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OBSERVATION D’HYDROPHOBIE

Par le docteur Chavernac (Aix, B. de R.)

Dans la matinée du 16 décembre 1878, je fus appelé auprès de M. S..., un de mes bons amis. Je le trouvai couché, en proie à une certaine anxiété. Il se plaignit de céphalalgie, d’une violente douleur à là base de la poitrine, surtout dans les régions précordiàlé et épigas-

• trique. Il accusa aussi une certaine gêne dans la déglutition. Sa langue était saburrale ; son pouls, un peu plus accéléré que d’ordinaire, était plein et vibrant.

A peine âgé de 30 ans, il était robuste, bien musclé et d’un tempérament sanguin. Il attribua son malaise à un grand refroidissëmént qu’il aurait éprouvé quelques jours avant, et il ajouta que depuis un mois environ il était tourmenté par l’insomnie. Croyant avoir affaire à . une affection des organes thoraciques, j’explorai attentivement la poitrine dans tous les sens, mais l’auscultation ne me révéla aiicun signe ; la respiration était seulement accélérée. J’èxa- ■ minai l’intérieur de la bouche bans y trouver aucun état anormal, te pharynx était net, et comme lé malade se. prêtait très-bien à cet examen, je pus constater qu’il n’y avait ni ulcération ni inflammation ; la paroi postérieure de Tarrière-gorgè était sèche et luisante. Ne

• trouvant aucune lésion capable de m’expliquer l’angoisse qu’il manifestait, j’explorai les autres 1 parties du corps, sans - pouvoir mettre la main sur Un état pathologique bien défini; le- ventre 1 était souple et indolent; le malade, cependant-, était constipé depuis deux jours. Je prescrivis

une potion antispasmodique, des sinapismes renouvelés toutes les trois heures sur les parties douloureuses, un lavement avec 80 grammes de miel de mercuriale, et du lait coupé avec de la tisane de coquilles d’amandes. Je sortis, laissant le malade dans l’idée que son affection était le résultat d’un refroidiSsëment.

A ma visite du soir, je' constatai une forte aggravation dés. symptômes manifestés le matin. La/ douleur précordiale était devenue plus vive, l’épigastre plus sensible; le fades exprimait l’anxiété, les yeux n’avaient: plus leur regard de bonhomie habituelle. Le malade ne pouvait plus rester en place; il se jetait de côté et d’autre dans son lit, avec une brusquerie étonnante; Il portait souvent la main vers lé larynx comme pour enlever un obstacle qui lé gênait ; la dysphagie était beaucoup plus accentuée. On lui offrait à boire, mais il refusait obstinément ; ’sr on approchait uni 1>6F ou un verre, ‘il? lé repoussait d’un geste brusque. 8a parole était Saccadée, sa vdix un peu raUqUe. J’exaihinaià nouveau la poitrine, la langüfe et lé gosier, sans être plus heureux que le matin. ' ^

Il n’avàit pris què detix 'outrais cuillerées de la potion, et' à peine une ou deux tassés de lait; les sinapismes renouvelés n’avaient produit aucune amélioration; lé lavement laxatif

FEUILLETON

Les Médecins sous la République de Venise

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