PRÉSENTATION ET DISCUSSION
M. Gillébert Dhercourt fils. — Messieurs, l’enfant que je vais avoir l’honneur de vous présenter est une petite fille âgée de 15 jours, et auprès de laquelle j’ai été appelé le lende-
main de sa naissance pour donner mon avis sur une tumeur qu’elle portait à la partie latérale droite du thorax.
Cette région, en effet, était occupée, depuis l’aisselle jusqu’aux côtes flottantes de haut en bas et du sternum à l’omoplate d’avant en arrière, par une volumineuse tumeur bosselée, sonore et réductible. La région sus-claviculaire était aussi le siège d’une tumeur de même genre et plus réductible encore.
A l’auscultation de la tumeur, on ne percevait aucun murmure vésiculaire ni aucun souflle.
A la palpation, quand on la déprimait le long du bord sternal droit, on tombait dans un vide, comme si la paroi costale eût manqué, sans présenter le moindre rudiment, même cartilagineux. Cette exploration répétée en arrière n’indiquait rien, à cause sans doute de l’épaisseur plué grande des téguments.
En somme, tumeur sonore, réductible, sans battements, sans crépitation, sans souffle, sans murmure respiratoire. Je songeai à une espèce de pneumo-thorax hernié, engendré sous l’influence d’un arrêt de développement du poumon d’abord, dont les canaux ou les canalicules bronchiques béants laissaient pénétrer l’air dans la cavité pleurale, des côtes ensuite, qui, par leur absence, permettaient à la collection aérienne de repousser les parties molles et de produire une véritable hernie.
J'ai été heureux de voir confirmer mon diagnostic par notre savant collègue, M. le docteur Polaillon, aux lumières duquel j’avais fait appel en cette circonstance. D’autre part, le cas nous a semblé assez singulier pour mériter l’attention des membres de la Société.
M. Polaillon, qui a vu aussi l’enfant à sa naissance, n’a pu que confirmer le diagnostic de M. Giliebert Dhercourt, et admettre avec lui l’existence d’une tumeur gazeuse, en communication avec les voies respiratoires. Il y a arrêt de développement de la paroi thoracique et on pouvait très- bien, en déprimant le bord de la tumeur du côté du sternum, faire pénétrer les doigts dans la cavité de la poitrine, à travers un orifice déterminé par l’absence des côtes à ce niveau.
M. Düroziez ne verrait pas d’inconvénient à pratiquer une ponction capillaire, qui aurait, tout au moins, l’avantage d’éclairer le diagnostic. Dans le cas où il n’y aurait pas communication avec les poumons, l’air serait évacué et peut-être pourrait-il ne pas se reproduire.
M. Gillebert Dhercourt fils ne voit pas le moindre avantage à la ponction capillaire, car la communication est réelle. Il en voit la preuve dans le développement progressif de la tumeur et de la dépression manifeste sur le côté du sternum.
M. Antonin Martin rappelle qu’un jour il a aussi présenté à la Société, une dame atteinte d’un pneumo-thorax subit. Alors, comme aujourd’hui, M. Düroziez demanda la ponction; celle-ci ne fut pas pratiquée et cependant la malade guérit. M. Antonin Martin n’approuve pas davantage la compression qui a été établie ; elle a pour résultat de refouler l’air dans le cul-de-sac de la plèvre, et présente ainsi de sérieux inconvénients.
M. Forget se demande si on est bien en présence d’un véritable pneumo-thorax. La question lui paraît ttouteuse. La tumeur supérieure se prolonge évidemment au-dessous de la clavicule, avec la tumeur principale, latérale. Celle-ci émane de l’intérieur du thorax. Une solution dé continuité de 1 centimètre existe du côté du rachis, mais il n’a pu percevoir la dépression signalée du côté du sternum. La tumeur n’a pas de résonnance. Pourquoi cette matité persistante, à moins d’admettre la présence de fausses membranes? Bref, il y a un desideratum dans le diagnostic.
Quant au pronostic, il n’est pas douteux, l’enfant est voué à une mort certaine et prochaine. La compression n’a pas amené et ne peut amener aucun bon résultat. Pourquoi ne pas essayer de la ponction? Elle ne peut avoir d’inconvénient. Il faudrait même en faire assez fréquemment, de façon à empêcher la tumeur de croître ; on attendrait ainsi, sans faire de mal à l’enfant, qu’il se présentât de nouvelles indications.
M. Gillette ne voit pas la tumeur telle qu’elle semble s’être présentée à la naissance. Si elle résonnait, si elle était réductible, c’était bien évidemment un pneumo-thorax. Mais, actuellement, on n’observe que de la matité, et il n’y a pas de réductibilité. Toutefois, la tumeur supérieure diminue un peu pendant la respiration; il lui est, de plus, impossible de constater la. solution de continuité au thorax. En raison de l’absence de symptômes actuels de pneumo-thorax, il est permis de se demander si la tumeur est gazeuse ou si elle est liquide.
La ponction ne peut être une mauvaise chose au point de vue de la gravité de l’opération; elle serau bonne au point de vue du diagnostic et peut-être utile sous le rapport thérapeuîq e. a compression, au contraire, ne pourrait avoir que de fâcheux effets : refouler le gaz ? * u“e"r suPéri<'ure, et, par suite, augmenter celle-ci et permettre l’introduction de
1 air dans le tissu cellulaire sous-cutané.
L’UlNlüiN MEDiCALt.
M. Gillebert Dhercourt fils affirme que, il y a huit jours, la grosse tumeur était réductible de plus de moitié, et que, par l’effet de la compression, l’enfant éprouvait une grande difficulté à respirer.
M. Duroziez insiste sur l’innocuité de la ponction, dût-elle même atteindre le poumon. Il entrevoit un soulagement possible et pas d’accident à redouter.
M. Polaillon a parfaitement constaté, au début, que la tumeur était sonore et dépressible. Une ou plusieurs côtes manquent; on peut enfoncer ses doigts près du sternum. Nous sommes bien en présence d’une malformation de la cavité thoracique, qui laisse échapper ce qu’elle contient normalement, c’est-à-dire de l’air, dont la tumeur est formée. La tumeur, il est vrai, n’est pas sonore comme si elle ne contenait que de l’air; mais il n’y a pas de liquide et ce n’est pas une tumeur érectile. Peut-être y a-t-il un débris de foetus? Ces tumeurs ne sont pas males, elles présentent un peu de sonorité. Les tumeurs formées par des hernies du poumon sont difficiles à diagnostiquer; elles ressemblent à un lipome avec de la sonorité.
La ponction n’offrira certainement pas de danger, mais, dans l’état de l’enfant, elle est tout au moins inutile. U est mieux d’attendre que la dyspnée ou une cause particulière en fournisse une indication plus précise. Sous le rapport de la compression, il fera seulement remarquer qu’il n’y a pas d’infiltration d’air dans le tissu cellulaire.
M. Duroziez a vu des hernies du poumon avec sonorité, mais il considère la tumeur actuelle comme une vessie fortement distendue par l’air et qui, par suite, résonne mal.
M, Forget considère, en quelque sorte, la tumeur comme enkystée, qu’elle soit d’ailleurs gazeuse ou liquide. C’est pourquoi il insiste sur l’usage de la ponction, qui, sans pouvoir amener d’accidents inflammatoires sérieux, pourrait déterminer une évolution morbide, peutêtre avantageuse.
M. Gillebert Dhercourt demande comment M. Forget comprend le développement de la tumeur, si celle-ci est enkystée ?
M. Forget suppose la tumeur enkystée, mais en communication avec les poumons.
M. Polaillon ne considère pas comme enkystée une tumeur communiquant avec l’arbre aérien. Il est d’avis qu’il faut s’abstenir d’une ponction, même capillaire, quand il n’y a pas lieu ; et c’est ici le cas. S’il survient des modifications dans l’état général ou local de l’enfant, il faudra agir, et alors il n’y faillira pas.
M. Forget explique qu’en appliquant le mot « enkysté » à la tumeur, il a voulu sèulement indiquer qu’elle était nettement circonscrite, sans relation avec le tissu cellulaire périphérique, mais cependant en communication avec les poumons. Il reconnaît, d’ailleurs , que la ponction n’est pas indispensable et qu’il n’y a pas péril à attendre.
— La séance est levée à cinq heures et demie.
Le Secrétaire annuel, Dr Â. MarceT.
Ephéméi'ides médicales. — 25 Mars 1794.
Pierre Orcler, chirurgien et officier municipal de Saint-Chamond, demeurant dans cette dernière ville (Loire), est condamné à mort par la Commission révolutionnaire de Lyon, « comme contre-révolutionnaire ». — A. Ch.
FORMULAIRE
Potion contré les convulsions. J. Simon.
Bromure de potassium . . . .
Musc .
Hydrolat de tilleul .
Hydrolat de fleurs d’oranger .
Sirop simple .
1 gramme.
0 gr 20 centigr.
50 grammes.
F. s. a. une potion, à donner par cuillerées à café, de quart d’heure en quart d’heure, aux enfants atteints de convulsions, et leur faire respirer de l’éther. — Si les accidents persistent, plonger le malade dans un bain sinapisé, et l’y maintenir quelques minutes, jusqu’à ce que la peau devienne rouge, mais pas assez longtemps pour provoquer de la douleur. — Si on a lieu de penser que l’indigestion soit pour quelque chose dans les convulsions, administrer
un lavement purgatif, ou provoquer un vomissement en titillant la luette. L’indigestion est en effet la cause la plus fréquente des convulsions sans fièvre. — N. G.
COURRIER
La rue Gaventou. — Les journaux de Saint-Omer publient l’arrêté suivant :
« Nous, maire de la ville de Saint-Omer, vu, etc.
« considérant :
« Que M. Gaventou (Joseph-Bienaimé), né à Saint-Omer, le 35 juin 1796, décédé à Paris le 5 mai 1877, s’est illustré par ses nombreux travaux et découvertes scientifiques;
« Que l’une de ses inventions, le suliate de quinine, qui lui valut, en 1827, le grand prix Moniyon, eût pu lui procurer une fortune immense; mais que, dans son amour de la science et de l'humanité, il n’hésita pas à publier sa découverte;
« Qu’il importe de perpétuer le souvenir des hommes qui ont honoré leur pays par leur savoir et leur désintéressement;
« Arrêtons :
« A partir de la publication du présent arrêté, là rue dés Sœtirs- Grises pôftérâ la dénomination de rue Gaventou.
« Fait à l’hôtel-de-ville, le 16 janvier 1879.
« Le maire de Saint-Omer, Émile Ddmér il. »
Cet arrêté a été approuvé par décret du 26 février 1879.
Eaux minérales. — Par arrêté en date du 21 février 1879, du ministre de l’agriculture et du commerce, M. le docteur Aristippe Dupourqué a été nommé médecin-inspecteur dès eaux de Salies-de- Béarn, en remplacement du docteur Nogaret, décédé.
Biographie d’Edison. — Nous trouvons dans un journal américain des extraits d’une biographie d’Edison, l’inventeur du phonographe, biographie qui va être publiée, paraît-il, proci ainement aux États-Unis et qui a pour auteur un conseiller de New-York,
Les commencements d’Edison ont été, à ce qu’il semble, très-pénibles. Ainsi, il a d’abord été ve deur de journaux qu’il allait débiter surtout dans les gares et sur les lignes de chemins de fer.
Un joui', l’idée lui vint de faire lui-même un journal, destiné principalement aux employés et aux voyageurs de la ligne sur laquelle il opérait. Il avait acheté quelques kilos de' vieux caractères d’ mprimene, et il les mettait lui-même en reüvre, n’ayant pas, bien entendu, lé moyen de payer un imprimeur* de même qu’il n’avait pas de quoi faire des frais de rédaction; aussi était il son propre et unique rédacteur.
Cet organe des railways por lait le titre pompeux de The grand Trunk Herald, il était destiné à circuler dans l’État du Michigan ; mais son propriétaire, imprimeur et rédacteur, espérait bien qu’il ne tarderait point à franchir les limites étroites de cet Etat et se répandre dans les autres parties de l’Union américaine. C’était pendant la guerre de la sécession américaine; l’atirait des nouvelles à cette époque devait, du moins à ce que pensait Edison, faire le succès du journal.
En effet, au bout de quelques, semaines, grâce aux nouvelles émouvantes arrivant du théâtre de la guerre, la feuille était lancée. Celte, vogue se serait peut-être soutenue, si un accident arrivé à l’éditeur n’avait en même temps suspendu la publication dë son journal. Un boutiquier de Port-Huron, qui s’étail cru offensé par un article du journal, vint, un jour, surprendre Edison au moment où celui-ci vendait ses journaux et, le poussant rudement, provoqua de justes représailles de la part d’Edison. Dans cette lutte, entraîné par son adversaire, le futur inventeur roula dans le fleuve. Heureusement, il était habile nageur, il se tira du gouffre, mais le Grand Trunk Herald resta au fond, et à partir de ce jour il ne reparut jamais.
Cours de chirurgie de l’appareil urinaire. — M. le docteur Dubuc, ancien interne des hôpitaux, a commencé ce cours le lundi 24 mars, à 4 heures, amphithéâtre n° 2 de l’École pratique, et le continuera les mercredis, vendredis et lundis suivants, à la même heure.
Le numéro de ce jour contient un Supplément de huit pages.
... le gérant, Richelot.
Paris. — Typographie Feux Mm, teste et G«,.rue des Deux -Portes-Saint-Sauveur, 22.
L’UNION MÉDICALE Jeudi 27 Mars I87Ô
BULLETIN
SUR LA SÉANCE DË L’ACADÉMIË t»E SfËDÈCINÉ
Séance eoupée, formée de morceaux variés, d’incidents et de bouts de discussion .
A i’oecasidn du procès-verbal de la dernière séance, M. Trélat à sôutenu, contre l’opinion de M. Hervieux, la réalité de l'action dès influences météorologiques ou saisonnières dans le développement de la fièvre puerpérale. M. Hervieux a répondu à M. Trélat, qui a répliqué à M. Hervieux.
M. le doèteur Laborde, candidat dans la section d’anatomie et de physiolôgî'ê; a été ensuite appelé à la tribune pour lire la seconde partie d’un travail très-intéressant, fait en collaboration avec M. le docteur Mathias Duval, et relatif à des recherches anatomiques et physiologiques sur le cœur embriounaire au moment de sa formation. (Nos lecteurs tropvçront au compte rendu les conclusions de ce travail.)
Après cette lecture est véAde là. 'disbitèsion affiéncëé èhtre M. Dëpaul et M. Jules Guérin à l’occasion de lauhote lue par ce dernier dans la précédente séance, en réponse à M. Hervieux. Nous donnons plus loin l’analyse de cette discussion, mais nous n’ayons. pas cru devoir en reproduire les termes, qui nous ont paru un peu trop imprégnés d’un vieux reste de levain fermentant, depuis plus de vingt ans entre les deux honorables académiciens, et que le temps; qui emporte tout, 11a pu, hélas ! éteindre encore. Position oblige, cependant , comme noblesse; et l’on SB demande avee étonnement 4 Tant® m mimis acadetnicvs iræ?
Nos lecteurs remarquéronl sans doute l’attitude prise incidemment par M. Depaul, dans son argumentation, à l’égard de la doctrine dés mièrObes de M. Pasteur. M. Depaui sèrahge carrément dans l’opposition contre là théorie des'gërmes appliquée à la fièvre puerpérale. Il est rëmài'iïuable, pouf le dire en passant, que,, tandis que les chirurgiens semblent accourir, comme à l’enyi, sous le drapeau de M. Pastpur, les accoucheurs, au contraire, se tiennent résolument dans le camp oppose. Ainsi i pnt fait MM. Depaui et Hervieux à l’Académie. M. Hervieux, nos lecteurs se le rappellent, a multiplié, dans son discours, les arguments qui militent contre l’admission de la théorie. 4ês ferments animés. M. Depaui; appelé très-incidemment à s’expliquer sur ce sujet, n’a produit qu’un argument, mais il nous a paru de nature à faire une vive impression.
FEUILLETON