INTRODUCTION A LA PRÉSENTE ÉDITION
la fausseté est parfailement démontrée par ceux à qui il revient de le faire.
D'autre part, au point de vue physique, confondre Timpondérable avec la force, est une absurdité parfaite. En effet, qui dit impondérable, dit seulement une substance qui par sa dis« position atomique n'est pas assujettie à tomber ou à être attirée vers une autre masse, et de la sorte on ne dit pas évidemment force. Par suite, c'est taxer gratuitement d'absurdilé les doctrines que nous défendons. Assurément, celui qui pense que la gravité est inséparable de la matière, voyant l'impossibilité d'expliquer certains faits sans un quid qui remplisse l'isspace, et ne voulant admettre la matière autrement que pesante, la mettra au nombre des forces, c'est-à-dire, en fera un être idéal. Mais ces conséquences ne sont pas nécessaires, nous ne les admettrons pas, et nous n'établissons pas les principes desquels on puisse les déduire logiquement! Pour nous, l'éthcr est bien un être matériel, mais non soumis à la gravité, parce que peut-être il est lui-même la cause de celle-ci.
Si la matière d'une façon générale est pratiquement inséparable du mouvement dans lequel consiste sa force, mieux encore la force est inséparable de la matière. Or, pour nous restreindre au cas des phénomènes physiques, réductibles au mouvement, comme il est évident que Ton ne peut obtenir le mouvement sans quelque chose qui soit en mouvement, lorsqu'on regarde la force comme un être existant par lui-même, si par là on n'entend pas la substance divine, nous avouons ne pas comprendre comment on peut comprendre la chose autrement.
Du reste, de ce que la matière et la force sont incessamment unies, il ne s'ensuit pas que par abstraction nous ne puissions parler de l'une et de l'autre comme séparables par la pensée ; de même que le géomètre traite des lignes et des surfaces qui assurément ne sont pas séparables des corps. Nous ne nous proposons pas ici de considérer les deux choses comme réellement séparables, ni de définir la consti-
INTRODUCTION A U PRÉSENTE ÉDITION. nui
(ution intime de la matière. La question pour nous n'est point là, comme quelqu'un a voulu le faire supposer. Nous cher^ chons seulement à expliquer à laide des mouvements que Van obsei've dans les masses visibles et palpables, les phénomènes qm échappent à nos sens^ soit en raison de la petitesse des masses^ soit parce que le milieu dans lequel Us s'accomplissent, échappe lui-même à notre perception sensorielle. Répélons-le donc (et ce ne sera jamais trop) . Nous nous tiendrons dans le domaine des phénomènes physiques, et nous laisserons de côté ceux d'ordre métaphysique. Entre le genre de faits que nous examinerons et la constitution première de la matière, existe un ab!me que jusqu'à présent il n'est pas permis de franchir. Et pour revenir à une comparaison déjà citée, mais qui, à notre avis, peut être plus développée que ne Ta fait Boscovich, son auteur, nous di< rons que les corps peuvent être comparés à des édifices contenant des bibliothèques remplies de livres imprimés avec des caractères extrêmement variés, et traitant des sujets les plus divers, et dont les lettres sont faites avec une infinité de points tellement petits que les plus puissants microscopes permettent à peine de les distinguer.
La science actuelle n'a pas la prétention de lire ces livres, et jusqu'ici elle aspire seulement à pouvoir distinguer un volume d'un autre ; à plus forte raison ne prétend-elle pas lire les mots et distinguer les caractères, et de longtemps elle n'espère parvenir à séparer les points qui forment ces derniers.
Je ne dirai rien de ceux qui croient la matière douée d'une activité telle qu'elle peut par elle seule donner naissance à des êtres organisés, sensitifs, et finalement à la pensée. Nous ne les suivrons pas sur ce terrain, car il n'est pas le nôtre. Dépourvus de toutes preuves positives pour appuyer leurs fantastiques théories, ils exagèrent encore les conséquences de ces doctrines, en tirant des conclusions de prémisses qui ne les renferment pas. D'autres, non moins à tort, déclarent sur tous les tons, que la doctrine de l'unité des forces physiques conduit inévita-