PRÉFACE DU TRADUCTEUR IX
théologie en anthropologie. » C'est en ramenant Dieu à rCétre plus que la partie la plus haute de l'être humain, séparée de lui et élevée au rang d'être particulier, que la philosophie spéculative parvient à rendre à l'homme toutes prédicats divins dont il avait été arbitrairement dés pouillé au profit d'un être imaginaire, Homo homini deus est la conclusion de la philosophie de Feuerbach *.
On sait P enthousiasme que souleva che^J^a jeunesse allemande en rébellion contre la théologie hégélienne le pieux athéisme de l'auteur de /'Essence du Christianisme. — « Tu es qtti restitues mihi hcereditatem meam ! » lui disaient volontiers les jeunes hégéliens che:^ lesquels cette religion de l'Humanité trouvait de fervents adeptes.
Quoique formellement opposé à Feuerbach et à Br. Batier, contre lesquels est dirigée presque toute la partie polémiqtie de /'Unique^ Stirner est en réalité leur continuateur immédiat.
Stirner est essentiellement anti-chrétien. Son individualisme même est une conséquence de ce premier caractère. Tout son livre est une critique des bases religieuses de la vie humaine. Esprit infiniment plus rigoureux que ses prédécesseurs y la conception, au fond très religieuse, de l'Homme, ne peut le satisfaire^ et sa critique impitoyable ne s'arrête que lorsqiCil a dressé sur les ruines du inonde religieux et c< hiérarchique » l'individu autonome, sans autre règle que son égoïsme.
Diaprés Feuerbach, les attributs de Vhomme jugés à tort ou à raison les plus élevés lui avaient été arrachés pour en doter un être imaginaire « supérieur » ou « suprême », nommé Dieu. Mais qu'est-ce que VHofmne de Feuerbach, reprend Stirner, sinon un nouvel être imaginaire formé en séparant de l'individu certains de ses attributs, et qu'est-ce que l'Homme, sinon un nouvel « être suprême » ? L'Homme n'a aucune réalité, tout ce qu^on lui attribue est un vol fait à l'individu. Peu im-
(i) Essence du Chnstinnisms, trad. //•.. pp. ;, 310, "^23, 3']G.