Tome XXVII. — Troisième série
locale, qui paraît être en voie de guérison. — Or, voici ce que m’a écrit, à la fin de février 1879 le médecin du malade, noire distingué confrère, M, le professeur Seux fils : «Si le jeune F. ’ n’est pas revenu au Mont-Dore l’été dernier, c’est qu’il se trouve dans un état des plus satisfaisants. Les râles sous-crépitants ont complètement disparu, sauf quelques-uns — très-rares — qui persistent encore à droite. L’état général est excellent. Bref, l’amélioration est des plus complètes, et tout fait espérer qu’elle persistera. Le jeune homme est employé dans une de nos maisons de commerce ; il travaille beaucoup, et ne tousse qu’à de très-longs intervalles. »
Le sujet de l’observation VIII était âgé de 16 ans lorsqu’il est venu au Mont-Dore pour la première fois, le 13 juillet 1877. Son père et sa mère étaient morts tuberculeux ; de sorte qu’une lare de famille encore plus lourde que celle du précédent malade pèse sur lui. Aussi pendant l’hiver qui a précédé son voyage au Mont-Dore, après avoir été profondément anémique pendant plusieurs années, a-t-il eu à lutter contre les phénomènes morbides dont voici l’énumération : anorexié, sueurs nocturnes, toux, crachats striés de sang; matité et nombreux craquements au sommet droit. Un traitement bien dirigé a produit Une grande amélioration dans cet état grave. A son arrivée au Mont-Dore, état général mauvais : amaigrissement notable, faciès altéré. Les effets immédiats du traitement montdorien ont été trèsremarquables. Dès le huitième jour, le malade dormait toute la nuit, sans suer; il ne toussait point; son appétit était meilleur, et il prenait des chairs et des couleurs. Il répétait qu’il ne se sentait plus malade. Après vingt jours de traitement, il quitta le Mont-Dore dans un état de santé générale relativement très-bon. Dernier examen de la poitrine : Au sommet droit, submatité, respiration sèche, expiration prolongée. Les crépitations ont disparu. Le poumon gauche paraît sain.
Quel a été le résultat ultérieur de ce traitement salutaire? Notre savant confrère, M. le docteur Rey, de Gaillac, nous le fait savoir dans la lettre suivante, du 21 juin 1878 : « Je vous envoie de nouveau le jeune H... L’an dernier, il a retiré un grand bénéfice de sa cure au Mont-Dore. Pendant les trois semaines qu’il y est resté il a engraissé de plusieurs livres, et il y a eu amélioration dans l’état local. Cet hiver, il a eu une légère hémoptysie, mais les craquements ne sont pas revenus. Présentement, il a en arrière, dans la fossé sus-épineuse droite, de la submatité; en avant, dans la fosse sous-claviculaire, un son moins net que du côté opposé. A l’auscultation, dans tout le côté droit, la respiration est beaucoup plus rude que du côté gauche. En somme, amélioration et tendance marquée à la guérison. Mais il ne faut pas oublier que le père et la mère sont morts tuberculeux.... »
Il serait bien long et d’ailleurs inutile d’entrer dans les détails du second traitement qui a été suivi du 10 au 28 juillet 1878. Je me bornerai à dire que l’effet immédiat de ce second traitement sur la santé générale et sur l’état local a été très-semblable à celui que le premier avait produit. Ce qui nous importe, c’est de savoir ce qu’est devenu le jeune H... à la suite
Un troisième tour de scrutin est encore nécessaire.
Alors l’un des votants, M. le professeur Sappey, quitte la séance ; le nombre des votants est réduit à vingt-neuf, qui donnent quinze voix à M. Laboulbène et quatorze à M. Olivier.
Donc, d’après ce vole, le candidat de la Faculté, pour le premier rang, est M. Laboulbène,
Mais il existe un Conseil académique qui possède aussi le droit de présentation. Or, ce Conseil académique a interverti l’ordre adopté par la Faculté, et présente M. Olivier en première ligne.
D’où grand émoi dans la Faculté, et surtout grand embarras chez M. le ministre de l’instruction publique.
L’émoi de la Faculté se comprend à merveille.
Majorité, minorité, les professeurs sont unanimes pour voir et comprendre que si le vote de la Faculté peut être infirmé par le vole du Conseil académique, le vote de la Faculté n’a plus sa raison d’être, n’est plus qu’une déception, disons le mot, qu’une mystification.
Cependant, assure-t-on, il existe un antécédent; je le crois, mais ma mémoire ne me rappelant rien de précis à cet égard, je m’abstiens de toute affirmation. Si, dans la circonstance que l’on rappelle, le vote du Conseil académique fut contraire au vote de la Faculté, qu’en résulta-t-il? La présentation du Conseil académique remporta-t-elle sur celle de la Faculté? Je l’ignore. Ici, ce qui fait la gravité de l’affaire, c’est que le doyen de la Faculté, qui fait partie du Conseil académique, aurait fait prévaloir au sein de ce Conseil la candidature de M. Olivier, en se mettant ainsi en opposition avec la majorité de ses collègues de la Faculté. U est certain que, sans la fugue peu expliquée de M. Sappey, M. le doyen, qui présidait la séance de la Faculté, en présence de l’égalité .des voix obtenues par les deux compétiteur, M. le doyen eut fait la majorité en déclarant son vote, qui était favorable à M. Olivier.
de ses deux saisons thermales, et où il en est aujourd’hui, deux ans après la manifestation grave de sa tuberculose, ce qui constitue un laps de temps considérable pour un organisme aussi foncièrement prédisposé. M. le docteur Rey nous l’apprend dans la lettre suivante, qui
montre sa sollicitude pour ses malades et les soins éclairés qu’il leur donne : « . Le
jeune H... a eu, au commencement de l’hiver, un ou deux crachats sanglants; mais, à part ce petit accident, il ne tousse ni ne crache. Son tube digestif fonctionne bien. U dort bien et ne sue pas la nuit. Cependant, comme état général, il reste maigre, pâle, souffreteux. Localement, on trouve, en avant et à droite, moins d’élasticité et la respiration un peu rude. Il n’y a pas le moindre craquement. Il y a en somme, depuis un an et demi, arrêt presque complet dans la marche de la maladie. Mais l’organisme ne se décide pas franchement vers la guérison. — Je compte vous le renvoyer cet été, espérant qu’une troisième cure lui rendra définitivement la santé . »
Gomme dans l’observation I, la lutte est vigoureusement engagée entre la médication montdorienne et l’organisme héréditairement malade. En effet, il y a un temps d’arrêt dans les progrès du mal depuis un an et demi, c’est-à-dire depuis le commencement d’action de cette médication. Qui sera le plus fort? Je crois qu’il faudra encore plusieurs saisons thermales consécutives au Mont-Dore pour produire une modification complète dans la constitution intime des tissus et dans leur fonctionnement. En outre, le jeune H... a été sérieusement anémique pendant plusieurs années. L’anémie est une maladie très-difficile à guérir, et qui, dans le cas présent, constitue une grave complication.
M. J..., sujet de l’observation IX, était âgé de 50 ans lorsqu’il s’est présenté à ma consultation, au Mont-Dore, le U juillet 1877. Notre distingué confrère, M. le docteur Vidal, de Bessègés, avait eu à lui donner des soins à l’occasion d’une affection pulmonaire grave : phénomènes de congestion dans les sommets, ayant abouti à une hémoptysie, qui avait duré plus de quinze jours. A son arrivée, au sommet droit, submatité, inspiration rude, expiration rude et prolongée ; affaiblissement, appétit médiocre, pouls à 96. — La femme et la fille de M. J... étaient mortes d’affections tuberculeuses. — Pendant toute la durée de la cure thermale, il n'y a pas eu trace de sang dans les crachats. Après ce traitement, rétablissement des forces, augmentation de l’àppétit, respiration ample et libre. Le malade avait la conscience de son retour à la santé. L’action décongestionnante de la médication montdorienne a été trèsmanifeste.
Voici maintenant le résultat définitif de cette médication. J’en dois la connaissance à notre confrère de Bessèges, qui a bien voulu m’écrire la lettre suivante :«..... Je suis heureux de vous dire que M. J... jouit, sans exagération, d’une excellente santé. Il y a un an, il s’est
M. le ministre de l’instruction publique reste, il est vrai, toujours libre de la nomination. Mais le voilà placé entre deux alternatives également désagréables : déplaire à la Faculté, s’il adopte la présentation du Conseil académique; blesser le Conseil académique, s’il penche vers la présentation de la Faculté.
Car enfin, si la Faculté a raison de récriminer si l’on n’adopte pas son vote, le Conseil académique n’a pas tort de se plaindre si l’on rejette le sien.
Dans ces circonstances, M. Prudhomme ne serait-il pas bien venu, se rengorgeant dans sa cravate et de sa voix là plus solennelle, de s’écrier : « Mais pourquoi deux votes? » Je ne sais trop ce qu’on pourrait répondre à cette question prudhomesque.
Si, je le sais, et je peux le dire sans ébranler, je l’espère, l’ordre social. Les hommes, on l’a dit depuis longtemps, sont presque tous les artisans de leurs malheurs. On en peut dire autant des gouvernements qui, par leurs propres fautes, se suscitent des inquiétudes et des embarras de toutes sortes. Pourquoi a-t-on supprimé le concours pour les chaires de professeurs? Par un sentiment de gloriole pure, et pour avoir le droit d’insérer dans un décret organique cette formule autoritaire : « Le gouvernement nomme et révoque. » Mais, comme cette formule aurait paru un peu amère, on l’a emmiellée par un prétendu droit de double présentation, équivoque je le crains, mais certainement illogique.
Équivoque, car remarquez que le ministre conserve toujours le droit de nommer qui il veut, vous ou moi; illogique, car il est en contradiction avec le fameux «nomme et révoque ». Illogique surtout dans ce temps de République, qui devrait rougir de conserver un décret émané d’un gouvernement autoritaire et absolu.
Que M. le ministre de l’instruction publique se trouve dans l’embarras, je le crois sans peine, et franchement je ne le plains pas. Il avait un moyen simple et facile d’éviter les
marié de nouveau et a traversé sans encombre cette épreuve souvent difficile à son âge, $ „ repris toutes ses habitudes, y compris la pipe, et n’a pas ; eu un seul instant de maiaise depuis son retoqr du Mont-Pore. La toux a complètement .cessé, la respiration est calme, peut-être encore un peu rude au sommet au moment de l’expiration. La sonorité est parfaite, l’appétit bon, l’emboapoint est ce qu’il p toujours été chez lui, r-> En résumé, je suis persuadé que l’on peut Je considérer comme guéri; et, s’il survenait de nouveaux accidents, je ne les considê* rerais pas comme la suite de la maladie, mais comme une nouvelle poussée tuberculeuse, sur, venue sous l’influence de causes nouvelles . » (8 mars 1879.)
Si l’on jette un coup d’œil d’ensemble sur la série d’observations qui précède, en faisant abstraction de l’observation VII, que j’ai annulée, bien qu’elle, paraisse favorable, parce que je n’ai pas eu connaissance des effets ultérieurs de la cure thermale, que voyons-nous? — Neuf cas de tuberculose dont le diag.nostip n’est pas douteux; et sur ces neuf malades, quatre seulement ayant succombé, tandis' ^ue les cinq autres sontôughêris, où1 en pleine voie de guérison, ou au moins ont obtehù 1 une amélioration remarquable et une prolongation d’éxistence relativement considérable.
Ce serait une bien belle statistique, si je voulais présenter mon travail sous ce point de vue. Mais èfe h’ est pas avec üÜè dizaine de faits qu’on "pepi constituer urié stàtistjijuë médicale. Les observations qui précèdent doivent être' envisagées ihdîviduellement; ce sont des matériaux dont il faudra tenir compte dans une statistique générale. Mais, dès à présent, il est légitimé d’en tïrèr des cbnclusitliis piqués; ? !
Tout d’abord, il y a une remarque importante à faire- Les phthisiques dont j’ai trpçé ri)istoire iné(|i'cale ,^ans les observatiojis qu’on vient.de lire, appartiennent 4 la classe instruite et aisée de notre civilisation. Ce serait une grosse erreur de les comparer avec, les phthisiques que l’on observe dans les hôpitaux et qui sont loin d’offrir les. mêmes ressources organiques et sociales. On peut avancer avec certitude que les phthisiques de la classe pauvre ne donneraient pas la même proportion de cas heureux. Or, ce sônt généralement les malades appartenant à la classe instruite et aisée qüî fréquentent les stations thermales; et c*ést naturèlleméiit cette catégorie de phthisiques que j'ai pu surtout l’occasion d’étudier et qu.e j’ai en vue dans le présent travail.
U faut jçpLeyejr ici qnp circonstance qui me paraît ])ien propre à donner une ideè‘ exacte la puissance thérapeutique de la cure montdorienne : à l’exception d’un seul, tous ces cas présentaient un caractère de haute gravité. Mais avant tout, qu’on
ennuis qu’il éprouve et les obsessions qui l’accablent, c’était de mettre là, chaire au concours et dé laisser au jury de ce concours toute la responsabilité du choix. ■ , >
Depuis tant et tant d’années, que nous prêchons ici le même sermon, si nous n’avons pas la satisfaction de pouvoir dire que nous ayons fait beaucoup de conversions parmi, ceux qui président aqx . destinées de l’enseignemenL il nous semble néanmoins que l’opinion publique nous est tous les jours de plus eu; plus favorable. Nous avons pu en juger par un excellent rapport fait à une des dernières assemblées générales de l’Association par M. Jeannel, et dont les conclusions favorables à la nomination par concours d’un grand . nombre de fonctions médicales, furent adoptées par. cette grande et compétente assemblée, ' ü Nous avons également- pu apprécier le progrès que l’idée dui concours a fait dans le Çorps médical, par ce qui vient de se passer tout récemment , â Paris* à propos de l’élection des médecinsdes Bureaux de bienfaisance, alors qu’un grapd nombre d’arrondissements ont réclamé la nomination à ces fonctions par voie dé concours.
: Disons à ce propos . .que, selon nos prévisions, les anciens médecins de ces Bureaux de bienfaisance ont tous été réélus, .le Corps médical de Paris ayant, donné, dans cette citons-' tance un noble exemple de solidarité confraternelle.
Mais, pour eu revenir aux incidents relatifs à la chaire d’histoire de la médecine, comment expliquer celte fugue de M. le, professeur Sappey, alors que, s’il persistait dans, sop vote, il assurait la présentation de son candidat, la vbix prépondérante du doyen lui donnant la vie-* toire? Voilà ce qu’on ne s’explique guère et même pas du tout,, pas plus qu’on ne s’explique 1 opposition que fait le chef de la Faculté au vote de la majorité de ses collègues.
Tout cela est bien singulier et dénote un trquble profond dans les esprits, et, dans ce trouble, les hommes les mieux doués, les mieux intentionnés, les plus honnêtes, se deman-
le sache bien,, je n’ai pas la moindre envie de surfaire la médication montdorienpe. Dans l’intérêt de la science et des malades, je décris simplement les faits que j’ai observés,, qui, d’ailleurs, parlent un langage assez clair. 11 est évident que, dans ees. faits, cette médication a eu à lutter contre des difficultés réelles, terribles, et que ses succès méritent d’être médités par les praticiens. En somme, les traitements de nos stations thermales, et en. particulier celui du Mont-Dore contre la phthisie pulmonaire, sontrdes traitements sérieux, qui donnent, dans un grand nombre de cas, ee qu’on ne peut point trouver ailleurs.
Si d’abord nous examinons les conditions présentées par les malades qui ont suecombé, nous voyons que le sujet de l’observation III était sous le coup d’une affection qui minait sa constitution depuis plusieurs années. La cure du Mont-Dore, qui pourtant l’a fait vivre encpre pendant neuf mois, lui a été appliquée trop tard, smfctà malade de l’observation IV était probablement atteinte d’une affection cancéreuse du col ; elle était évidemment en proie à une tuberculose aiguë, constitution^ selle, et l’on est en droit: de s’étonner que la cure du Mont-Dore ait pu la reconstituer même pendant quelques mois. — Le sujet de l’observation V appartenait à une famille de tuberculeux ; il est rare de voir dés conditions d’hérédité aussi prononcées. Remonté d’une manière remarquable par la cure du Mont-Dore, il est venu, après cinq mois de santé relativement très-bonne, se heurter contre une mauvaise saison d’hiver, dont il a peut-être secondé la funeste influence par des imprudences qui sont si habituelles à ces pauvres malades dès qu’ils se sentent mieux. Il lui aurait fallu pendant l’hiver le séjour du Midi. — Ce qui dominait chez le malade de l’observation Xji c’était un éréthisme général intense. L’amendement produit.par la première saison au Mont-Dore a été très-remarquable. Ce qui était formellement indiqué, à la suite de cette saison thermale, c’était un climat bien choisi, un repos absolu, une hygiène habilement dirigée et scrupuleusement suivie. Au lieu de cela, qu’a fait l’imprudent malade? Des voyages pleins de fatigues! Comme conséquences : retour de l’état nerveux, progrès du mal, hémoptysie; grave; phthisie aiguë. Quelle thérapeutique pouvait arrêter la maladie une fois lancée sur cette pente?
Les cinq observations dans lesquelles on voit la médication du Mont-Dore produire des effets heureux, présentent des cas qui n -étaient guère moins menaçants que ceux où la mort a emporté les malades. Ainsi, l'observation I est un cas de phthisie aiguë arrêtée dans sa marche rapide. Ici la cure montdorienne a été pres-
dent souvent où est la vérité, où est la justice, Où est le devoir?... Mdis ne nous arrêtons pas à ces tristes réflexions.
Il est' rare que. cérémonie académique ait excité plus de curiosité et plus d’intérêt que la réception , de M. Renan à l’Académie française. On sait que le célèbre auteur de la Vie de Jésus succédait à Claude Bernard, et l’OU était vraiment curieux de savoir comment notre grand expérimentateur allait être apprécié par le philosophe. J’ai lu le disoourS de M. Renan, j’ai lu la réponse de M. #Mézières, et voici comment je formulerais, si j’y étais obligé, mçn humble appréciation de ces deux discours, en ce qui touche exclusivement Claude Bernard : Un seul membre de l’Académie française était en possession de tous les éléments nécessaires à un jugement sur Claude Bernard, c’était M. Dumas. M. Dumas s'étant tu, le jugement n’a p is eu lieu.
J’ai cependant glané, dans le discours de M. Renan, deux petits faits que je demande la permission d’introduire dans cqUq Causerie. Voici le premier :
« Bernard fut, de bonne heure, orphelin de son père ; dans ses premières années, comme au début de la vie de presque tous les grands hommes, se plaça l’amour d’une mère, qu’il adorait et dont il était adoré. Comme il apprenait bien à l’école, le curé le choisit pour enfant de chœur et lui fit commencer le latin. Il continua ses études âu collège de Villefranche, tenu par des ecclésiastiques; et, comme la situation de sa famille ne lui permettait pas les années de loisirs, il vint le plus tôt qu'il put à Lyon, où il trouva, chez un pharmacien du faubourg de Vaise, un emploi qui lui donnait la nourriture et le logement. Cette pharmacie desservait l’Éoole vétérinaire située près de là, et c’était Bernard qui portait les- médicaments aux bêtes malades. Déjà il jetait plus d’un regard curieux sur ce qu’il voyait, et il y
criteet appliquée à propos. — Le malade de l’observation II était usé par une maladie de longue durée et paraissait arrivé au bout de ses forces et de sa vitalité Après les accidents les plus sérieux, la maladie avait pris la forme rapide. — Dans les observations VI et VIII, surtout dans la dernière, il y a des conditions d’hérédité qui pouvaient faire tout craindre, et qui, maintenant encore, doivent être prises en sérieuse considération. — L’état du malade de l’observation IX était moins inquiétant, s’il est permis de dire qu’un cas de tuberculose pulmonaire puisse ne pas être un objet de vives inquiétudes. Chez celui-ci, la guérison parait être définitive; et il est à remarquer que, pour lui prescrire une saison au Mont- Dore, son habile médecin n’a pas attendu que la maladie eût fait des ravages irrémédiables.
Ces cas étaient donc graves, et s’il est une vérité qui ressorte incontestablement de la lecture attentive des observations ci-dessus, c’est que l’amélioration obtenue a été bien réellement le fait de la médication montdorienne. On voit les événements se succéder et s’enchaîner de telle façon qu’aucun doute n’est possible sur ce point. Et c’est une chose intéressante de suivre la lutte qui, comme je l’ai dit plus haut, s’établit sous les yeux de l’observateur, entre la médication et la maladie; et de constater l’arrêt imposé à celle-ci, arrêt qui, il est vrai, n’est pas toujours définitif, mais qui peut le devenir avec l’aide d’une thérapeutique et d’une hygiène habiles.
Dans les cinq cas heureux, la médication a triomphé, ou est bien près de triompher, si aucune faute n’est commise. Mais alors même que la maladie prendrait ultérieurement le dessus, est-ce une chose indifférente, dans les cas de la nature de ceux que j’ai décrits, qu’une prolongation d’existence de près de deux ans? Les observations citées, je les ai recueillies dans l’été de 1877, de sorte que les effets ultérieurs du traitement thermal ont pu être suivis pendant plus d’un an et demi. Cette période relativement longue donne une grande valeur aux résultats obtenus. . M
D’ailleurs, il dépend le plus souvent des malades de prolonger le temps d’arrêt produit par la médication. Presque toujours, les rechutes qui deviennent mortelles, si elles ne dépendent pas d’influences accidentelles et inévitables, sont dues à l’imprudence insensée ou à l’entêtement irréfléchi; des malades qui, par exemple, refusent obstinément d’aller habiter un climat favorable pendant la mauvaise saison. Des fautes analogues sont commises tous les ans par les malades en traitement au
avait dans « Monsieur Claude », comme l’appelait son patron, bien des choses qui étonnaient ce dernier. C’était surtout à propos de la thériaque qu’ils ne se comprenaient pas. Toutes les fois que Bernard apportait à l’apothicaire des produits gâtés : « Gardez cela pour la thériaque, lui répondait ce digne homme; ce sera bon pour faire de la thériaque. » Telle fut l’origine première des doutes de notre confrère sur l’efficacité de l’art de guérir. Cette drogue infecte, fabriquée avec toutes les substances avariées de l’officine, quelle que fût leur nature, et qui guérissait tout de même, lui causait de profonds étonnements. »
L’anecdote est vraiment jolie.
Voici comment M. Renan raconte les premiers rapports de Claude Bernard avec Magendie « Quelqu’un qui ne s’y laissa point tromper (à l’air gauche et embarrassé de Claude Bernard), ce fut M. Magendie. Le sort, on serait tenté de dire une harmonie préétablie, avait attaché Claude Bernard au service de cet homme éminent, à l’Hôtel-Dieu. Jamais le hasard n'opéra un rapprochement plus judicieux. Bernard et Magendie étaient en quelque sorte créés pour se joindre, se compléter et se continuer. Si Magendie n’eût pas eu Bernard pour élève, sa gloire ne serait pas le quart de ce qu’elle est. Si Rernard n’avait pas trouvé la direction de Magendie, il est douteux qu’il eût pu surmonter les énormes difficultés matérielles que la fortune, par un jeu malin, semblait avoir semées devant lui, comme pour lui rendre méritoires les brillantes faveurs qu’elle lui réservait.
«Chose singulière! le premier abord de l’homme qui devait être son initiateur à la vie scienUiique lui tut désagréable, presque pénible! Magendie, avec ses rares qualités, était peu aima e. boa accueil rude déconcerta le jeune interne, et un moment Bernard méconnut la rare c auce qui lui était échue. Magendie, lui, n’hésita pas longtemps. Au bout de quelques
Mont-Dore, qui, malgré les recommandations les plus pressantes, se lancent inconsidérément dans des excursions dangereuses.
Il va sans dire que les médecins qui prescrivent les thermes du Mont-Dore à leurs phthisiques, n’ont point la pensée que ces intéressants malades y trouveront à coup sûr la guérison, même temporaire. Mais, en s’appuyant sur les faits déjà connus et qui se multiplient avec les années, ils peuvent avoir la conviction qu’aucune médication n’est supérieure à la médication montdorienne dans un très-grand nombre de cas. Et, à cette occasion, qu’il me soit permis de faire les remarques suivantes : Trop souvent, les poitrinaires qui nous arrivent au Mont-Dore sont dans un état déplorablement avancé de la maladie. Les uns' ne 'se décident à faire ce voyage, qui aurait pu être salutaire, que lorsqu’ils ont épuisé l’action de tous les agents pharmaceutiques connus; les autres ne viennent au Mont-Dore qu’après avoir visité inutilement d’autres eaux, plus ou moins célèbres, mais moins bien appropriées à leur condition morbide. C’est au début du mal, c’est quand oh le soupçonne ou quand on le voit naître, qu’il faut prescrire la cure du Mont-Dore; qui reconstitue en dégageant les poumons, en faisant respirer, en favorisant l’hématose, en régularisant toutes les fonctions, et en particulier la fonction digestive, etc., etc., ce qui en fait le traitement tonique par excellence, le traitement physiologiquement tonique. Si ce précepte était suivi, on verrait les cas heureux bien plus nombreux encore qu’aujourd’hui.
(La. fin à. un prochain numéro.)