NÉPHRITE ET SYPHILIS
Je vais vous entretenir aujourd’hui d’un malade placé au n° 6 de notre salle Saint- Charles, et que je viens de vous montrer tout à l’heure, ne pouvant le faire venir à l’amphithéâtre, où vous n’auriez pu saisir les détails de l’éruption qu’il présente. Comme l’observation de cet homme est instructive sous plusieurs rapports, je vais vous dire en quelques mots son histoire, me réservant d’insister ensuite sur les points les plus intéressants.
C’est un homme de 25 ans, d’une santé assez bonne ordinairement, et n’accusant d’autre maladie qu’une blennorrhagie dont il aurait été atteint au mois d’août de l’année passée; blennorrhagie, dit-il, qui a eu lieu, pour une seconde fois, au mois d’août dernier, où elle a présenté ce fait que l’écoulement a été indolent et peu considérable, contrairement au précédent, qui aurait été très-douloureux et abondant. Cet homme a fait ses vingt-huit jours : le service l’a, selon lui, beaucoup fatigué ; il accuse même une chute de cheval qui aurait eu une certaine influence, sur sa santé. Néanmoins, rentré dans ses foyers, il reprit son métier, qui consiste à fabriquer des saucisses dans une cave. Là, il prit froid et gagna un rhume caractérisé par de la toux avec expectoration. Néanmoins, il continua à travailler jusqu’à la fin d’octobre, époque à laquelle il fut pris tout d’un coup d’une douleur dans
Tout marchand, tout mendiant sera impitoyablement rejeté dans l’intérieur des églises.
Les chirurgiens et barbiers sont tenus de ne point jeter dans la partie de la Seine comprise dans l’enceinte de Paris, le sang des saignées, mais de le porter au delà de cette enceinte, au-dessous de l’écorcherie aux chevaux. Ges mêmes chirurgiens, s’ils ont été convaincus d’avoir saigné des lépreux, devront s’abstenir de pratiquer leur métier pendant un temps déterminé par la justice.
Les maréchaux ne devront point entretenir leurs forges avec du charbon de terre. (On s’imagine que les vapeurs bitumineuses répandues par ce combustible, alors nouveau, peuvent aider le fléau dans ses manifestations.)
Défense de déposer dans la rue les ordures des maisons ; on les mettra dans des paniers, le long des maisons, où elles seront prises de suite par des charretiers pour être jetées en dehors de la ville.
Défense aux bouchers, charcutiers, rôtisseurs, vendeurs de volailles, etc., d’entretenir chez eux, dans la ville de Paris, des cochons, des pigeons, des poules, etc.
On créa aussi des prévôts de la santé, lesquels, aidés d’un certain nombre d’archers, devaient s’inquiéter dos maisons infectées, séparer promptement les personnes malades d’avec les personnes saines. Ils devaient se tenir habituellement, afin qu’on pût toujours les trouver, au cimetière de Saint-Gervais et à celui de Saint-Séverin. Ils se rendaient matin et soir chez les commissaires, et, plusieurs fois dans la journée, chez les quarleniers, dizainiers, médecins, barbiers, chirurgiens, apothicaires de chaque quartier, afin d’apprendre d’eux les noms et demeuivs des citoyens frappés. Ces derniers, ils les confiaient aussitôt aux barbiers et aux chirurgiens nommés par la police, ou les faisaient porter à l’Hôtel-Dieu. Les prévôts de la santé avaient encore le soin de marquer d’une croix blanche les maisons abritant les pestiférés, et de veiller à ce
l’épaule droite, lancinante, et assez vive pour attirer fortement Son attention. Au bout de deux ou trois jours, cette douleur disparût et il vit apparaître, au point précédemment affecté, une éruption composée, suivant son expression, de boutons contenant de l’eau et de l’humeur. Ces boutons persistèrent pendant huit à dix jours, les uns s’affaissant, les autres s’écorchant et se recouvrant de croûtes.
La douleur ayant disparu, cet homme avait repris ses occupations; mais, quelques jours plus tard, il dut les abandonner de nouveau, parce qu’il se sentait, dit-il, mal à son aisé et qu’il avait un peu d’enflure aux extrémités inférieures, et surtout aux bourses. Cette enflure l’effraya, et il demanda à entrer à l’hôpital, où il fut admis mardi dernier.
Le jeudi, quand nous le vîmes pour la première fois, nous le trouvâmes dans un état d’œdémalie généralisée : œdème aux extrémités inférieures, parfaitement marqué aux cuisses par un bourrelet siégeant à la partie interne, et aux jambes par l’empreinte du doigt aux malléoles ; œdème à la partie supérieure du corps ; œdème enfin à la face , aux joues, aux paupières. En même temps, l’èxamen des urines nous fit connaître la présence d’albumine, en quantité assez considérable et, au microscope, l’existence de quelques globules sanguins. Fièvre à peu près nulle : la température ne dépassait pas 37°, 5, et le pouls battait 72 pulsations par minute. Encore un peu de toux et d’expectoration muqueuse. Rien à l’auscultation.
Aujourd’hui, vous avez pu voir encore des restes de cet anasarque. Vous avez pu constater aux joues, lorsqu’on les frappe légèrement avec le doigt, ce tremblement particulier, comparable à celui de la gelée de viande qui caractérise l’œdème de la face. De plus, les paupières supérieures sont encore légèrement œdématiées; elles sont bouffies, au lieu d’être minces comme à l’état normal; enfin, à la partie interne dès cuisses, la peau est encore doublée d’un œdème très-appréciable. Quant à l’urine, elle renferme encore un peu d’albuminé, mais les hématies ont disparu.
loi, Messieurs, la maladie s’impose. €’est encore un de ces cas faciles où le diagnostic réside dans les urines. Toutes les fois, en effet, que vous aurez affaire à un œdème généralisé à toutes les parties du corps et que l’examen des urines vous révélera la présence dans ce liquide d’une grande quantité d’albumine, vous pourrez affirmer qu’il s’agit d’une néphrite albumineuse. Cet examen des urines est d’autant plus important qu’ici, s’il n’avait été fait, nous aurions pu passer à côté du diagnostic, car, avec l’anasarque, c'est le seul symptôme que nous ayons à constater. En effet, nous ne trouvons ni maux de tête, ni altération de la vue, ni
que les domestiques de ces mêmes maisons ne sortissent qu’avec une verge blanche à la main. Les peines portées contre ceux qui eussent osé effacer ces croix blanches marquées par les prévôts de la santé, étaient extrêmement sévères : les délinquants avaient le poing coupé.
Ces officiers sanitaires, leurs aides et archers, ne marchaient dans les rues que portant une casaque d’étoffe noire avec une croix blanche.
Enfin, les médecins assez courageux, assez esclaves de leurs devoirs pour affronter le1 fléau, ■— on en trouve toujours, et partout, tant le dévouement civique est inné en eux, — reçurent ce titre : Medici Parabolani, du grec T<tpà£oxos, téméraire, audacieux, qui rappelait l’héroïsme des dignes enfants de nos Écoles de Paris.
On n’en finirait pas si l’on voulait citer une faible partie seulement des mesures sanitaires ou préservatrices qui furent imaginées contre les maladies réputées contagieuses. Cette note a surtout pour but de soumettre à l’admiration des lecteurs de I’Union Médicale un costume imaginé en 1721 par Chicoyneau, premier médecin du roi, qui avait été envoyé à Marseille pour venir au secours des pestiférés. Ce costume n’était destiné qu’aux médecins, et avait pour but de préserver le disciple d’Esculape lui-même, et de permettre a ce dernier, sans craindre qu’il répandît la maladie, de parcourir la ville, et de communiquer avec la population saine. ( Voyez ci-contre la gravure.)
La longue robe que vous voyez était en maroquin du Levant, parce que cette étoffe, par son odeur et son poil, était considérée comme la plus capable de résister au venin pestilentiel, au miasme, aux microbes, aux organismes microscopiques, aux bactéries, comme on dirait aujourd ui. Dans le même but, la tête est complètement fourrée dans un capuchon fait du même maroquin; ce capuchon est percé, au niveau des yeux, d’ouvertures pour permettre la
vomissements, rien enfin des autres phénomènes qui caractérisent la néphrite albumineuse.
Mais ce malade n’a pas que cela ; il présente encore autre chose, et c’est cette autre chose qui fait l’intérêt de son observation. En effet, il est atteint d’éruptions, lesquelles ne sont pas toutes de la même nature. D’abord, à la partie supérieure du corps, à l’endroit même où cet homme a accusé de la douleur, nous trouvons des taches roses, très -marquées, sous lesquelles il y a encore quelque gonflement. Comme siège, ces taches ont quelque chose de spécial; elles commencent au rachis et finissent au sternum. Elles sont unilatérales et suivent une direction d’arrière en avant et de haut en bas.
Rien que ce siège unilatéral nous suffit pour que nous ayons le droit de diagnostiquer un zona; surtout si, comme ici, les douleurs lancinantes se sont développées dans l’endroit précis où l’éruption a apparu plus tard.
Ce zona, chez notre malade, a présenté ce phénomène particulier, que la douleur a cessé du jour même où a apparu l’éruption. On voit cela quelquefois. La douleur, en effet, dans ses rapports avec l’éruption, offre des caractères très- variés. Outre le cas, comme ici, où elle disparaît entièrement au moment du développement des vésicules, il est des cas où elleest concomitante de l’éruption, d’autres où elle n’existe pas; d’autres enfin, beaucoup plus nombreux, où elle existe avant, pendant et même longtemps après l’éruption. J’aurai occasion d’ailleurs, dans le cours de mes leçons, de revenir sur ces circonstances et de vous dire dans quels cas là douleur est légère, dans quels cas elle est nulle, et dans quelles circonstances elle persiste après la disparition des vésicules.
Mais, outre cette éruption, ce malade en présente une seconde, beaucoup plus généralisée, répandue sur tout le corps, sur le tronc, Sur les membres inférieurs et supérieurs. Çette éruption est constituée par des taches ayant une couleur d’un rose un peu effacé, un peu sombre, un peu jaune, intermédiaire âu rose et au jaune, rappplant le rose de Chine, ou, si vous aimez mieux, les ècchvinoses arrivées à la deuxième période.
Comme disposition et comme forme, nous trouvons des variations assez grandes dans ces taches. Quelques-unes sont très-petites, semblables à des piqûres de puce, quelquefois plus élargies. D’autres, plus grandes, ont les dimensions d'une pièce de 50 centimes à 1 fr. Leur conformation est également différente. Lês petites sont arrondies; les grandes, festonnées ou même triangulaires. Mais ni les unes ni les
autres ne font saillie au-dessus de la peau, et toutes disparaissent momentanément par la pression du doigt; c’est-à-dire qu’elles ne sont pas constituées par des ecchymoses, par du sang infiltré dans le tissu cellulaire sous-culané, comme on pourrait le croire au premier abord, mais par une simple congestion. Ce sont, en un mot, des taches exanthématiques.
Outre ces éruptions, nous trouvions encore chez cet homme un peu de rougeur au gland et un très-léger écoulement uréthral, à peine marqué aujourd’hui. Nous constations enfin, chose très-importante à noter, dans les aines, plusieurs ganglions engorgés, augmentés de volume et, de plus, assez mous et indolents. Deux ou trois ganglions, également engorgés, présentant les mêmes caractères que les précédents, existaient en outre sur les parties latérales du cou.
Mais, après vous avoir ainsi décrit cette éruption, il nous reste à lui donner un nom. Quelle étiquette allons-nous lui donner? Nous avons affaire, de la manière la plus évidente, à une albuminurie aiguë. (Je laisse de côté le zona, qui a pu être amené par la même cause que la néphrite, par le refroidissement, et qui n’est ici qu’un épiphénomène, qu’un phénomène accessoire.) Avons-nous sous les yeux une éruption qui dépende de l’albuminurie? Vous savez en effet que, dans ces derniers temps, on a décrit des éruptions en rapport avec cette affection. C’est un fait incontestablé aujourd’hui, qu’il existe des malades albuminuriques qui présentent des éruptions particulières. Eh bien, s’agit-il ici d’une éruption semblable? Telle est la question intéressante dans cette observation.
Messieurs, je n’hésite pas à dire que non. En effet, quelles sont les éruptions que l’on trouve dans les cas d’albuminurie? Elles sont de deux sortes : tantôt c’est un purpura, résultant d’une hémorrhagie cutanée, qui a lieu sous l’influence d’une altération du sang, rendu moins plastique par le fait même de la diminution de l’albumine; tantôt ce sont des taches rouges, larges, disséminées, ou se faisant suite les unes aux autres en manière de cordon. Cette éruption, qui n’est autre que l’érythème lisse, ne se rencontre que lorsque la peau est fortement distendue par un œdème considérable, quelle que soit d’ailleurs la cause de celui-ci, et alors que les lymphatiques sous-cutanés ont eux-mêmes subi une lésion particulière. On voit alors ces taches se développer aux cuisses, au scrotum, partout où la peau est considérablement tendue.
Or, ici, nous n’avons rien de semblable. Les taches auxquelles nous avons affaire sont des taches exanthématiques et non des macules. Nous devons donc d’abord éloigner le purpura.
Se figure-t-on les médecins parcourant la ville ainsi affublés, pénétrant dans les maisons, visitant les malades. Il fallait bien pourtant qu’ils ôtassent leurs gants pour palper, toucher le pestiféré, rédiger leurs ordonnances. De parler, d’interroger, il ne pouvait être question....
Laissez-moi, cher lecteur, pour finir, vous rappeler un coin du tableau na\rant que Ambroise Paré nous a laissé des misères de toutes sortes dans ces temps calamiteux où le malheureux pestiféré, traqué comme un bête venimeuse, était arraché au foyer domestique, séquestré dans des lieux infects, et souvent victime des voleurs et des assassins :
« . Ceste maladie rend lhomme si misérable que sitost qu’il est soupçonné, sa maison
(qui luy estoit le plus seur et le plus libre) luy sert d’une cruelle prison ; car on l’enferme dedans sans qu’il puisse sortir, ny que personne y soit admise pour le secourir.
Si, ce pendant, quelqu’un de ceux qui sont ainsi resserrés et enfermés se meurt, il faut que les autres qui sont là dedans voyent qu’elquefois, durant long temps, cet horrible spectacle de corps remplis de vermine et pourriture, avec une grande puanteur charongneuse, qui fait renforcer l’infection et vénénosité de l’air, qui puis après fait redoubler la peste, et est souvent cause de la mort de tous ceux qui sont en la maison. Et si on se retire aux champs, la mesme crainte et horreur y est... Tout est clos et fermé aux villes, villages et bourgades, voire les maisons propres sont closes h leurs maistres, tellement que souvent on est contraint de faire qu’elque togette aux champs, arrière de toute conversation et cognoissance... Et qui plus est, n a-t-on pas veu ès dites loges, que le père et la mère estans griefvement malades et ne pouvans aider à leur enfant, l’ont veu suffoquer et manger aux mouches, guespes, et la mère ^Ovl!LSeC0Uv.r'r’ se lever puis tomber morte entre l’enfant et le mary! Plus on est recogneu x, subjects ou serviteurs qu’on ait, chascun tourne le dos, et personne n’y oseroit
Supplément.
L’UNION MLDICALE.
Quant à l’érythème lisse, nous ne saurions nous y arrêter non plus. Nous n’avons pas ici les conditions voulues pour que cette éruption puisse se développer, c’est-à-dire la tension exagérée des téguments. Il est donc impossible de rattacher l’éruption que nous constatons chez ce malade à la maladie principale, à la néphrite aiguë.
Il nous faut, par conséquent, chercher ailleurs. Une chose qui frappe, dans ces taches, c’est non-seulement leur couleur un peu foncée et leur dissémination, mais encore leur indolence parfaite. Elles ne causent, en effet, ni douleur ni chaleur à la peau, ni démangeaisons. Cela est si vrai, que le malade n’en a pas eu conscience, et ne s’est aperçu de son éruption que lorsque nous avons nous-même appelé son attention de ce côté.
Eh bien, dans quel cas rencontre-t-on ces trois caractères négatifs : absence de douleur, de cuisson et de démangeaisons? Dans deux sortes d’affections seulement : dans les affections scrofuleuses et dans les affections syphilitiques. Évidemment, il ne saurait être question ici de la scrofule; mais ne serions-nous pas en présence de la syphilis?
J’ai hâte de vous dire que oui. Oui, c’est une éruption syphilitique, et une éruption qui en présente tous les caractères. D’abord, cette coloration des taches d’un rouge tirant sur le brun est hien la couleur caractéristique des éruptions syphilitiques; ensuite, l’absence de douleur est un phénomène plus important encore, dont je me hâte de m’emparer. Mais j’ai d’autres preuves encore de ce fait syphilitique que je vous annonce. Il faut savoir, en effet, que la syphilis, est caractérisée par des phénomènes initiaux, concomitants et consécutifs; ceux-ci, je viens de vous les montrer; je dois rechercher maintenant quels sont les phénomènes concomitants, et surtout quels sont les phénomènes initiaux, ceux qui ont pu constituer la porte d’entrée de la syhilis, le chancre, en un mot. Parmi les phénomènes concomitants ordinaires, nous en avons un d’une très-grande valeur. Je veux parler des ganglions de l’aine et du cou, qui sont mous, augmentés de volume et indolents ; c’est-à-dire présentant les caractères de la pléiade ganglionnaire se développant à la seconde période de la syphilis.
Mais où est le phénomène primitif, le chancre? Sur ce point, nous rencontrons une réelle difficulté. En effet, ni sur le gland ni sur toute autre partie de la verge, nous ne voyons de cicatrice qui atteste l’existence antérieure d’un chancre; nous n’observons enfin pas trace de plaques muqueuses, soit à la gorge, soit à l’anus.
aller, mesme le père abandonne l’enfant et l’enfant le père ; le mary la femme, et la femme le mary; le frère la sœur, et la sœur le frère; voire ceux que vous pensez les plus intimes et féales amys, en ce temps vous abandonnent pour l’horreur et dangier de ceste maladie. Et s’il y a quelqu’un meu de pitié et charité chrestienne, ou par la consanguinité, se veut advancer pour secourir et visiter un malade, il n’aura après parent ni amy qui le vueille fréquenter ny approcher. Qu’ainsi soit on a veu l’orsqu’on apercevoit seulement ès rues les médecins, chirurgiens et barbiers, esleus pour les malades, chascun couroit après eux à coups de pierres pour les tuer comme chiens enragés, disant qu’il falloit qu’ils n’allassent que de nuict, de peur d’infecter les sains. »
Et je ferai remarquer que dans la plupart de ces épidémies parisiennes, il ne s’agit pas de la vraie peste, de la peste à bubons, fyeYinguinaria, mais seulement des maladies populaires que nous voyons tous les jours, de la coqueluche, de la cholérine ou courante, de la grippe.
Dr Achille Chereaü.
Académie de Clermont-Ferrand (École préparatoire de médecine et de pharmacie) — Concours pour une place de professeur suppléant des chaires de chimie, de pharmacie de matière médicale et d’histoire naturelle. 1 ’
Ce concours s’ouvrira le 15 juin 1879. U est réglé par les décrets des k février 1874 14 juillet 1875, 10 août 1877 et par l’instruction ministérielle du 10 octobre 1874. ’ *
La durée des fonctions du suppléant nommé sera de neuf ans, il touchera 1 000 fr d’appointement. Il sera chargé des conférences et des cours supplémentaires. ’
Cet emploi peut être cumulé avec celui de chef des travaux chimiques.
Mais nous avons encore quelque chose de particulier et de contradictoire dans l’histoire de cet homme. C’est la blennorrhagie qu’il a eue l’année dernière, blennorrhagie qui s’est reproduite une seconde fois au mois d’août de cette année. Et cependant, je n’hésite pas à dire que cette blennorrhagie a été, dans le cas présent, la porte d’entrée de la syphilis. Non pas que je sois de ceux qui pensent que la blennorrhagie puisse être suivie d’accidents syphilitiques.. J’ai trop d’expérience pour commettre une erreur semblable ; mais, ce que je sais, c’est qu’il y a de fausses blennorrhagies, des écoulements uréthraux qui sont symptomatiques d’un chancre ayant son siège dans le canal de l’urèthre. Ces écoulements uréthraux sont indolents, peu abondants, les malades s’en plaignent très-peu. C’est justement ce qui a eu lieu ici. Si, en effet, la première blennorrhagie a donné lieu à un écoulement bien franc, douloureux, abondant, qui ne permet pas d’en méconnaître la nature, les caractères bénins de la seconde me permettent d’affirmer qu’elle était simplement symptomatique d’un chancre uréthral non encore cicatrisé.
( A suivre dans un prochain numéro.)
ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES
SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE
Séance du 12 mars 1879. —Présidence de M. Tarnier.
Sommaire. — Suite de la discussion sur les pansements antiseptiques. — Lecture.
La discussion sur les pansements antiseptiques s’est continuée par deux discours, l’un de M. Le Dentu, l’autre de M. Félix Guyon, tous les deux favorables au pansement de Lister.
M. Le Dentu, laissant de côté la question théorique ou doctrinale de l’origine de la septicémie par les germes de l’atmosphère, dit qu’il s’en tiendra exclusivement à la question de pratique chirurgicale.
Contrairement à l’opinion soutenue dans la dernière séance par M. Trélat, qui s’est efforcé de distinguer nettement l’infection purulente de la septicémie, M. Le Dentu pense que ces deux affections doivent être confondues, l’infection purulente n’étant à ses yeux qu’une forme particulière de la septicémie, de même que l’infection putride. Il y a, suivant lui, deux grandes causes de la septicémie et comme deux portes d’entrée de cette maladie, l’une locale, qui est l’absorption par la plaie, l’autre générale, qui est l’absorption par la voie pulmonaire des miasmes ou des germes septiques. M. Le Dentu ne croit pas qu’un pansement antiseptique quelconque puisse toujours prémunir contre l’invasion de la septicémie, car il a, par devers lui, des faits qui démontrent le rôle évident de l’absorption pulmonaire dans certains cas de septicémie.
M. Le Dentu emploie depuis deux ans le pansement de Lister dans son service d’hôpital; il ne l’a pas employé, il est vrai, dans toute la rigueur de la méthode. Ainsi il n’a pu faire toujours la pulvérisation, à cause de la défectuosité de l’appareil qu’il avait sous la main ; il n’a pas fait non plus les ligatures d’artères avec le catgut; enfin il n’a pas cru devoir pratiquer les sutures profondes ; mais il a fait avec soin des lavages avec les solutions phéniquées, il s’est servi de la gaze antiseptique, du protective et du tube à drainage; enfin, dans Un assez grand nombre de cas il a fait le pansement de Lister presque avec toute la rigueur de la méthode.
Il a appliqué ce pansement dans 57 cas d’opérations ou de plaies accidentelles, amputations des membres supérieurs et des membres inférieurs, résections, ablations de tumeurs diverses, opérations de hernie étranglée, fractures compliquées, etc. En somme, il a eu 8 Ix p. 100 de guérisons et 16 p. 100 de morts. M. Le Dentu ajoute qu’en dehors de celte statistique, il a employé le pansement de Lister dans un assez grand nombre de cas de plaies par écrasement des doigts ou des orteils, de fractures compliquées des métacarpiens ou des métatarsiens, et que, dans tous ces cas, les malades ont guéri parfaitement.
Dans les applications qu’il a faites de la méthode de Lister, M. Le Dentu a eu l’occasion de faire quelques remarques concernant les effets des divers éléments de la méthode. Ainsi il a remarqué que la pulvérisation produisait sur les tissus une sorte d’anesthésie, d’engourdissement; que la pulvérisation prolongée donnait lieu à une sensation de refroidissement très-notame pouvant avoir quelques inconvénients; qu’enfin les diverses applications phéniquées, pulvérisations, louons, pièces de pansement, pouvaient, dans certains cas, produire une irri-
èl s etc °U m01nS intense et Plus ou moins grande des tissus, des érytlhèmes, des érysi-
Par contre, M. Le Dentu a vu, sous le pansement phéniqué, se produire des réunions inespérées, même lorsque les tissus étaient fongueux ; il a vu la réunion des plaies se faire, sinon d’une manière immédiate dans toute l’étendue de la solution de continuité, du moins immédiatement dans la plus grande partie de la plaie et très-rapidement dans tout le reste. Il est convaincu que l’association du drainage et de la suture dans le pansement de Lister, en restreignant notablement l’étendue des surfaces suppurantes, contribue à abréger considérablement la durée de la cicatrisation.
En comparant les résultats qu’il a obtenus par la méthode de Lister avec ceux que lui ont fournis les autres modes de pansement, M. Le Dentu déclare que le pansement antiseptique lui a donné de beaucoup les meilleurs résultats, mais il ne pourrait dire lequel, parmi les divers modes de pansement antiseptiques, par exemple du pansement ouaté ou du pansement de Lister, mérite la préférence. Ges deux modes de pansement lui ont donné, jusqu’à présent, des résultats semblables.
Quant au pansement à l’alcool, qu’il a surtout employé pendant la dernière guerre, les effets en ont été déplorables, surtout lorsqu’il a employé l’alcool pur. Depuis il ne s’est plus servi que d’eau alcoolisée, mais, même dans ce cas, il n’a pas toujours eu à se louer de ce pansement. Il a vu se produire, sous ce dernier, de petites hémorrhagies répétées ; il a remarqué que certaines plaies, principalement celles de la face, supportent mal le pansement alcoolique ou, plus généralement, les applications décompresses plus ou moins imprégnées d’eau. Cependant M. Le Dentu admet le pansement à l’alcool dans le traitement des petites plaies des extrémités des membres.
Comme conclusion des essais qu’il a faits du pansement antiseptique dans le traitement des plaies d’amputation, M. Le Dentu déclare qu’il n’oserait plus aujourd’hui pratiquer une grande opération sans avoir à sa disposition soit le pansement ouaté de M. Alphonse Guérin, soit le pansement de M. Lister. Il avoue, d’ailleurs, que pour le traitement des traumatismes légers, ses tendances seraient plus ou moins éclectiques.
Après M. Le Dentu, M. Félix Guyon vient également exposer les résultats de sa pratique relativement à l’emploi du pansement de Lister, qu’il étudie comparativement au pansement à l’alcool. M. Guyon a employé pendant quatre ans ce dernier pansement, et il en a obtenu d’excellents résultats; s’il l’a abandonné aujourd’hui pour le pansement de Lister, c’est qu’une expérience de plus de deux années lui a montré que l’on obtenait par le pansement de Lister des résultats incontestablement meilleurs que par le pansement à l’alcool.
Les chirurgiens, suivant M. Guyon, ne sauraient rendre de trop grandes actions de grâce au traitement antiseptique, car c’est à lui, c’est au pansement ouaté de M. Alphonse Guérin et au pansement phéniqué de M. Lister qu’ils doivent de pouvoir, aujourd’hui, laisser, pour ainsi dire, sur un plan secondaire, dans leurs préoccupations, les conditions hygiéniques des malades et des hôpitaux, de n’avoir plus besoin de sortir des grandes villes et des grands hôpitaux toutes les fois qu’il s’agit pour eux de pratiquer une grande opération, et de pouvoir, enfin, obtenir d’aussi beaux résultats d’une opération pratiquée à la ville ou à l’hôpital que si elle l’avait été à la campagne. La preuve en est dans les succès obtenus, par M. Alph. Guérin, par son pansement ouaté, à l’hôpital Saint-Louis, et dans ceux qu’obtiennent tous les jours les chirurgiens des hôpitaux qui emploient soit le pansement de M. Alph. Guérin, soit celui de M. Lister.
Suivant M. Guyon, l’excellence d’un pansement ressort moins des résultats statistiques que de la marche des phénomènes qui caractérisent les différentes phases de la réparation et de la cicatrisation des plaies. Or, sous le pansement antiseptique de M. Lister, comme d’ailleurs sous le pansement à l’alcool, la plaie semble, pour ainsi dire, indifférente au travail de réaction que nous avons l’habitude d’observer à la suite des opérations ; le gonflement des tissus, l’inflammation périphérique sont nuis ou presque nuis, ainsi que la réaction générale de l’organisme ; les tissus sont blanc rosé, de couleur normale, même sous le pansement ouvert. Cet état d’indifférence de la plaie est facilement maintenu sous le pansement de Lister, soüs cette sorte d’atmosphère phéniquée dont ce pansement enveloppe la plaie. M. Guyon ne repousse pas la pulvérisation, il ne cesse de l’employer; cependant il ne croit pas que la pulvérisation constitue un élément essentiel de la méthode ; il pense que ce qui protège surtout la plaie c’est son enveloppement dans le pansement antiseptique. Ce pansement est, d’ailleurs, quoi qu’on ait dit, de facile exécution. Au bout de quelques jours, il rentre dans la catégorie des pansements rares ; on peut ne le changer que tous les trois ou quatre jours.
Sans entrer dans les détails de la comparaison du pansement de M. Lister avec le pansement à l’alcool, au point de vue des phénomènes primitifs des plaies, M. Guyon résume les traits de cette comparaison, par cette conclusion, résultat d’une pratique de plusieurs années de l’un et de l’autre pansement : On se sent plus maître de la situation avec le pansement de M. Lister qu’avec le pansement à l’alcool. M. Guyon n’attribue pas, d’ailleurs, tous les avan-
tages du pansement au seul manchon antiseptique; il accorde encore une part considérable au tube à drainage dont le rôle est de favoriser l’écoulement des liquides.
De même que le gonflement et l’irritation périphérique des plaies, le phénomène de la suppuration est réduit au minimum sous le pansement de M. Lister. Sans doute il n’a pas encore été donné à M. Guyon de voir la suppuration manquer complètement sous ce pansement, comme cela arrive habituellement à l’auteur de la méthode, nécessairement plus habile à en réaliser les conditions d’application parfaite, mais il a vu, dans les cas les plus graves, des plaies en pleine suppuration et dont les tissus étaient infiltrés de gaz putrides, se modifier avec une rapidité merveilleuse sous le pansement de Lister, la putréfaction disparaître et la suppuration se tarir. On ne voit plus, grâce à ce pansement, les suppurations interminables qui faisaient autrefois, dans certains cas, le souci et le tourment des chirurgiens. Le pansement de Lister l’emporte, à ce point de vue, sur le pansement à l’alcool, et c’est encore là, suivant M. Guyon, le caractère différentiel qui distingue le pansement phéniqué de celui de l’École de Bordeaux, qui, réalisant à tous autres égards les conditions du pansement de Lister, ne contient pas d’acide phénique.
En ce qui concerne le travail de réparation des plaies, M. Guyon place le pansement de M. Lister bien au-dessus du pansement à l’alcool; la réparation de la plaie est tellement lente sous ce dernier, que l’on est à se demander parfois si jamais la guérison pourra s’effectuer; toujours est-il que jamais M. Guyon n’a pu obtenir par le pansement alcoolique des réparations tant s’en faut aussi belles que par le pansement phéniqué.
Lorsque M. Guyon a commencé à mettre en pratique le pansement de Lister, il a été étonné de la facilité avec laquelle il obtenait par ce moyen la réunion des plaies d’amputation, même lorsqu’il se servait de solutions phéniquées fortes, c’est-à-dire à 5 p. 100. Il est merveilleux de voir avec quelle facilité toutes les parties de la plaie se réunissent , non-seulement les parties superficielles, mais encore les parties profondes, même celles qui sont en contact avec l’os. A ce point de vue encore, on peut dire que le pansement de Lister a changé la face de la chirurgie opératoire, si bien que la réunion immédiate, jusqu’alors réputée si dangereuse par l’immense majorité des chirurgiens, est devenue aujourd’hui non un mirage trompeur, mais un but idéal facilement accessible, à la condition de ne pas prétendre à une réunion immédiate complète et qu’on veuille bien laisser une place au tube à drainage, qui fait, d’ailleurs, partie intégrante de la méthode.
Si l’on envisage le pansement au point de vue du phénomène douleur, il est incontestable que, sous le pansement phéniqué, la douleur est réduite à son minimum, et même que, à dire vrai, elle n’existe pas. On constate seulement, sous la solution forte, une sensation d’engourdissement, mais qui n’a rien de réellement douloureux. On ne peut pas en dire autant du pansement à l’alcool.
Enfin, depuis plus de deux ans que M. Guyon se sert du pansement phéniqué, il n’a pas observé, dans son service, un seul cas de pyohémie, et cela dans un hôpital qui n’est certainement pas un type de salubrité, et où l’infection purulente n’étàit pas rare antérieurement. Mais il a semblé à M. Guyon que le pansement phéniqué préservait moins bien de l’érythème et de l’érysipèle que de l’infection purulente.
Résumant la statistique des grandes opérations qu’il a pratiquées et traitées suivant la méthode de M. Lister, M. Guyon déclare que, sur 3ù grandes opérations, il n’a eu que 3 cas de mort, dont 1 par méningite et 2 à la suite de l’opération de la hernie étranglée. Il conclut en disant qu’après avoir résisté longtemps au pansement de Lister, qui lui paraissait d’une complication par trop grande, rempli de détails et de pratiques minutieuses empreintes d’une sorte de mysticisme, qui lui répugnait surtout par l’odeur désagréable et persistante qui s’attache à la personne du chirurgien, il a fini cependant par l’adopter dans toute la rigueur de la méthode, et par trouver qu’il n’était pas de pansement plus simple et d’exécution plus facile ; enfin, en présence des résultats magnifiques et véritablement extraordinaires qu’il a obtenus, il lui semble aujourd’hui que le pansement phéniqué n’a pas d’odeur.
— M. le docteur Ledieu lit une observation de plaie pénétrante de poitrine avec issue de l’épiploon.
— M. de Saint-Germain présente un appareil orthopédique destiné aux malades atteints de mal de Polt.
Dr A. Tartivel,
M. A. de l’établis. hydrothérapique de Bellevue.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
Séance du 23 novembre 1878. — Présidence de M. Blondeau, vice-président.
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.
La correspondance imprimée comprend : Le Progrès médical. — Un volume de M. le docteur Octavius Sturges, médecin de l’hôpital de Westminster, de Londres, intitulé : Ghorea and Whooping-Cough. »
La correspondance manuscrite comprend une lettre de remercîments de M. le docteur Delefosse, récemment nommé membre titulaire.