‹ L'Union médicaleChapitre 74 sur 176 · COMMUNICATIONS · texte numérisé non relu

COMMUNICATIONS

M. Gillette présente à la Société un petit garçon âgé de 8 mois, qu’il a opéré d’mperforation ano-rectale trois jours après sa naissance, et qui est atteint également d’un léger hypospadias. Il a pratiqué l 'entérotomie périnéale , et la protoplastie. L’incision faite au niveau du vestige d’anus existant, fut de 3 centimètres environ. La recherche de l’ampoule rectale fut assez laborieuse, puisqu’on dut pénétrer à 2 centimètres et demi de profondeur pour la découvrir. Il en fit l’ouverture après l’avoir fixée par deux points de suture latérale aux lèvres de l’incision des parties molles. Ce ne fut qu’après qu’il acheva de placer les quatre autres points de suture. Une sonde avait été mise dans l’urèthre avant l’opération, et le bout d’une grosse sonde en gomme élastique fut laissé dans l’anus nouvellement constitué. Un fait à noter, c’est que le petit malade, qui refusait tout liquide avant l’opération et vomissait, se mit immédiatement, après la sortie du méconium, à boire du lait. Actuellement l’anus est bien conformé, il existe un fort léger rétrécissement, ou plutôt le petit malade est constipé de temps à autre. M. Gillette, qui a commencé au bout de dix jours à dilater l’anus de temps en temps, pratique maintenant cette dilatation avee la tige de la laminaria digitata. Cet enfant est en parfait état de santé. Il a fait déjà deux dents et tout porte à croire qu’en employant la dilatation anale pendant longtemps encore, les fonctions de défécation s’établiront chez lui d’une façon normale et définitive.

M. Gillette finit en mentionnant sa petite statistique personnelle sur l’opération de l’imperforation anale.

Il a opéré cinq atrésies complètes par entérotomie périnérale, il a trouvé quatre fois l’ampoule rectale et a pu terminer l’Opération régulièrement. Une seule fois il n’a pu rencontrer cette ampoule et a dû immédiatement pratiquer l’entérotomie abdominale (méthode de Littré).

Le premier enfant (Necker), petit garçon opéré avec résection du coccyx, a guéri sans incontinence ni rétrécissement, et a été présenté à la Société l’année dernière.

Le deuxième enfant (Sainte-Eugénie), guéri, est un petit garçon que M. Gillette présente aujourd’hui.

Le troisième, mort (petit garçon opéré en ville), résection du coccyx, hémorrhagie au bout de deux jours. L’enfant semble se rétablir, mais le neuvième jour se développent plusieurs abcès au niveau du bras, de la fesse, du sternum. Pyohémie; succombe le douzième jour.

Le quatrième, petite fille (hôpital des Enfants-Malades), résection du coccyx. Succombe à des phénomènes gastro-intestinaux au bout de quatre jours.

Le cinquième (petit garçon) est celui chez lequel il n’a pas trouvé l’ampoule et a été obligé de pratiquer l’entérotomie abdominale. U ne sait pas ce qu’il est devenu.

En somme, 5 cas, 2 guérisons.

M. PoLAiLLON : Je soumets à l’examen de mes collègues le moule du pied d’une jeune fille, dont le gros orteil est atteint d’une exostose sous-unguéale. Je ferai remarquer que cette maladie est relativement rare. Dupuytren en a constaté cinq cas. M. le professeur Gosselin en a rencontré huit, et deux cas se sont présentés à mon observation. Le moule que je présente reproduit l'état du pied de ma seconde malade, jeune fille de 17 ans qui, après une forte pression sur 1 orteil, vit, il y a quatre mois, l’ongle se soulever, se bomber, et au-dessous apparaître un corps dur. La douleur était excessive, elle s’irradiait dans tout le membre inférieur, ave,c ®n|our jssenaent. La marche était impossible. L’opération a été simple. L’ongle, circoncnt a 2 millimètres en avant de la matrice, a été enlevé, et a laissé à découvert une

masse blanchâtre de la grosseur d’un noyau de cerise, qui a été incisée avec de fortes pinces compactes. En allant profondément vers le point d’implantation ou d’origine, notre excision a compris ou entamé la face de la phalange; nous avons employé le pansement de Lister, et la guérison a eu lieu très-promptement, sans suppuration, en dix ou douze jours.

L’autre observation a pour sujet une fille de 20 ans, qui, deux ans auparavant, à 18 ans, a subi une forte pression sur le pied, principalement sur le gros orteil ; l’exostose, du volume d’une noisette, était suppurée. Elle a subi le même procédé opératoire, le même pansement de Lister, et la guérison a été rapide.

La maladie est dénommée exostose sous-unguéale; mais, au point de vue de l’anatomie patho logique, jusqu’à présent on n’a signalé dans sa texture que du tissu fibreux, ayant pour support une efflorescence osseuse, mais pas de tissu cartilagineux.

Cette affection est propre à l’adolescence; cependant M. Gosselin a rencontré un cas chez une personne de 45 ans. Elle se montre principalement chez les jeunes filles et les jeunes femmes, et de plus, on a surtout signalé, dans son étiologie, une contusion ou une pression assez forte sur le gros orteil.

M. de Beauvais : Une opération, en tout point semblable à celle de M. Polaillon, a été faite en ma présence par M. le docteur Perrjer, .chirurgien distingué des hôpitaux, sur une de mes clientes. C’était une exostose sous-unguéale du gros orteil ; la patiente était une jeune fille. Je produirai, à une autre séance, des renseignements sur l’examen histologique et le procédé opératoire.

M. DraozrEz : Puisqu’on ne rencontre pas de tissu osseux propre, pourquoi la dénomination d’exostose ? Il ne faudrait pas l’employer.

M. Forget : Si on n’opérait pas, si on laissait au temps la faculté d’imprimer son action sur cette exubérance à support osseux, que deviendrait le tissu fibreux ? quelles transformations pourrait-il subir? M. Polaillon fait ressortir, avec les autres observateurs, que ce sont les jeunes filles qui sont atteintes de cette exostose. L’influence des chaussures n’est-elle pas pour une bonne part dans cette genèse ? Les jeunes filles portent des chaussures étroites, comprimant, pressant le gros orteil, et pour beaucoup d’elles, peu importe la douleur, si le pied est bien pris.

M. Horteloup : Je citerai cinq observations qui me sont propres, dont une chez une jeune fille; l’exostose était, dans tous ces cas, à la partie interne du gros orteil. Je détachais la portion de l’ongle correspondant à l’exostose en même temps que l’exostose même, et je ruginais la phalange au point d’implantation; il faut aller profondément; c’est le moyen de se mettre à l’abri des récidives. La guérison des malades a été rapide; j’ai employé le pansement ouaté.

M. Gillette : J’ai aussi opéré deux jeunes filles âgées d’une vingtaine d’années. L’exostose offrait le même aspect que celui présenté par, le moule de M. Polailllon. Mon procédé opératoire a été différent : avec un fort bistouri à lame courte, je détachais en même temps un copeau de l’ongle et l’exostose, et j’enlevais une portion osseuse de la phalange, en ruginant. Il faut opérer largement. L’examen histologique a révélé l’existence du tissu fibreux et d’ostéoplastes dermiques qui proviennent du périoste.

MM. Hortelodp et Gillette rappellent qu’ils ne procèdent pas à l’arrachement de l’ongle ; car, en repoussant, l’ongle repousse mal, très-épais, dans de mauvaises conditions pour le patient. Ils se contentent d’ènlever une portion circulaire, un copeau.

M. Forget : Ces productions, dit M. Gillette, prennent naissance entre le périoste et l’os. Je demanderai à M. Polaillon de vouloir bien nous faire connaître le résultat de l’examen histologique de la partie qu’il a enlevée.

M. Polaillon : Je pense que la dénomination d’exostose est à conserver; nous conservons d’autres dénominations qui ne donnent pas davantage l’expression exacte et pathologiqué de la maladie. Quant au procédé opératoire, j’ai dit que l’incision de l’ongle était faite à un demicentimètre en avant de sa racine. 11 faut bien découvrir l’exostose, car l’ongle est recoquillé, assez vilain. Je ne vois pas d’inconvénients à l’enlever dans cette étendue. Je ne redoute pas une mauvaise pousse de l’ongle, et il serait difficile que l’ongle repoussât dans d’aussi mauvaises conditions que celles dans lesquelles se trouvait, antérieurement à l’opération, celui d’une de mes malades. J’appelle l’attention sur le pansement de Lister appliqué aux plaies comprenant des os ou formées par des os ayant subi l’action chirurgicale. Sous son influence il n’y a généralement pas de suppuration, et la plaie se guérit promptement. Enfin je me ferai un devoir de vous communiquer le résultat de l’étude histologique, entreprise en ce mo-

ment, sur l’exostose sous-unguéale que j’ai opérée. J’ajouterai que l’influence des chaussure a été signalée dans l’étiologie de cette maladie.

Election. — M. Le Président déclare la clôture du scrutin d’élection ; le dépouillemen est fait et M, le docteur Delefosse est nommé membre titulaire de là Société de médecine de Paris.

— La séance est levéé à cinq heures et demie.

Le secrétaire annuel, D' J. Rougon.

FORMULAIRE

Solution antisyphilitique. — Izard.

Iodoforme . . 3 grammes.

Alcool rectifié . 10 —

Glycérine . 30 —

Faites dissoudre. Ou bien :

Iodoforme ...... L» t „ . . 2 grammes.

Éthèr sulfurique. . . u80 —

Chez 100 malades atteints d’affections syphilitiques divefséà, telles que Ulcères, bubons, gommes et papules ulcérées, qui ont été traités à la clinique de Prague, le professur Pick a employé localement l’une ou l’autre des solutions précédentes, ou encore la poudre d’iodoforme. Comme remède interne, il a prescrit chaque jour, 6 à 8 pilules d’iodoforme de Og' Ip ceptigr. et les résultats de ce traitement ont toujours été des plus satisfaisants.

Dans aucun cas, on ne fut obligé de remplacer l’iodoforme par un autre agent antisyphilitique, et dans aucun cas, Tiodoforme ne troubla les fonctions digestives, non plus que la circulation et le système nerveux. Chez un malade seulement, il survint dé la diarrhée, qui disparut après la cessation de l’iodoforme. Cependant on constata fréquemment de l’acné iodique. — De ces observations, le docteur Lazansky, chef de clinique du professeur Pick, conclut que chez bon nombre de malades, le traitement par l’iodoforme est avantageux et d’une moindre durée que le traitement par l’iodure de potassium, et qu’il est important de pouvoir, à l’occasioD, remplacer l’iodure alcalin par un succédané inoffensif et efficace, -s- N. G. .

COURRIER

Mutations dans les hôpitaux. — Par suite du décès de M. Chauffard, les mutations suivantes viennent d’avoir lieu dans les hôpitaux de Paris (services de médecipe) :

M. De nos passe de la Pitié à la Charité; 1V(. Lancereaux de Saint-Antoine à la Pitié ; M. Duguet de Tenon à Saint; Antoine; M. Rendu de Lourcine à Tenon; M. Gouraud du Bureau central à Lourcine.

concours, — Voici la composition du jury du concours qui va s’ouvrir pour la nomination de trois places de médecin au Bureau central : MM. Descroizilles, Audhoui, Dieulafoy, Luys» d’Heilly, Sirpdey, Dujardin-Beaupaetz, Mespet, Delens.

Honorariat. — Par arrêté du ministre de l’intérieur, en date du 28 février 1879, le titre de médecin honoraire des hôpitaux de Paris a été conféré à MM, les docteurs Guéneau de Mussy et Fauvel, anciens médecins des hôpitaux, et celui de chirurgien honoraire à M. le docteur Guérin, ancien chirurgien dés hôpitaux. ^

Cours publics d'anthropologie h l'Ecole pratique de la Faculté de médecine ; géographie médicale. — M. le docteur Bordier, secrétaire de la Société d’anthropologie, commencera ce cours le mercredi 26 mais, à trois heures, dans le local de la Société d’anthropologie, et le ' continuera tous les mercredis, a la même heure.

Programme : Géographie médicale et pathologie comparée des races humaines. Aptitudes et immunités pathologiques. — Influence de la race et du milieu sur la production, la marche et la répartition des maladies.

Le numéro de ve jour contient un Supplément de huit pages.

Gérant, Richelût.

Paris. — Typographie Féiix Mm.tf.stk et Ce, me des Deux -PiHes-SMnt-Saiiveur, 22.

Jeudi 20 Mars 1879

BULLETIN

SUR LA SÉANCE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE

La fatalité de la discussion soulevée il y a deux mois déjà, au sein de l’Académie de médecine, par le rapport de M. Panas sur le travail de M. Lannelongue, relatif à l’ostéo-myélite pendant la croissance, la fatalité, dis-je, de cette discussion est de porter, attachée à ses flancs, trois questions d’égale importance : l’ostéo-myélite, la septicémie et la doctrine des germes. Ces questions sorties l’une de l’autre, comme par une floraison ou une germination naturelle, la théorie des germes de la septicémie et la septicémie de l’ostéo-myélite, ces questions, à la fois distinctes et mêlées, apparaissent tour à tour tantôt isolément, tantôt ensemble sur la scène, se séparant, se réunissant, se séparant de nouveau pour se confondre encore suivant les hasards des séances et de l’ordre d’inscription des divers orateurs.

Il en résulte un certain décousu, une certaine confusion, au moins apparente, qui ne s’était pas révélée encore au même degré que dans la séance d’aujourd’hui.

En effet, au début de la séance et à l’occasion du procès-verbal, M. Jules Guérin a lu une courte et substantielle note en réponse à la partie du discours de M. Hervieux, où les doctrines de M. Jules Guérin sur la septicémie puerpérale avaient été mises en cause et combattues. MM. Hervieux et Depaul ont alors demandé la parole pour répondre à M. Jules Guérin. Mais M. Gosselin, inscrit depuis trois semaines pour défendre ses idées sur l’ostéo-myélite ou plutôt sur l’ostéite épiphysaire des adolescents, contre les critiques dont elles avaient été l’objet dans l’une des précédentes séances de la part de M. Trélat, M. Gosselin a réclamé le bénéfice légitime de la priorité de son tour d’inscription. La discussion sur l’ostéo-myélite a repris alors par un dialogue vif et animé entre M. Gosselin et M. Trélat, dialogue dans lequel l’un a fait entendre le langage plein de gravité et d’autorité de la science faite, de la science des maîtres, de la science officielle, si l’on peut ainsi dire ; l’autre, les aspirations et les promesses de la science qui se fait, de la science de l’avenir.

Malheureusement les deux sciences ne parlent pas la même langue, ou plutôt elles entendent sous les mêmes mots des choses différentes, ce qui fait que la plus grande partie de cette discussion, d’ailleurs très-attachante et qui a vivement intéressé l’Académie, a roulé sur un malentendu à propos de la définition de la moelle osseuse, ainsi que nos lecteurs pourront le voir au compte rendu.

Entre le discours de M. Gosselin et la discussion à laquelle ce discours a donné lieu entre M. Gosselin et M. Trélat, est venue s’intercaler encore la question de la septicémie puerpérale ; le débat s’est, du reste, borné à une très-courte escarmouche entre M. Hervieux et M. Jules Guérin. M. Depaul, qui avait exprimé l’intention de prendre la parole à ce sujet, s’est réservé pour la prochaine séance, disant qu’il voulait auparavant prendre connaissance de la note lue par M. Jules Guérin et qui sera insérée au Bulletin.

Si M. Pasteur avait eu le temps de lire la note qu’il a dû se borner à déposer sur le bureau à la fin de la séance la question des germes fût intervenue à son tour, complétant ainsi le trio de l’dltéo-my élite, de la septicémie et de la panspermie, que l’Académie voit apparaître successivement ou simultanément depuis plus de deux mois à chacune de ses séances. Toutefois, nous devons le dire, la question des germes n’a pas chômé, à défaut de M. Pasteur, dans la séance d’aujourd’hui. Un honorable et distingué confrère de la province, M. le docteur Henrot, professeur suppléant à l’École préparatoire de médecine de Reims, a lu une note relative à un appareil de son invention qu’il préconise à titre de préservatif des maladies infectieuses et contagieuses.

Ce sont les paroles prononcées par M. Pasteur, dans la séance où il a été question de l’étiologie et de la préservation de la peste, qui ont inspiré à M. Henrot l’idée de cette communication. M. Pasteur, on se le rappelle, avait déclaré qu’il se faisait fort de braver les dangers de la contagion de la peste en particulier, et des mala- Tome XXVII. — Troisième série. Û2

dies infectieuses en général, grâce à la simple précaution de porter un masque en toile métallique doublé de coton. C’est l’appareil en question que M. Henrot a eu l’idée de réaliser.

Il est regrettable que notre confrère de Reims se soit laissé influencer par les paroles de M. Pasteur plus que par l'improvisation éloquente et courageuse, reproduite in extenso par I’Union Médicale, dans laquelle M. Jules Rochard est venu démontrer que ces précautions, bonnes pour des expérimentateurs dans un laboratoire, sont absolument impossibles et illusoires dans la pratique médicale ou chirurgicale, ce véritable champ de bataille du médecin ou du chirurgien. Nous doutons que l’idée et l’appareil de M. Henrot fassent fortune dans le Corps médical. Pour nous, si la doctrine des germes devait aboutir à de pareilles conséquences pour la pratique médicale, nous nous écrierions avec une entière conviction : Qu’on nous ramène aux miasmes ! A. T.

CLINIOUE MÉDICALE

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