DE LA PREMIÈRE ÉDITION FRANÇAISE
Ce livre, publié pour la première fois en 1864, rencontra dans le public scientifique un accueil si favorable que Tédition se trouva promplement épuisée. Bien qu'écrit en italien, il obtint en France un succès assez grand pour me déterminer à accepter la proposition du docteur Deleschamps d'en faire une édition française. Toutefois cette édilion n'est pas une simple traduction de la première ; elle présente des améliorations imporlantes. L'ouvrage original, rédigé et imprimé en quelques mois à peine, ne pouvait manquer de se ressentir d'une telle précipitation ; aussi les quelques petites inexactitudes qui s'y étaient glissées ont été corrigées, et quelques passages un peu obscurs rendus plus clairs.
En outre, dans ces cinq années, la science a avancé assez rapidement. Nous sommes heureux de constater qu'aucune des doctrines fondamentales énoncées dans cet ouvrage n'a été ébranlée par les récentes découvertes, et qu'au contraire un grand nombre de détails ont été confirmés et élucidés dune manière remarquable, et se trouvent appuyés sur des preuves nouvelles. Nous avons donc profité de ces progrès, et on trouvera consignées à leur place les données nouvelles acquises à la science.
Cependant nous n'avons pas voulu changer la forme de l'ou-
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vrage; au contraire, nous avons cherché à conserver son originalité. Il y avait pour cela une excellente raison : en effet, dans cet intervalle, bien des professeurs et des vulgarisateurs habiles ont cherché à répandre ces doctrines, soit par des articles, soit par des ouvrages spéciaux. En modifiant trop notre rédaction, nous aurions couru le risque de paraître avoir emprunté à ceux que nous avions réellement précédés et qui quelquefois même nous ont simplement copiés.
L'ouvrage ayant été écrit dans le but spécial d'exposer les doctrines de la physique moderne, il n'a pas la prétention de faire connaître les détails particuliers de la science, et surtout ceux qui tiennent à la partie pratique et technique. Cependant nous avons développé davantage la théorie de la chaleur pour préparer suffisamment le lecteur à l'étude des ouvrages spéciaux où il pourra trouver les renseignements intéressants sur celte branche. Enfin de nouvelles figures propres à éclairer le lecteur ont été ajoutées, et rendront plus saisissables certains phénomènes.
Si l'on compare le langage actuel des savants à celui qui était en usage il y a cinq ans, on trouvera de grandes différences: certaines idées émises pour la première fois dans ce livre, et regardées comme prématurées à l'époque où parut la précédente édition, sont acceptées aujourd'hui, et sont même devenues vulgaires. Qu'il nous suffise de citer la rotalon atomique, la relation des pouvoirs optiqiles et électriques des corps, l'influence des pressions latérales des fluide étendue à l'électricité, l'assimilation du courant électrique à un flux d'éther, la théorie de l'induction électro-dynamique, etc.
Nous sommes loin de croire que les savants aient été amenés à ces idées nouvelles par la lecture de notre livre; mais elles leur ont été imposées par l'observation des faits ; nous n'avons qu'à nous féliciler d'être arrivé aux mêmes conclusions par une voie plus courte.
Trois ordres de phénomènes principaux constituent les mani-
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festations des forces physiques analysées dans cet ouvrage, ce sont : la chaleur, les radiations et l'électricilé. La théorie de la chaleur est déjà constituée sur des bases solides. Depuis la publication de noire essai en 1864, Tétude de la radiation a fait de grands progrès, néanmoins Tobscurité qui enveloppait jadis la manière d'agir des vibrations transversales persiste encore aujourd'hui. le raisonnement nous conduit là à des conclusions irrécusables, mais dont l'imagination ne peut pas encore saisir clairement le mécanisme. Sans nuire à la science, ces difficultés jettent une certaine inquiétude dans Tesprit du savant, qui se trouve pour ainsi dire arrêté dans son essor.
En électricité, les complications sont encore plus grandes. L'observation nous montre des relations frappantes etconcluantes entre les phénomènes statiques et dynamiques, et de nombreuses analogies entre ceux-ci et les mouvements des fluides ; mais lorsqu'on vient aux détails, on rencontre des difficultés sérieuses à concevoir le mécanisme des phénomènes qui reste ainsi comme enveloppé de mystère.
Ce sont surtout ces difficultés que nous nous sommes efforcés de vaincre : y sommes-nous parvenus ? Le lecteur en jugera. Nous avons au moins indiqué aux chercheurs les points dignes de leur attention, et dans quel sens ils doivent interroger la nature. Si les physiciens expérimentateurs dirigent convenablement leurs travaux vers l'étude des inductions éleclrodvnamiques, la science ne tardera pas à se débarrasser de ces incertitudes. Nous avons essayé d'indiquer cette route en réunissant dans la présente édition un nombre plus considérable de phénomènes dus au mouvement des fluides propres à éclaircir la théorie électro-dynamique. Ainsi nous avons essayé de frayer la voie que d'autres plus heureux parcourront plus avant.
Comme le goût des études théoriques se développe chaque jour davantage, on est en droit d'espérer que les lacunes ne resteront pas longtemps sans être comblées. Le meilleur moyen pour arriver plus rapidement à ce résultat, est de commencer
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à introduire dans renseignement élémentaire une coordination systématique et régulière des phénomènes, laissant de côté Tordre historique des découvertes qui jusqu'ici a fourni le plan de presque tous les traités spéciaux ^
On nous a reproché d'avoir suivi de trop près dans notre ouvrage le genre d'exposition qui convient à un précis élémentaire de physique. Je crois ce reproche peu fondé. Les détails dans lesquels nous sommes entrés étaient nécessaires, car les faits particuliers sont la pierre de touche des théories.
En effet, quiconque embrasse les phénomènes de la nature dans une généralisation un peu élevée, est porté à voir tous les faits concorder de la manière la plus heureuse avec les idées systématiques qui le guident. Ainsi quand les nuages sont amoncelés à l'horizon, leurs masses bizarrement groupées paraissent à quelques-uns dessiner la figure d'un énorme géant, alors que d'autros y retrouvent la riche ordonnance d'un palais fantastique. Mais agir de la sorte ce n'est pas faire avancer la science, au contraire c'est nuire à son progrès.
Du reste, si l'on croit utile d'introduire notre système dans l'enseignement classique, assurément les détails dans lesquels nous sommes entré ne sont pas inutiles, et même on reconnaîtra bien vite que sous ce rapport notre livre est incomplet.
Nous le répétons : les détails n'ont d'autre but que de donner ou les éléments ou la contre-épreuve des théories, et si dans quelques chapitres le lecteur les trouvait surabondants, il pourra très-bien les laisser de côté.
Un mot sur la traduction. Le style italien, surtout celui de Ik discussion scientifique, est fort différent du style français : de là une difficulté considérable dont seul peut se rendre compte celui qui en a fait l'essai; aussi s'cst-on appliqué principalement à rendre d'une manière rigoureuse la pensée de l'auteur, même parfois au détriment de la forme et de Télégance de l'ex-
^ Dernièrement M. Jamin est entré dans cette voie par son Petit traité de Phyêiquet et M. Gantoni par son Corso di Fisica. (Note du 12 février 1874.)
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position. L'édition française de V Unité des forces physiques n'a pas la prétention d'être une œuvre de littérature scientifique, résultat auquel il est toujours bien difficile d'arriver en traduisant un ouvrage du genre de celui-ci et surtout lorsqu'il est écrit en italien. Nous espérons cependant que la lecture de ce livre, qui, pour certains passages, a dû exiger un grand travail et une parfaite intelligence du sujet de la part de notre traducteur, paraîtra facile; il n'a reculé devant aucune espèce de difficulté pour conserver le sens exact de Toriginal, en s'efforçant toujours le plus possible de se conformer aux exigences de la belle langue française.
A. Skcghi.
Rome, ce 28 février 18G9.
INTRODUCTION