‹ L'unité françaiseChapitre 119 sur 178 · LA FRANGE UNE ET INDIVISIBLE · texte numérisé non relu

LA FRANGE UNE ET INDIVISIBLE

solide, c'est-à-dire celle d'une pyramide. Il avait bien plus raison qu'il ne le croyait.

La France actuelle est une pyramide sociale qui peut défier les siècles : à la base, la masse robuste de ses paysans, les plus admirables laboureurs de la terre, le réservoir inépuisable de la fortune et de toutes les vertus de la race ; qu'on n'oublie pas ces chiffres : l'Angleterre n'a plus aujourd'hui dans sa population qu'une proportion de 23 p. loo de paysans ou de ruraux, l'Allemagne 35. La France en a 60 p. 100 ; elle reste, et elle restera, parce qu'elle n'a pas de grandes richesses houillères, une nation rurale ; il ne faut pas s'en plaindre : c'est l'assise inébranlable de sa prospérité et la garantie de son équilibre social.

De là, et peu à peu aussi de la classe ouvrière, sort régulièrement, par le naturel profit d'un travail assidu et de plus en plus éclairé, une bourgeoisie — quoique ce mot ait eu dès le début et surtout ait pris de nos jours un sens étroit, — donc, pour mieux dire, une classe moyenne, la plus harmonieusement constituée qu'il y ait au monde. Elle se dégage des classes populaires par le travail, par un continuel effort de progrès dont toute la nation recueille le bénéfice. Elle retrouve en grandissant, par l'éducation classique à laquelle elle est demeurée fidèle, les traditions de liberté qui lui viennent du fond du moyen âge et dont elle a fait la loi de la France.

On ne la séparera pas des classes dites inférieures, parce qu'elle leur appartient par le sang et par l'in-

térêt, parce qu'elle s'appuie sur elles pour gouverner le pays, parce qu'elle ne peut rien sans elles, parce qu'en vérité elle se confond avec elles, parce qu'elle n'en est que l'élite méritante.

Et c'est pourquoi il faut déclarer hautement, en dépit des apparences, envers et contre tous, que l'unité française est indissoluble, qu'elle n'a jamais été plus forte et plus unanime.

C'est un thème familier aux historiens et aux publicistes d'outre-Rhin que la France a fini sa carrière, et ils reprennent à son adresse la comparaison de l'Athénien Démade : l'héroïque pucelle de Marathon devenue, au temps de Philippe, une petite vieille, humant sa tisane d'orge, les pieds dans ses sandales ; comment eût-elle vaincu l'armée macédonienne ? — Et l'Allemagne serait aujourd'hui, comme la Macédoine de Philippe, la force disciplinée qui fera régner sur le monde, avec sa puissance invincible, la paix et le travail organisé.

Il faut remercier les Allemands de ces bons sentiments et les féliciter d'avance de la gloire qu'ils se réservent. Mais il faut leur faire remarquer que la puissance macédonienne, parce qu'elle était purement militaire, n'a duré qu'environ cinquante ans, de Philippe jusqu'un peu après la mort d'Alexandre ; que la France républicaine n'a rien d'une vieille rentière en sandales ; qu'elle a tous les traits et même quelques défauts de la jeunesse ; qu'elle ne représente pas une forme de civilisation épuisée, mais une forme de civilisation qui ne fait que commencer.

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