’expansion de l’enseignement libre et lui opposent des obstacles.
Quelques mots, pour terminer cette trop longue missive, sur la nature de l’enseignement que cefe Facultés nouvelles, à mon avis, devraient distribüer à leurs élèves.
La grave et complexe question de l’organisation médicale, en ce qui corléemè l’enseignement, rencontre fatalement une pierre d’achoppement que peu d’esprits ont pu éviter. Vous n’êtes pas de ces esprits-là, autant que j’en puis juger par quelques considérations que j’ai eu l’occasion de vous entendre émettre, considérations que j’ai trouvées très-justes et dont j’assumerais la responsabilité;
En agitant la question d’enseignement médical, on ne se préoccupe pas assez de cette condition, savoir, que la médecine est à la fois une science et un art. La science a ses exigences qu’il faut impérieusement satisfaire; l’art a ses besoins auxquels il faut absolument aussi donner satisfaction. Or, dans quelles limites, dans quelles mesures faut-il satisfaire ces deux éléments de l’enseignement médical? Là est la grande difficulté. Professeur éloquent de physique^ cultivant avec succès cette science exacte, vous comprenez néanmoins qu’aux jeunes gens qui se destinent à exercer la médecine, on doit donner un enseignement qui ne soit pas exclusivement basé sur les sciences physico-chimiques. Je voudrais, pour abréger, trouver une formule qui rendit sur ce point, d’une façon claire et précise, votre pensée et la mienne. J’essàye :
L’enseignement de la médecine devrait être à deux degrés :
Premier degré, enseignement donné par les Facultés provinciales, qui délivreraient le diplôme de licencié en médecine, ou toute autre dénomination donnant le droit d’exercice dans toute l'étendue du territoire français ;
Deuxième degré, degré supérieur, donné par la Faculté; de médecine de Paris, délivrant le diplôme de docteur en médecine, ou toute autre qualification nécessaire pour obtenir des fonctions dans l’enseignement de la médecine à tous les degrés.
De l’enseignement de la médecine à deux degrés découlerait naturellement, plus riche, plus complet, plus étendu l’enseignement supérieur, plus pratique et visant
nom pour une chose si splendide et si joyeuse ! L’intersection de deux prismes donna lieu aux spectres en relief qui provoquèrent un murmure d’admiration enthousiaste parmi les personnes non habituées à cet étonnant spectacle. Puis le professeur donna la démonstration des rayons calorifiques, des rayons ultra-violets; il recomposa la lumière blanche par la rotation de disques colorés; il expliqua le système des vibrations, et conclut cette première partie de sa conférence en disant que sans l’organe apte à saisir ces vibrations, sans l’œil, la lumière ne serait pas ; non-seulement elle ne serait pas vue, mais elle ne serait pas. Les vibrations subsisteraient, mais non la lumière.
Passant à quelques applications de l’appareil en fonction, M. Wolf rendit les spectateurs témoins de la décomposition de l’eau. On vit s’avancer dans le champ lumineux de la projection deux tiges de métal à la rencontre l’une de l’autre; c’étaient les pôleB de la pile qui restèrent séparés par un court intervalle; on fit passer le courant, et à l’instant les bulles de l’oxygène et de l’hydrogène se précipitèrent tumultueusement au traveb de la masse liquide. A l’eau simple, on substitua une solution d’un sel de plomb, et le courant étant établi, on vit à l’un des pôles le plomb se cristalliser, tandis que l’oxygène se dégageait à l’extrémité de l’autre pôle. Toute influence électrique étant éloignée, on plaça au foyer une solution de set ammoniac; la chaleur ne tarda pas à concentrer la liqueur, et alors se produisit sur l’écran le phénomène prodigieux de la cristallisation du sel. C’est, à mon sens, le plus admirable spectacle du monde. Si quelque objet peut donner l’idée de l’ordre, de la mesure, du nombre, de l’harmonie qui président à la formation et à l’arrangement des choses, cest bien celui-là. Après le sel ammoniac, le bichromate dépotasse étendit ses belles arborisations cristallisées dans le champ éclairé.
Abordant ensuite le sujet de ses études spéciales, le professeur projeta,' à la grande satis-
plus spécialement toutes les exigences professionnelles de l’enseignement du premier degré. •
C’est avec regret que je suis obligé de renoncer à donner quelques développements à cette combinaison qui, sous la forme abrupte que je la produis, et dépouillée de considérations qui devraient la précéder, ne pourra suffisamment fixer l’attention du lecteur (1).
Voyez cependant, Monsieur l’inspecteur général, et seulemènt à Vol d'oiseau, quels avantages résulteraient de notre, de votre combinaison!
Désencombrement immédiat de notre Faculté parisienne, qui bientôt ne pourra plus fournir à ses élèves un élément suffisant d'études cliniques, do fréquentation d’hôpitaux, de sujets de recherchés anatomiques et physiologiques, aujourd’hui indispensables aux jeunes gens qui se destinent à l’enseignement public ou privé, l’entends tous les jours s’extasier; et même avec enthousiasme, sur les trois, quatre, cinq et même jusqu’à six mille étudiants qui fréquenteraient notre Faculté. N'ayant aucun moyen de vérification 'de ces chiffres, je n’en conteste pas la réalité ; mais èi les choses sont telles, vous penserez comme moi, Monsieur l’inspecteur général, que dans une Faculté de médecine qui réunit six mille élèves en cours d’études, ces études, soit du côté scientifique, soit du côté pratique, ne peuvent pas se faire convenablement.
Par notré système, au contraire, nous arrivons à la dissémination des élèves et au peuplement des Facultés provinciales. Veut-on sérieusement qu'el les Vivent, ces Faeultés? Qu’on leur doniie donc des élèves et vous Verrez que, pour cela, on sera obligé d’én arriver à la seule mesuré qui puisse assurer l’existence de èes institutions, c’est-à-dire au mode dé circonscription. Ne s’opposerait-on pas également par là à l’abandon toujours croissant des campagnes par les médecins?
Je me résume en ces quelques lignes.
Je crois, j’espère que je vous ai démontré :
Que Toulouse, ville intellëctüëilè piar excellence, ou dominent presque exclusi-
(1) Qu’on s’évile à cet égard, toute revendication de priorité; cette proposition a été formulée déjà; par qui, pour la première fois? Je ne saurais le dire en ce moment; ce que je peux affirmer, c’est qu’elle est là, enclavée, depuis trente ans et plus, dans une de mes cellules cérébrales, et qu’elle s’en échappe aujourd’hui pour la première fois. Donc, je ne réclame aucun brevet d’invention s. g. d. g.
fectîon du public, de magnifiques images photographiées de la lune, représentant soit l’enseihble de l’astre, soit qaélqups-uns:des détails les plus intéressants dé là surface. Il montra que les stries qui rayonnent comme d’un centre du cratère de Tyclio-Brahé, doivent être rapportées à des phénomènes d’èclaiefnë ut de la planète. , Une sphère de verre, soumise à une pression intérieure considérable, et qui s’est fêlée par suite de cet effort, offre exactement la môme disposition. Les deux photographies de la lune et de la sphère, mises en regard, ne
laissent guère de doute sur ce ppipt. ,
Le soleil, photographié également, montra ses taches gigantesques, et les colonnes d’hydro- |ène t^rdjjes en spirales qui s’éphappept d^ses, bqvds et qu’au voit pepdant les éclipses.
Les comètes, simples ou doublés,, apparurent à leur tour, , et, enfin, la série si variée d$ fermés, si vertiglüeuse des nébuleuses formidables...
C’était assez, c’était trop; on n’aurait pu rester sous le coup de ces impressions écrasantes. Il y eut donc, comme après les grandes scènes tragiques, Un vaudeville qui rarrierta les esprits à l’actualité gaie. Ce fut le phonographe qui vint en aide à l’habile impressario, On fit parler le docile instrument; on lui fit répéter les chansons qu’il avait recueillies au loin, en Amérique et ailleurs, et les rires éclatèrent. Mais, au fond, le phonographe, ce simple instrument, par cela même qu’il est très-simple, nous jette en des pensées qui ne sont guère moins troublantes, quand on songe qu’ Archimède, qui a fait des découvertes bien autrement difficiles, aurait pu t’inventer, et que nous pourrions aujourd’hui entendre son cri d’Eurêka! qu’au lieu de lire les dialogues de Platon, nous pourrions écouter la voix môme de Socrate ou celle d’Aristophane jouant sous le masque théâtral le rôle de Cléon ! N’eSt-ce pas prodigieux?
Mais un second orchestre s’est installé dans les salons, et les préludes dtt quadrille se font entêndre. Laissons la place aux danseurs, et qu’ils s’amusent jusqu’au jour f
vement le goût et la culture des sciences,, des lettres et des beaux-arts, était un siège naturel et attractif d’une grande Université, où elle a existé florissante et célèbre depuis le xive siècle jusqu’à la Révolution ;
Qu’autant que Lyon, et certainement plus que Bordeaux , elle était digne de la faveur qui venait de lui être accordée ;
Qu’elle exerce son action sur quatorze départements, dont huit ressortissent à son Académie, et que, ppr cette condition seule, elle trouvera un élément facile de recrutement d’élèves ;
Que la question de constructions n’est presque plus qu’une affaire d’accommodation et d’appropriation des bâtiments qui lui appartiennent ;
Que ses hôpitaux et hospices fourniront un nombre de lits plus que suffisant pour toutes les études cliniques et anatomiques ;
Que les engagements pris par l’édilité toulousaine, placent la Faculté nouvelle à l’abri de tout danger et assurent indéfiniment son existence ;
Que Toulouse, enfin, par les institutions scientifiques dont elle est déjà en possession, réunit aussi toutes les conditions extrinsèques et intrinsèques qui assurent le bon fonctionnement de la Faculté nouvelle ;
Mais que la condition précieuse, indispensable de succès et de durée, consistera dans le bon recrutement du personnel professoral, et que cet élément d’existence et de prospérité est. entre les mains de M. le ministre de T instruction publique, et, sans contredit, beaucoup aussi dans les vôtres, Monsieur l’inspecteur général.
Mais si, pour l’accomplissemenL de cette mission difficile et délicate, la complète intelligence des questious, la parfaite connaissance des hommes et des choses, le sentiment du juste, l’amour du vrai, l’éloignement de la brigue et de l’intrigue sont nécessaires, nous avons tout lieu d’espérer que le grave devoir qui vous incombe sera rempli avec équité, avec le respect des exigences de la science et le sentiment des besoins de l’art.
Veuillez agréer mes sentiments dévoués et confraternels.
Amédée Latour,
Élève boursier de la ville de Toulouse an Collège royal, „ . ... de 1818 à 1823. üiiu
Je ne partirai pas toutefois sans adresser à M. le directeur de l’Observatoire mes sincères et très-vives félicitations. Il a su offrir à ses invités, en même temps que les satisfactions intellectuelles de l’ordre le plus élevé, les plaisirs de la musique et de la danse, sans parler de ceux du buffet. Utile dulcù Je n’ai pas souvenance d’une soirée mieux distribuée, plus profitable et plus agréable tout à la fois. — M. L.
Éphémérides Médicales. — 18 Mars 1753.
Le Parlement enregistre des lettres patentes qui créent l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon. Parmi les membres, appartenant à l’art de guérir, qui en faisaient partie en 1769, voici quelques noms :
Collomb, lieutenant du premier chirurgien du roi;
Grassot, docteur en médecine, chirurgien juré;
Pesialozzi, agrégé au Collège des médecins de Lyon ;
Rast de Maupas fils, docteur de Montpellier ;
Fouteau, maître en chirurgie ;
Garnier, médecin du roi ;
Olivier père, docteur en médecine ;
Moegling, professeur de médçcine à Tubinge;
Caumont, médecin du roi;
Hevin, membre de l’Académie de chirurgie;
Morand fils, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, etc. — A. Ch.
Supplément.
THÉRAPEUTIQUE
DE L’ACTION DO SALICYLATE DE SOUDE SUR LE RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU DES ENFANTS.
Jusqu’à ce jour, les travaux scientifiques publiés sur l’action du salicylate de soude, dans le rhumatisme, ne contenaient que des observations prises sur les adultes, et on semblait avoir hésité devant son administration dans les affections rhumatismales infantiles.
M. le docteur Archambault, médecin de l’hôpital des Enfants-Malades, a expérimenté ce nouveau médicament, et il a communiqué à la Société de thérapeutique, séance du 12 février dernier, les bons résultats que le salicylate de soude lui a donnés dans les affections rhumatismales des enfants.
Une revue de M. le docteur Ernest Labbée, ancien interne des hôpitaux, publiée le 25 février dans le Journal de thérapeutique de M. le professeur Gubler, résume avec beaucoup de soin cette intéressante communication, et nous lui faisons de larges emprunts.
« Trois propositions d’une importance capitale se dégagent de cette communication :
1° Le salicylate de soude est parfaitement toléré par les enfants, même à dose quotidienne de 6 grammes.
M. Archambault constate, en effet, que tous les petits malades auxquels il a fait administrer ce médicament l’ont bien supporté, sans vomissements ou effets physiologiques désagréables. Un seul enfant a eu des .vomissements, mais il était affecté d’une néphrite brightique.
M. Archambault explique cette tolérance si remarquable des enfants pour le salicylate de soude par la rapidité avec laquelle ils éliminent. Au bout de 15 à 20 minutes, on le trouve déjà en proportion notable dans leur urine.
2° Le salicylate de soude fait disparaître rapidement et presque sûrement les manifestations rhumatismales.
Supposons, par exemple, qu’il s’agisse d’un rhumatisme polyarticulaire aigu au début. On prescrit au malade 6 grammes de salicylate de soude en trois doses à six heures d’intervalle. Voici quels sont les effets thérapeutiques observés :
Le plus souvent, à la troisième dose, les articulations ne sont presque plus douloureuses, et l’enfant peut faire quelques mouvements ; à la quatrième, les douleurs ont disparu complètement; le pouls et la température ont manifestement baissé (M. Archambault a vu des chutes de 2 degrés) ; enfin, la fluxion articulaire a beaucoup diminué. »
Ces effets sont à peu près invariables. M. Archambault ne voudrait pas affirmer que le salicylate de soude soit le médicament spécifique du rhumatisme, comme le sulfate de quinine l’est pour les fièvres intermittentes, mais il s’en rapproche; il est, de plus, inoffensif. En tout cas, le salicylate de soude est de beaucoup préférable à tous les médicaments précédemment employés.
« Dans le rhumatisme subaigu, ou dans le rhumatisme mono-articulaire, son action thérapeutique, quoique moins prompte, n’est pas moins décisive.
Généralement, le médicament est administré trois jours de suite par M. Archambault, puis il en suspend l’usage. L’économie reste encore, malgré cela, sous l'influence du remède* pendant soixante heures environ ; c’est-à-dire que, pendant ce laps de temps, on constate sa présence dans l’urine. Survient-il une récidive, le salicylate est de nouveau prescrit de la même façon qu’au début du traitement. Il est fort rare, du reste, qu’on observe plus de deux récidives. D’ailleurs le médicament serait tout aussi actif contre ces récidives aue contre le rhumatisme à son début.
Les doses qui conviennent varient suivant les âges. A partir de 2 ans 1/2, on peut donner U grammes ; à partir de 5 ans, 6 grammes par doses de 2 grammes en solution à six heures d’intervalle.
3° Le salicylate de soude prévient les complications cardiaques du rhumatisme articulaire aigu de l’enfance.
Cette dernière proposition a une importance que je n’ai pas besoin de faire remarquer On a dit avec raison que le rhumatisme de l’enfant était plus grave que celui de l’adulte, précisément en raison de la fréquence plus grande des manifestations cardiaques Bon nombre d’affections du cœur qu’on observe à l’âge adulte et dont l’origine échanne* reconnaissent vraisemblablement pour cause une attaque de rhumatisme pendant l’enfance’ dont le souvenir n’a pas été gardé. *
On peut affirmer, sans exagération et d’une manière générale, que les deux tiers des enfants atteints de rhumatisme articulaire aigu, ont des manifestations de ce rhumatisme du côté du cœur, quel que soit le traitement institué. Eh bien, parmi les enfants, en nombre assez
grand, traités par le salicylate de soude dans le service de M. Archambault, pas un seul n’eut de complications du côté du cœur. Ceci tient, d’après M. Archambault, à ce que ce médicament héroïque jugule le rhumatisme en moins de vingt-quatre heures, l’empêche d’évoluer, et, par conséquent, d’atteindre le cœur.
La conclusion de M. Archambault est que le salicylate de soude est presque le spécifique du rhumatisme chez l’enfant, non-seulement du rhumatisme articulaire aigu ou subaigu mais encore d’autres manifestations rhumatismales moins profondes, telles que le torticolis ou les arthralgies simples.
Du jour au lendemain, le torticolis le plus douloureux disparaît sous l’influence de ce médicament.
Pour administrer avec succès le salicylate de soude, le point important est de pouvoir compter sur un médicament bien pur; à cet égard, on aura toute garantie en employant la Solution du docteur Clin. Cette solution, toujours identique dans sa composition et très-exactement dosée, contient 2 grammes de salicylate de soude pur par cuillerée à bouche et 50 centigrammes par cuillerée à café. Elle permet d’administrer facilement le salicylate de soude et de varier les doses suivant les indications qui se présentent. »
ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES
SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE
Séances du mois de Janvier 1879.
h janvier. — M. Franck présente plusieurs cerveaux de chiens préparés d’après le procédé de Frédérick (de Gand), à l’aide de la paraffine. ~ M. Mathias Duval a fait subir à ce procédé la modification suivante : Avant de plonger les pièces dans la paraffine, il les place d’abord dans l’acide azotique, puis dans le liquide de Muller ; on distingue mieux ainsi ce qui appartient à la pièce elle-même, de ce qui est constitué par la substance incrustante.
M. Vidal appelle l’attention sur un nouveau parasite spécial à certaines affections cutanées analogues à l’herpès circiné, mais qui ont une marche plus rapide et s’accompagnent d’une rougeur moins grande de la peau. Ce parasite occupe la couche moyenne du derme et les parties les. plus profondes de la couche cornée; il est constitué de spores très-petites et de dimensions variables ; d’après M. Cornil, on le trouve sur ou dans les cellules de l’épiderme, en dehors de toute éruption et sur la peau habituellement exposée à l’air. M. Malassez partage l’avis de M. Cornil.
M. Javal continue la communication commencée dans les séances précédentes, sur les conditions que devraient réunir les caractères typographiques pour être le plus favorables possible à la lecture.
M. Jobert signale quelques produits à l’aide desquels on falsifie le maté, et les moyens de les distinguer de cette substance. Telles sont les feuilles du Guabiroba, plante de la famille des Myrtacées, et celles d’un ilex, très-voisin de l’ilex Paraguayensis, dont on retire le maté.
M. Hallopeau, s’appuyant sur les propriétés hémorrhagipares de l’iodure de potassium, pense que, dans un cas d’hémorrhagie cérébrale qu’il rapporte , cet accident a eu pour cause l’emploi à l’intérieur de l’iodure de potassium à la dose de 6 à 8 gr. pendant très-longtemps.
M. Leloir communique à la Société une observation de malformation congénitale du membre supérieur gauche dont était atteinte une femme de 45 ans, morte d’une affection cardiaque dans le service de M. Vulpian. Il présente le moule en plâtre de la pièce et le squelette de la partie correspondante.
11 janvier. — M. Landouzy communique l’observation d’une hystérique gravement atteinte et que l’application d’un aimant plonge dans une léthargie et une anesthésie complètes. La malade se réveille dès qu’on écarte l’aimant. Elle est inconsciente de ce qu’on lui fait pendant son sommeil. On s’est entouré de toutes les précautions nécessaires pour éviter toute supercherie.
M. Mégnin rapporte des faits relatifs au développement des tænias et qui tendraient à prouver : 1° que le même ver pourrait suivre toutes les phases de ses transformations chez le même animal sans être obligé de passer successivement du corps d’un herbivore dans celui d’un carnassier ; 2“ que les mêmes vers vésiculaires pourraient, suivant l’animal qu’ils habitent, donner lieu au développement ultérieur de vers rubanés différents.
M. Cornil décrit les principales variétés de pustules d’acné, qu’il a étudiées au microscope. Ses recherches lui ont démontré que le point de départ de cette lésion était une inflammation des follicules pileux des glandes sébacées.
M. Delaunay expose les résultats de ses recherches sur les différences que présentent les individus d’une même espèce. Il en est arrivé à conclure que la civilisation, le sexe masculin, l’âge adulte, sont les conditions où les individus arrivent à réaliser entre eux le plus de différences; au contraire, l’état sauvage, le sexe féminin, l’enfance ou la vieillesse, sont autant de circonstances qui amènent les individus à se ressembler.
M. Gauché présente le cerveau d’un sujet atteint, pendant la vie, de monoplégie brachiale gauche, avec hémiplégie faciale incomplète du même côté. Il existe un foyer de ramollissement rouge sur la moitié postérieure de la circonvolution frontale ascendante droite, à sa partie moyenne, avec intégrité du tiers supérieur et du tiers inférieur.
M. Coüty, ayant pu se procurer des échantillons de mâtê de provenance authentique, a fait, avec cette substance, des expériences sur les animaux et sur lui-même. Il en conclut que les troubles constatés par les expérimentateurs qui l’ont précédé sont bien dus au maté lui-même, et non à l’intervention d’une subslance toxique étrangère, et oppose aux affirmations de M. Jobert, émises dans la précédente séance, les réserves les plus formelles. D’autres expériences sonÇ d’ailleurs nécessaires.
18 janvier. — M. Leloir rapporte l’histoire de trois hystériques traitées avec succès par ’application des courants faradiques; deux étaient atteintes d’hémianesthésie et la troisième de contractures anciennes; il n’y a eu, dans aucun cas, de phénomènes de transfert.
M. Rabuteaü présente des échantillons de sulfométhylate de sodium , sel nouveau, qui est purgatif à la dose de 15 à 18 grammes, n’a pas de saveur désagréable, et provoque rapidement des selles, sans coliques.
M. Pouchet fait une communication sur l’anatomie des organes de reproduction de la seiche.
M. Tison lit une observation d’athétose post-hémiplégique intéressante par la longueur de l’intervalle qui a séparé l’hémiplégie de l’athétose, le croisement.au point de vue du siège des deux ordres de phénomènes, et la limitation tout à fait rare des mouvements athétosiques aux orteils.
M. Magnan présente le cerveau d’un aphasique dont l’affectioh était causée par l’existence d’une tumeur située entre la troisième circonvolution frontale gauche et l’insula. Les points les plus saillants des deux rochers étaient comme usés parla pression continue exercée par le cerveau, comme on l’observé dans certains cas d’anévrysme.
M. Paul Bert communique les résultats d’expériences relatives à l’étude de la thermoscopie cérébrale, au moyen d’appareils thermo-électriques. Les réophores étant appliqués sur des points symétriques du crâne,, mais non recouverts de cheveux, il a constaté que, à l’étal de repos intellectuel, les deux côtés semblent présenter la même température; qu’elle est alors quelquefois supérieure à gauçhe, jamais inférieure ; qu’en fin, au moment du travail, elle s’élève de ce dernier côté.
25 janvier. — M. Rabuteaü fait une communication sur la théorie, la préparation et les propriétés toxiques de Yiodure de méthyltrièthÿtstibonium. C’est un sel blanc, très-soluble dans l’eau, d’une saveur amère peu prononcée, et ne coagulant pas l’albumine. Il agit d’une manière assez analogue au curare.
Discussion entre MM. Galippe, Laborde, Bert et Malassez, sur les 'propriétés physiques des cheveux.
M. Balzer rapporte une observation remarquable de tumeurs multiples de la peau, que le microscope a démontré être des myomes développés dans la partie moyenne du derme aux dépens des petits muscles à fibres lisses annexés aux follicules pileux. L’examen ultérieur de ces tumeurs, fait par M. Malassez, a confirmé ce diagnostic.
M. Raymond communique l’observation dont voici le résumé : Courte attaque d’apoplexie, suivie de monoplégie brachiale complète, avec anesthésie du membre et phénomènes vasomoteurs divers. Les métaux, les courants induits, l’iodure de potassium, restent inefficaces d’abord, puis les courants induits ramènent la sensibilité et en même temps la motilité. Comme la paralysie semble être de cause cérébrale, ce qui s’accorde mal avec la doctrine des
localisations, M. Raymond se demande s’il y aurait à la fois deux lésions, l’une portant sur les centres sensitifs et l’autre sur les centres moteurs.
Séance du 6 mars 1879. — Présidence de M. Tarnier.
Sommaire. — Suite de la discussion sur les pansements antiseptiques.
Dans cette séance, la Société de chirurgie a entendu, sur les pansements antiseptiques, deux discours excellents de MM. Farabeuf et Trélat, et une courte communication de M. Marc Sée.
M. Farabeuf a paru avoir surtout pour objectif de répondre à l’argumentation'de M. Desprès, qui lui a semblé contenir bon nombre d’assertions hasardées et paradoxales; il l’a fait avec une courtoisie parfaite, aiguisée d’esprit et de malice, qui a valu à l’orateur les suffrages unanimes de l’assistance attentive et charmée. Nous ne pouvons malheureusement, faute d’espace, présenter à nos lecteurs que le squelette, pour ainsi dire, de cette brillante improvisation.
Après avoir d’abord relevé, dans le discours de M. Desprès, quelques inexactitudes au sujet de l’historique du pansement de Lister, M. Farabeuf a dit que ce qui faisait , à ses yeux, la grande valeur de ce pansement, c’est de favoriser la réunion immédiate, de la rendre possible et de permettre ainsi d’atteindre un but idéal vainement poursuivi à toutes les époques de la chirurgie. M. Farabeuf ne comprend pas que M. Desprès puisse nier la septicémie et les pansements antiseptiques. En effet, personne n’ignore que les plaies exsudent à leur surface un liquide essentiellement putrescible, la lymphe plastique, qui s’altère au contact de l’air avec une grande facilité. Tout le monde s’accorde à reconnaître que l’action de l’air est nuisible aux plaies, non par l’oxygène et l’azote qui le constituent, puisque ces gaz circulent normalement dans le sang, mais en vertu d’un principe ou agent qui avait échappé aux investigations des observateurs jusqu’aux récentes découvertes de M. Pasteur. Tous les chirurgiens savent, d’une part, que les plaies sous-cutanées sont incomparablement moins graves que les plaies exposées à l’air, et, d’autre part, que les fractures compliquées de plaie antérieure sont souvent mortelles ; il n’est pas de chirurgien qui n’ait observé des blessés chez lesquels des accidents fébriles plus ou moins graves étaient survenus, à la suite de l’absorption à la surface des plaies, de liquides septiques déposés ou formés sur cette surfaee. U existe donc une putréfaction de liquides à la surface des plaies, une septicémie produite par l’absorption de ces liquides, et il doit y avoir des agents propres à empêcher cette putréfaction, à prévenir cette absorption; en un mot, des agents antiseptiques.
Parmi les moyens de prévenir la septicémie figurent au premier rang, d’une part, la soustraction de la plaie au contact de l’air, ou l’occlusion absolue et, d’autre part, les procédés propres à favoriser l’écoulement des liquides sécrétés à la surface des plaies. Or, les anciens pansements, au rebours des pansements actuels, étaient ouverts à l’air et fermés à l’écoulement des liquides, double condition qui devait nécessairement favoriser la septicémie.
Parmi les agents que la chimie met à notre disposition, y en a-t-il qui jouissent de propriétés antiseptiques? Incontestablement. Dans les pavillons de l’Ecole pratique, avec 200 gr. d’acide phénique on conserve indéfmivement un cadavre qui serait sans cela voué à une putréfaction complète et rapide. L’alcool, lui aussi, est antiseptique, puisqu’on s’en sert communément pour la conservation des fruits et des pièces anatomiques. L’acide salicylique est également une sub$tance antiseptique lorsqu’on l’emploie en solution dans l’eau, ou mieux dans l’alcool.
Il existe donc des agents antiseptiques. Leur valeur résulte des différences qui se sont produites en Angleterre, en Allemagne et en France, dans les résultats du traitement des plaies, à partir du moment où le pansement antiseptique a été convenablement appliqué. On ne saurait voir là une simple coïncidence.
Le pansement de Lister a le grand avantage, aux yeux de M. Farabeuf, d’assurer la réunion immédiate et de donner par là des moignons irréprochables, condition favorable pour la manœuvre des appareils prothétiques. Cette réunion immédiate est favorisée par diverses conditions, telles que le soin de bien tailler les lambeaux, de favoriser l’écoulement des liquides par le drainage, de faire les ligatures des vaisseaux avec le catgut, etc.
Aujourd’hui un grand nombre de chirurgiens recommandables, tant en France qu’en Angleterre et en Allemagne, même ceux qui, à l’exemple de M. Verneuil, ne sont point partisans de la réunion immédiate, même les Russes qui pratiquent, dit-on, en grand nombre, le pansement ouvert, tous ont accepté en totalité ou en partie le pansement de Lister. Or, ce consentement, pour ainsi dire unanime des peuples, paraît à M. Farabeuf un argument péremptoire en faveur du pansement antiseptique.
Au fond, le pansement de Lister, loin d’être comme M. Desprès se plaît à le répéter, une
importation anglaise, devrait plutôt être considéré comme une importation française; en effet, si l’on analyse les éléments de la méthode de Lister, on voit que le chirurgien anglais a emprunté à notre éminent chimiste, M. Pasteur, la doctrine des germes, à M. Chassaignac l’occlusion et le drainage ; enfin si, au lieu de faire l’hématose au moyen de la ligature au catgut, il eût choisi de préférence la torsion des artères, M. Lister eût à peu près tout emprunté à la France.
En résumé, avec le pansement de Lister, on a une plaie ouverte à l’écoulement des liquides et fermée à l’action de l’air atmosphérique, double condition qui en défend l’accès à la septicémie. Grâce à lui, on peut maintenant aborder sans crainte l’ouverture des abcès par congestion et celle des grandes articulations, pratiquer, en un mot, des opérations auparavant inaccessibles à la chirurgie; il y a donc là un progrès tellement considérable que l’on peut dire sans exagération que le pansement de Lister a renouvelé la face de la pratique chirurgicale.
M. Verneuil dit que, tout en approuvant la plupart des opinions émises dans le discours de M. Farabeuf, il ne saurait laisser passer sans protestation l’assertion en vertu de laquelle son collègue le représente comme l’adversaire absolu de la réunion immédiate. Rien de plus inexact que cette assertion trop souvent répétée. M. Verneuil déclare qu’il n’est pas plus l’adversaire de la réunion immédiate que du pansement de Lister. Seulement il croit qu’il y a des cas où ces procédés conviennent et d’autres où ils ne conviennent pas. En un mot, il est éclectique par excellence, prend le bien partout où il le trouve et ne s’astreint systématiquement à aucune méthode.
M. Trélat dit qu’il est difficile de trouver, au point où en est arrivée cette discussion, un argument qui n’ait été déjà donné pour ou contre le pansement antiseptique. C’est pourquoi il se bornera à présenter quelques courtes observations. Si l’on a pu dire avec raison que les expériences de M. Maurice Perrin, point de départ de la discussion, ne sont pas convaincantes contre le pansement de Lister, il y a lieu toutefois de leur attribuer une certaine valeur et de tenir compte, dans une juste mesure, des expériences de laboratoire que l’on aurait tort de rejeter sans examen. Il en est de même de l’opinion exprimée par M. Verneuil, lorsqu’il dit que l’on ignore encore complètement si les proto-organismes sont la cause ou l’effet de la septicémie. Il semble à M. Trélat que les expériences de laboratoire faites par MM. Pasteur et Da vaine ont donné des résultats positifs et saisissants, auxquels les adversaires de ces expérimentateurs n’ont su opposer jusqu’ici que des appréciations et des raisonnements au lieu de faits péremptoires.
M. Trélat regrette que l’on ait souvent confondu dans cette discussion la septicémie et l’infection purulente. Ce sont là deux ordres de faits qui doivent, suivant lui, être absolument disttngués. La septicémie est une affection aiguë, à marche rapide, qui tue les animaux en deux ou trois jours, qui, chez l’homme, dure de vingt-quatre heures à trois ou quatre jours. C’est une affection du début des plaies ou des opérations, dont personne aujourd’hui ne met en doute la nature toxique, soit que le poison vienne de l’individu, de la plaie elle-même par suite de certaines altérations éprouvées spontanément par les liquides exsudés à sa surface, soit qu’il ait pour origine une cause extérieure, par exemple une atmosphère spécifiquement infectée, comme les chambres septiques dont ont parlé MM. Davaine et Laborde, ou bien l’atmosphère en général contenant les germes d’un vibrion particulier, comme l’enseigne M. Pasteur. •
La pyohémie, au contraire, est une affection relativement tardive, qui ne se manifeste par des symptômes appréciables qu’après le cinquième, le huitième ou le douzième jour de l’amputation, qui dure plus ou moins longtemps; si elle parcourt généralement l’ensemble de ses périodes en six, sept ou huit jours, il n’est pas rare, cependant, de la voir durer quinze jours et même parfois jusqu’à six ou sept semaines; affection, enfin, qui se caractérise par une réunion de symptômes, tels que frissons violents, variations de la température générale, coloration particulière de la peau, subdélirium, etc., et par des lésions anatomiques tout à fait distinctes.
On peut reproduire la septicémie, pour ainsi dire à volonté, par des expériences de laboratoire; il n’en est pas de même de l’infection purulente, qui échappe habituellement à la sphère d’action de la pathologie expérimentale. On ne doit donc pas confondre la pyémie et la septicémie, mais il y a entre ces deux affections ce lien singulier, savoir, qu’à force de combattre et de pourchasser la septicémie au moyen des pansements et des précautions infinies que prennent aujourd’hui les chirurgiens sous l’influence des nouvelles doctrines, on a vu disparaître absolument l’infection purulente des salles des services de chirurgie.
Après avoir exposé ces considérations générales, M. Trélat, passant à la question des pansements antiseptiques, discute avec détails les avantages et les inconvénients du pansement à l’alcool, et expose par quelle série de moyens différents il a passé depuis son entrée dans les
hôpitaux jusqu’à ce jour, où il a fini par adopter la solution alcoolique phéniquée à 1 ou 2 p. 100 d’acide phénique, qui lui a donné des résultats considérables.
Au reste, au sujet des pansements, M. Trélat croit devoir répéter ce qu’il a dit déjà, il y a cinq ou six ans. Ce qui, suivant lui, doit former le critérium de la valeur d’tin pansement, c’est la marche des plaies sous ce pansement, c’est la nature ou la forme du processus organique qui préside à la réparation des tissus et au travail de la cicatrisation. Les résultats statistiques ont sans doute une valeur importante dans cette appréciation, mais elle est secondaire; elle est primée par la considération de la marche de la plaie et du caractère du processus organique du travail de cicatrisation. On peut avoir des résultats statistiques semblables par les pansements les plus divers et les plus variés, mais on n’obtiendra pas un processus organique des plaies pareil à celui que l’on obtient sous cet ensemble de moyens ou de procédés que l’on a désigné sous le nom de méthode antiseptique, dénomination inexacte* suivant M. Trélat, car il n’existe pas de méthode antiseptique proprement dite, mais plutôt une aspiration vers cette méthode. Sous ce pansement, où entrent comme éléments la réunion immédiate et les procédés opératoires qui la favorisent, le drainage, les ligatures au catgut, les appplicalions phéniquées, etc., sous ce pansement, dit M. Trélat, on est confondu de voir les bords de la plaie conserver leur coloratinn blanche et rose, comme si la continuité organique avait été respectée, malgré la section des tissus ; puis, au bout de deux ou trois jours, ces bords s’accoler et le bourgeonnement se faire sans suppuration. Voilà, suivant lui, ce qu’il y a de réellement nouveau et d’extraordinaire dans le pansement antiseptique, ce que l’on n’obtenait pas auparavant, si ce n’est dans un petit nombre de cas, ce que l’on obtient aujourd’hui beaucoup plus fréquemment, avec une sûreté et une facilité beaucoup plus grandes, grâce à la méthode antiseptique.
C’est grâce aux résultats excellents fournis par cette méthode que l’on peut aujourd’hui aborder des opérations inaccessibles autrefois à la chirurgie, telles que l’ablation des kystes du cuir chevelu, des ganglions synoviaux du poignet, l’ouverture des cavités articulaires, etc.
De la méthode de Lister, M. Trélat accepte en première ligne l’idée salutaire de la crainte de la contagion conduisant à toutes les précautions les plus minutieuses d’une exquise propreté chirurgicale, telles que les lavages désinfectants, l’emploi de matériaux vierges ou chaque fois purifiés; il accepte le protective, la gaze antiseptique, le mackintosti, le catgut; à plus forte raison la suture, le drainage et l’immobilité de la plaie.
M. Marc Sée déclare qu’il a été partisan du pansement à l’alcool dont il se servait, dès l’année 1866, au moyen d’appareils analogues à ceux dont a parlé M. Maurice Perrin. Malgré les services qu’il doit à ce pansement, il l’a abandonné pour le pansement au chloral qui lui paraît réunir, dans le traitement des plaies ordinaires, toutes les conditions désirables. Mais lorsqu’il s’agit d’obtenir la réunion immédiate à la suite des amputations ou de l’ablation des tumeurs, aucun pansement ne lui paraît digne d’être comparé à celui de Lister.
Dr A. Tartivel,
M. A. de l’établis, hydrothérapique de Bellevae.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
Séance du 9 novembre 1878. — Présidence de M. Gért.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
La correspondance imprimée comprend : La Revue d'hydrologie médicale. — Le Journal des sages-femmes. — • Le Progrès médical. — L'Union, chronique des Sociétés savantes. — L'Année médicale, journal de la Société de médecine de Caen et du Calvados. — ■ Compte rendu de la Société des sciences médicales de Gannat, année 1877-1878.
La correspondance manuscrite comprend :
1° Une lettre de remercîments de M. le docteur Daremberg, au sujet de sa nomination comme membre titulaire.
2° Une lettre de M. le docteur Lemoine, malade depuis trois mois, s’excusant de ne pouvoir assister aux séances.
3° Une lettre de M. le docteur Lutaud, offrant à la Société le Traité de la fièvre typhoïde de Ch. Murchisson, traduit par lui, avec Introduction et Notes par M. le docteur Henri Gueneau
. Duroziez tait une communication à la Société sous ce titre : Pouls à 1 h, — Syncopes. hpilepsie ? — Dégénérescence graisseuse du cœur ?
Nous donnerons de cette observation intéressante tous les détails que nous possédons, regrettant de n’en pas fournir davantage ; notre diagnostic est loin d’être prouvé.
On a proposé, comme signes de la dégénérescence graisseuâe du cœur, le pouls lent, les attaques pseudo-apoplectiques, et le phénomène de Cheyne et Stokes. Ici, la lenteur du pouls a été plus remarquable que dans les observations consignées par Stokes : dans un cas, le pouls est à 30; dans un autre à 35,40; dans un troisième à 28,32; dans l’observation de Quain, le pouls est à 24, le malade est couché, et ne dépasse jamais 32.
On a produit le ralentissement du pouls par la compression de la carotide, surtout chez les athéromateux et chez les malades qui offrent des symptômes de foyers apoplectiques ou emboliques du cerveau. Quelques auteurs ont pensé qu’on agissait sur le pneumo-gastrique.
Un des points les plus importants de notre observation est l’existence de pertes de connaissance, qui nous ont suggéré l’idée de l’épilepsie à laquelle Stokes ne s’est pas arrêté, bien qu’il ait constaté, comme nous, l’aura épileptique.
Notre éminent collègue, M. Lunier, a lu, pour sa candidature au titre de membre de la Société de médecine de Paris, deux observations de déchirure du cœur à la suite d’attaques d’épilepsie. Comprenant mal la déchirure du cœur sain même sous l’influence de la violence épileptique, nous avons pensé à une dégénérescence graisseuse du cœur avec attaques épileptiformes. Le diagnostic est-il toujours bien certain?
« Le symptôme nerveux le plus important, dit Stokes, consiste dans des attaques d’apoplexie ou de pseudo-apoplexie, différant de l’apoplexie sanguine ordinaire par leur répétition, par la rareté de la paralysie consécutive et par la convenance d’un traitement stimulant; parfois se rapprochant de la syncope dans les premières périodes de la maladie ; pouvant frapper sans avertissement et tuer dès la première fois ; souvent se répétant à intervalles irréguliers. Parfois il part de l’épigastre ou de la tête une aura épileptiforme. Quelquefois la démarche devient titubante pendant un moment; ou bien il y a sensation de défaillance; un stimulant suffit pour dissiper le malaise. Dans les cas plus graves, le malade tombe tout à coup dans le coma, qui peut être précédé de perte de la mémoire et de léthargie. Je soigne un malade de 63 ans qui a commencé par des syncopes et en est aujourd’hui à des attaques d’apoplexie survenant pendant le sommeil, et précédées d’une légère convulsion. Quand il revient à lui, et après que tous les symptômes ont disparu, il reste pendant une demi-heure ou une heure incapable de reconnaître ses amis les plus intimes et ses parents ; il a pris sa femme pour sa mère.
« La durée de l’attaque est généralement courte; la paralysie, rare, ne paraît pas due à une lésion anatomique du cerveau.
« Un gentleman âgé de 63 ans est sujet, depuis quatre ans environ, à des syncopes distancées entre lesquelles la santé reste bonne. Parfois la syncope est si complète qu’il tombe de son siège; parfois incomplète. Les attaques, depuis six semaines, viennent généralement la nuit, pendant le sommeil. La femme du patient est prévenue par l’affaiblissement graduel de la respiration. Si elle ne le réveille pas, il survient une convulsion légère, et quelquefois c’est par des mouvements convulsifs des bras et des jambes que la femme est réveillée. Les mains et les pieds sont froids; la respiration est haletante, non stertoreuse. Le malade recouvre lentement ses sens au bout de trois quarts d’heure. Dans ce cas, on n’entendait aucun claquement ni à gauche, ni à droite. »
U est bien permis de confondre ces attaques avec l’épilepsie.
Collin, 57 ans, carrier, né dans la Côte-d’Or. 19 octobre 1865. Hôpital de la Charité.
En 1832, il a le choléra; en 1837, une fluxion de poitrine. En 1854, il reste à Cochin quarante jours pour des douleurs dans les cuisses et dans les reins. Il y a deux ans, il perd un fils de 17 ans; un autre de 21 et sa femme, dans l’espace de six mois. Il a des dettes. Il pâtit et perd l’appétit.
Le 16 décembre 1864, il est pris subitement d’une forte palpitation et perd connaissance pendant une minute. Il reste à Necker trois mois, dans le service de M. Lasègue, qui constate la lenteur du pouls. Pendant six semaines, il a des palpitations, des étourdissements, de fréquentes pertes de connaissance rapides comme l’éclair, sans convulsions. Il passe huit jours à Vincennes, puis se remet un peu au travail, se plaignant d’étourdissements, de picotements à l’estomac, de sensibilité du ventre; jamais il ne vomit ni ne crache de sang. Il ne peut s’exposer à la fatigue sans être menacé de perdre connaissance. Les jambes ne sont plus enflées depuis deux mois. Il est mieux étendu qu’assis. Il a pris 2, 3, 4 pilules de digitale dans ces derniers temps.
Cet homme est vigoureux, de grande stature, coloré. Étendu dans son lit, il respire tranquillement, 18 fois par minute environ, sans apparence de maladie du cœur.
Le cœur est gros, ne bat qu’à la pointe, qui se détache très-nettement. La région précor-
diale est saillante. On ne sent le cœur qu’au niveau de la pointe. Pas de frémissement. Les mains ne sont pas œdématiées ; parfois elles sont pourpres, violettes.
Le cœur ne bat que 16 fois à la minute. Tout le monde l’a observé à Necker. Le pouls est régulier, assez développé, vibrant. Les jugulaires tantôt se vident, tantôt restent pleines et grosses. Un souffle râpeux s’entend à la pointe avec son maximum d’intensité, mais se retrouve au niveau de l’orifice aortique et au-dessus; il accompagne bien la systole et n’a pas la forme du souffle en jet de vapeur de l’insuffisance mitrale. Le cœur ne palpite que pendant la marche.
2 novembre. Le malade est guéri d’une nouvelle atteinte de choléra. Le cœur est gros. Pouls à 29. Souffle intense au premier temps, sur toute la surface du cœur, se retrouvant dans les vaisseaux. Frémissement très-net vers la pointe.
lx novembre, pouls à 3/i, vibrant, développé, régulier. Cœur gros. Impulsion faible à la main, plus forte à l’oreille. Pas de pouls veineux. Battement des artères du cou. Peu de battement sous les cartilages supérieurs droits. Frémissement vers le milieu du cœur. Pas de claquements nets. Souffle sur une large surface, sur tout le cœur, finissant avec le second claquement, non en jet de vapeur, s’engageant dans l’aorte et dans les carotides, ayant bien la même forme dans l’aorte et à la pointe, se terminant par un bruit dur. Même souffle dans la crurale avec un peu de souffle au deuxième temps.
6 novembre. Bruit rude, ronflant plutôt que soufflant, s’étendant sur toute la région précordiale, dans l’aorte et dans la carotide.
12 novembre. Pouls à 14, dicrote. Le souffle a son maximum à la pointe ; il est un peu ronflant et diminue à l’orifice aortique et dans les vaisseaux du cou. Au second temps, à la pointe, léger bruit anormal ; le claquement est évidemment modifié.
22 novembre. Céphalées intenses. Pouls à 28, à peu près régulier et égal. Au cœur, on sent à la pointe deux battements qui se succèdent rapidement avec la même forme. Peu de frémissement. Souffle un peu ronflant, non en jet de vapeur, ayant son maximum à la pointe, s’entendant affaibli vers le sternum et dans l’aorte, intense dans la carotide. Après le souffle principal, on entend quelque chose qu’on retrouve dans la crurale.
3 décembre. Un peu d’étourdissement et de douleur en ceinture. Pouls à 31, redoublé en avant, régulier, assez développé, un peu raide. A la crurale, souffle simple; pas de souffle en retour. Souffle au premier temps, un peu ronflant, non en jet de vapeur, sur une grande surface.
Le 30 mars 1866, nous le trouvons à l’Hôtel-Dieu. Le malade est pâle. Pouls radial à 22, très-régulier, développé, peu vibrant, assez raide, redoublé. Pouls brachial redoublé. Pouls crural dicrote en avant. A la carotide, j’entends parfois un seul bruit, parfois deux. Pas de bruit continu. A la crurale, double souffle en avant; pas de souffle en retour.
Cœur gros. Voussure considérable au niveau des cartilages costaux gauches. Le second cartilage forme tumeur. On ne voit pas battre le cœur ; on le sent faiblement, sans frémissement. Rien de notable au niveau de l’aorte. Au premier temps, souffle traînant, non en jet de vapeur, se terminant par le second claquement, qui est altéré.
Les jambes ne sont pas œdématiées. Pas de toux. Pas d’hémoptysie. Pas de cyanose notable. Pas de dilatation des veines. Langue rosée. Pas de vomissements. Depuis longtemps, il se plaint de douleurs dans les bras. La douleur part quelquefois du creux épigastrique) quand le malade va perdre connaissance.
Depuis qu’il est à l’Hôtel-Dieu, il a eu deux pertes de connaissance complètes. Les oreilles commencent par lui siffler, puis viennent les convulsions ; c’est surtout au moment où il va s’endormir. Il ne se passe pas un jour qu’il n’ait des convulsions durant une seconde et dont il ne s’aperçoit pas.
Remarques. — Nous trouvons ici plusieurs des signes indiqués par Stokes pour le diagnostic de la dégénérescence graisseuse du cœur : lenteur du pouls, pertes de connaissance répétées sans paralysie consécutive, lésion de l’orifice aortique et de l’aorte, rétrécissement et insuffisance, absence des claquements. Nous ne pouvons affirmer le diagnostic, mais nous avons le droit de le proposer.
La lenteur du pouls a été remarquable, llx par minute ; il n’est pas resté constamment à ce chiffre, nous l’avons trouvé à 16, 22, 28, 30, 32, jamais au-desssus de ce dernier chiffre. Il est bien probable que lorsque le pouls était à 16, il disparaissait une pulsation sur deux ; elle devenait tellement faible que nous ne pouvions la saisir ni au cœur ni dans les artères.
Le pouls est toujours resté développé et presque vibrant, malgré la dégénérescence admise. Outre les athéromes de l’aorte et le rétrécissement aortique, il existait un peu d’insuffisance aortique. Nous n’avons jamais entendu le souffle en jet de vapeur à la pointe, signe de l’insuffisance mitrale; nous ne poumons affirmer ni sa présence ni son absence. Le cœur était gros. Nous avons noté l’absence de tout claquement,
Qu’est -ce que les accidents nerveux éprouvés par ce malade ?
Qu’est-ce que ces pertes de connaissance, ces convulsions durant une seconde, dont le malade ne s’aperçoit pas et dont l’aura part du creux épigastrique? Le début de la maladie s’est fait par une palpitation suivie d’une perte de connaissance. Nous avons de la peine à écarter l’idée d’épilepsie, mais nous devons maintenir le diagnostic : dégénérescence graisseuse du cœur.
M. Jules Besmer lit une note intitulée : Une enfant née avec des dents. — Coryza et ulcération consécutive de la langue.
L’observation de dentition précoce que j’ai l’honneur de communiquer à la Société, m’a paru intéressante, d'abord en raison de la rareté des faits de ce genre dûment constatés, et en second lieu, en raison de la production d’une ulcération sublinguale, survenue à l’occasion d’un coryza, et semblable à celles qui se montrent si souvent dans la coqueluche.
Le 8 mars 1877, madame X.,., arrivée au terme de sa troisième grossesse, accouche dans la matinée d’une petite fille bien portante. Le soir, à mon arrivée près de la mère, le docteur • Brüyne, médecin belge et ami de la famille, qui, avait assisté avec moi à l’acouchement, m’apprend que l’enfant a deux dents, et qu’il s’en est aperçu quelques instants après mon départ. Nous trouvons en effet, à la partie moyenne du maxillaire inférieur, deux petites incisives, dont l’une, blanche et tranchante, émerge de la muqueuse, et dont l’autre est encore recouverte par cette membrane au-dessous de laquelle elle ne se voit que par transparence. L’enfant est, du reste, bien conformée ; elle pèse environ six livres ; elle a les ongles bien développés et des cheveux noirs abondants. Aucun cas d’éruption dentaire précoce n’a été observé jusqu’ici dans la famille.
Le lendemain, les deux dents apparaissent nettement au-dessous de la muqueuse; elles sont implantées régulièrement, mais elles sont légèrement branlantes. Huit jours après, le 16 mars, le doçfeur Chanteuil, pour la rareté du fait, dont il n’avait pas encore été témoin, vient voir cette enfant avec moi. Ses dents ont grandi, elles' ont environ deux millimètres de hauteur; elles se sont consolidées et ont pris tout l’aspect de dents normales. L’enfant a une nourrice, pend bien le sein et vient parfaitement.
Le 1" avril, c’est-à-dire trois semaines après la naissance, je revois cette enfant pour un coryza violent dont elle était atteinte. Sortie le jour précédent pour la seconde fois, elle avait été prise, en rentrant, de quintes d’éternument répétées et prolongées, pendant lesquelles elle devenait violacée, lâchait le sein, en se rejetant brusquement en arrière et en se pâmant, au point dé faire craindre quelque convulsion. Les fosses nasales sont rouges et sèches ; il n’y a pas de toux, pas de râles dans la poitrine, partant pas de bronchite et la chaleur de la peau est modérée.
Mais ce qui attire surtout mon attention, c’est une ulcération sublinguale, que le docteur de Bruyne, qui suivait très-régulièrement la petite malade, avait remarquée la veille. Cette ulcération occupe le côté gauche du frein; elle consiste dans une petite plaie oblongue à grand axe dirigé d’avant en arrière et de 5 à 6 millimètres d’étendue ; elle est superficielle, à fond légèrement jaunâtre et sans gonflement notable à la périphérie. La langue ne paraît pas gênée sensiblement défis ses mouvements ; et, en dehors des quintes d’éternument, l’enfant continue à bien prendre le sein. De plus, l’examen des dents précoces permet de constater que la dent du côté gauche, côté de l’ulcération, est plus saillante que celle du côté droit, et même que son angle externe est plus aigu et plus tranchant que l’angle correspondant de sa congénère.
Cette disposition particulière, le siège de l’ulcération, l’époque de son apparition, nous firent admettre que nous étions en présence d’une lésion traumatique, déterminée par la projection de la langue sur les dents, et plus spécialement sur la dent de gauche, pendant les quintes d’éternument occasionnées par le coryza. Quant à la cause de ce dernier, il s’agissait évidemment d’un coryza a frigore, gagné par l’enfant dans ses sorties. Il n’y avait pas, en effet, à s’arrêter ici à l’idée d’une coqueluche à son début, à laquelle, cependant, l’ulcération de la langue nous fit tout d’abord penser il n’y en avait pas dans la maison, et personne en contact avec des coquelucheux n’avait approché de la petite malade.
Dans ces conditions, le moyen le plus rapide de guérir l’ulcération sublinguale était sans doute d’enlever la dent du côté gauche, ou du moins de limer son angle externe, trop aigu. Toutefois, rien n’étant urgent, et cette petite opération pouvant avoir des inconvénients, il nous parut indiqué, au docteur de Bruyne et à moi, de traiter tout d’abord le coryza, qui jouait un rôle important dans sa production. Le séjour dans une chambre bien chauffée, 'l’application de bottes d’ouate aux jambes, et des onctions de corps gras sur le nez furent conseillées. Quelques jours de ces soins hygiéniques suffirent pour faire disparaître les éternuments
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et leur cause. Dès lors, l’ulcérafion sublinguale elle-même se cicatrisa spontanément ; le 15 avril il q’y en avait plus de traces.
Depuis, cette enfant n’a jamais été malade,; elle a aujourd’hui vingt mois, et elle s’est développée très-normalement.
Dans l’observation que nous venons dé rapporter, l’éruption dentaire précoce ne présente en elle-même rien de particulier. Par le siège des dents à la mâchoire inférieure, leur nombre ((Jeux), leur qualité de médianes incisives, ces cas rentrent dans les faits connus.
Pour quelques-uns, notamment pour le professeùr Broca, et pour MM. Ernest Besnier et Guéniot, ces faits ne seraient pas très-rares ; les matrones et les sages-femmes en observeraient souvent. D’autres au contraire, et parmi eux M. Blot, n’en ayant jamais rencontré, ont mis en doüte leur existence même. Ces deux opinions Sont également exagérées, comme le fait remarquer M, Magitot (1). S’il est vrai, en effet, que de tout temps on ait parlé d’enfants qui naissent avec des dents, et même que parmi eux, il y en ait de célèbres, tels que Richelieu, Louis XIV, Mirabeau, il faut reconnaître que beaucoup de ces faits sont à bon droit suspects. jPar contre aussi, de loin en loin, dans les recueils pérodiques , on en trouve cités un certain nombre qui Ont été observés par des médecins, et dont l’authenticité ne laisse rien à désirer; et dans un relevé fait à la Maternité de Paris, il a été constaté que sur 17,578 enfants nés pendant une période de dix ans, de 1858 à 1868, trois présentaient des dents à leur naissance. Ces derniers chiffres montrent combien en réalité ces cas sont rares.
Relativement à notre enfant, nous ajouterons ici que, chez elle, la première dentition ne s’est continuée qu’avec lenteur. Ainsi ce n’est qu’au neuvième mois que se sont montrées les dents qui ont paru les premières depuis la naissance. De plus, l’éruption s4 est faite dans l’ordre suivant, qui n’a rien de régulier : incisives supérieures. latérales d’abord, puis médianes ; premières molaires supérieures, puis inférieures, et incisives latérales inférieures. Celles-ci, qui sont les dents les plus voisines des dents précoces, n’ont paru que dernièrement, au vingtième mois, et rien n’indique que la dentition se complétera de sitôt. Toutes ces dents, du reste, soflt Sorties sans trouble local, ni retentissement général, et elles contrastent par leur éclat et leur solidité avec les dents précoces, qui sont aujourd’hui jaunâtres, usées sur leur bord an* térieur et semblent prêtes à tomber.
Cette lenteur et cette irrégularité prouvent, comme on l’a déjà remarqué, que la sortie précoce de une ou deux dents û’annonce nullement que les autres suivront de près ; et, d’autre part, que cette éruption se fait par un travail localisé et indépendant pour chaque dent. Quant à la cause première qui fait qtie ce travail est hâtif et prématuré dans les cas de dentition précoce, elle est absolument inconnue. Mais les dents qui se présentent alors étant toujours des incisives médianes inférieures, et celles-ci se montrant le plus souvent les premières?, lorsque la dentition commence après la naissance, on peut dire avec M. Magitot qu’il n’y a dans ce phénomène, pour ces mêmes dents, qu’une éruption anticipée de un à sept mois sur la date ordinaire de leur apparition. Dans quelques cas, comme dans celui du docteur Mattéi (2), on a noté que cette disposition était héréditaire ; toutefois, il importe de faire observer que pour ce$ faits on est obligé de s’en rapporter aux dires de l’entourage, et que par là même l’hérédité ne pèüt être admise qu’avec réserve.
Quant à l’ulcération sublinguale qu’a présentée notre sujet, elle est intéressante à différents titres.
Tout d’abord cette lésion est un accident très-rare dans les cas de dentition précoce. Parmi les observations publiées depuis bon nombre d’années, nous n’avons trouvé, en effet, qu’un seul fait où 11 soit question d’ulcération de la langue. Ce fait est dû au docteur Delmas (de Cette), et comme dans le nôtre, le sujet était une petite fille. Chez cette malade, l’ulcération s’était développée sans cause appréciable, et dès les premiers jours de la naissance, elle était située transversalement sous là partie antérieure de l’organe ; enfin elle ne céda qu’à l’ablation des deux incisives précoces, qu’on fut obligé de pratiquer le quatorzième jour, l’enfant, qui ne pouvait plus téter, dépérissant de plus en plus (8). Il y a tout lieu de penser qu’il s’agissait, dans ce cas, d’une ulcération cachectique, tenant à la faiblesse générale du sujet, et qui était Irritée et entretenue par le contact des dents prématurées.
En opposition avec bette rareté des lésions de la langue chez les enfants nés avec des, dents, nous rappellerons certains accidents d’un autre ordre, qui paraissent plus fréquents, et que M. Magitot appelle intra-foUiculaires. Elles tiennent en effet, soit à une affection du follicule
(1) Docteur E. Magitot. De l'éruption précoce des dents temporaires. Archives de focologie, septembre 1875 ; et Gazette des hôpitaux, mai 1876.
(2) Docteur Mattéi, Union médicale, 1875, n° 69.
(3) Docteur Delmas. Union médiaale, 1875, n° 86,
dentaire, comme dans les observations de MM. Masse, Guéniot, Périer, Flamelle (de Laon), où il est question d’ulcération, d’abcès, d’hématocèle, d’ectopie de ce follicule (1); soit dans une affection de la gencive, comme dans une des observations du docteur Thore, où un abcès à l’ùne des gencives supérieures fut suivi de l’apparition de l’incisive correspondante (2). Dans ces cas, on a affaire à des éruptions précoces et pathologiques , dans lesquelles l’affection primitive qui joue un rôle capital dans la sortie de la dent, constitue déjà par elle-même un accident. Dans ceux que nous avons en vue, au contraire, il s’agit d’éruptions précoces et régulières, dans lesquelles l’éruption dépend d’un travail prématuré, mais normal ; et on conçoit qu’alors les accidents soient très-rares. Il est même inutile de faire observer, avec j. Franck, que la succion s’opérant par les lèvres et non par les mâchoires,- la présence des dents précoces ne gêne en rien les enfants pour téter.
En second lieu, l’ulcération de la langue de notre petite malade est remarquable par les analogies frappantes qu’elle a présentées avec les ulcérations sublinguales qu’on observe dans la coqueluche. Elle en avait le siège sur les côtés du frein, la forme oblongue, le peu de profondeur, l’aspect un peu jaunâtre, en un mot tous les caractères objectifs. Elle n’est pas moins remarquable par les conditions particulières qui ont présidé à son développement, à savoir, l’existence d’un coryza, entraînant dans les quintes d’éternument la projection de la langue sur le bord libre des dents précoces, et amenant ainsi un véritable traumatisme de l’organe.
Ce mode de formation constitue une nouvelle preuve en faveur de l’opinion que M. H. Roger a soutenue dernièrement à l’Académie de médecine, sur la nature, des ulcérations sublinguales de la coqueluche elle-même. Certains auteurs, et notamment le docteur Delthil, auraient voulu voir dans ces lésions une éruption spéciale, un caractère spécifique de cette maladie, au même titre que l’énanthème dans les fièvres. Dans son rapport sur le travail du docteur Deltihl, M. H. Roger a fait justice de ces errements, et montré, par une série d’arguments plus concluants les uns que les autres, qu’elles ne sont que le résultat d’un traumatisme, tenant au frottement répété du frein sur le bord libre des incisives, pendant les quintes de toux (3). Les observations citées ultérieurement par le docteur Bouffiers (de Çetle), dans lesquelles ce dernier- avait constaté l’ulcération de la langue chez des coquelucheux, avant la sortie des premières dents, mais avait pu en même temps s’assurer que, dans ces cas très-exceptionnels, la lésion avait été produite par l’ongle de la mère, introduit dans la bouche pour en enlever les mucosités ; ces observations n’ont fait que confirmer, quant au fond, la manière de voir du savant rapporteur (4). Notre. observation vient pour; ainsi dire compléter la démonstration, en établissant qu’une maladie, différente, de la coqueluche, mais déterminant la même projection de la langue sur les incisives, peut, dans certains , cas, présenter les mêmes ulcérations sublinguales.
Par contre, je dois ajouter qu’elle permet d’apporter quelque restriction à la valeur diagnostiqué que M. H. Roger accorde à ces lésions, malgré leur origine traumatique, lorsqu’il dit que, dans certains cas, l’ulcère du frein devient un symptôme capital; et que, « signe certain de coqueluche, et d’une coqueluche ordinairement intense, il acquiert alors une grande valeur diagnostique » . Si cette proposition est rigoureusement vraie pour les enfants ordinaires, il n’en est plus de même pour ceux qui; naissent avec des dents, un simple, coryza, nous venons de le voir, pouvant être chez eux la cause occasionnelle de la lésion en question. Il estvrai qu’il s’agit alors, comme pour les cas cités par le docteur Bouffiers, de faits exceptionnels;, mais iqi l’exception ne confirme pas la règle.
Au point de vue du traitement, la guérison de Pulcération sublinguale chez notre malade sans l’avulsion de ces incisives, a encore son intérêt, en montrant que l’existence, d’un accident dé ce genre n’indique pas toujours qu’il faut sacrifier les dents précoces. On ne doit recourir à ce moyen, que lorsqu’on a affaire à une ulcération persistante, gênant la succion- et par là même compromettante pour la vie de l’ehfant, comme dans le fait du docteur Delmas. Dans ces conditions même, peut-être pourrait-on se borner à limer la couronne de la dent offensive, comme nous nous proposions de le faire, le docteur de Bruyne et moi, si, dans notre cas, l’ulcération n’avait pas cédé d’elle-même après la disparition du coryza.
Si nous insistons sur ce point, c’est que, d’une part, on est disposé, dans ,1e public du moins, à pratiquer sans motif, chez les nouveau-nés, l’avulsion des dents prématurées (les matrones et les sages-femmes ne s’en feraient pas faute, dès le lendemain de la naissance, d’après MM. Ernest Besnier et Guéniot); et que, d’autre part, cette petite opération, si simple
(1) Docteur Magitot. hoc. citât.
(2) Docteur Thore. Gazette médicale , 1867, p. 617,
(3) Union médicale, septembre 1878, n° 110.
(h) Vmod médicale, octobre 1878, 116.
qu’elle paraisse, n’est pas toujours exempte d’accidents. M. Magitot cite, en effet, un exemple saisissant, dans lequel elle donna lieu à une hémorrhagie qui résista aux traitements les plus méthodiques, y compris la cautérisation au fer rouge trois fois répétée, et qui fut suivie de mort. Il est vrai que dans ce cas il s’agissait d’un certain degré d’ectopie, et que l’enfant était vraisemblablement hémophyle; quoi qu’il en soit, ce fait n’en prouve pas moins qu’elle peut être dangereuse. Nous ajouterons que, faite sans indications précises, elle est non-seulement inutile, mais encore nuisible, les dents enlevées n’étant remplacées que tardivement par les dents correspondantes de la seconde dentition.
En résumé, l’étude de notre observation démontre tout d’abord que les enfants qui naissent avec des dents doivent être, plus que les autres encore, préservés de toute cause de refroidissement, afin de leur faire éviter le coryza et l’ulcération sublinguale qui peut en être la conséquence ; et en second lieu, que si cette dernière se montrait et coïncidait avec des quintes d’éternumenl, il ne faudrait pas se hâter de toucher aux dents prématurées, mais bien traiter tout d'abord le coryza intercurrent. Ce serait le cas de dire ici, en modifiant le mot de Cicéron :
« De minimis . curet medicus. »