II PRÉFACE DE LA PIŒMIËRE ÉDITION ITALIENNE
célestes ne peuvent s'expliquer par uii principe unique, mais les lois mêmes des mouvements révèlent des perturbations que Ton ne peut négliger. Pour comprendre ces aberrations, il faut recourir à l'action des forces qui régissent la matière, que nous connaissons de près et que, pour ainsi dire, nous manions chaque jour.
De récentes observations ont démontré que dans l'espace planétaire s'exercent encore la répulsion calorifique, la résistance du milieu, les actions magnétiques et électriques, et sans nul doule, de même que la lumière, ces forces sont communes à toute la création et lient ensemble les corps les plus éloignés de l'univers.
En présence d'une idée aussi séduisante, celui qui est entré dans la carrière astronomique après avoir consacré plusieurs années à l'étude de la physique, n'a pu s'empêcher d'être vivement sollicité à déterminer les relations réciproques de ces forces, à en rechercher les principes, à voir s'il est possible de les ramener toutes à une cause commune. Les remarquables progrès accomplis par la science dans ces dernières années ont fait disparaître les principales difficultés qui écartaient les savants d'un problème aussi complexe, et aujourd'hui on ne pense plus que les forces physiques et celles qui régissent les mouvements des corps célestes soient indépendantes les unes des autres.
Personne n'admet plus Texistence du vide absolu dans l'espace planétaire, les forces ne sont plus regardées comme des qualités occultes de la matière, mais comme de purs effets de mouvement. Ainsi s'ouvre aux spéculations des naturalistes un champ jusqu'ici inexploré.
Une telle synthèse a été toujours pour nous un sujet d'études favori. En 1858, dans une séance de l'Académie Tibérine, nous lûmes une dissertation sur cet objet qui fut publiée plus tard avec un grand nombre de notes ^ Depuis ce moment plu-
* Voy. Giornah Ârcadicoy vol. XI, nouvelle série, be la corrélaliofi des forces physiques.
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION ITALIENNE. m
sieurs personnes manifestèrent le désir de \oir celte thèse traitée avec déplus grands détails dans un ouvrage écrit en italien car jusque-là notre langue ne possédait aucun livre dans lequel les derniers progrès de la science fussent exposés et réunis dans un ensemble synthétique. Les nombreux travaux de ma charge ne me permirent pas de m'occuper de ce travail. Seulement, dans un i.econd opuscule publié ultérieurement, j'abordai cette question *, et à celle occasion, par la nature môme des oppositions que soulevèrent les idées émises dans ce travail, je pus me persuader que nombre d'idées déjà assez usuelles dans la science n étaient pas encore répandues et suffisamment connues parmi nous. Aussi je résolus de consacrer à la rédaction de ces pages les rares moments de liberté que me laissaient mes autres devoirs.
Dans ce livre je n'ai point la prétention de créer une nauvcUc philosophie de la nature, je veux seulement exposer les vues théoriques qui chaque jour s'afflrment davantage grûco à une étude plus sérieuse des phénomènes. Le lecteur verra que ces idées nouvelles sont la conséquence directe des travaux accomplis par les savants qui illustrent notre siècle. Qu'il nous suffise de citer Mayer, Séguin, Joule, Thomson, Grove, Ilirn, Lamé, Moigno, Tyndall, Clausius, Dumas, Maxwell, Fusinieri, Zanlcdeschi, Bixio, Turazza, Graham, Bunsen, Foucault, Dupré, Caiitoni, etc., qui tous ont fait progresser et ont vulgarisé celte théorie en un très-petit nombre d'années. Et ce seul fait, à défaut de tout autre, parle assez haut pour montrer que ITigo actuel n'a rien à envier aux autres époques scientifiques, même aux plus glorieuses.
Je ne cache pas qu'ayant voulu exposer celle s\nthèse î^ciontifique de manière à la rendre accessible à la majorité des lecteurs, j'ai rencontré des difficultés plus sérieuses que je ne me les étais figurées tout d'abord. 11 fallait dépouiller les démonstrations de leur appareil de formules et de calculs, sans leur
* ÎjsUre sur un problème cosmologique. Rome (Marin 1)1 18C2.
iT PRÉFACE DE LA PltEMIÈRE ÉDITION ITALIENNE.
faire perdre leur force ; de plus, les principes fondamentaux ne pouvaient être établis par la voie des mathématiques. En effet, l'analyse géométrique, fort utile quand on veut tirer d'un principe toutes ses conséquences et qui par là donne de précieux moyens de vérificalion, est tout à fait impuissante à prouver directement la vérité du principe lui-même.
La partie expérimentale elle-même, pour être traitée d'une manière convenable, m'a demandé une grande attention. Sans entrer dans le détail des expériences, ce qui est le propre des ouvrages spéciaux, il fallait rappeler les résultats obtenus, de telle façon qu'on pût en comprendre la signiQcation et Timpor* tance, alors même qu'on n'en posséderait pas une complète connaissance préliminaire. Autrement, j'aurais été ennuyeux pour les uns et inintelligible pour les autres. Me trouvant ainsi enfermé entre deux écueils également dangereux, et dans l'impossibilité d'échapper à l'un et à l'autre, afin d'éviter le second j'ai préféré donner dans le premier : en un mot, craignant d'être incomplet, j'ai préféré être un peu long. Le grand nombre de faits qui se trouvent réunis dans cet ouvrage, surtout en certaines parties, suffisent à montrer qu'un lien commun réunit les diverses branches de la physique, et alors môme que le présent ti^avail n'atteindrait pas le but principal en vue duquel il a été entrepris, ce résultat bien que secondaire ne serait certainement pas sans profit pour Iclecteur. Le livre que nous présentons est donc rédigé de manière à permettre aux jeunes gens déjà instruits des faits élémentaires de la physique de compléter leurs études, en leur donnant une notion générale de la partie la plus élevée de la science.
Je crois utile de dire dès maintenant que, vu la multiplicité et la difficulté des matières traitées dans les pages qui suivent, leur lecture exigera une attention soutenue. Je ne me suis pas proposé d'écrire une de ces œuvres moitié littéraires moitié scientifiques, où la science est présentée sous une forme attrayante. Ce genre de littérature, très en faveur depuis quel-
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION ITALIENNE. y
ques années, a une grande utilité au point de \ue de la vulgarisation scientifique, mais il ne contribue en rien au progrès de la science. Mon intention a été de faire quelque chose qui profite au développement de la philosophie naturelle. Les difficultés n'ont pas fait défaut, mais j'ai toujours été soutenu par la pensée que, quand même j'échouerais dans mon entreprise, elle aurait au moins cela d'utile que peut-être elle donnerait à des savants plus habiles que moi le désir de trouver la solution qui m'avait échappé, en leur montrant combien de précieuses données sont déjà acquises au problème.
C'eût été chose facile que d'introduire en maints passages d'attrayantes digressions, car un sujet aussi vaste se prête facilement à des développements d'un haut intérêt. Je me serais par là rendu plus agréable à lire, mais aussi ces détails n'auraient pas manqué de distraire le lecteur et de l'empêcher de suivre le fil de la démonstration. Et même sous ce rapport, pour faciliter l'enchaînement des raisonnements, j'ai, à la fin de chaque livre, résumé les choses principales qui y sont développées ; si bien qu'en lisant seulement le dernier chapitre de chaque livre, on peut prendre une idée générale de l'ouvrage entier.
J'avais d'abord eu l'intention d'ajouter quelques notes, tant pour exposer diverses théories à peine ébauchées dans le texte, que pour démontrer par le calcul certaines propositions données comme exactes, et même pour en indiquer d'autres plus nouvelles ; je ne l'ai pas fait, car déjà l'étendue de l'ouvrage dépassait les bornes dans lesquelles j'espérais pouvoir le renfermer.
Durant * l'impression la science a fait des acquisitions importantes. J'en ai profité au fur et à mesure que j'en avais connaissance, et j'ai vu avec grand plaisir que tous les faits nouveaux étaient autant de preuves nouvelles en faveur de ma thèse et qu'aujcun d'eux ne s'inscrivait en faux contre les vues théo-
* L'édition fut commencée dans les premiers jours d'août 1865.