‹ L'Unité des forces physiquesChapitre 9 sur 162 · XVI INTRODUCTION Â. LA PRÉSENTE ÉDITION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION Â. LA PRÉSENTE ÉDITION

pour faire abandonner à tout jamais les anciens errements. Ainsi s'explique le succès du livre^non-seulement en Italie, mais aussi à l'étranger, et comment deux éditions, Tune italienne l'autre française, furent rapidement épuisées.

Les dix années qui se sont écoulées depuis notre première édition n'ont rien ajouté de bien nouveau aux principes qui étaient établis à l'époque où elle a paru ; mais, par contre, elles ont été signalées par de remarquables progrès dans le mode d'exposition, et dans la vulgarisation des principes.

Aussi, mettant cette circonstance à profit, je me suis appliqué à traiter avec détails les plus récentes découvertes et à abréger, en quelques points du texte primitif, des développements aujourd'hui inutiles; à corriger enfin, çà et là, quelques inexactitudes inévitables dans un travail aussi étendu. Avant tout je crois nécessaire d'ajouter ici brièvement l'exposition de quelques considéralitions générales afin d'empêcher, de la part de lecteurs non suffisamment préparés, un jugement erroné sur l'objet et le but de ce livre. Cela fait on ne sera pas exposé à chercher dans ces pages ce qu'elles ne renferment pas et le lecteur ne sera ni fourvoyé ni trompé.

La présente introduction sera donc consacrée à l'examen préliminaire de certains principes généraux, de cette façon l'exposition des faits et des théories spéciales ne souffrira aucune interruption dans le courant de l'ouvrage.

Ce livre a pour but de montrer comment les phénomènes de la physique peuvent rentrer dans les lois générales du mouvement de la matière; en admettant, avec preuves à l'appui, que, outre la matière commune dite pondérable, il existe une autre matière invisible et non soumise à la gravité nommée élher ou impondérable.

Cette idée, avons-nous déjà dit, a fait de grands progrès dans ces dernières années ; mais, tout en reconnaissant le chemin

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qu'elle a parcouru, il faut néanmoins avouer que nous sommes arrivés à une de ces périodes scientifiques que Ton peut trèsexactement comparer aux phases d'un mouvement oscillatoire. Là, nous voyons le mobile passer d'un extrême à un autre ' avant de s'arrêter dans la position d'équilibre. De même, tandis qu'il y a quelques années à peine, on admettait sans difficultés l'existence d'une demi-douzaine de fluides impondérables, aujourd'hui au contraire on rejette tous les agents qui ne sont pas la pure matière pondérable.

Non-seulement les phénomènes lumineux seraient propagés par la matière pondérable diffusée dans l'espace, mais certains vont plus loin encore et ne répugnent pas à dire que ^ pour expliqtier la lumière il n'est pas nécessaire d'admettre autre chose quune oscillation périodique entre deux états en un point donné de r espace^. Celte conception est tellement claire que l'auteur, lui-même se hâte d'ajouler : « Quels sont ces deux états? Personne ne le sait, mais certainement ce ne sont pas des états de déplacement purement mécaniques. » Par leur excès même dételles erreurs devaient disparaître promptement entraîpées par une réaction inévitable. Toutefois il est pénible de voir à quel point les conquêtes de la science qui ont coûté de si grands sacrifices sont délaissées pour de vaines fantaisies de l'imagination.

Du côté de l'électricité le progrès est plus sérieux ; là on a voulu tout ramener au mouvement de la pure matière pesante. Non-seulement on a rejeté rélectricité en tant que fluide sui generis, mais encore on a banni Thypothèse de l'éther de ce dernier refuge ; hypothèse qui, dans notre théorie, suffisait à expliquer les phénomènes de celte classe. Malheureusement ici encore on a rencontré un écueil sérieux dans l'explication des actions exercées à distance par les aimants et les conducteurs traversés par des courants, actions qui se comprennent mal

* Paroles de M. W. K. Clifford dans une Conférence faite à llnstitulion royale de Londres, en 1867, et citées par Bence Jones dans la Bévue des cours scientifiques, 8* année, p. 6, col. 1.

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quand on les regarde comme de simples effets de la matière pesante.

Pour tourner cette difficulté les uns ont eu recours à la théorie de la polarité, c'est-à-dite sont revenus aux hypothèses , émises anciennement par Faraday et par Berzelius pour expliquer ces mêmes phénomènes. De cette façon, en adoptant comme principe de toutes les actions ceUe polarité de nature inconnue et non définie, la science n'a plus qu'à grouper autour de cette notion fondamentale tous les phénomènes, tant les actions électro-dynamiques que les actions électro-statiques.

Mais alors on ne fait en réalité que reculer la difficulté sans la résoudre. Car, \ient-on à demander en quoi consiste la polarité et comment elle agit à distance à travers les corps, on est forcé de répondre que c'est une force primitive sut getieris de laquelle il ne faut chercher la nature pas plus qu'on ne le fait pour la gravité.

Nous ne sommes pas certainement de ceux auxquels il répugne de grouper les phénomènes autour d'une classe de forces ; mais si cette* force reste un mystère alors autant vaut les remplacer par des fluides, car ceux-ci, encore bien qu'ils soient hypothétiques, ont au moins le mérite d'être plus compréhensibles et de se prêter plus simplement à la systématisation des phénomènes. La théorie de la polarité ayant rencontré des dé* fenseurs en Italie, nous la discuterons dans cette édition plus à fond que nous l'avions fait dans les précédentes.

Depuis la publication de la seconde édition de notre livre, une autre question relevant de la théorie pure est devenue l'objet de discussions passionnées. On s'est demandé si la matière cst^ oui ou non, séparable de la force. En thèse générale celte question est réellement d'ordre métaphysique et dès lors, hors de notre sujet, de sorte que nous pourrions l'éluder. Toutefois, comme elle intervient souvent de façon à jeler de l'obscurité sur des sujets très-clairs en eux-mêmes, nous en dirons quel*

ques mots.

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Que la matière soit dans l'acception la plus générale du mot inséparable de quelque force cela est indubitable, parce que la notion élémentaire de la matérialité comprenant au moins l'impénétrabilité et la résistance d'inertie, ces propriétés ne peuvent se trouver en un point de l'espace (que nous disons alors occupé par la matière), sans que ces points aient une force quelconque en prenant ce mot avec sa signification la plus étendue. Par conséquent, à un certain point de vue, la force est inséparable de la matière.

Dans le cas des forces physiques que nous aurons à examiner il n'est pas nécessaire de remonter à ces notions premières. Nous prendrons cet ôlre que l'on nomme matière et qui forme les corps telle que l'expérience nous la donne ; et, par activilé ou force, nous nommerons seulement la faculté de produire certains effets extérieurs, tels que élévation de température, production de lumière, attraction ou répulsion ; puis nous chercherons comment ces effets peuvent se réduire à ces mêmes effets mécaniques que nous connaissons dans les niasses limitées et pondérables, c'est-à-dire que nous nous demanderons s'ils peuvent être causés par des vibrations, des pressions, des effluves, etc. De la sorte la queslion métaphysique ne nous touche en rien, et qui a regardé notre livre comme incomplet parce qu'il ne répondait pas à ces questions, s'est mépris, puisque nous avons fait un traité de physique et non de métaphysique. S'il nous est arrivé parfois de dire quelques mots sur ce sujet, cela a toujours été incidemment, et parce qu'il est . difficile de faire autrement à cause des rapports trèsëtroits qui unissent les recherches physiques à celles de la métaphysique.

Mais la question a été résolue, par un grand nombre, d'une toute autre manière. On a admis que la matière était intrinsèquement active, et douée de forces propres, spéciales, agissantes, et qui lui sont tellement inhérentes qu'elle ne peut en être séparée; e(, par suite, on a confondu ensemble plusieurs choses

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