LA SOLIDARITÉ LATINE
ment royal en éprouve quelquefois au moins de l'ennui, sinon de sérieuses inquiétudes.
L'Italie a une réelle unité politique et sociale ; car elle a eu le temps de subir l'influence française, et elle a été organisée par Napoléon selon une administration uniforme et selon les principes égalitaires du Code civil qu'elle a gardés depuis. Et surtout l'unité nationale est forte parce qu'elle est unanime ; elle est le résultat de plébiscites enthousiastes qui ont rapproché les morceaux épars de la patrie dans une même volonté.
Il y a encore une « Italia irredenta », non rachetée, esclave de l'Autriche : comment l'Italia irredenta ne resterait-elle pas prisonnière de l'Autriche, puisque l'Italie a lié partie avec son ennemie héréditaire contre la France sa libératrice? Il faudra qu'elle revienne à l'union latine : c'est la loi de la destinée.
Voici que l'Espagne y vient.
Voici que l'Amérique latine, enfin arrachée à ses querelles ruineuses, grandit avec une extrême rapidité et étonne le monde avec les résultats de son activité économique et intellectuelle : on a dit que le vingtième siècle allait être le siècle de l'Amérique latine. Voici que le Canada cultive plus soigneusement que jamais le souvenir de ses origines françaises ; que le Brésil, l'Argentine resserrent leurs liens avec leur ancienne métropole, l'Espagne, et avec la France, leur grande sœur latine.
La Méditerranée, du Maroc à la Tripohtaine, reste
une mer surtout latine ; si l'on joint la Grèce nouvelle à l'Italie, à la France et à l'Espagne, on a comme une reconstitution de la civilisation antique, foyer de toute éducation de l'humanité. L'Océan Atlantique, avec la France, l'Espagne, le Portugal, le Maroc, le Sénégal et le Soudan, l'Angola, et d'autre part l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, est comme un grand canal latin. On ne peut encore qu'indiquer ces grandes lignes de l'avenir.
Combien les Latins seraient puissants s'ils s'entendaient ! Tant en Amérique qu'en Europe, ils sont près de 200 millions, deux fois plus nombreux que les Germains. Et de quelles admirables ressources matérielles et intellectuelles ils disposent ! Ils représentent une des forces essentielles de la civilisation humaine.
La France est bien placée pour contribuer à la renaissance des races latines qui se prépare.
Son unité territoriale n'est pas d'hier ; si l'on en voulait retrouver les origines, il faudrait remonter jusqu'à la Gaule romaine, et de très bonne heure elle fut si forte qu'elle absorba sans peine autour du domaine royal toutes les provinces que leur race et tous leurs caractères y destinaient ; à mesure qu'elles étaient réunies, dans tout le sens de ce mot, elles ne manifestaient aucune velléité de séparation : la Bourgogne, cinquante ans après, refusa de retourner à l'Empire de Charles-Quint : Flandre, Artois, Rous-