‹ L'Union médicaleChapitre 9 sur 176 · LES COMMENCEMENTS · texte numérisé non relu

LES COMMENCEMENTS

Parle caractère original de ses institutions comme par les événements merveilleux de sa propre histoire, Venise a conservé le privilège de rester toujours un sujet d’études qui parie à l’imagination et qui attire lèSresprits réfléchis. Son gouvernement, pendant là longue durée1 de la forme républicaine, n’a ressemblé, en effet, qu’à lui-même. C’était uhë république, mais gouvernée par un si grand nombre de patriciens, l’un d’eux en tête, qu’elle était moins comparable à la forme d’État désignée par son nom, qu’à uné monarchie et à une monarchie maintenue par les lois les plus dures. Le fonctionnement compliqué' et étroitement surveillé de cette institution politique, imprima son cachet sur toutes les classes de la population et sur les professions de totltés les classes; Comme enseignement et comme profession, la médecine s’en est ; ressentie. Dans leurs' querelles avec les papes, les Vénitiens disaient : Sictmo Veneziani, è ]poi cristiani, nous sommes Vénitiens d’abord et chrétiens après. Le même esprit se retrouvait dans la médecine, elle était vénitienne d’abord, s’accommodant des gênes qüè lai imposaient les ordonnances de la Sérénissime Seigneurie et en recevant une marque qui,- ne se retrouvant pas ailleurs, lui imprimait son originalité.

Dès que les Vénitiens se furent organisés sur le singulier terrain qu’ils s’étaient choisi, ils Tome XXVII. — Troisième série. 5

avait amené une selle insignifiante et sans urine. Mêmes prescriptions pour la nuit ; nouveau lavement avec une cuillerée de sel de cuisine. Je promis que s’il survenait quelque chose de nouveau dans la nuit, je me rendrais au premier appel.

Je sortis fort perplexe, frappé de cet état pathologique que je ne pouvais rattacher à aucune lésion palpable. L’idée d’hydrophobie me vint à l’esprit; mais ne possédant aucun renseignement pour poser un diagnostic précis, je crus prudent d’attendre au lendemain, soit pour ne pas éveiller l’attention du patient, soit pour ne pas effrayer la garde-malade. (Sa famille n’était pas dans la vilje.)

Le mardi 17, je vins voir le malade à huit heures et demie du matin. On me raconta que la nuit avait été calme jusque vers trois heures, et que le malade avait bu beaucoup de lait. A ce moment, il fut pris d’un accès de colère sans raison plausible, puis il se calma ; mais, une demi-heure après, un nouvel accès survint, plus fort que le premier. On alla chercher un de ses amis, auquel il fit l’aveu que toute la nuit il avait été en proie à un ardent satyriasis qui l’avait empêché de dormir. Il avait à peine fini sa confidence qu’un troisième accès, plus terrible que les deux autres, s’empara de lui. Il fit voler au plafond les chaises et les fauteuils qui se trouvaient à sa portée. Les assistants, terrifiés d’une pareille scène, m’envoyèrent chercher, et, comme on ne me trouva point, on alla chercher mon honorable et savant confrère, le docteur Chabrier. J’arrivai sur ces entrefaites. Je décrivis à mon confrère ce que j’avais observé la veille, et, simultanément, nous prononçâmes le mot hydrophobie, sans avoir aucun anamnestique pour nous éclairer. Nous interrogeâmes le cocher, qui nous affirma que son maître avait été mordu par un chien, il y avait environ deux mois. M. S... se rendait au restaurant entre sept et huit heures du soir, ayant sa chienne à ses côtés. Un chien s’étant approché d’elle, M. S... lui donna un coup de pied pour l’éloigner, et saisit la chienne par le collier. L’animal revint à la charge et mordit M. S... au poignet.

Celte narration confirmait notre diagnostic. Sous prétexte de tâter le pouls du malade, qui d’ailleurs semblait redouter notre contact et nous tournait constamment le dos, nous examinâmes la cicatrice. Longue de 1 centimètre environ, elle était parallèle au pli de flexion du poignet; tout autour d’elle, on voyait une teinte violacée dans l’étendue d’une pièce de deux francs. M. S... s’était médiocrement préoccupé les deux premiers jours de la morsure, et comme la plaie s’était rapidement cicatrisée, il n’y avait plus pensé. Je crus qu’il était prudent de ne pas réveiller sa mémoire à ce sujet.

Nous essayâmes de le faire boire. Il refusa d’abord ; mais, devant notre insistance, il saisit convulsivement le verre des deux mains, le porta vivement à sa bouche, ingurgita avec précL pitation deux travers de doigt d’eau sucrée, nous rendit le verre avec la même précipitation convulsive, et aussitôt se rejeta en arrière, dans un état de spasme tétanique indéfinissable, en poussant un cri rauque. Dans cet accès, la vue du verre, d’un objet luisant, des gens qui passaient devant lui, le moindre bruit, le simple contact de son lit, tout l’exaspérait et déterminait des secousses musculaires. Les yeux étaient fixes, injectés, saillants, les lèvres viola-

eurent un enseignement médical. Cet enseignement naquit de la nécessité et de cet esprit qui a distingué le peuple vénitien entre tous les autres, et qui a consisté à trouver ses ressources en lui-même. Il fallait pourvoir d’ailleurs aux besoins de la santé publique, besoins impérieux, car, dans les premiers siècles, la ville était insalubre par les nombreux marécages qui l’entouraient, et la maladie et la mort devaient y frapper à coups redoublés. Or, il était urgent de se défendre contre de tels ennemis, en leur opposant des forces capables d’engager la lutte et, s’il était possible, de la soutenir. Des écoles publiques furent fondées aux frais de l’État dès le xm' siècle, et la médecine y trouva sa place. La fondation scolaire, qui avait pour objet renseignement médical, garda longtemps son organisation rudimentaire. Les hommes instruits ne se plaignaient pas de l’insuffisance de l'institution; on se gardait bien de se plaindre à Venise. L’État ne paraissait pas songer à y rien changer, lorsque survint un événer ment heureux pour la République, puisque cet événement agrandit son domaine et lui donna de plus une grande et déjà florissante Université.

En l’année 13â0, le territoire de Padoue était conquis, et son Université, fondée en 1222 par l’empereur Frédéric II, où déjà accouraient les élèves en grand nombre, devint l’Université de l’État vénitien. Quelle fortune pour un État déjà assez fort pour faire des conquêtes autour de lui et commencer à pratiquer des annexions! quelle fortune de trouver à une faible distance un établissement tel qu’il eût été impossible, sinon bien difficile, d’en créer et d’en entretenir un autre, en présence d’un voisinage aussi glorieux I

Le monument universitaire est toujours debout dans l’enceinte des murs de Padoue On a retrouvé peu de traces de l’ancienne fondation, qui rappellent quelque chose de rarchitMmw primitive; bien que la terre italienne soit plus conservatrice que la terre française où il a été de mode de mutiler et de détruire les plus nobles monuments. Venise a employé les arch

cées, la respiration entrecoupée par la contraction deâ muscles pectoraux; les membres tremblaient, le corps tout entier frissonnait; la figure exprimait une douleur terrible. Par moment, il crachait avec bruit et violence, et lançait contre la muraille une salive épaisse et blanche. Quand la constriction de la gorge était trop forte et l’empêchait de parler, il demandait à écrire, et il évitait toujours de nous toucher quand nous lui passions les objets nécessaires; et, si nous nous approchions trop près de son lit, il nous repoussait avec véhémence. Son écriture était saccadée et presque impossible à lire.

Après avoir discuté brièvement, nous décidâmes, avec mon honorable confrère, la prescription suivante : 15 sangsues à l’épigastre, une potion avec 6 grammes de chloral, 30 gr. de sirop de Tolu, 15 gr. d’eau de fleurs d’oranger, et 100 gr. d’eau, enfin des injections hypodermiques d’atropine (sulfate neutre d’atropine, 20 centigrammes, pour 20 grammes d’eau distillée). Nous fîmes une première injection avec 5 gouttes de la solution à l’avant-bras droit.

A partir de ce moment, je ne quittai plus le malade. Mon confrère me promit de revenir plusieurs fois dans la journée pour me seconder de son expérience et de ses conseils, et il le fit avec un empressement dont je ne saurais trop le remercier.

Cette première injection eut un heureux résultat. Il se produisit, quelques instants après, une détente générale. Le malade respira plus à son aise; la figure fut moins congestionnée, le regard plus doux et la parole plus libre. M. S... embrassa son ami avec effusion, me tendit la main avec un accent de reconnaissance, me demanda pardon, les larmes aux yeux, d’avoir fait appeler un confrère à mon insu. J’essayai de le calmer par quelques paroles amicales; mais il avait une volubilité de langage que rien n’arrêtait. Il recommanda à son. ami de mettre ordre à ses affaires. J’essayai de lui taire boire de la potion au chloral, mais il éprouva une forte répulsion à la vue du verre, et me repoussa avec un geste brusque. Il avait à peine fini ses recommandations qu’il sentit revenir la crise, en nous disant : « Je repars. » La douleur précordiale et épigastrique s’annonça plus forte que précédemment, la respiration s’embarrassa de nouveau, la constriction pharyngienne reparut plus cruelle que jamais, la face redevint turgescente, les lèvres violacées, les extrémités des doigts prirent la même teinte. L’anxiété devenait plus poignante; le malade ne cessait de me dire d’une voix rauque : « Docteur, je vous dis que je vais mourir; faites-moi ce que vous avez de plus fort pour me soulager », et il me tendait le bras pour une nouvelle injection. Je lui fis alors, pour le contenter, une injection avec 5 gouttes d’eâu froide. Le bruit que fit l’eau en tombant dans le verre détermina un soubresaut de tout le corps et une contraction spasmodique des muscles du cou. Cette deuxième injection parut le calmer un instant; mais, l’accès revenant, il demanda un prêtre d’une voix convulsive et les dents serrées. Avec un courage digne d’éloges, le prêtre s’approcha du malade, l’embrassa et se mit en devoir de lui donner les secours de la religion. De nouveau; j’essayai de le faire boire, car il avait la bouche sèche et paraissait tourmenté par la soif; mais la scène d’horreur et de répulsion se reproduisit. Je me souvins alors que Celse avait parfaitement décrit l’état de ces malheureux, qui sont à la fois tourmentés

tectes, qui ont couvert de palais les rives du Grand-Canal, à. orner le bâtiment scolaire. Sansovino fut celui qui en régla la décoration. La façade n’est pas vénitienne ; cependant, il n’y a rien qui dénonce le goût doipinant de l’époque où la tradition grecque se mêlait au goût oriental. Elle est tout à fait grecque avec ses quatre colonnes doriques cannelées. La cour présente un caractère imposant 'et dénonce l’importance de l’édifice; elle est environnée d’un grand portique à deux étages, noblement réglé par Sansovino, et assez estimé pour qu’on ait essayé d’en priver ce grand architecte au profit de Palladio, puisque, dans ses lnedita, on l’a placé au compte de ses oeuvres. A la suite de celte cour principale se succèdent de nombreuses salles grandes ou petites,; les unes pour les collections, les autres pour les cours. Il y en a une dans les bâtiments de cette Université qui mérite, plus que toutes les autres, un sentiment qui n’est pas la curiosité, mais le respect; cette salle, c’est l’amphithéâtre d’anatomie où a enseigné l’illustre fondateur de l’anatomie pathologique, Morgagni, l’une des plus grandes gloires de cette antique École.

Gomme dépendance de l’Université, et pour compléter son enseignement, qui était bien un enseignement universel, car il répondait à tout, . il s’y traitait de omni re scibili, on doit signaler deux importants établissements qui ont chacun leur histoire. L’un de ces établissements, c’est le jardin botanique, Orto de simplici, peut-être le plus ancien qu’il y ait en Europe, car il a été fondé en 15Û5; il est situé dans le voisinage d’une église qui a une renommée pour les œuvres d’ârt qu’elle renferme, l’église Saint-Anloine-de-Padoue, dont le patron a la réputation séculaire de faire trouver les objets perdus. L’autre fondation, c’est la tour de l’Observatoire, qui a été illustrée par les découvertes de Galilée. L’édifice fut établi sur une base, un reste de tour qui avait servi de prison sous le tyran Ecceliq, laquelle prison passe dans l’his-

par la soif et par la crainte de l’eau : Miserrimum genus morbi, in quo simul eeger et siti et) aquæ metu cruciatur.

Le prêtre m’interrogea sur le pronostic. Je lui répondis que le malade n’irait pas à la fin de, la journée, et que le collapsus pouvait arriver . d’un moment à l’autre. Craignant que.M. S... ne fût pris soudain d’un accès furieux, je lui fis une nouvelle injection de 5 gouttes d’eaui froide. La confession fut relativement calme. Mais, avant de commencer, il avait dit au prêtre, : avec un geste impératif, de se tenir an bout de la chambre, et il s’était brusquement tourné vers la ruelle du lit.. Lorsqu’à la fin le confesseur lui présenta le christ (qui est en cuivre luisant), le malade éprouva une horreur terrible.

Il était onze heures environ. La fièvre, modérée le premier jour, s’était allumée avec force; la veille, le pouls battait 90; le 17, à huit heures du matin, il était à 110; à dix heures, je comptais 120 pulsations. De vibrant et fort qu’il était le matin, il était, devenu mou, dépressible et précipité. Une sueur profuse inondait le malade. La dysphagie devenait plus inquiétante, la congestion cérébrale augmentait, la face avait un aspect horrible, et l’engorgement pulmonaire faisait aussi des progrès incessants. L’expùi'tion, qui jusqu’alors ne s’était montrée qu’à de rares intervalles, devint plus fréquente ; la matière qu’il rendait par la bouche était sanguinolente, couleur lie de vin ; ce n’était plus la bave blanche qui recouvrait les dents quelques heures auparavant.

A onze heures et demie, il fit une recommandation à son ami, en ne prononçant que des paroles incohérentes, entrecoupées : il délirait. A partir de ce moment, le malade n’eut plus, conscience de ce qui se passait autour de lui;, il fut plongé dans le. collapsus le plus profond ; les bras pt les jambes ne firent plus aucun mouvement. Les symptômes congestifs s’accroissaient à vue d’œil, le pouls faiblissait d’un instant à l’autre. La face seule était, par intervalles le siège de fortes convulsions. Je le fis maintenir sur son séant pour diminuer un peu le mouvement congestif. Alors un spectacle plus hideux s’offrit à nos yeux. Le malade entr’ouvrait les lèvres, laissait voir une double rangée de dents blanches fortement serrées, et, les muscles ; de la face se contractant par secousses, il imitait, avec un sifflement saccadé, le bruit et les contorsions' qpe fait un chien qui veut déchirer sa proie avec ses dents, D’autres fois, il poussait des plaintes sourdes et prolongées.

Vers deux heures, le prêtre voulut lui administrer le dernier sacrement. Je lui fis une dernière injection. hypodermique, cette fois avec 30 gouttes de sulfate neutre d’atropine. Le calme revint ; , le spasme des muscles pectoraux, et pharyngiens sembla céder ; je pus lui faire ingurgiter quelques cuillerées delà potion au chloral, et, peu après, une demi-tasse de bouillon. Depuis quatorze heures il n’avait rien pris.

Les pupilles se dilatèrent d’une façon démesurée et furent complètement .insensibles à la flamme d’une bougie; le pouls devint misérable, irrégulier, filiforme; et cette scène ^.mouvante se termina à quatre heures, de l’après-midi.

D’après les renseignements que j’ai pu recueillir, M. S... fut mordu le 19 octobre, il refusa la

toirepour avoir été très-redoutable. Ce souvenir a fait écrire le distique suivant au-dessus de; la porte d’entrée de l’édifice :

« Quæ quondam infernal iurris ducebat ad umbras,

, « Nunc, Vcnetum auspïciis,, pqnclit ad asirq. yiarn,. r>

La grandeur de TUniversité a Coïncidé avec la grandeur de la république1 de Venise. Elle était illustre, cette Université, ’ avant l’annexion; mais son illustration s’accrut très-sensiblement quand Padoue fut acquise par la conquête. Elle comptait, du xv6au xvi* siècle, dix-huit: mille étudiants; vers le milieu du xvme, le nombre était tombé à cinq cents. Certes, il ne s’est pas relevé depuis, ce ne sont pas les passions politiques qui font la gloire des Écoles; pour1 que la gloire s’y prépare par l’assiduité et la constance au travail, il faut des temps calmes, ce qui ne peut être le fruit que des gouvernements forts. ’ :

L’Université de Padoue est connue, dès les premiers temps de son histoire, par un nom trèssingulier, un nom vulgaire dont la signification est contestée : U Bo. Ce nom énigmatique était le nom familier que les élèves donnaient à 'l’édifice scolaire; je crois même qu’ils le lui donnent toujours. Qu’est-ce qu’il signifie, ce mot singulier qui est d’un si ancien usage? Se rapporte-t-il à quelque coutume des universitaires qui avait son importance dans la vie d’études mêlée de plaisirs des étudiants? Des historiens' de cette École croient qu'il Bo signifie le Bœuf. Or, il y aurait eu, dans le voisinage de l’édifice, une hôtellérié qui portait l’enseigne de ce ruminant, et qui était en bonne odeur gastronomique, chez les étudiants à une époque ou les cuisiniers ne méritaient pas encore le nom d’artistes. Cette renommée lui avait donné la plus large clientèle. Or, comme le premier devoir est de se nourrir le mieux

cautérisation au fer rouge que lui proposait un pharmacien. La plaie s’était rapidement cicatrisée, et M. S... n’y avait plus songé. Il s’était senti rassuré par le dire des uns et des autres, qui prétendaient que le chien ! n’était pas enragé puisqu’il faisait des avances à, la; chienne. Erreur profonde ! A la première période de l’hydrophobie, les chiens éprpuyenbuno, forte excitation des organes génitaux. Ce phénomène s’observe aussi chez l’homme f nous! l’avons constaté chez notre ami.

Il S’était donc écoulé cinquante-huit jours entre la morsure l’apparition des phénomènes rabiques, et une quarantaine de la morsure aux prodromes, ainsi que nous allons le voir. Aussi sommes -nous d’accord avec Cœlius Aurelianus, qui disait, que le plus souvent ta rage se déclare quarante jours après la morsure.

Le cocher nous a raconté que, depuis trois semaines environ, son maître se plaignait de temps à aUtre de sa main droitèi Quelques jours après, le poignet devint douloureux. Le domestique observa, en outre, un changement dans le caractère de M. S..., d’ordinaire sidoux et si prévenant. Il devenait, morose, taciturne, grincheux; pour un rien ;il s’irhpatientait.

Le vendredi, 13 décembre, il se rendit à ses écuries ; le domestique trouva que son maître le regardait avec des yeux effarés. M. §... lui; dit éprouver; un malaise général à la suite du grand' froid qu’il avait ressenti la veille, et 'il, s -assit, triste; et sombre. Le lendemain, il se plaignit de céphalalgie toute ,1a journée, sa douleur au poignet deyait le faire souffrir beaucoup, car le soir, à souper, on fut obligé de lui couper le pain èt de lui servir à. boire, Le dimanche», il ressentît de l’engourdissement dansTaVant-bras droit, et eut un violent frisson dans l’aprèsmidi. Il passa une mauvaise nuit. 'Au matin, se sentant, beaucoup plus mal, il me fit appeler. Lorsque je l’interrogeai sur les causes de sa maladie, il ne parla point de son bras, encore moins de sa morsure. Il attribua tout à un refroidissement.

IGes renseignements confirment d’urié façon irréfragable noire diagnostic. Un atitrè point sur lequel je n’insisterai pas, c’est qu’après la mort la rigidité cadavérique s’est produite en moins de quatre heures; et la décomposition putride s’est opérée avant la douzième heure. >

J’ai tenu à publier cette observation parce qu’ayant assisté, minute par minute, aux deux^ principales périodes de la maladie, je puis en faire la relation détaillée et, partant, être utile à ceux qui, n’ayant jamais vu un hydrophobe, se donneront la peine de me lire.

Les auteurs s’accordent à dire que la rage humaine parcourt trois périodes parfaitement distinctes. Chez notre malade, cette évolution s’est faite avec une vérin table ponctualité. : . :

Période ; prodromique ou mélancolique. La maladie s’est révélée chez M. S... par des changements dans les facultés psychiques et affectives, anxiété, insdihnie, etc.

qu’il se peut, ne fût-ce que pour se donner des forces pour le travail, lè boeuf tenait une' grande place dans lé souvenir et l’estime de ses pensionnaires!' Au lieu de: dire : « Noüs partons pour l’Université », les étudiants 'disaient : « Nous partons ; pour le Bœuf. » Dans lettf langage, l’accessoire, avait pris la place du principal. Il est même probable que lé principal s'oubliait trop, souvent, en présence, des charmes de l’accessoire. L’hôtellerie s’èst éclipsée? comme la faveur de l’Université, qui est maintenant descendue dans l’ombre, oü tout au moins dans un assez sombre clair, obscur. Mais ! elle est remplacée par un café monumental, qui date des premières années dp siècle, et qui porte le nom de : Café Pedrocchi. Padope s’enprgueillit de cet établissement. Je l’ai visité, je crois même m’y être rafraîchi d’une glace sur ses tables de marbres rares ; mais il était à peu près, désert : aussi peu .de consommateurs dans ses salles que d’étudiants dattë lés sallëss dé l’Univërèité vOismé.

Une tradition plus académique, plus sérieuse, mérite d’être préférée. Dans un voyage en Italie, publié vers le milieu du dernier siècle (1), je lis la phrase suivante : « Le nom de Bo, suivant « Salmon, vient du chiffre 60 qu’on a pris pour deux lettres par corruption; il y avait, en o effet, 60 chaires dans l’Université de Padoue. » Rien, en effet, ne ressemble plus à 60 que le mot de bo écrit avec, une lettre simple. Quoi qu’il en soit, pour des deux traditions, je me tiens à la plus respectable. Celle-ci exprime, par un mot condensé dans une courte abréviation, lq richesse d’enseignement de l’Université de Padoue. Comme les Universités allemandes qui ont pris popr modèle les Universités d’Italie, celle de Padoue avait plus de professeurs que de chaires, de manière à ce que chaque branche des connaissances humaines eût plus d’un interprète. Je ne crois pas que cette multiplicité de maîtres fût favorable à .l’instruction des élèves. Les contradictions qu’ils surprenaient dans les leçons pouvaient porter la confusion, le trouble dans leur esprit, et les conduire à douter et même à ne pas croire, ce qui est le pire

Chez lui* comme chez ceux qui sé rappellent la morsure et qui l’ont toujours présente à l’esprit, nous trouvons les variations d’humeur, les sombres appréhensions, la douleur et l’engourdissement du membre mordu, le changement de couleur de la peàu au niveau de la cicatrice. Bientôt après survient le frisson initial, puis la respiration s’altère, une douleur précbrdiàle et épigastrique, compliquée d’une gêne de la déglutition, annonce un trouble profond des fonctions de la moelle allongée. Ces phénomènes ont été suivis d’un calme relatif dans la nuit du 16 au 17, pendant laquelle il y eut Tardent satyriasis que nous ayons signalé; chez les femmes, c’est la nymphomanie. Si Ton tient compta du temps où le membre mordu est: devenu douloureux, les prodromes se sont déclarés environ vingt jours avant L’éclosion des symptômes rabiques.; Le calme qui a suivi marque la transition entre la période prodromique et la période hydrophobique.

Dans celle-ci , nons trouvons une augmentation progressive de tous les symptômes. Respiration plus embarrassée ; hyperesthésie de tous les organes des sens ; déglutition de plus en plus pénible, ce qui fait que le malade a horreur même de l’eau , et devient hydrophobe ; hyperesthésie cutanée ; pantophobie. Les accès, d’abord courts et espacés, deviennent déplus en plus longs et rapprochés ; agitation incessante; chagrin profond. A la fin d’une crise, accès de tendresse. Notre malade n’a jamais blasphémé ni essayé, de mordre ; c’est un préjugé de croire qu’un homme enragé mord comme un chien. La science ne cite que 3 cas authentiques de morsure par des hommes enragés, et, dans aucun de ces cas, il n’y eut d’accident ultérieur. Sueur profuse, peau chaude i halitueuse ; faciès congestionné; voix rauque, parole brève, réponses brusques et saccadées; strangurie ou quelquefois dysurie. Nous nous sommes assurés que M. S... n’a pas rendu une seule goutté d’urine depuis qu’il s’est alité. Telles sont les manifestations morbides qui caractérisent la période rabique, laquelle peut se prolonger de un à deux jours, et qui chez notre malade a duré depuis deux heures du matin jusqu’à midi, environ dix heures.

La période finale ou comateuse n’a duré que quelques heures, comme chez tous les hydrophobes. Les accidents parvenus à leur summum d’intensité font placé à une prostration complète. Pouls petit, misérable; pupilles dilatées, yeux fixés, vitreux; le collapsus arrive et le malade s’éteint. Quelquefois la mort survient aU milieu d’un accès convulsif.' J’avais eu soin de prévenir les survëillants de cette éventualité.

des inconvénients pour une intelligence qui n’a pas atteint tout son développement. Mais, l’enseignement y gagnait eg éclat et plaçait en première ligne cétte Université de Padoue, dont Venise prenait le plus grand souci et dont elle se montrait si fière.

Quand la conquête eut annexé Padoue, l’Université de cette ville, de création impériale, était déjà en jouissance, nous l’avons dit précédemment, d’une belle renommée. On jugera si la manière dont la République gouverna l’Université ne mit pas en péril les intérêts de la science, quand ceux-ci semblaient se trouver en opposition avec les intérêts de l’État.

(A suivre.) D* 1 Éd. Carrière.

(1) Voyage d’un Français en Italie fait pendant les années 1765 et 1766. VIIT volume.

. *t^*Sanl‘aî',e ,d.e la vi.u* d® Paris. - Population (recensement de 1876) : 1,988,806 habitants. - Pendant la semaine finissant le 9 janvier 1879, on constaté 1,005 décès savoir- Variole, 10. - Rougeole, 8. - Scarlatine, 3. - Fièvre typhoïde, 19. - Érysipèle lx - Bronchite aigue, M. - Pneumonie, 92. - Dysenterie, 2. - Diarrhée cholériforme des enfants 6. - Angine couenneuse, là. - Croup, 18. - Affections puerpérales, 6. - Autres aSSles8U?5 ~ °nS Chr0ni3tte8’ - Alîeclions chirurgicales, 53. - Causes

Supplément.

Le diagnostic de la rage ne présente aucune difficulté, si l’on a des renseignements, précis sur les antécédents. Les symptômes sont tellement typiques qu’il est difficile de s’y tromper. Il n’en est pas de même si les commémoratifs font défaut. 'Dès, la prémière période on peut faire fausse route. J’avoue que, lors dé ma première visité, l’idée d’hydrophobie ne m’est pas venue un seul instant à l’esprit ; cependant, devant les symptômes insolites qui se déroulaient sous mes yeux, je me suis tenu sur une prudente réserve. A la visite du soir, l’idée de la rage me vint; mais, en l’absence de renseignements précis, et ne voulant pas éveiller l’attention du malade, je restai muet sur ce point et je portai devant ses amis un pronostic grave.

A ne considérer que la douleur précordiale, on penserait à l’anginé de poitrine ; mais les symptômes conconiitants lèvent les doutes. L’horreur de l’eau, l’hydrophobie seule, ne suffirait pas non plus pour éclairer le diagnostic, car il n’est pas rare de l’observer dans certaines névroses, dans certaines phlegmasies du, cerveau, ou bien dans les cas d’empoisonnement par les narcotiques âcres. Il y a même dés cas d’hydrophobie imaginaire chez des hommes qui ont été mordus par un chien non enragé.

A la deuxième période, au moment où les accès rabiques acquièrent toute leur intensité, le doute n’est plus permis. Les gens du monde, qui en sont témoins, sont saisis de frayeur, et ne manquent pas de dire : « Cet homme est enragé. »

Le pronostic est nécessairement fatal. Déjà Dioscoridé disait, dans son traité De ànimalibus venenatis : « Les enragés sont voués à une mort certaine. » Dix-huit cents ans n’ont rien. changé à cette manière de voir.

En face d’un enragé, que doit faire le médecin? Grisolle dit : « Cette maladie est si terrible, si nécessairement fatale, qu’elle justifie tous les moyens qu’on peut employer pour la combattre. » On a tour à tour préconisé une multitude de remèdes dont l’énumération serait plus longue qu’instructive. On comprend combien la thérapeutique a d’obstables à surmonter, si l’on songe que la partie supérieure des voies digestiyës lui est fermée pour l’administration des médicaments. Les lavements peuvent être une précieuse ressource comme vecteurs des antispasmodiques. Mais, quand le malade s’agite, il n’est pas toujours commode de les donner. Dans un cas de rage à l’hôpital d’Aix, nous avons essayé, sans succès, la chloroformisation poussée jusqu’aux extrêmes limites.

Dans ces dernières années, on a fortement recommandé les injections hypodermiques de morphine, d’atropine ou de chloral. M. Jaccoud conseille de les faire à hautes doses (tome II, page 795). Nous avons injecté à notre malade 8 gouttes d’une solution d’atropine au centième, dans l’espace de six heures. Il est survenu un moment de calme, que je ne suis pas en droit d’attribuer à l’injection, car il peut très-bien être imputable à la marche naturelle de la maladie. Il aurait peutêtre fallu pousser la dose plus loin, car la tolérance des rabiques pour les sels de l’opium est analogue à celle des tétaniques, et les auteurs conseillent, pour arriver à un sommeil suffisamment prolongé, d’injecter jusqu’à 10 centigrammes de morphine en quelques heures. Dupuytren a même injecté dans les veines d’un enragé jusqu’à 70 centigrammes d’extrait d’opium en vingt-quatre heures, pour n’obtenir qu’un calme. relatif.

Restent les moyens prophylactiques : Dès que l’on a été mordu par un chien, il faut tout de suite, à l’aide d’un lien énergiquement serré, comprimer le membre atteint entre la blessure et le cœur, ensuite laver soigneusement la plaie et, finalement, la cautériser par tous les procédés que l’on peut avoir sous la main. C’est le seul moyen héroïque pour prévenir la rage. Brûlez la partie mordue avec un charbon ardent, un fer rougi à blanc, un morceau d’amadou enflammé. Si l’on se trouve en rase campagne, démuni de tout, il faut faire saigner la plaie le plus possible, et même y pratiquer la succion, à la condition de ne pas avoir les gencives saignantes ou quelque ulcération dans la bouche. Si la plaie est profonde, il faut l’agrandir et faire pénétrer le caustique dans toutes les sinuosités. Le plus important est d’agir vite; on a ainsi la chance de tuer le virus sur place.

Il faut, en outre, que les municipalités prennent des mesures rigoureuses contre la gent canine; ces mesures une fois prises, il ne faut pas les laisser tomber en désuétude, autrement les municipalités peuvent être taxées d’incurie. Elles oùt le devoir de prévenir et d’atténuer les dangers par des mesures spéciales de police sanitaire.

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DE LA PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE ET DES IHDICATIOHS THEGA-

PEUTIQUES QUI EN DÉRIVENT, par le docteur Doboué , ancien interne des hôpitaux de Paris.

Un volume in-8° de 147 pages. Paris, 1878; chez V. Ad. Delahaye.

« Toute question de thérapeutique (de thérapeutique rationnelle, bien entendu) se décompose en deux éléments bien distincts : le premier concerne la physiologie de l’agent morbide, et le second regarde uniquement la physiologie des divers agents qui engendrent dans l’organisme des effets tout opposés à ceux de l’agent morbide. »

Ainsi s’exprime M. Duboué dans la préface de son excellent travail, qui comprend -ainsi deux parties importantes : la première, ou il donne une opinion nouvelle sur la physiologie pathologique de la fièvre typhoïde; la seconde, où il trace les indications thérapeutiques et la médication nouvelle qui résultent naturellement de l’étude précédente. En résumé, c’est une médication fondée sur la physiologie pathologique même de la maladie.

D’après l’auteur, les accidents appelés typhoïdes qui surviennent dans le choléra, dans l’asphyxie, dans certains empoisonnements, etc., peuvent être comparés utilement à ceux que l’on observe dans la dothiénentérie, et l’agent extérieur qui produit cette dernière maladie est un poison musculaire, c’est-à-dire un débilitant musculaire, c’est-à-dire un myo-paralytique. Le système musculaire tout entier est frappé, et cette lésion s’étend même aux fibres contractiles des artères. Il en résulte des phénomènes de stase sanguine et d’asphyxie lente, et ce sentiment de brisement des membres et de fatigue qui est parfois si accusé dès le début de la maladie ; du côté du cœur et des vaisseaux, il doit se produire et il se produit des troubles circulatoires dus à un défaut, ou du moins à une diminution de tension dans tout le système vasculaire.

Or, sous l’influence de la stagnation du sang dans les capillaires, les globules s’altèrent, et celte altération agira par la suite dans le même sens que l’agent pyrogène lui-même et contribuera pour sa part à augmenter et à prolonger les accidents.

En résumé, dit l’auteur, voici quel serait, dans la dothiénentérie, l’enchaînement des phénomènes morbides :

1° Action d’un poison extérieur sur tout le système musculaire, d’où lésions, ou tout au moins troubles fonctionnels appréciables du côté des fibres musculaires artérielles et stase sanguine consécutive;

2° Stase des premiers globules amenant un affaiblissement musculaire plus marqué et, par suite, une nouvelle stase sanguine, et ainsi de suite, jusqu’à extinction du sujet ou de l’affection morbide.

A ces causes successives, on peut aussi ajouter l’asphyxie, dont on connaît l’action déprimante sur la contractilité musculaire.

La circulation du sang dans les canaux veineux est compromise, puisque deux des influences les plus importantes qui agissent sur cette circulation, — la contractilité du cœur et des artères, d’une part, et l’action des muscles de la vie de relation, d’autre part, — sont profondément atteintes dans la maladie. Il en résulte que le sang, ne se trouvant plus*« en conduite forcée», a une tendance à obéir à l’influence de la pesanteur; de là cette tendance aux eschares sur les parties déclives du corps, à ces hémorrhagies capillaires et nasales en particulier, à ces sécrétions exagérées des glandes situées sur toutes les muqueuses congestionnées, et surtout les muqueuses bronchique et intestinale, en raison même de cette vérité démontrée par Cl. Bernard, que les glandes travaillent principalement qnand le sang est au repos.

Ainsi, tous les accidents s’enchaînent dans la fièvre typhoïde, qui consiste en un double empoisonnement successif. Le premier, qui vient du dehors; le second, qui s’est développé dans l’organisme sous l’influence du premier, ont la même action physiologique : ils frappent d’impuissance le système musculaire tout entier.

Dès lors, l’indication thérapeutique surgit d’elle-même : il s’agit de combattre cette paralysie musculaire par tous les agents capables d’augmenter la contractilité des muscles et la tension artérielle. Sans doute, la digitale, le sulfate de quinine, l’eau froide, trouvent souvent leur emploi dans la fièvre typhoïde; mais, d’après l’auteur, il faut toujours donner la préfé-

rence à l’ergot de seigle, en vertu de son action toni-musculaire ou excito-motrice. Les observations de M. Duboué sont au nombre de 26, dont quelques cas extrêmement graves ; sur ce nombre, il y a eu 3 morts, et encore, dans deux de ces cas, on avait employé du seigle de mauvaise provenance. D’où le précepte de se procurer toujours du seigle de bonne qualité.

Les doses ordinaires sont de 2 à 3 grammes par jour pour un adulte, de 0,50 centig. à 1 gramme chez les enfants de 6 à 12 ans. Quelle que soit la dose, il faut la fragmenter en 4, 6 ou 8 prises égales pour les vingt-quatre heures ; l’ergot de seigle peut être administré indifféremment en cachet Limousin ou en poudre dans de l’eau, du bouillon, du vin, du café, etc. Sous l’influence de cette médication, le pouls se ralentit, la circulation se régularise dans les organes, les congestions hypostatiques disparaissent, le délire s’améliore ou cesse, de même que la diarrhée, la bronchite, etc., l’appétit et le sommeil reviennent. C’est, en un mot, une véritable transformation opérée assez rapidement dans l’état du malade. Employé dès le début, l’ergot modifie la marche de là fièvre typhoïde, transforme une maladie grave en une maladie bénigne, l’arrête même dans son évolution, témoin le fait rapporté page 12 4.

Lorsque le malade éprouve , avec un abaissement thermique des extrémités, une sensation de froid et des fourmillements, il faut cesser la médication pendant un ou deux jours, sauf à la reprendre.

Telle est donc la méthode de traitement de l’auteur basée sur la connaissance de la physiologié pathologique de la fièvre typhoïde. La théorie qu’il émet sur la nature de la maladie est tellement séduisante, les cas de guérison ou d’amélioration qu’il rapporte sont si remarquables, que j’ai voulu employer cette médication dans mon service de l’hôpital Temporaire. Sans doute, mes observations sont encore trop peu nombreuses pour me permettre une opinion définitive à cet égard. Mais, chez deux malades, l’amélioration a été si rapide du jour au lendemain, les phénomènes d’hypostase pulmonaire ont si promptement cédé, la maladie qui s’annonçait grave est devenue si promptement bénigne, que je ne puis voir là une simple coïncidence et que je me propose de faire usage de cette médication dans tous les cas de fièvre typhoïde. Que tous les médecins se mettent donc aussi à l’œuvre, qu’ils emploient sans parti pris l’ergot de seigle dès le début même des dothiénentéries et aux doses que nous avons indiquées, et nous ne doutons pas qu’avec la lecture de l’ouvrage de notre savant et ancien collègue, les faits observés ne portent la conviction dans tous les esprits. Dans le fait cité à la page 12 4, la maladie s’est complètement modifiée dans l’espace de quelques jours, au point même que M. Duboué compare le grand changement survenu dans l’état du malade, à cette sorte de résurrection qui suit l’administration du quinine dans les accès de fièvre pernicieuse. Aussi faisons-nous encore un dernier appel à l’expérience des praticiens et appuyons-nous de grand cœur les paroles suivantes du savant médecin de Pau : « Je ne demande pas à être cru sur parole; qu’on veuille bien vérifier ce que je dis, au lit des malades, et j’ose affirmer d’avance que ceux qui auront été une fois témoins de ce spectacle, ne m’accuseront pas de m’être laissé aller à une frivole exagération. »

Henri Hdchard , médecin des hôpitaux.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

SOCIÉTÉ MÉDICO-PRATIQUE

Séance du 23 octobre 1878. — Présidence de M. Coluneaü.

Sommaire. — Correspondance. — Élections d’un membre titulaire et de deux membres correspondants. — Rapport sur le mémoire de M. Vergely, intitulé : Des accidents locaux de la vaccine, par

M. Mathelin.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

La correspondance comprend : 1° Une lettre de M. le docteur Delefosse, demandant le titre de membre titulaire. — 2* La Revue médicale de Toulouse (août et septembre 1878). — 3* Le Bulletin médical du Nord (août 1878). — 4° Mémoire sur C étiologie du goitre (M. Cazalis, rapporteur). — 5° Recherches sur le nystagmus, par M. Romiée, de Liège, membre correspondant. — 6° Bulletin de là Soèiété médicale de l’arrondissement de Gannat.

M. Ed. Michel lit le rapport suivant :

Messieurs, M. le docteur Raveau, qui se présente aujourd’hui à vos suffrages, a soumis à l’examen de votre commission, composée de MM. Bouloumié, Rougon et Edouard Michel, rapporteur, un travail intitulé : Les paralysies post-angineuses a Gauterets. C’est, à notre appréciation, un titré trop restreint; le travail de M. Raveau a une étendue plus considérable.

L'UINIOJN MÉDICALE.

Il se divise tout d’abord en deux parties très-distinctes. De ces deux parties, la première, malgré son étendue, ne nous retiendra que peu de temps et nous ne donnerons qu’un résumé très-restreint des chapitres qu’elle contient. Nous pensons qu’ils ne doivent être considérés que comme une introduction à la seconde partie; et croyons que ces notions générales de thérapeutique thermale n’ont été placées là que pour expliquer et appuyer l’avis émis plus loin par l’auteur, au sujet du traitement qu’il indique dans l’affection dont le nom a été choisi pour titre de son travail.

Dans un chapitre intéressant consacré à la climatologie, l’auteur nous donne une statistique des observations barométriques et hygrométriques de la station de Cauterets, et conclut contre le préjugé qui veut qu’en juillet et août, seulement, un traitement soit efficace. Plus loin, au sujet de l’altitude, il nous rappelle les opinions émises par Pidoux, Bennet, Jaccoud et le professeur Hirtz. Montrant les heureux résultats obtenus et l’inffuence bienfaisante que peuvent avoir sur les phthisiques et les anémiques le climat tonique, le séjour dans des stations placées entre 800 et 1,800 mètres (domaine d’été des phthisiques, suivant Hirtz), il indique la part qui doit être faite à Cauterets dans ces cas, en raison de son altitude de 992 mètres, abstraction faite de sa richesse thermale.

Parlant de l’action physiologique, le docteur Raveau rappelle les phénomènes bien connus de vous : 1° une action première, immédiate, portant sur les parties saines et se traduisant par une stimulation générale qui entraîne bientôt une reconstitution de tout l’organisme; cette suractivité exagérée devenant parfois la poussée ou la grippe thermale; 2“ des effets éloignés, qui ne sont complets que longtemps après la cessation du traitement. Cette action seconde, éloignée, qui forme le caractère, capital de la médication thermale sulfureuse, de la médication altérante par excelleflce, se trouve bien décrite dans les lignes suivantes : « Le principe médicamenteux modificateur introduit au plus profond de l’organisme, s’y immobilise, s’élimine ensuite peu à peu et produit, par là même, une modification profonde dans la constitution anatomique des tissus d’abord, de leur nutrition, ensuite et finalement, de leur fonctionnement. »

Observant le chapitre des applications thérapeutiques, M. Raveau s’efforce de bien poser les indications de l’eau de Cauterets dans quelques lignes pleines d’intérêt : d’abord, à un point de vue général, comme eau à base sodique, visant les états diathésiques; puis comme sulfureuse sodique thermale s’adressant à la scrofule et aux états complexes s’y rattachant; puis, enfin, il insiste d’une manière particulière sur l’efficacité incontestable, souvent surprenante, de cette médication contre les affections qui donnent lieu à des poussées inflammatoires, tantôt sur le tégument externe, tantôt sur le tégument interne,, la muqueuse des voies respiratoires surtout. C’est là, à son avis et selon son expression, leur véritable spécialisation.

Plusieurs affections sont alors successivement passées, en revue: la rhinite chronique, le catarrhe rétro-nasal, l’hypertrophie des amygdales avec leurs conséquences, le nasillement et la surdité. Les diverses affections de la peau, la syphilis, l’herpès utérin accompagné ou non de catarrhe ; le tempérament lymphatique, le lymphatisme et l*i scrofule; la rhino-bronchite spasmodique, la congestion chronique des poumons, sorte de sclérose sous-hypèrplasie, la phthisie pulmonaire, sont le sujet de considérations pratiques fort intéressantes dans lesquelles le docteur Raveau met en relief l’utilité, grande toujours, souvent l’absolue nécessité de modifier l’état général pour arriver à agir sur l’état local. Pour chacune de ces affections, il signale le caractère, les manifestations qui la désignent comme tribu taire de la médication sulfureuse sodique thermale.

Les derniers chapitres sont consacrés à des appréciations et conseils basés sur la pratique de l’auteur.

Relativement à la durée du traitement, il nous fait remarquer, avec une grande justesse, l’irrationnalité de cette limite de vingt et un jours fixée à l’avance par le baigneur qui se rend aux eaux; il demande que le Corps médical vienne en aide aux médecins des stations pour détruire ce préjugé si préjudiciable aux malades. Il nous signale, en quelques lignes, le mauvais effet que produit le voyage d’aller et de retour effectué au moment de l’époque mensépTques^ CQQSei 6 ^ ^ COÏaciderle départ ave0 le niilieu 4e l’intervalle qui. sépare deux

tuteur ne contre-indique pas toutes les pratiques thermales; il est encore possible de faire usage de certaines parties du traitement, ce qui permet dans certains cas, de maintenir le mieux obtenu l’année précédente et d’immobiliser fiaffectiom.

Les contre- indications que le docteur Raveau indique sont : l’état aigu constaté par le ther- — 1T te.mP.éralure de 39 deSrés élant «ne contre-indication formelle? la période irréparable des maladies, cet état que Hunter appelait la faiblesse irritative qui survient alors que les. ressources de l’organisme épuisé ne peuvent plus se prêter à un kavàilTmour ou de réparation; le mauvais état des organes de la circulation, que l’usure de ces partiesïésuÜe

de l’âge, des diathèses ou du genre de vie. Dans ces cas, suivant notre confrère, l’usage des eaux devient inutile toujours, nuisible le plus souvent.

J’arrive à la deuxième partie de cet important travail, consacrée aux paralysies postangineuses.

Dans un historique de quelques pages, l’auteur nous montre les deux, on pourrait presque dire les trois phases par lesquelles est passée l’histoire de cette maladie. Dans la première, qui s’étend de 1749 à 1852, nous ne trouvons que de simples descriptions des symptômes observés; dans la deuxième, de 1852 à nos jours, Trousseau (1852), Maingault (1854-1860), nous montrent ces symptômes, décrits avec soin et devant être rattachés à la maladie première comme une de ses suites, tout en ayant la valeur d’un état pathologique distinct. Le professeur Gublèr après eux, en 1861, analysant les phénomènes de paralysie observés à la suite de toutes les affections aiguës déprimantes, nous montre la grande analogie qui existe entre- les phénomènes constatés après la diphthérie et ceux mentionnés dans le cours de ces convalescences caractérisées par un degré marqué d’asthénie ; pour lui, la fréquence seule l semble la différencier.

Enfin, pendant ces dernières années (ce qu’on pourrait considérer comme la troisième phase), les recherches de l’anatomie pathologique entreprises par MM. Vulpian, Charcot, Bouchut, et tout récemment par M. Dejerine, ont fait entrer la question dans une phase nouvelle, pendant laquelle elle a été et est encore étudiée particulièrement au point de vue des lésions; études qui semblent devoir faire sortir cette affection du cadre de celles Mne materia, opinion soutenue récemment par le professeur Hardy dans une conférence clinique, et basée sur les faits observés par M. Dejerine.

Abordant la question de pathogénie, l’auteur met en relief les trois théories émises et soute- ' nues encore de nos jours : pour les uns, intoxication par le virus diphthérique déterminant des phénomènes d’un genre tout particulier, toujours semblables dans leur production et leur marche; névrite ascendante avec action réflexe se traduisant à la périphérie, pour d’autres; pour quelques-uns enfin, paralysies sine maleria dans l’immense majorité des cas, analogues, à la fréquence près, à celles observées après les autres affections aiguës, l’asthénie constituant le lien qui unit les différentes manifestations.

Après avoir examiné en quelques lignes les objections qui peuvent être faites aux partisans de chacune de ces théories, notre confrère croit pouvoir conclure que, dans Tétât actuel de la science, le mécanisme de ces paralysies n’est pas encore complètement élucidé. Les altérations constatées par l’anatomie pathologique, tubes nerveux monoliformes, myéline réduite en gouttelettes, présence de cellules globuleuses dans la moelle et prolifération des noyaux de la névroglie, lui semblent peu compatibles avèc: la mobilité des symptômes, qui peuvent passer avec grande rapidité, quelquefois en peu d'heures, d’un point de l’organisme à l’autre. Il reconnaît la valeur des récentes constatations faites par M. Dejerine dans cinq autopsies qui lui sont personnelles, et l’importance qui doit être accordée au cas dans lequel on a pu localiser les lésions en rapport avec le siège des symptômes; mais les nombreux points d’interrogation que sont encore obligés de poser ceux qui refusent entièrement de voir dans ces cas les caractères des paralysies sine materia , semblent l’empêcher de se rallier à celte théorie explicative d’une affection dont il paraît avoir fait une étude approfondie. Il se borne à dire que cette manière de voir ne peut s’appliquer à tous les cas, et il ajoute què son but étant seulement de. montrer l’action des eaux sulfureuses thermales de Cauterets dans les paralysies dont il est question, et cette médication ayant, quelle que soit la pathogénié; ‘la même efficacité, il juge inutile d’ouvrir une plus longue discussion sur ce point. Il insiste alors sur un des caractères de cette affection, l’asthénie, caractère, que chacun lui a toujours reconnu, et que le professeur Gubler a particulièrement signalé dans la théorie qu’il a soutenue avec le plus grand talent. Après avoir mis en évidence le rôle que joue,’ dans la production de ces. paralysies, l’asthénie qu’il signale comme constituant l’imminence morbide, rappelé l’obstacle qu’apportent à la nutrition et à la réparation des tissus les maladies angineuses, montré les changements qui surviennent dans le sang des diphthériques, M. Raveau se demande si la fréquence de ces accidents névropathiques après les angines, celles diphthériques surtout, ne se trouve pas en partie expliquée par la relation qui existe entre lès différents faits qu’il vient de passer en revue.

La symptomatologie est présentée sous forme d’une observation fort intéressante, qui semble réunir les manifestations les plus diverses de cette maladie. L’auteur nous fait une description complète, raisonnée anatomiquement et physiologiquement, des paralysies de l’arrièrè-bouche ; il montre cette marche des symptômes survenant du côté du voile du palais d’abord, après une période d’incubation, puis les troubles de la vue (strabisme, amblyopie), arrivant au moment où les fourmillements sè montrent vers les extrémités inférieures, c’est-à-dire au moment où la maladie tend à devenir diffuse : les extrémités inférieures prises, puis les membres

supérieurs, puis enfin les troubles cardiaques et respiratoires, symptômes toujours graves, qui ne se montrent guère que dans les cas à issue fatale; il signale une des fonctions peu connues i de la luette qui lui sert à expliquer la toux, dont ni l’examen de la gorge ni celui de la poitrine ne donnent l’explication; enfin, il constate des troubles visuels très-marqués, sans albumine dans l’urine. , .

Arrivant au traitement, après avoir fait observer que la divergence d’opinions qui existe au sujet de l’interprétation du fait clinique cesse à cet endroit, et que chacun prescrit un traitement tonique et reconstituant, il montre qu’en régularisant l’élaboration et l’assimilation des matériaux nutritifs, en favorisant la réparation organique, tant par leur action sur le tégument externe que sur les phénomènes intimes, l’eau de Cauterets s’impose comme traitement.

C’est dans ce genre de paralysie que l’eau thermale sulfureuse rend, dit-il, les plus grands services. On ne peut, en effet, dans ces cas, leur reprocher de manquer des sels minéralisateurs nécessaires pour opérer sur l’intestin l’action dérivative reconnue salutaire aux paralysies apoplectiques, et il n’y a pas lieu de craindre de leur thermalité une stimulation exagérée.

L’auteur nous donne, en terminant, une indication au sujet de l’opportunité du moment du traitement; contrairement à la règle établie pour les autres formes de paralysies, c’est le plus près possible du début de l’affection que l’on agit le mieux, et cela sans danger.

Comme vous venez de le voir, dans le trop rapide exposé que je viens d’avoir l’honneur de vous faire, le travail de M. Raveau est très-sérieux. Vous dire qu’il abonde en vues intéressantes, en déductions pratiques, surtout dans la première partie; vous dire que la seconde moitié de l’ouvrage est une excellente monographie, me paraît inutile, et je ne puis que vous proposer de nous adjoindre un collaborateur qui a si bien observé et si bien décrit des sujets qui présentent uni très-réel intérêt.

A la suite de ce rapport, M. Raveau est élu membre titulaire.

M. Comar fait ensuite deux rapports sur MM. Lepage et Patrouillard, pharmaciens à Gisors, qui sont élus membres correspondants.

M, Mathelin : Messieurs, un de nos membres correspondants les plus distingués et les plus actifs, M. le docteur Vergely (de Bordeaux), faisait hommage à la Société, au mois d’avril dernier, d’un travail intitulé : Des accidents locaux de la vaccine.

L’intérêt éminemment pratique que comporte cette question, le nom de l’auteur déjà si honorablement connu dans la science, l’exposé simple et lucide des faits, leur interprétation sûre et consciencieuse, une sage réserve à l’égard de toute doctrine hypothétique, ces qualités maltresses chez le véritable observateur, telles sont les raisons qui recommandent tout particulièrement à notre attention l’oeuvre de notre savant et sympathique confrère de Bordeaux, et concourent à rendre la tâche de votre rapporteur des plus faciles et des plus agréables.

A ce titre des accidents locaux de la vaccine, on pourrait craindre tout d’abord qu’il s’agisse de faits propres .à discréditer la vaccine ou tout au moins à en restreindre sensiblement l’application. M. Vergely a soin de nous rassurer à cet égard dès le début de son exposition. Trop éclairé et trop judicieux observateur pour incriminer en quoi que ce soit la grande découverte de Jenner, il croit devoir insister précisément sur les soins particuliers que réclame parfois l’inoculation vaccinale, pour que, « dans aucun cas, on ne puisse la soupçonner de provoquer le plus léger accident. » De là le mérite et l’utilité du travail dont nous avons à vous rendre compte; de là l’avantage de déclarations d’autant plus précieuses à enregistrer qu’elles émanent d’un observateur plus autorisé et peuvent être plus victorieusement opposées aux préjugés et aux résistances encore en lutte contre la propagation de la vaccine.

Sans entrer dans des conditions générales trop développées, il nous serait facile de faire voir que ces dernières sont encore loin d’avoir partout et pour toujours désarmé. Sans doute nous n’en sommes plus au temps où l’école humoriste professait une répulsion absolue contre la vaccine nouvellement découverte, « ce froid virus » , responsable, disait-elle, d’une foule de méfaits les plus divers (éruptions de toute sorte, coryza, larmoiement, ophthalmies, diphtéries, bronchopneumonies, dysenteries, etc,), c’était l’époque, au commencement de ce sièle, où Vaume et Gœtz publiaient leurs livres, l’un : Des dangers de la vaccine , l’autre : De l'inutilité et des dangers de la vaccine. C’était l’époque également où Chapon considérait sérieusement, dans son Traité historique de la vaccine , up cas d’infection charbonneuse terminé par la mort comme une conséquence directe ;de l’inoculation vaccinale. De pareilles exagérations, qui trouvèrent si longtemps créance dans le public, ne sont plus guère acceptées par personne aujourd’hui. J’en dirai autant des critiques d’un autre ordre survenues depuis.

tes adeptes de la fameuse école économique de Malthus, après avoir étuis leur singulière loi,

« le développement des subsistances règle partout et toujours le développement des populations », en tirent cette conclusion toute simple : Si la vaccine diminue la mortalité par la variole, elle augmente d’autant la mortalité par la rougeole, la scarlatine, le croup, les affections cérébrales, etc. Le produit de la dette payée par l’humanité à ces diverses causes pathologiques reste constant; les facteurs de destruction changent seulement de valeur. Donc, en hygiène publique, rien d’utile à l’actif de la vaccine, et, en hygiène privée, des accidents seulement à son passif. Exemple: La mortalité par la fièvre typhoïde est beaucoup plus accusée depuis la découverte de Jenner, nous dit-on; et sans rechercher si ce fait, qui vrai en lui-même ne prouverait rien, n’est que le résultat de statistiques erronées portant sur des tables de mortalité incomplètes ou mal faites, les mêmes statistièietis ajoutent : Donc la découverte de Jenner est la cause de l’aggravation des atteintes typhoïdes. De pareilles aberrations, peut-on croire à bon droit, ne méritent même pas de réfutation. Est-ce leur étrangeté seule qui a pu séduire, de l’autre côté du Rhin, de nébuleux esprits toujours friands d’idées paradoxales en fait de philosophie médicale ou autre? Toujours est-il que le fait suivant s’est passé à une des séances du Congrès international d’hygiène, tenu tout dernièrement à Paris. Un médecin de Bucharest, M. Polychromie, exposant diverses causes de la mortalité des enfants en Roumanie, dut demander au Congrès de se prononcer contre des pétitions faites par certains médecins allemands réclamant l’abolition de la vaccine. Sa proposition rallia naturellement tous les suffrages, et nous devons ajouter que M. Günther, de Dresde, protesta contre la doctrine émise par quelques-uns de ses compatriotes. M. Léon Colin fit d’ailleurs facilement justice des prétendus désastres imputés à la vaccine, en démontrant que la mortalité est infiniment plus forte dans la population infantile à mesure qu’on s’éloigne de l’époque vaccinale.

Quant aux opinions parfois professées dans le public, et même dans le public lettré, celui qui juge souverainement, bien ou mal, les grandes questions d’hygiène et de médecine publique, voici un exemple des divagations que, aujourd’hui encore, elles peuvent quelquefois nous offrir. C’est du pays même de Jenner, tracé dans un livre qui s’intitule : Essais de morale, de science et d'esthétique, que nous vient en ce moment le portrait fantaisiste qui suit, des accidents produits par l’introduction d’une goutte de vaccin dans l’organisme humain. Trois périodes sont décrites par l’auteur; les deux premières aboutissent déjà à « la faiblesse musculaire, aux convulsions, au délire même ». Quant à la troisième, et nous citons toujours textuellement, « c’est celle des inflammations œdémateuses, des pneumonie, pleurésie, diarrhée, inflammation du cerveau, ophthalrnie, érysipèle. » La mort seule manque comme couronnement à une symptomatologie aussi effrayante. Or, nous en demandons pardon au philosophe anglais, M. Robert Spencer, que nous Citons, si c’est là ce qu’exige le dogme de l’hétérogénéité dans l’ordre cosmique, à coup sûr il pèche par la base dans l’ordre de la réalité. Disons-le à l’honneur du sens pratique de notre pays, c’est en France que, aujourd’hui, la doctrine véritable de l’efficacité et de la bénignité de la vaccine est le plus généralement acceptée, et quand la question de la syphilis vaccinale vint pendant plusieurs années passionner l’Académie de médecine, partisans et adversaires de la contagion par inoculation vaccinale furent tous d’accord pour mettre hors de cause le principe bienfaisant de la vaccine en elle-même. De même notre confrère, M. le docteur Vergely, l’innocente complètement des accidents qu’il a observés, et qu’il décrit plus particulièrement sous le nom accidents locaux de la vaccine.

Le 2 4 octobre 1877, M. Vergely pratiquait 6 vaccinations et 24 revaccinations. Les 6 vaccinés comprenaient 4 enfants de quelques mois, un de 4 ans, et une jeune fille de 22 ans. Un enfant eut un petit abcès au niveau d’une des piqûres, un autre n’eut pas de pustules; tout se passa d’ailleurs normalement.

Les 24 revaccinés comprenaient une petite fille de 12 ans et 23 adultes, sur lesquels 4 seulement eurent des pustules ombiliquées, 5 des boutons de fausse vaccine; 4 de ces derniers, dont la petite fille, eurent des accidents d’intensité variable sur lesquels nous allons revenir; chez les 15 autres, les piqûres furent tout au plus accompagnées d’un peu de rougeur pendant vingt-quatre ou trente-six heures.

Le vaccinifère était un enfant à terme dans d’excellentes conditions, indemne de toute trace d’éruption. Les pustules étaient, au septième jour, ombiliquées, entourées d’une auréole d’un rouge vif, recouvrant à peu près, dans l’étendue d’une pièce de cinq francs, le moignon de l’épaule. Cet enfant n’eüt pas d’accident, et les vaccinations qui ont réussi ont donné lieu à de superbes pustules vaccinales. La lancette ayant servi aux inoculations était neuve; les piqûres furent légères et faites parallèlement à la peau, sans issue de gouttelettes de sang. Le liquide vaccinal, déposé sur une lame de verre, était absolument transparent. Enfin, M, Vergely relève deux détails qui ne manquent pas d’importance. Il traitait Une dame atteinte

d’érysipèle de la face et en voie de guérison, mais qu’il eut soin de ne pas revoir deux jours au moins avant de pratiquer ses inoculations; en outre, il s’inocula lui-môme et n’eut, au sixième jour, qu’une vaccinoïde insignifiante.

Voici le résumé des quatre revaccinations suivies d’accidents :

1° La petite fille de 12 ans présenta, au sixième jour, une tumeur furonculeuse, sorte de papule acuminée terminée, par une vésicule reposant sur une induration notable et douloureuse du derme. Au dixième jour, le sommet de la papule s’ouvrit et laissa échapper une sérosité purulente sans bourbillon. Il y eut à peine trente-six heures de fièyre. Les trois autres cas furent plus graves.

2° Il s’agit d’un homme de 32 ans, névropathe, rhumatisant, qui, vingt-quatre heures après l’inoculation, présenta des accidents fébriles avec délire et, au bout de quarante-huit heures, un érysipèle étendu, phlegmoneux, au dixième jour, et bientôt suivi de cinq abcès avec décollement de la peau, qu’il fallut ouvrir à la face externe du bras et de l’avant-bras.

3° Une dame de 45 ans, atteinte de dyspnée nerveuse, de constitution délicate, névropathique et éprouvée par de profonds chagrins, est prise, au bout de vingt-quatre heures, de frissons, de nausées, de vomissements, puis de phlegmon érysipélateux aboutissant également à la formation de cinq abcès ulcéreux.

4° Enfin la jeune fille de cette dame, âgée de 16 ans, de constitution relativement robuste, mais à tempérament lymphatique caractérisé par des fongosités hémorrhagiques des gencives, après avoir présenté les mômes symptômes généraux que sa mère, fut atteinte d’érysipèle avec phlyctènes qui, en disparaissant, donnèrent naissance à deux eschares mobiles gris noirâtre exactement semblables à celles que détermine la potasse caustique;

M. Vergely relate ensuite plusieurs autres observations se rapprochant de celles que nous venons d’analyser et dues, l’une au docteur Baudrimont, les autres, déjà anciennes, à M. Deharmes, de Chatou. Ces dernières sont particulièrement intéressantes, en ce sens que les accidents observés ressemblèrent à s’y méprendre à ceux décrits plus tard dans la fameuse épidémie vaccinale de Sainte-Anne en 1869.

A quelle cause rattacher; tous ces accidents s’accompagnant de symptômes généraux plus ou moins graves? Constatons tout d’abord qu?ils s’observent rarement et se comptent, tandis qu’à üheure qu’il est les vaccinations régulières sont innombrables. Une fois au moins par semaine, pendant la belle saison, on fait des vaccinations dans toutes les mairies de Paris; on en fait toute l’année à l’Académie de médecine; on vaccine régulièrement les nouveau-nés dans toutes les maternités de Paris et de la province; tous les ans, des milliers de recrues arrivant dans nos régiments sont soumis à cette opération tutélaire; et qu’il s’agisse d’enfants, d’adolescents ou d’adultes, toutes ces séries de vaccinations ou de revaccinations officielles, pour ne parler que de celles-là, ne sont le plus généralement suivies que d’une auréole inflammatoire discrète et d’un petit mouvement de fièvre, inoffensif d’ailleurs, vers le sixième, septième ou huitième jour; Mais plus la vaccine se généralise, plus ses bienfaits et sa nécessité deviennent évidents, plus il importe de relever les accidents, si rares qu’ils soient, qu’elle peut sinon causer, du moins occasionner, de les analyser comme le fait M. Vergely, et de rechercher avec soin leur véritable étiologie. Se croire autorisé à les passer sous silence ou à né pas en tenir compte en raison même de leur rareté, ce serait s’exposer à voir des préjugés qu’on a eu tant de peine à vaincre, se saisir de quelques faits isolés pour essayer de paralyser à nouveau l’essor de l’œuvre prophylactique par excellence de notre siècle.

Il y a une première circonstance à relever dans les observations de M. Vergely. Les sujets atteints ont tous, à des titres divers, des antécédents pathologiques. M. Vergely nous apprend, il est vrai, qu’en dehors de ses cas malheureux, il compte parmi ses vaccinés indemnes de tout accident, une dame atteinte de scrofule tertiaire, une jeune fille dont la santé était délabrée par un catarrhe chonique de l’estomac, et un homme à peine convalescent d’un purpura hemorrhagica à forme sévère. Ces derniers faits sont à rapprocher de ceux bien connus cités déjà par les auteurs du Dictionnaire en 25 volumes. Tout le monde sait les expériences du docteur Taupin, vaccinant indifféremment tous lés enfants de son service, qu’ils soient atteints de fièvre typhoïde, de scarlatine, de rougeole, de varicelle, de variole même, de phlegmasies thoraciques, cérébrales ou abdominales, de chorée, d’hystérie, d’épilepsie, de scrofule de syphilis, de tubercules, d’affections cutanées. Il n’aurait jamais observé aucun accident, mais • seulement l’avortement des pustules ou un retard dans leur évolution. Or, que sommes-nous en droit de conclure de tous ces faits? Une seule chose, c’est que de mauvaises conditions individuelles peuvent ne pas être un obstacle à la réceptivité pour une vaccine normale ou tout au moins exempte d’accidents. Mais en inférer qu’il doit toujours en être ainsi ne serait plus une déduction légitime. ’

D’ailleurs ne .serait-il pas étrange que, lors de l’apparition de ceux que nous signalons, l’état de santé du vacciné dût

d’accidents vaccinaux du genre être compté pour rien, quand

L’union médicale.

c’est justement le contraire qui est toujours observé lors des vaccinations anomales par avortement ou étiolement dés pustules ? Plus vivace et plus sain est l’organisme récepteur, plus franche est l’évolution vaccinale, mieux et plus vile s’opère < l’immunité qu’élle confère contre la variole ou de nouvelles inoculations. Pour être édifié à cet égard, il suffit de parcourir toutes les Séries de vacciéatio'tis publiées dans lès rapports officiels de l’Académie de médecine, sans même en excepter les faits signalés par M. Dumontpallièr, en 1875. Il y à là une loi générale qui paraît maintenant parfaitement établie et he souffre que de rares exceptions. Si, à uné première vaccination, les pustules caractéristiques de l’imprégnation vaccinale manquent ou avortent, Pélat du vaccinifère, quel qu’il soit, n’intervient en rien ; la misère physiologique plus ou moins accusée à un titre quelconque chez le vacciné est seule coupable?. Comme le constate M. Blot, des pustules médiocres peuvent réussir fort bien chez de beaux sujets, de belles pustules avorter chez des sujets malingres. Qu’il s’agisse de vaccinations animales; il en est de même. M. Chambon, qui a eu l’honneur sinon le profit des premières études sur le cowpox en France, observateur aussi modeste que consciencieux, dont la probité scientifique ne saurait être mise en doute, a constaté maintes fois les faits suivants : « Les animaux anémiques et à muqueuses blanches donnent souvent des éruptions incomplètes et des pustules dont le développement est lent, et dont, la base peu hypertrophiée indique une faible activité virulente. A la deuxième génération, l’éruption reprend son développement normal si le sujet est de robuste nature. »

Entre ces faits de vaccine 'avortée et ceux rapportés par M. Vergely, de vaccine pervertie pour ainsi dire, il est impossible de ne pas voir une analogie frappante au point de vue de l’influence à accorder au terrain d’implantation. Là gît sinon l’unique, du moins la principale cause étiologique à invoquer dans les deux cas. Il serait' facile aujourd’hui de rassembler un grand nombre de preuves à l’appui de cette manière de voir, que M. Vergely ne se refuse pas d’ailleurs à admettre.: En nous reportant au dernier rapport officiel sur l’ensemble des vaccinations en France, nous constatons notamment que M. Durand, d’Arcueil, a observé quelques cas de pemphigus ou d’ecthyma sur 45 revaccinations, mais tous chez i des enfants dont les parents étaient sous, lfinflence de là diathèse herpétique. M. Leduc, de Versailles, a fait la même constatation chez un enfant eczémateux. Des rémarques du même genre ont été faites par beaucoup d’autres vaccinateurs.

Et puis, comment, en vërtü même de sa spécificité, de l’unité de son mode d’action, le virus Vaccin d’une même source pourrait-il, si on ne l’envisage qu’en lui-même, être à la fois la bonne graine donnant de bons fruits dans un cas, l’ivraie donnant de mauvais fruits dans un autre ? Que l’on passe en revue toutes ces séries de vaccinations à types anormaux, on retrouvera toujours, souvent même en majorité, des cas parfaitement réguliers. Dans lé travail de M. Vergely, la proportion des accidents:- est de 4/30. Dans celui de M. Dumorttpailier, de 1875, si intéressant à tant de titres divers* la proportion est, il est vrai, beaucoup plus forte. Sur 16 vaccinations* une seule fut complètement normale* une autre ne présenta qu’un bouton phlycténoïde; 6 furent plus ou moins avortées; 7 autres furent suivies de phlyctènes, d’eschares* d’ulcérations taillées1 à pic; 4 enfants succombèrent, mais en présentant, soit les signes de l’athrepsie* soit ceux de la phthisie granuleuse aiguë ou de la bronchopneumonie. Mais, chez M. Dumontpallièr, il s’agit exclusivement d’enfants âgés de moins d’un an; chez M. Vergely, des adolescents ou adultes présentent seuls les formes sévères que nous savons.

Rien d’étonnant déjà que les manifestations aient été plus graves dans un cas que dans l’autre, en raison de la plus grande susceptibilité morbide du premier âge. Mais, de plus, un facteur qui ne se retrouve pas dans les observations de M. Vergely intervieut pour une bonne part dans celles de M. Dumontpallièr, nous voulons parler des conditions hygiéniques défavorables, telles que l’alimentation défectueuse, l’encombrement, Pair vicié, etc. Ce sont elles que vise M. Blot, en disant : « Ne peut-il pas se faire que* chez ces petits sujets, tous pris dans un hôpital, ou mieux, dans une infirmerie d’enfants malades, allaités pour la plupart par des mères dont l’état général laissait beaucoup à désirer, vivant, du matin au soir et du soir au matin, dans une atmosphère plus ou moins viciée,, les anomalies de l’éruption vaccinale tinssent à toutes ces causes défectueuses, plutôt qu’à la nature du vaccin inoculé primitivement? »

A ce rapprochement entre le travail de notre confrère de Bordeaux et celui de M. Dumontpallier* nous gagnons donc de pouvoir mettre en lumière ces deux faits importants au point de vue des accidents vaccinaux : d’une part, l’influence du caractère , propre à chacun des sujets atteints;1 d’autre part, l’influence non moins grande de conditions hygiéniques défectueuses.

Avec M. Vergely, nous ,ne parlerons que pour mémoire du mauvais élat des instruments, du trop, grand rapprochement, des pustules, des inoculations intéressant la face profonde du

derme, toutes conditions pouyant parfois» comme; l’a démontré déjà M*. Gai lard en 1870. être manifestement le point de départ d’inflammation locale exagérée et d’ulcération des pustules. Tout çela est hors de cause, nous le savons, en ce qui concerne les inoculations pratiquées par notre confrère,

Messieurs, étant donné qu’on ne relèverait, chez le sujet atteint d’accidents vaccinaux, aucune tare constitutionnelle apparente, et que les conditions de milieu ne pourraient être, légitimement incriminées, il nous resterait encore à tenir compte de deux inconnues dont la puissance est aussi grande que notre ignorance sur leur nature, je veux parler de 1 îdiosyn-, crasie à propos de l’individu, et de la constitution médicale régnante à propos du milieu ambiant. ; .

En, ce qui concerne la première, en dehors de toute cause, appréciable, pour, çette seule raison que le terrain d’implantation diffère, les produits de l’inoculation vaccinale peuvent différer au point de déceler, dans un cas, un. état réfractaire absolu ; dans un autre, au contraire, une. sensibilité excessive pathologique^ Il y a là, sans que nous puissions d’ailleurs les expliquer., pour la vaccine comme ipour toute autre maladie virulente, ides différences, suivant les individus d’une même espèce, semblables, quoique moins fondamentales, à celles que , l’on retrouve entre des espèces différentes. , .

Ce qui est vrai pour îidiosyncrasie individuelle l’est plus encore pour ce qu’on est convenu d’appeler la constitution médicale. Il est impossible de nier que, toutes choses égales d’ailleurs, cette inconnue que nous décorons d’un nom si pompeux, ce je ne sais quoi à la conception duquel nous n’arrivons, que par élimination des causes appréciables' à nos moyens d’investigation, n’intervienne puissamment pour modifier dans tel ou tel sens, au grand, désespoir des statisticiens et des thérapeutes, la physionomie, habituelle de telle ou telle affection à forme épidémique. .Nous, savons combien la grippe, la fièvre typhoïde, la variole, la fièvre puerpérale, etc., accusent l’existence d’un bon ou d’un mauvais génie épidémique. Il doit en être de même pour l’éruption vaccinale, si généralement , anodine, avec cette différence que, de toute façon, les accidents qu’elle peut: présenter ne sont jamais bien redoutables, à condition, bien entendu, qu’un principe étranger n’ajoute pas son action à la sienne. M, Vergely est d’autant plus en droit de considérer la constitution médicale comme une cause responsable, qu’en 1870 elle était déjà invoquée pour expliquer un certain nombre d’accidents vaccinaux, et que, en 1877, notre confrère ne fut pas seul, paraît-il, à observer dans la région bordelaise des faits semblables à ceux que nous avons rapportés. Qu’est-ce que l’érysipèle vaccinal, si ce n’est, en somme, une variété de l’érysipèle traumatique, si tant est que l’érysipèle purement médical existe? Or, tout le monde sait la gravité exceptionnelle de ces érysipèles à marche foudroyante qui, même en dehors des salles de chirurgie et de l’action du miasme nosocomial, se révèlent sans cause appréciable ou, ce qui revient au même, sous l’empire d’une constitution médicale particulière. La, porte d’entrée de ces lymphangites avec phlegmon peut n’être alors qu’une simple éraillure. de l’épiderme, difficile, quelquefois même impossible à découvrir. L’ouverture d’une pustule vaccinale joue alors le même rôle que ia chute d’une oroûte eczémateuse ou qu’une excoriation quelconque. Le derme mis à nu plonge béant dans un milieu; offensif et peut être le point de départ de cette inflammation diffuse, manifestation d’une; atteinte générale parfois mortelle pour l’organisme. Mais , dans ce cas, à la gouttelette vacci-, nale, innocente de tous les désordres qui, surgissent . alors, s’est surajouté par les voies d’ab-b sorption ouvertes, un principe étranger, infectieux, mal défini, ferment organisé ou non,; vibrion ou microzoaire en permanence, si l’on vent, dans l’air atmosphérique, mais pouvant acquérir à certains moments des propriétés éminemment toxiques. Dé là la, gravité exception^ nelle, comme l’accident lui-même de l’érysipèle vaccinal ; de là le sphacèle des tissus, la fièvre avec 40 et 41° de température et, finalement, la mort de l’organisme succombant sous le coup d’une intoxication générale.

A cet égard, qu’il me soit permis d’ajouter un fait à ceux qu’a observés et à ceux que rappelle M. Vergely. Il est de date déjà ancienne, mais, je crois, inédit, et d’autant plus digne: d être enregistré, qu’il s’agit encore d’une victime de notre devoir professionnel. En octobre 1862, dans le cours d’une vaccination, un praticien des plus distingués, M. le docteur Labat, deCorbeii, en portant à la face sa main armée d'une lancette chargée de vaccin; se blessa légèrement; la plaie, d’abord imperceptible, fut suivie au troisième jour d’une vaecinoïde îegere; sans y attacher d importance, notre confrère continua ses visites en ville et à l’hôpital. Plusieurs pas d érysipèle étaient : alors signalés à Gorbeil. L’auréole inflammatoire, d’abord nnfnt H6; 5LÎS3 P™grès f Pides| au sixième jour, il y avait un tubercule violacé, bientôt le point de départ d un vaste érysipèle intéressant la face et le cuir chevelu; un frisson intense, Hnlés^ennia exc®?sive a!ec délire alaxique, se déclarèrent; et, huit jours à peine s’étaient f°.“ accidentelte’ flue notre confrère succombait aux progrès d’une mémngo-encéphahte consécutive à delà phlébite érysipélateuse. Il est bien évident que, dans

le fait particulièrement malheureux que nous venons de rappeler, le siège de la pustule, le1 contact irritant, prolongé et toxique de l’air atmosphérique, ont seuls provoqué des accidents absolument indépendants du vaccin inoculé, dont la provenance ûe pouvait être d’ailleurs suspectée. Ici encore, la constitution médicale était particulièrement maligne.

Sans doute, en invoquant cette dernière, nous savons non pas résoudre, mais seulement reculer la difficulté du problème étiologique; nous affirmons moins ce qui est que ce qui n’est pas ; reste à l’avenir et aux progrès de la science le soin de changer en formule positive cette donnée négative. ,

En tout cas, nous en avons dit assez pour n’accorder, avec M. Vergely, qu’une valeur problématique au caractère malin que pourrait revêtir dans certains cas le virus vaccin. A peine' ferons-nous une exception en faveur de la syphilis vaccinale, grosse question si longtemps! débattue, nom encpre complètement résolue. Pour quelques faits difficiles à révoquer en doute; ' parce qu’ils sont aussi nettement circonstanciés que possible et émanent d’observateurs autorisés, tels que le professeur de la clinique obstétricale de Paris, il en est beaucoup d’autres où les • accidents signalés ressemblent à s’v méprendre à ceux que présentent les1 malades’ de M. Vergely et ne traduisent, par conséquent; rien de, caractéristique au point de Vue de la syphilis,, C’est qu’en effet, comme, le remarque notre confrère, il s’en faut que la syphilis 1 infantile; présente toujours des caractères si. nets, si accentués, que l’erreur ne Soit pas possible. Nous savons combien est instructive à cet égard l’épidémie de Lescure, dans le Tarn, en. 1861, dont nous devons l’observation à M. le docteur Lalagade; des vaccinations suivies de • phlyçtènçs, d’éruption rubéolique, érysipélateuse, et accompagnées d’engôrgemènt ganglion-' naire, furent un instant considérées comme entachées .de syphilis. L’erreur cessa seulement quand d’épidémie de pemphigus et autres affections; à caractère diphthéritique, comme les accidents observés,, allèrent en. se généralisant sur un grand nombre d’individus porteurs ou: non de pustules vaccinales.

D’ailleurs, dans les cas, que nous devons considérer comme authentiques, il semble biém que ce n’est ni par le sang ni par le liquide vaccinal, mais par le pus syphilitique prévenant d’un accident syphilitique, et non d’une pustule vaccinale vraie; que l’infection a pu se produire. Les relations ou expériences de MM. Gallard, Lucas-Championnière; Delzenne, et les auto-inoculations de notre, distingué et courageux confrère, M. le docteur Girault, sont absolument probantes ,à cet égard. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de vaccin syphilitique. Remarquons enfin .que ces cas de syphilis vaccinale, signalés si volontiers autrefois,- deviennent aujourd’hui; de plus en plus , rares, soit que des erreurs de diagnostic diminuent,- soit que certaines précautions soient mieux observées. De toute façon, nous sommes tenté de croire que la question ne présentera plus bientôt qu’un intérêt historique. Ainsi, que le public et les parents de nos petits vaccinés en prennent leur parti et n’accusent plus ni- le vaccinifère ni le vaccinateur d’avoir transmis à leur enfant « une mauvaise, maladie » quand, chez ce dernier, l’ulcération des pustules et l’engorgement ganglionnaire traduisent avant tout la tache originelle. Ce n’est pas la vaccine qu’il faut incriminer, mais plutôt l’héritage transmis, en appliquant A . l’enfant l’adage déjê si, ancien; , ' -, mob or. >rnn

Majorum pænds puer immeritus lues.

Cette question de la syphilis vaccinale souleva incidemméht celle de la vaccine animale., L’émotion produite autrefois, dans le monde médical, par la révélation dés faits observés à! Sainte-Anne d’AUray et connus sous le nom d’épidémie du Morbihan; s’était bien vite 'calmée à, la lumière de: l’expérience et de l'observation- ;• mais les fameuséS 'discussions dont rétentif, la tribune de l’ Académie de médecine , en 1869; étaient :depüiS longtemps apaisées, que feu?', écho' grondait encore dans l’opinion1 publique, 'dénaturé ou démeSuréiriént granfii. un instant l’œuvre de Jenner reçut de nouveaux et terribles assauts. L’innocente vàccine devint, pour quelques-uns (qu’on nous passe1 une rémînisctffieë de notre bon La Fontaine), la pestiférée, la maudite, l’origine de tous nos maux. On S’avisa àloés'que le principe virulent, inoculé de l’animal à l’homme par Jenner et conservé seulement par la transmission de bras è bras jusqu’à nos jours, pouvait bien avoir dégénéré ou s’être perverti et, finalement, ayoir perdü touœ1 efficacité. De là l’idée de remonter à la source; de là lés entreprises médico-commerciales fondées par d’heureux novateurs pour mettre à éohtribütion le cow-pox développé spontanément chez la vache, ou le cow-pox artificiel provenant de l’inoculation et de la culture animale du vaccin jennérien. La vaticine ne se soutint qu’à ce prix; et, quand éclata l’épidémie de variole de 1869 à 1870, le vaccià à la génisse fit tellement fureur, surtout dans les salons de la population parisienne, que les bêtes fortunées porteurs de la précieuse éruptidn devinrent, comme on lésait, pour les vaccinateurs au cow-pox, de véritables poules aüx œufs d’ôr.,, Sans nous arrêter à la valeur comparée du vaccin humain et du Vaccin animal, ce qui nous entraînerait trop loin dé l’analysé du travail de M. Vergely, et sans contester d’ailleurs l’effi-

cacité du dernier, constatons seulement que, comme en témoignent certains faits mentionnés par notre confrère et empruntés à différents auteurs, les accidents vaccinaux, tels que nous les comprenons, ne furent ni moins fréquents ni moins graves à la suite du nouveau mode d’inoculation. Bien plus, on observa quelquefois des ulcérations phagédéniques, avec éruption érythémateuse, en tout semblables aux lésions décrites dans la syphilis infantile; preuve de plus à l’appui de la difficulté qüe peut présenter le diagnostic de cette dernière.

Nous pourrions aller plus loin. Le principe générateur de tous les autres vaccins, le horsepox, ou éruption variolique chez le cheval, retrouvé dans ces derniers temps par M. le professeur Depaul à Alfort, signalé plusieurs- fois depuis et employé en 1875 par M. Leduc (de Versailles) pour des inoculations directes chez l’homme, permet, tout aussi bien que le cowpox ou le vaccin jennérien, l’apparition d’accidents indépendants, en sommme, de l’espèce connue de la variété du vaccin inoculé. Les inoculations accidentelles à forme érysipélateuse, parfois constatées chez les palefreniers, en sont la preuve.

Nous en aurions fini avec l’étiologie des accidents vaccinaux, si nous n’avions pas à tenir compte d’une hypothèse émise par M. Dumontpallier, combattue par M. Blot et reprise toutefois avec réserve par M. Vergely. Nous savons que, dans l’épidémie de l’hôpital Saint-Antoine en 1875, les accidents constatés à la première, deuxième, troisième et quatrième génération d’un vaccin de même provenance, ont toujours présenté, comme caractéristique, l’éruption phlycténoïde, au moins au début. Le vaccinifère qui fit souche appartenant aux Enfants-Assistés, avait été requis pour le service de l’Académie de médecine et ne put être retrouvé. Suivant M. Dumontpallier, les vaccins dont il était porteur ont dû présenter eux-mêmes l’éruption typique, non pas au moment de leur emploi (il est bien évident que, dans ce cas, ils eussent été rejetés par le service de l’Académie); mais, le lendemain ou les jours suivants, au huitième, dixième, treizième, peu importe. Il en serait résulté un contage particulier, s’opérant sans le secours d’aucun principe virulent connu, syphilitique ou autre. Entre une vaccination franche par virus normalement développé, et une vaccination anormale par le virus incriminé, il y eût eu la même différence qu’entre une incision simple produite par un instrument propre et une incision compliquée produite par une lancette chargée de matières organiques malades ou putréfiées. Toutefois, nous devons remarquer déjà que, dans le premier cas, l’existence des ferments vibrions ou bactéries n’est pas démontrée, tandis que, dans le second, ils peuvent être considérés comme la cause prochaine des accidents putrides. M. Blot, d’ailleurs, combat l’interprétation émise par M. Dumontpallier en s’appuyant sur ce fait,

« que le même vaccin pris sur les mêmes boutons et inoculé le même jour, à la même heure, à un jeune élève en pharmacie, a produit sur ce jeune homme, malgré des traces évidentes de petite vérole antérieure, une éruption vaccinale régulière dans sa forme, dans sa marche et dans son déclin. » L’explication des accidents fournie ensuite par M. le directeur de la vaccine a été rapportée plus haut. Elle a trait au dépérissement ou affections graves dont étaient atteints presque tous les petits sujets de l’hôpital Saint-Antoine, anlérieùrement à leur vaccination. ; ;

Quant au vaccinifère dont s’est servi M. Vergely, nous le connaissons ; nous savons que nonseulement il était exempt de toute affection constitutionnelle, mais que, de plus, son état général était absolument satisfaisant, et que là vaccination suivit chez lui une marche des plus régulières, L’auréole inflammatoire sur laquelle étaient implantées les pustules, dépassait peut-être la normale, en couvrant dans une étendue de 5 francs le moignon de l’épaule. Pour M. Gintrac, c’eût été là une circonstance favorable dénotant une puissance virulente et une vertu d’autant plus accusée dans la lymphe vaccinale fournie. Nous n’irons pas jusque-là, mais nous n’admettrons pas non plus qu’une inflammation périphérique plus ou moins étendue puisse constituer à elle seule une cause capable de vicier à un degré quelconque le liquide vaccinal. Des limites précises ne peuvent jamais lui être assignées. Elle peut rester de bon aloi, tout en étant plus ou moins vive, suivant les sujets, suivant l’irritation à laquelle sont parfois soumises les pustules, suivant leur rapprochement plus ou moins grand, et aussi suivant les différences de constitution médicale qui intéressent le vaccinifère au même titre que le vacciné.

Que notre confrère nous permette donc cette seule et légère critique; nous croyons pouvoir être affirmatif là où à vrai dire il n’émet qu’un doute. En thèse générale, comme dans le cas particulier, nous croyons l’inflammation périphérique sans action sur le contenu des pustules vaccinales, en tant que ces dernières ne sont bien qu’une manifestation de la vaccine et pas autre chose. La pustule vaccinale vraie ne sécrète que de la lymphe vaccinale vraie peu importe le degré d?érélhisme des tissus sous-jacents, ’

S il sagit de pustules ulcérées, dénaturées ou simplement douteuses, nous serons tous a accord pour rejeter comme impropres à l’inoculation la sérosité qu’elles fournissent, parce que la plus simple prudence exige qu’on ne s’expose pas à inoculer avec la vaccine un principe

quelconque qui s’y soit immiscé, mais non par crainte de l’élément inflammatoire, épiphénomène purement local.

Tout parait donc nous permettre d’établir cette proposition par laquelle nous désirons . terminer et résumer tout ce qui précède :

Si un vaccinifère chétif ou robuste, porteur ou non d’une diathèse quelconque, est en puissance de sécréter de la lymphe, vaccinale véritable en plus ou moins grande abondance, cette dérnière, recueillie dé façon que tout élément étranger, pus, sang, ferment, etc., ne puisse se mélanger avec elle, est nécessairement constante dans sa composition et dans ses effets. Inoculée, elle ne peut reproduire rien autre chose que la vaccine. Si des accidents d’un ordre quelconque apparaissent, ou bien un principe étranger virulent s’est surajouté sur la lancette à l’insu du médecin et produit des effets parallèles, mais ne devant pas être confondus avec ceux du vaccin, ou bien, ce qui. arrive le plus souvent, le traumatisme vaccinal n’a été que la cause occasionnelle d’une manifestation pathologique dépendant essentiellement du terrain d’implantation, soit en lui-même, soit en raison des conditions de milieu défectueuses dans lesquelles il se trouve.

Telles sont, en somme, les considérations que nous a inspirées le travail de M. Vergely. Sans doute nous devons reconnaître, avec notre distingué confrère, que les données rigoureuses pour une étiologie complète des accidents vaccinaux manquent encore. Nous devons désirer comme lui que tous les faits de cet ordre soient publiés avec soin, de façon à en saisir la caractéristique précise. Mais d’ores et déjà, grâce à M. Vergely, de précieux résultats sont acquis, et les conclusions qui en dérivent peuvent être admises comme vraies et dignes de l’attention des praticiens. Nous les donnons en substance :

1° Le vaccin peut être suivi quelquefois d’accidents résultant plutôt de l’état de santé du vacciné que de celui du vaccininifère. '

2° Hors le cas d’urgence, on doit, en raison de l’état du sujet, de la constitution médicale régnante, suspendre les inoculations.

3‘ Le liquide porté sur la lancette doit être limpide, et provenir autant que possible, pour éviter tout transport d’élément étranger, de boulons normalement développés.

li° Les piqûres doivent être légères, superficielles, parallèles au plan de la peau, pratiquées avec une lancette parfaitement propre et suffisamment espacées.

Quant à nous, Messieurs, nous conclurons en vous proposant d’accorder au travail de M. Vergely une place d’honneur dans vos archives, parce qu’il constitue, comme nous espérons l’avoir démontré, une contribution des plus intéressantes à l’histoire de la vaccine, histoire déjà vieille et bien souvent entreprise, mais où nombre de problèmes importants, tels que ceux que nous avons soulevés aujourd’hui, restent encore à élucider.

A la suite de ce rapport, MM. Girault et Labarraque père citent quelques faits d’accidents locaux survenus à la suite de vaccinations.

— La séance est levée à cinq heures trois quarts.

FORMULAIRE

Traitement de l’acné pilaris arthritique. — Ernest Besnier.

1° Prendre, chaque jour, deux cuillerées à bouche du sirop suivant :

Sirop de saponaire . 300 grammes.

Bicarbonate de soude pulv. . 10 —

Chaque cuillerée servira à édulcorer une demi-tasse d’infusion de pensée sauvage.

2° Prendre trois bains par semaine , additionnés chacun de 150 grammes de carbonate de soude.

3° Porter, pendant la nuit, une calotte de caoutchouc.

lx° Régime sobre, dont sera exclu le poisson de mer; ni café, ni liqueurs, ni boissons acides. — N. G.

Éphéméridcs médicales. — 1 lx Janvier 1859.

Mort, à Paris, de Claude- Adrien Bobillier, chirurgien aux armées, membre de l’ancien Collège de chirurgie. Ses cendres reposent au cimetière Montmartre. — A. Ch.

COURRIER

Le numéro de ce jour contient un Supplément d^e huit pages.

Nécrologie. — C’est avec une profonde douleur que nous annonçons la mort de M. le doctéur A. Tardieü. Le temps nous manque et notre émotion est trop vive pour que nous puissions rèttdfe â la mémoire de noire éminent et si regrettable confrère le tribut de.nos

'sympathiques regrets. • . ' ; . . . .

On nous annonce que les obsèques de M. Tardieu auront liéil demain mercredi, 15* jànvïér, à midi, à l’église de la Madeleine, sa paroisse.

On se réunira à la maison mortuaire, 56Zi, rue Saint-Honoré.

Association générale. — En cas de retard dans la distribution des lettres de convocation, les membres du Conseil général de l’Association sont prévenus que- ce Conseil se réunira ,d ’ urgence,' demain mercredi 15 janvier, à l’heure et dans le local ordinaires.

Entretien des hôpitaux et hospices de Paris. — • Il vient d’être dressé un tableau . comparatif des dépenses annuelles ,et entretien des hôpitaux et hospices de Paris ; nous extrayons de ce. tableau les chiffres suivants :

A l’Hôtel-Dieu, qui compte 514 lits, la dépense annuelle par lit s’élève à 1,194 fr. 07.

A ïâ Charité, qui renferme 472 dits, la même dépense est de 1,096 fr. 24.

L’hôpital pour leqqe.1; la, dépense par' lit est la plus élevée est la Clinique, qui ne compte que 74 lits et dont la dépense annuelle par lit est de 1,847 ,fr. 2&i i:

.L’hospicei pour lequel la( dépense est la pluscfâible est celui des Ménages, qui comprend 1,387 lits et dont la dépense annuelle par lit n’est que de 399 fr. 59.

'"Le.' département de là Seine compte &7 hospices ou hôpitaux renfermant 18,001 lits, pour lesquels la dépense; ahnuëlle moyenne par unité est de 877 fr. 14.

Il est; bien entendu que ces dépenses s’appliquent purement à l’entretien et ne comprennent pas les intérêts des capitaux engagés -par la Ville de Paris pour la construction de ces établissements' hospitaliers.

Nouveau procédé pour éprouver le lait. — M. A. Smith écrit çe qui suit au.. chef de laboratoire de chimie d’Islington : « Le lactomètre généralement employé par les laitiers pour éprouver la pureté du lait, n’est pas, àmop avis, suffisamment irréprochable,, car, s’il permet de constater dans lès échantillons la proportiôh de 20 0/0 d’eau, il ne permet pas de s’assurer des quantités plus aÉinimes; et de' des doser., Là méthode: 'que j?ai employée pour le même usage avec l’hydromètre m’a donné de meilleurs résultats. Partant de éeiifait généralement reconnu que le sucre et divers sels sont à l’état constant dans le lait, je les ai tout .d’abord Séparés des autres constituants, de façon à obtenir le sérum. J’ai pris ensuite la quantité de lait a analyser que j’ai additionné de trois gouttes d’acide acétique : après avoir agité avec une petite baguette de verre, j’ai versé *îè liquide sur un fin tamis en cheveux et fait filtrer à travers du papier buvard.

En posant l’hÿdromètrë dans ,1e sérum, on obtient facilement'. la quantité d’eau ajoutée. En ayant soin de graduer l’^ydromètre pour des diverses quantités, de lait à analyser, on paient un instrument très-précis et très-facile â'!;emploÿër dans ieé'Stdtiohs Idé'ehébâihs de fer pour éprouver le lait à spm arrivée, «J»e rpqdre .compte .à l’qeil nu: de laplus petite quantité d’eau dont il a été additionné. Si le lait a été.cQlqré, .l’addition d’un petit piorceau, de potasse au sérum, le fait reconnaître en lui donnant une teinte jaune, sa couleur étant blanche quand le lait est parfaitement ph?. M. Ailkins, chimiste, s’est approvisionné’ d’hyd^ômètreé pârlfaittemênt5 gradués, et 'qui seront- de toute utilité aux docteurs, aux -laitiers, aux inspecteurs , et en1 général à toutes les personnes qui désirent ou sont appelées à éprouver le lait. ( ln Sanitary Record et Journal d’hygiène.)

— La Société méclicalè (fe l’Élyéée ‘vient dé constituer son bureau, pour l’année 1879, de la manière suivante :

Président, M. Fieuzal; — vice-président, M. Peter ; — secrétaire général, M. Gouêl ; — secrétaires des séances, MM; Blache et Boucaumont ; — secrétaire-trésorier, M.Guillon.

Le gérant, RiciiElOT.

Paris. — TynoRraphie Félix Mmtestb rt •«>, me des Deux-Portes-Saint-Sauveur, 22.

L’UNION MÉDICALE Jeudi 16 Janvier 1879

Obsèques de M. le professeur Tardieu

Les obsèques1 de M. le professeur Tardieu ont eu lieu aujourd’hui, au milieu d’une affluence considérable. Lès profésseufs et agrégés de la Faculté, presque au grand’ complet, ont témoigné, par leur présence, le regret que leur inspire la mort de leur éminént collègue. Les membres du bureau de l’Académie de médecine et une députation très-nombreuse de cette Compagnie savante, assistaient à la cérémonie. Le Comité consultatif d’hygiène publique de France était représenté par un grand nombre de ses membres. Les dignitaires et les membres du Conseil général de l’Association générale dès médecins de France së sont fait un devoir de payer ce dernier tribut d’hommage et de regret à l’ancien président de l’Œuvre. La Société médicale des hôpitaux, la Société d’hydrologie et plusieurs autres Sociétés et Compagnies savantes dont M. Tardieu faisait partie, se sont également fait représenter à ses obsèques.

Lé dèuil était conduit par le fils et le frère de M. Tardieu.

Les. honneurs militaires ont été. rendus au commandeur de la Légion d’honneur par, un bataillon cfinfaqterie.

Les cordons du poêle étaient tenus par M. Vulpian, doyen de la Faculté de médecine; M. Richet, président de l’Académie de médecine; M. Wurtz, vice-président du Comité consultatif d’hygiène publique; et M. H. Roger, président de l'Association générale des médecins de France. : •

Après: la. cérémonie religieuse, qui a èu lien à l’église dé la Madeleine, le cortège s’est dirigé vers le cimetière Montparnasse, Où M. Tardieu possédait un tombeau’. Les discours ont été prononcés dans l’ordre suivant :

Aü nom de la Faculté de médecine, par M. le professeur Chauffard;

Au nom de l’Académie de médecine, par M. Henri Gueneau de Mussy;

'Ait nom du Comité consultatif d’hygicne publique, par M. Wurtz;

Au nom de 'rlsSociàtiÔn générale, par M. le docteur Êrun,' trésorier, qui a biéii v^ulu remplacer presque Jps.taintanémery>,^lî.le Président ,.et M. le Secrétaire général, ih'dispésês; " i!

Au nom de la Société médicale des hôpitaux, par M. Rigal.

Le Corps médical de Paris, outre les. délégations officielles, était représenté par un nombre considérable de ses membres.

Fâculte cîe Médecine dé Paris

DE LA PHTHISIE PTJLMONAlEE (1)

Étiologie. — On ne devient tuberculeux que parce qu’on est déjà malade.

Occupons-nous d’abord de la tuberculose accidentelle. Elle reconnaît pour causes.: 1° l'insuffisance dans la réparation, soit par défaut d’aliments, soit par défaut d’air pur; 2° les mauvaises conditions du physique ou du moral.

1° Le: défaut d’aliments; l’inanitiation peut être déterminée par :

Ai' • Le • • étrécissement de l'oesophage. V..., jeune hommé,j à la suite d’un désespoir d’amour* avait: avalé de l’acide sulfurique. Il y eut cèsèphagite, puis rétrécissement fibreux; le malade np’ipouvâjLplus prendre que du bouillom Au bout de dix-huit mois* il mourut tuberculeux, avec des cavernes. • • ’’ ; : '■ . ■' .

Dans quatre cas analogues de rétrécissement traumatique ou cancéreux, des tubercules survinrent. Lebert dit que là moitié des malàdes atteints de rétrécissement de f œsophage deviennent tuberculeux ; 1

b. Par ulcère simple de l’eslomac. La tuberculose éclate dans un tiers des cas (Jatsch, de Prague, et Lebert) ; ’ ■ :<i ' ' . ' ;

(tj* Suite. — Voir le numéro du 7 janvier.

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