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FRANCE ET ALSACE

sillon, Franche-Comté, où voit-on qu'elles aient, même un seul moment, esquissé même un seul mouvement d'humeur contre la domination française ? La Lorraine tomba sous le sceptre de Louis XV comme un fruit mûr. Toutes ces « réunions » furent amalgamées définitivement dans le grand foyer révolutionnaire et dans les gloires impériales.

L'Alsace ne faisait pas exception. Il n'avait pas été besoin de bombarder Strasbourg pour qu'elle se donnât à la France ; on ne voit pas, même depuis cinquante ans, qu'elle ait jamais voulu être allemande ; son histoire est commune avec celle de la France, depuis plus de deux cents ans, dans la prospérité comme dans le malheur. Dans les victoires dont les Allemands sont le plus justement fiers, Leipzig, Sadowa, Sedan, y a-t-il des Alsaciens ? Qui comptera les Alsaciens qui ont part aux victoires françaises, Fleurus, Marengo, Austerlitz, Friedland, — sans oublier léna ? On aura beau enseigner dans les écoles de l'Alsace les victoires allemandes, ce sont les victoires françaises qui sont des victoires alsaciennes. Kléber défendit Mayence contre l'armée prussienne ; Ney se battit comme un lion à léna.

Et cela ne s'oublie pas, ne s'efface pas ; puisque les Allemands aiment à prendre leurs droits dans l'histoire, qu'ils argumentent donc sur cette histoire.

Et encore sur celle-ci : à l'Assemblée nationale de Bordeaux en 1871. toute la députation d'Alsace-

Lorraine, à runanimilé, protesta contre l'annexion à l'Allemagne ; en 1874, le premier acte des députés alsaciens-lorrains au Reichstag fut pour y renouveler la protestation de Bordeaux.

Les Allemands ont eu tort de faire Tunité allemande avec un morceau de l'unité française ; ils se sont trompés ; ils ne peuvent le reconnaître : c'est leur châtiment déjà. Et de cette inguérissable plaie, qui tient en irritation constante les deux nations voisines aux Vosges, il est bon que l'Europe entière soit affectée, puisqu'elle Ta permise; d'une injustice qui a été commise dans les rapports vitaux entre les nations, il est juste que tout le corps des nations de l'Europe demeure malade.

Dans ce cadre territorial, en quelque manière sacré et auquel il ne faut pas toucher, il y a longtemps que les populations, que les races sont fondues et même aussi les classes sociales. C'est la grande leçon du 4 août.

L'unité française n'est pas seulement un « rassemblement )) de provinces, d'ailleurs le plus parfait qui soit ; c'est une solidarité d'hommes libres, la plus absolue qui soit, un faisceau de provinces et de volontés qu'il est impossible de rompre.

Où voit-on des différences entre les Français? Des différences de condition, certes, comme des différences de caractère et d'esprit, mais non pas des différences légales ou des différences sociales. Sieyès, il y a cent ans, s'efforçait de construire le nouveau régime politique de la France sous la forme la plus

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