EAUX DE VALS (SOURCE PRÉCIEUSE
Pour se rendre compte de la quantité considérable d’acide carbonique contenue dans la source Précieuse de Vais (1), il suffit de se rappeler que, pour presque toutes les eaux minérales, il existe des relations marquées de position et de voisinage entre ces eaux et les roches plutoniques, volcaniques et métamorphiques. La constitution géologique de cette partie du Vivarais explique suffisamment la production incessante de ces proportions énormes de gaz acide carbonique. L’examen de l’analyse chimique de M. O. Henry établit à priori, d’une part, la facilité de conservation et de transport desdites eaux ; de l’autre, leurs propriétés thérapeutiques.
Le rôle important des alcalins, dans l’économie humaine, n’a jamais été mis en doute. Les auteurs ont souvent varié sur le mode d’interprétation des résultats obtenus, mais l’observation clinique avec son cortège de déductions pratiques a démontré, sans conteste, la raison d’être des bicarbonates de soude dans les dyspepsies, les affections du foie, la diathèse urique, le diabète.
Nous devons à M. le docteur Souligous la théorie la plus récente It, sans contredit, l’une des plus ingénieuses.
Il comtnence par constater que, dans l’état physiologique, tous les liquides de l’assimilation (lymphe, chyle, sang, salive, etc.) sont alcalins, pendant que tous les liquides excrémentitiels (l’urine, la sueur, le suc gastrique) sont acides. Il établit ensuite que tout tissu qui travaille se désgssimile et que tout produit de désassimilation est acide.
D’ftutre part, il admet l’existence de deux ordres de nerfs : les nerfs assihtilateurs (nerfs céphalo-rachidiens), ou pôle négatif, et les nerfs désassimilateurs constitués par les divisions du grand sympathique, ou pôle positif.
M. Souligous compare l’organisme vivant à une véritable pile en activité.
Les extrémités nerveuses représentent les extrémités des fils électriques, et ce qui se passe dans les diverses fonctions est identique à ce qui se produit en galvanoplastie lorsque le courant est fermé au sein d’un liquide conducteur. Le liquide est décomposé par le courant, le pôle négatif prend les alcalins, le pôle positif s’empare des acides ; pour l’organisme, le pôle négatif bu alcalin assimile, le pôle positif ou acide désassimile. L’acide formé est versé par les capillaires dans le sang veineux, tandis que l’extrémité nerveuse négative s’empare d’une quantité d’alcali qu’elle puise dans le sang artériel. La nécessité absolue de l’introduction des alcalins dans l’économie découle de cet état de choses.
Les affections dans lesquelles la source Précieuse (en raison des propriétés laxatives qu’elle doit au bicarbonate de magnésie et au sulfate de soude qu’elle renferme) est le plus spécialement indiquée, sont : les dyspepsies, les mouvements congestifs vers le foie et le cerveau, chez les personnes pléthoriques, à embonpoint exagéré. En maintenant la liberté du ventre, elle favorise le cours plus régulier de la circulation de la veine porte, en même temps qu’elle amène, dans les fluides sanguins et bilieux, une fluidité qui régularise leur mouvement progressif à travers les organes préposés à la chylification. Précisons davantage les indications :
Le symptôme général dyspepsie (difficulté de digérer) peut dépendre soit d’une altération du Süc gastrique, soit d’un1 affaiblissement des mouvements de l’estomac, ayant pour conséquence un mélange incomplet des ingesta avec le suc gastrique.
L’eau de la source Précieuse triomphe de la dyspepsie dite flatulente, non-seulement parce que son bicarbonate de soude absorbe l’accumulation des gaz, mais bien plus encore parce qu’il s’oppose à son renouvellement. L’action thérapeutique s’opère en modifiant la réaction trop acide des sécrétions, ou en augmentant la quantité d’albumine dans le sang devenu trop fibrineux. L’hypérémie prolongée du foie amène ensuite une hypertrophie et un engorgement des vaisseaux biliaires, phénomènes précurseurs de la formation des calculs et des coliques hépatiques.
La rareté de cette affection, chez les individus appartenant à la classe ouvrière, a porté quelques auteurs à se demander si l’absence d’un travail musculaire régulier, si une alimentation
(O Voyez Union Médicale du 22 février 1879.
trop substantielle ou trop abondante ne contribueraient pas grandement à déterminer la maladie. Toujours est-il que les causes les plus communes des coliques hépatiques se retrouvent dans certaines conditions de notre vie sociale (vie sédentaire, détention, absence d’exercice travaux littéraires prolongés). ’
Contre cet état, l’usage régulier des eaux de la source Précieuse constitue le traitement hygiénique par excellence.
ACADÉMIE DE MÉDECINE
Séance du 18 mars 1879.— Présidence de M. Richet.
CORRESPONDANCE OFFICIELLE
M. le ministre de l’agriculture et du commerce transmet les rapports de MM. les médecins inspecteurs des eaux minérales du Mont-Dore, de Saint-Sauveur, de Pietrapola, de Bussang, de Cambo et de Lamothe. (Com. des eaux minérales.)
La correspondance non officielle comprend :
1° Une note relative au porte-topique vaginal du docteur Belloc.
2° Un pli cacheté accompagnant l’envoi d’un Traité pratique de l'allaitement artificiel.
M. Depaul présente, au nom de M. le docteur Cambalis (?), d’Athènes, un instrument destiné à mesurer la cavité utérine dans l’état de vacuité.
A l’occasion du procès-verbal de la dernière séance, M. Jules Guérin demande la parole pour répondre quelques mots à M. Hervieux, qui, dans sa communication de mardi dernier, l’avait pris personnellement à partie, au sujet de ses idées sur la septicémie puerpérale.
M. Jules Guérin rappelle que, dans deux discussions très-approfondies sur la fièvre puerpérale, en 1858 et 1868, il a considéré la plaie utéro- placentaire comme susceptible de se présenter dans deux conditions et sous deux formes très-différentes : dans la condition d’une plaie fermée à l’air lorsque l’utérus est revenu sur lui-même, et dans la condition d’une plaie exposée lorsque ce retrait n’a pas lieu. Dans le premier cas, la plaie utérine représente une plaie sous-cutanée, c’est-à-dire soustraite au contact de l’air et ne suppurant pas ; dans le second cas, c’est une plaie ouverte, soumise au contact de l’air et qui suppure. Mais les liquides qui baignent la plaie utérine, — sang, caillots, lochies, — retenus dans un espace confiné et d’une origine spéciale, se putréfient facilement. Résorbés par les vaisseaux ouverts à la surface de la plaie ou entraînés à travers les trompes dans la cavité abdominale, ils sont susceptibles de donner lieu à tous les accidents de la septicémie puerpérale.
Sa conclusion pratique était : 1° Qu’il fallait, après l’accouchement, favoriser le retrait de l’utérus à l’aide du seigle ergoté ; 2° éviter la stagnation des liquides utérins ; 3" que, dès les premiers symptômes de la maladie, il fallait recourir aux injections et aux moyens de prévenir ou de combattre, par l’aspiration, la résorption des liquides putréfiés.
Telle est la doctrine qu’il a exposée dès l’année 1858. Cette doctrine, il la croit plus que jamais parfaitement fondée; et, plus que jamais, il la croit susceptible de sauver un grand nombre de nouvelles accouchées. Il a été fortifié dans cette conviction par l’accueil qu’ont reçu ses idées en Italie, en Allemagne et en Belgique. A Paris, bon nombre d’accoucheurs les mettent en pratique; et pour n’en citer qu’un, mais un des plus distingués et des plus occupés, M. le docteur Campbell, il croit être autorisé à déclarer que cet habile praticien n’a pas cessé d’administrer à toutes ses accouchées le seigle ergoté, aussitôt après leur délivrance. Depuis qu’il a adopté cette pratique, M. Campbell n’a vu survenir aucun cas d’accident puerpéral.
Qu’a objecté M. Hervieux à ces idées et à cette pratique?
1° Que, dans beaucoup de cas de métriles puerpérales, l’utérus reste béant, et même augmente d’amplitude sans qu’il y ait d’accidents septiques séçieux; M. J. Guérin n’y contredit pas: l’amplitude de l’utérus n’est pas une condition fatale de la maladie; toutes les plaies exposées, toutes les plaies qui suppurent ne provoquent pas nécessairement la septicémie ; la plaie utérine y expose davantage; voilà tout.
2° M. Hervieux a vu des exemples d’empoisonnement puerpéral des plus terribles coïncidant avec des utérus rétractés. M. J. Guérin a vu mieux : il a vu des accouehées mourir en quatre ou cinq heures au fort d’une épidémie de fièvre puerpérale à l’Hôtel-Dieu, dans le sertice de M. Louis, l’utérus n’offrant rien de particulier. Cela prouve tout simplement que le
poison quintessencié, résorbé, répandu dans l’atmosphère des salles par les premières malades, n’a pas besoin d’étre produit par la plaie utérine, ni d’exeraer son action sur l’utérus : il entre dans l’économie par toutes les voies et y produit des effets qui varient pour le temps, pour le degré, pour le siège : avant et après l’accouchement, chez les femmes enceintes et celles qui ne le sont pas, et même chez des sujets sans utérus, puisque M. Hervieux luimême, ainsi qu’il l’a dit, aurait éprouvé une intoxication puerpérale de l’épaule, de la hanche, et même du genou. 11 n’est donc pas étonnant que, dans ces cas d’intoxication générale par infection, dans un milieu intoxiqué, l’utérus reste étranger à la confection du poison. Mais, est-ce une raison pour en conclure que cette confection utérine n’a jamais lieu ; que la putréfaction des liquides utérins ne soit jamais le foyer d’origine de la septicémie puerpérale? Cette manière de raisonner, habituelle à notre collègue, lui a fait supprimer, dans son ouvrage sur la fièvre puerpérale, la première période du mal, la période de confection du poison, pour ne considérer que le poison tout fait, venant on ne sait d’où, et la forme infectieuse de la maladie. C’est, du reste, l’erreur commune à tous les esprits qui ne peuvent pas, qui ne veulent pas admettre qu’une maladie puisse être tout à la fois spontanée et transmissible.
M. Poggiale, au nom de la commission des eaux minérales, lit une série de rapports sur des demandes en autorisation d’exploiter de nouvelles sources minérales pour l’usage médical. Les conclusions de ces rapports sont adoptées sans discussion.
M. le docteur Henrot, professeur suppléant à l’École de médecine de Reims , lit un travail intitulé : Du respirateur à ouate comme moyen préservatif des maladies infectieuses et contagieuses.
L’expérimentation et l’observation clinique ont établi d’une façon presque positive les points suivants :
1° Les agents miasmatiques, infectieux et virulents, résident dans des éléments solides, ayant une forme déterminée (corpuscules de pus, bactéries).
2° L’atmosphère viciée tient en suspension ces divers éléments figurés ;
3° Ceux-ci, mêlés à l’air, sont arrêtés par une couche de ouate placée sur leur passage.
Dans la dernière, séance, M. Pasteur disait qu’on pouvait aller au sein du foyer de la peste, parmi les malades, les mourants et les morts, sans le moindre péril, en se couvrant la figure d’un masque fait en toile métallique, doublé de coton, de manière à empêcher la pénétration des germes à travers la bouche et les fosses nasales.
Ce que propose cet illustre savant, M. Henrot croit l’avoir réalisé il y a cinq ans ; il a été amené, par l’étude d’observations d’infection purulente dans lesquelles les poumons seuls étaient intacts, et de septicémie où le sang rouge et le système artériel étaient fortement altérés, alors que le système veineux était sain, à concevoir une théorie nouvelle.
L’infection est une fermentation, du sang au sein même des organes, résultant du contact dans les poumons du sang veineux chargé de leucocytes, ayant la propriété phlogogène, avec le ferment, les bactéries qui sont portés par l’air.
Aussitôt que ce contact s’effectue, il se produit une véritable fermentation du sang dans tout le système artériel ; et, comme conséquence, le sang perd son oxygène, son albumine, son sucre ; il se produit, en un mot, des accidents septiques.
Le moyen d’empêcher cette fermentation est théoriquement très-simple, c’est de s’opposer au contact du sang phlogogène porté par l’artère pulmonaire avec l’élément infectieux qui pénètre par les voies aériennes.
Ce moyen est-il possible pratiquement? Oui, affirme M. Henrot, en plaçant un cornet trèssimple, dont il soumet deux modèles à l’Académie. L’air inspiré traverse une couche d’ouate placée entre deux lamelles de toile métallique, l’air inspiré sort par un orifice muni d’une soupape très-facile à soulever.
Le pansement ouaté de M. Guérin et le pansement de Lister ont le double avantage d’empêcher les germes disséminés dans l’air d’arriver jusqu’à la plaie et inversement, et c’est là peut-être leur rôle le plus important, de retenir les germes qui se développent à la surface de la plaie et de les empêcher de se répandre dans l’air ambiant, où ils deviennent une nouvelle cause d’infection.
Cette théorie a été soumise à l’expérimentation. M. Henrot a injecté du pus mélangé à de l’eau, à des lapins; il a laissé les uns à l’air libre, il a placé les autres dans une atmosphère viciée; ceux-là seuls sont morts qui ont réuni les conditions nécessaires à la fermentation intra-organique : la leucocythose phlogogène et la bactérie par absorption pulmonaire.
Si la théorie est vraie, la préservation de l’infection et de la contagion par les voies aériennes est possible si le médecin, mettant de côté un faux amour-propre, et toutes les personnes qui
approchent les malades, consentent à se mettre un respirateur devant la bouche comme les myopes se mettent une paire de lunettes sur le nez. Du reste, des applications heureuses et démonstratives viennent affirmer l’efficacité de ce moyen.
Tyndall a pu arrêter, dans le Lancashire, une endémie qui sévissait sur un nombre considérable d’ouvriers, et leur faisait déserter le travail en les obligeant à porter devant la bouche une couche d’ouate enveloppée de mousseline.
Les pompiers de Londres, à l’aide d’un appareil semblable, séjournent sans danger dans les fumées les plus irritantes.
Deux internes de M. Henrot, atteints de fièvre et de diarrhée fétide à chaque autopsie qu’ils.faisaient pendant les grandes chaleurs de l’été de 187/», ont vu disparaître tous ces accidents par l’usage d’un respirateur.
Enfin cet appareil s’impose chez tous ceux qui soignent des croups. Les pertes récentes qUe vient de faire le Corps médical imposent à l’ Académie le devoir de mettre un terme à ces suicides glorieux, mais inutiles. Le médecin contaminé ne devient-il pas un malade qu’il faut soigner et qui peut devenir le point de départ d’un nouveau foyer épidémique? Les admirables découvertes de M. Pasteur ont ouvert un horizon nouveau pour la pathologie ; la thérapeutique et surtout la prophylaxie peuvent largement en profiter.
(Ce travail est renvoyé à la commission de la peste.)
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion sur l’ost éo-myéli te et la septicémie,
M. Gosselin, répondant principalement à l’argumentation de M. Trélàt, dit qu’il ne saurait admettre avec son collègue, pour justifier le nom d’ostéo-myélite donné aux faits d’ostéite épiphysaire contenus dans le travail de M. le docteur Lannelongue, l’existence de là moelle sous-périostique et de la moelle interstitielle (des canaux de Havers) ajoutée à la moelle endostale, ou vraie moelle renfermée dans le canal médullaire de l’os et dans les vacuoles du tissu spongieux.
Tous les anatomistes appellent moelle ou tissu médullaire, un composé bien défini, un ensemble dans- lequel se trouvent mélangés, avec beaucoup de vaisseaux sanguins, avec un peu de tissu conjonctif, avec de la matière albumineuse et de la graisse, deux éléments microscopiques spéciaux : les médullocèles et les myéloplaxes. Or, non-seulement cet ensemble n’existe pas sous le périoste des jeunes sujets, mais même les éléments microscopiques n’y existent pas à l’état d’isolement. On y trouve seulement quelques-unes de ces cellules qu’on appelait embryonnaires, il y a quelques années, et qu’on appelle aujourd’hui ostéoplastes. Elles ne ressemblent, en aucune façon, aux cellules géantes (myéloplaxes) de la vraie moelle; elles diffèrent des médullocèles de cette dernière par leur forme polygonale et par leurs dimensions, qui sont un peu plus grandes. Elles en diffèrent surtout par leurs aptitudes physiologiques, les ostéoplastes paraissant destinés à présider à la formation de la substance calcaire, dans l’accroissement de l’os en épaisseur; les médullocèles servant, au contraire, à la formation des globules rouges du sang, suivant les uns, ou, suivant les autres, à la résorption de la substance osseuse.
Dans l’état actuel delà science, nous n’avons pas le droit, dit M. Gosselin, de prétendre que la très- minime matière organique qui se trouve sous le périoste après la naissance, est une couche distincte de ce dernier, formant un tissu spécial, semblable à celui qui, dans les grands espaces des os, s’est de tout temps appelé la moelle.
Quant à la moelle interstitielle ou des canaux de Havers, admise par M. Trélat, elle n’existe pas davantage, suivant M. Gosselin. Elle n’est indiquée par aucun anatomiste ou histologiste, sinon par M. Ranvier qui, dans sa description, a seulement en vue la moelle embryonnaire. Les chirurgiens n’ont donc pas le droit de. considérer comme un fait établi et incontesté la présence de la moelle dans ces canalicules et par conséquent l’existence de l’ostéo-myélite dans ce point.
L’anatomie pathologique, pas plus que l’anatomie normale, ne donne raison à M. Trélat, suivant M. Gosselin. C’est à tort que, parmi les lésions histologiques de l’ostéite, M. Trélat met en avant la prolifération régulière des médullocèles et la prolifération troublée de ces mêmes médullocèles, l’une produisant l’ostéite condensante et l’autre l’ostéite raréfiante, la suppuration et la résorption osseuse. En effet, dans les traités d’histologie, il n’est pas question des médullocèles travaillant ainsi dans l’ostéite, mais de cellules embryonnaires, de ce qu’on appelle aujourd hui ostéoplastes. Or, ces cellules pathologiques sont des produits d’inflammation trèsanatogues à ceux qui forment ailleurs des bourgeons charnus et des fongosités, et ne sont pas les éléments microscopiques de la vraie moelle. La différence capitale entre la moelle pathologique ou fausse moelle et la moelle physiologique, c’est que dans la première il n’y a que des cellules embryonnaires qui pe sont pas des médullocèles sans substratum particulier, tandis
que dans l’autre, la vraie, il y a médullocèles et myéloplaxes avec un substratum albuminograisseux.
Ainsi, suivant M. Gosselin, ni l’anatomie ni l’anatomie pathologique n’autorisent M. Trélal, et avec lui MM. Lannelongueet Panas, à présenter comme des ostéo-myélites les inflammations qui se trouvent ailleurs que dans le canal médullaire.
Abordant ensuite, à ce point de vue, la question clinique, M. Gosselin conclut de l’examen des faits et de la discussion approfondie à laquelle il se livre, que l’inflammation aiguë des os pendant la croissance est une ostéite au début; c’est encore une ostéite quand elle suppure à la surface et dans l’interstice de l’os. Elle n’est une ostéo-myélite clinique que quand elle a suppuré dans les grands espaces médullaires.
Le mot épiphysaire que M. Gosselin a cru devoir ajouter au mot ostéite a, suivant lui, le grand avantage d’exprimer toujours une idée juste, quelle que soit la signification qu’on lui donne. En effet, il indique d’abord une ostéite développée sur un os qui a encore une partie de ses cartilages épiphysaires. U indique,, en outre, que cette ostéite a pour cause prédisposante l’activité de la nutrition des os pour l’accroissement en longueur et pour la soudure des épiphyses. Il fait savoir, ce qui est vrai dans le plus grand nombre des cas, que l’inflammation a son foyer principal entre la diaphyse ou l’épiphyse et le cartilage adjacent. Il prévient le clinicien que si la suppuration arrive dans ce point et s’accompagne d’une disparition trop prompte du cartilage, une disjonction, un décollement épiphysaire va s’opérer. Il indique, enfin, que l’inflammation peut occuper exclusivement ou principalement l’épiphyse proprement dite et prévient ainsi le praticien que l’articulation voisine peut être envahie.
Ce mot était plus particulièrement utile à l’époque où M. Gosselin l’a proposé, parce qu'il fixait l’attention des observateurs sur toute une catégorie de maladies du squelette qui avaient été confondues avant lui dans d’autres descriptions, et notamment dans celles qui concernent l’adulte et le vieillard. M. Gosselin croit que, sans le mot épiphysaire, ces maladies n’auraient pas été étudiées aussi bien qu’elles l’ont été depuis 1858, et que leur thérapeutique n’aurait pas fait les progrès qui se sont réalisés, et notamment celui dont M. Lannelongue a été l’auteur lorsqu’il est venu proposer la trépanation du canal médullaire pour les cas dans lesquels la suppuration a envahi le canal médullaire seul ou concurremment avec d’autres parties de l’os, comme cela arrive si souvent.
Ce mot d’ostéite épiphysaire est bon, d’ailleurs, pour une autre variété de maladies de la croissance qui n’avait été, jusqu’aux travaux de M. Gosselin, ni formulée, ni bien comprise. Il veut parler de l’ostéite subaiguë, lente, apyrétique, sans tendance à la suppuration et, par conséquent, sans gravité. On la trouve surtout à la jonction de l’épiphyse supérieure avec la diaphyse du tibia, au voisinage de la malléole interne, au grand trochanter, quelquefois au col du fémur, où. elle donne le change pour une coxalgie. Pendant longtemps, dans la pratique, les gonflements douloureux de ces points du squelette ont effrayé les praticiens; on à cru à une menace de suppuration et de carie ; on a fait intervenir tous les moyens de la thérapeutique antiphlogistique; aujourd’hui, il suffit de dire qu’on a affaire à une ostéite épiphysaire apyrétique non suppurante, pour qu’on en tire tout de suite la conclusion qu’il ne s’agit pas d’une maladie diathésique, et qu’on a affaire à une lésion locale, toute limitée, qui ne suppure pas, ne s’aggrave pas, et qu’il suffit de traiter par le repos et une compression modérée.
M. Colin demande à M. Gosselin s’il a jamais rencontré, dans les cas d’ostéo-myélite qu’il a observés, quelque exemple de septicémie sans exposition de l’os au contact de l’air,
M. Gosselin dit qu’il n’a jamais observé, pour sa part, de cas de ce genre. En outre, il n’existe pas dans la science de fait de clinique démontrant avec certitude la possibilité de l’ostéo-myélite suppurée et de l’infection purulente, ou de la septicémie sans abcès souspériostal et sans plaie extérieure.
U semble qu’il y ait toujours, dans les cas d’ostéo-myélite, coïncidence entre la suppuration sous-périostale et la suppuration dans le canal médullaire. Il faudrait des faits nouveaux pour résoudre la question posée par M. Colin.
M. Hervieux, répondant à l’argumentation de M. J. Guérin, dit que la théorie qui attribue la fièvre puerpérale à l’absence de la rétraction utérine, après l’accouchement, ne saurait s’appliquer à tous les cas de fièvre puerpérale, notamment à ceux de phlébite utérine coïncidant avec le retrait normal des parois de l’utérus, à ceux de fièvre puerpérale se manifestant tardivement après l’accouchement, alors que le retrait de l’organe est achevé depuis un temps plus ou moins long ; enfin à ceux d’accidents septicémiques d’origine puerpérale survenant chez des femmes enceintes, des enfants nouveau-nés, des employés et des médecins placés dans le foyer épidémique. M. Hervieux se plaint en outre de la forme peu académique donnée
par M. Jules Guérin à son argumentation, quand il a parlé des médecins qui ne peuvent et ne veulent pas comprendre.
M. Jules Guérin déclare que, pour le fond, il n’a rien à répondre à M. Hervieux qui ne soit contenu dans la communication qu’il vient de faire à l’occasion du procès-verbal.
Quant à la forme, il affirme n’avoir eu aucune intention désobligeante envers M. Hervieux quand il a parlé des médecins qui ne peuvent et ne veulent pas comprendre et admettre qu’une maladie peut être tout à la fois transmissible et résulter d’une affection primitivement locale.
M. Depaul, qui avait demandé la parole pour présenter quelques observations au sujet de la communication de M. Jules Guérin, dit qu’il préfère attendre, pour cela, d’avoir lu cette communication dans le Bulletin de l’Académie. Il se réserve de prendre la parole dans la séance prochaine.
M. Trélat demande à repondre quelques mots à l’argumentation de M. Gosselin. 11 pense qu’il serait difficile que l’Académie pût s’ériger en juge d’une contestation relative à des faits . d’observation purement anatomique. M. Trélat déclare avoir vu de ses propres yeux, dans le laboratoire de M. Ranvier, que les médullocèles et les ostéoplastes n’élaient qu’une seule et même chose. Il a vu de ses yeux la pièce et le dessin montrant la transition des médullocèles aux cellules embryonnaires ou ostéoplastes.
Dans ce même laboratoire, tous ceux qui le désirent peuvent voir de nombreuses pièces prouvant qu’il n’y a aucune espèce de reformation et d’organisation de tissu osseux sans production d’éléments embryonnaires nombreux, médullocèles et ostéoplastes.
M. Trélat accorde à M. Gosselin que l’on ne trouve pas les éléments de la moelle endostale sous le périoste et dans les canaux de Havers d’un os d’adulte ; mais, chez le fœtus, chez l’enfant, chez l’adolescent, chez tout individu atteint d’ostéite à un degré quelconque, on voit se produire la genèse, la prolifération des médullocèles et des ostéoplastes. Donc, tout en étant d’accord avec M. Gosselin sur la question clinique, M. Trélat diffère d’opinion avec son collègue sur la question histologique.
M. Colin dit que M. Trélat est dans l’erreur quand il attribue à un travail pathologique la transformation des médullocèles en corpuscules osseux, laquelle est le résultat de modifications purement physiologiques. M. Gosselin, au contraire, a parfaitement raison de dire qu’à l’état normal les canaux de Havers ne contiennent pas de moelle proprement dite. Personne, en effet, jusqu’à présent, n’a pu montrer dans ces canaux ce mélange de tissu conjonctif, de cellules adipeuses et de vaisseaux qui constitue le tissu propre de la moelle osseuse.
M. Gosselin pense que le désaccord entre M. Trélat et lui tient à ce que M. Trélat a en vue les caractères du tissu médullaire dans le système osseux de l’embryon, tandis que, pour lui, il n’est question que du système osseux de l’enfant ou de l’adolescent.
Pour M. Gosselin, la moelle osseuse n’est pas une réunion pure et simple de cellules, mais il appelle ainsi un ensemble, tel qu’il a été constitué par les anciens anatomistes, composé de vaisseaux, d’albumine, de graisse, et, en outre, de médullocèles et de myéloplaxes. Quant à l’ostéoplaste, ou cellule embryonnaire, il a une existence à part, tout à fait distincte et indépendante de la médullocèle ; c’est lui seul qui est l’élément producteur de l’os. La médullocèle n’est pas l’ostéoplaste. Telle est encore aujourd’hui l’opinion générale des anatomistes et des histologistes.
M. Trélat n’a jamais dit ni voulu dire, ce qui serait la plus grossière des erreurs, qu’il y ait de la moelle endostale sous le périoste et dans les canaux de Havers. Il y a trois sortes de moelle : la périostale, l’interstitielle, ou des canaux de Havers, et l’endostale. Ces variétés de moelle existent à des périodes différentes de l’évolution organique. La moelle endostale présente d’autres éléments que la moelle périostale et que la moelle interstitielle, du tissu conjonctif, de la graisse, de l’albumine et des vaisseaux. Mais il est rationnel de donner le nom de moelle à ces variétés de tissu, parce que, chaque fois que se produisent des phénomènes de génération, de prolifération, d’irritation, de suppuration, etc., ces phénomènes ne sont possibles qu’avec accompagnement de genèse, d’organisation, de dégénérescence de ces mêmes éléments, ou cellules de deux ordres, à savoir : les médullocèles ou ostéoplastes pour le tissu osseux proprement dit, et les myéloplaxes pour les formations vasculaires. Encore une fois, M. Trélat accepte entièrement tout ce que M. Gosselin a si bien dit au sujet de l’ostéomyélite du canal médullaire ; au point de vue chirurgical et clinique, il se déclare en parfait accord avec son éminent collègue; il ne se sépare de lui que sur la question histologique.
M. Gosselin pense qu’il serait nécessaire que les anatomistes et les histologistes s’expliquassent nettement sur la signification du mot moelle osseuse. Jusqu’à présent, la distinction
de deux moelles, l’une transitoire et l’autre permanente, admise par M. Trélat, n’est pas dans la science.
La discussion sera continuée dans la prochaine séance.
— La séance est levée à cinq heures un quart.
FORMULAIRE
Potion carminative. — Ainslje.
Essence d’anis . 12 gouttes.
Sucre blanc . h grammes.
Alcoolé de gingembre . 8 —
Hydrolat de menthe poivrée . 250 — *
F. s. a. une potion, à donner par cuillerée , dans le cas de météorisme et de dyspepsie flatulente. — N. G.
Kphéméridcs médicales. — 20 Mars 1812.
On lit dans la Gazette de santé de ce jour :
« C’est en 1736 qu’on a vu, pour la première fois, le bananier à fruits longs, plus connu sous le nom de figuier d'Adam , ou de culotte du père Adam, donner des fleurs et des fruits en Europe. Cette plante a des feuilles de huit à neuf pieds de long sur un et demi de large, et ses fruits ressemblent à de petits concombres jaunâtres, et d’une pulpe épaisse et sucrée. » — A. Ch.
COURRIER
Nous croyons être utiles à nos lecteurs en publiant l’analyse faite par M. Joulie, pharmacien en chef et chimiste à la Maison de santé Dubois, du lait pur et non écrémé de la ferme d’Arcy-en-Brie (Seine-et-Marne). Ce lait est expédié directement de la ferme à domicile, dans des boîtes en cristal plombées. Ce mode de vente, qui supprime l’intervention frauduleuse des intermédiaires entre le producteur et l’acheteur, mérite d’être encouragé.
Faculté de médecine de Paris. — On vient de distribuer, à la Faculté de médecine de Paris, les prix pour l’année 1877-1878. Le prix Lacaze, d’une valeur de 10,000 fr., qui est le plus important de tous, destiné à récompenser les travaux les plus remarquables consacrés à l’étude de la fièvre typhoïde et de la phthisie pulmonaire, a été décerné à M. le docteur Léon Colin, professeur d’épidémiologie au Val-de-Grâce.
Administration générale de l’Assistance publique a Paris. — Amphithéâtre d'anatomie. — Programme des cours de la saison d'été (année 1879) :
1° Cours de médecine opératoire.
MM. les élèves internes et externes des hôpitaux et hospices sont prévenus que M. le docteur Tillaux, chirurgien de l’hôpital Beaujon, directeur des travaux anatomiques, commencera ce cours le lundi 21 avril 1879, à deux heures.
M. le docteur Schwartz, premier prosecteur, traitera des résections et opérations spéciales.
M. le docteur Henriet, deuxième prosecteur, traitera des ligatures d’artères.
Des répétitions seront faites, après chaque leçon, sous la direction des professeurs.
2° Conférences d1 histologie .
Des conférences sur l’histologie normale et pathologique continueront à être faites par M. le docteur Balzer, chef du laboratoire.
MM. les élèves seront chaque jour exercés, sous sa direction, au maniement du microscope.
Nota. — Les microscopes et autres instruments nécessaires à ces divers travaux pratiques seront mis gratuitement à la disposition de MM. les élèves par l’administration de l’Assistance publique.
Les séries devant être reformées pour la médecine opératoire, MM. les élèves sont prévenus que leurs cartes seront reçues à l’amphithéâtre, à partir du Ie' avril.
— M. Mutel, médecin principal de l’hôpital militaire de Marseille, s’est tiré lundi matin dans un accès de folie, deux coups de revolver dans la poitrine. La mort a été instantanée. *
Projet pour la fixation des honoraires des médecins en Allemagne. — D’après la Gazette cCAugsbourg, le ministère de l’instruction publique et des cultes en Prusse, chargé en même temps des institutions médicales, a soumis à la Société de médecine de Berlin un projet'pour la fixation des honoraires des médecins. Ce projet est le résultat de délibérations qui ont eu lieu à ce ministère sur la question de la taxe. Au préalable, on avait recueilli les avis des autorités provinciales, l’opinion des sociétés de médecine et le jugement des journaux sur le même sujet.
La question de savoir s’il ne valait pas mieux s’abstenir de toute taxe, comme cela a lieu dans le pays de Bade et en Alsace-Lorraine, avait été mûrement agitée. Puis ce point ayant été définitivement écarté, l’on avait cherché à mettre d’accord le projet actuel avec les ordonnances analogues de la Bavière, du Wurtemberg et de la Saxe.
Yoici donc les bases de ce projet :
1° Pour la première visite à un malade, 2 marks (le mark allemand vaut 1 fr. 25);
2° Pour chaque visite ultérieure, 1 mark.
S’il y a à traiter plusieurs personnes appartenant à la même famille et demeurant sous le même toit, il y aura à ajouter pour la deuxième personne et pour chacune des personnes suivantes la moitié des honoraires ci-dessus. Ce taux sera applicable aux pensions et autres établissements analogues, ainsi qu’aux prisons ;
3° Pour la consultation orale de plusieurs médecins au sujet du traitement d’un malade, y compris la visite, si la consultation est la première, le taux sera de 5 marks pour chaque médecin ; pour les consultations suivantes, il sera de 3 marks ;
4° Pour avis donnés au domicile du médecin, pour le premier avis 1 mark 50 ;
5° Pour les suivants, 0 mark 75 ;
6° Pour les soins donnés de dix heures du soir à sept heures du matin, le triple des honoraires fixés plus haut dans les articles l*r et 2e; et le double des honoraires contenus dans les articles 3 à 5 ;
7° Pour l’examen au moyen de l’ophthalmoscope, du laryngoscope et autres appareils pour déterminer la maladie, 2 marks ;
8° Pour chloroformer le malade afin de déterminer la nature de sa maladie, 3 marks.
Hygiène publique. — Il a été donné lecture à la Société des arts, à Londres, d’un mémoire de M. William Thompson « sur les effets nuisibles de l’air dans les grandes villes, son influence sur la vie animale et végétale, et les méthodes proposées pour lui rendre sa salubrité. » M. Thompson a énuméré un grand nombre de faits chimiques et de statistique, d’un haut intérêt, qui démontrent à quel point l’air des grandes villes est chargé d’impuretés et à quel point il porte atteinte à la santé de ceux qui le respirent
Le meilleur moyen de remédier à ce mal serait, suivant M. Thompson, celui qu’a proposé un chimiste de Manchester, M. Peter Spence, qui a jugé praticable de construire une cheminée de 600 pieds anglais de haut, de 140 pieds de diamètre extérieur à la base, et de 100 pieds de diamètre intérieur au sommet; cette cheminée, dont la conslructmn coûterait 40,000 livres sterling, pourrait effectuer la combustion complète de tout le châlrbon brûlé à Manchester.
On assure que le système de M. Spence, proposé il y a plus de vingt ans, a été adopté avec succès pour la cour d’assises de Manchester et qu’on se propose de l’appliquer aux nouvelles cours de justice de Londres. Le premier grand avantage de ce système, c’est qu’il neutralise en grande partie les unes par les autres les émanations liquides et les émanations gazeuses. Il peut servir ainsi à la ventilation des égouts et résoudre beaucoup des problèmes qui s’y rattachent. Enfin, il serait possible de l’établir sans beaucoup de frais dans les grandes villes par la simple jonction de toutes les cheminées dans chaque massif de constructions, en les faisant aboutir à un seul et même grand corps de cheminée.
Société de médecine de Paris. — Séance du samedi 22 mars 1879 (local de la Société de chirurgie), rue de l’Abbaye, à 3 heures 1/2 très-précises.
Ordre du jour : — 1“ Influence pathologique sur les centres nerveux des impressions périphériques des membres inférieurs, par M. Onimus. — 2° L’état nerveux et le traitement moral, par M. Gilleberl Dhercourt père. — 3° Rapport sur la candidature de M. le docteur Bergeron au titre de membre titulaire, par M. Dubi isay. — 4" Présentation d’un homme ayant subi la résection traumatique de 7 centimètres de la diapliyse fémorale, par M. Gillette.
Le gérant, Richelot.
Paris. — Tyooçranhte Féux M/u&testb et me des Deux-Portcs-Saint-Sauveur, 22.
L’UNION MÉDICALE Samedi 22 Mars 1879
CLINIQUE MÉDICALE
MÉNINGITE TUBERCULEUSE $ — ARRÊT DANS LA MARCHE DE LA MALADIE $ — GUÉRISON DES SYMPTOMES.
Communication faite k la Société médicale des hôpitaux, dans la séânée du Vendredi 13 décembre 1878, Par le docteur Dujardin-Beaumetz , médecin de l’hôpital Saint-Antoine.
Il est toujours intéressant de faire connaître les observations de méningites tuberculeuses qui guérissent, ou du moins dont les symptômes disparaissent à un tel point que le malade ne garde plus de trace appréciable de l’évolution tuberculeuse qui s’est faite du côté des méninges. G’est un de ces faits que j’ai pu observer à l’hôpital Saint- Antoine, que je publie aujourd’hui, et cela avec d’autant plus de raisons, qu’ici le diagnostic paraît aussi affirmatif que possible. Yoici tout d’abord là relation de l’observation, faite par mon interne, M. Stackler :
Observation* — Méningite tubércuiéusê. -*■ Guérison deS symptômes.
Harlay (Henri), âgé de 23 ans, charretier, entre, le 12 octobre 1878, dans le service dü docteur Dujardin-Beaumelz; il est couché salle Saint-Lazare, n* 21.
Ce garçon déclare n’avoir souvenir d’aucühe affection dans sa jeunesse. Ses parents lui auraient dit qtl’eüfaht, il a été, à plusieurs reprises, très-malade.
Dans la famille, ils ont été douze enfants : ils sont tous vivants et bien portants, sauf deux, l’un mort à 10 ans (une soeur), l’autre mort peu de temps après sa naissance.
Sdn père, qui était Un buveur, serait mort phthisique, et sa mère aurait succombé à là même maladie ; èlle était diabétique.
Il a toujours mené une vie assez dure ; maçon dans son pays jusqu’en 1877, il est arrivé à Paris à cettë époque, où il fait depuis lors le métier de charretier.
Il y a six mois ce garçon, dans une rixe, a reçu un coup de canne plombée qui lui a fait perdre connaissance et qui â âmèné une plaie du côté gauche de la tête. Celte plaie s’est cicatrisée sans traitement et le malade n’a pas consulté de médecin à ce sujet. Il prétend qu’à partir de ce moment, il a èü des crampes dans les jambes ; mais tous ces symptômes ont complètement disparu depuis trois mois, et il jouissait d’une santé parfaite jusqu’au 12 octobre.
Le 12 octobre 1878, après son souper, notre homme se trouva pris tout à coup d’un frisson; il claquait des dents, tremblait de tous ses membres, etc.; ses camarades le portèrent à f hôpital à huit heures du soir. Il fut couché au n° 31 de la salle Saint-Lazare ; il sua beaucoup la nuit, puis il s’endormit.
FEUILLETON
CAUSERIES
Ën attendant l’avénemeht dü concours qui né peut larder à vèttir, jsai considéré comme un progrès dont il faut tenir compte, la nomination des médecins des Bureaux de bienfaisance, à Paris, par voie d’élection. Mais, à l’occasion dé l’application de Cette mesuré, telle qu’elle est proposée et décrétée, h^y a-t-il rien à dire, aucune observation à faire? Jè crois le contraire, et, Avec la modération qui nous est ici habituelle, et en dehors de toute pensée d’opposition, je Vais appeler l’attention de qui dé droit sur deux points qui me paraissent importants. Je crois que, s’il est temps encore et possible d’apporter quelques modifications aux mesures arrêtées, on donnera une véritable satisfaction à l’opinion et l’on S’évitera des embarras.
Ainsi, on à trouvé un pèu dure, bien autoritaire et tant soit pêü brutale, ï’èvictioh Complète des confrères actuellement en possession des fonctions de médecins des Bureaux de bienfaisance, et qui sont tous soumis à l’élection. En procédant par voie d’extinction, on aurait évité une mesüre qui a dû paraître blessante à tous ces honorables confrères. Oh se serait aussi évité Un acte trop révolutionnaire, la rétroactivité.
Lé fonctionnement médical des Bureaux de bienfaisance laissait donc beaucoup à désirer, qU’ôn ait été obligé d’en venir à un moyen aussi radical? Voilà ce que l’emploi de ce moyen laisse supposer, et, franchement, ce n’est pas agréable pour les Confrères ainsi dépossédés.
Mais, pôurra-t-on me répondre, ces médecns sont éligibles, et rien n’empêchera leurs Tome XXVII. — Troisième série. Û3
Le lendemain matin, son état était bien meilleur à la visite, et on ne constate chez lui qu’un peu d’abattement et un état saburral des premières voies ; d’ailleurs, le malade luimême dit qu’il se sent lin peu faible, mais que son état ne ressemble en rien à celui de la veille. Il n’a pas été à la selle depuis deux jours. On le purge. (Eau de Sedlitz, deux verres.)
14 octobre. Même état. Pas de selle. Le soir, à six heures, frisson, chaleur, sueurs. L’accès dure environ une heure et demie à deux heures. Temp. axill., 39°, 6.
15 octobre. Le lendemain matin, accablement, mais point de douleur. On ordonne le sulfate de quinine (0g',50), que le malade prendra deux heures avant l’accès prévu pour le surlendemain vers six heures.
17 octobre. On donne le sulfate de quinine. Pas d’accès.
18. Accès, à trois heures de l’après-midi, plus violent que le précédent. Température axillaire, 40°. On prescrit 0,50 sulfate de quinine, à prendre tous les jours. Eau de Sedlitz, deux verres. Repos au lit.
22. Peu d’appétit. Urines, pas d’albumine. Une selle la veille.
25 octobre. Nouvel accès à deux heures de l’après-dîner qui dure jusqu’au lendemain matin. Nous trouvons le malade en pleine période de sueur. La période de frisson a été trèslongue, au dire du malade, et d’ailleurs, à la visite du soir, elle nous a paru très-intense. Le malade était pâle, répondait à peine aux questions, claquait des dents. Il était dans cet état depuis deux heures de l’après-dîner. Le lendemain matin, on prescrit 1 gramme de sulfate de quinine.
30 octobre. Nouvel accès plus faible que le précédent.
3 novembre. On cesse le sulfate de quinine, le malade n’ayant pas eu d’accès ; selle liée. État général très-bon. Le malade se lève, va et vient; il veut quitter prochainement le service et reprendre son travail.
5 novembre. A la visite du soir, il se plaint de céphalalgie intense;. la lumière le fait souffrir. Les membres paraissent douloureux au moindre contact. Température, 37*8. Pouls, 88. Point de douleur, ni aucun signe du côté des viscèrés. Poitrine saine. Rien d’anormal dans les urines.
6 novembre. Cet état persiste. Température du soir, 38\ Pouls, 109. Il est plus difficile à compter, paraît petit, moins régulier.
7 novembre. Pouls tombé à 48. Les pupilles sont inégales ; celle de gauche paraît dilatée. Pas de vomissement.
Le malade a du strabisme (il y a longtemps, dit-il, qu’on lui a appris qu’il louchait un peu), mais c’est la première fois que nous nous en apercevons; d’ailleurs ce serait, d’après son dire, de l’œil gauche qu’il loucherait. Or, c’est de l’œil droit qu’il louche actuellement ; sa respiration ne semble pas irrégulière : environ 14 inspirations par minute.
Cœur : pas de souffle. — Poumon : rien. — Abdomen non douloureux. Constipation. Pas de vomissements, ni de nausées.
confrères de leur donner une nouvelle investiture par l’élection. J’ai assez bonne opinion du Corps médical de Paris pour penser qu’il en sera généralement ainsi. Il n’en sera pas moins pénible, pour les titulaires actuels qui désirent garder leur position, de devenir solliciteurs auprès de leurs confrères. Il peut même arriver qu’il y ait concurrence et compétition entre les titulaires actuels et ceux qui désirent leur succéder. Car, enfin, il ne faut pas plus placer les médecins que tous autres membres de la société entre l’aiguillon piquant des intérêts et le peu excitant mobile des convenances. Ne tentez pas le diable, fuyez l’occasion, voilà de vieilles maximes, mais toujours opportunes.
Savez-vous le nombre de confrères intéressés dans le mouvement électoral qui se prépare? Assurément, on ne s’en doute guère en dehors de Paris. Eh bien, il n’y a pas moins de deux cent vingt médecins attachés aux vingt mairies de Paris et faisant partie du service des Bureaux de bienfaisance. Leur traitement, selon l’étendue des circonscriptions, varie entre 600 et 1,000 francs.
D’après les renseignements qui nous arrivent, il est permis de croire que les médecins actuels des Bureaux de bienfaisance seront maintenus dans leurs fonctions et élus par leurs confrères.
On sait que l’élection doit avoir lieu dimanche 23 mars; il n’y adônc pas de temps à perdre, soit pour l’administration si elle croit devoir modifier son arrêté, soir pour nos confrères afin de se concerter pour les mesures à prendre. Nous savons que dans plusieurs arrondissements il a été décidé qu’on voterait pour les titulaires actuels. Il en sera très-probablement de même partout. Cet acte de déférence et de bonne confraternité honorera' le Corps médical de Paris. U ne faudrait pas cependant lui donner la portée d’une protestation contre l’élection, je persiste à croire que l’élection est un progrès, qu’elle l’emporte sur la nomination directe,
Lq douleur de tête est générale, mais elle est surtout forte au niveau des deux tempes. Pas de paralysies, pas de contractures. Quand on touche les membres gauches, surtout le membre supérieur, ott produit facilement de la douleur; rien de particulier à droite.
Température : matin, 36°,4; soir, 36°, 4. Pouls, 48.
8 novembre. Température : 36°, 8 matin ; 36°4 soir. Pouls, 52.
9 novembre. La respiration est plus lente que la veille, mais régulière. Pas de vomissements. Le bras gauche paraît un peu raide, fait difficilement les mouvements. Strabisme très-net. L’œil droit est dévié en dedans. La pupille du même côté est dilatée. Il semble donc qu’il y ait à la fois paralysie du nerf oculaire interne et du nerf oculaire externe. Temp. matin, 36°, 6. Soir, 36°, 4. Pouls, 56. Pendant la nuit, perte de connaissance. Cris d’hydrencéphalique.
10 novembre. Le lendemain matin, le malade ne répond pas aux questions qu’on lui pose. Il est couché sur le côté gauche, la tête cachée dans son oreiller; faciès rouge; strabisme interne (droit). Pupille fortement dilatée à droite. Il est impossible de tirer de lui une seule parole. Le bras droit résiste à peine aux mouvements forcés qu’on veut lui imprimer; la jambe droite de même. Cette résistance n’est pas exagérée ; elle paraît normale. Le bras gauche est contracturé; les doigts pliés dans la main, la main sur l’avant-bras, l’avant-bras sur le bras. On ne peut, même avec de violents efforts, les étendre. Cuisse, jambe du côté gauche, rien. Les phalanges et les métatarsiens sont . fléchis, légèrement du côté de la face plantaire, c’est-à-dire que l’extension du pied est forcée. Quand on touche, pince, ou qu’on fait reposer un corps froid sur les membres du côté droit, on n’obtient aucun phénomène particulier.
Au contraire, quand on touche simplement les membres supérieur et inférieur du côté gauche, on produit de la douleur; ce qu’expriment la physionomie du malade et ses gémissements. En pinçant fortement les deux membres du côté gauche, on le réveille de sa torpeur : il crie, et, par ce pincement et par l’application de corps un peu froids, on produit des mouvements réflexes du côté gauche.
Constipation. Calomel, 0gr,10 en vingt paquets ; glace sur la tête. Temp. axill. matin, 36°, 6. Soir, 36°Zt. Pouls, 56.
Respiration régulière. Troubles de la circulation de la face ; tantôt rougeur, tantôt pâleur.
11 novembre. L’état persiste. Cependant le malade a les yeux ouverts; il louche toujours; regard vague, hébété ; il ne comprend pas ce qu’on lui dit ; ne parle pas. L’hyperesthésie persiste dans les membres gauches. La contracture p'èrsiste dans le bras gauche (rien à droite). Le malade boit aujourd’hui ce qu’on lui présente.
On continue la glace sur la tète. — Calomel : 0,10 centigr. en 20 paquets. Une selle dans la journée. Température : soir, 36°, 6. Pouls, 56.
12 novembre. Le malade comprend quelques paroles et répond, mais vaguement. Il n’a pas conscience de ce qui s’est passé dans les deux jours précédents. Selle, dans la journée; il a
et qu’il serait fâcheux que le Corps médical de Paris refusât ce mode de nomination ou laissât croire qu’il n’y attache aucune importance.
Quelle sera la durée de ces fonctions? De quatre ans, dit l’arrêté préfectoral. Pourquoi une durée si courte? S’il est convenable de ne pas éterniser les titulaires dans leurs places, il convient aussi de donner à leurs fonctions une durée telle, qu’ils puissent apprendre à subvenir à tous les besoins du service. Trois, ou quatre ans ne sont pas suffisants. Pourquoi ne pas adopter pour les médecins des Bureaux de bienfaisance la mesure mise depuis si longtemps en pratique à Lyon pour le majorât? Après dix ans, le major cède sa place à un autre, nommé par le concours. Dix ans, c’est assez, ce n’est pas trop.
On sait que les médecins des Bureaux de bienfaisance de Paris se sont constitués en Société pratique et professionnelle à la fois. C’est M. le docteur Passant qui en est le zélé et dévoué secrétaire général. Or, au dernier dîner annuel de cette, Société, les confrères de M. Passant, pour lui donner un témoignage d’estime et de gratitude, lui ont fait cadeau d’une très-belle épingle d’honneur. Et pour montrer l’esprit de concorde qui règne dans cette Société, l’épingle représente un cor d’harmonie.
Quelle épouvantable chose que la guerre ! Une enquête officielle, dit la Revue de thérapeutique, a donné les résultats suivants sur les pertes de l’armée russe pendant la dernière guerre :
Le total des hommes inhumés dans la presqu’île des Balkans s’élèye à 129,471, et des 120,950 qui ont été renvoyés en Russie, malades ou blessés, il en a péri 42,950. Ainsi le chiffre total des morts dans cette guerre est de 172,400 hommes, sans compter ceux qui ont succombé dans la campagne d’Asie-Mineure. Ajoutez à ces chiffres ceux des Turcs, des Bulgares, des Roumains, etc., qui ont péri dans cette guerre, et vous vous demanderez comment,
dormi un peu. Face assej pâle. IJn peu d’amaigrissement. Quelques nausées (un seul vomissement très-peu abondant).
Le strabisme a beaucoup diminué, mais la pupille est toujours dilatée, La contracture du bras existe encore, mais a beaucoup diminué. L’hyperesthésie persiste, mais sans que le pincement produise des mouvements réflexes pareils à, peux qu’op obtenait deux jours auparavant.
Pouls : matin, 52, Température axillaire, 37*,2. — Pouls j soir, 68. Température, 36Q,4.
13 novembre. Pouls, 80. Température axillaire, 36“4. Plus de contracture du bras. Encore un peu de dilatation de la pupille droite. Le strabisme a diminué. Constipation.
Anesthésie du côté gauche (membre supérieur et inférieur) , à la place de l’hyperesthésie des jours précédents.
La santé est presque complète. Plus de céphalalgie; le malade est gai, mange, etc.
Les jours suivants, l’état du malade s’améliore de plus en plus.
20 novembre. A cette date, notre homme est complètement remis depuis plusieurs jours. Il va et vient; il veut s’en aller. Il ne louche plus de l’œil droit. It conserve du côté gauche le strabisme léger qu’il a toujours eu, dit-il.
En résumé, voici un garçon de 23 ans qui entre le 12 octobre Î878 dans mon service, pour des symptômes de fièvre intermittente. Les accès, qui sont mal caractérisés, apparaissent chaque jour et résistent à l’action du sulfate de quinine. Cet état s’aggrave pendant quelques jours, et nous pensons qu’il s’agit ici d’un début de fièvre typhoïde, début qui présente souvent celte forme intermittente ; cependant notre malade est constipé.
Le 3 novembre, il y a une telle amélioration que le malade exprime le désir de sortir; mais le lendemain 4, il est pris de céphalalgie, il ne peut supporter la lumière; peu ou pas de sommeil; le pouls est fréquent (100 pulsations); puis, le lendemain, le pouls baisse à 48; les pupilles deviennent inégales, il y a du strabisme; la respiration devient rare, et, enfin, le 9, le malade tombe dans le coma et jette des cris hydrencéphaliques. Le 10, des contractures se produisent dans tout le côté gauche; toujours extrême rareté dans le pouls; la température oscille entre 27 et 26 ; la respiration se fait à des espaces inégaux, elle est d’une lenteur remarquable. Le 16, le coma tend à disparaître, et le malade revient peu à peu à lui, et l’amélioration va en augmentant graduellement pendant quelques jours.
Nous diagnostiquons une méningite tuberculeuse, et cela non-seulement à cause des symptômes classiques que présente ce malade qui a offert, sauf les vomissements, tous les phénomènes caractérisant cette affection, mais encore parce que
en pensant à ces effroyables holocaustes, peuvent vivre tranquilles et sans remords ceux qui es provoquent.
Voulez-vous une petite anecdote moins sombre? Le roi Louis- Philippe, dit-on, avait l’habitude de se médicamenter chaque dernier jour du mois. A ces époques sacramentelles, il se faisait apporter dans la soirée un bol de- bouillon froid, dans lequel il se versait, secundum artem, une fiole d’huile de ricin, pour son déjeuner ultra-matinal.
Une nuit, vers deux heures, une personne attachée au palais tombe, comme un coup de foudre, dans le poste des Tuileries occupé par la garde nationale.
— Y a-t-il un médecin ici ?
— Oui, répond le docteur Bonami, capitaine du poste, il y a moi.
— Docteur, on a tenté d’empoisonner le roi; un domestique, qui vient d’avaler le breuvage destiné à Sa Majesté, expire en ce moment dans des convulsions atroces.
^ Gonduisez-moi vers le malade, et réveillez le roi.
On amène le docteur auprès du lit du malheureux : « Grâce ! ' grâce 1 un prêtre ! » hurle l’infortuné valet, en voyant apparaître le capitaine.
Le roi survient presque aussitôt ; on lui explique le cas.
— Oh! pardon, sire! pardon, s’écrie le mourant, c’est moi qui ai bu le fatal poison, mais j’ai sauvé la vie du roi. Sire! n’oubliez pas ma femme et mes orphelins.
— Gourmand ! répond le roi en souriant, tu en seras quitte à meilleur compte ! C’était de la bonne huile de ricin, et tu m’en diras des nouvelles!
Un de nos confrères, qui porte avec honneur et distinction un des plus beaux noms de la
nous trouvons chez lui une hérédité manifeste. Le père de notre malade est morte phthisique, et sa mère, qui était diabétique, a succombé aussi à la phthisie. Nous annonçons alors aux élèves que nous avons affaire, dans ce cas, à une de ces rémissions trompeuses si fréquentes dans le cours de la méningite tuberculeuse, et que d’ici à peu de jours le malade éprouvera de nouveaux symptômes graves qui entraîneront cette fois la mort.
Notre pronostic ne devait pas se réaliser, et, à notre grande surprise et à notre profond étonnement, nous avons vu ce malade revenir complètement à la santé et ne présenter aucun symptôme rappelant la scène méningitique qui s’était produite. Persuadé néanmoins de la véracité de notre diagnostic, je fis examiner ce malade par le docteur Meyer, qui met tant de soins et de précision dans ses examens ophthalpiologiques ; après avoir étudié le fond de l’œil du malade, il trouva dans l’œil droit non-seulement tous les signes qui caractérisent la méningite, mais encore il constata la présence évidente d’un tubercule de la choroïde. D’ailleurs, voici la note qui m’a été remise à ce sujet par son chef de clinique.
Note de M. le docteur Meyer, — Œil droit. A l’ophthalmoscope, on trouve la papille du nerf optique légèrement voilée, surtout à sa périphérie. La partie supérieure et interne du nerf optique est le siège d’une exsudation qui se propage sur les parties voisines de la rétine. Les vaisseaux disparaissent en partie sous cette exsudation. Sur le reste du fond de l’œil, les artères paraissent avoir leur calibre normal, tandis que les veines sont dilatées, tortueuses et d’une nuance plus foncée. En remontant le cours d’une de ces veines, dans la moitié supérointerne de la rétine, on découvre, au voisinage de la première bifurcation de ce vaisseau, une opacité légèrement proéminente au-dessus du niveau du fond de l’œil. Cette opacité, de forme presque ronde, de couleur jaunâtre, ombrée sur les bords, presque claire au sommet, est située derrière la rétine dont elle soulève visiblement l’un des vaisseaux.
A l’examen fonctionnel, on trouve la force visuelle de cet œil normale, ainsi que son champ visuel. Le malade a perdu la perception exacte des couleurs. Il ne reconnaît pas le violet, prend le vert pour du jaune et le bleu pour du vert. Il distingue encore le rouge très-vif.
Les symptômes physiques signalés se résument dans le diagnostic : Neuro-rétinite et tubercule de la choroïde.
Ainsi l’ophthalmoscopie nous permettait ici d’affirmer d’une manière positive la nature tuberculeuse de la méningite que nous avions observée, et je crois que par cette constatation notre fait acquiert une sûreté grande de diagnostic. Notre malade
médecine française, mais qui ne veut pas que je le désigne autrement, m’adresse la pièce de vers suivante, dont je ne peux lui refuser l’insertion, si elle doit soulager les cruelles douleurs de la goutte qu’il subit en ce moment ;