VIII PREFACE DU TRADUCTEUR
d'huipournous. Que signifiait /'Unique et sa Propriété lorsqu'il parut, et quelle est sa signification actuell^?
Et (T abord — car appeler ce livre unique rCest qu'un jeu de mot très vain — quelles sont ses racines dans la pensée allemande contemporaine ? Tout V effort de la philosophie pratique du XIX^ siècle a eu pour but de séculariser les bases de la vie sociale et d'arracher à la théologie les notions He droit, de morale et de justice. En Allemagne, c'est cette lutte contre la transcendance qui fait le caractère fondamental des travaux philosophiques des penseurs qui suivirent Hegel. La critique historique des sources religieuses y aboutit bientôt à la critique philosophique du sentiment religieux, et les travaux d exégèse chrétienne préludèrent à Vétude de la morale du Christianisme.
' Strauss aifait ouvert la voie par sa Vie de Jésus en s^ attaquant au caractère révélé des Evangiles; Br. Bauer, dans sa Critique des Evangiles, se donna pour tâche de détruire le fond de religiosité et de mysticisme que la mythique de Strauss laissait subsister dans la légende chrétienne^ et s'attaqua à l'esprit théologique en général.
C'est à Br. Bauer que succède logiquement Feuerbach, dont /'Essence du Christianisme eut un retentissement considérable. Comme Feuerbach le dit lui-même, « il étudie le Christianisme en général, et, comme conséquence, la philosophie chrétienne ou la théologie. » Sans plus s'attaquer en historien au mythe chrétien comme Strauss ou à l'esprit évangélique comme Bauer, il étudie le Christianisme tel qu'il s'est transmis jusqu'à nous et se borne à en rechercher l'essence en le débarrassant « des innombrables mailles du réseau de mensonges, de cofitradictions et de mauvaise foi dont la théologie l'avait enveloppé. » // en vint à conclure que « l'être infini ou divin est l'être spirituel de l'homme, projeté par l'homme en dehors de lui-même et contemplé comme un être indépendant... L'Homme est le Dieu du Christianisme, V anthropologie est le secret de la religion chrétienne. L'histoire du Christianisme n'a pas eu d'autre tendance ni d'autre tâche que de ^ez/ûikr ce mystère, d'humaniser Dieu et de résoudre la