XX INTRODUCTION A LA PRESENTE EDITION
qu'il est bon de distinguer les unes des autres. Par exemple, il a été dit que la gravité est une propriété des atomes matériels aussi inaltérables que l'action chimique, laquelle est en effet inséparable de Tatome dans le sens absolu du mot, car on ne pourrait la supprimer dans l'atome sans détruire les sens de ce dernier, ainsi on ne saurait enlever à Fox ygène ses propriétés sans qu'il cesse d'être Toxygéne.
A notre avis, la comparaison est inexacte, et on a fait confusion. L'oxygène ne peut être privé de ses propriétés sans cesser, d'être l'oxygène, cela est vrai ; de même que les lettres de la présente page de ce livre ne peuvent être changées de place, sans que cette page cesse d'être elle-même; toutefois les lettres elles-mêmes peuvent subsister et rester, comme caractères isolés, ou au contraire être employées à représenter d'autres idées. De même si l'oxygène est composé de plusieurs atomes (et aujourd'hui on le croit plus que jamais), ceux-ci disposés autrement auront d'autres rapports avec les autres corps, mais subsisteront comme matière et seront encore susceptibles de forces attractives, etc. La gravité au contraire est une force qui ne résulte que de la réunion d'un grand nombre de molécules unies ensemble, et si, dans le monde, il n'existait qu'un seul atome matériel, il ne serait pas pesant parce qu'il ne tendrait vers aucun autre. On pourra dire, à la vérité, que cet atome serait pesant en puissance, parce qu'il pourrait attirer ou être attiré, mais cette assertion suppose ce qui est en question, c'est-à-dire que la gravité est inséparable de la matière; et il faudrait le démontrer par un autre moyen et d'une manière absolue, ce qui n'a pas encore été fait.
Nombre de physiciens voyant qu'il est démontré aujourd'hui que les forces se réduisent au mouvement ou tout au moins y sont réductibles , poussent cette idée à ses dernières conséquences et admettent le mouvement comme étant de nécessité absolue. Dans celte hypothèse encore on confond deux choses parfaitement distinctes, savoir la constance de la loi que nous
INTRODUCTION A LA PRÉSENTE ÉDITION. xn
Irouvons expérimentalement dans la matière (c'est-à-dire que la matière est toujours en mouvement), avec sa nécessité absolue et indispensable, de telle sorte que, suivant les défenseurs de cette manière de voir, nous ne pourrions jamais supposer un atome en repos. L'absurdité d'une pareille hypothèse devient manifeste, envoyant les efforts faits inutilement par les philosophes pour démontrer a priori les lois du mouvement et de sa communication. Ces lois sont certaines, sont immuables, elles sont la base de toute noire science, cela est vrai et indiscutable, mais cela ne prouve pas qu'elles ne pourraient pas avoir été éta* blies d'une autre manière par l'Auteur des choses. La conservation de l'énergie de la force, et des mouvements dans leurs modalités les plus diverses est une loi invariable soit, mais elle est une loi libre, une loi qui pourrait ne pas être, et avec cela on ne détruit pas la sdence comme Ta prétendu quelqu'un, parce que notre science se réduit à savoir prévoir les phénomènes futurs à l'aide de la loi déduite des faits précédents. Or, à une telle prévision suffit évidemment la constance de la loi, et peu importe que la loi elle-même soit de nécessité absolue^ ou de nécessité relative à une détermination librement prise par l' Auteur de la loi.
D'autres confondent l'impondérable avec la force et croient que la force est un être existant de soi, qui reste en quantité absolument invariable, de même que toujours suivant eux, cela est pour la matière. Cette hypothèse a un côté physi que et un côté métaphysique. Sous ce dernier rapport, de môme que la quantité de matière n'est pas absolument invariable, parce que la puissance divine pourrait en former encore par création ; de même aussi, la somme des énergies et des forces pourrait être augmentée par la cause première elle-même. Supposer le contraire, c'est admettre ce principe évidemment faux que tout ce qui existe, existe par nécessité absolue, et qu'il n'y a rien autre chose dans ce monde que la matière, et que celte matière est animée d'un mouvement éternel et inaltérable ; idées dont